Vénézuéla

Posted on août 11th, 2008 by Christian

Le 12.06.2008
Le Vénézuéla c’est le premier pays d’Amérique du sud que je vais découvrir !
À 11H on est en vue de Cumana. La côte vénézuélienne est montagneuse. Dans les vallées en bord de mer, il y a beaucoup d’urbanisations illuminées, comme aux Canaries. Cumana semble une ville importante, avec de hauts immeubles et beaucoup de lumières. Plus loin on voit Puerto La Cruz encore plus importante et plus illuminée.
Olivier me dit que son générateur électrique peine et donne des signes de faiblesse. Je tente en vain de démarrer le moteur. Pourvu que le générateur d’Olivier tienne jusqu’au port.
Plus que 2 miles, on approche !

Nous arrivons en vue de Cumana
À 12h on jette l’ancre simultanément les deux bateaux côte à côte.
En attendant l’ouverture des bureaux de la marina, Olivier gonfle l’annexe et nous allons au quai de la marina. De là, nous allons dans le centre commercial qui jouxte la marina. Nous nous attablons dans un café pour un petit-déjeuner. Une galette de farine de maïs avec du poisson pour moi, avec de la viande pour Olivier. Être assis à terre donne une sensation irréelle. Une serveuse métisse indienne nous sert. Le dépaysement est là, pas dans les décors assez proche de ceux de chez nous, mais avec les gens au type indien marqué.
Vers 12h30 nous allons à la capitainerie qui nous met en rapport avec un marin ayant un bateau avec un moteur de 40 chevaux.
On se met d’accord sur le prix et il nous emmène jusqu’aux bateaux. Je lui passe une amarre ; Je lève l’ancre. Il me remorque jusque dans le port. Il largue l’amarre et je rentre sur mon élan dans la place indiquée à un ponton. Deux employés de la marina m’attendent et passent les amarres. Je suis arrivé ! Je paye le remorqueur qui a travaillé quelques minutes et gagné sa journée.
Avec l’annexe nous allons sur le bateau d’Olivier et nous le menons au port. Les employés nous attendent et passent les amarres.
Iron et Diam Rek sont côte à côte à un ponton avec eau et électricité ! Le rêve !
À 13h la position est : 10.20.652N et 64.11.186W. J’ai parcouru 87 miles dans les 27 heures, dont une partie en remorque d’Olivier.

Arc en ciel sur la marina de CumanaCoucher de soleil à Cumana
Sans lui je n’aurai pas pu arriver jusqu’au port car le vent était dans le nez… Je dois une fière chandelle à Olivier. Un grand merci à toi Ironman !

Iron et Diam Rek côte à côte!Marina de CumanagottoMarina de CumanagottoMirador de la marina

Pour nous remettre de nos émotions nous allons boire une bière dans le centre commercial voisin. En chemin, on rencontre Alexis.

Olivier et Alexis, l’agentLa marina et protégée par des miradors et par la Vierge

Il sert d’intermédiaire entre les autorités et les navigateurs pour faire les démarches administratives et avoir les papiers en règle.Olivier lui a donné ses papiers et il lui redonne dûment visés. Je lui donne les miens. Il m’en coûtera 150 dollars dont une centaine sont les taxes d’entrée, le reste le service d’Alexis.
On s’attable dans un bar en plein air. Une serveuse typée vient nous demander ce que nous voulons.Je comprends assez bien ce que l’on me dit. L’accent n’est pas le même qu’en Espagne. L’accent est un peu celui d’Andalousie avec la suppression des S terminaux, et l’accentuation tonique est différente.
La bière est légère, servie très froide. Ça me change de la bière chambrée à b ord sans frigo pour cause d’économie d’énergie !
Nous passons un bon moment à parler de notre traversée évidemment. Olivier a pris son pied et aurait bien continué encore. Moi j’ai peiné à partir du moment où j’ai dû barrer.En prenant plus Nord, Olivier a eu plus de vent sur la fin. Nous avons pêché tous les deux.

Ce qui frappe d’abord, c’est la chaleur. On la sent monter du sol, puissamment. On a beau être en bord de mer, on sent plus la chaleur que le vent. Alors qu’en navigation, l sentait toujours le vent d’abord qui tempérait la température. Dans le port il y a des embarcations à moteur qui ressemblent à celles d’Europe. Et puis il y a des barques de pêche avec une proue très relevée et tulipée qui protège des embruns lorsque les gros moteurs poussent fort. Car au prix de l’essence ici les gens mettent le moteur à fond souvent, quelle que soit la consommation. Le Vénézuéla est un gros producteur de pétrole
Les couleurs attirent l’œil partout ; sur les barques, les bâtiments, les bancs publics, les bordures de parterre… La couleur des gens qui va du blanc au presque noir en passant par le doré pain d’épice des Indiens. La majorité est métissée. Quelles jolies couleurs. Les gens sont habillés à l’Européenne, en tenue d’été. Les femmes sont coquettes avec des tenues assez provocantes. Les décolletés sont profonds. Les femmes sont souvent rondes comme aux Canaries
J’ai une impression de dépaysement sans que ce soit le choc comme la première visite en Afrique noire. Il y a de nombreuses choses comme en Europe.
Nous verrons dans les jours à venir. Pour l’instant c’est la fatigue qui l’emporte.Nous rentrons nous reposer à bord !
Je m’endors sans demander mon reste !

Le 13.06.2008
Je me réveille assez tôt comme si j’étais en navigation. Je ne parviens pas à me rendormir. Le port est calme. Des embarcations à moteur viennent faire le plein à la pompe qui ne chôme pas. Les jetées qui ferment le port sont couvertes de pélicans dont les fientes ont blanchi les pierres. Les pélicans prennent leur vol au-dessus du port et plongent pour happer un poisson. Certains plongent à quelques centimètres du bateau. Ils réapparaissent avec une prise à chaque fois. L’eau du port frémit tellement il y a des poissons. De gros poissons passent en sortant leur nageoire dorsale. On dirait un vivier ! je n’ai jamais vu ça encore !
Le port contient une majorité de bateaux à moteur et des voiliers dont quelques Français.
Les quais et les pontons sont rustiques et pas très propres. Il y a des bornes électriques avec des prises et des dominos, il faut se débrouiller. Les robinets d’eau laissent couler de l’eau sans pression.
Quel confort d’avoir de nouveau de l’électricité ! Les batteries se rechargent lentement malgré le travail du chargeur qui ronronne bien.
Dans la matinée, Alexis passe à bord pour m’apporter les papiers en règle. C’est vraiment pratique ! Sur les autorisations sont collés une série de timbres qui font une épaisseur ! L’administration a de quoi faire ! L’ennui c’est que ces autorisations sont valables pour l’état et le Vénézuéla compte 22 états. Il faut refaire les démarches pour un autre état… Nous verrons en temps utile…
Je prends mon temps pour ranger après la traversée. Olivier en fait autant. Le ménage à bord a été sommaire pendant les jours précédents…La pile de linge sale est importante, il va falloir voir pour trouver où le laver.
Je range les guides d’Afrique et du Brésil et ne garde à portée que ceux du Vénézuéla, mon domaine pour un moment. Les guides sont élogieux sur le pays qui recèle de nombreux paysages de rêve, des îles aménagées et d’autres sauvages et peu fréquentées. Seul point noir, quelques actes de piraterie chaque année. Pourtant les mesures de sécurité sont impressionnantes. Il y a beaucoup de gardes avec d’impressionnantes armes, dans le port, dans le centre commercial, près des banques….
Nous allons voir en ville à pied. Les gens que nous croisons sont aimables si nous demandons quelques renseignements. Ce qui frappe le plus est le mélange dans les rues de bâtiments industriels, d’habitations belles, de maisons pauvres entassées le long de ruelles, de magasins, de garages et d’atelier. Richesse et pauvreté se côtoient, mais la richesse est entourée de grilles et de barbelés. La pauvreté n’a pas besoin de ces protections. Les gens vivent dehors, assis sur des chaises, des bancs, à même la rue.

La rivière qui traverse CumanaUn joli toutou
Les maisons même les plus pauvres avec leur toit de tôle ont des murs peints de couleurs vives. Une touche de vie, de gaîté! Nous rentrons assez tôt pour nous reposer encore de la traversée et des nuits de veille.

Le 14.06.2008
La matinée passe à se reposer, à discuter et à prendre un café.
Puis nous décidons d’aller en ville repérer les magasins pour faire des courses. Un garde du port nous parle du marché et du bus qu’il faut prendre. Effectivement un bus nous prend. Les gens nous expliquent là où il faut descendre. Nous descendons dans une rue animée.Il y a toujours un mélange de magasins, d’ateliers, de maisons et des petits commerces sur les trottoirs comme au Sénégal. Des vendeurs de CD copiés avec leur chaîne à fond ; on ne peut les manquer ! Des vendeurs de fruits, de quincaillerie, de vêtements…. Et puis il y a les petites gargottes où l’on mange des grillades, des omelettes, des beignets. On peu boire des sodas ou de jus de fruits pressés. Nous nous attablons dans l’une d’elles. Je prends un beignet au jambon et au fromage et un autre au fromage avec une orange pressée. Olivier reste au coca. C’est bon. Des gens mangent à côté de nous en famille. Les pris sont plus chers que ce que les guides laissent entendre. Les prix ont augmenté récemment, pas de chance ! Ils restent raisonnables, à peu près comparables aux prix sénégalais pour la nourriture. Les prix paraissent élevés car bien que le bolivar fort soit en service depuis février 2008, les gens parlent encore en anciens bolivars, qui valent 1000 fois moins. Les deux sortes de billets coexistent. Il faut être vigilant. Le kilo de tomates vaut 4 bolivars forts ou 4000 bolivars anciens…
Les rues qui ont des trottoirs et des égouts sont pleines de voitures. Les carrefours sont souvent embouteillés. Les conducteurs s’en donne à cœur joie avec leur avertisseur ! Les voitures sont neuves pour partie, des japonaises. Les autres sont vielles, des grosses voitures américaines, retapées de partout, souvent des pick-ups.
Nous rentrons avec quelques provisions.
La fatigue se fait sentir encore. Aussi le temps file sans que nous ne fassions grand chose. C’est une occasion de parler, de mieux se connaître. Voilà comment les amitiés se font…

Le 15.06.2008
Olivier nettoie son générateur qui tournait en peinant. Finalement c’est le gasoil acheté au Sénégal qui s’avère mauvais.Sa couleur est différente et il ne doit pas être aussi raffinée. En plus il contient des impuretés… Il est bon à jeter si on ne veut pas d’ennuis moteur. Est ce qu’on s’est fait rouler par ceux qui nous l’ont vendu ou bien est ce que tout le gasoil des pompes est de cette qualité ? Mystère…
Fort de cette conclusion, Olivier vient sur mon bateau pour voir mon moteur. Avec un bidon de gasoil propre des Canaries, en purgeant le circuit, le moteur ne tousse même pas !
Il vérifie la pompe d’injection, démonte et nettoie les injecteurs. Nouvel essai sans plus de résultat. De la fumée ressort par l’admission, mauvais signe.
Il enlève le cache culbuteurs. Les culbuteurs sont pleins de dépôt noir. Il y a eu de l’eau…
Olivier pense que le moteur a chauffé, bien que la jauge n’ait rien indiqué, que l’alarme n’ait jamais retenti. Il pense qu’il faut démonter le moteur et le refaire ! La nouvelle m’abat car le coût va être important et il faut que les pièces soient disponibles !
Je regarde mes papiers Nanni. Il y a un concessionnaire Nanni non loin à Puerto la Cruz.
Demain je pourrai aller à la capitainerie qui m’avait dit qu’il y avait un mécano ici et téléphoner au concessionnaire Nanni. Olivier téléphone à son ami qui a un chantier à Medregal, au fond du golf de Cariaco. Nous sommes invités à dîner chez lui à Cunama demain soir. Lui saura nous dire les ressources de son chantier…
Je me couche assez abattu. Est ce que j’ai fait une faute d’entretien et que ce qui arrive est de ma faute ou pas ? Je ne sais. Il y a de l’eau dans le circuit. Est ce assez ?

Le 16.06.2008
Le matin, je vais à la capitainerie qui appelle le mécanicien. Il viendra dans une heure à bord. Effectivement il vient. Il refait des essais et un diagnostique identique à celui d’Olivier. Il faut sortir le moteur et le démonter pour voir et refaire ce qui a souffert. Il peut le faire sur place à quai ou au chantier à sec voisin, Navire. Il lui faut une semaine. Il va se renseigner sur la disponibilité des pièces possiblement nécessaires. Il va me faire un devis.Je dois le rappeler le lendemain matin.
J’essaie d’appeler le concessionnaire, mais le numéro a changé. Je lui envoie un mail.
Je n’ai plus qu’à attendre les réponses pour savoir à quelle sauce je serai mangé !!!
Avec Olivier, nous partons faire des courses au marché. Nous prenons un taxi. Les taxis sont nombreux et souvent occupés. La zone du marché est énorme. Il y a déjà moins de monde. Des marchands remballent. Il y a de tout, Des vendeurs de poisson dans des brouettes avec de la glace. Des étals de fruits et légumes, qui ne sont pas de première qualité. Des épiceries.Des charcuteries et boucheries. La viande préparée ne donne pas très envie. Une partie est salée…
J’achète fruits et légumes. Puis nous achetons de la viande. Nous verrons bien si elle est à la hauteur de la viande d’Amérique du sud.
Nous rentrons dans un vieux taxi américain. Le tableau de bord est décoré d’un oratoire avec une statuette en plastique de Jésus et de Marie. Nous sommes en sécurité ! En descendant du taxi, on s’aperçoit que nous avons du cambouis qui était sur la banquette arrière…
Je passe l’après-midi à écrire sur la traversée.
En fin d’après-midi, nous allons au centre commercial bire un coup. Après je vais dans un cyber mettre à jour le site. Je mets le texte. Je relève les mails et avant de mettre des photos, le patron ferme le cyber à 21h alors que l’heure de fermeture affichée est 23h. Peut-être a-t-il un rendez-vous galant ?

Le 17.06.2008
J’écris et prépare les photos à mettre sur le site. Je vois Olivier qui bricole sur son bateau. Je dois téléphoner au mécanicien. Je crains le devis !

Au moment où j’allais lui téléphoner, le mécanicien passe. Il n’a pas pu avoir les renseignements sur les pièces, mais un de ses amis va à Puerto la Cruz et va se renseigner et lui-même ira demain matin et me dira le résultat l’après-midi… Suspens !
La journée passe vite à ne rien faire, à discuter, à aller sur internet. Je réussis à recevoir des mails, mais pas à leur répondre ! C’est nouveau… Je peux mettre des textes sur le site, mais pas y intercaler des photos ! C’est pénible !
Je rejoins Olivier au café pour attendre son ami Frédérique qui nous invite pour la soirée.
Olivier et Frédérique se retrouvent avec joie. Fred nous propose de nous faire voir la ville en voiture. Nous traversons le quartier que nous connaissons. Par endroits Fred nous indique des Barrios où il ne faut pas mettre les pieds si l’on ne veut pas se faire dépouiller ou prendre un coup de couteau ou une balle ! La drogue et la pauvreté règnent là…
Plus loin la ville s’étend, toujours aussi disparate avec en plus la campagne dans les collines. Des gens ont construit des habitations de planches, de briques, de tôles sur des terrains squattés ; ils détournent l’électricité et vivent là, isolés, puis rejoints par d’autres squatters…
Fred nous emmène dans la ville historique. Là ça ressemble à une ville européenne avec des maisons les unes contre les autres le long des rues. Belle architecture hispanisante coloniale.
Fred nous arrête devant une maison dont la façade est belle mais pas particulière. Il l’a rénové. Il appelle le gardien qui nous ouvre et nous visitons. Une maison de 1000 m2 habitables entièrement rénovés dans le style original, avec un patio avec de belles plantes et plus loin une piscine, puis les garages. Une propriété de rêve, magnifique. Les gens riches peuvent avoir des maisons ainsi dans un pays où riches et pauvres ont des revenus tellement éloignés.
Fred nous emmène chez lui dans un quartier résidentiel. Tous les pavillons sont enclos de grilles. Fenêtres et portes sont grillagées. L’intérieur ressemble à ce que nous connaissons en Europe. Comme le pays est chaud, il y a climatisation et patio où l’on peut manger. Mais au-dessus du patio il y a des poutrelles métalliques pour éviter les effractions. La porte est métallique. La sécurité est partout une préoccupation. Mais Fred nous dit que ce n’est ainsi qu’en bord de mer dans les grandes villes, pas à l’intérieur du pays. Au contraires, les gens sont accueillants et ouverts.
Nous passons la soirée et dînons chez Fred qui est un entrepreneur suisse venu s’installer et se marier au Vénézuéla. Il est plein de vie, d’envie de construire. C’est un navigateur qui a un jour jeté l’ancre là. Avant il était en Suisse près de chez Olivier. Nous parlons du Vénézuéla, pays de liberté pour les entrepreneurs, pays qui va se développer très vite. Nous parlons aussi du régime politique qui est en train de » tourner à la dictature…
Fred vient d’ouvrir une marina à sec à Medregal, au fond du golf de Cariaco. Il dit que la réparation est possible là-bas dans de bonnes conditions et dans un environnement très agréable et pratique. Alors pourquoi ne pas aller là-bas.
Nous rentrons tard et réjouis par la soirée très chaleureuse.

Le 18.06.2008
La matinée passe à trier les photos que je compte mettre sur le site dès que j’aurai récupéré la maîtrise technique nécessaire. Hier je n’avais pas réussi pour une raison que je ne comprends pas. C’est à voir.
Je discute avec Olivier et lui dis mon envie d’aller à Medregal réparer le moteur selon les propositions de Fred. Dans ce cas Olivier va se préparer et nous partirons un matin dès que la météo Caracas. J’irai la chercher là-bas. L’après-midi, je vais sur internet mettre à jour le site et commencer à mettre des photos. Je suis soulagé, ça passe ! La connexion internet est rapide, sans rapport avec les connexions sénégalaises. Le cyber qui est dans un centre commercial est tenu par un jeune homme. La clientèle est essentiellement jeune. Aujourd’hui il y a des jeunes filles qui s’amusent en silence et des garçons qui jouent à un jeu sur plusieurs postes avec des exclamations bruyantes de temps en temps. Je ne sais s’ils marquent des buts ou autre chose dans ce genre, mais ils exultent sans retenue ! Ça réchauffe l’atmosphère qui est gelée tellement la climatisation fonctionne à fond !

Le 19.06.2008
La journée passe sans que je m’en rende compte, doucement.
Je veux copier sur mon ordinateur des disques achetés au Sénégal. Or je peux les lires, mais pas les copier ! C’est d’autant plus surprenant que ce sont eux-mêmes des copies illicites ! Les pirates ne voudraient-ils ne pas être piratés ?
Je discute avec Olivier après avoir essayé de l’aider à dévisser un bouchon de nable…
Là dessus Stéphane et ses deux fils viennent ! Ils arrivent à Cumana avant d’aller à Margarita laisser leur bateau à sec pour quelques mois d’escapades en France. Je revois Stéphane avec plaisir. Il a lu le site et connaît ma traversée et mes ennuis de moteur. Lui aussi a des ennuis de moteur qui chauffe toujours malgré je ne sais combien d’interventions, de démontages…
Parfois la mécanique, c’est mystérieux et résistant et surtout bien ennuyeux et contrariant.
Nous nous verrons demain, après qu’ils se soient un peu installés.
En fin d’après-midi, nous revoyons Fred qui passe à la marina. Nous parlons de notre venue dans son port à sec, de ses projets de développement, des questions de change. Il va nous faire du change au tarif clandestin, plus avantageux que le change officiel. La différence est due au contrôle des changes qui limite l’exportation de devises même pour les entreprises. Alors il y a marché noir…
Le soir, je relève les mails sur la Blu et j’y réponds avec plaisir. Mimi compte revenir début juillet. Pour mon anniversaire ?

Le 20.06.2008
Réveil à 8h par le mécanicien qui est passé à Puerto la Cruz et n’a pas trouvé le représentant Nanni qui ne semble pas avoir pignon sur rue… Les pièces, il faut les faire venir de France.
Je téléphone à Nanni France qui me renvoie vers ses agents Vénézuéla, puis Paris lorsque je lui dis que mon épouse achètera les pièces en France avant de venir. J’appelle le représentant parisien qui va m’envoyer un mail avec le prix des pièces et les délais….
J’appelle Mimi qui n’a pas encore pris de billet.
Je vois Sylvie et Stéphan qui m’indiquent une compagnie charter, Condor, filiale de Lufthansa qui fait des billets pas chers. Je vais aller voir au cyber.
Je range dans le bateau pour être prêt pour le départ demain pour Medregal. Je vais au cyber pour regarder les billets d’avion Paris Caracas ou Margarita. Les vols aller simple sont plus chers que l’aller et retour ! De peu, mai plus cher ! C’est du vol puir et simple ; c’est la loi du plus fort. Toutes les compagnies s’entendent sur ce principe cependant nous allons être obligés d’en passer par là !
Lorsque je reviens au bateau, il pleut bien. Olivier qui était sur son bateau a pensé à fermer mes panneaux de pont que j’avais laissés ouverts! Quelle gentillesse !
Après la pluie, nous allons payer la marina. Un peu plus de 10 euros par jour pour le peu de confort de la marina, c’est très cher. Tout ça parce que de nombreux vénézuéliens ne payent pas car ils sont fils de ou cousins de et que la direction a décidé de se rattraper sur les bateaux étrangers en triplant les pris il y a une année !
Nous prenons un taxi pour aller faire quelques courses dans un supermarché à l’européenne de la chaîne Cada. Hommes et femmes font leurs courses. Il y a tout ce que nouos trouvons en Europe, souvent des mêmes parques, plus des produits locaux. Les ménagères sont bien rondes dès la jeunesse souvent. Les fruits et légumes sont d’une fraîcheur relative. La viande n’est pas très appétissante. On paye à la caisse et la facture est vérifiée et tamponnée en sortant !
Nous rentrons en taxi sous la pluie. Le taxi ralentie souvent devant d’énormes flaques d’eau qui barrent la route. Le taxi nous parle de la coupe d’Europe de football que nous ne suivons ni l’un, ni l’autre…
Ce soir nous allons prendre l’apéro sur Café Liégeois. Sylvie, Stéphan, Arthur et Charles sont à bord. C’est un plaisir de se retrouver dans leur carré accueillant. Nous prenons un apéritif en se donnant des nouvelles des autres bateaux que nous avons rencontrés. Certains ne me disent rien, je n’étais pas dans tel port en même temps. C’est vraiment sympa d’avoir des nouvelles ainsi des uns et des autres, qui naviguent en ce moment dans un autre pays ou pas loin et que nous rencontrerons probablement bientôt…
Nous passons la soirée à parler navigation et à parler de nos ennuis techniques. Stéphan a toujours un moteur qui chauffe, bien qu’il l’ai démonté et ai nettoyé le circuit de refroidissement…
Sylvie a eu la gentillesse de préparer un repas que nous partageons tout en discutant.
Sylvie et Stéphan laissent leur bateau à Margarita et rentre en France pour quelques temps.
J’espère que nous nous reverrons plus tard dans une île ou une marina….
Nous rentrons assez tard bien que nous partions le lendemain matin pas tard.

Le 21.06.2008
Je me réveille à l’aube à cause du départ. J’anticipe un peu trop. Je tente de me rendormir, je traîne au lit. Un peu avant 8h, je monte dans le cockpit. Olivier aussi vient de se lever. Nous avons le temps de prendre le petit-déjeuner. Puis de préparer le bateau.
Il fait un temps très calme avec seulement 4 nœuds de vent de sud est.
Nous amarrons les deux bateaux ensemble, puis nous larguons les amarres qui nous relient aux pontons. Olivier met un peu de moteur et les deux bateaux à couple quittent les pontons en marche arrière. Toute la manœuvre se fait au ralenti, en silence avec le moteur électrique du bateau d’Olivier.

Adieu Cumana
Marche avant et nous sortons du port. Stéphan nous fait signe de la main et nous lui répondons. Nous sortons du port. Plus loin nous séparons les deux bateaux. Chacun met les voiles. Mais il faut se rendre à l’évidence, Nos bateaux lourds n’avancent pas. Olivier me passe une remorque et son bateau remorque le mien. Nous allons vers le fond du golfe de Cariaco. Il est entouré de montagnes, hautes de quelques centaines de mètres, souvent arides et très escarpées. Dans les endroits où la montagne laisse la place, il y a des villages. Nous avançons avec le vent presque de face, car il est d’est maintenant.

Diam Rek remorqué par IronL’averse sur les vagues
Des dauphins nous escortent de chaque côté.
Le fond du golfe est très couvert de nuages bien sombres. Effectivement ils se rapprochent et nous voilà dans un grain. Le vent monte à 32 nœuds pendant un quart d’heure. Il pleut fort, mais la pluie est chaude. Les gouttes rebondissent suer les vagues avec des cloques blanches d’écume. C’est splendide. Le calme revient. Puis un second grain moins violent.Puis un troisième.
Lorsque ça s’arrête et que la visibilité revient nus approchons de Medregal. Nous voyons des mâts au loin. Sur terre et sur mer. Effectivement, en approchant il y a une douzaine de bateaux à l’ancre et plus de trente dans le port à sec. Je détache la remorque et jette l’ancre pas 5,5 mètres de fond. Olivier fait un tour et revient mouiller non loin de moi.
Sans Olivier et son remorquage, je n’étais pas prêt d’arriver avec le peu de vent de la matinée puis le vent dans le nez ! Je lui dois encore une fière chandelle !
Nous sommes devant le port à sec et le village hôtel. Le coin est beau. On voit des flamboyants fleuris.

Flamboyants fleuris
Olivier met son annexe à l’eau et nous allons à terre. Nous débarquons à l’endroit où le port remonte les bateaux. Nous visitons le port à sec qui commence à se remplir. Olivier retrouve un bateau qu’il a vu à Cumana, avec un père et sa jeune fille qui naviguent depuis 13 ans. Nous discutons un moment puis nous allons vers l’hôtel prendre une bière. À cette heure, 17h, il n’y a personne. Le bar est en plein air avec la musique qui fonctionne. Au bar, chacun peut se servir et marquer ce qu’il a pris avec le nom du bateau. Nous prenons une bière près de la piscine sous une terrasse couverte. Dans une nature arborée et fleurie, il y a des bâtiments avec chambres, bar, restaurant, toilettes, bibliothèque. C’est bien pensé et joliment fait. La nuit tombe à 18h30. Nous discutons un moment avec le patron, puis nous allons au restaurant pour essayer. Ce soir il y a : salade et rillettes, sanglier et pomme de terre en sauce et tarte Tatin. Le restaurant est surmonté d’un vaste toit en feuilles de palmier. Le travail est superbe.
Nous rentrons nous reposer. Olivier me ramène au bateau.

Le 22.06.2008
La nuit a été calme ; pas de grain, pas de vent, pas de houle ! Super. Lorsque je me réveille le soleil brille, le paysage est neuf ! On voit bien les montagnes, l’hôtel et le port à sec avec les mâts des bateaux. Des pêcheurs passent avec leur barque à moteur. Ils vont toujours vite. Ils n’économisent pas l’essence au prix où elle est. Des pélicans les suivent, toujours prêts à récupérer un poisson.
Je mets le taud de grand voile, pour la protéger des UV. Car le soleil tape fort.
Olivier vient en annexe et nous allons à l’hôtel. En passant, nous faisons un tour du port à sec pour regarder les bateaux. La longueur moyenne est importante. Il y a beaucoup de 14, 15 mètres. Il y a de belles unités ! Ils vont dormir là en attendant leur propriétaire pour naviguer de nouveau…
Après avoir fait un tour, nus rentrons à nos bords. L’après-midi nous y retournons. Nous voyons Fred et Jean-Marc, le propriétaire de l’hôtel et l’associé pour la marina. Nous faisons les papiers d’arrivée, avec devis. À l’examen du devis, je remarque que le prix qui est le plus bas de la région est malgré tout assez élevé. On peut trouver moins cher en France dans quelques endroits. On peut payer bien plus cher aussi ailleurs, c’est vrai. Mais le cadre est agréable avec beaucoup de services possibles, dans un lieu sans risque. Les deux bateaux devraient être sortis demain matin, après réparation d’un pneu crevé sur le travel lift. Après nous serons au sec et pourrons sortir le moteur pour le faire réparer.
Nous rentrons avec la nuit au bateau, vers 17h.
Le soir, je regarde un film de David Lynch que j’aime comme metteur en scène. Déception, Blue Velvet, ne me passionne pas.
Je commence un nouveau livre après avoir terminé « Une chronique de l’Estaque », livre sympa, sans plus.
Je commence « Mon enfant, ma mère » de Nine Moati.

Le 23.06.2007
Ce matin nous devrions sortir de l’eau si le pneu du travel lift est réparé. Prévision vers 10h.
J’ai le temps de me réveiller et de lire dans le cockpit. Le travel lift n’avance pas d’ans l’eau pour nous prendre. Nous allons donc voir à terre. Le pneu à réparer n’est pas revenu. Il faut attendre. Mais pas trop car il arrive. Le temps de le monter sur la machine et nous allons sur Iron pour la manœuvre. Le travel lift s’avance dans la mer sur sa rampe de béton. Les amarres sont placées à l’avant. Olivier manœuvre avec un peu de vent, mais pas trop. Le bateau présente son avant dans la machine. C’est presque dans l’axe. Une amarre puis l’autre. Les gras calent le bateau méthodiquement mais avec lenteur.

Mise au secMise au secmise au sec
Puis il faut le sortir de l’eau. Le travel lift a du mal à remonter la pente, il faut lui mettre des planches sous les roues pour lui faire passer les inégalités de la piste en blocs de béton. C’est toujours un moment émouvant de voire un bateau avec ses formes entières. Iron a de jolies formes et de belles jonctions de tôles.

Sortie d’IronSortie d’IronSortie d’IronSortie d’IronLe travel lift de Medregal
Le travel lift évolue à sec. Cherche un endroit pour placer le bateau. L’endroit prévu a un sol trop détrempé par la pluie de la veille. Iron trouve une place près de l’entrée, la proue au vent dominant. Encore faut-il le caler. Comme c’est un dériveur, il faut beaucoup de madriers pour le surélever, puis des pieds pour le stabiliser. L’opération commencée à 11h se termine passée 16h… Ce fut laborieux. C’est encore le rodage du matériel et du personnel.
Mais le bateau est bien calé, bien mis à sec.
Il n’est plus l’heure de mettre le mien au sec. Ce sera demain vers 8h30.
Il ne nous reste plus qu’à aller boire un coup car toute l’opération s’est faite au soleil !
Après je rentre à bord avec l’annexe d’Iron. Dernier jour à l’eau avant la fin de la réparation et du carénage. Espérons que ce ne sera pas trop long !
C’est le solstice d’été. Il fait nuit vers 18h40. Sous les tropiques, ça ne change pas beaucoup pendant l’année. Pourquoi n’ont-ils pas d’heure d’été ?
Ce soir, je regarde un film pour passer la soirée. Je revois Annie Hall de Woody Allen, avec grand plaisir.

Le 24.06.2008
Il pleut et le ciel est tout gris uniformément.

Pluie sur Medregal

La mise à sec de Diam Rek est prévue pour ce matin, 8h30. Mais il pleut de plus en plus. Alors j’ai le temps de finir le livre de Nine Moati. Elle est d’une sensibilité très fine, exacerbée. Le livre est très touchant. C’est un beau livre sur la relation mère-fille.
J’ai le temps de faire la cuisine avec les légumes qui commencent à s’abîmer. Il est près de midi et il pleut moins. Des fois qu’ils viennent bientôt, je déjeune. Je fais bien, car un des employés qui font le levage arrive en annexe avec Olivier à bord.
Olivier monte sur son annexe. Je passe des amarres pour les deux annexe qui se mettent à coupe. Je lève l’ancre. Je me mets à la barre et le remorquage commence, lentement. Le travel lift est dans l’eau. J’approche. Les annexes se poussent. Je passe les amarres aux employés qui font rentrer le bateau en tirant sur les amarres.
Ils mettent du temps pour le caler pour qu’il soit centré. Puis ils mettent les sangles. Ils en mettent trois par sécurité. L’ensemble pourrait porter 30 tonnes. Le bateau chargé doit peser 15 à 16 tonnes. J’avais annoncé un tirant d’eau de 1,80m, or ma quille bute sur la base du travel lift. Ils le montent à 2,10 pour que je passe !!! Le bateau est bien chargé !
Le travel lift commence à lever Diam Rek. Lorsqu’il est levé, l’engin se met à rouler sur sa piste de béton ; il sort peu à peu de l’eau, le bateau aussi. Moi je suis sur le pont, je vois les choses de haut.
Le travel lift s’arrête au-dessus de la fosse de décantation pour le lavage. Les gars font une pause pour déjeuner. Après ils passent le Karcher et nettoient le peu d’algues et de coquillages qui sont accrochés.
Je peux voir la coque, les œuvres mortes. L’antifooling que nous avions mis avec Jean-Michel, il y a un an, est toujours là un peu érodé par le jet sous pression. La coque est bien protégée partout. Nous avons fait du bon travail ensemble, mon Cher !
Je regarde la quille. Sur sa base et sur 20 centimètres de haut, il y a des griffures des rochers de Warang. Les couches d’antifooling sont parties.L’acier est un tout petit peu enfoncé de quelques millimètres à deux endroits. La quille est solide et il n’y a pas de problème. J’avais raison d’avoir confiance !
Je vais prendre une bière au bar avec Olivier avec les ordinateurs. Nous tentons de nous connecter à internet, sans succès… J’essaie de nouveau plus tard sans plus de résultat…
Il faudra essayer plus tard.
Je retourne au bateau et je fignole avec une spatule le grattage de la coque.
Des navigateurs passent et discutent. Un Norvégien qui est arrivé jusqu’ici et laisse son bateau pour rentrer au pays travailler un an, le temps de regagner de quoi naviguer l’année suivante…
Puis une navigatrice, qui navigue seule depuis 7 ans après une rupture avec son compagnon, la vente de leur bateau et l’achat pour elle d’un nouveau bateau.Maintenant elle navigue moins et elle a acheté une maison de l’autre côté du golfe. Une belle maison les pieds dans l’eau pour 30.000 dollars ! Nous parlons un moment et le la complimente de naviguer seule, ce qui est rare pour une femme. Elle me dit qu’elle en a rencontré plusieurs au cours de ses voyages. Elle a dans les 60 ans et elle continue sur un bateau de 40 pieds en alu. Chapeau !
Je fais connaissance avec un Français qui s’ests installé ici comme peintre. Il se plait ici et il a du boulot.
Je vais prendre une douche dans le port à sec pour effacer la poussière d’antifooling ! Ça fait du bien. Comme au Sénégal, l’eau est à température ambiante. C’est agréable pour se rafraîchir !
Je retourne au bateau avec la nuit. J’écris en prenant un apéritif pour fêter la mise au sec qui va permettre de sortir le moteur. Pour cela il faut que l’on mette mon bateau à une place, ce qui n’a pu être fait aujourd’hui pour cause de terrain détrempé par ma pluie. Ça devrait être fait demain…

Le 25.06.2008
Ce matin le ciel est couvert et il tombe même quelques gouttes par moments.
Je vais au bar pour me connecter à Internet. Je relève les mails. La connexion fonctionne. Les mails arrivent. Dans le nombre, il y en a un qui m’attriste car il m’annonce la mort de ma tante Mireille que j’aimais bien et que j’avais toujours plaisir à voir.
Partir en voyage expose à ce risque de revenir avec des personnes aimées qui ne seront plus là. Apprendre un décès ainsi laisse désarmé. Il n’y a pas la chaleur familiale pour encaisser la perte d’un être cher. Le jour de l’enterrement, je penserai bien à la famille toute réunie pour l’occasion.
Sur internet, je tente de mettre à jour le site. Je mets le texte. Puis je mets une première photo lorsqu’il survient une panne de courant. Au bar il y a deux autres internautes qui attendent comme moi…. Olivier vient et nous discutons pendant l’attente. Soudain, l’électricité revient. Les pays en voie de développement sont à cheval entre modernité et tiers monde…. Mais la liaison internet est tellement lente que je n’arrive pas à faire passer texte et photo… Pourvu que je n’aie pas perdu le contenu avec la panne ! Mais si… Heureusement j’avais enregistré le texte, mais les photos ont disparu…. Ce sera à refaire dès que la liaison sera meilleure ! En attendant je vais faire passer le texte et je vais déjeuner ! Après déjeuner, j’appelle Mimi. Elle m’annonce qu’elle a pris un billet pour le 11 juillet et qu’elle arrivera à Caracas. Super, nous allons nous retrouver enfin !
Je passe l’après-midi à bricoler. Je m’occupe de l’enrouleur de génois. Je donne quelques tours de plus à la drosse pour pouvoir enrouler le génois complètement même serré. Je remets une manille pour remplacer celle perdue pendant la traversée. J’en mets une avec un manillon qui me permet de mettre un collier nylon qui l’empêchera de se dévisser à l’avenir.
Comme il a plu, Diam Rek n’a pu être mis à sa place sur le terrain détrempé.

Le 26.06.2008
Dés 8h le moteur du travel lift démarre. Les trois employés sont là et se préparent à me déplacer. En route.Tant que l’engin roule sur la partie empierrée, pas de problème. Puis il tourne pour me déposer à l’emplacement prévu. Les roues avant s’enfoncent un peu de trop. Alors il faut apporter des pierres et des planches pour pouvoir avancer. Ça prend du temps, mais c’est efficace.
Voilà Diam Rek en place. Je branche l’électricité. Je dois changer la prise normalisée européenne pour une prise ordinaire. Les prises vénézuéliennes sont comme aux USA avec deux lamelles plates.
Fred passe. Nous discutons de son port à sec et des défauts de jeunesse que nous avons remarqués. Puis il me donne ses coordonnées bancaires pour que je lui fasse un virement afin de faire du change à un taux avantageux, supérieur au taux officiel. J’envoie un mail à ma chargée de compte.
Puis je discute avec Olivier pour le démontage du moteur. Ce sera fait ce week-end. Je commence à démonter tout ce qui est raccordé au moteur. Ça je sais faire. Olivier viendra demain et nous désaccouplerons et sortirons le moteur.
On me dit que Bernard, le peintre va lundi à Carupano là où il y a l’atelier de mécanique que l’on me recommande. Je vais le voir. Il part lundi matin à 7h et l’on pourrait charger le moteur sur son pick-up dimanche après-midi. Il reviendrait de Carupano le lundi soir. Nous aurons toute la journée pour visiter la ville.C’est super.
J’espère que le moteur sera ouvert vite pour que je sache quelles sont les pièces nécessaires et que Mimi puisse les acheter à Paris et les apporter avec elle le 11 juillet.
Le soir, je regarde un film : 101 Reykjavík. C’est un beau portrait de la société islandaise, aigu et un peu cynique. Super !

Le 27.06.2008
La matinée passe sans faire grand chose. Discuter, prendre une bière. J’essaie d’envoyer un mail pour connaître le prix des pièces moteur en France. Impossible. Pas d’internet, ce matin. Ça semble venir du fournisseur d’accès… Pour un pays qui se dit émergeant et moderne, ça fait piètre impression ! Bon, je verrai plus tard.
Je prépare l’ouverture du cockpit. Les nuages gris font que je laisse le couvercle métallique jusqu’au dernier moment car la pluie ne semble pas loin. Quelques gouttes seulement…
Olivier me dit qu’il viendra après déjeuner.
En effet, je déjeune et il arrive après. Il enlève une partie de l’accouplement moteur-inverseur. Nous enlevons les attaches des silentblocs.
Maintenant on ouvre le couvercle du cockpit. Olivier va chercher une pompe à gasoil pour vider le réservoir journalier dans un réservoir des fonds. Vu le temps nécessaire, je surveille la pompe en lisant. Je finis « Citadelles interdites » d’Henri Emmanuelli. C’est un beau roman de réflexion sur la solitude et les rapports société-individu. L’auteur est un homme politique qui écrit bien. Le roman date de 2000, je ne sais l’il en a écrit d’autres ?
Je vais envoyer mon mail. Cette fois il y a internet. Très lent, mais ça marche. Je reçois des mails, mais ne peux envoyer le mien ! J’essaie de nouveau de multiples fois sans succès !
En plus ma banquière me répond à ma demande de virement à Fred que pour un virement international elle a besoin de ma signature sur les formulaires qu’elle m’avait donnés. Il faut que je lui scanne ou lui faxe… Je vais voir ce qui est possible…
Demain nous commencerons la journée par le marché à Cariaco de 8 à 12h.

Le 28.06.2008
Départ à 8h avec un taxi pick-up. Un vieux Ford avec le Pick-up couvert avec de la tôle et des bancs sur les deux côtés et au fond. Ce n’est pas loin des petits cars africains. Question confort, c’est pareil. Question folklore, ici ce n’est pas Peugeot ou Mercedes, Mais Ford ou GM, parfois Toyota.
Bon, tout le monde est monté, une douzaine de personnes, alors on démarre. Nous prenons d’abord une route en terre. Fred nous a dit que la route a été faite, il y a un an et qu’elle devait être goudronnée. Le budget était voté, mais l’argent à disparu. Alors la route n’a pas été goudronnée et la saison des pluies aidant, elle a été ravinée et elle sera entièrement à refaire lorsqu’il y aura de nouveau un budget…
De part et d’autre la végétation est épaisse ; un mélange de cactus très hauts, de figuiers de barbarie, d’acacias et d’herbes et de lianes. Par endroits, Il y a de pauvres maisons avec un champ de bananiers. Les maisons sont couvertes de tôles. Elles ont été peintes de couleur vive. Elles sont éclairées par des ampoules qui fonctionnent tout le temps, puisque l’électricité est détournée depuis les lignes qui passent près de la route. Alors pourquoi faire des économies d’énergie ?
Le taxi traverse plusieurs villages qui semblent pauvres. Puis la route devient goudronnée, mais pleine de trous. Le taxi avec ses vieilles suspensions secoue ses passagers, mais ça va.
Il nous dépose à Cariaco, dans la rue qui borde le marché.

La camionetaBoutique ambulantedans le marché couvertEglise de CariacoBranchement électrique pirateImmeubles sinistrés par un tremblement de terreUn beau magasinLe marchéLe marché couvert
C’est un marché couvert qui s’est agrandi d’une partie non couverte. Il y a des petites boutiques d’épicerie, de bazar, d’habits, de CD piratés. Et puis il y a les étals de fruits et légumes. Les fruits sont nombreux, mais la qualité est très disparate. Les dernières clémentines que j’avais achetées ne valaient rien, mais quelques-unes étaient excellentes, vraiment parfumées… Les légumes viennent de la terre et ça se voit ; ils n’ont pas été lavés.
Plus loin il y a les étals de boucherie. La viande n’est pas appétissante et est découpée n’importe comment. Les étals de poissons sont plus beaux, avec des poissons que l’on ne voit pas en Europe.
Je fais mes achats de fruits et légumes. J’achète une empanada avec une bière. Elle est au poulet et est bonne et bien grasse. Partout il y a des étals d’empanadas et de boissons. Les gens mangent en plein air. Ils mangent très gras et sont obèses très jeunes.Il y a toutes les couleurs de peau, du blanc rare au noir en passant par toutes les teintes de cuivré.
Les gens sont aimables. Devant un étal, il faut demander à être servi, sinon tous les autochtones passent devant.
Nous remontons dans le taxi à 11h. Le taxi s’arrête devant une boutique de tabac et alcools. Certains s’approvisionnent. Puis nouvel arrêt devant une pharmacie et enfin devant une boulangerie et un marchand de chocolats. Les boulangeries présentent peu de choix. Il y a surtout de petits pains à la croûte blanche et à la mie inconsistante. Il y en a de plus gros, mais avec les mêmes caractéristiques. Il y a aussi du pain de mie tranché.Pas de pain à la française.
Ici le pain est cher et les gens font chez eux des crêpes de farine de maïs fourrées et frites dans l’huile…
Nous rentrons à Medregal. Je mange un steak mal coupé qui est dur. La viande est parfaite pour un ragoût.
Alors que nous voulons sortir le moteur, les nuages s’amoncellent et il pleut un vrai déluge…
Et ça dure toute l’après-midi et la soirée ! Je lis et regarde un film sans intétêt.

Le 29.06.2008
Ce matin, je commence à 7h30 à ouvrir le dessus du cockpit et à démonter le réservoir journalier qui gêne pour enlever le moteur. Olivier me rejoint vers 8h. On attache bien le moteur avec manilles et bouts et nous le hissons avec le palan du rail d’écoute de grand voile. Olivier le hisse avec le winch et moi je le guide pour qu’il passe dans la cage. Il est presque sorti. Le palan est à bout de course.Il faut lever la bôme au winch et le moteur sort et passe au-dessus des hiloires et des filières. Il n’y a plus qu’à le faire descendre à terre en attendant de le charger dans l’après-midi sur le pick-up de Bernard. Nous serons prêts pour demain matin.
Nous buvons une bière en discutant. Je remercie Olivier pour son aide éclairée.
Puis je vais sur internet. Ce n’est pas rapide, mais ça fonctionne. Je mets à jour les textes du site. Toujours pas moyen de passer les photos, c’est trop lent…
Pendant ce temps, des Vénézuéliens boivent au bar en écoutant de la musique locale. J’en profite pour en registrer des CD qui me plaisent. Ici la discothèque est très fournie. Il n’y a que l’embarras du choix.
En fin d’après-midi, Olivier passe. Nous discutons avec Hervé, un Breton qui est arrivé il y a quelques jours, qui navigue avec son épouse depuis une quinzaine d’année et qui vient du Brésil. Nous discutons du Brésil qui l’a enchanté et qui est moins cher qu’ici. Il aime aussi beaucoup de Vénézuéla et la richesse de ses mouillages tranquilles.
Bernard passe et nous chargeons le moteur sur son pick-up. Nous le soulevons avec le palan d’écoute de grand voile fixé sur la bôme.Nous le fixons solidement sur des cales, avec une sangle prise dans des crochets d’attache sur la plate-forme.

Le 30.06.2008
Je me réveille tôt afin être prêt pour aller à Carupano. À 7h précises, Bernard passe avec son Pick-up Toyota. Le moteur étant chargé depuis la veille, il n’y a qu’à monter dans la voiture.
Nous prenons la route en terre, puis la route goudronnée avec les nids-de-poule. Bernard avance doucement pour ne pas abîmer la voiture et ne pas détacher le moteur…
Comme il a plus les jours précédents, le paysage est tout vert. La végétation s’est développée. Bernard dit que dans quelque temps, la route sera couverte par les branches des arbres et les plantes grimpantes. La route passera sous un tunnel de végétation. J’ai déjà vu ça en Casamance et en Thaïlande en saison des pluies. C’est beau et oppressant, tant on ressent la force de la nature envahissante.
Nous passons Cariaco. Là, nous prenons Marianne, une Française qui a navigué avec son compagnon puis seule et qui a acheté des maisons au bord du golfe. Elle va chez le dentiste à Carupano qui est notre destination.
La route traverse des villages. Dans l’un d’eux, tous les habitants sont noirs, descendants d’esclaves, qui restent entre eux et ne se métissent pas !
Après Cariaco, la route est bonne. Les trous se font rares. Il faut pourtant ralentir souvent car les ralentisseurs sont fréquents et très raides ! Ils sont dans les villages, mais aussi en pleine campagne non loin d’une maison là où quelqu’un s’est fait écraser, pour que les gens ralentissent. Par endroits il y a des oratoires en souvenirs d’un piéton écrasé…
La drogue et l’alcool font des ravages ici et particulièrement avec la circulation….
Le long de la route, il y a des fils électriques portés par des poteaux tous identiques. Puis devant les maisons il y a des branches qui servent de perches à des fils pirates pour chaque maison dont toutes les ampoules restent allumées jour et nuit…
Sur de nombreux fils il y a de la végétation qui se développe, des orchidées qui développent leurs racines dans l’air et leurs feuilles. Elles ne sont pas encore fleuries.
Le long de la route, de gros pipelines non enterrés enlaidissent le paysage. Ceux-là apportent de l’eau pour l’île de Margarita. Plus loin, d’autres apportent du pétrole vers Cumana.
Toute la région est montagneuse. La route serpente entre les petites montagnes toutes vertes. De petites pleines accueillent maisons et champs de bananes. Les habitations sont ainsi souvent disséminées en pleine campagne. Murs de couleur et toit en tôle ; barbelés autour du terrain. Souvent une épave de grosse voiture américaine pourrit depuis on ne sait combien de temps, ou attend une éventuelle pièce pour repartir, même dans son piètre état…
Nous passons quelques villages et arrivons près de Carupano qui est en bord de mer. Avant la ville, il y a des sortes de lacs d’eau saumâtre.À la surface se reposent et pêchent des milliers de flamants roses de Cuba qui sont rouges bien plus foncés que les flamants européens et africains. C’est magnifique ! Plus loin il y a un second lac avec aussi des flamants. Sur les flancs des collines, des maisons sont perchées. On voit que le terrain est instable, qu’il y a des éboulements par endroits, mais les gens pauvres squattent ces terrains et y construisent des baraques, de petites maisons, au risque de leur vie.
La ville commence, avec beaucoup de circulation. Les voitures américaines sont les plus nombreuses, suivies par les japonaises, chinoises, coréennes et quelques européennes….

Approche de CarupanoApproche de CarupanoPlace de l’églisemagasin de bondieuseries
Les américaines sont antiques ; elles ont souvent plus de 25 ans.
La ville ressemble à une ville comme nous l’entendons en Europe. Les rues sont bordées de maisons d’habitation et de commerce. Beaucoup de trottoirs sont occupés par des étals volants d’une multitude de commerce d’habillement, de nourriture, de quincaillerie et bazar…
Les gens sont très nombreux ; ils se promènent, discutent, mangent…
Nous allons à l’atelier de mécanique. Nous déposons le moteur. J’explique la survenue de la panne, qu’il n’a plus de compression, qu’il faut l’ouvrir vite et faire la liste des pièces nécessaires que mon épouse achètera en France et rapportera le 11 juillet. Ils vont faire vite et téléphoneront le diagnostic et la liste des pièces. Je laisse le manuel d’atelier pour les aider.
Olivier rencontre un employé espagnol qui a travaillé dans une entreprise en face de son atelier de mécanique près de Lausanne. Le monde est petit !
Bernard nous dépose et nous donne rendez-vous à 11h30 près du super marché Cada. Nous nous promenons dans les rues commerçantes. Nous voyons une ferreteria (une quincaillerie) qui fait ship aussi.Effectivement il a pas mal de choses pour les bateaux, des manilles à l’électronique. On y trouve beaucoup de choses. Nous ne sommes qu’en repérage pour si nous avions besoin de quelque chose pour nos travaux d’entretien.
Puis nous prenons une rue vers le centre. Les magasins sont nombreux et bien fournis. Beaucoup d’habillement pour les femmes, des chaussures…
Au centre, il y a une grande place avec des bancs, des parterres de fleurs et au fond une grande église de style hispanisant. Les restaurants sont nombreux, mais pas les bars où l’on peut s’asseoir…
Nous passons la matinée à déambuler, à regarder les gens. Un vendeur m’aborde et lorsque je dis que je suis européen, il me demande si je suis d’accord avec les lois européennes sur la restriction de l’immigration. Je lui dis que non, il dit que lui non plus et que ce n’est pas bien ! On m’avait déjà fait la même réflexion au Sénégal. Le tiers-monde n’apprécie pas le protectionnisme européen.
0 11h30 nous retrouvons Bernard et Marianne qui ont fait des courses. Nous allons déjeuner dans une pizzeria. La pizza est bonne et si grosse que nous n’arrivons pas à les finir….
Avant d’aller chez le dentiste, Bernard passe dans la maison de son amie pour se laver les dents. La maison est magnifique, joliment meublée avec un petit patio intérieur. Très agréable maison !

Patio de la maisonOlivier dans le patioLes fils électriques des rues!Maions de centre villeMaions de centre villeun carrefour à l’entrée de CumanaVielle américainerue de Carupanorue de Carupanorue de Carupanorue de Carupanorue de Carupano
Après Bernard et Marianne vont chez le même dentiste. Olivier et moi retournons dans les rues. Carupano donne l’impression d’une ville active, avec commerces et ateliers qui regorgent d’objets et d’activité. Les gens sont aimables. La politique est omniprésente. En novembre il y aura les élections pour les maires et gouverneurs. Les murs sont déjà couverts de publicité pour les candidats. Les radios regorgent de spots. Les places publiques ont des stands pour s’inscrire sur les listes. Les inscrits peuvent obtenir des aides alimentaires ou autres… On voit peu de police. On voit des militaires en uniforme qui s’occupent de la propagande d’état, de l’inscription sur les listes…
Nous attendons que la dentiste ait fini son travail. Bernard en sont en maugréant contre l’anesthésie. Nous allons acheter lu matériel qui manquait pour filtrer l’eau de la piscine de Medregal. Puis nous récupérons Marianne et reprenons la route.
En arrivant à Cariaco Marianne demande de la déposer disant qu’elle trouvera une camionetta ou un taxi. Bernard soutient qu’il n’y en a plus à cette heure et ne veut pas la laisser seule. On fait le tour de la ville sans trouver de transport. Alors Bernard décide de raccompagner Marianne de l’autre côté du golfe. Dans le village où habite Marianne, la voiture chère. Nous nous arrêtons. Les trois hommes se mettent à changer la roue.Marianne part à pied jusqu’à sa maison, un peu plus loin, pour préparer quelque chose à manger.
La roue réparée, nous garons la voiture devant un mur. La grille du garage est ouverte. Nous arrivons sur une terrasse en bord de mer. On passe devant la première maison de Marianne. Elle est dans la seconde. La table est mise sur la terrasse en face de la mer. Un ponton permet de garer les annexes. Un corps mort est là pour le bateau. Marianne s’active dans un e cuisine moderne. La maison est joliment meublée. Avec les deux maisons, elle a de quoi coucher 10 personnes ! Elle dit qu’elle a souvent organisé des fêtes avec 50 personnes…
Nous prenons un punch avec des arepitas (petites galettes frites de farine de maïs dans lesquelles on met une garniture. Du thon en l’occurrence) La soirée est agréable dans ce cadre idyllique. Je demande à Marianne si elle loue sa maison. Elle dit que non car elle a essayé et que c’était trop de travail pour aller chercher les gens, s’occuper d’eux… Alors elle ne loue plus, elle prête aux amis qui se débrouillent et rendent la maison aussi propre qu’ils l’ont trouvée. Je pense à Mimi et j’aimerais être là avec elle quelques jours. Marianne part en France pour trois mois dans une semaine.
Il se fait tard. Nous laissons Marianne et son si gentil accueil et nous rentrons. Pendant le retour, nous discutons avec Bernard qui était fils de famille nombreuse et pauvre. Il a commencé à voyager à 14 ans. Il a fait une formation en peinture. Il a voyagé en Afrique pendant des années en vendant des voitures françaises d’occasion. Puis il a été tenté par la voile. Il a navigué des années et est venu au Vénézeuéla où il s’est fixé. Il vit avec une Vénézuélienne indépendante. Chacun son travail et sa maison et ils sont heureux ainsi.
Bernard peste souvent contre la politique de Chavez, la corruption, la désorganisation de l’économie, mais il trouve le pays super et attachant. Il est là depuis plus de 7 ans et veut rester ici. Il a acheté une maison les pieds dans l’eau à Mémorables.
Nous arrivons au port à sec ? nous déchargeons le matériel pour la piscine et chacun rentre se coucher. Il est 10h30.

Le 01.07.2008
Ce matin, je prévois d’aller sur internet voir si j’ai une réponse d’un concessionnaire Nanni sur le prix et la disponibilité des pièces pour le moteur.Je prévois de nettoyer les fonds de la gâte moteur l’après-midi… Je vais donc relever mes mails. Pas de réponse de Nanni, ni de la BNP ni de Mimi. J’appelle Mimi qui n’a pas reçu mon mail. Je renvoie dons les mails qui n’ont pas dû arriver.
Puis je vais sur internet pour me renseigner sur le Vénézuéla. Je lis des choses contrastées sur la politique du pays pendant ces vingt dernières années. Je lis des éléments sur la sécurité. Il y a bien eu des attaques de voyageurs, mais peu en plusieurs années. Il faudra être prudent mais pas parano.
Je rentre au bateau et je ne trouve pas le courage de nettoyer la gâte moteur. Je lis le bouquin de Yasmina Khadra « A quoi rêvent les loups ». Ça parle de la montée de l’intégrisme en Algérie avec le FIS. C’est d’une tristesse de voir monter la bêtise et la violence dans un climat de désespoir et de corruption ! C’est d’autant plus triste que l’Algérie n’est toujours pas sortie du désespoir…

Le 02.07.2008
Aujourd’hui c’est mon anniversaire. J’ai 63 ans. C’est un bel âge lorsque l’on est en forme. J’espère que ça continuera ainsi de longues et bonnes années. Je voulais partir naviguer en étant en forme. J’ai eu de la chance, j’ai pu le faire. J’ai fait tout pour que la chance se produise aussi. Je ne sais combien de temps je naviguerai encore et j’espère que Mimi sera à mes côtés. Ensuite nous reviendrons sur la terre ferme, je ne sais où encore. J’ai l’âme voyageuse…
Je vais au bar pour relever mes mails. Ma chargée de compte s’occupe du virement pour Fred pour un change avantageux. Le concessionnaire Nanni m’envoie les prix des pièces. Pistons, segments, coussinets, joints coûtent 2000€HT… On ne mange pas d’argent chez Nanni !!!
J’appelle le garage qui a mon moteur. Mon moteur ne semble pas encore ouvert !
Je cherche Jean-Marc. Il est justement parti pour Carupano. Je trouve sa femme Yoleda et lui demande de téléphoner à son mari. Elle me le passe. Il comptait passer voir le garage. Je lui demande de les presser. J’espère que ça pourra avoir un résultat ! Le malheur est que je ne suis pas sur place pour les harceler et les faire avancer… Il faut que Mimi puisse rapporter les pièces de France avec elle dans l’avion ! Pour ça j’ai besoin de savoir vite lesquelles acheter…
Je discute avec Armand qui est depuis trois ans dans les eaux vénézuéliennes et qui me vante les mérites de Puerto la Cruz, où tout est à portée, dans la marina ou aux abords. Je ne connaissais pas avant. C’aurait été plus pratique ainsi.
Aujourd’hui je en ne trouve pas le courage de me mettre sérieusement au travail. Je glande et du coup je me mets à lire. Mais le bouquin de Khadra est si noir, si désespérant sur l’âme humaine que je laisse le bouquin et vais sur internet.
Je choisis dans la discothèque du bar et j’enregistre de la musique antillaise et vénézuélienne.
Jean-Marc revient de Carupano. Je vais vers lui aussitôt. Il a vu le moteur ouvert. Il est rouillé par de l’eau de mer qu’il a avalée. Par Où ? Pour quelle raison ? Ce sera important de savoir les raisons pour que ça ne recommence pas. Pour ce qui est des pièces il y en a sur place car la base Kubota du moteur est très courante ici pour des machines de chantier. Ce ne sera pas cher. J’espère que le mécanicien ne s’avance pas trop et qu’il aura bien les pièces ! avant que Mimi ne revienne !
Je vais voir olivier et lui explique la situation. Il tente de comprendre et viendra demain voir le circuit d’eau de mer pour voir s’il n’y a pas un défaut….
Je rentre au bateau songeur…
Je passe la soirée à penser aux enfants, à leur mère avec qui j’ai vécu tant d’années et avec qui je serai encore si elle avait vécu. À Françoise avec qui j’ai vécu moins longtemps, mais qui m’a beaucoup appris et pour qui j’ai toujours considération, tendresse et amitié. À Mimi, qui partage ma vie désormais et que j’ai hâte de retrouver. À ses enfants devenus chers, qui prennent leur envol avec la nouvelle vie de leur mère. À mes amis loin en France, en Afrique, sur mer. Je pense à toutes ces personnes que j’aime et qui voyagent avec moi par la pensée, dans mon cœur.

Le 03.07.2008

Ce matin, je commence à nettoyer la gâte moteur. J’en profite pour réparer la pompe de cale qui ne fonctionne que par intermittente. Effectivement je trouve une connexion douteuse. Je la refais correctement et ça fonctionne de nouveau.
J’ai mis du temps et je suis plein d’huile et de gasoil. Je me nettoie et vais relever les mails.
Après déjeuner, je continue le nettoyage de la gâte moteur avec de l’acétone. Soudain il pleut fort. Je referme le couvercle de cockpit et arrête avec l’acétone puisque je ne puis plus aérer.
Je bouquine et le grain passe mais derrière une pluie fine subsiste… Je continuerai demain.

Le 04.07.2008
Je suis réveillé tôt. Il fait du soleil. Je commence par l’extérieur puisqu’il ne pleut pas et que le soleil n’est pas trop fort encore. Je passe le papier de verre sur la partie immergée de la coque, sur l’antifooling. Ça dégage une poussière noire qui s’envole au vent. 9a enlève les dernières traces de mousse et de coquillages. À quelques en droits de la peinture cloque. J’enlève ces cloques. Dessous il y a d’autres couches de peinture. C’est bon. Il y a juste au bas de la quille où il n’y a plus de peinture par endroits. À cause des rochers rencontrés et du sable qui a poncé l’avant de la quille à sa base. Je ponce et je mets une première couche de Rustol antirouille. J’en mettrai une seconde couche demain, puis un primer et enfin deux couches d’antifooling acheté aux Canaries et partagé avec Julien.
Ensuite je suis noir comme un ramoneur ! Je vais prendre une douche et je ressors enfin propre !
Je m’occupe de dégraisser à l’acétone la gâte moteur.Demain je passerai du Rustol puis une peinture époxy.
Je vais voir Olivier qui n’a pas le moral. Il est désorganisé dans ses bricolages car, depuis une demi-journée, il n’y a plus de courant. Or il a besoin de machines pour bricoler…
Alors on va boire une bière et l’on prend en photo ses papiers d’identité pour envoyer à Paty en Suisse. Mais impossible d’envoyer les mails tant l’internet est lent aujourd’hui ! Je réessaie plusieurs fois en vain.
J’essaierai demain en espérant un jour meilleur… Travailler au Vénézuéla, lorsque l’on a connu les moyens européens, ça doit être difficile et ça doit être énervant souvent !
En fin d’après-midi, l’électricité revient ! On a de la chance !

Le 05.07.2008
Il fait beau et chaud dès le matin. Je passe du Rustol antirouille sur les parties immergées où la peinture est partie. J’en passe aussi dans la gâte moteur. Puis j’inspecte les anodes. Encore une fois les plus rongées sont celles situées sur le support du safran. Je vais voir dans mes réserves. J’en ai une paire de neuves, aussi petites et peu épaisses et j’en ai de plus grosses à deux trous pour les fixations, les mêmes que sur la quille. Cette paire a déjà servi ; elle est un peu usée mais bien plus épaisse que la nouvelle paire. Je vais mettre les plus grosses pour protéger mieux le bateau sur le safran près des remous de l’hélice.
L’après-midi, je passe au bar pour envoyer les mails qui ne voulaient pas partir hier. Aujourd’hui c’est lent, mais ça finit par partir. Arriveront-ils, mystère ?
D’autres navigateurs parlent entre eux : cette nuit des voleurs ont pris une annexe et deux moteurs. Dans l’annexe, il y avait des fusées de détresse. Ils ont voulu jouer avec et ils ont mis le feu à leur bateau. Les policiers les ont pris au village d’à côté…. Les moteurs sont récupérés, mais il manque l’annexe. Les policiers en avaient-ils besoin ?
Voilà les derniers potins d’un coin paisible du Vénézuéla.
Je retourne au bateau et je me plonge dans un bouquin que j’ai du mal à quitter : « Chicago » de l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. Il décrit la vie d’immigrés égyptiens à Chicago. Il décrit la vie américaine et la vie égyptienne avec précision et ironie. C’est très plaisant. Le même auteur avait écrit « L’immeuble Yacoubian » dont un super film a été tiré. À voir !
Mimi me fait découvrir des trésors du monde arabe et je lui présente des trésors africains ou sud-américain ! C’est super comme ça.

Le 06.07.2008
Je veux peindre la gâte moteur. Je sors mes réserves de peinture. J’ai des peintures époxy récupérées qui n’ont pas d’indications sur l’étiquette, ni de fiche technique. Alors je me rabats sur de l’International que j’avais achetée à la Rochelle avant de partir. Je passe une couche de peinture époxy. Ça sent fort pendant l’emploi, mais c’est du résistant !
Pour laisser passer l’odeur, je vais au bar pour envoyer mes mails. Pas de chance ça ne passe pas…
Je discute avec Armand et son épouse. Ils sont au Vénez depuis trois ans et ils s’y plaisent. Ils tournent entre Margarita, los Roques, la Blanquilla et la Tortuga. Ils ne tarissent pas d’éloge sur la Tortuga qui est une île avec seulement une posada et quelques maisons de pêcheurs. L’eau y est bleue et verte ; il y a une immense plage de sable fin. Les pêcheurs vendent langoustes et poissons pas chers. Une cure de tranquillité au mouillage. Vivement que le moteur remarche !
J’appelle Mimi à Paris. Plus que 5 jours et elle prend l’avion. Elle arrive vendredi ! Nous sommes heureux à la perspective de nous retrouver et de renaviguer ensemble !
L’après-midi, je discute de mon parc-batterie avec Olivier. Il me prête un testeur pour mesurer la capacité de résistance à la décharge. Je débranche toutes les batteries qui sont à 14,1 volt. Après une heure de repos, elles sont toutes autour de 13,2 volts. Si elles sont au-dessus de 12,8 elles sont bonnes. C’est donc super ! Je regarde le régulateur de tension des panneaux solaires : il est cramé comme je le pensais. Il faut que j’en trouve un pour le changer.
Je vais voir Jean-Marc, le patron de l’hôtel et de la marina, car il m’avait dit aller à Carupano lundi. Hélas, il n’y va plus. Mais il me dit qu’on va leur téléphoner demain à 10h pour savoir où en est le moteur. C’est mieux que rien…

Le 07.07.2008
Nous sommes lundi. J’attends des nouvelles du garage et du moteur. En attendant je repasse une couche de peinture dans la gâte moteur.
Je suis impatient, j’en ai assez d’attendre. Je vais voir Jean-Marc. Il appelle le garage et a Pedro, le mécanicien.
Mauvaise nouvelle. Il n’a pas trouvé de pièces ! Les concessionnaires locaux n’ont pas de pièces d’avance. Il faut les commander. Pourtant ce moteur équipe les élévateurs Clarck du pays ! Et c’est maintenant qu’il dit ça ! Alors que Mimi va prendre l’avion vendredi !
Je demande la liste des pièces. Ils envoient un mail à Jean-Marc. Je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience, le temps que le mail arrive.
Je tourne en rond l’après-midi. Je retourne voir Jean-Marc qui soude des supports pour les bateaux. Je lui demande de retéléphoner. On va au bureau ; il appelle. Le mail est parti à une mauvaise adresse. Pourtant il avait plusieurs fois épelé l’adresse ! Ils sont bouchés !
Le mécanicien n’est pas là ; le patron va rappeler. Un peu plus tard je fais rappeler. Je passe plus d’une heure à attendre dans le bureau. Le patron ne rappelle pas. Jean-Marc me dit qu’il me préviendra au bateau. Je retourne au bateau. Je rappelle Mimi pour lui expliquer la situation et lui dire que je lui ai envoyé un mail avec les coordonnées du concessionnaire de Paris et du moteur. Elle ne l’a pas reçu ! J’envoie des mails de Medregal et peu arrivent. Quelle liaison internet ! C’est pénible car je ne sais si ma chargée de compte a reçu mon mail pour faire un virement à Mimi pour payer les pièces. En tout cas Mimi n’a rien reçu sur son compte. Et ça fait trois fois que je réexpédie ce mail !!!
Jean-Marc ne passe pas au bateau alors qu’il m’avait dit qu’il passerait me prévenir que le mail soit arrivé ou non !
Après dîner, je copie les mails que j’ai envoyés dernièrement et je les mets sur le PC de navigation. Je mets la BLU en marche et je cherche une station pour l’envoi. Finalement c’est la Belgique avec qui je suis connecté. Ça commence à passer, puis ça coupe. Il est encore trop tôt. Je persévère. Ça recommence à passer et à couper une dizaine de fois. Enfin les premiers mails passent, mais il en reste. Je relance la machine. Ça passe lentement ! Lentement ! Sur l’adresse mail FH2407@sailmail.com, il faut m’écrire des mails courts. Sinon le remps pour relever les mails est bien trop long…Ce n’est pas le jour…
Je finis de lire « Chicago » : un vrai délice plein d’ironie, un regard sans concession sur la société égyptienne par un égyptien qui vit sur place. Vraiment un régal !

Le 08.07.2008
Je suis réveillé tôt. Une bonne douche me fait du bien. Maintenant nous allons voir ce que nous pourrons faire pour avoir ces pièces…
Je vais voir Jean-Marc. Je ne le trouve pas, mais je vois Yoleda son épouse. Jean-Marc est parti faire des courses et le mécanicien doit passer avec la liste des pièces ! En attendant par téléphone, je l’aurai eue 100 fois ! On dirait une histoire de fou. Je discute avec Yoleda du Vénézuéla et elle me dit comme l’éloignement pose ici un problème pour beaucoup de choses.
Jean-Marc appelle son épouse. La route est bloquée par un village qui manifeste pour obtenir enfin que la piste soit goudronnée. Il revient et le mécanicien ne pourra pas apporter la liste !
Une heure passe et Jean-Marc revient. Il regarde sur internet ; hourrah, la liste est arrivée ! Je prends un dictionnaire et je cherche les mots techniques que je ne connais pas. Je traduis. Jean-Marc fait un mail qu’il envoie à Mimi.
J’appelle Mimi. Elle a reçu le mail. Elle va appeler le fournisseur pour voir disponibilité et payement…Je lui demande d’appeler la compagnie qui lui a vendu son billet d’avion, pour demander les conditions de report de date de vol.
Je rappelle une heure plus tard. Pour changer de date de vol, il en coûte 250€ sur le remboursement du billet et il faut acheter un autre billet au prix du jour. Nous verrons si besoin.
Pour les pièces, le concessionnaire n’a pas toutes les pièces et il saura demain matin quand il pourra avoir ce qui lui manque… Je devrai rappeler Mimi demain pour savoir. Autant dire que sa venue, le 11 est très compromise. Mais il vaut mieux retarder sa venue et qu’elle vienne avec les pièces, sinon ça peut prendre des mois avec blocage à la douane…
Pour tromper l’attente, je commence un livre que j’avais commencé et pas fini pour cause de départ : « Traité d’athéologie » de Michel Onfray. Le style, souvent redondant, ne m’est pas agréable, mais c’est un régal d’érudition et d’intelligence. Ça manque de nuance, parfois ; c’est un manifeste, un livre de combat. Pour une fois que je trouve dans un livre ce que je pense sur les mythologies religieuses de tous les pays et de tous les temps, je me régale. Je suis bien conscient qu’il n’en sera pas de même pour tous. C’est la liberté de pensée de chacun ; c’est une conquête récente toujours menacée.
Il suffit d’entendre la propagande sur les radios Vénézuéliennes avec le slogan chaviste : « Patrie, socialisme ou la mort ». Il suffit d’entendre parler de la manipulation des gens, de la surveillance de chacun, des arrestations, de la torture et des disparitions d’opposants ou supposés tels. Ici comme presque partout, la liberté de pensée est un combat d’actualité.

coucher de soleil à MedregalCoucher de soleil sur Medregal
Comme souvent le soir, je passe un moment dans le cockpit. Je regarde le ciel étoile avec une demi-lune et quelques nuages pommelés. Je vois des lumières qui scintillent tout le long de la rive sud du golfe de Cariaco. La vue est splendide. Il vient s’y ajouter l’odeur d’herbe coupée ces derniers jours dans le port à sec. Le foin répand son odeur avec la fraîcheur du soir. Il y a en plus une odeur sucrée de fleurs, des lauriers roses et des flamboyants. Quel plaisir de finir la journée ainsi !

Le 09.07.2008
Je me réveille avant l’aube, à 4h, pour téléphoner à Mimi, à 10h de Paris.
Elle m’apprend que le concessionnaire Nanni n’a pas toutes les pièces, que le délai est une semaine et qu’il en coûtera 2.500€.
Mimi a donc annulé son billet de retour et en a pris un autre pour le 25 juillet. Elle a préféré prendre une marge d’une semaine pour être sûre de revenir avec les pièces, si le vendeur avait un peu de retard.
Elle s’est bien débrouillée. Mais nous devrons attendre le plaisir de nous revoir une quinzaine de plus…
Je me recouche et dors jusque vers 8h. Pas moyen de me mettre à l’entretien du bateau. Je lis, puis je vais au bar, lieu de rendez vous. Je relève les mails et en envoie. Je tente en vain de mettre à jour le site. Trop lent, ça ne passe pas…
Je discute avec des navigateurs qui sont au Vénézuéla depuis des années. Ils apprécient la vie pas chère, même avec l’inflation des dernières années, le climat, la nature. Un couple de retraités sont là depuis trois ans et tournent d’île en port. Un célibataire d’à peine 40 ans vit là de peu de moyens. Il pêche pour se nourrir poissons et coquillages. Il cherche une maison dans le coin. Il est en discussion pour une sur un terrain de 3 hectares en bord de mer pour 20.000. Qui dit mieux. En France, il n’avait jamais pensé être propriétaire tant les prix étaient hors de proportion de ses moyens. Ici il, va s’enraciner et travailler sur les bateaux de passage… Il y a pas mal de Français de par le monde qui s’enracinent ici ou là en fonction des voyages, des rencontres, des opportunités… Il m’arrive d’être tenté par ce genre de rêve, de projet.Peut-être un jour, ici ou là pour vivre une partie de l’année et une autre partie en France…
Je vais voir Bernard, le peintre pour bateau. Il travaille sur un 12 mètres qu’il a à repeindre. Il nous invite, Olivier et moi, à boire un coup chez lui à 17h. À la fin de son travail, il passe nous prendre avec son pick-up et il nous emmène chez lui quelques maisons plus loin. Il a acheté une maison, il y a 7 ans, qu’il a retapée, puis son voisin lui a vendu le terrain adjacent sur lequel il a construit une autre maison qu’il loue parfois.
Le terrain est clos comme partout. Il est arboré avec cocotiers, tamariniers, fleurs. La maison est ouverte sur la nature. Elle est traversée par un couloir sans porte qui débouche sur une terrasse non-fermée. Les murs sont décorés de tableaux ; il y a une sculpture originale en verre. Les œuvres sont d’artistes locaux. C’est beau.
Vu la chaleur, toutes les maisons sont ouvertes sur la nature et l’air. Juste en face de la terrasse, la mer et plus loin la rive opposée du golfe. Bernard nous fait faire le tour de propriétaire. La deuxième maison est encore plus ouverte sur la nature. Elle a une mezzanine qui abrite une grande chambre. C’est simple et joliment décoré. Bernard était antiquaire en France avant de partir en voilier puis de se fixer au Vénézuéla. Nous buvons une bière en discutant sur la terrasse. Le coin est beau et calme, sans un bruit. Un perroquet sur son perchoir, bouge et mange. Il n’est pas attaché, mais il reste là.
Vers 19h, Bernard nous raccompagne au bateau.Lui rentre se reposer pour bosser demain. Il se plait ici, il a du travail, une copine qui a son travail. Il est heureux ici, loin de Strasbourg et du froid !
Le 10.07.2008
Dès le matin, il pleut, un violent grain qui commence par un vent de plus de 40 nœuds pendant peu de temps. Puis le vent baisse d’intensité, la pluie aussi. Succède un grand calme et une pluie fine. Sur les montagnes, au sud, des franges de nuages blancs passent. On dirait une peinture chinoise ou japonaise. Le paysage est superbe. La sensation de calme m’envahit.

Grain à MedregalGrain à MedregalPluie sur Medregal
Je lis à l’intérieur du bateau.
L’après-midi, je vais relever les mails. Il y a celui du concessionnaire Nanni avec un devis et son RIB pour le payement. Je fais un virement pour Mimi qui a payé le nouveau billet d’avion et ne sera remboursé du billet annulé que dans 60 jours ! Les compagnies aériennes sont en position de force !
Je cherche le meilleur fournisseur d’unités pour Iridium.Ma recherche n’aboutit pas à quelque chose de définitif. Les prix sont les mêmes en Europe en Euro et aux USA en dollars, alors que l’Euro vaut 1,6 dollar ! Les vendeurs européens sont des escrocs !
Je finis « le Traité d’athéologie » qui m’a bien plu, malgré un manque de nuances et des longueurs. C’est un livre utile pour clarifier les idées sur philosophie et religions.

Le 11.07.2008
C’est aujourd’hui que Mimi aurait dû arriver si les pièces avaient été disponibles… Il nous faut attendre deux semaines de plus pour nous retrouver…
Je passe bien du temps pour réparer une prise allume cigare dont le fond s’est détaché. Il faut dévisser le tableau électrique et après avoir enlevé la facade, aller à la pêche au fil manquant. Et puis il faut réparer. Une demi-journée pour un truc mal conçu par le fabriquant et qui tiendra le temps que ça voudra bien. C’est déjà la seconde fois que je répare ça…
Je commence un livre nouveau : “Au-delà du Noir et du Blanc » de Gaston Kelman, un manifeste pour une citoyenneté humaniste qui dépasse ces apparences.
Mimi est allée à Vichy voir une amie quelques jours, à défaut de pouvoir venir. Elle passe agréablement son temps.
Je prends une bière avec Olivier. Paty a envoyé à plusieurs personnes tu texte d’Olivier sur sa traversée de l’Atlantique. Nous en avions discuté ensemble. C’est plein d’humour. Jugez en.

Traversée de l’Atlantique…. Par Olivier

Pratiquement, une fois passés les 2,3 premiers jours, tu es dans le rythme, tu vis ta vie, tu attends, tu tues le temps, tu règles, tu surveilles, tu bidouilles, tu merdouilles et tu finis par arriver. De toute façon tu finis par arriver, du fait du courant porteur à cette latitude, bon d’accord, ça peut prendre un peu de temps…

Côté esprit, là c’est plus compliqué…….!!!!! MITIGE… sentiment mitigé comme la douche… Mitigé parce qu’à écouter tous ces marins, ces récits de ponton : “L’Atlantique ce n’est pas une mince affaire!” fatigant – dur – humide – sale - long - et peut être dangereux, un gros morceau dans une navigation hauturière… alors… mitigé, car pour moi c’était plutôt simple, pas pire que de la côtière… à mes yeux de la plaisance !!! Certes, en solitaire, mais ne manquant pas d’énergie, j’étais en permanence sous veille radar, c’est comme un équipier en permanence sur le pont. Cela n’empêche pas que de temps en temps tu sois obligé de sauter sur le pont parce que le pilote a cédé, que le vent a tourné ou forci, que tu es en vrac, les voiles à contre, t’es à la cape… enfin… normal quoi…. Mais tout ceci, cela pour moi et pour cette fois… !!!!…..

Mais aussi mitigé parce que j’aurai bien aimé que ça dure 20 jours de plus et même plus, tellement plus que j’ai hésité à revenir sur l’Europe par les Açores sans même m’arrêter, rester plus longtemps, faire durer le plaisir… Mitigé parce que j’aurais aimé voir les îlots de St Pierre et Paul… Tu imagines, deux cailloux plantés au milieu de l’Atlantique proches de l’équateur qui dépassent à peine de l’eau, généralement submergés par la houle, mais avec un peu de chance, si la mer est calme, tu peux les voir, les approcher et peut-être même y mettre un pied … .EXEPCIONNEL !!!

Et puis, j’aurais aimé rester encalminé 2 ou 3 jours dans le poteau noir ou le pot au noir … et puis déjà, il est ou ce poteau noir … sur quoi il est planté et c’est quoi marqué dessus ??… par ici, par là, par à pluie, par où !!… et puis, il est vraiment noir……….???…..!!!… Dommage que c’était trop tard dans la saison ……

Un seul mot… FABULEUX FA BU LEUX …. fabuleux la liberté de vivre sans horaire, de manger un poisson à peine pêché au milieu de la nuit, de te laisser traîner derrière le bateau… attaché… ça va de soit …, à cinq noeud, tu flottes comme un drapeau et si tu n’es pas à poil tu y laisses ton calbute … le seul risque, à par celui de voir le bateau se tirer sans toi, si tu n’es pas bien attaché, c’est de te faire tailler les ongles des pieds par un requin ….FABULEUX …….et pour les plus jeune…pire bien!!!!

MAIS…. si, pour moi, et pour cette fois, c’était facile, il suffit d’un rien, une panne, un manque d’énergie, une météo capricieuse, ou pire… une blessure…. et là, tout devient galère….

Pour prendre la mer, il est impératif de se souvenir de deux réflexions de grand navigateur !!!…. :

UN - que le bateau est le moyen le plus lent, le plus inconfortable et le plus cher pour aller à un endroit où tu ne voulais surtout pas aller….

Et DEUX - que l’état de panne sur un bateau est un état naturel et qu’exceptionnellement ça marche… si tu as compris ça…. tu peux partir ….

Coin Coin sur la grande marre

Le 12.07.2008
Jour de soleil sans vent. La mer est calme, lisse comme un lac.
Je bricole des parties du plancher du cockpit, pour que tout soit bien de niveau.
Olivier m’a apporté de l’acide borique car je me plaignais des cafards que je voyais dans le cockpit. Je mélange l’acide en poudre à du lait concentré sucré de façon à en faire une pâte qui ressemble à de la pâte d’amandes. Les cafards sont attirés par le lait sucré ; ils y goûtent et meurent. Leurs congénères les dévorent et meurent… C’est le principe et il paraît que c’est très efficace. Je l’espère pour me débarrasser de ces bestioles bien importunes !
Je passe en revue mon carnet d’adresse et j’envoie des mails à des amis dont je n’ai pas de nouvelles depuis un bout de temps. Même loin, je garde en tête tous ces amis ; j’aime avoir de leurs nouvelles. J’en attends de mes enfants…..

Le 13.07.2008
Ce matin, j’ai le courage de m’y mettre tôt. Je commence par l’éclairage de la gâte moteur que je rends démontable avec des cosses à emboîtement. Puis je passe dans la baille à mouillage. J’enlève la manille qui retient la chaîne à la baille. Je la remplace par un bout que je pourrai couper rapidement si je dois quitter un mouillage en catastrophe et rechercher plus tard le mouillage. Il faut que j’achète du bout en polyester pour avoir un mouillage mixte plus long et plus élastique en cas de besoin.

Je démonte le pot. Il doit trouver sa place dans la gâte moteur pas plus haut que le collecteur d’échappement. J’emprunte à Olivier une disqueuse pour tronçonner des montants en fer qui tenaient le moteur électrique que je n’ai plus. La disqueuse fait des jeysers d’escarbilles incandescentes. Ça me brûle les mains et les jambes. Je me protège tant bien que mal. Je transpire tant et plus. Je parviens à dégager une partie de la ferraille inutile. Mais pas assez pour que le pot entre dans le coin arrière tribord.
Je nettoie toutes les escarbilles avant qu’elles ne rouillent. J’en ai assez. Je vais relever les mails et boire une bière. Olivier ne vient pas ; il est occupé à démonter les réservoirs d’eau pour les nettoyer.

Marina de Medregalune lancha passe
La journée passe vite et la nuit est noire à 18H30. Après, je n’ai plus le courage. Je lis ou regarde un film sur l’ordinateur…

Le 14.07.2008
C’est le 14 juillet, jour de fête en France. Ici c’est un jour comme un autre. Ce matin, je me suis rendormi plusieurs fois et c’est le moteur du travel lift qui m’a réveillé. Un bateau va sortir de l’eau. Les gars travaillent. La mécanique d’hier, la chaleur, la transpiration m’ont fatigué. Il est presque 9h.
Aujourd’hui je n’ai pas de courage. Je lis. Je commence « Le bréviaire arabe de l’amour », un classique de l’érotique arabe du 16ème siècle. Il est toujours bon de s’instruire, de pénétrer plus finement une autre culture, de fantasmer.
Je me couche tôt pour téléphoner dès le matin au fournisseur de pièces, donc à 4h d’ici.

Le 15.07.2008
Je me réveille plusieurs fois de moi-même. En effet je n’ai plus téléphone portable ni réveil. Ces deux objets étaient encore dans le bateau en quittant la Casamance. Depuis je les ai cherchés maintes fois, dans tous les coins possibles, sans jamais les trouver ! Un vrai mystère.
0 4h j’appelle le concessionnaire Nanni. Il va avoir les pièces à temps, il m’a envoyé un mail de devis que j’ai. Je rectifie deux choses dans la commande. Il y en a pour 2.500€HT. C’est cher la connerie de l’entreprise qui a monté moteur et échappement !
Je vais faire le virement. Pour cela je prépare un mail de confirmation pour le concessionnaire et un pour le virement à la banque. Je les fais partir sur le wifi du bar.
Au bar, je discute avec Jean-Claude, un navigateur qui tourne au Vénézuéla depuis plusieurs années. Avant il a déjà bouclé un premier tour du monde. Il a pris de nombreux équipiers et équipières, dont une trois ans. Il a passé l’Océan Indien avec de la grosse mer et a démâté près du cap de Bonne-Espérance. Je pose plein de questions.
Fred arrive et veut me voir. Il a réussi à venir.Les habitants de Campoma qui bloquaient la route depuis plusieurs jours et qui avaient fermé le pipeline d’eau pour Margarita pour obtenir que la route soit goudronnée, semblent avoir obtenu enfin gain de cause.Camions et engins sont arrivés et se préparent au travail. Peut-être que cette quatrième fois, l’entreprise ne partira pas avec l’argent sans faire les travaux…
Fred me change 2.000€ à 4,5 bolivars pour 1 euro.Le cours officiel est à 3 pour 1. 9a fait un gros paquet de billets de 20 bolivars et quelques-uns de 50. Je paye le premier moi de port à sec, dont une partie d’avance. Je paye aussi le transport pour aller chercher Mimi à Caracas le 25. Je pose la question à Fred pour voyager à l’intérieur du pays, est ce prudent d’emporter du liquide. Il me recommande d’ouvrir un compte avec carte et chéquier pour être tranquille. Il va le faire pour moi. Je lui donne une photocopie de mon passeport.
Après je vais au bodegon avec jean-Claude. C’est la petite épicerie du coin. Derrière une fenêtre grillagée qui fait comptoir, on voit les marchandises. Quelques produits d’épicerie, quelques légumes, selon l’arrivage, du pain, des cigarettes et des boissons… Pain, pomme de terre et oignons, ça ira pour aujourd’hui. Il y aura des fruits demain…
Je rentre déjeuner et toute l’après-midi, la pluie tombe, plus ou moins forte selon les moments… J’écoute de la musique de tous les genres. J’ai beaucoup de choix à bord.

Le 16.07.2008

Je me réveille de bonne heure pour téléphoner à ma banque. Un nouveau chargé de compte a pris ses fonctions depuis hier. Je veux vérifier s’il a bien reçu mes mails pour faire un virement de payement pour les pièces du moteur. Non, il n’a rien reçu. Il me redonne son adresse mail. C’est bien celle que j’ai utilisée. Il regarde de nouveau. « Autant pour moi, je l’ai trouvé, je vais faire le virement ». Je lui redis que c’est pressé. Il le fera cette après-midi. Heureusement que j’ai appelé, sinon il ne trouvait peut-être pas le mail…
Je vais prendre une douche et en revenant je rencontre Jean-Claude qui regarde les bateaux. Nous discutons. Il me raconte des anecdotes de son tour du monde et son démâtage, puis ses démêlés avec l’assurance pour essayer de se faire rembourser une partie des frais. Nous parlons de compagnes qui ne suivent plus, qui ont du mal avec la mer, qui veulent voir enfants et petits-enfants. Je l’invite à boire une bière. Au bar, on rencontre Hervé et Loïc.
Eux aussi sont sans compagnes. Celle d’Hervé est allée voir enfants et petits-enfants et revient dans quelques semaines. Hervé a 70 ans et les porte bien. Il veut traverser le Pacifique. Son épouse vent pouvoir rentrer souvent… Question de moyens. Loïc, ancien équipier de Tabarly, ancien coureur, a fait trois tour du monde et maintenant veut le temps de vivre dans le coin. Son épouse est partie pour voir les enfants et petits-enfants. Ils se sont séparés. Femmes et hommes n’ont pas toujours le même tempo, les mêmes désirs, les mêmes choix par rapport aux enfants…
Hervé qui était allé voir les pêcheurs était revenu avec des sardines gentiment données par les pêcheurs. Il nous invite et nous allons déjeuner tous les quatre en célibataires. C’était très agréable et sympa. Demain matin, il est prévu une pêche aux coquillages. Je vais apprendre. Je rentre juste avant un gros grain qui tombe dru ! Le soir il y a un ciel étrange. C’est la pleine lune, parfaitement visible, avec autour un halo très net à deux mains bras tendu. Près de la lune brille la seule étoile visible, puis un grand vide et ce halo surprenant. Je n’en avais encore jamais vu un comme ça. C’est très beau.

Le 17.07.2008
Un peu avant 8h, je suis à l’extrémité du ponton. Il fait un peu plus frais que la journée. Le ciel est gris. Des nuages flottent sur les montagnes. J’attends Hervé et Jean-Claude pour aller à la pêche aux coquillages. J’ai pris des chaussures pour marcher dans l’eau et un sac en plastique pour mettre les prises.
Ils arrivent. Je monte dans l’annexe, assis sur un boudin. Jean-Claude a un moteur puissant et il met les gaz. L’annexe déjauge et nous avançons vite le long de la côte pendant quelques minutes. Nous jetons le grappin au-dessus d’un herbier. Il y a 40 centimètres d’eau. On voit les herbes et des coquillages entre. Certains sont vides. Mais beaucoup sont pleins. Il y a des moules, des praires, des huîtres, des escargots, et d’autres coquillages dont j’ignore le nom. En fait il suffit de laisser la main explorer entre les herbes, à la base et l’on sent les coquillages. On sent aussi souvent les oursins. Heureusement ce sont des petits et leurs piquants ne sont pas trop rigides et piquants. Nous pêchons pendant une demi-heure ; nous en avons assez pour deux repas. Nous rentrons sur le bateau d’Hervé.Là, nous nettoyons les coquillages Puis Hervé les fait cuire sans eau dans la cocotte. Lorsqu’ils sont ouverts, nous enlevons les coquilles. Hervé prépare du riz et y rajoute les coquillages. Voilà de quoi manger de façon économique et gourmande, avec un petit vin espagnol.
Nous parlons de navigations. Hervé navigue depuis longtemps. Jean-Claude aussi et a déjà fait un tour du monde. Moi je débute. Chacun raconte des histoires. On parle des vols et des attaques qui ont défrayé les chroniques, des histoires de drogue aussi qui sont fréquentes ici !
On n’a pas le temps de s’ennuyer au Vénézuéla. Dans certaines histoires, les flics sont et flics et truands… C’est un monde où les frontières ne sont pas nettes !
Après le café, nous nous séparons. Je veux aller voir mes mails et mon compte sur internet. Ouf ! le virement pour les pièces détachées pour le moteur a été fait. Ça devrait arriver sur le compte du concessionnaire début de semaine prochaine au plus tard. Ce sera bon !
Pendant que je regarde sur internet au bar, le ciel se déverse en trombes !
Bernard passe en voiture, s’arrête pour aller au bureau et revient. Je lui demande s’il va bientôt à Carupano. Il y va demain.Je lui demande s’il peut m’amener pour aller voir l’atelier de mécanique, pour leur confirmer que j’apporterai les pièces après le 25. Pour acheter aussi du tuyau spécifique échappement pour refaire l’échappement du bateau. Le départ est prévu demain vers 7h.
Ce soir, après la pluie, j’entends dehors un vrai concert qui vient de la plage et des champs derrière la marina. Grenouilles et crapauds chantent à tue tête. Ça me rappelle la musique des crapauds buffle dans les rizières asiatiques. C’est lancinant. Ils n’arrêtent pas tant qu’ils n’ont pas trouvé un partenaire…

Le 18.07.2008
Je me réveille tôt. Une douche, un petit-déjeuner et je m’habille pour la ville. Je mets polo, pantalon et mocassins avec chaussettes. Je vais en ville et en plus avec Bernard. Effectivement lorsqu’il arrive à 7h, il est en pantalon et belle chemise.
La route en terre est de pire en pire avec des flaques boueuses qui remplissent et au-delà les nids-de-poule… La végétation gagne et commence à faire tunnel au-dessus de la route. Les deux côtés vont bientôt se rejoindre.
La route n’est plus bloquée à Campoma, pourtant les machines ont juste nivelé la terre, mais n’ont pas goudronné de nouveau… Nous arrivons à Carupano. Nous passons là où j’ai déposé mon moteur. Il n’est pas visible car il est chez le mécanicien, faute de place ici… Je préviens que j’apporterai les pièces après le 25.
Bernard me dépose au centre ville pour que je fasse mes courses. Il m’indique son dentiste et me donne rendez- vous à côté à 11h30.Je vais de magasin en magasin pour trouver du répulsif anti-moustique, des seringues anti-cafards. Je trouve le répulsif mais pas les seringues. J’avise un magasin de portable et j’achete un portable pas cher pour avoir un numéro vénézuélien avec une carte prépayée. Pour 50 euros j’ai le mobile et de quoi téléphoner un bon bout de temps au Vénézuéla. Mon numéro est : 00 58 416 8848 506.
J’achète fruits et légumes sur des étals dans la rue. Bernard vient à l’heure dite. Nous chargeons mes paquets dans sa voiture. Je suis dans le quartier du dentiste. Alors j’y reste pendant que Bernard va vaquer à ses occupations. Je vais déjeuner dans un restaurant chinois.
La cuisine n’est pas mauvaise, mais le goût est très adapté au Vénézuéla. Pendant que je mange, la salle se remplit, de couples, parents avec enfants, femmes seules.
Ensuite je cherche le cabinet dentaire pour une vérification et un détartrage. Je pense le trouver. Je rentre et trouve la secrétaire. Lorsque je lui dis le nom de la dentiste que je cherche, elle m’envoie plus loin dans un autre cabinet. Il n’y a pas de rendez vous, m’a prévenu Bernard. On passe dans l’ordre d’arrivée. J’arrive à 1h30. La secrétaire qui doit arriver à 14h, arrive à presque 15h. La dentiste arrive à 15h15. Heureusement que je suis le premier car j’ai rendez-vous avec Bernard à 16h, en bas. Je l’explique à la dentiste qui se met au travail. Elle met un masque mais pas de gants. Un vieux scialytique éclaire un peu. Elle prend une turbine avec jet d’eau. L’eau arrose la bouche, ce doit souhaiter la dentiste, mais aussi la poitrine et bientôt le coup… Puis l’eau s’arrête. La dentiste va changer le flacon car ce n’est pas de l’eau courante. Elle fait le détartrage, constate que tout est en ordre, me recommande des points de céramique sur des dents déchaussées… Je paye près de 15 euros. Bernard m’avait dit le prix et que se refaire faire des dents en céramique était une vraie bonne affaire ici.
Je retrouve Bernard. Il me conduit chez la ferreteria où je peux trouver les pièces pour faire un col-de-cygne pour l’échappement. Pendant ce temps , il va continuer ses courses car les magasins ferment à 17h. Je trouve le tuyau résistant à la chaleur en bouts de 1 mètre. Je ne trouve pas l’u pour le col-de-cygne. On va me le fabriquer en soudant des tuyaux inox pour demain. Je dis que je repasserai dans une semaine, ce sera prêt. Je trouve les gougeons et les colliers que je cherchais… Je ressors. Bernard est déjà là. Je monte et nous rentrons. En route un grain éclate. Il est de courte durée.À Medregal, il ne pleut pas. Super ! Je dépose mes affaires au bateau et je vais voir Olivier. Il bricole encore. Il me dit qu’il part demain matin avec Fred et prendra le bateau pour Margarita lundi patin pour prendre l’avion là-bas le soir…
Il n’a pas fini ce qu’il voulait faire dans le bateau, faute de temps, de courage aussi…
Nous discutons un moment. Je l’aide à rentrer son annexe. Nous nous verrons demain. Je suis triste à la pensée de son départ. Nous nous reverrons lorsqu’il sera rentré fin septembre…

19.07.2008
Bernard frappe à ma coque à 7h : j’avais oublié dans sa voiture des avocats achetés à Carupano.
Je me lève et fais le tour de ce qui est à Olivier sur le bateau pour lui rendre avant son départ : Quelques outils. Je vais lui apporter. Il termine de ranger. Je l’attends au bar. Il vient. Nous discutons un moment avec déjà la nostalgie due au départ. Fred arrive avec son épouse Mariela. Ils discutent avec Jean-Marc. Puis Fred vient. Je prends son numéro de portable pour si-besoin vendredi pour aller chercher Mimi.
Olivier s’en va. Nous nous sommes dit que nous reverrons fin septembre à son retour.
Hervé et Jean-Claude reviennent du marché de Cariaco. Nous discutons un moment. Jean-Marc nous relance pour son repas du samedi soir. C’est d’accord, nous irons tous les trois.
Je rentre au bateau. Il y fait chaud. Je trie des documents sur mon ordinateur et en jette quelques-uns à la corbeille, pour gagner de la place.
À 19h30, je vais au bar. Hervé et Jean-Claude ne tardent pas à arriver. C’est l’heure du repas, le cuisinier nous invite à passer à table. Le maître d’hôtel est en chemise blanche avec nœud papillon noir et veste noire. Le style ! Salade, steak au poivre frites et glace. C’est agréable, ça change et ça permet de dîner avec des copains. Nous discutons de navigation dans le coin. Jean-Claude qui est là depuis trois ans a installé des barreaux à ses panneaux de pont pour être protégé des voleurs, lorsqu’il est au mouillage et qu’il dort. C’est sûrement une bonne idée. Je regarderai dans mon bateau comment adapter l’idée. Aux mouillages, il reste s’il y a au moins deux bateaux, sinon il va plus loin.
Dieu sait comment, nous en arrivons à parler de la guerre d’Algérie. Hervé qui est plus âgé est le seul à l’avoir faite. Je dis qu’à l’époque, j’étais opposé à cette guerre et que j’avais prévu d’être déserteur et d’aller en Suède si besoin était. Hervé trouve ne trouve pas ma position défendable ; il pense que lorsque le pays est en guerre il faut participer. Je comprends sa position qui pourrait être la mienne pour une guerre juste, pas pour une guerre injuste…

Le 20.07.2008
Ce matin, je cherche de la documentation sur l’échappement moteur. Je trouve une vielle documentation Vétus. Le pot est différent, mais le principe est le même. Après une lecture attentive, je prends des mesures et en déduit la ligne de flottaison à l’intérieur du bateau. J’en conclus qu’il faut que je remonte le col-de-cygne de 50 centimètres, et que tout le montage existant était mal fait. J’ai des hauteurs de tuyaux à vérifier et à maintenir pour un bon écoulement.
Je fixe les gougeons pour préparer l’accouplement moteur-tourteau. Pour éviter qu’ils ne se dévissent, je les colle au Locktit.
Après déjeuner, je passe une couche de primer sur la partie de la coque ou peinture et antifooling étaient partis.
Ensuite je m’occupe de la seconde ancre et de sa chaîne pour parer au besoin d’empenneler en cas de vent très fort au mouillage. Je scie 5 mètres de chaîne et je trie des manilles adaptées. En cas de besoin, je pourrai attacher la seconde ancre et la chaîne à la chaîne de 60 mètres, juste derrière l’ancre principale. Une fois le matériel préparé, je le mets dans le coffre avant, prêt à l’emploi. J’aimerais ne pas avoir à m’en servir, mais il faut être prévoyant…

Le 21.07.2008
Je fais le tour du bateau et je vois un bon nombre de cadavres de cafards. L’acide borique commence à faire son effet. En plus le soir, je tue un certain nombre d’aventureux qui se baladent à ma vue.Je lis un moment, puis je vais faire les courses au bodegon d’à côté. J’achète de pain, du beurre, du coca en pensant à Mimi et des bières. La femme m’emballe les bières et comme j’avais les mains prises par les sacs, le mari me les porte, torse nu et le cigare aux lèvres. Nous longeons la plage, jusqu’à la marina.
Après la sieste, je vais sur internet. Je mets les textes du site à jour. Je ne peux m’empêcher de regarder les nouvelles sur google. Les articles sur Sarkozy sont nombreux. Il a fait ceci ou cela, il a fait voter les nouvelles dispositions constitutionnelles… C‘est toujours un hyper actif !Bon, ça me fatigue, je cherche dans la collection de CD du bar ceux qui m’intéressent pour les copier. Pendant ce temps, arrivent de nouveau navigateurs. Il y a du renouvellement, ces jours-ci. Certains sont partis, d’autres arrivent. Parmi les nouveaux arrivants, une famille française avec des post adolescents. Une jeune fille métisse est habillée d’un filet à large mailles. L’eau de la piscine est, avec dessous un léger maillot de bain string. Elle se met au baby-foot. Je la vois de dos, au travers de son filet ; c’est érotique.
Vu la chaleur, je vais me baigner. L’eau de la piscine est tiède, c’est super. Je nage, je fais fonctionner mes articulations, je me décontracte.
Je me sèche un moment après la douche et je retourne enregistrer de la musique.
Le soir, j’écoute les nouveaux morceaux. Il y en a de vraiment bien, surtout des brésiliens.

Le 22.07.2008
Mimi arrive bientôt. Je veux ranger le bateau, faire une lessive… je n’y arrive pas. Je lis « Le livre de saphir », un pavé qui me captive.
L’après-midi, je vais au bar et j’enregistre des CD de musique que je n’avais pas et qui me plaisent. Pendant ce temps, je discute avec deux jeunes français qui sont arrivés depuis peu. Ils m’empruntent une perceuse sans fil et je leur emprunte une disqueuse pour tronçonner du métal dans la gâte moteur en vue de faire la place pour le pot d’échappement.

Medregal villageMedregal villagePiscine de MedregalVotre serviteur à MedregalPiscine de Medregal

Puis je termine dans la piscine pour fuir les nonos, ces minuscules insectes qui mordent et laissent des démangeaisons durables. L’eau est agréable. Je nage quelques longueurs. Je passe la soirée à écouter la nouvelle musique.

Le 23.07.2008
Comme hier, j’ai du mal à m’y mettre. Je me prépare pour utiliser la disqueuse. En plusieurs fois j’arrive à enlever les pièces de métal que je voulais. Je dois laisser refroidir la disqueuse qui est brulante. C’est fait, mais le pot rentre à peine et touche l’accouplement. Je ne pense pas que ça aille….
J’appelle Mimi. Sa valise est prête, elle a hâte de venir. Demain elle déjeune avec tous les enfants. Je serai le seul absent, mais je penserai à eux ! Elle a les pièces de rechange pour le moteur.
Je range et vais faire une lessive avec les machines. La sécheuse ne donne pas un super résultat, mais c’est peut-être que je ne sais pas m’en servir…
Je finis de faire sécher le linge sur les filières du bateau. Je range en écoutant la musique et en faisant des pauses pour lire….

Le 24.07.2008
Aujourd’hui c’est jour de rangement. Tous les outils, les pots de peinture…
Ça suffit à m’occuper, avec des pauses pour terminer « Le livre de saphir ».
J’appelle Mimi pour lui souhaiter un bon voyage. Elle est avec les enfants, les siens, les miens, les nôtres. Elle me passe Sophie et Maxime un moment. Ça me fait plaisir de les entendre, car ça fait plusieurs mois que je ne les entendus.Mimi est prête pour demain matin. Moi aussi pour aller à Caracas.
En fin d’après-midi, je vais au bar, relever les mails et copier quelques CD. Je vois Hervé et Jean-claude qui va payer car demain il partira pour Puerto La Cruz. J’espère que je le reverrai plus loin, car il est vraiment sympa.Hervé reste encore une semaine avant de naviguer vers la Tortuga probablement.
Jean-Marc me dit que demain il me conduit à Cariaco en partant à 7h et que Fred me prendra là-bas et que nous irons ensemble chercher Mimi à l’Aéroport. Il y a environ 500 kilomètres sur des routes dont nous verrons l’état. Je vais voir des paysages nouveaux !

Le 25.07.2008
Réveil à 6h, douche et petit-déjeuner, je m’habille bien pour aller à la capitale retrouver Mimi.
Jean-Marc, m’emmène jusqu’à Cariaco, nous partons à 7h30. Là nous attendons Fred qui ne tarde pas. En route pour 550 kilomètres. Nous passons par Cumana, où habite Fred. Il doit passer par un garage pour une autre voiture. Nous repartons à midi. Nous longeons la côte. Nous voyons le golfe de Mochima, parsemé d’îles. C’est magnifique. La sécurité y est aléatoire. Il est recommandé de mouiller devant le village, pas ailleurs.
Nous passons dans Porto la Cruz, puis Barcelona, situées en bord de mer. Ce sont de grandes villes et il y a des bouchons qui nous prennent une heure. Il y avait un bout d’autoroute, au revêtement assez inégal. Puis la route à deux voies serpente dans la montagne. On ne peut aller vite à cause des camions lents. Il faut être prudent, à causse de la mauvaise qualité de la route, et surtout à cause de la conduite des Vénézuéliens. Lignes jaunes et feux rouges ne sont considérés que comme des indications, facilement transgressables. Les voitures doublent aussi bien sur la droite que sur la gauche. Non sans klaxonner ! Le klaxon n’a pas le temps de rouiller ici, il sert ! Il y a peu de police, je n’en ai pas vu. Il y a beaucoup de ralen tisseurs, très raides et non signalés. Il faut bien observer la route ! Il y a un bon nombre de barrages de la garde nationale. Les gardes sont lourdement armés et ils arrêtent parfois et laissent passer le plus souvent. Fred arrive à un barrage à vive allure. Un garde lui fait signe de s’arrêter. Ilpile. Le garde lui demande de l’argent pour acheter quelque chose à manger car son frigo est vide. Fred lui répond que ça tombe mal car son porte-monaie est aussi vide que son frigo. Le garde rie et le laisse partir… La corruption ne marche pas à tous les coups….
Nous approchons de Caracas, très grande ville de 7 millions d’habitants coincée dans trois vallées. Sur les flans des collines, grimpent les bidon-villes.

Petare, bidonville de CaracasPetare, bidonville de Caracascollines de CaracasCaracas

L’un qui s’appelle Petare compte environ 2 millions d’habitants. Les barraques entassées les unes sur les autres, ne laissent aucun espace libre. Il ne ferait pas bon s’y avanturer. La drogue et le crime y sont répandus.
Nous prenons le périphérique bien plein. Caracas est à 900 mètres d’altitude. Nous redescendons vers la mer. L’aéroport est à 30 kms, en bord de mer. Nous arrivons un peu avant 18h. L’avion de Mimi est arrivé avec 15 minutes d’avance ! Juste le temps de manger un poulet frite dans un Mac Do…
J’attends Mimi. D’autres passagers passent, pas Mimi. Puis je l’apperçois au contrôle. Elle est retenue pour une fouille des valises. Zut ! Pourvu qu’on ne lui demande pas de payer des taxes de 100% sur les pièces pour le moteur… Le douanier ouvre la valise. Mimi a mis sur le dessus des livres et des fromages français. Les fromages sentent fort. Si fort que le douanier demande ce que c’est. Il est découragé d’aller plus loin, il referme la valise et Mimi passe ! Ouf ! La voilà avec son chariot.

Mimi de retour!

Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, heureux de nous retrouver.
Nous reprenons la voiture. Le soir il y a encore beaucoup de voitures sur le périphérique. Plus tard les voitures se font moins nombreuses et la nuit la route est à nous ! Fred roule vite. Il fatigue et nous nous arrêtons à Cumana pour dormir chez lui à 1h du matin. Sa maison est dans un quartier chic, fermé par une barrière avec gardien ! Toutes les maisons ont des grilles d’entrée et des grilles aux portes et fenêtres…
Nous nous couchons avec plaisir. Fatigués et heureux de nous retrouver !

Le 26.07.2008
Nous nous réveillons avant 8h. Fred en est au café. Nous prenons un café aussi. Mariela, son épouse, nous prépare des arépas au fromage et au jambon, avec un ananas mixé avec des glaçons ! C’est super, très bon ! Une bise à Mariela et nous partons pour Medregal. Une heure et demie de route et nous arrivons à la marina.
Mimi découvre. Nous portons les affaires au bateau. Mimi doit retrouver ses marques.
Je prépare à manger. Puis nous allons faire une sieste réparatrice. Histoire aussi de nous retrouver chez nous dans notre cabine !
Nous revenons vers la piscine. Aujourd’hui il y a des Vénézuéliens à l’hôtel. Ils sont au bord de la piscine. Ils sont presque tous et toutes obèses, avec sodas et mille choses à grignoter…
Jean-Marc avait fiat un devis pour une famille qui voulait louer l’établissement pour faire une fête. Mais la proposition ne s’est pas concrétisée. Les familles font une grande fête pour les 15 ans de leur fille. Elle est nubile, alors la fête est somptueuse. Souvent la famille offre à la fille une opération chirurgicale : une augmentation de la poitrine. Déjà à 13 ans, les filles se font offrir une autre opération, un modelage des sourcils… Ici la chirurgie esthétique est très répandue et pas onéreuse….
Le soir nous dînons au restaurant de l’hôtel, avec Hervé, Vanessa et David, des navigateurs.
Nous passons une soirée bien agréable. Mimi est à côté de Vanessa et parle souvent de choses de femmes. Vanessa et David sont partis, il y a deux ans. Ils font du charter dans les Antilles pour remplir la caisse de bord. Il rentre en France mardi, pour deux mois pour revoir famille et amis.Ils ont trente ans et sont très sympas.
En voyage, il est facile de nouer des relations avec des gens d’âges très divers est très agréable.
Le couple me fait penser à nos enfants. Ils sont plus aventureux. Ils sont partis avant 30 ans pour un temps indéterminé. Ils sont capables de naviguer et de gagner leur vie en cours de route.

Le 27.07.2008
La journée passe calmement. Mimi range ses affaires. Elle fait du ménage pour mettre à niveau ce que je n’avais pas fait assez. Elle se met en chasse des cafards. Elle fait le tri dans les équipets de nourriture. Des paquets de pâtes sont infestés de jeunes insectes et d’œufs. Mimi jette, trie, nettoie, ce que je n’avais pas vu…
Nous passons de bons moments à parler. Elle me donne des nouvelles de nos enfants, comment va chacun, ce qu’il fait… Je suis heureux d’avoir de leurs nouvelles.
Elle me raconte ses trois mois en France, les amis qu’elle a vus, la famille, ses sorties…
Elle a bien profité de son séjour, de Paris, de Marseille, de Vichy. C’est super !
Voilà comment le temps passe agréablement.

Le 28.07.2008
Mimi va sur internet avec son ordinateur et s’installe sur Skype. Elle entre en contact avec l’une de ses filles qui vient d’arriver à Dubaï, où elle travaille déjà. Avec la caméra, on se voit. C’est super d’abolir ainsi les distances !
Après déjeuner, je fais la sieste. Mimi n’arrive pas à dormir. Il lui faut s’habituer à la chaleur. Elle prend douche sur douche. Elle est aussi la cible des petits nonos qui la bouffent près du bar. Heureusement sur le bateau, il n’y en a pas. Il n’y a que des mouches, mais elles sont bien collantes !
Fred passe et nous apporte du pain, meilleur que celui que l’on trouve au bodegon. Il est meilleur mais tout mou.
Je vois Jean-Marc. On convient d’un départ à 7h pour Carupano. Hélas il n’a plus d’autre place dans la voiture. Moi qui voulais y aller avec Mimi… Je ferai les courses seul pendant qu’elle restera à la marina.
Nous nous rattraperons bientôt, après que le moteur sera réparé. Nous irons en excursion en car dans le pays, probablement vers la Guyane vénézuélienne…

Le 29.07.2008
Je me réveille tôt pour aller à Carupano. Mimi se réveille aussi. Je regrette qu’il n’y ait pas de place pour qu’elle vienne avec moi. Je la laisse et je pars. La route se passe bien, malgré les ornières et les nids-de-poule. La voiture chinoise de Jean-Marc a une suspension ferme qui nous propulse vers le plafond à chaque inégalité importante que le chauffeur n’a pu éviter.
Arrivé en ville, nous passons au garage. Avec le mécanicien, nous pointons la liste des pièces de rechange. La liste est complète. Le mécanicien me dit que le moteur sera prêt dans une semaine. Super !
Puis Jean-Marc se gare en centre ville dans un parking gardé. Il laisse ouvert le coffre pour que je puisse rapporter les courses si j’ai besoin. Lui et son épouse vont leurs courses.
Je vais acheter des fruits sur des étals dans la rue. Par endroits il y en a qui se touchent. Chaque vendeur a quelques fruits, le voisin, d’autres. Les papayes sont très grosses. Les mangues aussi, comme les avocats. Les fruits de la passion embaument. Il y a des grappes de petits fruits qui ont une peau verte et lisse. À l’intérieur, il y a une pulpe blanche et un noyau noir comme les litchis. Il y a quelques fruits que je ne connais pas. Je reviens chargé à la voiture. Je retourne acheter des légumes au hasard des rues. Je retrouve Jean-Marc. Nous allons à la ferreteria pour prendre les pièces que j’avais commandé pour refaire un échappement avec un bon col-de-cygne. À peine entré, le vendeur me reconnaît et me salue joyeusement. Il va me chercher ma commande. Je paye et je mets les affaires dans la voiture. Je vais non loin pour du matériel électrique. Je veux des ampoules, des fusibles, des cosses.Les ressources sont limitées. Je trouve une partie de ce que je veux. Le reste, ce sera pour ailleurs…
Puis je vais manger au resto chinois, Mais pas dans le même que Jean-Marc ; je n’ai pas bien suivi ses indications. La salle se remplit et à côté de moi il y a 4 couples amis à une table. Ils ont fini le repas et discutent. Ios ont devant eux 40 bouteilles de bière vides ! Il fait chaud, mais quand même !
Après le repas, je vais dans un supermarché. J’achète du produit anti-cafard en seringue et de la viande.
Je rentre au parking avant l’heure du rendez-vous de 3h. Jean-Marc revient et nous partons. Il s’arrête encore pour quelques courses. Il va voir le mécanicien chez lequel il a laissé le moteur du travel lift. Le mécanicien fait une liste impressionnante de pièces à acheter pour refaire à neuf le moteur. Une fois les pièces trouvées, il demande une semaine de délais…
Les bateaux qui veulent sortir ou être à terre auront encore à attendre…
Pendant le retour, la fillette de Jean-Marc, Januaria, Qui à 6 ans, me raconte plein de choses en français. Tout ce qu’elle aime manger y passe. Elle révise son français et moi mon espagnol. Elle est vive, intelligente et malicieuse. Je ne vois pas le temps passer, je suis sous le charme. Ah, j’aimais bien lorsque mes enfants étaient petits et que nous nous racontions mille choses !
Je rentre et retrouve Mimi qui a fait du ménage dans le bateau ; elle est vannée ! Chaleur et activité ! Elle a bien transpiré et elle à pris plusieurs douches dans la journée.
Hervé est passé et lui a donné des sardines que des pêcheurs lui ont donné.
Mimi prépare les sardines, fourrées avec des aromates. Moi je les fais cuire. Hervé passe pour me demander des renseignements. Il reste dîner. Il nous parle du site que tient son épouse et qui relate leur voyage : « Les aventures de Papa dJo » Le site est vivant, avec de belles photos et même des recettes de cuisine essayées par Evelyne. C’est un site à voir !
Nous passons une soirée agréable, jusqu’à temps que Mimi tombe de sommeil. Hervé rentre et nous allons dans les bras de Morphée.

Le 30.07.2008
Pour le petit Mimi fait des arépas. Nous sommes dans la couleur locale, au moins. Et en plus c’est bon, bien chaud ! Nous discutons de voyage en bateau. Mimi est revenue pour moi, dans l’intention de voyager un an avant de revoir la France et ses enfants. Ensuite, elle aimerait voir le Brésil, ce sera une autre année… Nous discutons une bonne partie de la matinée. Nous avons été trois mois sans discuter, alors nous nous rattrapons… L’après-midi, les nonos passent à l’attaque et nous croquent à belle dents. Nous nous réfugions sur le bateau. Même en hauteur il y en a encore. Je fais une lessive. Dans la buanderie, ils sont là aussi en embuscade !
Le soir apporte le calme ; il était temps ! Mimi est exaspérée. Un superbe coucher de soleil illumine le ciel. Ensuite c’est le grand calme de la nuit. On n’entend que le chant de quelques grillons sous les étoiles.

Le 31.07.2008

C’est l’anniversaire de Mimi, aujourd’hui ! Elle est coquette et ne veut pas dire son âge. Pourtant elle ne le paraît pas ! J’espère qu’il y en aura plein d’autres que nous passerons ensemble !
Ce matin, je bricole de l’électricité à la table à carte et Mimi fait de la cuisine.
L’après-midi se passe autour de la piscine en alternance avec internet. Mimi arrive à converser avec ses filles sur skype. Elles lui souhaite bon anniversaire.
A cette occasion, elle me fait remarquer que je ne lui ai pas souhaité. Moi je souhaite les anniversaires le soir, elle le fait le matin. J’ai tout faux…
Le soir nous faisons un dîner à deux avec bougies, foie gras et champagne espagnol.

Le 01.08.200
Hervé nous avait proposé la veille d’aller à la pêche aux coquillages, avec lui, à 8h. Mais nous sortons du lit plus tard. Après sa pêche, Hervé vient avec un sceau rempli plus qu’à moitié de moules, coques, praires, huîtres et escargots. Il nous en donne une bonne moitié. Je les lave et les fais cuire.
Alors qu’il faisait beau ce matin, l’après-midi, un déluge s’abat sur Medregal. Une vraie pluie tropicale, avec de grosses gouttes. Mimi est au bateau et moi je suis sous une paillote près de la piscine. Je me trouve coincé là, mais en agréable compagnie. Je suis avec Marion, qui voyage avec son mari, Christophe, et ses trois jeunes enfants. La famille très sympa voyage depuis quelques années en travaillant dès qu’ils peuvent pour remplir la caisse de bord. Aux Antilles ils ont bien travaillé. Maintenant ils comptent aller visiter l’intérieur du pays en car et en logeant chez l’habitant. Les enfants sont une bonne carte de visite pour voyager et se faire héberger.À chaque fois que je rencontre un jeune couple en voyage, je repense au temps où j’avais 35 ans et où je voulais partir avec femme et enfants. Je n’ai jamais réussi à convaincre la mère de mes enfants. Peut-être pour cela que mes enfants ne bougent pas beaucoup, ne sont pas très aventureux…

Marion et ChristopheMarion et Manech
Je finis la lecture du bouquin de Khadra qui raconte son enfance et la vocation d’écrivain. Ses descriptions de l’Algérie, des rapports familiaux, des rapports dans l’armée, sont terribles. Que de dureté de la part de gens qui en appellent toujours à des valeurs qu’ils ne respectent pas eux-mêmes.

Le 02.08.2008
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Zahra, l’une des filles de Mimi. Bon et joyeux anniversaire ma chérie ! Profite bien de ta jeunesse !
Nous partons à 8h pour le marché de Cariaco. Nous sommes une douzaine à l’arrière de la camioneta, sur les banquettes de bois. Les cahots de la piste nous font sauter et retomber sur les plates de bois.

Vendeuse d’arepasDans la camionetaFruits achetés au marchéRue de CariacoRue de CariacoRue de CariacoRue de CariacoRue de CariacoVoiture hors d’âge
Le marché est animé, avec beaucoup d’étals et de petites gargotes ambulantes qui proposent des empanadas, des arepas et des beignets. Nous achetons des fruits, orange, fruits de la passion, bananes, de petits fruits verts qui ont une pulpe autour d’un noyau,. Le marchand nous fait goûter. C’est sucré et acidulé.La chair est moins ferme que les litchis, mais ça ressemble un peu.
Nous prenons des légumes ainsi que des racines, du manioc et une autre racine blanche à l’intérieur. Nous goûterons. Plus loin nous nous laissons tenter par des poissons. La poissonnière nous les prépare en les débitant en tranches obliques à frire.
Au retour nous dégustons un avocat fondant dont chaque moitié est plus grosse qu’un avocat entier que l’on achète couramment en France. Nous mangeons les coquillages cuits hier en salade. Que c’est bon !
Après le repas, nous discutons et Mimi me reproche de ne pas faire assez de ménage dans le bateau. Je sens que ça la travaille, alors que moi, je n’ai pas le même seuil de tolérance.
Elle évoque une possibilité qu’un jour elle en aie assez et qu’elle s’en aille. J’espère bien que non. Mais c’est vrai que c’est une appréciation des choses très différente. Lire un bon livre ou me promener passe avant le ménage sans que le bateau soit un capharnaüm pour autant. Il est vrai que je tolère les cafards, pas Mimi…
Il se remet à pleuvoir, avec un vent plus soutenu que la veille. Les nuages noirs ont obscurci le ciel. Ici le temps change très vite, en quelques minutes, plusieurs fois par jour….
C’est samedi et il fait très chaud. Mimi et moi allons autour de la piscine. Elle va sur internet. Moi j’ai envie de profiter de l’eau. Elle me rejoint. Nous nageons. Elle a peur de nager où elle n’a pas pied. Je la rassure et je lui dis que je vais nager à côté d’elle. C’est d’accord. Elle nage entre le bord de la piscine et moi. Elle est tout étonnée d’atteindre l’extrémité sans paniquer !
Nous refaisons une longueur et elle est apaisée, elle n’a plus peur. Voilà une bonne chose de faite !
Je reste dans la piscine et je discute avec trois Vénézuéliens. Ils se présentent : Jesus, fils d’émigré espagnol et d’une vénézuélienne, Hicham, fils d’un Libanais et d’une vénézuélienne et Samir, fils d’un Syrien et d’une vénézuélienne. Ce dernier ne parle qu’espagnol. Hicham parle pas mal l’Arabe en plus de l’Espagnol. J’appelle Mimi et ils parlent en arabe, très contents d’échanger dans leur langue.

Jesus, HichamLes motards en tenue

Jésus est commerçant, président d’un club de motards. Il prépare des randonnées pour les week-ends et ils partent en groupe de copains. Ils ont tous trois de belles motos, avec chromes et accessoires en cuirs. Deux sont divorcés et tous trois se consacrent à leur hobby. Nous discutons dans l’eau tiède de la piscine. Ils m’offrent un verre de whisky avec des glaçons que nous buvons dans l’eau, non sans avoir échangé des « Salud » en cognant nos verres. Ils sont intrigués par le monde de la voile et posent plein de questions. Ils s’étonnent que l’on puisse vivre à bord. Ils demandent si le soir je jetais l’ancre pour dormir en traversant l’atlantique, si je faisais la cuisine… Jesus connaît plus le monde de la voile car il s’est fait un ami canadien qui navigue et lui a expliqué ce monde différent. Ils sont en admiration tous les trois. Ils habitent Porto La Cruz et nous donnent leurs coordonnées. Ils nous invitent lorsque nous passerons par là. Hicham est boulanger, il fait tout sorte de pain dont du pain français ! Jésus a un magasin d’électricité et il m’indique quelqu’un qui pourrait réparer mon régulateur de tension pour panneaux solaires.
Nous passons l’après-midi dans la piscine à discuter très agréablement.
Vers 20h, nous passons à table au restaurant. Nous nous installons sur une grande table avec nos copains vénézuéliens et les navigateurs français. Les discutions vont bon train. Je fais des progrès pour bien comprendre l’espagnol, malgré l’accent vénézuélien. Pour le parler, c’est encore lent, je manque de vocabulaire et de grammaire. Ça revient peu à peu…
Nous rentrons à bord vers 11h.

Le 03.08.2008
Pendant que Mimi reste au bateau, profitant de la fraîcheur, je vais voir mes copains vénézuéliens qui doivent partir ce matin. Nous parlons moto pendant leur petit-déjeuner.
Ils m’expliquent que le permis est nécessaire pour conduire, mais qu’il n’est pas nécessaire de passer l’examen, qu’il suffit de payer la taxe. Sur la route, il y a peu de contrôle. Si une autorité vous arrête en état d’ivresse, il vous fait la morale, parfois vous demande un peu d’argent et vous laisse repartir… À chacun ses coutumes…
Voilà, c’est l’heure de remettre les tenues de motard et de partir. Nous faisons les dernières photos après avoir échangé nos adresses mail. Les moteurs démarrent en faisant un bruit sourd et fort car les pots sont trafiqués. Malgré cela Jesus met sa musique de bord fort et ils sont partis. Nous nous reverrons à Porto La Cruz ! Bon voyage !
Je reste discuter au bar avec Hervé et Thomas.

Hervé et Thomas

Marion vient sur internet. Le courant étant coupé, je lui propose de recharger sa batterie à bord. Elle va voir Mimi qui souffre de la chaleur. Son corps peine à s’adapter à la chaleur ambiante qui est toujours autour de 30° à l’ombre.
Christophe se joint à nous, avec les enfants en garde. Les deux plus grands vont dans la piscine. L’un y trouve un verre cassé. J’y vais pour ramasser tous les bouts de verre qui pourraient blesser les pieds. Après j’en profite pour nager et les enfants jouent avec moi. Ils veulent monter sur mon dos et me faire couler. Lorsque j’ai la tête sous l’eau et que je relâche de l’air, ça les fait bien rire. Je repense au temps où je jouais avec mes enfants petits.
Christophe et Marion s’occupent très bien de leurs enfants qui sont ouverts et éveillés. Ils forment une bien belle famille !
Pour eux aussi c’est l’heure du départ ; ils vont un peu plus loin dans le golfe avant d’aller faire le plein à Cumana puis d’aller dans les îles des Roques pour trois semaines.
Nous passons l’après-midi à bord à bouquiner.
Hervé passe à bord. Il cherche un renseignement en électricité, mais ce n’est pas un domaine où je brille par mes connaissances. Il nous propose d’aller visiter des grottes assez proches. Nous tombons d’accord pour mardi. Nous irons avec son voilier jusqu’à un village, après il y aura deux bus à prendre…

Le 04.08.2008
Mimi est réveillée tôt. Moi je ne parviens pas à émerger avant 7h30. Je prends une douche et Mimi va se baigner à la piscine. Maintenant qu’elle n’a plus peur pour nager, on ne la retient plus ! La matinée passe vite en farniente. Finalement l’après-midi aussi, Carupano. Il ira demain et passera voir mon moteur qui devrait être prêt cette semaine.

Le 05.08.2008
Mimi me dit que les fruits attirent des moucherons dans le carré. Je fais un nouveau filet pour l’accrocher sous les panneaux solaires, à l’ombre et à l’air. Nous verrons bien si le résultat est meilleur pour la conservation et le confort.
Hervé est allé à Carupano avec Jean-Marc dans le but de faire tourner une bague pour une pièce de sa barre à roue. Jean-Marc doit regarder pour mon moteur.
Le soir à son retour, j’apprends que mon moteur est prêt et qu’il tourne bien. Le mécanicien a eu du travail car l’intérieur était bien rouillé par l’eau de mer. Il a pris des photos. Hervé me dit qu’à son avis, l’eau est entrée par la pompe à eau car il faut un col-de-cygne sur le tuyau pour que l’eau ne puisse pas rentrer dans le moteur une fois le moteur arrêté. Il a cassé trois fois son moteur avant qu’un mécanicien tunisien ne lui dise et ne lui installe un col-de-cygne qui résolve le problème définitivement…
Le soir nous confirmons notre intention d’aller le lendemain avec Hervé visiter les grottes de Caripe. Départ à 7h30.

Le 06.08.2008
Mimi est réveillée avant le lever du jour et ne parvient pas à se rendormir. Nous sommes prêts avant 7h30. Nous retrouvons Hervé sur le ponton. Il vient nous chercher en annexe. Nous montons à son bord. Nous levons l’ancre. Hervé s’occupe de l’ancre et Mimi est à la barre et aux commandes moteur.

Mouillage à MedregalMimi à la barre de Papa Djo

L’ancre relevée, nous allons le long des côtes vers le fond du golfe de Cariaco. La côte est parsemée de maisons et de temps en temps de villages. Nous passons au large de Guacarapo. Trois bateaux sont à l’ancre devant le village. Là c’est réputé sans risque. Nous traversons pour l’autre rive. Nous approchons de Muelle. Deux bateaux sont à l’ancre. Nous nous approchons de celui d’Eve et de Michel. Ils nous disent l’endroit où ils ont laissé leur annexe sans risque. Finalement Hervé décide de la laisser dans un autre endroit où il l’avait mise un autre jour. C’est au pied de la maison d’un pêcheur qui nous accueille et va chercher un piquet pour attacher le bout. Il va nous la garder et nous assure qu’il n’y a pas de risque. Nous lui disons que nous allons voir les grottes. Il nous fait traverser sa maison pour atteindre la rue et nous dit de repasser par là au retour, qu’il a confiance !
Nous partons à pied dans le village. Il fait chaud à 9h30. Les gens sont en short et tee-shirt. Ils nous regardent passer et nous disent bonjour. C’est un village tranquille de pêcheurs. Les maisons sont petites et peintes de couleurs vives. Certaines ont des décorations sur les murs ; d’autres des slogans politiques pour Chavez. Nous remontons jusqu’à une pompe à essence. Là il y a un embranchement où nous devrions trouver une camioneta. Effectivement on nous indique celle qui va à un premier village où nous devrons changer de camioneta pour Caripe.
Mais un autre conducteur de camioneta vient nous voir et nous propose de nous y emmener directement. Bien sûr que nous sautons sur l’occasion, sans penser à demander le prix.
Nous faisons les 70 kilomètres de route, assez bonne. Elle passe d’une montagne à l’autre avec de chaque côté une végétation exubérante. Il y a des arbres colonisés par des fougères, des orchidées, toutes sortes de plantes saprophytes. Des mousses pendent des branches. Des fruits aussi car il y a des manguiers, des bananiers, des avocatiers, perdus dans les autres arbres. Plus loin nous arrivons à une plaine avec des exploitations agricoles et un village. Puis ce sont encore les montagnes avec des arbres plus hauts, très majestueux.

Une camionetaVégétation luxuriante
La camioneta s’arrête sur le parking des grottes. Le chauffeur nous attends pour le retour. Nous allons prendre un ticket, quelque ravitaillement et nous louons des bottes qui sont recommandées. Nous sommes prêts. Pendant que le guide attend qu’un groupe suffisant se constitue nous allons voir les étals artisanaux.nous goûtons une pâte de mangues délicieuse. Plus loin ce sont des boules ce cacao très pur. Que c’est bon ! Nous voilà avec quelques provisions en plus !
Mimi regarde des petits bijoux. Elle prend un collier de perles et de coton et une croix en corne de vache avec des incrustations de métal.
Le guide nous réclame. Nous entrons dans la grotte par une ouverture monumentale haute de plus de 20 mètres, entourée de végétation. Il fait une obscurité totale. Le guide a une lampe à gaz. Dans la grotte règne un boucan d’enfer. Des oiseaux crient. Je pense à des chauves-souris. Les bottes sont utiles parce que le sol est humide et parsemé de crottes d’oiseaux.
L’odeur est forte. À un endroit, on voit un jeune oiseau au sol. Il est sorti du nid et ne sait pas voler. Plus loin on en vit un autre à demi mangé par les rats. Effectivement plus loin on voit des rats qui se sauvent devant le groupe.
Les oiseaux sont des guacharos. Ils sont marron et ressemblent à des engoulevents. Ils sont nocturnes. Ils sortent la nuit et vont manger des fruits de palmiers. Ils rejettent les graines qui graines qui germent dans le guano humide qui recouvre le sol. Les graines poussent et atteignent une trentaine de centimètres. Comme elles manquent de lumière, les pousses sont blanches. Puis elles meurent et d’autres germent… Le sol est jonché de graines orange et rouge que les oiseaux laissent tomber.
Nous avançons dans l’obscurité. La première salle a une voûte à plus de 30 mètres. Il y a d’énormes stalactites. Les cris des oiseaux résonnent. Mimi a peur. Je lui prends la main. Nous avançons. Il y a des marches pour passer un couloir plus étroit. Mimi a peur et ne veut plus avancer. Le guide lui prend la main et elle suit. Nous voyons des draperies de calcaire magnifiques. Par endroits stalagmites et stalactites se sont rejointes et forment des piliers. Nous prenons des photos. Nous poursuivons jusqu’à une salle que les oiseaux n’ont pas colonisée. Mimi préfère le silence aux cris d’oiseaux. La partie visitable se déroule sur 1,250 kilomètre. Nous avons mis une heure et quart pour l’aller. Le retour ne prendra que 25 minutes . La grotte vaut vraiment la visite ; pour les oiseaux et pour la beauté des concrétions. En ressortant on est aveuglé par la lumière. La végétation est superbe. Il y a des fleurs en forme de grandes trompettes. Nous rendons les bottes après les avoir nettoyées dans un cours d’eau.

Mimi et la concressionGrotteMimi et le guideUne belle concressionLa sortie en vueEnorme fleurLa colo!

Il y a une colonie de vacances qui est là avec les enfants en tee-shirt jaune et les moniteurs en bleu. Il y a bien une centaine d’enfants. Les moniteurs les font jouer des instruments de musique et chanter. C’est joli à entendre.
Nous remontons dans la camioneta.Nous refaisons la route avec deus jeunes suisses qui voyagent sac à dos pour visiter le Vénézuéla en 5 semaines. Ils nous font voir des photos de l’Orénoque et des Indiens. C’est très beau dans une nature sauvage, avec serpents et moustiques. J’ai envie d’y aller. Mimi a peur….
Arrivés à Muelle, le chauffeur nous demande 50 bolivars (10 euros) par personne. C’est plus cher que ce qu’un guide annonçait. Je cherche de l’argent et je m’aperçois que j’ai presque tout dépensé et que je n’ai pas assez. J’ai des euros et des dollars. Le chauffeur n’en veut pas. Je vais voir dans un magasin qui ne veut pas faire le change. Le chauffeur se contente de ce que nous avons, déjà ravi de ce qu’il a.
Nous retournons par la maison du pêcheur qui nous retient pour manger une soupe au poisson. Nous discutons. Il s’appelle Jesus. Sa femme et ses 5 enfants sont en vacances dans de la famille. Lui est avec des amis. Ils boivent du rhum. Ils ont une bouteille vide et en entame une pleine. Ils nous en offrent et nous y goûtons. Il set bon, mais pas très parfumé.

Jesus nous acceuille à MuelleLa maison de JesusLes enfants viennent tenter des affaires…Le retour

Nous sommes touchés par cette gentillesse simple, mais nous devons rentrer pour naviguer de jour le plus possible. Nous remontons sur le bateau et rentrons. La nuit vient vite. Nous continuons de nuit et arrivons dans le noir à Medregal. Les bateaux à l’ancre n’ont aucune lumière.Nous les apercevons en étant tout près. Nous jetons l’ancre. Nous n’avons mis qu’une heure et demie pour revenir, car le courant était avec nous. Hervé nous raccompagne au ponton. Nous sommes ravis de la journée.
Nous nous endormons vite, bien fatigués.

Le 07.08.2008
Mimi s’est encore réveillée avant le jour et ne s’est pas rendormie.
Je vais voir Bernard pour voir quand il ira à Carupano et pour savoir s’il pourra m’emmener et rapporter le moteur. Ça tombe bien il y va demain, mais il ne revient que samedi midi. Je partirai avec lui demain et il chargera le moteur et le rapportera samedi. Moi je vais voir Roland qui doit lui aussi aller à Carupano. Il pourra me ramener c’est parfait.
Il fait chaud ! Mimi fait la sieste dans le cockpit pour récupérer de son réveil matinal.

Le 08.08.2008
Pendant que les jeux olympiques débutent, je vais à Carupano, de bonne heure, avec Bernard.
Les bords de route sont de plus en plus envahis par la végétation. Nous allons chez le mécanicien. Le moteur est là, prêt. Le mécanicien le met en route et le fait tourner à différents régimes. Il fait un beau bruit régulier. Il me montre des photos des pièces démontées avant et après le travail. Avant, les pièces sont rouillées sous l’action de l’eau de mer. Après, les pièces brillent. Je demande la facture. 3.000 Bolivars forts. C’est peu cher pour ce travail.
Bernard passera le charger samedi matin, pour ne pas risquer de se le faire voler durant la nuit, sur un parking. Bernard continue ses courses. Je discute avec le mécanicien, d’origine espagnole, galicienne. Il m’emmène en voiture au centre ville. Il a un pick-up Ford des années 70. Un 8 cylindres qui tourne au ralenti, avec un tapis en peluche sur le tableau de bord. Tout l’intérieur est bleu, très kitch ! Il me dépose au centre. Je vais faire quelques courses, fruits et légumes. Je vais à Cada, le supermarché de la ville. J’appelle Roland qui est aussi à Carupano et qui a proposé de me ramener. Justement sa compagne, Claire est dans le magasin. Je la retrouve à la sortie. Je dépose mes sacs dans leur voiture. Pendant qu’elle fait quelques courses, je regarde un homme qui harangue les passants. Il est très mobile, très engagé dans son discours. Il parle de Jésus qui est revenu pour nous… Un vrai acteur passionné. Quelques personnes l’écoutent, les autres passent et font leurs courses.
Au Vénézuéla, les tags et panneaux publicitaires sont rarement dédiés aux produits de consommation. Ils vantent les mérites des candidats aux élections lointaines, les bienfaits des actions du gouvernement, les consolations de la foi, de Jésus ! En somme, tous les espoirs possibles pour sortir de la pauvreté et des difficultés de la vie. Le rhum est une autre voie très pratiquée…
Après les courses, je vais au restaurant chinois avec Roland et Claire. Puis nous rentrons.
Je dépose les affaires au bateau. Je retrouve Mimi au bar, sur internet. Elle a fait connaissance d’une navigatrice française, Danielle. Elle a pu parler avec une femme, en français ! Elle ne rate pas une occasion, car elle se sent isolée par la langue, puisqu’elle ne sait pas l’espagnol.
Elles ont mangé ensemble au restaurant. Comme ça, elles ont passé un bon moment.
Nous discutons et Danielle et Hervé viennent se joindre aux discussions.Danielle qui a navigué neuf ans, appuie Mimi dans ses plaintes sur le bateau et la navigation. Ah, les femmes et la mer ! Ce n’est pas une histoire d’amour évidente, ou pas durable…
Les moustiques nous font nous replier au bateau. En hauteur, il y a plus de vent et peu de moustiques.

Le 09.08.2008

Je me réveille tôt. Pendant que Mimi écrit son journal, j’attends le moteur.
Mimi, depuis son retour, écrit son journal sur un joli carnet. Elle y fait des dessins. Pour l’instant elle ne reprend pas une écriture sur ordinateur. J’espère que ça viendra ; ou que je pourrais mettre sur le site des photos de son journal…
Hervé passe au bateau ; il apporte des sardines qui frétillent encore dans son sceau. Il en a demandé aux pécheurs qui lui en ont donné un sceau. Lui a donné deux paquets de cigarettes. Alors il fait la distribution. Il a même apporté une recette de sardine à l’huile que lui a donnée quelqu’un dans un port breton.
Mimi se met à faire la cuisine. Elle me fait une surprise : un tiebboudiène sénégalais en Amérique du sud !
Nous déjeunons vers midi, avant que n’arrive le moteur. C’est délicieux !
Effectivement, Bernard arrive vers 13h. Il m’aide à décharger le moteur.
Je vois que la sonde de température d’eau est cassée au ras du bloc-moteur. Il va falloir en trouver une autre. Elle a dû heurter le bord du pick-up ou la planche qui calait le moteur…
Roland vient à l’aide aussi avec un palan huit brins bien efficace, fixé sur la baume. Le moteur s’élève, monte sur le bateau. Je découvre le cockpit. Avec Roland, nous descendons le moteur dans la gâte, jusqu’à une vingtaine de centimètres de son emplacement. Alors nous mettons un bon moment pour refixer la cloche du volant moteur et l’inverseur. Et pour cause une vis mise par le mécanicien pour tenir le démarreur nous empêchait de visser l’ensemble. On redémonte, on enlève la vis et l’on remonte. Ça va bien. Maintenant, il faut faire l’accouplement avec le tourteau de l’arbre de transmission. Il y a quatre gougeons sur lesquels il faut faire entrer le bloc-moteur et l’inverseur. Il nous faut du temps et des efforts pour y parvenir. En vissant un écrou, puis un second, tout se met en place. Je serre fort pour que ça ne se dévisse pas de sitôt. Roland me laisse continuer. Je fixe les silentblocs. J’en ai fixé deux lorsqu’il se met à pleuvoir. Je referme le dessus de cockpit.
Mimi rentre et va préparer sur la plage les sardines pour lever les filets. Lorsqu’elle revient, elle sent la poissonnière. Elle va prendre une douche. Moi aussi après avoir transpiré sur la mécanique !
Ce soir, samedi, nous dînons au restaurant. Il y a du poisson. Il est très bon, c’est du thazar.
Nous dînons avec Danielle et Hervé et la soirée est agréable.

Le 10.08.2008
Ce matin, je me continue la fixation du moteur et le raccordement de l’électricité et du circuit d’eau. Je relève le col-de-cygne qui est sur l’admission d’eau à l’échappement pour qu’il soit plus de 40 centimètres au-dessus du niveau de flottaison.
J’attends Mimi pour déjeuner. Je l’appelle au téléphone. Elle ne répond pas. Elle est partie avec Danielle et je pense qu’elle est avec une copine et qu’elle passe un bon moment. Je déjeune et me remets au travail.
Avant de reprendre, j’appelle mon fils, Maxime. Il décroche. Il m’apprend que Sophie et lui vont enfin commencer leur entreprise début août, qu’ils ont obtenu un prêt d’une banque.. J’espère qu’ils vont y mettre toute leur énergie pour que l’entreprise décolle vite.
Mimi revient et s’étonne que je n’aie pas fini de bricoler. Elle m’annonce qu’elle n’est pas bien et qu’elle a décidé de rentrer à Paris, loin du bateau sur lequel elle ne se sent pas bien, qu’elle n’aime pas. Elle ne s’adapte pas. Elle a essayé quelques semaines et elle vient de prendre sa décision. Je suis abattu. Je sentais qu’elle avait du mal à s’habituer. Elle me redisait qu’elle n’aimait pas le bateau. Elle écoutait les histoires d’insécurité et elle avait envie de stabilité dans une maison.

Mimi fait la sieste sous la churataMimi à MedregalMimi près de la piscine
Elle me propose de m’attendre un an ou deux ans…Je ne sais que dire, je suis pris de cours, submergé par la peine. Mes espoirs s’écroulent.
Elle avait dit revenir pour une année, pour essayer et quinze jours plus tard, c’est fini…
Pour l’instant, je ne pense pas, je suis abattu, c’est tout… Il faut laisser le temps passer et voir ce que je ressens, ce que je veux, de que je peux faire. Continuer et combien de temps ? Vendre le bateau et revenir à la maison, arrêter le voyage ?
Pour l’instant, j’aime Mimi et le voyage et il semble que ce soit incompatible…
Je ne suis pas le seul dans ce cas parmi les navigateurs. J’espérais seulement que ce ne serait pas mon cas, que je n’aurai pas à choisir… Nous sommes au pied du mur, face à nos choix, face à ce qui nous fait vivre, à ce qui nous motive, ce qui nous rend heureux…
Triste soirée…

Le 11.08.2008
Je dors mal. J’avais lu avant de m’endormir, histoire de ne plus penser en rond. Je me suis endormi assez vite. Mais avant 3h, le bateau tremble assez fort comme s’il y avait un vent très fort latéral. Pourtant je n’entends pas de vcnt.
Mimi se réveille et me demande si j’ai senti les secousses, les vibrations. Je lui dis oui et puisque rien ne bouge plus, je me recouche. Je me réveille un peu avant le jour, avant 5h.
Je ne parviens pas à me rendormir. Je lis pendant que Mimi dort. Elle se réveille alors que j’arrêtais de lire pour essayer de me rendormir. Je vais prendre une douche et je rencontre José, le chef employé de la marina. Il me demande si j’ai senti le tremblement de terre. Voilà l’explication des secousses. Il me dit qu’à Cumana il y a eu quelques dégâts. Ici il n’y a rien.
Je reviens au bateau. Mimi a préparé le petit-déjeuner.
Après elle va sur internet, pendant que je range tous les outils. J’arrête les travaux jusqu’à son départ, puisqu’elle ne supporte pas le désordre et qu’elle ne sait ou se mettre pendant le bricolage.
J’aurai tout mon temps après… Je suis triste et résigné. Si Mimi n’est pas heureuse à bord autant qu’elle rentre chez elle, près de ses enfants et petits-enfants, où elle se sentira dans son élément, dans la stabilité. Divorces, guerres, émigration font qu’elle a un besoin irrépressible de stabilité.
Pour l’instant je n’arrive pas à envisager l’avenir. Je n’ai pas vocation à naviguer seul. Je le fais en cas de besoin, mais c’est toujours une source de risques accrus. Je n’ai pas envie de prendre des équipiers qui se révèlent souvent peu efficaces et plus encombrants qu’utiles.
Je ne me vois pas dans un appartement ou une maison loin de la nature, des rencontres du voyage.
Mimi et moi, nous nous aimons. Là est la complication… Sinon il y aurait séparation pure et simple et chacun irait vers son destin, vers ses choix.Mimi me dit qu’elle m’attendra. Je lui ai dit la même chose. La vie dira la suite. En attendant je suis triste et inquiet… Le soir, nous discutons comment passer au mieux les jours qui nous restent ensemble.Nous choisissons d’aller dans les Andes vénézuéliennes, A Mérida il y a un téléphérique qui part de 1600 mètres et en 5 stations, peut nous emmener à plus de 4700 mètres. Dans les vallées il y a des villages indiens qui vivent hors du temps d’agriculture et d’artisanat. Nous pouvons passer de la saison des pluies tropicales au climat de montagne !

Le 12.08.2008
Nous nous réveillons tôt. Pendant que Mimi cuisine ce qui pourrait se perdre pendant notre absence, je vais voir Jean-Marc. Il nous appellera un taxi vers 17h pour aller à Cariaco à 30 kms. Là nous prendrons un bus de nuit pour Valencia où nous changerons de bus pour Merida.Le voyage dure près de 24h dans des bus confortables, tellement climatisés qu’il faut se couvrir. Les bus s’arrêtent pour se dégourdir les jambes et pour manger…
Nous sommes heureux d’aller visiter le pays, de connaître d’autres lieux que les ports, de rencontrer les Indiens.
Nous y resterons une dizaine de jours pendant lesquels nous voyagerons sans ordinateur. Nous vous raconterons notre périple à notre retour. Un peu de patience donc !