Venezuela & Brasil

Posted on mars 8th, 2009 by Christian

Venezuela Brésil

Le Lundi 12.01.2009
L’excitation du départ nous réveille tôt ; nous allons bouger, voir du pays. Mimi est toute contente. Les sacs à dos sont prêts depuis la veille au soir.
Petit-déjeuner sans se presser, puis nous sortons les sacs et nous fermons le bateau. J’ai répandu sur le plancher et dans les coffres de l’acide borique, fine poudre blanche, remède souverain contre les cafards. Nous avons l’espoir de les exterminer durant notre absence !
9h30, c’est le départ pour la gare des cars. Le guide parle d’un car venant de Caracas qui va au Brésil en passant par Ciudad Bolivar. C’est la ville d’où l’on peut aller au Salto Angel, la plus haute chute d’eau du monde avec 987 mètres !
A la gare, nous trouvons un car qui part pour San Feliz, à côté de Ciudad Boilvar et qui part dans quelques minutes. Si non il faut attendre plusieurs heures. Je prends deux billets et on monte dans le car. Car moderne, un Marco Polo de Scania, avec fauteuils-lit, toilettes, TV…
Et hélas climatisation ! Je dis hélas car elle est réglée sur 17°, ce qui fait qu’on a vite froid, surtout lorsque le corps est habitué à des températures autour de 30° depuis des mois.
Par mesure de sécurité les rideaux du car doivent rester fermés, si bien qu’il est difficile de voir le paysage. Nous passons par Puerto La Cruz, puis nous allons vers Ciudad Bolivar et tournicotant d’abord dans les montagnes basses, puis dans des plaines boisées.
Le car s’arrête pour que les passagers se restaurent dans des cafés restaurants au bord de la route ou dans des gares des cars. Toujours la même nourriture frite : empanadas, dulces…
A 20h, nous arrivons à Puerto Ordaz, une ville champignon près de puits de pétrole, au bord de l’Orénoque. La ville a de larges avenues, des immeubles neufs, des grands magasins, des lumières partout !
Nous descendons pour changer de car pour Ciudad Bolivar.
Il y a de la place ; nous voilà repartis. Les sièges ont beau être confortables, on finit par s’ankyloser. Une heure de route et voilà la banlieue de Ciudad Bolivar. La ville est plus ancienne et plus pauvre. Fondée au 16ème siècle, après une splendeur coloniale, elle s’est endormie au bord de l’Orénoque. Gina et Piotr, navigateurs amis, nous ont donné des indications et l’adresse d’une bonne posada dans le centre historique.
Nous prenons un taxi qui nous y conduit. Les maisons sont de type colonial, avec de hautes portes et fenêtres, des murs peints de couleurs vives. C’est beau !
La posada Don Carlos est une vielle bâtisse coloniale retapée avec beaucoup de goût. Les bâtiments entourent deux patios intérieurs. Les murs sont crépis et blancs. L’entourage des portes et fenêtres laissent voir la brique nue. Portes et fenêtres font plus de trois mètres de haut, en bois avec jalousies. Des grilles de fer forgé protègent les issues. La hauteur de plafond est d’au moins 4 mètres.
On nous donne une chambre à trois lits avec une mezzanine. La chambre est vaste, décorée, superbe. Nous posons les sacs et demandons où nous pourrions dîner. Le gardien hésite et nous dit sur le boulevard qui longe le fleuve, non loin.
Nous y allons, par les rues vides. Mimi n’est pas trop rassurée. Quelques rues plus loin, voici l’Orénoque (Orinoco), large de plusieurs centaines de mètres, aux eaux marron et apparemment avec du courant.
Toutes les boutiques sont fermées, les restaurants aussi. Mimi est pressée de rentrer. Demi-tour et nous grignotons fruits et biscuits à l’hôtel. La fatigue du car nous permet de dormir rapidement !

Le 13.01.2009-01-29
Le petit déjeuner est super, avec œufs, fromage, fruits et pain confiture. De quoi bien commencer la journée ! Après avoir pris notre temps, nous allons à l’aéroport où sont installées les agences qui organisent des tours vers le Salto Angel et la Gran Savana.
Le taxi nous dépose devant l’aéroport, devant un avion à hélice, celui d’Angel, avion avec lequel il a découvert le Salto (Chute d’eau) qui porte son nom. C’était les débuts de l’aviation ; il fallait être gonflé pour prendre l’air avec de tels engins.
Nous entrons dans l’aéroport et par les vitres nous apercevons sur les pistes des avions encore plus petits ! C’est ceux qui emmènent les touristes au Salto Angel ! Ca promet des sensations !
Nous allons voir l’agence que Claude nous a recommandée. Elle nous explique le tour proposé et nous donne un prix. Nous allons voir une seconde agence, puis une troisième. Nous marchandons les prix. Les agences baissent un peu, pas plus. Nous choisissons une agence qui propose un tour de trois jours et deux nuits dont une dans un campement isolé près du salto.
Nous prenons des billets pour le lendemain.
Nous reprenons un taxi pour le boulevard qui longe l’Orénoque. Nous marchons sous le soleil, plus chaud qu’à Cumana. L’Orénoque est impressionnant pas sa largeur, par son courant, par les îles et rochers qui émergent dans le lit, par la végétation sur ses rives et ses petites plages par endroit. Un pont suspendu par deux hauts piliers l’enjambe au loin. Dans la ville, il n’y a pas de pont, mais des navettes qui servent aux habitants qui ont fait construire sur l’autre rive. On voit les navettes luter contre le courant pour arriver enfin à traverser.
La ville semble calme et sûre. Nous allons au marché aux poissons, le mercadito. Là il y a de vieux bâtiments qui abritent des restaurants où l’on peut manger les poissons du fleuve. Les serveurs racolent les rares clients, souvent des touristes. Nous nous attablons en terrasse, au bord du fleuve. Il y a de l’ombre et de l’air. Nous commandons un poisson local, le lau-lau.
Avec frites et salade, c’est succulent !
Nous visitons la ville ancienne. Il y a des rues en pente dont les deux côtés sont une alternance de couleurs vives. Les maisons sont repeintes soigneusement. La place Bolivar, il y en a une dans chaque ville, est superbe : un parc central bordé par la cathédrale, la mairie, des musées et des administrations. L’architecture coloniale est superbe ; elle donne l’impression de robustesse, de richesse, de confort. Les maisons ont des toits de tuiles. La hauteur de plafond donne de la fraîcheur. Les patios apportent la verdure, des fruits, des fleurs et l’eau de pluie ou de fontaines. Le commerce est très présent dans les boutiques et dans la rue.
A la tombée de la nuit, nous prenons la précaution de chercher un restaurant plus tôt. Nous allons vers le boulevard longeant l’Orénoque. Pas de restaurant. Nous demandons à une jeune femme. Elle nous explique, et finalement nous conduit. Nous allons vers le centre ; les boutiques ferment avec la tombée du jour ; les restaurant aussi. Deux chinois ferment ; les gens ont peur de l’insécurité, chacun rentre chez soi. La jeune femme nous conduit plus loin, jusqu’à un restaurant qui lui ne ferme pas. Nous l’invitons à dîner. A un moment vient sa sœur. Nous discutons un moment. Elle veut nous entraîner à Puerto Ordaz pour nous montrer la ville et le pont sur l’Orénoque à la construction du quel son mari a participé. Au retour peut être… Nous nous quittons pour aller dormir. Demain départ à 7h.

Le 14.01.2009-01-29
Départ à 7h. L’agence vient nous chercher et nous conduit à l’aéroport. Vérification des bagages. Nos deux couteaux sont mis de côté et donnés au pilote qui nous les rendra à l’arrivée.
Sur la piste il y a plusieurs « avionetas » des coucous à six places dont une pour le pilote. Les ailes sont en alu riveté de façon très artisanale ; les roues sont toutes petites…
Les bagages d’abord, puis on monte. Les sièges sont petits et au raz du sol ; on s’installe comme on peut. Le pilote met en route. Le moteur fait un bruit qui couvre les conversations. Le pilote met les gaz, l’avion roule sur la piste asphaltée. Tout vibre. L’avion se cabre, la queue touche le sol et on quitte la terre. On survole la ville et prenant de l’altitude ; les maisons sont ordonnées dans les quartiers. La majorité des toits sont en tôle.
Le paysage est superbe. Nous volons sous les nuages. La ville s’éloigne, la plaine vallonnée succède à de la forêt. Puis la forêt domine. Par endroit émerge un tepuy à 2000 mètres d’altitude. C’est une formation géologique, une gigantesque table sortie du sol, une roche dure qui a résisté à l’érosion. Les flancs sont couverts de forêt le plateau aussi. Souvent du sommet d’un tepuy, coule une cascade, un salto. Les tepuyes sont protégés. On ne peut les escalader, car ils sont censés être la demeure des dieux indiens… La région est parsemée de tepuyes. Plus loin, on survole une région très irriguée avec un lac intérieur très grand. Des pistes vont on ne sait où et s’interrompent dans l’eau. On voit des pirogues et quelques toits de maisons. Les habitants ne sont pas dérangés par les voisins !
Vers midi l’avion baisse d’altitude, une piste en terre se présente et un petit village aux toits de chaume. Les roues touchent la piste et l’avion s’immobilise. Les sensations sont plus fortes que dans un gros avion moderne et l’on voit bien mieux le paysage en volant à 750 pieds.
Une camionnette nous conduit au campement et à un embarcadère. Une pirogue nous prend. Nous sommes une dizaine à bord avec un pilote indien. On remonte le fleuve, le rio Churun. De part et d’autre, c’est la forêt dense. Toutes sortes d’arbres dont certain arrivent à dominer le reste de la canopée. Des lianes pendent jusque dans l’eau. Des orchidées ont colonisé beaucoup d’arbres. Le rio a un fort courant que la pirogue remonte grâce à son moteur de 48 chevaux. Par endroit on voit l’eau bouillonner, faire des vagues et sauter des déclivités de 50 centimètres. Le pilote choisit son angle d’attaque et l’endroit précis où il y a assez de fond et la pirogue remonte le rapide. Les gerbes d’eau jaillissent de chaque côté ; quelques-unes rentrent dans la pirogue. Gare aux appareils photos ! Nous sommes tout mouillés. Le pilote écope l’eau des fonds.
Après plusieurs rapides, il faut descendre et marcher pour que le pilote remonte un rapide sans la charge des passagers. Le paysage est magnifique, une sorte de savane, avec les tepuyes à l’horizon. Le sol est parsemé de roches volcaniques et de sable très fin, blanc rose. Des herbes font des fleur. Plus d’un kilomètre plus loin nous remontons en pirogue pour approcher du Salto Angel. On déjeune dans la pirogue avec des sandwichs. Nous arrivons vers 14h au pied du salto, au campement.
Nous laissons nos sacs au campement et nous voilà partis sur un sentier de forêt. Nous traversons une rivière à guet. Puis le sentier grimpe sous le couvert de la forêt. Ce n’est qu’un entre-lac de racines et un entassement de pierres instables ou hautes. L’escalade dure. Mimi traîne les pattes, mais elle s’accroche courageusement. Moi aussi je suis fatigué lorsqu’on arrive au belvédère d’où l’on voit le salto devant nous, avec toute sa hauteur. Le bruit est impressionnant, la chute aussi. L’eau rebondit sur les rochers plusieurs fois et finit au sol dans un nuage d’embruns. C’est d’une beauté saisissante. Le paysage est grandiose ; les spectateurs sont petits !
Chacun prend des photos et il est temps de redescendre. Même sentier escarpé, difficile à descendre. Il faut éviter de glisser. Les plantes sont partout avec de grandes feuilles pour certaines et des orchidées sur chaque arbre ! Un horticulteur ferait ici une récolte superbe ! Mimi peine. Il faut presser le pas avant la tombée de la nuit. Dans le noir ce serait plus difficile et il y aurait des animaux peut être. L’argument lui redonne du courage ! Nous arrivons avant la nuit à l’embarcadère puis au campement proche. Les poulets finissent de griller sur la braise. Nous dînons à la lueur des bougies sur des tables à toile cirée au milieu de la jungle !
A côté, les hamacs sont suspendus aux poutres d’une paillote. Chaque hamac a sa moustiquaire. Les autres personnes du tour restent discuter en espagnol. Ils sont Vénézuéliens ou Argentins. Nous sommes les seuls Européens et non hispaniques. Nous sommes fatigués ; nous sommes aussi les plus âgés. Nous nous glissons dans nos hamacs, sous les moustiquaires. Il fait frais et humide, une couverture n’est pas de trop. On entend les autres qui parlent et le bruit du salto proche. Peu de bruits d’oiseaux, pas de mammifères…

Le 15.01.2009
J’ai bien dormi dans mon hamac malgré l’humidité. Je me réveille tôt. J’entends le bruit du salto. Je soulève la moustiquaire. Mimi dort encore dans le hamac d’à côté. Peu à peu d’autres se réveillent et commencent à parler. Les sud-américains sont sympa, mais pas silencieux !
Je vais regarder la majesté du salto sous le soleil oblique du matin. Des nuages nocturnes s’accrochent encore au sommet du tepuy. Près du campement, je regarde les plantes. Je vois des nids d’abeille ou de fourmis ou de termites suspendus aux branches. En remontant le fleuve en pirogue, j’en voyais beaucoup dans les arbres. Je vois aussi des rapaces perchés, qui se laissent approcher à distance raisonnable sans s’envoler. L’un, plus craintif, change de branche.
Je reviens vers le campement. Mimi a du mal a émerger. Le petit déjeuner la sort du lit, du hamac plus tôt. Il est 8h, c’est l’heure du départ en pirogue. Hier nous avons fait 4 heures de pirogue pour remonter la rivière jusqu’au salto. Aujourd’hui nous sommes dans le sens du courant. Trois heures suffiront. Avec le courant, nous allons vite, même dans les rapides. Le pilote a vraiment un oeil sûr ! C’est un super pilote !
C’est agréable de voir le même paysage dans l’autre sens, avec la lumière du matin. L’eau est marron et là où elle est moins profonde, elle a la couleur du thé, du cognac. C’est magnifique. Mimi s’extasie, elle est emportée par le spectacle grandiose de la nature. Moi aussi, je suis dans mon élément dans cette nature grandiose. Pourtant j’en sens toute la force. Je n’aimerai pas m’y perdre. La forêt ne pardonne pas. Il faut tout le savoir des indiens pour y survivre. Nous sommes en territoire indien. Ce sont des indiens qui nous ont pris en charge, qui nous guident. Ils sont habillés à l’américaine, tee-shirt et blue jean, mais ils vivent ainsi sur leur terre, dans leur communauté.
Nous revoilà là où le rapide laisse trop peu de profondeur pour passer, alors nouvelle marche dans cette nature qui semble vierge, hors des âges, sortie de la préhistoire. Pourtant il y a un chemin et on y rencontre un autre groupe qui va voir le salto. On y rencontre Alex et Florence, rencontrés à Ciudad Bolivar. Elle vient pour deux semaines de vacances et lui monte une entreprise de tourisme au Venezuela à 24 ans ! Bravo ! Et ils sont sympa. Nous nous quittons en continuant le chemin. A un endroit une jeune indienne tient un stand de bijoux et vanneries. C’est beau. Elle vend aussi des sarbacanes. Certains en essaient sur une cible, non sans succès…
La pirogue descend le fleuve jusqu’à une chute peu importante en hauteur, mais avec un débit important. L’eau tombe de quelques mètres sur un rocher arrondi et dans une sorte de piscine on appelle l’endroit le pozo de la felicidad (le puits du bonheur). Nous descendons et les plus intrépides se baignent dans l’eau fraîche. Les autres suivent, sauf moi qui ai une laryngite due à l’air conditionné du car. Je n’ai plus de voix et j’ai hâte que ça passe ! La plus intrépide est une vénézuéliennes de 30 ans, serveuse à Las Vegas, qui va jusque sous la chute. Mimi aussi veut faire la sirène. Je prends des photos depuis un rocher au sec.
Il est temps de reprendre la pirogue. Nous arrivons au campement de l’île Anatoly. De là on voit une série de quatre chutes impressionnantes par leur débit et leur grondement. Le site est grandiose ! Nous y prenons un déjeuner avec le traditionnel poulet riz haricots.
Après une petite sieste, nous allons à pied vers une des cascades, le salto Sapo. Nous la regardons de près, puis nous passons derrière, entre l’eau et les rochers. Pour ça il faut traverser un rideau d’eau qui nous masse vigoureusement au passage. Des herbes réussissent à vivre presque totalement immergées dans l’eau courante ! De gros blocs de rocher sont pèle mêle au pied de la cascade.
Nous restons un bon moment à regarder les torrents d’eau qui chutent. Des jets d’embruns jaillissent de la chute. Le spectacle est fabuleux ! Après une longue contemplation, nous montons par un sentier raide pour voir une autre cascade vue du dessus. On peut approcher du bord et voir les torrents d’eau tomber avec vitesse et violence. Du bord, on ne risque rien, mais malheur à qui se laisse emporter. Un guide célèbre, Thomas Bernal, et un autre guide sont mort là, noyés, l’un victime d’une panne de moteur et l’autre tombé à l’eau et emportés par le courant…
Quelle beauté que cette nature vierge et majestueuse ! Après les saltos, il y a une grande lagune, la lagune de Canaima. Elle est bordée par une plage de sable blanc rose avec des cocotiers et la forêt plus loin. Un jardin d’éden où on aimerai bâtir sa hutte !
Avant la nuit il est l’heure de rentrer. Nous marchons le long de la lagune dans le sable fin. Il y a des rochers fissurés, quelques arbres, palmiers et cocotiers. Quelques pirogues des indiens pour transporter touristes, nourriture, affaires diverses.
Après une douche, nous prenons le dîner dans la bonne humeur. Le groupe est sympa, il s’est soudé à mesure des choses vécues ensemble. Le soir certains préfèrent un lit, comme moi, et d’autres un hamac, comme Mimi.

Le 16.01.2009
Ce matin une pirogue nous conduit au village. Nous voyons une galerie de souvenirs sans intérêt. En marchant nous allons vers une autre galerie qui a des objets indiens superbes : masques, sculptures, vanneries. Les vanneries sont d’une finesse et d’une sobriété du plus bel effet. A côté de la galerie, il y a de grandes cages avec diverses races de singes, dont des singes rouges superbes. Une serre d’orchidées, mais ce n’est pas la saison de la floraison, dommage.
Nous rentrons et l’on nous emmène en pirogue devant les saltos. 4 saltos côte à côte, qui grondent et projettent des nuages d’embruns. Le spectacle vu de près est très impressionnant. Que la nature est belle et puissante ! On peut passer derrière un salto. Certains se mouillent. Puis nous suivons la plage jusqu’au village. Je ramasse des graines diverses, toutes de forme différentes, avec un Argentin, qui dirige un musée de sciences naturelles en Argentine à Santa Fe. Nous discutons souvent nature entre passionnés !
Le repas nous attend, puis une voiture nous emmène jusqu’au village et à son mini aéroport. Il y a la piste en terre rouge et quelques boutiques pour boire et acheter des souvenirs. Nous y retrouvons Alex qui a fini le repérage du tour qu’il proposera aux touristes de son coin, Valencia. Les petits avions emmènent leur touristes. Nous attendons le nôtre qui vient spécialement nous chercher. Nous ne sommes plus que trois. Les adieux avec les membre du groupe ont été très sympas, émouvants ; et chacun est reparti vers son destin, vers sa vie dans son pays.
Nous montons dans l’avion : le pilote et trois passagers. L’avion décolle facilement. Le spectacle féerique recommence ; les tepuyes, la forêt, les vastes étendues d’eau. Je photographie l’ombre de l’avion sur le sol. Une ville au loin, l’avion se dirige vers elle. On voit une piste et il atterrit. Il veut prendre un passager qui est absent. L’avion redécolle vers Ciudad Bolivar. Un atterrissage et un décollage pour le plaisir ! Les nuages sont au-dessus de nous, blanc neigeux. La ville approche. La piste et l’atterrissage parfait, la routine quoi, pour le pilote qui travaille en tenue de ville relaxe.
Nous revoilà à l’aéroport. Nous rencontrons un couple de français, coincés là par manque de moyen de retirer de l’argent. Ils ne savaient rien du change parallèle et leur carte ne leur permet pas de retirer plus qu’une somme dérisoire… Nous leur donnons quelques informations…
Nous passons à la gare des cars pour prendre les billets pour Manaus. On nous vend des billets jusqu’à Boa Vista au Brésil pour 120 bolivars. Nous achetons du poulet grillé et des fruits et nous rentrons à la posada où nous avions réserve une chambre, la même que nous avions auparavant. J’achète un médicament pour la laryngite. On mange et on se couche la tête pleine encore des images de nature.

Le 17.01.2009
Après un petit-déjeuner copieux, nus allons sur internet, dans la posada. Puis Mimi veut se reposer, passer tranquillement la matinée. Je vais alors seul en ville. Je prends un taxi pour visiter le musée Soto.
Soto est un artiste né à Ciudad Bolivar qui y a fait ses études et les beaux-arts. Puis il part à Paris où il retrouve des artistes de son pays et d’Amérique du sud. Il côtoie tous les artistes parisiens d’avant-garde des années 40 à la fin du siècle. Il meurt à Paris. Il a eu une démarche artistique radicale. Il défend l’abstraction et invente le cinétisme, avec quelques amis peintres.
Le portrait de Pompidou au musée Beaubourg à Paris est de lui. Il a fait don à sa ville de ses œuvres et de sa collection personnelle des œuvres de ses amis. Sa ville lui a construit un beau musée moderne.
Le musée est magnifique. La présentation des œuvres est moderne et agréable. Tous les textes sont en espagnol, très didactiques. Les œuvres de ses amis et les siennes montrent les voies de l’abstraction du 20ème siècle. Le cinétisme est présenté avec de très belles œuvres. Au bout du monde on retrouve Paris et ses artistes !
Un gardien vient discuter. Il me pose des questions sur la France, sur l’Europe. Pourquoi l’Europe a voté une loi restreignant l’immigration ? Je lui explique la crise, les SDF… Il n’en revient pas. Il pensait que tous les européens étaient riches… Les Tv du monde entier sont si pauvres en vraie information…
Je rentre retrouver Mimi et nous allons déjeuner en ville. Nous avons rendu la chambre, mais avons laissé les affaires à la posada. Donc retour à la posada où nous regardons internet une dernière fois avant le départ.
A 19h, un taxi vient nous prendre pour aller à la gare des cars. Le car arrive de Caracas à 19h30 et il repart à 20h pour Boa Vista. Beau car réfrigéré et confortable. Nous nous emmitouflons dans la couverture et en route pour un voyage de nuit. Nous traversons le paysage que nous avons vu en avion : plaines vallonnées, forêts, tepuyes…

Le 18.01.2009
Arrêt au matin près de la frontière à Santa Helena. Arrêt technique pour nettoyer le car et ses toilettes. On repart et un peu plus loin c’est la douane. Des bâtiments modernes et propres inaugurés récemment par le président. Les douaniers sont courtois. Ils montent à deux dans le car pour vérifier les affaires en demandant si on a des choses à déclarer, de l’électronique. Non. Ils s’en vont. Plus loin c’est le Brésil et la police. Descente pour tamponner les passeports. Puis la douane relaxe. Ca y est nous sommes au Brésil. Ca fait plaisir de voir un nouveau pays. Un peu plus loin, arrêt buffet. On peut encore payer en bolivars.
Le paysage est plus marqué par l’homme. Des lignes électriques traversent la forêt avec de larges saignées. Des maisons et des fermes tout le long de la route. Les maisons sont plus grandes, plus riches qu’au Venezuela. Les abords de la route sont avec des plantations d’arbres, des clôtures. Beaucoup d’eau, de près inondés, de rivières limoneuses…
La route est belle. Nous arrivons à Boa Vista. Vaste ville moderne, avec de larges avenues, des voitures neuves de petites cylindrées, européennes, de belles maisons, des arbres et des rues propres. Dans la gare je trouve un distributeur de billet qui fonctionne avec la carte visa.
Je retire des réals. Je peux aller acheter les billets Boa Vista Manaus pour 60 réals chacun. Au Brésil il n’y a pas de change parallèle. Le réal vaut un tiers d’euro.
Nous traversons la rue pour aller manger dans une churascaria. C’est un restaurant gril où l’on mange les plats payés au kilo. On se sert pour les entrées et les légumes, on fait peser et l’employé note le prix sur une note. Puis on va au gril et on demande ce que l’on veut : côtelettes, filet, poulet, cochon, saucisses… Le serveur sort une broche du gril, présente la viande et découpe un morceau. Les serveurs ont du mal à servir de la viande rouge, même rose. Il faut demander avec insistance. Ici les gens la mangent toujours bien cuite. La viande est succulente. On mange en se resservant plusieurs fois. L’adition est de 34 bolivars à deux ! On mange bien au Brésil et pas cher.
Il fait très chaud. On approche de l’équateur. On attend le car dans une salle climatisée. Des jeunes Brésiliens nous parlent et nous donnent des conseils pour nous débrouiller en brésilien. Nous avons des billets pour le car de 18h. Nous allons pour le prendre, alors qu’il est déjà parti. Nous n’avons plus pensé au décalage horaire d’une demi-heuree avec le Venezuela…
Retour au bureau qui nous change les billets pour le car de 20h. Nouvelle attente.
Le car est moins réfrigéré que le précédent. Il part avec la nuit. On ne voit guerre le paysage, on devine la forêt tout le long de la route. On ne tarde pas à s’endormir. On dort par morceaux, réveillés par les arrêts, par les soubresauts de la route, par les virages…

Le 19.01.2009
La route est souvent mauvaise. Le car ralentit. De part et d’autre la forêt équatoriale luxuriante. Arrêt à 6h, dans une petite ville moderne au milieu de la forêt. Petit-déjeuner et on repart.
A 7h30 on arrive en banlieue de Manaus. Les usines sont nombreuses, les concessions automobiles sont grandes, les maisons sont vastes et belles. Nous passons devant un grand centre commercial Carrefour et plus loin devant un second. C’est une impression de richesse dans ce nord réputé pauvre. Il faut dire que pour relancer l’activité dans cette ville endormie, la zone est déclarée port franc.
Arrivée au terminal des cars. Mimi trouve un homme pour la renseigner. Il parle anglais. Il est voyagiste et a une pension. Nous prenons un taxi pour aller voir. La pension est propre avec une chambre avec air conditionné et salle de bain pour 50 réals par nuit. Nous posons nos sacs. Nous verrons si nous trouvons mieux plus tard.
Mimi veut dormir un moment. Puis après une douche, nous faisons un tour en ville. Les tours opérateurs racolent. Nous en suivons un dans son agence. Il propose des tours plus ou moins longs en forêt amazonienne. Mimi n’a pas envie de forêt, d’efforts et de moustiques. Nous refusons et allons en ville vers l’opéra. Nous mangeons du poisson près du rio Negro.
Nous rentrons à l’hôtel nous reposer.

Le 20.01.2009
Après une grasse matinée, nous allons en ville à la recherche d’un meilleur hôtel. Nous en visitons six, tous plus sales les uns que les autres, sentant le moisi et le renfermé. Dans l’un d’eux, la gardienne nous montre une chambre dont les occupants doivent venir de partir. La TV passe un film porno, draps et oreiller sont sales et la fille veut nous la louer !
Nous restons donc dans notre hôtel propre. Nous passons au port, le long du rio Negro. Les tapouilles, ces bateaux à étages caractéristiques de l’Amazonie, sont nombreux à quai. Des gens vont et viennent, chargent des marchandises, s’installent dans les hamacs suspendus sur les ponts. Le rio Negro est large de quelques centaines de mètres. Ses eaux sont noires et très acides. Comme ça elles digèrent toutes les saletés qui flottent… ou presque !
Nous remontons vers le centre, vers l’opéra. Cet opéra mythique, construit par les Français à la fin du 19 ème siècle en pleine forêt amazonienne, dans cette ville qui est devenue si riche avec le caoutchouc qu’elle croît vite et devient si belle qu’on l’appelle le Paris de l’équateur.
Mais des européens ont détourné des plants d’hévéa. Les Français les ont plantés en Indochine, les Anglais en Malaisie et ce fut la ruine du caoutchouc amazonien. La seconde guerre mondiale et l’invention du caoutchouc synthétique ont achevé Manaus qui a sombré dans la décrépitude. Récemment le gouvernement a relancé l’activité en en faisant un port franc. Manaus se développe rapidement de nouveau.
Le vieux centre du début du 19ème siècle, est toujours en décrépitude. Le commerce l’a envahit en saccageant ce qui restait de la vielle architecture. La place de l’opéra est magnifique, avec ses riches maisons bien rénovées, peintes de couleurs vives, sa place pavée comme les places portugaises avec des vagues noires et blanches, ses arbres qui abritent des bancs, son opéra bien peint en beige rose avec sa coupole verte et jaune qui fait penser aux coupoles de mosquées turques. L’ensemble est majestueux. L’opéra fonctionne toujours, avec des représentations quotidiennes. L’intérieur est richement décoré.
Il fait bon flâner à l’ombre des arbres.
Nous rentrons à l’hôtel avec le soir.

Le 21.01.2009
Nous retournons vers l’opéra, respirer encore un peu de ce calme hors du temps.
Nous y passons un bon moment.
Nous déjeunons dans un restaurant au kilo avec gril. C’est toujours aussi bon et bon marché. On mange vraiment mieux au Brésil qu’au Venezuela et pour moins cher.
Nous allons à pied sous le soleil dans la ville vers le musée des indiens. Musée fait par les missionnaires sur les indiens d’Amazonie. On peut y voir de beaux objets, mais il manque une belle présentation et des renseignements ethnographiques… Il ne vaut pas le déplacement.
Nous retournons vers l’opéra et nous visitons une superbe galerie qui expose des objets ethnographiques. La galerie est tenue par un couple de Japonais qui vivent au Brésil depuis plus de 40 ans, parlent brésilien, espagnol, anglais. Ils vont chercher eux même les objets qu’ils vendent. Aussi ils savent en parler et conter leur usage par telle ou telle ethnie.
Nous retournons vers le port pour trouver une balade en bateau afin de voir la rencontre du rio Negro et de l’Amazone, avec leurs eaux de couleur différente qui ne se mélangent pas sur des kilomètres. Nous discutons avec plusieurs opérateurs. Nous nous mettons d’accord pour le lendemain matin, pour un tour de 4 heures, pour voir la rencontre des eaux et puis l’autre rive du rio Negro avec sa faune variée.
Tout près il y a le vieux marché. On y vent toutes les herbes médicinales et des souvenirs du coin. Mimi choisit des babioles que nos rapportons à l’hôtel. Sur le retour, nous nous arrêtons boire un jus pour Mimi et une cahipirinha pour moi. C’est une sorte de punch brésilien bien fort et rafraîchissant.

Le 22.01.2009
L’hôtel ne pouvant être payé par carte, il me faut retirer des réals dans un distributeur. Je vais à la gare des cars, mais ne parviens pas à retirer. Le distributeur ne veut pas de ma carte. Je retourne vers la vielle ville et vais de banque en banque. Même réaction des distributeurs, sans que je comprenne la raison. Nous allons dans un magasin de fringues. Mimi en essaye et je paye par carte sans problème !
Nous retournons sur la place de l’opéra. Nous sommes assis sur un banc à l’ombre. Un monsieur barbu vient s’asseoir et nous discutons en espagnol. Juan-Luis est espagnol. Séparé de sa femme depuis trente ans, il est poursuivi par elle et il est venu se réfugier au Brésil avec l’argent qu’il a sauvé. Il a trouvé une Brésilienne de Rio de 29 ans avec qui il va s’installer à plus de 70 ans. Il est plein de vie et plein de projets au Brésil… Ex ingénieur, il est aussi astrologue. Il voit un effondrement du dollar en mai 2010…
Nous allons visiter une autre galerie d’artisanat indien. La vannerie est vraiment superbe !
Nous rentrons en passant par internet.

Le 23.01.2009
Ce matin il pleut sans discontinuer. Nous passons la matinée sur internet. Mauvaise nouvelle : une des filles va perdre son travail car la radio dans laquelle elle travaille ferme pour cause de crise financière…
Nous allons déjeuner dans le meilleur restaurant de la ville, le Buffalo. C’est luxueux. On nous installe à une table. On nous propose un apéritif avec des amuse gueules chauds : frites, oignons frits, manioc frit, fromage frit. C’est très bon. Puis nous allons nous servir d’entrées variées de toutes sortes, jusqu’au suchis. Une multitude de serveurs proposent des viandes grillées. On demande de la viande rouge. On nous en apporte, succulente, jusqu’à plus faim !
Un dessert et l’addition en rapport avec le service et la cuisine, 20 euros par personne.
Retour dans les galeries où l’on achète quelques vanneries transportables. Puis on retourne dans la galerie tenue par les japonais. Mimi choisit une poterie et moi un masque indien. Nous parlons longuement. La patronne nous emballe bien les objets pour le voyage. Au retour j’essaie encore de retirer de l’argent dans un distributeur, sans plus de succès. Nous verrons demain, car il faut que je trouve une solution.
Je commence un livre d’Amin Maalouf : Samarcande. Dès le début, je suis pris par le talent du conteur !

Le 24.01.2009
A l’hôtel, on m’indique un endroit où je pourrais changer les 100 euros qui me restent. Je prends le bus et vais à l’Amazonias shopping. C’est un grand centre commercial Carrefour. Il est vaste et aéré. J’arrive à l’ouverture à 10h. Je demande le bureau de change, personne ne connaît. Aux caisses de Carrefour personne ne comprend ce que je veux. Les distributeurs ne veulent pas de ma carte. On m’indique une agence de voyage, dans la galerie. J’y vais et découvre un guichet de change. Je change mes euros. Le centre commercial n’a rien à envier aux centres français.
Je reprends le bus vers le centre. Je retrouve Mimi au cyber en relation avec ses filles.
On va manger au marché. On y mange dans des gargotes populaires un plat de poisson avec riz, haricots et salade pour 15 réals à deux ! Mimi en profite pour acheter des poudres de guarana et d’açai, deux fortifiants non vendus en France.
Nous allons dans un magasin de CD que j’ai repéré. Je choisis des disques des grands classiques de la bossa nova et de la samba. Mimi en choisit aussi en les écoutant.
Nous faisons une provision de musique brésilienne.
Après un tour dans quelques magasins de fringues, nous prenons un pot en terrasse. En face de nous un vendeur à la sauvette tente de vendre une paire de lunettes à un homme. L’homme hésite. Mimi le regarde et lui fait signe que les lunettes ne lui vont pas. Alors il n’achète pas. Le vendeur regarde Mimi, mécontent. L’homme vient nous remercier. Il m’offre une bière. Il nous montre des photos de sa famille sur son téléphone. Il nous fait de grandes déclarations d’amitié. Nous finissons par partir, tant il est collant.
Retour vers l’hôtel en passant par le cyber. Dans la rue on s’arrête pour manger des brochettes de cœur de pigeon et des chips de banane. Très bon !
A l’hôtel je me replonge dans Samarcande, pendant que Mimi regarde la télé et une télénovella brésilienne, pleine de larmes et de fureur.

Le 25.01.2009
Au lever, nous préparons nos bagages en vue du départ. On rend la chambre et on met les bagages à la bagagerie. Balade au vieux marché puis au nouveau. Le nouveau est grand, avec beaucoup de fruits, de légumes, d’épices. La viande est fraîche et abondante : bœuf et porc mais pas de mouton. Les poissons sont nombreux et de beaucoup d’espèces. Il y a même un pirarocu d’au moins 150 kilos, avec sa gueule énorme et caparaçonnée. Avec ses écailles on fait des limes à ongle naturelles.
On retourne déjeuner au marché dans une gargote. On prend un dernier poisson de l’Amazonie. En contrebas, des gens habitent dans la rue, dans des cabanes de planches et de plastiques. Un homme prend un sceau, met un gant en plastique et savonne le dos de sa compagne qui est en short et soutien george. Puis il lui lave les jambe et enfin les cheveux. Elle se laisse faire tout en fumant une cigarette. Elle ne se rince pas et sèche ainsi au soleil assise sur une vielle chaise de jardin. Au bout d’un moment elle met un tee-shirt et va un peu plus loin parler à un autre sans abris. Une autre femme casse des caissettes pour alimenter le feu sous une marmite sur le trottoir. Elle fait la soupe. Plus loin, des gens ont racheté un lot de poissons, les ont mis à même le trottoir et les vendent à bas prix. Des gens survivent avec peu dans la vielle ville.
De retour à l’hôtel on appelle un taxi pour la gare des cars. On a des billets pour Puerto La Cruz pour 100 réals chacun. Départ à 18h, avant la nuit. On s’installe et on ne tarde pas à dormir !

Le 26.01.2009
Arrêt à la douane le matin. La nuit a vite passé et on a dormi pas trop mal. Nous allons au bureau avec les passeports. Le douanier brésilien nous demande si nous parlons portugais. Après notre réponse négative, il nous parle tant bien que mal en français et en espagnol. Une jeune fille derrière son bureau, nous dit quelques phrases en français. Je lui demande si elle l’a appris au lycée. Non dit-elle, j’ai eu un petit ami français !
Douane vénézuélienne aimable et rapide.
Un bruit sec ! Je pense à un pneu qui a éclaté ou à une branche qui aurait traîné sur la route. Le car s’arrête, le chauffeur descend. Il remonte et le car redémarre. Il s’arrête plus loin, en bord de route, devant un réparateur de pneus. Démonter une roue de car n’et pas chose aisée. Le mécano s’escrime et change la roue. Pendant ce temps, je fais quelques pas. La route enjambe une petite rivière. D’un côté quatre garçons pêchent avec un morceaux de filet, des tétars ou des petits animaux qu’ils mettent dans une bouteille. Ils sont juste en slip, tout bronzés. De l’autre côté la rivière fait un coude qui forme une large baignoire. Une femme se lave les cheveux pendant qu’une demi-douzaine d’enfants se baigne avec des cris joyeux. Par moments ils grimpent sur des arbres et plongent de trois mères de haut. Une fille qui paraît avoir 8 ans est la plus agile. Elle plonge et remonte sans cesse et tee-shirt et en jupe. Le bonheur est simple dans les petits villages loin des villes.
11h30, arrêt buffet. Nous sommes heureux de nous dégourdir les jambes, jusqu’à un restaurant dans la gare routière. Nous prenons un poulet frit. Nous mangeons tranquillement car j’ai demandé quand le car repartait. Le chauffeur portugais m’a répondu 2h30.
Après le repas nous allons vers le car à 12h35. Il n’est plus là ! J’avise un policier, je lui demande le car pour Caracas. Il me répond qu’il est parti, là, maintenant, il y a 5 minutes !
Ce n’est pas possible, sans klaxonner pour prévenir, avec toutes nos affaires dedans !
Nous prenons un taxi en lui expliquant qu’il faut rattraper le car. Le taxi fonce. La route est bonne avec des virages, dans un paysage superbe de collines verdoyantes avec des vallées plantées de palmiers. 140 kms. Le chauffeur me dit que c’est la première fois qu’il va à cette vitesse, d’habitude il va à 100 Kms. Les kilomètres passent et nous voyons enfin le car au loin. En le doublant je lui fais un signe de s’arrêter. Le taxi me dit que le car ne s’arrêtera pas en dehors des points prévus par peur des attaques. Il nous faut aller plus loin là où il y a un contrôle de police qui barre la route et où le car est obligé de s’arrêter. Lorsque nous y arrivons, je paye le taxi 80 bolivars et nous attendons. Le car arrive, s’arrête, ouvre sa porte. Mimi rentre la première en disant sa colère au chauffeur qui semble indifférent. Il finit par formuler une excuse pour le principe. Nous regagnons nos places où sont restées nos affaires…
Forêt de part et d’autre de la route, avec une large saignée pour une ligne à haute tension.
Par endroit des maisons et un entourage défriché. Quelqu’un s’accroche là pour y faire sa vie.
Dans le car réfrigéré, Mimi dort, recouverte par une couverture. Je lis un moment puis la fatigue des soubresauts du car m’endort.

Le 27.01.2009
Il fait nuit et le car s’arrête. Par le rideau écarté je vois : terminal Puerto La Cruz. Il faut descendre. Je descends des affaires. Mimi descend son sac à dos et le pose un peu trop vite ; elle casse une bouteille de cachaça (le rhum brésilien à 5 réals le litre). Malheur, nous avons perdu une bonne bouteille, le sac est parfumé au rhum et parsemé de morceaux de verre !
Mimi y met la main et se coupe… Pansement d’urgence. Pour le sac on verra au bateau…
Par mail nous avions contacté Christian et Danielle d’Evangéline qui sont à la marina Baia Redonda de Puerto la Cruz. Ils nous attendent pour prendre un petit-déjeuner et avoir des renseignements sur notre voyage car ils veulent faire le même bientôt.
Mais il est bien tôt. Nous attendons dans une salle d’attente climatisée. Il y fait trop froid. On sort pour s’installer sur un banc sur un quai de la gare. Le jour se lève. Un couple se réveille sur le banc d’à côté. Mimi mange des biscuit. Puis elle en donne à la femme toute ravie. Elle lui explique qu’elle avait faim, que Dieu le savait et a fait que Mimi lui donne. Le couple est sans abris et vit dans la gare depuis. L’état donne des logement gratuitement ; encore faut-il s’inscrire et attendre qu’il soit construit…
Il est l’heure descente d’aller voir nos amis. Un taxi nous y emmène. Puerto la Cruz est une ville très riche avec beaucoup de pauvreté et de barios. Baia Redonda est une marina moderne, ceinte de hauts murs avec barbelés, un îlot de richesse entouré de barios dangereux.
Je n’aime pas l’atmosphère de vieux retraités riches qui y séjournent, refermés sur leur petit monde.
Christian et Danielle sont réveillés. Nous discutons avec plaisir et leur montrons des photos du voyage. C’est toujours un plaisir de se retrouver. Mais la fatigue du voyage aidant, il est temps de partir. Au passage nous allons à l’agence de José qui n’a toujours pas donné à Mimi son nouveau billet d’avion. Il est prêt. Nous partons rassurés.
Retour au bateau qui nous a sagement attendu. Seul le taud de cockpit a mal supporté les vents. Il était déjà fatigué, il est mort. Un bonjour rapide à Paulo et Nicole et Claude, un repas rapide et une bonne sieste réparatrice.
Le reste de la journée nous rangeons les affaires. Je vide les appareils photo dans l’ordinateur et nous regardons les photos. Celles de Mimi ont plus de personnage, les miennes plus de nature. Elles se complètent.

Le 28.01.2009
Pendant que Mimi range, je vais faire le marché. Mimi a du mal à trier les affaires qu’elle laisse, qu’elle emporte. Le départ approche et elle le redoute. Moi aussi.
Je vais en ville chez le marchand qui avait dit recevoir des disques durs. Il en avait un comme celui dont j’ai besoin ; il l’a vendu et n’en a plus. Il peut en commander. Je lui laisse un acompte, il l’aura dans la quinzaine… en attendant je n’aurai pas mon mac.
Après-midi sans histoire au bateau retrouvé. Nous voyons Emma et Charly qui voulaient acheter un bateau à Bonnaire. Ils y sont allés en avion, mais le bateau était dans un chantier qui n’en a pas pris soin si bien qu’il est ruiné. Ils sont revenus déçus et à la recherche d’un nouveau bateau pas trop cher.

Le 29.01.2009
Je me mets à l’écriture pour le site. Mimi range ses affaires. La journée passe vite, dans le bonheur d’être ensemble. Nous savourons ces derniers instants.

Le 30.01.2009
Ce matin Mimi va en ville avec Emma, pendant que je termine d’écrire. J’écris en regardant les plantes que Mimi a fait pousser : un avocatier, des ananas. Ils ont bien grandi pendant notre absence.
La journée passe vite. Je vais au cyber avec le PC du bord pour mettre le texte sur le site. Ce PC est réglé pour la navigation et la communication avec les instruments de navigation si bien qu’il ne veut pas capter internet. Je ne veux pas changer les réglages de peur de perdre la liaison avec les instruments de navigation et de communication du bord.
Je me sers du PC de Mimi et du wifi de la marina. Par contre je ne peux mettre des photos pour illustrer car je n’ai plus de logiciel pour les traiter et les réduire afin qu’elles se présentent à la bonne dimension tout en s’ouvrant assez rapidement. J’espère que j’aurai vite le disque dur du mac !

Le 31.01.2009
Je vais au marché. Je repense au Brésil en voyant les gens. Ici les femmes sont plus belles et plus apprêtées qu’à Manaus. Les voitures sont de plus grosse cylindrée, plus vielles aussi souvent. Les produits du marché sont aussi beaux. C’est seulement les gens qui cuisinent moins bien au Venezuela.
Avec Mimi on reparle de notre voyage et du plaisir de découvrir d’autres paysages, d’autres gens avec leur façon d’être, de vivre. Quel plaisir de voyager ! Mimi pense déjà au retour, à notre séparation pour un mois et demi et à la crise qui sévit en France. Elle sera plus visible en France, dans le concret de notre vie de chaque jour, alors que pour l’instant nous sommes entre parenthèses, un peu hors du temps dans un pays à moindre niveau de vie…
Dans l’après-midi, Mimi voit du monde sur Octopus. Viviane et Robert sont rentrés de leur séjour en Normandie. Mimi me charge de les inviter à dîner à bord. J’y vais et nous sommes heureux de nous revoir. Nous discutons un moment. Robert transpire à cause de la différence de température entre Cumana et la France gelée. Nous les laissons reprendre possession de leur bateau.
Le soir nous dînons ensemble à bord de Diam Rek. Chacun raconte ce qu’il a fait pendant ce mois et demi écoulé. Nous faisons voir les photos de notre balade dans le Venezuela et au Brésil. Avant la fin la fatigue a raison de nous invités à cause du décalage horaire. Nous sommes bien heureux de nous retrouver.

Le 01.02.2009
Mimi finit de préparer ses affaires. Elle n’a pas la joie de partir des fois précédentes. Elle a du vague à l’âme… Moi aussi car le jour approche.
La journée passe calmement à parler de nos enfants, de ceux qui nous soucient, de ceux pour qui tout va bien… La routine quoi !

Le 02.02.2009
Ce matin, nous voulons visiter une fabrique de cigares réputée à Cumana. Nous le disons à Charly qui nous apprend qu’aujourd’hui c’est jour férié, que tout est fermé. Pourquoi ? Pour fêter dignement les dix ans de pouvoir du président Chavez ? Le président offre à son peuple réjouit un jour de fête chômé et payé. D’ailleurs demain aussi c’est férié. Pourquoi ? Pour fêter le 214 ème anniversaire de la naissance du Grand Maréchal Sucre, dont l’état où est Cumana porte le nom. Pour l’occasion le président Chavez a invité ses amis présidents socialistes d’Amérique du Sud, qui viendront à Cumana pour une joyeuse cérémonie.
Nous téléphonons à la fabrique de cigares et on nous dit que nous pouvons venir. Un taxi nous y amène. Le patron est devant la porte, il nous attend. Il nous fait entrer. Les ateliers sont vides. C’est effectivement férié, mais la vente est ouverte. Mimi achète un coffret pour un ami français. Nous repartons néanmoins frustré de ne pas avoir vu la fabrication…
Dans l’après-midi, Marie Anne à qui j’avais demandé un modèle de clearance de la Martinique, passe m’apporter ce qu’elle a gardé. En discutant, elle dit que nous sommes lundi 2. Je lui réponds que je pense que nous sommes lundi premier. Vérification faite ; elle a raison. Alors Mimi doit prendre l’avion demain et non après-demain comme nous le pensions. Un peu plus et Mimi ratait son avion ! Merci Marie Anne !
Alors Mimi boucle ses affaires puis va faire ses adieux aux amis de la marina.
Le soir nous dînons chez nos amis d’Octopus. Nous passons une bien agréable soirée. Mais il est temps de rejoindre notre bateau et de dormir pour être prêts à 5h30 demain matin.

Le 03.02.2009
L’alarme du téléphone sonne. Vite debout, toilette, petit-déjeuner. Nous allons jusqu’à la porte de la marina ou une voiture doit nous attendre. Rien ! Alors nous allons jusqu’à la rue où un gardien nous aide à arrêter un taxi. A cette heure matinale, les taxis ne sont pas nombreux. Un finit par s’arrêter. Il nous emmène vite par les rues presque désertes à l’aéroport. Nous passons devant une file de cars pleins de manifestants en rouge, qui vont participer à la réception des présidents en l’honneur du Maréchal.
D’ailleurs l’aéroport est décoré avec des portraits du Maréchal Sucre avec les dates de sa naissance et de sa mort. Il y a aussi un portrait peint de Chavez faisant un discours à une tribune !
Mimi va à l’enregistrement. Pour le vol national, Cumana Caracas, elle n’a droit qu’à 20 Kgs, or elle en a 50. Il y a un petit supplément à payer. Mimi a peur que ce soit la même chose pour le vol international…
Après les derniers adieux, Mimi passe le portique de contrôle. Nous restons un moment, séparés ainsi, avant de se quitter. Je repars en taxi.
Arrivé au bateau, je suis vidé, perdu. Je ne sais quoi faire. Je lis et termine le livre d’Amin Maalouf, Samarcande. La première partie est passionnante. La seconde est alourdie par beaucoup d’érudition. L’ensemble est intéressant, sur l’orient et la poésie d’Omar Kayam.
J’essaie d’appeler Mimi, mais son téléphone ne répond pas…
Le soir je regarde un film. Je suis seul dans le bateau et dans le lit.

Le 04.02.2009
Ce matin je débranche les batteries pour les tester. Puis je vais voir Robert qui m’a parlé d’un gros filtre à gasoil qui résoudrait bien mon problème. Il me le montre, nous cherchons sur internet son prix. Affaire conclue. En prenant l’apéro, Viviane me prête une carte de téléphone pour appeler Mimi. Je vais à la cabine ; ça ne répond pas. Je vais dans un centre d’appels. Mimi répond enfin. Bon voyage et pas de problème pour les bagages. Elle a pris le taxi pour rentrer à la maison. Elle est à la maison avec l’une des filles et prépare le dîner pour dîner avec les filles. Je suis heureux de l’entendre.
En début d’après-midi je vais en ville faire des courses. Je trouve une carte de téléphone enfin. Une serrurerie me fait des doubles de clefs du bateau. Je trouve un embout pour le filtre à gasoil qui soit compatible avec mes tuyaux. J’achète de la peinture blanche pour repeindre le pont. Un peu de bouffe et je rentre au bateau.
Le temps de rebrancher les batteries et il fait nuit. Elles sont bonnes. Il en reste une à tester, ce sera pour demain.
Le soir j’écris et je regarde un film. Je pense à Mimi, au froid annoncé sur Paris, à la France, aux enfants. Dans un peu plus d’un mois, je rentre pour un bon mois avant de traverser l’atlantique vers les Açores et l’Europe.

Le 05.02.2009
Dur réveil. J’ai du mal à m’habituer à être de nouveau seul.
Je débranche la 6ème batterie pendant 6 heures. Elle garde la charge.
Je commence à dessiner le plan de mon installation électrique pour comprendre ce qui pourrait ne pas aller. C’est long, mais ce sera utile.
En attendant je vérifie le guindeau : il ne fonctionne pas. Je vérifie, un fil est sectionné par corrosion. Je répare, pourtant le guindeau refuse de fonctionner. Pour l’instant je cale…
J’y passe la journée. En in d’après-midi, robert passe m’inviter à prendre l’apéro et dîner. Pendant le punch, nous discutons de l’entretien, puis de voyage.
Viviane et Robert vont partir demain pour Medersa où ils resteront une semaine. Après quoi, ils repasseront par Cumana, dans l’espoir de régler le différent qui les oppose à Charly qui leur a cassé leur antenne BLU et qui s’estimant non responsable, refuse de payer le montant des dégâts. Le manque de courage d’assumer ses responsabilités n’est pas rare chez une catégorie de marins non assurés, partis depuis longtemps d’Europe et plus ou moins à la dérive, financière et morale.
Viviane reparle des différentes îles des Grenadines, de la Martinique. Elle aimerait vivre dans ces îles et elle en parle avec chaleur. Elle m’incite à réparer vite pour y aller et y faire revenir Mimi pour qu’elle ne rate pas ces îles. J’aimerai aussi y aller. Cependant ma priorité est de préparer le bateau pour un retour en Europe. Puis-je mieux le préparer à Cumana ou au Marin en Martinique ? Choix difficile.
Viviane a préparé des courgettes, poivrons, tomates farcis selon une recette de Mimi.
Nous passons une bien agréable soirée. Je rentre pas trop tard.

Le 06.02.2009
Réveillé tôt, je constate que le courant du quai n’arrive plus au bateau. Quelqu’un a dû se prendre le pied dans les fils. Je répare la connection et le courant est rétabli.
Je finis le plan électrique du bateau. J’en déduis la position des coupes circuits qui isolent les groupes de batteries. C’est différent de ce que je pensais.
Pour l’instant je ne vois pas d’aberration dans les branchements. Paulo me conseille de vérifier le comportement de chaque batterie à l’effort. Car si une batterie est presque morte, elle peut tenir la charge, mais ne résiste pas à l’effort. Je vais vérifier.
Je fixe le nouveau décanteur à gasoil. Viviane vient me demander de les aider pour larguer les amarres. Un moment et Octopus manœuvre facilement avec moteur et propulseur d’étrave. Je le regarde quitter le port. Ca ma peine de le voir partir. J’aimerai être en état de partir aussi et de voyager de concert… Pour l’instant il me reste à faire pour être prêt…
Après déjeuner, j’installe le gros filtre décanteur à gasoil. Je lui choisis une place pour pouvoir intervenir facilement du côté le plus facilement ouvrable. Une fois installé, je remplis le filtre. Je n’arrive pas à le remplir tout à fait, il reste un peu d’air. La pompe manuelle semble fonctionner de façon aléatoire. Je démarre le moteur. Il démarre et s’étouffe. Je recommence avec le même résultat. Il reste de l’air dans le circuit. J’ai beau purger, le moteur cale.
Je vois Claude. Je lui dis l’état des choses. Il va passer dans une heure. Lorsqu’il passe, il essaie de purger et de démarrer. Il conclue à une prise d’air. Probablement de la pompe à main. J’irai en acheter une lundi chez le ship.
Dimanche Claude fait son premier charter à la journée. Il emmène une douzaine de passager à quelques miles sur une plage. 80 bolivars par personne, bonne journée.
Maintenant il prépare son bateau. Lundi il aura du temps et il viendra à bord. Je lui parle du guindeau et de l’autonomie électrique. Il verra lundi. Super.
Le soir je regarde un film, seul dans mon carré, après avoir regardé les mails dont un de Mimi.

Le 07.02.2009
Réveillé tôt, je me lève sans courage. Je pense attaquer les points de rouille qui font un mauvais effet sur le pont. Je n’arrive pas à m’y mettre. Je regarde les cartes marines, pour aller au nord des Antilles, puis déboucher vers l’Atlantique. Je regarde les Açores, puis la France et le Portugal. Je me ravise et regarde la côte américaine, jusqu’à Québec. Québec en bateau, ça me fait rêver. Les cartes, c’est magique, ça fait rêver, ça attire puissamment !
Bon, ce n’est pas tout ça, la rouille m’attend. A plus tard !
Je prends marteau et tourne-visse et je frappe aux endroits rouillés. Les attaques de rouilles sont superficielles ; elles reviennent toujours aux mêmes endroits, là où il y a soudure entre acier et inox, aux soudures d’accastillages sur le pont. Et puis il y a quelques cloques où la peinture n’a pas accroché. Il y a de l’humidité dessous, mais le métal n’est pas attaqué…
J’y passe la matinée. Paulo, dont le bateau est en face et qui fait la même chose depuis quinze jours, vient me donner des conseils judicieux. Il me demande le guide touristique du Venezuela pour repérer des détails avant de partir dans une semaine faire un tour dans l’embouchure de l’Orénoque, territoire des indiens Waraos.
Claude aussi vient discuter et me donner des conseils. Lui prépare son day-charter de demain.
Je continue l’après-midi. Emma me voyant travailler au soleil, me conseille de mettre une casquette. Je me passe alors la main sur la tête et je sens le coup de soleil. Trop tard ! Mais je mets quand même une casquette pour ne pas aggraver mon cas.
J’arrête pour traiter les endroits où j’ai enlevé la rouille. Je passe une brosse métallique électrique pour enlever encore plus de trace de rouille. Enfin je passe de l’acide phosphorique pour finir de décaper et pour passiver le métal.
J’en ai plein les bottes pour aujourd’hui. J’ai mal au dos de travailler dans des positions toujours courbées et souvent à genoux. C’est ça aussi ce que l’on appelle la plaisance !

Le 08.02.2009
Les premiers clients de Claude arrivent sur le ponton, bruyants comme des Vénézuéliens. Les femmes sont court vêtues avec le maillot de bain en dessous.
Les premiers montent dans le cockipt et sortent la crème solaire pour s’en tartiner.
Le départ était prévu à 9h. Finalement il se fera à 10h par un beau soleil. J’aide à larguer les amarres et je prends des photos du voilier surchargé de touristes, tous Vénézuéliens, heureux d’aller passer la journée à la plage à trois milles avec ce qu’il faut pour faire un barbecue et boire coca et bière.
Je vais au marché refaire le plein de fruits, légumes et un peu de poisson.
De retour, je fais une ratatouille et un poisson excellent, le foutre, que Mimi aime tant.
J’ai envie de l’appeler pour qu’elle passe à table en ma compagnie…
Je n’ai pas beaucoup de courage pour attaquer la rouille.
Je finis « Fortune de mer » d’Olivier de Kersauson. Je l’ai lu avec intérêt. Je n’apprécie pas plus le personnage avant qu’après… Par contre Kersauson et son partenaire écrivain savent de quoi ils parlent lorsqu’ils parlent mer et bateau !
Je me mets enfin à repasser de l’acide phosphorique sur les parties dérouillées. Puis je lave à grande eau et à l’éponge. Une fois sec, je passe une peinture d’apprêt époxy.
Le soir j’écoute de la musique lorsque je vois le bateau de Claude rentrer. Il fait une manœuvre. Je crois qu’il vient se repositionner à côté de Diam Rek. Non il semble en difficulté. Il veut se mettre à couple du thonier. Je monte à bord du thonier pour l’amarrer. Quelqu’un me passe un bout non amarré au voilier. Claude vient l’amarrer, mais l’arrière part déjà, il faut larguer. Claude mouille plus loin, dans le port.
Il a des ennuis de gasoil qui contient de l’eau… Il est rentré poussivement et purgeant maintes fois. Il nettoie son filtre, relève l’ancre et vient se replacer à côté de Diam Rek.
Je l’aide à marrer. Les passagers sont contents, ils ont eu de l’imprévu en plus.
Je continue de dîner, ensuite je regarde un film et j’écoute de la musique avant de dormir.

Le 09.02.2009
J’attends Claude qui doit venir m’aider pour le guindeau, l’autonomie électrique et la prise d’air moteur. Je le vois apparaître dans son cockpit. Il me demande si j’ai acheté la pompe à main d’amorçage pour le gasoil. Alors je vais au centre ville. Le ship en a, évidemment car les pêcheurs s’en servent…
Je reviens, je remplace la pompe, je coupe un bout de tuyau d’arrivée qui avait une petite fente responsable de la prise d’air. Je purge le circuit et le moteur démarre !
Je laisse chauffer, tout va bien.
Je demande à Claude quand il peut voir mon guindeau ? Il attend une confirmation pour un charter d’une semaine aux Roques. Et puis ses copains sont venus… Alors il passera en fin d’après-midi.
Moi, je me remets à la chasse à la rouille. Marteau et pointeau. Par endroit la rouille est à peine installée, encore en fleur. Par contre, il y a quelques endroits où elle travaille sournoisement depuis plus longtemps et l’acier est attaqué parfois sur un millimètre. Vu l’épaisseur de la coque, ce n’est pas grave. Je tape et les feuilles de rouille sautent.
J’y passe la journée.
En fin d’après-midi, je vais discuter avec Emma et Charly. Soudain depuis leur bateau, je vois le bateau de Claude, avec ses défenses remontées sur le quai, qui rague contre le ponton. Et Claude qui est parti faire des courses. Je vais au bateau, suivi de Charly. A deux, on écarte le bateau, malgré le vent soutenu et on introduit les défenses entre la coque et le ponton. C’est bien, mais c’est tard, car la coque qui a du raguer un bout de temps est râpée sur une bonne longueur et carrément à vif à un endroit où l’on voit la fibre de verre. Claude arrive, constate les dégâts et dit qu’il n’a plus qu’à mastiquer et peindre…

Le 10.02 .2009
Ce matin je ponce les endroits où j’ai enlevé la rouille, pour mettre la tôle à blanc.
C’est long et fastidieux. Malgré cela, c’est aussi plaisant de revoir la tôle blanche, saine.
Le ciel est gris mais il ne pleut pas.
Je passe la brosse métallique électrique, puis de l’acide phosphorique. Pourtant les nuages sont de plus en plus sombres. Il fallait s’y attendre, il pleut.
Je rentre faire la cuisine en écoutant de la musique.
L’après-midi est pluvieuse, je reste dans le carré. Claude qui avait dit qu’il passerait…
Lorsqu’il a fini de pleuvoir, je passe le jet d’eau et la brosse sur le pont du bateau.
Claude est avec son client qui le loue pour une semaine aux Roques en partant vendredi.
Lorsque son client est parti, je lui rappelle mon guindeau. Il regarde et traite de con celui qui l’a installé sans respecter les règles… A chaque fois qu’un intervenant regarde quelque chose sur un bateau, c’est la même chanson…
Il teste le disjoncteur et le relais. Le disjoncteur est mort, mais il en a un en réserve ; il faut qu’il le cherche…
On reste un bon moment à refaire le monde. Lui est sur plusieurs projets et se voit déjà riche au Venezuela. En effet il semble que ça commence bien pour lui, que son réseau de relations est efficace et que les clients arrivent. Et puis ici les contraintes sont faibles, les impôts aussi… Chacun a ses tentations de poser ses valises ici ou ailleurs et de tenter une nouvelle vie…

Le 11.02.2009
Ce matin le courage me manque, Claude se prépare à aller à Puerto la Cruz avec son ami Gabriel pour acheter des filtres à gasoil pour son bateau. Je lui donne celui de mon bateau pour qu’il m’en achète.
Je me mets malgré les nuages à nettoyer les endroits décapés la veille. Je nettoie l’acide à l’eau, puis après avoir séché, je peints une première couche d’époxy.
Avant de déjeuner, je vais sur internet. Jean Michel me signale que le site de Diam Rek n’est pas à jour. Pourtant je l’ai mis à jour la veille. Je vérifie avec Firefox et je vois le texte à jour. Je vérifie avec Internet Explorer et bizarrement le texte s’arrête au 04.02.
Il doit y avoir un problème de compatibilité. Je tente d’y remédier, sans succès. Et puis la liaison wifi s’interrompt, tant et si bien que le texte disparaît sur le site…
Je passe l’après-midi à démonter les boiseries du cockpit et les winchs, pour enlever la rouille qui s’est installée dessous. Je constate qu’elle a gagné aux endroits où il y a eu des nouvelles installations de matériel depuis 2005. A ces endroits les installations de winchs, du portique, des cadènes, les installateurs ont percé, soudé, et n’ont pas protégé la tôle avant de peindre. La mer n’a pas tardé à apporter la rouille… Encore du travail mal fait…
Je passe toute l’après-midi et j’arrête avec le passage de l’acide sur le côté tribord. Il reste le côté bâbord pour demain, puis les nombreuses couches d’époxy sur les endroits dérouillés. J’ai encore de quoi m’occuper un moment.
Le soir je reviens sur le site et mes interventions font si bien que le texte n’apparaît plus malgré mes efforts… Sans que j’en comprenne la raison. Parfois l’informatique est bien contrariante !
Je reçois un mail de Mimi qui commence à regretter la vente du bateau et la vie à bord… Juste au moment où je reçois le premier mail d’une personne voulant visiter le bateau lors de son passage en Martinique début mars. Pas de chance, je serai au Venezuela…

Le 12.02.2009
La dépression qui apporte les vents polaires jusque Miami où il fait –3° et Cuba où il fait 3°, se ressent ici depuis trois jours. La nuit il fait plus frais, 19°, le ciel est nuageux. Ce matin il pleut. Après avoir parlé avec Nicole de mon absence de papiers d’entrée au Venezuela pour le bateau, consécutive à notre tentative d’allée à Grenade, je vois Alexis. Je lui explique de nouveau la situation et il me demande 700 bolivars, après marchandage, pour une entrée. Il faut graisser la patte du fonctionnaire qui tient le registre des présence dans les ports, pour qu’il me porte sortant puis rentrant…
Je discute avec Paulo qui me dit qu’ici il y a intérêt à être en règle. Bon je finis par me décider. Je vais voir Alexis avec mes papiers du bateau. Il me fera les papiers d’entrée en règle et je serai tranquille jusqu’à ma sortie…
Entre deux crachins, je passe une couche d’époxy sur les parties dérouillée nues.
Claude revient du centre ville où il est allé chercher des filtres à gasoil pour lui et pour moi. Il a trouvé des filtres qui pourraient convenir. J’essaie, c’est OK. Super, il m’en a pris cinq, tout va bien pour un moment.
En fin d’après-midi je vois sur le ponton Eve et Michel. Ils arrivent en bateau de Medregal où ils sont revenus il y a quelques jours d’un périple de 5 mois en car sac à dos en Amérique du sud. Brésil, Argentine, Bolivie, Clili, Colombie… Ils reviennent enchantés par leur voyage. Partout bien accueillis, souvent chez l’habitant. Tout s’est bien passé. Nous continuons la conversation dans leur cockpit. Je leur demande quelle est la suite ? Bonaire, les San Blas et Panama. Donc pour traverser ? Alors Eve commence à parler de son mal de mer permanent, de son inconfort en mer, du rôle restreint à bord, de sa perte d’indépendance. Par certains aspects, je crois entendre Mimi. Dont ils me demandent des nouvelles. Je leur explique notre décision de continuer le voyage sac au dos. Michel ne se voit pas renoncer au bateau pour l’instant, Eve ne veut pas le priver de son rêve, mais elle ne se voit pas vivre ainsi…
Une fois de plus se pose cette question !!!
Je termine la soirée seul à bord.

Le 13.02.2009
Des nuages encore et davantage d’éclaircies. J’enlève la rouille dans le cockpit. J’y passe la matinée. Pendant ce temps les clients belges de Claude sont arrivés su bateau. Mais vu le temps, Claude préfère ne pas partir aujourd’hui. Les clients restent au bateau en discutant…
L’après-midi, je regarde le ciel, les nuages gris sombre sont au loin. J’ai le temps de passer une couche d’époxy sur les parties dérouillées. Avant j’ai passé l’aspirateur pour enlever tous les éclats de rouille et de peinture que le vent soulève.
Puis je répare l’éclairage du compas de barre. L’ampoule avait grillé. Je n’en ai pas trouvé de semblable, je la remplace par deux leds. Ca va éclairer autant et consommer bien moins.
Je vois Octopus qui rentre dans le port. Il n’y a pas de place au ponton où je suis, il va s’amarrer sur le môle nord. Nous allons pouvoir nous revoir. Ils me donneront les dernières nouvelles de Medregal.
Nous allons prendre un pot ensemble au café de la marina. Pas de bière, pas d’alcool depuis ce vendredi midi jusqu’au lundi 14h : c’est la loi pour les week-ends d’élection. Or dimanche il y a le referendum pour amender la constitution.
En buvant un batido, j’apprends les dernières nouvelles, dont une peu réjouissante.
Cette semaine des amis de Loïc, avaient jeté l’ancre dans Laguna Grande. Pendant la nuit, ils entendent du bruit à l’arrière du bateau. Des jeunes sont montés et ont dérobé des objets sur l’arrière du cockpit. L’occupant du bateau sort et les voleurs tirent en s’en allant. Ils ratent le navigateur, la balle troue la capote de la descente !
Le golfe réputé sûr, peut s’avérer dangereux… hélas ! C’est si beau Laguna Grande.
Avec Mimi nous avions tellement aimé le paysage et ce calme troublé seulement par les cris des oiseaux et les sauts des poissons…

Le 14.02.2009
C’est la Saint Valentin. J’envoie un mail à Mimi et je ne tarde pas à en recevoir un d’elle.
Je vais au marché pour refaire un peu d’approvisionnement frais. Il y a beaucoup de monde au marché. Des queues encore plus longues que d’habitude pour les banques. 0 l’angle du marché la queue pour la caisse d’épargne, tourne l’angle de la rue et s’étend sur plus de 150 mètres. Et chacun attend patiemment. Aujourd’hui la police est plus visible, avant les élections.
Puis je me remets au bricolage. Je retourne sur le guindeau pour bien nettoyer les cosses. Je démonte les fils qui vont au relais. Une borne est si corrodée qu’elle me reste dans les mains. Je démonte aussi le disjoncteur qui est cassé et je vais voir Paulo. Pas de chance, il n’en a pas à bord. Il pense que j’ai une chance de trouver ça à Cumana ou à Puerto La Cruz. Nous verrons.
L’après-midi je bricole encore. Robert passe m’emprunter un convertisseur de prise pour son ordinateur et m’invite au café. Lorsque je vais le retrouver, je rencontre Charly, tout bronzé. Je le croyais au Brésil alors qu’en fait il est tombé en panne de moteur vers les Testigos, aussi a-t-il pris la direction de la Martinique pour réparer. Là-bas il lui a fallu commander les pièces, les attendre, puis faire réparer : trois mois ont été nécessaires. Et le voilà à Cumana. Il e sera pour demain.
Je retrouve Robert et Viviane qui sont sur internet. Après un batido, nous allons à leur bord boire un ti’punch. Viviane reparle des Antilles où ils vont aller. Ils aimeraient que je les accompagne, moi aussi. Mais je ne suis pas prêt. J’ai le bateau à préparer avant mon départ dans un mois. Nous passons un bon moment ensemble. Viviane espère que Mimi reviendra pour visiter les Antilles qu’elle aime tant. J’aimerai bien aussi…

Le 15.02.2009
Pas un mouvement dans la marina ; Les lanchas ne sortent pas. Les gens vont voter et passer la journée en famille en la terminant devant la télévision. Si la majorité vote oui, je suppose qu’il y aura des feux d’artifice…
Je me penche de nouveau sur le moteur. Avec le nouveau filtre fin à gasoil, je purge longuement et le moteur démarre. Je le laisse monter en température en enclanchant la marche arrière. Il tourne rond et l’alternateur charge la batterie. Parfait.
Je passe alors au moteur hors-bord. Je démonte pour le énième fois le carburateur. Je le nettoie avec soin. Je le remonte. Le moteur démarre, mais le carburateur fuit. Je redémonte, renetoie et remonte en faisant bien attention au joint. Je moteur tourne sans fuite.
En milieu d’après-midi j’en ai assez, d’être seul dans cette marina extraordinairement calme.
Je vais voir Zuly et sa chienne Tormenta. Nous passons un moment à discuter en buvant un café. La chienne est câline et vient se faire caresser sans se lasser.
Puis je passe voir Charly à bord de Champagne, mais il est absent. Je vais dans le centre commercial pour avoir internet. Pas de chance tout est fermé et les réseaux wifi sont coupés…
Je rentre au bateau. Robert et Viviane passent m’inviter à dîner avant leur départ demain au petit jour. Je les accompagne à bord d’Octopus, heureux de leur compagnie. Nous passons une bien agréable soirée à parler bateau et voyage. Je les laisse se reposer pour partir tôt demain.
Sur le ponton j’entends des pétards et des avertisseurs de voiture. En approchant de la route, je vois des camions couverts de personnes avec drapeaux rouges, des voitures aussi circulent et manifestent avec bannières au vent. Le oui au referendum a du l’emporter. Je demande au gardien les résultats. Il écoute la radio. Il confirme que le oui l’emporte avec plus de 1,5 million de voix d’avance ! Le président pourra se représenter sans limite de nombre de mandats. Il y a un an au même referendum, le non l’emportait avec 60% des voix…

Le 16.02.2009

Lendemain de fête électorale, le silence règne. Je vérifie sur internet les informations : l’ampleur du succès est certaine. Chavez est un bon stratège!
Je vais en ville à la recherche des deux pièces à changer sur le circuit du guindeau. Peine perdue, rien ne ressemble à ça dans leur stock ! Bon j’achèterai en France. A moins que le gardien ne trouve. Il pense avoir une piste sur un bateau vénéuélien. Affaire à suivre.
Octopus est parti ce matin de bonne heure. La VHF m’apprend que d’autres bateaux amis de Paulo arrivent.
Un Maramu vient se mettre à mon bâbord. Je l’aide à s’amarrer. Voilà de nouveaux voisins, charmants d’après Paulo et Nicole. Ils viennent de Puerto La Cruz.                                                                                                                                           

Un grain très sombre se rapproche vite et il pleut à verse. Et ça dure. J’ai le temps de regarder un film superbe « Le patient anglais ». Avant la tombée de la nuit, je vais voir Charly, sur Champagne. Surprise, il n’est pas seul. Il est avec deux jeunes vénézuéliennes dont une avec un bébé. Elles sont venues déjeuner, puis sont restées faire la conversation. L’une va lui nettoyer le bateau moyennant finance. Nous discutons un moment, puis elles partent. Elles reviendront demain peut-être pour déjeuner. Charly a une jeune compagnie. Il espère plus, mais avec leur sourire espiègle elles partent en ayant mangé à l’œil et sans donner que des sourires. Celle qui a un bébé de trois mois demande des sous pour les couches. Charly lui donne quelque chose… Je rentre à bord dîner et me reposer, malgré une journée, bien improductive. J’ai reçu un mail d’une équipière possible grâce à Sail The World. Elle a déjà navigué 7 ans sur son propre bateau, d’Asie en Europe. Elle a donc beaucoup d’expérience. Elle à 45 ans, elle est aux USA. Nous allons voir ce qui serait possible.

Le 17.02.2009

Beau temps, sans vent, calme plat. Bon pour la peinture ! En inspectant le bateau, je découvre encore quelques endroits où la peinture cloque. Je crève, je décape et peint à l’époxy. J’en repasse une couche sur les précédents endroits. L’après-midi, une nouvelle couche. Carlos, l’ami bavard de Claude, qu’il a aidé pour lui faire réparer la capote et refaire des coussins par un tapissier sérieux et rapide, passe me voir. Je lui avais dit que j’étais intéressé pour faire un taud neuf. Nous allons en ville, avec sa voiture. J’ai pris le disque dur du mac. Il connaît un endroit. Le magasin est fermé. Il frappe et on lui ouvre. Une femme regarde le disque et pense pouvoir le trouver vite. Elle appellera demain. Super. J’ai pris aussi les pièces du circuit du guindeau. Nous allons chez un réparateur de bateau. Il ausculte les pièces, il ne les a pas et ne peut les trouver, mais il peut les fabriquer. On repassera demain et il nous dira son prix. Bien. Nous passons chez le tapissier. Il est occupé, mais on peut repasser la semaine prochaine et il aura du temps. Nous verrons. En route, on voit un attroupement au bord du trottoir. Une femme boxe un homme qui a le visage en sang. Les curieux sont en retrait d’un mètre, parmi eux il y a un policier qui laisse faire. Probablement une femme jalouse qui a surpris son mari avec une autre… L’autre en question a intérêt à se méfier !

Le 18.02.2009

Aujourd’hui nous sommes mercredi. Samedi commence le carnaval pour quatre jours. Ca se passe tout près de la marina. Ca promet ! En attendant, je viens de faire un choix entre plusieurs propositions d’agences pour mes billets Cumana Paris et retour. Je vais partir le 10 mars pour repartir le 30 avril. Le total des billets est de 465 euros, avec l’effet de change. Bon tarif. Je me remets à la peinture, aux couches protectrices là où j’ai enlevé la rouille. 6 couches au total. Après je vais commencer la peinture au caoutchouc chloré, sur les mêmes endroits, puis ce sera la peinture totale du pont. Je commence le démontage et le nettoyage des winchs. Il y en a dix sur le bateau. Dans l’après-midi, Carlos repasse. Nous allons chez celui qui pourrait fabriquer les pièces de guindeau, mais il est absent. Il me ramène à la marina ; nous y retournerons demain matin… De retour je vois Gina et Piotr de Pedroma. Ils ont passe deux semaines de vacances avec un de leurs enfants et sa petite famille. Je leur raconte notre balade au Salto Angel et à Manaus. Ca leur rappelle des souvenirs. Je rentre au bateau heureux de les avoir revus, mais avec le sentiment de ne pas avancer assez vite sur la question de l’autonomie électrique et du guindeau…
La musique s’entend claire et fort. Elle vient de la salle de spectacle en bord de plage. Il y a un concert ou une préparation du carnaval. Elle dure jusque vers trois heures du matin.

Le 19.02.2009

Matinée calme à préparer la couche de caoutchouc chloré sur le pont.
Je reçois par mail les billets électroniques pour mon voyage en France. Maintenant il faut que je fasse la demande de virement. Pour ça je vais au cyber pour scanner ma demande et l’envoyer par mail à mon chargé de compte. J’aimerai bien faire par la même occasion une demande de virement pour celui qui me change des euros en bolivars, mais son téléphone est sur répondeur…

Carlos qui devait passer, ne vient pas. Je vais au cyber. Au retour je passe voir Charly à bord de Champagne.
Une jeune fille avec son bébé part après avoir fait lessive et repassage. Nous discutons et soudain il me dit qu’il a rendez-vous avec son changeur à la porte de la marina. C’est le frère de celui qui me fait le change. Je lui explique que son frère ne répond pas et que je veux lui faire un virement pour avoir des bolivars. C’est OK avec un change de 6,5 bolivars pour un euro. Super, le double du change officiel !
Je retourne au cyber faire ma demande de virement. Dans une semaine je devrai avoir l’argent. Charly sort ce soir pour trouver une amoureuse de passage.
Je rentre au bateau. Je finis « Dames de nage » de Bernard Giraudeau. Le style est souvent compliqué ; le récit est plein de vie, de sensualité, d’humanité. Je commence « La douleur du dollar » de Zoé Valdès, une écrivaine cubaine. Retour à Cuba, à la Havane avec une truculence proche de celle de Gutierez. C’est plaisant à lire, mais le fond est triste et sombre, le tableau d’un peuple abruti par une dictature qui peu à peu plonge dans l’absurde…
Pendant ce temps la musique qui précède le carnaval, retentit dans la nuit…

Le 20.02.2009

Craignant que tout soit fermé pendant quatre jours, la durée du carnaval, je vais faire le marché. Je ne suis pas le seul à avoir pensé la même chose car il y a beaucoup de monde. La queue devant les banques est délirante. Renseignement pris, les pensions sont versées le 20 de chaque mois ; les gens viennent les toucher en espèces puisque la plupart n’ont ni carte ni chéquier. Alors la queue peut durer des heures…
De retour, je fais la cuisine.
L’après-midi, je nettoie des winches, en évitant de salir le pont avant de peindre. Il faudra quand même que je nettoie à la lessive.
Charly vient me rapporter « Les routes de grandes croisières ». Il me raconte ses aventures d’hier soir dans les bars à filles… sans filles ce soir là. Ce matin il a eu la visite de la fille qui lui fait la lessive avec deux de ses copines qui venaient déjeuner aussi… sans autre contre partie que leur sourire… Ah! Le Venezuela, ça ne semble pas aussi facile que le Sénégal pour les retraités en mal de jeunesses.
Dès quatre heures, j’entends la musique sur le boulevard de bord de mer. Je vais voir Zuly qui est vénézuélienne pour en savoir plus sur le déroulement du carnaval. Pas de chance elle n’aime pas la foule et elle ne peut rien m ‘en dire. Je prends un café puis je rentre à bord de Diam Rek. Demain après-midi, j’irai voir et prendre des photos en espérant ne pas me faire dépouiller…
                                                                                                                                                                
Le 21.02.2009

Réveillé dans la nuit, je pense à ce que j’ai à faire sur le bateau.
Le matin, je débranche la prise de quai. Je branche panneaux solaires et éolienne sur le parc batterie et j’isole les servitudes pour voir à quelle vitesse elles vont se décharger à l’usage, sans aucune entrée de courant.
Puis je passe la première couche de caoutchouc chloré aux endroits dérouillés et déjà peints à l’époxy. Le caoutchouc chloré sèche très vite au toucher, mais n’est recouvrable qu’après 18 heures.
L’après-midi, je passe voir Charly. Il pense aller voir le carnaval aujourd’hui ici puis lundi et mardi à Margarita.
Il m’y invite. Je ne pense pas que les travaux sur le bateau me le permettront.
Il va faire des courses et je vais vers 16h le long de l’avenue « perimetral ». La brise est fraîche et le golfe est parsemé de moutons. Je longe côté mer. J’arrive au lieu d’exposition ; il y a toujours la maquette du satellite que le Venezuela a fait mettre sur orbite il y a deux mois. Aux dernières nouvelles il fonctionne de temps en temps, puis ne répond plus. On le répare depuis la terre. Sur un panneau il est marqué : souveraineté en orbite.
Les gens affluent le long de l’avenue. Ils sont habillés de façon ordinaire, mais quelques-uns uns ont des déguisements sur la tête, fausses chevelures colorées, cornes, chapeaux, les femmes surtout.
Ce sont les jeunes enfants qui sont souvent déguisés. Une belle fée bleue est sur les épaules de son papa. Un indien avec son arc suit sa maman.
Il y a un podium couvert, avec des murs de baffles qui diffusent une musique intense, du regeton. Un présentateur, cite parfois le « comandante », Chavez, la révolution bolivarienne. Il mobilise l’esprit des gens qui sont plutôt à la fête. Beaucoup de personnes vendent des boissons, des empanadas, des bonbons, des glaces, des ballons, des singes en peluche… Le commerce informel s’adapte à toutes les circonstances.
Le premier char arrive. Les motards le précèdent. Ils sont avec tenue camouflée, gilets pare-balles, bottes blindées et gros pistolets. Il y a aussi une multitude de jeunes en tenue d’aide policier qui font reculer les gens pour que les chars puissent passer. Cette après-midi, ce sont les écoles et les centres de formation qui défilent. Il y a les maternelles avec de petits indiens, de petits poissons, de petites contesses qui dansent au son de leurs musiciens. Les habits sont jolis, mais pas riches. Les décors sont assez frustes, on dirait des travaux de fin d’année des écoles. Des mamans encadrent les enfants. Il y a de petites danseuses qui sortent du lot par leur grâce et leur agilité pour danser.
Moi qui rêvais de femmes habillées de plumes, comme les images du carnaval de Rio, je ne vois que des petites filles dont quelques-unes unes portent des plumes… L’esprit est bon enfant, on dirait une kermesse de patronage. C’est un rassemblement des habitants qui viennent voir leurs enfants avec leur école…
Peut être demain sera-t-il plus excitant ?
Je rentre au bateau dîner et regarder un film, tout en continuant à surveiller la décharge des batteries qui tiennent fort bien. Je note régulièrement la mesure de leur charge.

Le 22.02.2009

Ce matin les batteries sont très légèrement déchargées. Elles résistent à 24 heures d’usage sans apport extérieur. Finalement je n’ai fait que changer le branchement des batteries de services et d’isoler les batteries moteur et guindeau. A la place de brancher les batteries en parallèle et de brancher le plus et le moins dernière au circuit, j’ai branché le plus de la première et le moins de la quatrième. Si bien que le courant est pris ou apporté dans toutes en même temps et pas seulement ou presque dans la première.
Je passe la matinée à peindre une couche supplémentaire sur les parties dérouillées. Je vais préparer le pont pour une peinture générale dans deux ou trois jours. Vers 17h, je vais voir le défilé du carnaval. Il y a encore beaucoup de monde.
Les policiers sont nombreux, on n’a pas le sentiment de risquer de se faire dépouiller. Ce sont encore surtout des jeunes qui défilent avec leur groupe éducatif. L’ambiance est toujours bonne enfant. Les vendeurs de boissons et de broutilles sont très occupés. Il y a aussi des récupérateurs de canettes vides qui vont revendre leur récolte au poids de l’alu… Bon il n’y a pas de quoi attirer les touristes avec ce genre de défilé. Demain j’essaierai le défilé du soir. Peut être me fera-t-il rêver. Le défilé de ce soir a été troublé par la pluie, une bonne heure, ensuite la musique a continué.

Le 23.02.2009

Au petit déjeuner, je prends de la confiture de pomme cajou, faite par Mimi au Sénégal, dans le Sine Saloum, avec les fruits de Théophile. Faites dans un continent, je les mange dans un autre, alors que Mimi est dans un troisième. Ces temps-ci, l’aloes vera fleurit ; il a été mis en pot à Dakar et transporté jusqu’à maintenant tantôt sur le pont, tantôt en cabine ; il a fait des rejetons donnés à d’autres bateaux… Le ciel est gris, peu sûr pour une nouvelle couche de peinture. Charly est parti ce matin voir le reste du carnaval dans l’île de Margarita. Il tombe quelques gouttes et le ciel est gris. Je me penche sur l’intérieur. Maxsea fonctionne et le GPS se reporte bien sur la carte. Par contre l’AIS ne fonctionne pas. Je passe un bon moment sur son circuit électrique sans trouver le remède… Je le démonte pour constater que le ruban d’alimentation informatique interne est cramé. Il doit donc retourner à l’usine. Merci Médée électronique ! Un matériel sûr, fiable, simple m’a-t-on dit avant de me l’installer ! Le fusible installé par eux n’a pas fondu, c’est le câble de l’appareil qui a fondu ! Le soir j’entends la musique du carnaval, amis je n’y vais pas. J’écoute de la musique et je me plonge dans mon bouquin «  La douleur du dollar ».

Le 24.02.2008

Beau temps ensoleillé pour peindre et bronzer en même temps. J’y passe la matinée. Maintenant que Mimi n’est plus là avec ses petits plats, il faut que je me cuisine ce que je veux manger. Une courte sieste et je finis le livre de Zoé Valdez, « La douleur du Dollar ». Le bouquin est très drôle, tragi-comique et loufoque en même temps. Ca décrit bien cette ambiance surréaliste de ce régime en vin de vie, qui ne fait que se survivre en usant sa population par les privations, la propagande, les contradictions. Décidément, j’aimerai voir Cuba et ça me fait peur. Des gens si charmants et un régime si absurde ! La musique du Carnaval s’entend dans la marina. La musique que l’on entend ici est principalement du Regeton, de la soupe électronique, bien loin des traditions d’Amérique latine. Il faut dire qu’ici la population indienne est faible et que la seule musique traditionnelle vénézuélienne est la musique llanera, celle des gauchos dans les vastes plaines, avec des paroles d’amour de la femme aimée, de sa terre, de la nature, du pays. Le troisième âge l’écoute encore, les jeunes préfèrent le regeton. Alors la musique du carnaval c’est ça. Ca et puis les bandas qui accompagnent chaque char, chaque comparsa. Les bandas sont essentiellement des percussions de toutes sortes, et quelques cuivres, genre harmonie municipale… Sur le coup des 17h, je vais voir le défilé du Carnaval. Pas de surprise, c’est le même depuis 4 jours ! Mais cette fois ci c’est le dernier jour. Enrique Maestre, le gouverneur, est annonçé. En effet il est dans le défilé, en jean et blouson avec sa casquette rouge. Il embrasse des gens. Il prend un petite fille dans ses bras, la jette en l’air, la rattrape et la couvre de baisers. Il embrasse d’autres enfants puis monte à la tribune. Le voilà parti dans un discours louant le carnaval de Carupano et celui de Cumana les deux plus beaux du Venezuela, les deux villes étant dans son état de Sucre ! Un char passe en l’honneur de la paix entre les peuples. Il loue la paix, le pays qui est en paix depuis 150 ans, le gouvernement révolutionnaire du commandant Chavez, oubliant de dire que celui-ci av ait mobilisé ses troupes aux frontières Colombiennes lors de l’affaire des otages il y a quelques mois et qu’il avait fallu une réunion de tous les chefs d’état d’Amérique du Sud pour le retenir… Bon le défilé continue. Je le remonte, dépasse la tribune et vais jusqu’où le défilé fait une boucle et se disloque. Des enfants déguisés sont avec leurs parents. Des musiciens posent enfin leur grosse caisse ! Il y a beaucoup de vendeurs d’empanadas, de glaces, des grils avec poulets, cochon, boudin et saussices ! Il faut reprendre des forces après le défilé. Plus loin est dressée une scène pour accueillir le groupe de la soirée. Je rentre au bateau dîner et lire. Je commence « Michael K, sa vie, son temps » de JM Coetzee, un écrivain sud-Africain qui a obtenu le prix Nobel en 2003.

Le 25.02.2009

Ce matin, nouvelle couche de caoutchouc chloré sur les parties dérouillées.
Je regarde mon compte sur internet. Mon virement au changeur a été fait le 23. J’appelle le changeur. Il vérifie sur son compte et me rappelle. Il vient m’apporter l’argent à la marina dans une heure, avec un change à 6,5 plus du double du change officiel. Même avec ce change le Venezuela est le pays le plus cher d’Amérique du sud. Sans cela il serait hors de prix !
Je rencontre Fred, l’un des deux associés de la marina de Medregal. Nous échangeons des nouvelles. Il me confirme que la marina peine, tant les bateaux sont peu nombreux à cause de l’insécurité et des agressions au Venezuela dont sont victimes les voiliers… Je lui fille des tuyaux pour un change meilleur que celui qu’il a et le téléphone de l’agence qui me vend mes billets. Je vais pouvoir payer la marina et aller acheter d’autres pots de caoutchouc chloré. Les pots sont en galons, et ça défile vite. Un galon fait 3,78 litres. Le Venezuela qui a un discours officiel si anti-Américain, est entièrement américanisé. Les contenants sont en galons… Je vais en ville, à « La tienda del pintor ». Là on trouve presque tout pour peindre. Effectivement je reviens avec ce dont j’ai besoin. J’en profite pour aller non loin au super marché. Comme ça je n’aurai pas besoin d’aller au marché avant quelques jours.

Le 26.02.2009

Courage ! Au programme de ce matin, dégager tout le pont des cordages, survie, bouteilles de gaz et d’eau. Et puis nettoyer à la brosse et au jet partout. L’eau courante est tiède et le soleil tape dur. C’est agréable de passer la matinée les pieds dans l’eau. Par contre mon dos n’aime pas la position courbée ! J’ai le dos en compote… L’après midi je passe une couche sur toutes les bordures, sur les coffres et sur les parties en bois. Après je pourrais faire le pont au rouleau dans les jours qui viennent. Pendant que je suis à quatre pattes le pinceau à la main, Charly vient m’inviter à boire un coup ce soir. Le soir j’y vais. Il y a aussi Roberto le jeune navigateur italien qui vient de revenir d’Italie et qui lui aussi peint son pont… Nous passons la soirée à parler du Venezuela que Charly aime et de bateaux. Charly et Emma vont acheter un voilier qui est là dans la marina et qui leur plait. Ils finalisent les discussions financières…

Le 27.02.2009

Ce matin, je repasse une couche de peinture sur les bordures, les bois, les couvercles des coffres. Ensuite je vais en ville acheter une carte de téléphone et diverses choses. A mon retour, une personne de la marina vient m’apporter une facture à payer. Après déjeuner, je passe au bureau de la marina. J’explique que je rentre en France en laissant le bateau. Je paye jusqu’à fin avril, date de mon retour. Je fais le point des choses que je veux faire avant de partir, de ce que je veux faire en France, de ce que je doit emmener… J’espère ne rien oublier…

Le 28.02.2009

Ne croyez pas qu’être en vacances perpétuelles fasse que le temps passe moins vite. Encore un mois qui s’achève ! Hier au soir j’ai fini le livre « Michael K, sa vie, son temps » de JM Coetzee. Ce livre m’a pris et ne m’a plus lâché. J’ai été captivé par l’histoire de la vie de cet homme ordinaire dans un pays en convulsions. Le style est simple et l’auteur décrit plus les actions que les motifs psychologiques, comme certains écrivains américains de la seconde moitié du 20ème siècle. Ce matin réveillé tôt, j’ai entamé un nouveau livre : « Histoire des philosophies matérialistes » de Pascal Charbonnat. En attendant que le soleil sèche la condensation sur le pont, j’en ai lu 50 pages passionnantes. Notre bateau est lourd, mais la bibliothèque est bonne ! Il y a de quoi s’occuper dans des horizons très divers. Le soleil ayant fait son travail, c’est à mon tour de travailler. Je peins au rouleau la première couche sur le pont. C’est si blanc que ç’en est éblouissant ! Mais ça fait propre. Dans 10 jours je serai dans l’avion pour regagner Paris ! Je reçois des mails d’amis sénégalais qui me disent comment ils traversent la crise avec plus ou moins de réussite et de difficultés… Ici beaucoup de prix augmentent, beaucoup. Les taxes diverses augmentent aussi ou de nouvelles apparaissent. Taxe sur les entrées et sortie des personnes du territoire…

Le 01.03.2009

Ce matin, j’entends une voix connue. Nicole parle avec ses amis. Paulo, Nicole et leurs amis sont revenus de l’Orénoque. Ils viennent me dire bonjour. Ils ont bien apprécié leur périple, avec de beaux paysages et des Indiens Waraos parmi les quels ils ont passé plusieurs jours. C’est un endroit où j’aimerai bien aller. Je m’occupe des hublots ou plutôt des joints qui ne sont plus étanches. Le silicone a vieilli. Je passe bien du temps à enlever le vieux silicone. Après nettoyage, je mets du nouveau silicone que j’avais en réserve. Trois cartouches ayant dépassées la date de péremption sont bonnes à jeter, elles sont effectivement polymérisées. Quelle belle invention, les silicones, mais quelle difficulté d’emploi, pour ne pas s’en mettre partout.                                                                                                                                                                  
Je me replonge dans mon « Histoire des philosophies matérialistes ». C’est passionnant, ça se lit comme un roman feuilleton avec la progression ou le recul des idées, avec l’incarnation dans telle ou telle philosophie insérée dans telle ou telle société, produisant telle ou telle réaction…
J’ai du mal à m’en décoller pour bricoler.

Le 02.03.2009

Une nouvelle couche de peinture sur le pont. Ca m’occupe presque la matinée.
Après je mets en marche le moteur. Il démarre au deuxième coup de démarreur, après une semaine de repos. Le faire tourner chaque semaine un quart d’heure, l’entretient, le lubrifie et permet de constater s’il fonctionne toujours normalement.
Après déjeuner, je vais en ville chercher de la silice pour mettre sur la dernière couche de peinture pour la rendre anti-dérapante. J’ai une piste : Peinture Montana, sur le perimetral… Il me faut encore du caoutchouc chloré. J’avais sous estimé les besoins…
Pas de bus pendant un bon moment. Je prends un taxi qui m’explique que les bus font grève contre l’insécurité et pour obtenir un prix de passage plus élevé. Je trouve peinture et poudre antidérapante.
De retour au bateau, je remonte les boiseries autour du cockpit, jusqu’à la nuit. Après je vais au café wifi, puisque le wifi de la marina ne fonctionne toujours pas. Je rencontre un fils d’Antonio venu me saluer. Il repassera avant mon départ. En même temps voilà Carlos, que je n’ai plus revu depuis plus d’une semaine. Il a du faire la fête ; il me dit qu’il est passé deux fois sans me trouver…
Il passera demain pour que l’on aille chercher le disque dur vers les 9h.

Le 03.03.2009

Je suis prêt, j’attends Carlos. J’attends tout en lisant car je me suis mis en tenue de sortie pour aller en ville.
Erreur, j’aurai pu bricoler, car à midi je n’ai pas vu l’ombre de Carlos…
Dans l’après-midi je vois le bateau de Claude dans la marina. Il est donc revenu des Roques et de Caracas après sa semaine de charter.
Je vais sur l’autre quai, mais je ne vois ni Calude ni son bateau ; il n’est pas dans la marina…

Le 04.03.2009

Mes voisins de ponton toquent pour me prévenir qu’ils vont largue l’amarre qui nous relie. Ils s’en vont avec Paulo et Nicole ainsi que leurs amis d’un troisième bateau. Ils vont faire un tour et rester une quinzaine à la Tortuga. Bons vents et bonne nav !
L’après-midi, je vais en ville puisque le magasin d’informatique chez lequel j’ai commandé mon disque dur m’avait dit mercredi. Il est fermé. Comme pas mal de magasins n’ouvrent qu’à 14h30, je fais quelques courses en attendant. Puis j’attends jusqu’à 15h … avant de rentrer bredouille une nouvelle fois pour cet objet introuvable !
Les bus ont augmenté de 20% suite à leur grève. 20% d’un coup. L’inflation continue et va sans doute s’accroître avec la crise et l’enchérissement des produits importés. En début de semaine Chavez a décidé de confier la filière du riz à l’armée pour lutter contre la montée des prix du riz. Et il a prévenu qu’il n’hésitera pas à nationaliser cette filière si besoin et pareil pour l’agroalimentaire. A bon entendeur salut !
Si les choses prennent cette tournure le Venezuela ressemblera à Cuba en quelques années, malgré toutes ses richesses naturelles…
En soirée je finis « l’Histoire des philosophies matérialistes ». C’est passionnant d’un bout à l’autre ; au 20ème siècle c’est tellement foisonnant avec en plus l’histoire des neurosciences, qu’il faudrait lire et relire pour en comprendre les finesses, les arguments divergents. Le livre embrasse 28 siècles d’histoire de la pensée. Il explique l’émergence de cette pensée, ses développements, ses reculs, les arguments de ses détracteurs au cours des siècles. La lute pour la liberté de penser est dure, âpre, elle se paye parfois de sa propre vie. Les églises défendent âprement leurs pouvoirs et privilèges. Les mythologies ont la vie dure, de nos jours encore !
Dans la foulée, je commence « L’Abyssin » de Jean Christophe Rufin. C’est prenant dès le début…

Le 05.03.2009

Je vais passer une avant dernière couche de peinture avec de la poudre antidérapante, cette fois. Je lis la notice qui parle d’une demi-boîte pour un galon de peinture. L’explication est si imprécise que je demande leur avis à Roberto et à Charly. Nous arrivons au même avis. Je mélange une demi boîte de poudre dans un galon de peinture. Je commence à l’étaler au rouleau. La granulométrie est plus fine que ce que je pensais, mail elle est bien là et elle s’étale sans peine de façon homogène. Avec un galon je fais une couche du pont.
Après je reviens dans le cockpit pour là aussi une couche, mais sans antidérapant.
Avec le soleil qui ne désarme pas, je transpire à grosses gouttes !
Après déjeuner, je retourne au centre ville, voir si le magasin d’informatique a bien reçu le disque dur commandé. On ne sait jamais, le hasard fait parfois bien les choses… Le magasin est fermé, mais il n’est pas 15h… J’ai le temps de traîner dans la rue Bermudes. Lorsque je reviens, le magasin est ouvert. Comme quoi tout finit par arriver ! Le patron qui me reconnaît, dit qu’il a le disque dur, mais qu’il ne sait pas dans quel carton il est. Je dois repasser demain après-midi, lorsque tout sera déballé… S’il ne s’est pas trompé de modèle, je l’aurai demain, après un mois et demi…                                         
Je vais sur internet. Le débit est bon aujourd’hui, j’en profite pour télécharger une version récente des antivirus AVG et AVAST. Je les installe sur l’ancien PC de Mimi et l’alarme retentit. Je commande un scanne. Près de 90 minutes de travail et l’anti-virus découvre virus et chevaux de Troie. IL répare et supprime. C’est bon pour celui-ci. Au tour du PC de navigation sur le quel j’ai mis disque dur externe et clef USB. Mêmes virus et chevaux de Troie. Même nettoyage.
Je passe à la clef USB puis au disque dur externe. Le disque est truffé de virus et chevaux de Troie dans les dossiers copiés sur le disque de Thomas à Dakar ! Je termine à 22h… mais tout est propre avec des systèmes antivirus à jour !
Pendant ce temps j’ai fait le plein d’eau en ajoutant un produit bactéricide. Ca a pris un bon moment vu le faible débit des robinets.

Le 06.03.2009

Ce matin, c’est la dernière couche de peinture sur le pont. Je veux commencer tôt, mais ce n’est pas possible car le pont est couvert de rosée au petit matin. Il me faut attendre un peu que le soleil sèche le pont avec l’aide du vent faible. Je termine peu avant midi.
Après déjeuner, je vais en ville, chercher mon disque dur. Le magasin est fermé. J’attends jusque 15h10 pour qu’il ouvre… Mon disque dur est là. Je l’achète et je rentre au bateau.
J’ouvre le mac, avec précautions et divers petits tournevis fins. J’enlève l’ancien disque dur, je mets le nouveau et je remonte. J’essaie de configurer l’ordinateur, mais le mac ne reconnaît pas le disque dur. Je l’initialise, sans plous de résultat. Zut ! Est-ce que ce disque est compatible ? Est-ce que j’ai mal monté quelque chose ? Je verrai demain.
Je vais sur internet. Ce soir il y a du monde dans le centre commercial, comme chaque fin de semaine. Je reste dans le centre pour manger une pizza, avant de rentrer au bateau.
En rentrant, je m’aperçois que le mac est très chaud. Le nouveau disque dur qui a deux fois plus de mémoire que l’ancien est peut-être trop puissant et chauffe trop. Je verrai ça en France.

Le 07.03.2009

Cette nuit, la pluie me réveille. Le matin tombe encore une pluie fine. Alors je me mets à préparer mes affaires à emporter en France. Je trie en essayant de ne rien oublier.
En fait j’ai hâte de partir et de revoir Mimi, les enfants, la famille, les amis. La nostalgie comme on dit au Sénégal.
Le soleil revenu, je range le pont, je remets les lignes de vie. Je plonge les écoutes et les drosses d’enrouleurs dans de l’eau douce avec de l’assouplissant et je laisse mijoter. Je fais le plein de gasoil, avec du gasoil en bidons qui a eu le temps de se décanter. En plus je me sers d’un entonnoir avec filtre pour éviter le plus possible les impuretés.
Je répare le panneau de descente, fait à Dakar et dont la résine collant les plaques d’alu, s’est décollée… J’y mets de la colle Sika, ça colle fort et ça reste souple.
Je vais au café pour relever mes mails. J’y rencontre Pedro, l’un des fils d’Antonio qui me cherche pour échanger des nouvelles. Tout le monde va bien chez lui.
En rentrant au bateau, je discute avec Roberto qui lui aussi repeint le pont de son bateau. Je vois passer Antonio qui rentre dans la marina avec sa lancha. Il me fait de grands signes amicaux.

Le 08.03.2009

Ce matin, je fais la lessive pour laisser du linge propre en partant. Je regonfle annexe et défenses. Je remets deux couches de peinture antidérapante sur la plage arrière.
Tout un tas de petites choses avant une absence de 7 semaines. Je prépare mes papiers…
L’après-midi, j’appelle Mimi, elle m’attend, elle sera à l’aéroport. Sophie aussi qui viendra me chercher en voiture. Ca y est j’ai déjà l’esprit en France tout en ayant le corps au soleil avec juste un short…