Océan Atlantique, Maroc »
« Océan Atlantique Gibraltar

Le grand départ (France, Espagne, Portugal)

Posted on octobre 3rd, 2007 by Christian

Le grand départ

Le 22.07.07

De retour en région parisienne, j’ai tout le temps la pensée du départ. Myriam n’est pas tout à fait prête. Il lui reste encore quantité de choses à faire, des affaires à régler avec ses filles.
Je suis heureux que nous puissions dîner tous ensemble un soir. Le repas est joyeux. Je vois quelques personnes mais pas toutes celles que j’aimerais voir…. Mais il faut partir, car à retarder toujours on ne partirait jamais
Le 16.07.07 je passe prendre Myriam chez elle avec ses affaires. Retour chez moi pour charger mes affaires. La voiture est pleine !. Il faut enlever un siège de la Scénic pour tout rentrer. Maxime et Sophie qui nous accompagnent jusqu’au bateau seront sérés à l’arrière !
Ils rentreront avec la voiture dont nous n’aurons plus besoin puisque nous serons désormais des marins. Nous partons en fin de matinée pour Blois pour passer voir mon ex épouse. Elle nous accueille pour déjeuner, après nous avoir fait faire le tour du propriétaire et des travaux en cours. Puis nous reprenons la route pour arriver en début de soirée à Pornichet. Le bateau nous attend. Maxime le voit pour la première fois et Sophie pour la seconde. Nous dînons et après un peu de rangements chacun se couche !
Le lendemain nous faisons les courses nécessaires pour l’avitaillement en profitant de la voiture. Puis Sophie et Maxime partent au volant de la Scénic. Je suis heureux qu’ils aient vu le bateau et que nous ayons été ensemble jus qu’au moment de ce départ ! Myriam pleure d’émotion. Quitter les enfants est difficile pour elle.
Nous passerons l’après-midi à ranger la nourriture dans les équipets en cherchant la meilleure place pour une utilisation pratique en navigation et au mouillage. En fin d’après-midi, les enfants appellent : ils sont arrivés à la maison. Je suis heureux que Sophie se remette à la conduite pour être autonome.
Le lendemain, Patrick et Renée passent nous voir à bord. Nous passons la journée ensemble avec un grand plaisir. Ils restent coucher et une partie du lendemain. Ça fait plaisir de voir les amis avant le départ qui signifie que nous ne les reverrons pas avant plus d’un an !
Laurent et Ludovic passent pour vérifier le gréement et installer des cartes pour Maxsea sur le PC dédié à la navigation et sur celui de Myriam qui pourra prendre le relais en cas de panne.
Les cartes d’Afrique commandées s’avèrent illisibles… Il faudra en recevoir d’autres….
De toute façon le modem pour la BLU n’est pas arrivé encore. Encore quelques jours de patience !
Le soir Myriam reçoit un appel téléphonique de sa fille Zahra qui lui annonce avoir trouvé une entreprise pour la seconde année de son BTS en alternance. Excellente nouvelle qui rassure Myriam et lui donne une tranquillité d’esprit pour le départ !
Nous sommes déjà vendredi. Je fais le point avec Laurent sur les travaux et les paiements. Pendant ce temps Ludovic installe les cartes d’Afrique sur les ordinateurs. Laurent sera en vacances dès le lendemain. Il vérifie encore une fois le gréement et constate une fissure sur la barre de flèche tribord de l’artimon. Une fissure toute récente dont les lèvres brillent. Par téléphone, rendez-vous est pris avec un soudeur à l’argon pour le lendemain. Je l’attendrai en vain… Et lorsque je l’appellerai il me donnera un rendez-vous pour le lundi matin, non sans m’avoir dit qu’il venait pour m’arranger car son planning ordinaire était à trois semaine de délais…. Alors il me faisait une fleur et je n’avais qu’à le remercier… Décidément le milieu de la plaisance est spécial !
Zahra appelle Myriam ; dans le courrier qu’elle traite, il y a une lettre d’un organisme de retraite qui réclame des pièces supplémentaires alors que Myriam s’était déplacée avant le départ et que le dossier semblait complet…. Et bien non il manque des pièces des Assedic qui nécessitent un déplacement à Paris ! Décidément c’est difficile de partir et que tout soit en bon ordre !
Je vais dons accompagner Myriam à la gare le dimanche midi. Elle aura le temps de rechercher les papiers demandés et de passer chercher aux Assedic ceux qui manquent pour les donner en espérant que cette fois le dossier soit complet ! Pendant ce temps je fais l’inventaire de la pharmacie du bord sur un fichier Excel, pour savoir exactement l’état des stocks et pouvoir voir les dates de péremption.
Je fais aussi l’état des stocks alimentaires avec l’indication de leur localisation dans les équipets.

Le 23.07.07

L’entreprise de gréement passe à bord pour la fissure de la barre de flèche. Les deux gars font tout le tour du gréement. Ils trouvent à redire sur le montage des deux enrouleurs, montage non conforme aux prescriptions du fabricant d’enrouleur, qui peut se dévisser peu à peu et lâcher. Idem pour les fixations des ridoirs des haubans qui ne répondent pas aux normes….
Je reste perplexe car Laurent qui les a installés a certes bidouillé pour se débrouiller avec les fournitures du fabricant de mât, mais il a fait selon ce qu’il croyait devoir faire…
Je passe la journée à ranger les coffres. Pendant ce temps Myriam fait ses démarches à Paris.

Le 24.07.07
Le patron de l’entreprise de gréement passe voir ce que ses employés lui ont signalé la veille. Il confirme que le montage n’ est pas bon et préconise une solution. Il m’emmène voir un autre voilier sur lequel il a monté une trinquette sur enrouleur avec la solution qu’il préconise. Effectivement ce montage assure rigidité et résistance à la torsion. Il va me faire un devis. Pour les délais, il parle de la semaine prochaine… Encore du temps à ne pas bouger de Pornichet si je fais faire les travaux. J’hésite et pourtant je ne veux pas prendre de risque inutile, ni en faire prendre à ma compagne….
Je vais chercher en ville un interrupteur pour réparer le ventilateur du carré.
Au retour, je passe par le magasin de plongée. Je cherche une combinaison de plongées pour être capable de vérifier mon ancre si besoin ou mon hélice qui prendrait un bout et de faire un carénage. J’aimerais aussi pouvoir chasser au fusil harpon. Le patron me fait essayer une combinaison, puis une autre qui me va bien. Me voilà équipé. Il me faudra m’entraîner pour me sentir à l’aise.

Le 26.07.07
Je continue à mettre les filets de protection le long des filières. C’est long mais le résultat est agréable au regard et surtout il permet d’éviter des chutes à l’eau d’outils, de manivelles ou de bouts. Le droit à l’erreur c’est important.
J’appelle l’entreprise qui doit m’installer le modem pour la BLU : miracle, le modem est arrivé hier après midi et Ludovic peut passer l’installer dans la matinée. En effet il arrive vers 11H 30. Mais pas d’apéro, car il risquerait de se déconcentrer. Malgré ça, ça n’a pas l’air d’aller, malgré de multiples essais. Serait-ce le câblage? Ludovic cherche dans la documentation du modem et dans celle de la BLU… et essaie différent câblage, soude et ressoude des fils. L’ensemble ne veut rien savoir… Ludovic se décide à appeler Le Spécialiste… qui est en déplacement de travail en Italie… et qui lui fera envoyer un plan de câblage par fax, dès que possible !!! Pendant ce temps j’ai préparé à déjeuner, car il faut se remonter dans l’adversité, n’est ce pas ?
Mieux vaut en rire qu’en pleurer ! D’ailleurs en allant à la capitainerie, je rencontre un propriétaire de voilier avec qui j’ai lié connaissance et qui me voit toujours sur le point de partir. Je lui raconte la déception du jour et il me raconte des déceptions passées du même genre…. D’ailleurs la capitainerie n’a pas reçu le colis de pare battage qu’une autre entreprise devait m’envoyer….
Mon nouveau voisin de ponton est un retraité propriétaire d’un Maramu. Un bateau qui m’a fait rêver un temps. Le couple s’apprête à descendre vers le sud puis les Antilles, Panama…
Le capitaine en est à son cinquième bateau en 30 ans. Il attend un créneau météo pour traverser le golfe de Gascogne. Il me demande si nous partirons ensemble. Je ne pense pas car Myriam et moi avons besoin de naviguer ensemble un moment dans les parages avant de partir, car voilà un an que nous n’avons pas navigué ensemble. Il faut rôder nos gestes de navigation.
Le soir j’appelle Myriam ; elle va finir ses démarches demain et elle reviendra à bord demain soir ! Super, l’équipage sera au complet, et le moral au beau fixe !

Le 27.07.07
Je repeins l’entourage des panneaux de ponts avec de la laque blanche. Je bricole quelques points que je m’étais promis de faire depuis quelque temps et que je voulais faire avant les prochaines navigations. Je retouche des fermetures d’équipets qui s’ouvraient en cas de gîte prononcée ce qui permettait à certains contenus de s’échapper et de joncher le sol !
Ludovic passe avec un plan de câblage pour le modem. Quelques soudures plus tard, ça fonctionne ! Par la BLU et le modem, je reçois des mails sur mon ordinateur ; les mails des premières personnes qui manifestent leur amitié après notre départ. Voilà qui fait plaisir. Ludovic tente de demander par mail une carte météo. La réponse est qu’il faut s’inscrire sur le site en question pour recevoir ensuite des cartes à la demande. Or sur le bateau je je peux surfer sur le net….
Le soir je vais chercher Mimi à la gare. Sur le chemin je m’arrête au cyber café pour relever mes mails et y répondre. Puis j’attends le train en lisant le journal, le premier acheté depuis des semaines ! Le monde n’a pas beaucoup changé depuis que je suis sur le bateau ; guerres, prises d’otages…. Mimi arrive et c’est la joie de se retrouver ! Nous allons au restaurant, ce qui a l’avantage de laisser passer la pluie et de déguster une bonne pizza.

Le 30.07.07
Après un week-end très gris et pluvieux et après avoir attendu en vain la barre de flèche réparée samedi matin, barre de flèche et devis pour la mise au point du gréement doivent arriver aujourd’hui… Les gars passent dans la matinée et remettent la barre de flèche. Ils me donnent le devis pour les modifications du gréement : 3700€. Je discutent avec les deux employés qui me donnent leur avis et ne croient nécessaire que les modifications de montage des enrouleurs. Après leur départ j’appelle Laurent pour lui dire la situation. Nous reprenons point par point le devis. Laurent me donne des explications qui me convainquent et me dit qu’il a fait le montage comme pour lui s’il partait avec le bateau, comme sur d’autres bateau qu’il a préparé pour un tour de l’Atlantique, et qui sont revenus sans encombre. Il me dit que le patron d’Accastillage Diffusion qui a fourni le matériel a vérifié le travail et a donné son aval, alors qu’il fait du gréement depuis 25 ans…. Ces explications me suffisent. Je lui parle des toilettes qui fuient et il conclue par le fait qu’il va passer mercredi pour refaire les joints, bien qu’il soit en vacances et malgré son épouse qui va le lui reprocher !
Nous partirons donc dès jeudi si le temps est propice ! Super !
La journée se passe en lessive puis farniente sur la plage pour une fois qu’il y a du soleil !

Le 31.07.07
C’est l’anniversaire de Mimi qui est toujours jeune d’esprit et de corps ! Le soir nous fêtons l’événement dans le bateau au champagne. Ce sont des amis qui nous avaient offert la bouteille dans ce but lors de leur passage au port ! C’est le premier anniversaire de Mimi loin de ses enfants. Mais ils appellent tous, des amis aussi. Tous pensent à elle dans cette période de départ, d’aventure !

Le 01.08.07
La cabine bâbord sent encore la pisse de chat, malgré les nettoyages à l’eau de javel. Alors nous sortons draps, couvertures et même matelas et housse. Tout est étalé sur le ponton, sous le robinet ! De la lessive et ça mousse ! Mimi foule au pied le matelas qui est lourd à plier et à retourner. Un dernier lavage à l’eau de javel et un rinçage. Le bateau est couvert de linge qui sèche au soleil ! Un vrai bateau caravane, dans ce port sélect !
La décision est prise de se séparer de notre chat qui ne s’habitue pas au bateau, n’en sort pas et urine un peu partout. J’ai de la peine. Mimi pense qu’à la maison il sera mieux…
J’appelle Sophie pour savoir si elle peut le reprendre. Elle est ravie et elle va venir le chercher.
Je vais la chercher le soir à la gare. Nous avons le plaisir de la voir, alors qu’à son dernier départ de Pornichet nous pensions ne pas nous revoir de sitôt. Nous discutons et dînons ensemble. Loustic est heureux de la visite.

Le 02.08.07
Petit-déjeuner avec Sophie et Myriam. Puis je m’occupe de confectionner un panier de voyage pour la chatte. Mais pour aller à la gare, je porte Loustic dans les bras en la caressant et en lui parlant pour la calmer lorsque le bruit de moteur d’un camion ou un bus lui fait peur.
Lorsque le train arrive, je met Loustic dans le panier et Sophie monte dans le TGV qui démarre bientôt. Nous sommes triste de la voir partir déjà. Nous voilà tous les deux en amoureux et en navigateurs. Il ne nous manque plus que le courrier des assurances que Maxime nous a envoyé. Je passe à la capitainerie, mail le courrier n’est pas arrivé. J’appelle Maxime. Il l’a bien envoyé mais pas assez affranchi, si bien qu’il est revenu à la maison !
Il me le renvoie aujourd’hui par chrono post ! Je devrai l’avoir demain….

Le 03.08.07
Les courriers des assurances arrivent enfin. J’ai la surprise de constater que l’une d’elle me demande un nouveau ordre de prélèvement, alors que j’avais pris soin de leur en fournir un avant le départ pour que je n’ai plus à m’en occuper, une fois en mer… L’administration des entreprises a bien du mal à s’adapter à l’internet et aux personnes mobiles !
Puis je passe au cyber café « Les souris Gourmandes » tenues par deux jeunes femmes super aimables. Je peux aller sur mon compte en banque et faire le point. Une fois par mois je devrai trouver faire ainsi pour faire le point des dépenses et des rentrées des retraites et du loyer de l’entrepôt. C’est beau le monde moderne lorsque ça fonctionne !

Le 04.08.07
Départ pour Belle Ile vers 10 heure par mer très calme, force 2. J’essaie de prendre le vent, mais entre force 1 et 2, Diam Rek ne veut rien savoir. Il est trop lourd. Il aime le vent établi !
Alors ce sera le moteur jusqu’à Belle Ile. Le soleil est de la partie. La mer est belle. C’est le paradis, dit Mimi.
Mimi contemplant la mer calme
Nous pêchons deux maquereaux : super, un chacun !
Premier maquereau de Mimi!
A Belle Ile, nous prenons une bouée dans l’avant port. Arrivent de chaque côté de nous un groupe de neuf jeunes et un coureur hauturier avec son bateau couvert de publicité pour ses sponsors.
Le dîner se passe à bord, dans le cockpit avec du vin blanc. A côté les jeunes ont du rosé et le verbe haut. J’aurai aimé naviguer à leur âge ! Le skipper, étudiant en école d’ingénieur, parle d’un tour du monde avec un ami en un an en 2009 ; et par le cap Horn en plus ! C’est beau l’enthousiasme des jeunes ! Pourvu qu’ils puissent concrétiser leur rêve !
En attendant ils manquaient de liquide vaisselle. Nous leur en en avons donné et eux nous ont donné un verre de rhum et un de rosé !
Mimi me dit son envie de partir, de bouger. Super ! Nous partirons demain dans la soirée pour l’Ile d’Yeu en naviguant de nuit. Ce sera une première pour Mimi. Elle appréhende un peu : la mer, la nuit en plus…

Le 05.08.07
L’après midi nous essayons de dormir pour être prêts pour la nuit. Je dors peu, Mimi presque pas… Puis nous rentrons l’annexe et la dégonflons malgré le beau temps qui pourrait inciter à la laisser suspendue au portique. Dans la nuit un aviron a disparu, pas de chance !
Nous larguons les amarres vers 19 heures avec l’aide de Jonathan, du service du port qui me charrie et me demande si j’ai bien mon hélice cette fois ci !
Le temps est bien calme ; force 3, vent d’ouest. Le bateau prend le vent et avance 2,5 nœuds sur une mer calme et un soleil encore chaud ! Nous dînons dans le cockpit en appréciant le calme et le silence de la mer et du ciel !
La nuit tombe
Peu à peu le soleil baisse, le vent forcit un peu. Grand voile et génois nous font avancer à 6,5 nœuds. Une petite laine pour être à l’aise dans le cockpit. Quelques photos du coucher de soleil qui ne s’épanouira pas beaucoup. Le vent est plein arrière. Je rentre le génois et largue la trinquette pour la nuit. Les lames trois quarts arrière font rouler le bateau.
Sécurité, sécurité!
Myriam ne se sent pas bien. Elle trouve que ça remue beaucoup. Nous laissons tomber la pêche après avoir pris un orphie. Maintenant l’attention est consacrée entièrement à surveiller l’horizon et la carte sur l’ordinateur. Myriam a un peu peur de rester seule de quart. Mais elle prend son tour pendant lequel elle doit éviter quelques bateaux. Tout se passe bien. Mais après elle est vraiment malade et vomit dans le carré. Rapide nettoyage et elle va se reposer, couchée. Au bout d’un moment elle réapparaît, avec la mauvaise conscience de me laisser seul, sans me relever. Je tente de la rassurer, lui disant que tout le monde est malade au début et que le corps s’habitue.
Je la renvoi se reposer dans la cabine. Elle ne dort pas, concentrée sur les bruits du bateau et des choses mal arrimées qui quittent les équipets. Pendant ce temps je veille. Soudain un éclair illumine l’horizon. Puis un autre et un autre encore Ils sont loin et tous à tribord. Puis ils se rapprochent et sont partout autour du bateau. J’ai peur pour les instruments. Le vent forcit encore à 20, 25 nœuds. Le bateau avance bien. Mais il pleut et le vent pousse la pluie dans le descente. Je descends dans le carré surveiller la carte et je remonte tous les quart d’heure ». pas un bateau dehors sous l’orage. Que c’est beau la mer la nuit ! Le vent monte encore jusqu’à 34 nœuds au lever du jour.
A un moment Mimi me demande si l’annexe est toujours bien attachée. Je lui dis oui, après un regard circulaire. Mais au bout d’un moment un bruit attire mon oreille. La baume d’artimon bat d’un côté sur l’autre, s’arrêtant sur les bastaques. Je me glisse à l’arrière : le chariot d’artimon s’est dévissé et il en manque une partie. J’arrime le palan au balcon et cherche les parties manquantes. Je retrouve une manille, puis le manillon, mais pas les pièces du chariot qui sont à la mer…
L’île d’Yeu est là vers 3h30… alors je continue vers les Sables d’Olonne, où nous devrions arriver avec le jour. Le vent est toujours fort, souvent à 30 nœuds. A un moment l’anémomètre envoie une alarme sonore de vent fort et déraille, indiquant 76, 80 nœuds. J’éteins l’alarme qui sonne de nouveau, puis encore. Enfin l’anémomètre revient à la logique vers 33 nœuds. Voilà les Sables. Grand tour dans laie pour rentrer la grand voile ce qui n’est pas aisé avec ce vent encore fort. Nous rentrons au port et trouvons une place en bout de ponton ! Mimi n’arrive plus à tirer sur l’amarre, lessivée par cette nuit de mal de mer. La pauvre ! Les débuts sont difficiles !
Après quelques heures de sommeil, elle me raconte tout ce qui lui est passé par la tête, l’envie de quitter le bateau, de retrouver Paris, son appartement, la télévision, la terrasse d’un café, les cinémas, les douches à volonté…. Son problème est qu’elle tient à moi, mais ne partage pas ma passion pour la navigation… Sa tête est emplie de doutes ! Ça me rappelle une nuit où j’étais malade à bord d’un bateau école et où je me demandais ce que j’étais venu faire à bord et en payant en plus ! Et puis il y a après les plaisirs de la navigation. J’espère que Mimi les découvrira et que je saurai lui faire partager les meilleurs côtés de la voile. Je tiens tellement à elle et je tiens tellement à mon rêve de navigation pour la retraite….
Il faut se reposer avant de traverser le golfe de Gascogne. Il faut aussi réparer le chariot d’artimon et un contact électrique sur le guindeau qui refuse de fonctionner alors que sa batterie est chargée à 12,6 volts.
En repensant à cette navigation de nuit, avec une prévision météo très calme et une situation réelle plus forte. J’ai bien fait de rentrer le génois et d’établir la trinquette, mais j’aurai aussi du prendre deux ris dans la grand voile, quitte à les larguer si le temps s’y prêtait. Je repense à la fatigue. A deux il faut que les deux personnes soient en bonne condition pour naviguer en se relayant, se reposer à tour de rôle. Sinon on atteint vite les limites de la fatigue, de l’endurance…. Je repense à ce que me disait Jean-Michel à ce propos et qui était sage. Il me disait la nécessité d’avoir un équipier supplémentaire pour les traversées, pour une bonne récupération et pour le cas où l’un des équipiers est malade et indisponible…. Je suis face à mes limites, face aussi à ma volonté de les repousser un peu plus chaque jour.

Le 07.08.07
Ce matin je consacre du temps aux réparation du bateau. Je regarde le chariot d’écoute d’artimon: finalement il ne manque que la manille que j’ai récupéré avec son manillon. Je refixe le palan et j’en profite pour resserrer toutes les mainlles du bateau. Et il y en avait besoin pour plusieurs alors qu’elles avaient été ressérrées il y peu… Les vibrations de la mer sont dures pour le matériel.
Puis je vais au guindeau qui ne fonctionne plus. Je teste la batterie qui est correctement chargée. Je regarde les fils électriques. Je trouve un fil sans cosse qui ne mène à rien d’un côté et à l’intérupteur de l’autre. Il devrait aller au plus de la batterie. Je regarde cette borne qui est entouré de graisse silicone pour la protéger. La graisse est verte alors qu’il me souvient qu’elle était blanche. Je gratte et dessous je trouve les reste de la cosse de cuivre. La majeure partie est dissoute. Je gratte et un autre bout de cosse apparaît. Les fils d’arrivée à la cosse plus sont tous bouffés par la corrosion sous la graisse. Le cuivre bouffé a fait la coloration verte de la graisse. Je vais au ship pour acheter des cosses à sertir sur les câbles et une cosse nouvelle pour fixer sur la borne plus ordinaire qui est intacte alors que la borne vissante est toute corrodée et disparue, alors que la moins est intacte! Je pense qu’un bout humide a du favoriser cette corrosion… Je n’ai pas d’autres explication plausible. L’essentiel est que la batterie est en bon état et que je puisse réparer.
L’après midi Mimi et moi allons à la capitainerie du port (Port Olonna) ou il y a un espace Wifi gratuit. J’en profite pour mettre sur le site cet article avec quelques photos pour vous qui nous faites l’amitié de nous rendre visite et de partager nos aventures! endant ce temps Mimi se bat avec son ordinateur pour écrire ce qu’elle vit ces temps ci!
Je répare le guindeau. Il fonctionne sans problème de nouveau, ce qui nous permet d’envisager des mouillages ! Je ne comprends pas comment les cosses de cuivre étamé ont pu être dissoutes en 18 mois alors qu’elles étaient protégées par une épaisseur de graisse silicone…
Pendant ce temps Mimi est restée sur son ordinateur et a écrit sa partition pour que notre histoire soit à deux voix. Chacun avec son style et la même sincérité et la même joie de partager.

Le 08.08.07
Journée ensoleillée ! Elle commence tôt car un voisin nous réveillé en limant quelque chose sur son bateau ! Impossible de nous rendormir. Bonne occasion de foire un gros câlin !
Ensuite je vais chercher à remplacer mon aviron perdu à Belle Ile. Aux Sables il y a quatre ships. Je trouve ce que je cherche chez le quatrième, mais je trouve, c’est le principal !
Je fixe les toiles anti-roulis pour notre lit et pour la banquette bâbord du carré. Ainsi nous pourrons y dormir tranquillement sans risquer d’être éjectés par les mouvements de la mer.
Le bateau est prêt pour la traversée ; nous aussi, nous avons envie de bouger. Je vérifie la météo à la capitainerie sur différents sites spécialisés. Pas de dépression en vue et du vent bien orienté nord-Ouest, entre 10 et 20 nœuds à l’approche de l’Espagne.

Le 10.08.07
Après une journée de courses et de farniente, c’est le départ des Sables d’Olonne.
Sortie du port des Salbes D’Olonne
Nous quittons le port par son long chenal qui traverse la ville, La Chaume sur tribord et les Sables à bâbord. L’horloge de l’église marque 10h20. Nombreux bateaux sortent pour une partie de pêche locale ou une petite ballade au moteur car le vent est très faible, 3 à 4 nœuds…
Un peu de moteur pour s’éloigner, puis les voiles sont hissées ; le vent peine à les gonfler. Diam Rek est un bateau lourd qui aime un vent plus fort. Aussi nous nous traînons pendant un moment. Dès que nous nous éloignons de la côte, le vent forcit un peu, de quoi avancer doucement à 4 nœuds. Peinards sur une mer calme avec du soleil. Alors quoi de mieux qu’une partie de pêche ! Nous mettons une ligne de traîne et bientôt un orphie de belle taille se fait prendre. Comme c’est l’heure du déjeuner, il passe aussi tôt à la poêle. Ça c’est du poisson frais ! L’orphie a des arrêtes vert émeraude, c’est très joli.
L’après-midi est sans histoire. Je vais faire la sieste, puis Mimi va faire la sienne en prévision des quarts à assurer la nuit. Vers 17h, c’est la pêche miraculeuse : 4 beaux maquereaux. Lorsqu’ils sortent de l’eau ils ont des couleurs vives brillantes superbes !Le soir ils passent à la poêle, à leur tour ! La mer nous fournit les protéines nécessaires. La mer est calme, juste le vent nécessaire. Le soir tombe avec un magnifique coucher de soleil.
Beaux contrastes
Mimi assure le premier quart.

Le 11.08.07
Je prends le quart vers 1h. Il fait un peu frais et il faut un pull polaire. Je veille dans le cockpit et je regarde la voûte céleste. En mer il n’y a pas de lumières parasites, alors des milliers d’étoiles apparaissent. Je vois la voie lactée très nettement. Quelle impression de plénitude devant ce spectacle, sous le vent ! J’ai l’impression qu’il y a deux types de personnes, celles qui vivent en ville et ne regardent pas la nature, les étoiles, ne sentent pas le vent et les autres qui vivent au contact des éléments. En plus c’est la période des étoiles filantes. Je vois la première qui zèbre le ciel avec un angle de 40 degrés, sur une grande longueur. C’est magnifique. Peu de temps après une autre, puis une autre encore, presque toutes vers l’ouest.
Pendant ce temps le bateau avance plus ou moins vite selon les caprices du vent. Il baisse le soir et en début de nuit et forcit un peu dans la nuit et le matin. Mimi assure ses quarts comme une grande. Elle veille et surveille la trajectoire des bateaux, dévie la route si besoin : c’est super. Elle a mis un patch anti mal de mer qui s’avère efficace.
Pendant la nuit, nous sommes seuls ou presque. Peu de bateaux, seulement des pêcheurs.
Le vent a tourné un peu et est venu très sur l’arrière. Aussi le bateau roule et Mimi s’en va dormir dans une cabine arrière pour être bien calée !
Le lever de soleil est beau. La matinée se passe à récupérer de la nuit. Au début le corps n’est pas habitude des mouvements de la mer qu’il essaie tout le temps de compenser. Le bateau ne permet pas de se promener, de se dégourdir les jambes, nous sommes le plus souvent assis ou allongés.
La journée se passe sans voir beaucoup de bateaux : quelques pêcheurs, quelques cargos et peu de voiliers. Néanmoins certains font une route qui pourrait entraîner une collision ; alors il faut obliquer, laisser passer puis reprendre le bon cap. Nous suivons la route sur l’écran de l’ordinateur. La carte indique des profondeurs qui déclinent très lentement. Le plateau continental français est vaste.
Puis soudain une alarme sonne ! Un œil sur les cadrans, c’est une alarme de profondeur ; nous venons de passer les 70 mètres et il y a une alarme à 69,9 mètres. Je ne me rappelle plus comment l’enlever. Alors ça sonne sans cesse. C’est énervant mais rassurant aussi, car si je mets une alarme de profondeur lors d’un mouillage pour être réveillé si l’ancre dérape, je sais que je serai réveillé ! Je cherche le manuel du sondeur et j’enlève l’alarme. C’est super, ce n’était pas une alarme de panne !
Autre alarme ! C’est le pilote qui le met en stand bail. Je le remets en marche et il refuse….
Je prends la barre et m’aperçois que je ne peux la tourner plus d’un quart de tour… Que se passe-t’il. Je passe la barre à Mimi et fonce dans la cabine arrière où il y a accès au secteur de barre. Avec la lampe électrique, je regarde et ne vois rien d’abord. Puis je vois un axe nu, sans rien. C’est l’axe du vérin hydraulique qui s’est dévissé ! Je le remets et sers fort l’écrou et le contre-écrou ! Je demande à Mimi de tourner la barre qui est libre dorénavant. Je reviens au pilote et le remets en marche. Il obéit aussitôt ! Super ! Je suis en colère d’avoir eu ce genre de passe sur un vérin tout neuf ! Et je suis heureux d’avoir pu réparer rapidement moi-même !
La journée est bien calme avec un vent par moments un peu défaillant.
C’est la pétole!
Le sondeur se met à ne plus rien indiquer : la profondeur dépasse 100 mètres.
Mimi est en forme. Elle nous fait même un vrai couscous en mer ! C’est super bon !
Honneur au couscous de Mimi
Tout va bien! Le 12.08.07
Après une seconde nuit de veille fatigante, c’est le grand calme.
Je me réveille bercé par la mer, mais je n’entends aucun bruit d’écoulement de l’eau contre la coque. Nous n’avançons plus. Je vais dans le cockpit : pas le moindre vent ! Mimi veille avec le baladeur en marche. Je veux mettre le moteur, mais mimi a envie de dormir…. Ce qui se comprend bien !
Le lever de soleil est somptueux ! Mer et ciel sont rouges, d’une infinité de rouges différents et intenses ! Il n’y a pas de limite entre mer et ciel !
Mer et ciel sont rouges!
Ça dure un mon moment. Les voiles qui claquent me rappellent à la réalité : il n’y a plus assez de vent pour avancer. Un peu de moteur.
La carte indique des profondeurs de plus de 4800 mètres ; plus que le mont blanc ! A un endroit la carte indique de hauts fonds en plein golfe de Gascogne de 20 mètres ! Sous la mer il y a là deux pics de près de 4800 mètres qui arrivent presque au niveau de l’eau ; un peu plus et il y avait deux îles ! C’est merveilleux la géographie marine !
J’essaie de pêcher avec la ligne et un leurre pour les thons. Peut-être que je m’y prends mal car rien ne mord….’

Le 13.08.07
La journée se passe doucement au rythme du vent, d’une très faible houle et du moteur parfois lorsque le vent refuse et que l’impatience l’emporte. Une traversée, c’est une épreuve de patience ; on prend le temps comme il vient…
Je regarde sur la carte la route restante à parcourir. Avec le vent faible, nous ne pourrons pas arriver avant la nuit prochaine. Je ne veux pas arriver la nuit dans un port que je ne connais pas. Alors je mets le moteur pour avancer à 3 nœuds seulement. Je consulte les mails par la BLU : super, nous avons un mail de l’une de nos filles, Manal. Je lui réponds et je demande un bulletin météo. J’envoie le tout et ne tarde pas à recevoir le bulletin qui indique très peu de vent, mais un vent de nord-ouest qui serait bon pour nous.
Une partie de la journée au moteur sur une mer calme, personnellement je préfère du vent et les voiles. Mais on prend ce qu’il y a.

Le 14.08.07
En début de nuit, le moteur s’arrête soudain. J’essaie de le remettre en marche, en vain…
Je descends et ouvre les accès moteur sous le regard peu rassuré de Mimi. Je nettoie le filtre à Gasoil qui a un peu de dépôts. Je remets tout en place et purge le circuit. Ça ne repart pas. Je démonte de nouveau et m’aperçois que le gasoil arrive par intermittence seulement. Je souffle dans le tuyau pour déboucher… Au bout d’un moment et d’essais infructueux, je renonce car il faudrait démonter le réservoir journalier et trouver ce qui se ballade et obstrue parfois l’arrivée de gasoil vers le moteur, alors que la cuve est pleine… C’est la nuit, nous sommes près du cap qui marque la fin de l’ouest espagnol et près de la Corogne. Nous sommes entourés de pêcheurs dont on voit les lumières. Le vent a tourné et vient du sud-ouest. Nous l’avons en face. Sans moteur, il faut tirer des bords pour avancer vers le port. Je décide de ne pas avancer pour ne pas arriver la nuit. Nous allons rester face au vent à dériver lentement en attendant le jour. Il faut surveiller les côtes qui sont à 5 miles et les pêcheurs. Je laisse Mimi de veille. Très vite elle me dit qu’elle a peur et je ne sais pas interpréter toutes ces lumières qui se déplacent dans cette nuit noire ! Alors je reste de veille et elle va se coucher, avec le mal de mer et la peur. Moi je n’ai pas peur de la situation, car je suis manoeuvrant à la voile puisque le vent est suffisant ; je sais interpréter les mouvements des bateaux. J’appréhende seulement l’arrivée vers le port sans moteur. Soit je mouillerai près du port, soit j’appellerai la capitainerie pour savoir si elle a un zodiac pour m’aider et me remorquer jusqu’au ponton.
Je reste à dériver lentement face au vent en surveillant la dérive et le phare situé sur le cap qui se rapproche. La veille est vraiment fatigante ! Lorsque j’estime me rapprocher trop du cap et avoir le temps de reprendre la mer pour arriver avec le jour, je change de cap de 180° et le vent qui est entre 15 et 20 nœuds me fait avancer à 5 à 6 nœuds. Le bateau roule. Mimi apparaît inquiète. Je lui dis ce que je fais, pourquoi le bateau roule et que nous arriverons tout à l’heure. Elle a peur néanmoins et me dit que je suis seul maître à bord avant d’aller se caler dans une cabine arrière. Je tire deux bords et nous voilà à quelques miles du port.
J’appelle la capitainerie en espagnol. Des mots d’espagnol reviennent mais se bousculent dans ma tête avec des mots d’anglais. Je me fais comprendre. J’explique que nous venons de France, que nous sommes en panne d’alimentation gasoil et demande s’ils ont un zodiac pour m’aider à rentrer au port. Je donne ma position. La capitainerie me dit d’attendre. Elle me rappelle rapidement et me dit qu’un bateau va venir nous aider. Je le dis à Mimi qui se sent revivre. Effectivement je vois arriver une vedette de sauvetage en mer ! c’est plus que j’avais demandé !
Le Salvamar
Ils me demandent d’affaler les voiles, puis ils me passent une grosse remorque que je mets au taquet. Le remorquage commence. Les moteurs du remorqueur font une écume qui rend ma mer blanche ! Comme le vent forcit à plus de 30 nœuds, nous recevons des paquets d’embruns soulevés par notre proue qui fend les vagues. Mimi prend des photos.
RemorquagePaquets d’embruns
Je prends un paquet d’embrun en pleine figure en voulant regarder pardessus la capote. Mimi rit aux larmes ; la voilà bien vivante de nouveau ! Nous entrons dans la ria de la Corogne ? Vaste endroit au paysage industriel et urbain par endroits et vert à d’autres endroits. Puis nous voilà dans le port. La vedette change l’amarrage pour nous faire entrer dans la marina à couple d’elle.
Un petit bateau du port finit de nous placer à quai. La guardia civil est là pour nous accueillir aimablement et remplir les papiers pour l’immigration. Quelques minutes suffisent. Puis c’est le Salvamar, notre remorqueur qui me demande de remplir les papiers du remorquage et présente l’adition qui est salée en fonction de la longueur du bateau et du temps passé : 454€ !
Je donne ma carte bleue : non ils ne prennent que des espèces que je dois aller chercher dans une banque proche. Je vais en ville. La Corogne est belle, avec un quartier piéton, un mélange d’architectures rigides, presque soviétique, et de construction à influence arabe. C’est beau ! Je sens des odeurs qui me rappellent l’Espagne que je connais. Les gens sont bruns et bronzés ou blonds aux yeux bleus !
De retour sur le bateau, je retrouve Mimi qui me dit être soulagée et me dit bravo pour la conduite la nuit et les bonnes décisions pour le retour au port ! Elle me dit qu’elle a eu peur cette nuit ! Nous mangeons un peu et au lit pour récupérer !
Le soir nous nous couchons tôt aussi. Il fait bon ne plus avoir de quarts et de dormir ensemble !


You can follow any responses to this entry through the RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.


Leave a Reply

XHTML: You can use these tags: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>