Traversée Saint Martin- Les Sables d’Olonne

Posted on août 22nd, 2009 by Christian

Traversée Saint Martin-Açores et Açores-France

Nous sommes prêts le 29.05, mais Teddy ne veut pas partir car c’est un vendredi… Nous partirons donc demain matin. Nous faisons les dernières courses pour les provisions qui nous permettrons de préparer les repas durant la traversée. Nous avons calculé largement, nous ne devrions pas jeûner. Je vais faire un dernier tour sur internet pour lire les derniers mails. Je regarde les prévisions météo. L’anticyclone des Açores est situé entre nous et les Açores, il nous barre la route directe. Il nous faudra remonter nord dans un premier temps pour le contourner…

Nous partirons à deux, puisque Teddy qui m’avait menacé de débarquer, n’a pas cherché un autre embarquement… Nous ferons donc la traversée à deux. Je serai volontiers parti seul…

Proposition d’équipierUn coup d’oeil sur la météo

Le 30.05.2009

Nous sommes prêts. Avant de larguer les amarres, nous allons déjeuner au restaurant sur le port. Nous larguons les amarres à 13h15.

Le port d’Oyester Pond est très peu profond, il reste moins d’un mètre d’eau sous la quille. La passe de sortie est étroite, puis il y a un chenal balisé entouré de coraux à éviter absolument.

Nous voici dans une mer peu profonde, moins de 30 mètres, entre Saint Martin, Saint Barthélemy et Anguilla. L’eau est verte, translucide ; le ciel est bleu avec quelques nuages. Une vraie carte postale.

Les alentours des îlots voisins sont zone protégée. Il est interdit de jeter l’ancre pour ne pas abîmer les coraux. Il faut prendre l’un des coffres disponibles. Nous laissons l’îlot Tintamarre à bâbord. Diam Rek avance avec la grand voile, la trinquette et l’artimon avec un cap fond de 29° à près de 4 nœuds.

Le départLa mer calme

La mer est belle, le ciel dégagé laisse voir toutes les étoiles avec toute la voie lactée. Que c’est beau !

Nous reprenons les quarts. Je ferai 4h-8h, 12h-16h, 20h-24h. Le premier quart de 20h à 24h est terrible. J’ai sommeil, je lute pour ne pas m’endormir, pour scruter l’horizon afin d’éviter les éventuels bateaux.

Le 31.05.2009

Dans le petit jour nous avançons à 5 nœuds. Pas de bateaux, nous sommes seuls en mer. Avec le jour, les luminosités des îles se sont éteintes. L’horizon ne laisse voir que la mer.

Après la joie du départ, vient une légère appréhension. J’ai tellement lu des récits de traversées difficiles, avec du gros temps… Mais la détermination est la plus forte, et l’attrait de l’aventure à vivre.

A midi, je mets une heure de moteur pour entretenir l’énergie de batteries. Nous croisons un petit cargo sur notre arrière. C’est le premier.

Nous avons parcouru 95 miles en 24h pour cette première journée de navigation avec un vent de 15 nœuds d’est et une houle d’un mètre maxi.

Dans l’après-midi un grain passe ; la pluie nous arrose copieusement. Après le grain le soleil revient. Le vent passe de 25 nœuds à 12 nœuds. La houle augmente à 1,5 mètres.

Coucher de soleil

Vers 22h je mets une heure à éviter un gros bateau de pêche, qui zigzague devant Diam Rek. Les pêcheurs travaillent et ne s’occupent pas des autres bateaux qui n’ont qu’à se dérouter… ce que je fais en maugréant.

Le 01.06.2009

Toute la nuit ce n’est que pêcheurs qui travaillent et ne s’occupent pas des autres bateaux qui n’ont qu’à se dérouter… ce que je fais en maugréant.

Toute la nuit ce n’est qu’une succession de grains !

Au matin nous avançons à 4 nœuds avec un ris dans la grand voile. Teddy « anticipe » les grains. Aussi le bateau est tout le temps sous-toilé. Pas possible de reprendre les ris car ça l’angoisse…

A 13h15 je fais le point. Nous avons fait 106 miles en 24h. Le ciel est bleu et la mer est bleue des mers du sud, bleu Waterman, comme sur les cartes postales.

Début de traversée!Les provisions dans le filetOn avance

Nous avançons sur la route orthodromique alors que Daniel, le routeur, nous avait recommandé de monter au nord dans un premier temps, pour éviter de tomber dans les calmes de l’anticyclone massif qui est dans l’est. Mais Teddy dit que c’est des conneries, que le vent est là et qu’il n’y a qu’a le suivre. Je le laisse essayer puisqu’il à déjà cinq traversées à son actif et pour lui clouer le bec s’il se plante dans les calmes…

Lorsque Teddy ouvre le frigo et me dit qu’il va falloir mettre le moteur parce que le beurre est trop mou, je me dis que nous n’avons pas la même façon de naviguer ! Il n’a qu’a ranger le beurre plus près du freezer ! Moi qui ai tendance à éteindre le frigo souvent pour privilégier le pilote qui suffit à faire baisser les batteries lorsque le vent ne fait tourner l’éolienne que faiblement et que le ciel gris ne permet pas aux panneaux solaires de donner assez d’énergie.

Le 02.06.2009

La nuit est calme ; un vent de 12 nœuds nous fait avancer à 4 nœuds. Pas de grain et pas de bateaux à éviter. Je commence à m’habituer aux quarts de 4 heures. La nuit c’est long, mais il y a un avantage : pendant mes quarts, je suis seul et j’apprécie pleinement ce contact avec la nature. J’apprécie aussi de n’être pas à côté de Teddy. En effet il n’y a aucun feeling entre nous et nous ne nous disons pas dix phrases dans la journée. Alors la présence muette de l’autre pèse.

J’appelle le routeur qui me dit de continuer  vers le nord 60 heures puis nous aurons du vent de sud est à condition de ne pas dépasser le 59° west.

Nous avons avancé de 99 miles en 24h et nous avançons à 3,5 nœuds.

Je mets le moteur pour utiliser la radio BLU pour envoyer un mail de demande de carte météo. J’y passe une heure sans parvenir à faire passer le mail faute de contact avec l’une des stations radio réceptrices.

En début de nuit, un gros nuage passe avec une accélération du vent. Derrière, il n’y a plus de vent hélas !

Le 03.06.2009

Dans la nuit les nuages se succèdent avec du vent sur leur passage puis plus rien…

La matinée se passe dans le petit temps avec un vent autour de 10 nœuds. Nous avançons à 3,5 nœuds avec une houle de tribord.

La mer est couverte de longues zébrures qui sont des amas d’algues qui dérivent. Elles nous empêchent de pêcher car elles s’accrochent au rapala…

Nous avons parcouru 92 miles en 24h. Ce n’est pas formidable, mais le vent est faible…

Nous n’avançons plus qu’à 2 nœuds. Teddy allume alors le moteur pour avancer plus vite. Il ne supporte pas d’avancer à moins de 2,5 nœuds… Moi, j’aime avancer à la voile, même lentement, on peut profiter alors du beau temps calme pour lire, écouter de la musique…

Non il faut le moteur !

Pendant mon quart du soir j’écoute de la musique avec mon baladeur. Quelle joie d’entendre de la musique, seul sur la mer, sous le ciel étoilé !

Le 04.06.2009

Manque de vent et nuages gris qui couvrent le ciel, c’est notre lot du matin. Moteur pour recharger les batteries et pour pallier le manque de vent… Nous avons fait 94 miles en 24h.

Daniel me dit au téléphone satellitaire d’aller jusqu’au 30 et même 31° nord pour trouver du vent.. Nous alternons voiles et moteur pour avancer. A ce rythme là le gasoil ne sera pas éternel et ne nous permettra pas de rejoindre les Açores de toutes façons…

Le 05.06.2009

Dans la nuit éclate un gros orage loin dans le nord est. Teddy éteint tous les instruments et les débranche. Vers 4h30, l’orage cesse, toujours au loin. Après il n’y a plus de vent. Teddy met le moteur…

Il pleut un peu. Lorsque le vent revient, nous avançons à la voile. Le reste du temps c’est au moteur…

Dans la journée nous avons avancé de 76 miles. Nous passons à côté d’un grain, puis d’autres.

Se faire mouiller n’a rien d’agréable car comme nous remontons vers le nord, la pluie n’est plus chaude comme sous les tropiques. Quand en plus c’est la nuit, l’humidité reste dans les habits et on est transi vite fait… On dirait une journée de novembre.

Le 06.06.2009

Vers midi nous croisons un cargo qui se déroute pour nous laisser passer. C’est suffisamment rare pour le signaler. Nous avons avancé de 99 miles en 24h.  Nous avançons sur un cap fond de 42°, ce qui ne nous fait pas avancer suffisamment nord pour trouver le vent et trop  est pour éviter les calmes de l’anticyclone… La majeure partie de la journée se passe au moteur.

Teddy rate une dorade coryphène qui réussit à se décrocher de l’hameçon tout près du bateau…

Le 07.06.2009

Nous avons avancé de 104 miles en 24h grâce au moteur surtout. Le vent de sud  ouest est très faible. Nous sommes toujours au cap 65°.

img_0080.jpg

Le routeur nous conseille de continuer au cap 45° pour trouver dans 6 heures du vent d’ouest montant progressivement à 20 nœuds.

Sur la mer il y a uneimg_0087.jpgimg_0089.jpgimg_0090.jpg profusion de petites méduses avec une poche gonflée qui leur sert de voile. Cette voile est striée de raies rose violet. C’est magnifique à regarder, mais il ne faut surtout pas toucher car les tentacules sont cruellement venimeux. J’en garde un souvenir cuisant lors d’une baignade à Warang au Sénégal.

En soirée nous arrêtons le moteur et hissons trinquette, grand voile et artimon pour avancer à 3,2 nœuds au cap 45° avec un léger vent d’ouest.

Le 08.06.2009

Le soleil se lève à 4h15 à l’heure des Antilles. Le ciel est magnifique avec une infinité de rouges entre les nuages. Commence alors le calme du matin. C’est le paradis. Que j’aime ce calme des matins en mer !  Il y a une houle de ¾ arrière bâbord d’un mètre environ. Nous avançons à 4,8 nœuds avec un vent d’ouest de 12 nœuds.

img_0093.jpgimg_0094.jpgimg_0096.jpgimg_0099.jpg

Le vent étant arrière, je mets une retenue de baume pour parer à tout empannage intempestif.
Avant midi Teddy attrape une daurade coryphène dont je lève les filets.

Nous avons avancé de 111 miles en 24h. Le vent s’étant levé nous avançons à 6,2 nœuds.

Vers 23h, la pluie arrive pendant que je vois des éclairs au loin. Les grains passent sans dommage pour nous.

Le 09.06.2009

img_0100.jpgUn grainimg_0103.jpgimg_0105.jpgUn cargo passe

Les grains se succèdent. J’avais rangé mon appareil photo dans un équipet, entouré d’un linge.

Hélas, cette protection n’a pas suffit. Je sèche l’appareil, dehors et dedans. Le courant fait encore sortir l’objectif de façon aléatoire. Mais quelques heures après, l’appareil repose l’objectif sorti, sans réaction aux sollicitations des commandes. Le grain lui a été fatal.
J’ai pris des photos jusqu’à présent, mais le reste de la traversée se fera sans photos. Je suis triste et je m’en veux de n’avoir pas fait plus attention à l’appareil !

Le vent est tombé et nous avançons au moteur. Le routeur nous promet du vent dans 36h…

Je demande un fichier météo par BLU. Il arrive et confirme que nous sommes dans une zone de calme plat et que le vent est loin au nord est…

Nous avons avancé de 105 miles en 24h.

Le soir j’ai froid. Les nuits sont de plus en plus fraîches.  Nous sommes à la hauteur des Bermudes, à 200 miles à l’est. Teddy redoute les perturbations « telluriques » dans ces parages. Mais rien d’anormal ne se manifeste !

Le 10.06.2009

J’ai reçu un fichier météo qui confirme que nous sommes dans les calmes pour un moment…

Teddy tient à ce que nous changions d’heure. Nous avançons d’une heure pour qu’il ne voie plus le soleil se lever vers 4h ce qui l’empêche de s’endormir.

Nous avons avancé de 105 miles en 24h. Nous sommes maintenant à 4,7 nœuds au moteur au cap 60°. Entendre le moteur quelques heures n’est pas agréable, mais non-stopp pendant des jours, c’est bien pire. Je souhaite que les réserves s’épuisent vite pour que nous n’ayons que les voiles pour avancer comme tout voilier qui se respecte !

Le 11.06.2009

On arrête le moteur à 7h30. Trinquette, grand voile et artimon nous font avancer à 3,3 nœuds au cap 86°.

Nous avons fait 101 miles en 24h, sous un ciel gris, chargé d’épais nuages. Le vent de sud est est de 12 nœuds. Le baromètre reste imperturbablement à 1026 hp.

Une méduse venimeuse avec sa voileun grain arriveimg_0113.jpg

Le 12.06.2009 vendredi

Teddy prend un deuxième ris dans la grand voile et un dans la trinquette. Au moins nous ne gîtons pas ! Il pleut depuis trois heures avec un vent de sud qui nous fait avancer à 5,3 nœuds.

Je fais un calcul de consommation du moteur : 240 litres de gasoil en 93 heures font une consommation de 2,57 litres à l’heure à 1800 à 2000 tours minute. Le réservoir bâbord est vide. Je passe sur le réservoir tribord et rien n’en remonte. Il est vide. Pourtant j’avais fait le plein à Oyester pond. Il doit y avoir eu une fuite, ou bien j’e me suis fié à la jauge qui indique le plein alors que le réservoir est vide…

En tout cas, nous n’avons plus de gasoil que le contenu du réservoir journalier. Teddy est fou de rage et m’accuse d’imprévoyance, de ne pas avoir préparé le bateau avant le départ ! Lui qui ne supporte pas les calmes, va devoir se contenter des voiles pour avancer. Ce qui reste de gasoil doit servir à remonter les batteries de temps en temps, à éviter un bateau en cas de besoin et à faire mes manœuvres d’approche.

Lourde ambiance à bord. Les noms d’oiseau pleuvent. Je laisse passer. Je suis content de n’avancer qu’à la voile, mais j’ai à subir l’ambiance …

Nous avons avancé de 87 miles en 24h. Mais à partir de 22h la pétole s’installe.

Le 13.06.2009

Vers 11h, le vent se lève un peu. Nous avançons avec la trinquette, 2 ris dans la grand voile et l’artimon. Je n’aurai jamais navigué aussi sous toilé ! Nous avançons à 2  nœuds. Je propose de mettre le spi asymétrique, mais ça n et l’artimon. Je n’aurai jamais navigué aussi sous toilé ! Nous avançons à 2  nœuds. Je propose de mettre le spi asymétrique, mais ça n’intéresse pas Teddy. Tant mieux car je ne tiens pas à ce qu’il explose sous un grain non anticipé.

Nous avançons de 36 miles en 24 heures. Ca ne réchauffe pas l’atmosphère à bord ! Le petit temps use les nerfs dans ces conditions alors que ça pourrait être si relaxe !

Le vent annoncé vient progressivement.

Le 14.06.2009

La carte nous indique qu’il reste 1088 miles jusqu’à Horta, île des Açores. La position du bateau grâce au GPS est revenue sur le logiciel de navigation. Il doit y avoir un mauvais contact, une question d’humidité qui laisse passer les informations ou pas. Pour l’instant ça marche. C’est la première fois que je regarde la carte sur l’ordinateur. Teddy marque chaque jour un point sur la carte papier, calcule le cap, sans tenir compte des indications du routeur, qu’il juge fausse…

img_0116.jpgimg_0118.jpgimg_0119.jpgimg_0120.jpgimg_0122.jpgimg_0123.jpgimg_0124.jpgUne dorade coryphène

Nous avançons de 78 miles en 24h sur un cap 88° avec une houle de 1,5m et un vent de 12 nœuds de sud ouest. Je règle la barre à 8 pour plus de réactivité avec cette houle qui nous déporte l’arrière.

Depuis le départ la houle a une fréquence très rapide de deux ou trois secondes. Cest très désagréable.

Daniel prévoit du vent de 20 à 25 nœuds pour 48h. Il sera le bien venu !

Le soir Teddy rate trois poissons dont le dernier qui emporte l’hameçon.
Je vais me coucher et j’ai froid. Je mets un duvet sur moi pour la première fois…

Le 15.06.2009

Dès le lever du jour le vent est de 18 nœuds et nous avançons à 5,5 nœuds au cap 88°.

Le matin, je m’aperçois que le tableau électrique est humide, avec des traînées d’eau. Un entourage de hublot n’est pas hermétique avec trop peu de sika. J’en ajoute et je sèche le tableau. Pour l’instant, tous les circuits électriques fonctionnent.

Nous avons parcouru 126 miles en 24h. et nous avançons toujours à 5,5 nœuds avec un vent de ¾ arrière tribord de 20 nœuds.

En soirée on se déroute deux fois pour éviter deux bateaux. Nous sommes des jours sans voir de navire et deux coups sur coup ont une trajectoire qui croise la nôtre ! On s’habitue à voir la mer sans navire, pour soi seul ; un visiteur devient importun.

Un peu de moteur pour remonter le niveau d’énergie dans les batteries. Je compte les heures moteur pour gérer le reste de gasoil.

Le 16.06.2009

Le vent mollit à 12 nœuds. Un gros cargo nous double  sur notre bâbord. Nous avons avancé de 111 miles en 24h. Notre allure est de 4,8 nœuds avec un vent de sud ouest de 15 nœuds et une houle de 1m. Ca donne des conditions de navigation incroyablement confortables : peu de houle, un vent assez constant qui fait avancer sans forcer, pas de grain… Que rêver de mieux ? C’est une traversée pour retraités !

Vers 16h, je vois des jets de vapeur d’eau d’évent de baleine à un demi-mile du bateau. Puis la baleine sonde et disparaît. J’aurai tant aimé la voir de plus près !

Le soir le vent remonte un peu et on est au près bon plein à 5 nœuds au cap 85°.

Le 17.06.2009

Vers 6h30 une bande de dauphins nagent, sautent, jouent autour du bateau. Je trouve un petit calamar sur le pont, sans doute déposé par une vague.

A midi on rechange d’heure pour se mettre à TU-4.

Diam Rek a avancé de 110 miles en 24h . Nous avançons toujours à 4,7 nœuds. Lorsqu’il y a du vent, suffisamment pour avancer comme ça, c’est très agréable. Jour après jour, on avance, on voit la progression sur la carte. On calcule les miles qui restent à parcourir, le nombre de jours nécessaires, si le vent se maintient…

Le 18.06.2009

Nous croisons un cargo dans la matinée.

Le vent de 25 nœuds nous fait avancer au près bon plein à plus de 6 nœuds. Nous croisons deux autres cargos.

A 9h nous prenons un troisième ris dans la grand voile, et nous avançons presque à la même vitesse. Il éclate une dispute avec Teddy sur l’écart de route et sur la gestion des voiles. Nous n’avons vraiment pas la même façon de naviguer. Teddy navigue toujours sous toilé. Il privilégie parfois le cap parfois la vitesse. Si je fais différemment, il s’emporte et menace d’en venir aux mains… Un vrai gamin colérique à 40 ans !

Nous avons avancé de 122 miles en 24h. et le vent de 25 nœuds se maintient !

Le 19.06.2009

Au cap 100°, nous avons parcouru 121 miles en 24h.

Mais en fin de journée le vent baisse et nous n’avançons plus qu’à 2 nœuds.

Un cargo nous dépasse sur tribord dans le crachin.

Teddy pique une crise parce que je suis dans la descente, protégé de la pluie. Lui fait ses quarts dans le cockpit et vent que je fasse de même. Il a toujours peur que l’on ne voit pas un obstacle. Il faut scruter sans relâche, comme il dit.

Le 20.06.2009

Teddy met le moteur un quart d’heure pour éviter un cargo.

Au petit matin, il y a peu de vent et du crachin dans le quel nous avançons à 2,6 nœuds.

Vers 6h le vent se lève et nous voici à 5 nœuds. Je rate une coryphène qui se détache au dernier moment !

Il pleut depuis hier au soir ! Vers 13h le vent baisse et notre vitesse tombe à 2,6 nœuds.

Nous avons parcouru 85 miles en 24h. Le vent de sud est n’est plus que de 8 nœuds…

Puis le vent tourne et nous faisons cap 77°.

Le 21.06.2009

Le petit matin nous voit dériver à 1,1 nœuds faute de vent. A 5h le soleil se lève dans une féerie de rouge orangé et un petit vent se lève qui nous fait avancer à près de 3 nœuds.

A 7h30 le calme est impressionnant et les dauphins jouent autour du bateau. Que c’est beau! Dans ces moments là, on souhaite que la traversée ne finisse pas !

Nous avons progressé de 53 miles en 24h au cap 77°.

Nouvelle dispute avec Teddy qui ne veut plus aller à Horta comme prévu depuis le départ, mais à Flores, plus proche. Horta a un ship et des chantiers capables de réparer la pompe de relevage de gasoil (enfin peut être…) A Flores il n’y a rien d’indiqué sur le guide, il ne faudra compter que sur l’envoi de pièces de France… Rien à faire, il veut toucher terre vite, si non il menace de se mettre hors quarts… Je lui dis chic alors et il veut en venir aux mains… Sur un bateau on ne peut risquer de se blesser car tout peut devenir grave, loin de tous soins possibles.

Nous irons donc à Flores. Il y a un petit port au sud est : Porto das Lajes.

Je coupe le frigo par manque d’énergie dans les batteries ; priorité au pilote automatique.

Le 22.06.2009

Le vent ne vent pas nous emmener à Flores, il tombe et nous voici à 1,2 nœuds au 35°.

Flores n’est plus qu’à 322 miles, encore faut-il du vent.

En début d’après-midi un grain passe et il pleut.

Nous avons parcouru 43 miles en 24h.

Vers 19h j’essaie de mettre le génois et la grand voile en ciseaux et nous avançons à 2,1 nœuds…

Le 23.06.2009

Je démonte la pompe de relevage gasoil. Le fusible fonctionne ; c’est le rouet qui a perdu son méplat et qui n’est donc plus entraîné par l’axe moteur. Il faut un nouveau rouet…

J’appelle JEAN Michel qui est en navigation à Groix sur son Petit Scarabée II. Il va aller à Nantes et là il essaiera de trouver la pièce ou une autre pompe et puis un feu de mât puisque le mien ne fonctionne plus bien et que ça terrifie Teddy qui ne jure que par la sécurité maximum. Jean Michel, toujours aussi gentil, va chercher à Nantes lorsqu’il y sera arrivé.

Nous avons avancé de 41 miles en 24h. Le vent de nord est de 10 nœuds et nous fait avancer à 2,3 nœuds… Le ciel reste obstinément gris et le vent faiblit en soirée, si bien que nous nous traînons à 1,5 nœuds. La terre se fait attendre….

Le 24.06.2009

Mer plate, juste quelques ondulations, pas de vent. Nous sommes à 0,6 nœuds au 150°…

Flores n’est plus qu’à 138 miles et Horta à 263 miles. Nouvelle dispute avec Teddy qui ne veut pas entendre parles de Horta alors que Flores est plus proche ! Il profère encore des menaces…

Nous n’avons avancé que de 23 miles en 24h. Le vent n’est plus que quelques souffles de temps en temps…

Dans la soirée nous voyons deux cargos qui nous dépassent vers les Açores.

Le 25.06.2009

Le vent se lève et atteint vite 20 nœuds. Nous changeons d’amure, bâbord, avec trinquette deux ris, grand voile deux ris et artimon un ris ! Je n’ai jamais navigué aussi sous toilé ! Nous avançons cependant à 6 nœuds.

Nous avons avancé de 93 miles en 24h. Un gros poisson mord en emporte la ligne !

En fin d’après-midi le vent faiblit en nous sommes à 2,5 nœuds au cap 89°.

A 22h30 nous sommes à 32 miles de Flores que l’on n’aperçoit pas encore. Nous avançons à 3,4 nœuds.

Le 26.06.2009

A 4h on voit les lumières de Flores à 15 miles.

A 5h50 on voit la pointe de l’île entre des nuages. Les grains passent, nous sommes à 10 miles.

A 6h20 j’allume le moteur et l’ordinateur pour l’approche. Les grains sont de plus en plus fréquents et cachent parfois l’île.

8h nous faisons un large contour du sud de l’île car il y a des hauts fonds rocheux dangereux à un demi-mile.

Teddy en rajoute et nous passons à plus de deux miles. Le brouillard nous masque l’île dans l’ultime approche. Soudain nous voyons une grue et quelques maisons. C’est le port. Nous approchons et contournons la jetée flanquée d’un large empierrement.  Dans le port il y a Neuf voiliers à l’ancre. Les quais sont inoccupés, mais réservés aux cargos. Dans le fond du port, des travaux de construction d’ans le fond du port, des travaux de construction d’une petite marina empêchent d’approcher des quais. Nous repérons l’endroit favorable et jetons l’ancre par 12 mètres de fond. Notre position est : 39 22 824N 31 10 029W.

Voilà une bonne chose de faite. Pourtant à la joie d’arriver sans encombre, se mêle la nostalgie des jours passés en mer, dans ce calme des éléments, dans ce monde parfait et mouvant…

Nous restons à bord pour surveiller la tenue de l’ancre. Je n’ai mis que trois fois la profondeur en longueur de chaîne, faute d’espace. Le vent souffle à 20 nœuds du sud ouest. Le port est bordé au sud par une longue jetée, au nord par des falaises de 70 mètres au pied des quelles émergent des rochers aigus. Le port est largement ouvert sur la mer à l’est. Le fond du port est à l’ouest, surmonté par des maisons et le village.

La vue est magnifique. Les maisons blanches et couleur pastel ressortent sur la verdure exubérante. La falaise elle-même, pourtant abrupte, est couverte de végétation : une sorte de pins parasols, des plantes à larges feuilles, des fleurs… On ne voit que très peu les roches !

La vue est belle mais pas rassurante. Si le vent monte est ce que l’ancre tiendra ? Et si le vent d’est entre dans le port et lève une grosse houle, ce sera intenable…

Bon, pour l’instant, nous pouvons nous reposer. Une bonne sieste et nous verrons plus tard.

Finalement nous passons toute cette première journée à bord. Le vent tourne et nous nous rapprochons de d’autres bateaux, mais rien d’inquiétant. D’autres voiliers arrivent, nous sommes 11 dans le port.

Le 27.06.2009

Nous gonflons l’annexe pour pouvoir rejoindre les quais. Le moteur hors bord ayant une prise d’air, nous y allons à la rame. Chacun une rame et ça avance bien malgré une houle de 0,5m.

Au fond du port, une grande grue travaille pour la construction de la marina. Plus loin une autre grue sert à la sortie des bateaux. Il y a un quai avec un escalier et un anneau pour attacher l’annexe. Les installations du port sont sommaires ; il y a un grand nombre de conteneurs, car tous les échanges de l’île se font par bateaux et par conteneurs.

Une rue monte au village. Un premier café, puis un autre et encore un autre et les premières maisons. Le village est tout en haut et la route monte raide ! Il y a deux supermarchés, une station essence, une banque et des restaurants… Des fleurs partout, le long des rues, dans les jardins, dans les endroits inaccessibles poussent hortensias et capucines sauvages… L’île est très belle. On voit des collines escarpées dans les lointains, couvertes de champs. Tout l’espace est travaillé et aussi vert qu’en Normandie ou en Cornouailles.

Nous faisons une halte au premier café. Je demande s’il y a un mécanicien. Un peu d’espagnol et d’anglais me font comprendre, faute de portugais. Justement il y a un consommateur qui est mécanicien. Il est avec deux amis. J’explique ma panne de pompe de relevage. Pas de problème, le mécanicien en a une. Nous partons à 4 en voiture vers l’atelier du mécanicien. La pompe est plus petite et les embouts ne nous pas de même dimension. Pas grave, nous remontons en voiture jusqu’à une quincaillerie. Il y a là de quoi adapter pour avoir les bonnes dimensions. Retour à l’atelier. Il faut un interrupteur. L’un des amis va en acheter un. Je demande ce que je dois. Rien ! Puis comme j’insiste, je donne 40 euros.

Les trois amis m’offrent un whisky, puis un autre tout en discutant. Ils sont membres fondateurs du club nautique qui a un voilier à retaper pour naviguer un jour. C’est leur espoir, leur rêve.

Je retrouve Teddy dans le village. Il discute avec des français Qui ont une maison tout près du port. En discutant, j’entends Béru parler de son bateau Balaou. Ca me dit quelque chose… Dominique et Marylène de Daam Dour parlaient souvent de Balaou avec qui ils avaient navigué et pour qui ils avaient amitié et admiration. Je demande à Béru s’il connaît Daam Dour. Bien sur ! Le monde est petit ! Béru et Flo naviguent depuis des décennies, d’abord comme équipage dans les Caraïbes, puis comme navigateurs sur leur bateau. Maintenant ils sont posés à Flores avec une maison et une autre que Béru aménage en menuiserie pour gagner un peu sa vie. Flo s’occupe du jardin pour les légumes et va à la pêche pour le poisson. Ils sont presque autonomes. Ils ont gardé l’esprit marin et ils aident les navigateurs de passage, ne serait-ce qu’en leur donnant accès à leur internet.

Je suis heureux de faire leur connaissance. Teddy les connaît depuis des années, depuis l’un de ses passages aux Antilles.

De retour au bateau, j’essaie la pompe. Elle fonctionne mais n’est pas assez puissante pour remonter le gasoil sur 2m…  Déception !

Du 27.06 au 13.07.2009

Le dimanche je reste au bateau pendant que Teddy va à terre. Je suis tranquille seul.

Le lundi le vent se lève et tourne est. 20, puis 30 nœuds. L’ancre tient. Peu à peu la houle  grandit et  atteint bientôt un mètre. Diam Rek bondit, passe la vague, descend dans le creux puis escalade la prochaine vague en tirant brusquement sur la chaîne. C’est impressionnant et ça fait un bruit d’enfer malgré le bout qui retient la chaîne. Une vague plus forte fait casser le bout. La chaîne se tend avec un grand bruit en tirant sur le guindeau. Je me précipite à l’avant et je remets une autre main de fer avec un nouveau bout plus gros. La danse dure près de 24h… L’inquiétude s’en va quand le vent tourne. Il vient d’ouest maintenant. Aussi fort, amis peu à peu la houle baisse. Il faut 24 heures pour qu’elle revienne à 0,5m.

Pendant ce temps, Jean Michel arrive à Nantes et cherche pompe et feu de mât. Il les a le premier juillet et les envoie par DHL. Un grand merci Jean Michel pour ce dépannage rapide !

Il n’y a plus qu’à attendre entre 4 jours et une semaine maxi…

Le 2 juillet c’est mon anniversaire. Je suis seul au bateau. Mimi me manque. Elle appelle, les enfants aussi et ça me fait plaisir.

Je rends au mécanicien sa pompe et il me rembourse sans discuter.

Un jour de vent assez fort d’ouest, je reste au bateau. Teddy va au village car il y a une fête. Il ne rentre pas le soir pour rester à la fête. Il rentre à 7h du matin remorqué par un bateau. Il me raconte : vers 6H il rentre avec un autre navigateur français. En arrivant au port, celui-ci ne voit plus son bateau. Il a dérapé, il est plus loin il s’éloigne sans heurter d’autres bateaux. Le navigateur prend son kayak et rattrape son bateau. Un coup de moteur et il redevient manœuvrant. Pendant ce temps, Teddy tente de revenir au bateau avec l’annexe, mais le vent l’entraîne vers le large. Heureusement il peut appeler le navigateur qui vient de récupérer son voilier et qui le remorque jusqu’à Diam Rek. Mais en cours de route le bout de l’annexe se prend dans l’hélice du voilier. Le navigateur plonge et coupe le bout !

Teddy revient à bord marqué par son aventure car s’il avait été entraîné au large, personne ne l’aurait vu et il est probable qu’on ne l’aurait jamais revu…

Les jours suivants nous serons prudents pour naviguer avec l’annexe dans un sens ou l’autre.

Plusieurs jours nous resterons bloqués dans le bateau tant le vent soufflait.

Les autres jours je vais dans le village au club internet  moderne et gratuit.

Je mange souvent à midi au restaurant pour quelques euros. Ce n’est vraiment pas cher, c’est copieux et souvent très bon.

Les gens de Flores sont très aimables. Ils sont en train de découvrir le tourisme peu à peu qui donne un peu d’activité et de revenus. Mais beaucoup de jeunes partent vers le Portugal ou les USA. Le 27 juillet il y aura la fête des émigrés. Nombreux sont ceux qui reviennent une fois par an voir famille et amis et la fête dure une semaine.

Deux voiliers ont des équipiers qui débarquent. Une canadienne retourne au Canada et un Capverdien débarque sans moyens. Il dort dans un conteneur vide au port et se faire inviter par l’un ou l’autre pour un repas. Il finira par faire une quête pour prendre un avion vers Horta où il a de la famille… Et Teddy s’accroche, lui qui avait menacé cent fois de débarquer, il reste à bord ! Pas de chance ! Non seulement il ne veut pas débarquer, mais il me menace de coups si je le débarque ! Je pense un moment aller à la police maritime, mais je ne le fais pas.

Nous allons à terre. Dans l’annexe le ton monte. Teddy veut que je rame plus que lui, à un rythme absurde. Il menace de me donner un coup de rame ou de me mette à l’eau. Je reste calme et rame comme d’habitude. Il se calme et fait avec….

Le colis tant attendu arrive le Vendredi 10. J’installe la pompe de relevage qui fonctionne parfaitement. Nous allons nous mettre au quai en béton. Il faut s’amarrer solidement et éviter le ra gage qui coupe vite les amarres. Le patron d’un chalutier américain nous prête des chaînes qui ne craignent pas le ragage.

Je monte en haut du mât, assuré par l’écoute de grand voile et par Teddy. Je passe un bon moment à démonter le feu de mât qui ne fonctionne plus et plus longtemps encore à installer le nouveau feu. Je suis à 16 mètres au-dessus de l’eau et le vent se lève à 15 nœuds. Le mât oscille. Je suis assis dans le harnais et je me tiens d’un bras. Je reste une heure et demi en haut pour terminer. Après essais, ça fonctionne. Je redescends. Arrivé en bas, j’ai le souffle coupé, tous les muscles tendus. Je suis mort de fatigue. Je reste un moment à récupérer.

Nous allons en ville faire quelques courses. Pour le gasoil, ce sera lundi avec des bidons.

Le dimanche je vérifie le moteur, le décanteur à gasoil… Tout est OK.

Le lundi 13 nous faisons les dernières courses puis une première tournée de bidons de gasoil que nous vidons dans les réservoirs. A la seconde tournée, le premier réservoir est plein. Le second semble plein aussi alors qu’il était vide. Teddy appelle Béru qui vient. Il démonte la mise à l’air et dit que le réservoir est plein. Effectivement le tuyau de la mise à l’air est plein de gasoil. Il pense qu’en venant nous n’avons pas pu remonter le gasoil parce que la pompe était morte avant que je ne m’en aperçoive…  Le raisonnement paraît logique. J’ai des doutes, mais c’est logique. Teddy croit Béru qui a de l’expérience…

Nous sommes donc prêts à partir. Nous partirons demain.

Le 14.07.2009

Nous allons déjeuner à terre puis nous dégonflons l’annexe et la rangeons sur le pont.
A 13h, Béru nous aide à larguer les amarres sous la pluie. Le ciel est gris et le vent est de 15 nœuds. Nous sortons du port et vite le vent passe à 20 nœuds puis à 25. Nous prenons deux ris dans la grand voile et un dans l’artimon et nous avançons à 5,5 nœuds dans une houle d’1,5m.

Comme à chaque départ je ne me sens pas très en forme, ça ira mieux demain.

Le 15.07.2009

Le vent de nord nord est tombe à moins de 15 nœuds et nous n’avançons plus qu’à 2,9 nœuds face à la houle. Nous avons parcouru 86 miles en 24h. Le vent tombe à moins de 10 nœuds. Nous essayons l’autre amure, bâbord, et nous voici à 3 nœuds cap 87°.

Le vent tombe encore en nous n’avançons plus qu’à 1,5 nœuds. Teddy met le moteur. Et c’est reparti ; pourvu que le vent se lève !

Puisqu’il y a le moteur, je demande des fichiers météo. Ils arrivent et confirment le calme pour plusieurs jours. Il y a du vent plus au nord. Mais Teddy préfère aller à l’est nord est sur une route directe. Je me prends au jeu et le laisse faire pour qu’il se plante. Moi j’ai tout mon temps. C’est peut être ma dernière traversée. Lui est pressé.

Le 16.07.2009

Nous croisons un porte-conteneurs dont les piles de conteneurs arrivent à hauteur du château !

Le baromètre indique 1037mb, nous sommes en plein anticyclone, dans la pétole. La houle diminue, la mer devient plate. Toute la journée nous avançons au moteur. Nous avons parcouru 75 miles en 24h. Lever et coucher de soleil sont merveilleux sur cette mer plate qui s’illumine de mille reflets qui vont de l’or au rouge en passant par des teintes mercure gris doré ! La mer scintille de mille feux et le ciel n’est pas en reste, avec son incendie rougeoyant !

Le 17.07.2009

Toujours au moteur sur la mer calme, nous avons parcouru 106 miles en 24h.

A 16h je remonte le gasoil et le réservoir tribord est vide. Je passe sur le réservoir bâbord.

A minuit, je remonte du gasoil et la pompe nouvelle rend l’âme.

Je regarde par la mise à l’air l’état du réservoir en introduisant un tuyau fin. Il ressort sec : le réservoir est vide. L’hypothèse de Béru était donc fausse…

En tous cas plus de gasoil, que ce qui reste dans le réservoir journalier plus 20 litres dans un bidon. Teddy est furieux et m’accuse de n’avoir pas prévu, pas rempli tous les bidons…

Il se console en buvant un demi-litre de rhum et va cuver sur sa couchette. Bon débarras.

Nous voilà de nouveau avec les voiles. Le vent est ouest sud ouest. En établissant les voiles je fixe mal la retenue de baume. Celle-ci empanne et heurte ma tête au passage. Je suis un peu KO, j’ai mal, mais je ne saigne pas. Tout  va bien.

Le 18.07.2009

Dans la nuit le vent d’ouest sud ouest forcit à 15 nœuds et nous fait avancer à 3,4 nœuds.

Je revérifie s’il reste du gasoil dans le réservoir bâbord, mais non, rien. L’atmosphère est lourde et les reproches pleuvent. Teddy ne cesse de répéter que je suis un mauvais marin. Il en est persuadé depuis le départ car dès la première nuit au Venezuela, en longeant Margarita, à un moment nous cherchions le chenal. Une bouée clignotait ; une bouée sud que je n’ai pas reconnue, Teddy non plus. Il était à la barre. Je lui dis de passer au nord. Devant l’indication du sondeur, je lui dis de faire demi-tour vite et que nous allons réfléchir ou passer. Il me répond que nous n’allons pas passer la nuit à réfléchir. Je lui redis de faire demi-tour et nus passons au sud de la bouée sans problème.

Depuis lui en a conclu que je ne suis pas fiable. Il n’en conclue rien pour lui-même. Déjà qu’il est d’un naturel angoissé, il a trouvé un motif de plus. Il n’a pas débarqué pour autant !

Nous avons parcouru 95 miles en 24h. Nous avançons à 3,5 nœuds avec une petite houle de 0,5m.

J ‘aperçois des mammifères marins d’environ 5 mètres, gris clair, à 15 mètres du bateau. Ils respirent deux fois bruyamment puis sondent et disparaissent.

Le 19.07.2009

Le vent de nord est de 15 nœuds est stable et nous fait avancer à 4,6 nœuds.

Dans les 24h nous avons parcouru 94 miles. Que c’est bon de naviguer à la voile, de n’entendre que le vent et son sifflement dans les voiles et les haubans !

Vers 13 heures, le vent tombe à 10 nœuds. Teddy fulmine et me menace encore. Il boit beaucoup et va cuver sur sa couchette.

Dans la soirée le vent passe sud ouest et nous permet d’avancer à 2,9 nœuds.

Le feu de mât que j’avais installé n’aime pas l’humidité et fonctionne de façon aléatoire…

Le 20.07.2009

Le vent faiblit encore et nous nus traînons à 1,5 nœuds. Dans la nuit il forcit un peu pour atteindre 15 nœuds au matin et nous faire avancer à 3,6 nœuds.

Vers midi il tourne au nord ouest et nous propulse à 5 nœuds dans des grains qui se suivent de près. Tout est humide dans le bateau, rien ne sèche.

Nous avons parcouru 57 miles en 24h.

Le vent nord ouest forcit en nous prenons 3 ris dans la trinquette et la grand voile et deux dans l’artimon ! Nous avançons à 5,5 nœuds avec une houle très rapide de 1,5m.

Le 21.07.2009

Dans la nuit, dans un grain de 30 nœuds, l’artimon se déchire, ou plutôt deux laizes se décousent. Les UV ont cuit le fil. J’avais déjà recousu une laize à Flores…

Nous avançons à 6,5 nœuds malgré les ris. La houle croisée de plus de 2m s’invite parfois dans le cockpit. Une lame remplit le cockpit de 25 centimètres d’eau. Elle s’évacue vite par les vide-vite.

Le vent nous a permis d’avancer de 121 miles en 24h. Le baromètre a chuté à 1012hp.

L’après-midi le vent baisse, il est de nord est et de 15 nœuds.

Le génois et la grand voile nous permettent d’avancer à 3,6 nœuds avec un vent tombé à 10 nœuds.

Le 22.07.2009

Le vent remonte à 15 nœuds et nous filons à 4,6 nœuds. Le baromètre chute à 1008hp et il ne fait plus que 17° dans le carré ! C’est dur après deux ans sous les tropiques !

Vers 6h, je rate une belle bonite qui se décroche. Mais à 7h j’en prends une de 7 à 8 kilos. Je prélève aussi tôt les filets ; plus de 4 kilos de thon frais !

Nous avons parcouru 83 miles en 24h.

Vers 16h j’entends la respiration d’un mammifère marin, puis, je vois le jet de son évent à 200 mètres, puis plus rien, il a sondé !

En soirée le vent est plein arrière quand nous sommes au cap 89°. Nous passons du temps à essayer plusieurs réglages de voiles…

Le 23.07.2009

Le vent frais et les grains qui se succèdent nous font avancer entre 5 et 7 nœuds.

A midi Teddy revient sur la destination fixée, les Sables d’Olonne. Brest est plus près. Non , ce sera les Sables, car j’y suis attendu. L’argument finit par le convaincre, à regrets.

Nous avons avancé de 100 miles en 24h. Le baromètre reste bas à 1011hp. Je vois des jets d’évent de baleine à un mile. Elles sont toujours trop loin, moi qui rêve d’en voir une tout près du bateau et pendant assez de temps pour bien l’observer. Mais en tout cas, elles sont assez nombreuses pour que j’en aperçoive assez fréquemment. Je songe aux pêcheurs de baleine qui scrutaient l’horizon pour apercevoir les jets. Ils se dirigeaient alors vers eux pour harponner la baleine. Quel courage pour gagner sa vie !

A 13h nous changeons d’amure, tribord, avec un vent d’ouest et un cap 93° ; Nous filons à 5,3 nœuds. La houle de 2m, très courte nous fait rouler d’un bord sur l’autre, ce qui n’est guerre agréable.

Le 24.07.2009

Au petit matin le vent d’ouest nord ouest a mollit et nous n’avançons plus qu’à 3,6 nœuds. Nous avons quand même avancé de 102 miles en 24h. La France se rapproche. Ce sera la fin de ce cauchemar de cohabitation avec un équipier. Mais ce sera aussi la fin de cette traversée. J’aime rester longtemps en mer, vivre au rythme du vent, des vagues, de ce bercement plus ou moins lent.

En début de soirée je vois une petite baleine noire à 100 mètres.

Le 25.07.2009

A 5h on revient à une amure tribord avec un cap 92° et une vitesse de 4,2 nœuds.

A 6h30 un gros poisson m’emporte toute la ligne. Je remonte une ligne avec un fil plus gros qui résiste à 48 kilos et je remets la ligne à l’eau.. Le résultat ne se fait pas attendre ; une demi-heure plus tard j’attrape un thon bleu de 8kg dont je lève les filets tout chauds. Voilà de quoi manger jusqu’à l’arrivée. Au loin je vois un jet d’évent de baleine.

Nous avançons à 4,7 nœuds au cap 87° avec un baromètre qui a remonté à 1027hp.

Nous changeons encore d’heure à TU-2.

En 24h nus avons parcouru 81 miles. Nous avons vers 14h un vent de sud ouest de 20 nœuds.

Le vent monte encore et malgré trois ris dans la trinquette et la grand voile nous avançons selon les moments entre 5 et 7 nœuds.

Le 26.07.2009 Dimanche

A 6h le vent baisse mais nous filons encore à 4,6 nœuds.

La bouteille de gaz commencée au Venezuela il y a près de six mois se termine. Il faut en changer.

A midi le vent est tombé et nous n’avançons plus qu’à 2 nœuds. Ce qui n’empêche pas que nous avons couvert 119 miles dans les 24h. Le vent d’ouest tombe à 5 nœuds et nous voici à 1,4 nœuds, toujours avec nos ris pour anticiper un grain éventuel…

A 15h, je vois un mammifère marin, ventre blanc, dos gris brun, de 5 à 6 mètres à trois mètres du bateau. Mais il sonde vite. Il pleut depuis ce matin.

Le 27.07.2009

A 5h, un vent de nord ouest de 15 nœuds nous permet d’avancer à 5 nœuds au cap 63°. Il reste 284 miles pour les Sables !

A midi un cargo passe à bâbord et des dauphins à tribord. On change d’amure plusieurs fois pour rester à tribord en fin de compte.

Entre 20h et 21h on passe la route des cargos Angleterre-Espagne ; 4 cargos passent sur notre arrière.

Entre 21h et 22h30 nous passons la route Espagne-Angleterre : Dans la nuit la lumière des cargos se succèdent. Je passe entre le 3ème et le 4ème. Le quatrième passe sur mon arrière. C’est passé, je souffle ! Ces gros bateaux plus rapides que le voilier ne bougent pas de leur route. A nous de nous faufiler entre en calculant bien…

Après ce passage, je ne croise plus de cargos.

Le 28.07.2009

A 6h, un vent de sud ouest de 15 nœuds nus fait avancer à 4,7 nœuds.

Nous avons fait 101 miles en 24h. Le vent tourne au sud sud est à 15 nœuds. Il nus reste 170 miles pour arriver.

Le verse le dernier bidon de 20l de gasoil dans le réservoir journalier pour les manœuvres d’approche. Il faut faire deux heures de moteur pour remonter le niveau des batteries.

Le 29.07.2009

Je me réveille à 6h. Teddy ne m’a pas réveillé à 4h pour mon quart. Je lui demande pourquoi. Il voulait voir le lever du soleil, puisqu’il ne l’a pas vu depuis un mois.

Un vent de sud ouest de 12 nœuds nous fait avancer à 3,1 nœuds. A 9h, il reste 95 miles pour arriver.

Nous avons fait 98 miles en 24h.

Le vent de sud ouest forcit à 20 nœuds et nous avançons à plus de 5 nœuds.

A 13h éclate une dispute avec Teddy. Il avait sorti une boite de confit de canard que j’avais acheté en France avant le départ. Je la reprends. Il est furieux et dit que je fais du mauvais esprit. Il veut me donner une gifle. Je lui explique que c’est pour fêter le retour avec Mimi, il persiste. Je range la boite. Il se venge en buvant et en allant cuver sans faire de repas à midi. Lui fait celui de midi et moi celui du soir…

A 16h il reste 62 miles. Nous sommes sur le plateau continental, la profondeur n’est plus que de 100m. Le ciel est très chargé, il pleut par moment. La houle est de 2m.                 

A 22h30 on voit la luminosité des Sables et de d’autres stations.

A 23h30 la profondeur est de 95m et il nous reste 21 miles alors que nous avançons à 4,1 nœuds.

Le 30.07.2009

A 3h30 on met le moteur à 9 miles des Sables. Il y a une dizaine de bateau de pêche qui sont équipés de lumières clignotantes blanc et rouge. Nous passons au milieu droit sur le port.

A 6h nous amarrons Diam Rek au ponton visiteur. On nous attribue une place après avoir rempli les formulaires. Pendant ce temps tout tangue autour de moi. C’est le mal de terre.

A 6h30 le bateau est amarré au bout du ponton H.

La position est : 446 30 151N 01 47 413W.

Port Olonna aus Sables d’Olonnep1020002.jpgp1020003.jpgp1020003.jpgEn août nous ne sommes pas seulsp1020009.jpg

Teddy va à terre. Il revient une heure plus tard. Nous faisons les compte pour la nourriture. Il se prépare, fait sa valise et à Midi il quitte le bord.
Je le remercie pour son aide, mais pas pour l’ambiance. Il part. Je reste seul, tranquille. Je peux attendre Mimi.

Je veux prendre un whisky, mais je m’aperçois que le bar est totalement vide, la cave aussi, il ne reste que les quelques bouteilles qui étaient dans ma cabine et les jus de fruits aux quels Teddy n’a pas touché ! Je suis furieux et bien débarrassé ! Dans sa cabine je retrouve plein de bouteilles vides qu’il n’a pas pris soin de débarrasser…

  

Bilan

De Cumana à Saint Martin nous avons navigué 418 miles.

De Saint Martin à Flores Nous avons fait 2459 miles. La route directe était de 2200 miles.

De Flores aux Sables nous avons fait 1568 miles pour 1220 en route directe.

La traversée retour du Venezuela aux Sables nous a fait couvrir 4445 miles, environ 8000 kilomètres. 47 jours nous furent nécessaires pour cette traversée, soit un peu moins de 100 miles par jour, malgré des jours de pétole.

Une traversée différente de la traversée allée faite en solitaire. La traversée retour, plus au nord, dont on parle souvent pour la dire plus difficile, pour la quelle j’ai pris un équipier, trouvé in extremis dans un café. J’aurai du en tirer des conclusions.

L’équipier Teddy a les capacités pour être un bon équipier, mais pas le caractère. Il est irascible et angoissé et veut faire le skippeur. Par contre lui fait bien les quarts et la navigation.

Ce serait à refaire, je ne tiendrais pas compte des inquiétudes de Mimi et je partirai seul. Je devrai gérer le sommeil, ou dormir pendant la traversée. Pour le reste en fin de saison, le temps est au beau ; il n’y a pas de gros temps, il y a plus souvent pétole.

En tous cas si je devais prendre un équipier, je le testerai sur une courte étape et je le débarquerai s’il était incompétent ou désagréable.

J’ai vécu cette traversée avec un grand plaisir, gâché par moment par les relations avec mon équipier. Quel plaisir que ce dialogue avec les éléments, la mer, le ciel, le vent, les animaux marins, oiseaux, poissons, mammifères. La durée n’est pas suffisante pour lasser. J’aurai aimé que ça dure encore.

Tête de navigateur après une traversée

Les communications ont deux aspects. Rassurer les parents et amis chaque jour par le téléphone satellitaire ou le mail. Ce n’est pas si facile à chaque fois. Parfois il n’y a pas de satellite pour recevoir le signal, pas de station pour recevoir le message radio pour passer le mail. Parfois il faut bien du temps. Et puis ça devient un impératif, si non les gens s’inquiètent…

Diam Rek s’est bien comporté dans tous les temps. A la voile, j’ai une confiance totale dans son comportement sûr et agréable. Pour le gasoil, je dois remédier aux disfonctionnements avant de le vendre.

Vendre ce beau bateau est pénible, mais les réalités économiques sont là, avec la crise. Et puis il y a le désir de Mimi d’être plus stable et de voyager en avion et sac à dos à l’avenir…

Maintenant je dois trouver une place dans un port pour poser le bateau et travailler à sa vente.

J’espère trouver une place à Rochefort qui est un port agréable, bien équipé.

Avant la crise, un bateau en acier demandait une moyenne d’une année pour se vendre. Je mettrai tout en œuvre pour tenir ce délais. Je vais entretenir le bateau et passer les annonces nécessaires. Après c’est une histoire de rencontre entre le bateau et une personne qui va l’apprécier, avec une possibilité de budget.

Depuis l’arrivée, j’ai fait réparer la fuite gasoil sur la mise à l’air du réservoir tribord. J’ai donné la grand voile et l’artimon à réviser. J’ai acheté le rouet défaillant de la pompe de relevage gasoil. Il restera le loch et la girouette anémomètre et le feu de mât à faire fonctionner. La peinture pont et coque sera à retoucher…

De quoi m’occuper en attendant l’acheteur.

Quant à Mimi elle va me rejoindre dans quelques jours, enfin ! Ce sera la joie de se retrouver ! J’ai eu déjà un avant goût pour son anniversaire le 31 juillet, j’ai fait un saut à Marseille où elle était avec ses filles. Ce fut un super moment de retrouvailles avec une grande fête de famille !

 

Des photos vons suivre dès que j’aurai résolu quelques problèmes informatiques…Alors à très bientôt!