Sénégal : Warang, le Saloum… la Casamance

Posted on mai 15th, 2008 by Christian

Le 03.04.2008

Hier la météo prévoyait un vent de 10 noeuds du nord-ouest. Ce matin, très peu de vent et il est de sud! Nous allons partir quand même! Avec Mimi, nous relevons l’ancre. Elle est colonisée par les algues et les animacules! Je prends la brosse et je nettoie avant de la rentrer dans la baille à mouillage. Il y en a pour un moment tellement elle est sale. Un morceau de filet est entouré avec un gros coquillage dedans. Je l’enlève au couteau.
L’ancre est relevée. Marche avant au moteur. Le bateau avance sur la baie calme, plate. Nous passons près du bateau coulé au milieu de la baie. Les mats et haubans servent de perchoir à une colonie d’oiseaux: cormorans, mouettes, sternes. Le spectacle est irréel! Notre bateau navigue heureusement! Nous sortons de la baie. Une brume de chaleur nous empêche de voir la côte. Nous passons près de Gorée une dernière fois. Dernier au revoir à cette île si touchante! Des cargos sont à l’ancre, attendant leur tour au port pour décharger ou un affrètement. Nous passons devant un pétrolier qui suinte la rouille. Texas est son nom à peine lisible. Il doit être là depuis longtemps, pas entretenu. Pourtant en approchant on voit des hommes marcher sur le pont. Quelle vie d’attente, isolés ainsi en mer!
Nous continuons au moteur sur la mer plate avec le peu de vent qui est dans le nez.
Je tente de pêcher, mais je ne prends rien. Mimi a préparé une moussaka succulente!
En avançant très au large des côtes nous évitons les pirogues et les filets. En approchant de M’Bour, nous resserrons la côte et nous nous trouvons au milieu des pirogues. Des hommes pêchent, avec des cirés malgré la chaleur. Certaines pirogues ont deux pêcheurs, certaines avec de plus grands filets, jusqu’à 25 personnes! Devant nous il y a beaucoup de flotteurs. Certains ont des drapeaux, d’autres non. Est ce que ce sont des casiers, des filets ? Où devons-nous passer. On dirait des casiers. Je passe sans entraîner derrière moi un filet.
La navigation se poursuit au milieu des pêcheurs jusque vers Warang.
Là j’avais loué plusieurs années de suite une maison pour passer un mois de vacances. J’y avais connu Malick, le gardien de la première maison louée avec qui j’avais lié amitié. Et puis j’y ai connu plusieurs familles du village où je suis bien reçu à chaque fois.
Avec Mimi, nous y sommes venus en avion en 2005. J’avais dit alors que nous reviendrions en bateau et que nous jetterions l’ancre devant la maison. Nous y voilà. Depuis la mer, j’ai du mal à reconnaître l’endroit exact. J’appelle Malick au téléphone. Il me guide. Nous voyons la maison. Aux jumelles nous voyons Malick et Koumba, notre cuisinière qui font des signes avec les bras.
J’avance en surveillant le sondeur et en regardant la carte. La carte indique des Hauts fonds. Je sais qu’il y a des rochers.
Le sondeur marque 3 mètres, Puis 2,4 mètres. Puis plus rien et je sens un choc. Nous touchons les rochers. Je veux reculer. Impossible. Pas possible aussi d’avancer. Je suis coincé entre des rochers. À chaque vague, la semelle de la quille tape. La situation est inconfortable. Heureusement la mer monte. Mais en attendant j’appelle Malick qui va chercher une pirogue.
Le temps paraît long. Mimi a peur. Nous ne pouvons qu’attendre. La pirogue arrive avec deux piroguiers et un moteur de 15 chevaux. Je leur lance une amarre. Ils tirent en avant sans résultat. Sur tribord sans plus de résultat. Au bout d’un moment, nous avançons en raclant les rochers. Les piroguiers vont vers le large, mais la zone de rochers est vaste. Nous voilà de nouveau bloqués.
Je leur donne l’ancre à bord pour aller la jeter au loin et tirer le bateau au guindeau. Soudain; le bateau semble bouger. Une vague nous a soulevé à la faveur de la marée montante. Je reprends l’ancre et la pirogue nous guide vers une zone de sable. Nous avançons assez au large pour être à l’abri des surprises et je jette l’ancre par 4,7 mètres de fond, dans du sable.
Ouf! Enfin tirés d’affaire. Pour une arrivée remarquable, elle est remarquée ! Malick et les deux piroguiers, Djibi et Zal, montent à bord boire un jus de fruit. Je dégouline de sueur. Mimi est sous le coup de la peur. Je donne 10.000 FCFA à chaque piroguier. Ils sont heureux et moi aussi.
Je suis très heureux de revoir Malick qui les a accompagné pour me venir en aide !
Ils rentrent et nous allons au lit sans dîner. L’émotion nous a suffi. Nous dormons et la nuit, je me réveille pour surveiller la position, des fois que l’ancre dérape. Il y a de la houle.

Le 04.04.2008

Au réveil, la mer est calme, pas de vent, plus de houle. Après le petit-déjeuner, nous prenons l’annexe pour rejoindre la maison et Malick. Nous sommes ancrés à plus d’un kilomètre de la côte. L’annexe glisse sur l’eau calme. Malick nous attend sur la plage et nous aide à monter l’annexe sur le sable ; nous la mettons devant une boutique de souvenir. Le boutiquier va avoir l’oeil dessus toute la journée.
Malick est accompagnée d’une toubab ; elle s’appelle Nicole. Elle loue la maison dont Malick est le gardien. Elle a trouvé un poste de directrice d’une école française à Saly, à quelques kilomètres de là. Elle a 80 élèves français et autant sur liste d’attente. Elle anime le Sénégal et nous accueille dans le jardin où elle jouait au scrabble avec Malick. Nous revoyons Koumba, la jeune cuisinière et son bébé Petit Malick qui à 4 ans maintenant. Avec ses grands yeux, il est adorable. Il vient me faire des câlins.
Nous visitons la maison que nous avions occupée. Il y a eu quelques travaux. J’avais envisagé d’acheter cette maison, la première fois. Mais la propriétaire belge ne veut pas vendre maintenant…
C’est émouvant de retrouver un lieu où l’on a été heureux en vacances. Cette maison en bord de plage, Malick qui est un ami adorable, Koumba qui nous faisait une si bonne cuisine, ce village calme où je connais plusieurs familles. Nous sommes là de passage, en bateau. Mimi dit qu’elle rêvait d’acheter cette maison. Elle aussi s’y sent bien. Pour l’instant elle est occupée. Malick a eu la chance d’avoir une locataire avec qui il s’entend bien.
Nous discutons pendant que le repas se prépare. Nous déjeunons à 15 heures. Un plat de poulet avec pommes de terre et petits pois avec une sauce aux oignons. C’est très bon. Nous mangeons à la main dans un grand plat. J’aime la cuisine sénégalaise, mais je n’aime pas tellement manger avec la main. Je fais comme les autres. Koumba et Malick qui m’entourent disposent devant moi des morceaux de poulet. Ils sont aux petits soins !
Pendant ce temps c’est la fête de l’indépendance du Sénégal. La télévision passe la revue des troupes par le président Wade et ses discours en français et en wolof. Mimi regarde attentivement. Puis elle se repose.
Pendant ce temps, je vais avec Malick au village saluer mes connaissances.
Je rentre chez Henriette que je vois allaitant un cinquième bébé ! Elle ne travaille plus, son mari pas beaucoup non plus, mais les bébés s’enchaînent, d’année en année… Nous échangeons des nouvelles et je vais saluer son mari.
Puis je vais chez la marraine de Malick. Je salue toute la famille, composée surtout de femmes. C’est Amy qui me reconnaît en premier avec un grand sourire. Elle aussi allaite un nouveau bébé, alors qu’elle n’a toujours pas de mari…
Je passe chez Anna. Elle se fait faire des tresses par une jeune femme. Elle est surprise de me voir. Elle vient de se marier avec un toubab d’une quarantaine d’année qui l’emmènera en France avec ses deux enfants. Il paye déjà leurs études. Il a aussi payé une maison qu’Anna pourra louer pendant son absence et un cyber déjà revendu parce que non rentable… Les Sénégalaises sont de redoutables pompes à fric pour leur famille !
Nous rentrons à la maison pour rentrer au bateau avant la nuit. Le vent s’est levé et la houle aussi. Malick m’aide à mettre l’annexe à l’eau. Mimi monte dedans, moi aussi. La vague nous ramène à terre. Nous repartons en prenant de l’eau dans l’annexe. Le bateau est loin. En cours de route des lames apportent des paquets d’eau et mouillent nos affaires.
Nous arrivons au bateau. J’attache l’annexe et je monte sur la plate-forme arrière à la faveur d’une lame qui hausse l’annexe. Puis Mimi me tend les affaires et elle grimpe. Elle s’agrippe au balcon et se hisse. Arrivée sur le bateau, elle dit qu’elle a eu peur car le bateau était loin. La houle fait rouler le bateau. Elle pleure tant l’épreuve la change de son appartement. Je ne suis plus assez jeune pour ça. Je ne veux plus aller où il y a des vagues. J’ai peur de me noyer…..
Je tente de la consoler. Elle veut partir demain, aller dans le Saloum.
À regret, j’accepte. Nous partirons demain vers 8 heures pour entrer dans le Saloum de jour!
Elle ne mange presque rien et nous nous couchons tôt, secoués par la houle.
Je dors sans problème. Lorsque je me réveille, dans la nuit, je vérifie la position du bateau: l’ancre tient bien.

Le 05.04.2008
Réveillés vers 7 heures, nous n’avons pas beaucoup de courage pour nous lever. Moi j’ai peine à me réveiller et à laisser mes amis à peine entrevus. Mimi est fatiguée par la houle de la nuit.
Nous levons l’ancre vers 9 heures.Je téléphone à Malick pour l’avertir de notre départ, pour lui souhaiter que tout aille bien pour lui jusqu’à ce que nous revenions en avion une prochaine fois !
Nous longeons la côte d’assez loin à cause des hauts fonds de sable à cause du banc de M’Bour.
La profondeur ne dépasse pas 13 mètres à plus de 10 miles de la côte. L’endroit est sillonné de pirogues en pêche. Elles jettent des filets ou les relèvent. Il y a partout des flotteurs. Certains ont des fanions, d’autres pas. Je ne sais où passer pour ne pas me prendre dans un filet. Je vais vers une pirogue et je pose la question. Un pêcheur m’explique que les filets sont tombants et que ça ne risque pas.
Nous continuons ce gymkhana entre les flotteurs, jusque plus bas que Joal. La mer est calme et nous avançons avec le génois seul à près de 6 nœuds. Dans ce calme c’est super.
A midi nous mangeons des poissons achetés aux pêcheurs, tous frais. Dorades roses et un poisson local succulent.
Nous nous rapprochons de la côte. Nous voyons Djfère et l’entrée du Saloum. La carte indique de passer très au large. Nous téléphonons à Alain qui nous confirme être passé sans problème. L’ouverture est large. Derrière on voit des îles basses. Nous entrons avec 4 mètres de profondeur et tout de suite dans le Saloum il y a 13 mètres. Nous remontons de l’autre côté de Djifère. Plus loin on aperçoit des mats. Six bateaux sont au mouillage. Nous reconnaissons, Daam Dour, Lambaréna, Freya. Nous jetons l’ancre près de Fréya. C’est finalement trop près. Je remonte et jette l’ancre plus loin en laissant aller 55 mètres de chaîne, car le vent s’est levé. Par contre il n’y a pas de houle, c’est super.
Nous échangeons quelques souhaits avec les autres navigateurs sur la VHF. Ça fait plaisir de se retrouver !
Le soir nous nous couchons tôt après un repas frugal.

Le 06.04.2008
Ce matin c’est jour de grasse matinée. D’autant plus que la veille Mimi a protesté qu’elle ne pouvait jamais s’arrêter, se reposer, dormir…. Alors on se lève tard.
Petit-déjeuner, puis on traîne. Mimi fait un ragoût avec les légumes qui menaçaient de s’abîmer. J’installe un taud au-dessus du cockpit pour avoir une ombre bienfaisante. Nous déjeunons dans le cockpit, avec un vent frais, en regardant le ballet incessant des pirogues. Elles sont de couleurs vives, très bariolées.Elles arborent des pavillons sénégalais, mais aussi français, américain, selon le bon plaisir du piroguier !
Après une sieste à l’ombre, dans le cockpit, nous lisons l’après-midi. Mimi tente de nager près du bateau, mais remonte. Elle a peur, n’ayant pas pied.
En fin d’après-midi nous prenons chacun notre ordinateur.
Voilà une journée de repos à bord dans un paysage très apaisant de delta, avec un rivage avec baobabs, quelques campements, et le village que nous irons voir bientôt. En fin d’après-midi le vent se lève. Nous enlevons le taud pour ne pas le déchirer. L’éolienne tourne bien et débite !
Alain et Ute me demande si je peux les conduire en annexe sur la rive car ils partent deux jours à M’Bour puis à la réserve animalière de Bandia. Il faudrait que j’aille chercher le soir un gardien pour l’amener au bateau qu’il gardera et le ramener à terre le lendemain matin. Dominique et Jacques ne font pas garder leur bateau. Je suis d’accord.

Le 07.04.2008

Je me réveille tôt. Alain vient en annexe me chercher. Nous allons à terre et je ramène l’annexe que j’attache à Diam Rek. La journée se passe à bord à bouquiner, discuter, se reposer.Je voudrais aller visité Djebilet. Mimi n’est pas intéressée par un village de pêcheurs et ne veut pas aller au soleil. Alors qu’en Afrique il fait partout du soleil et qu’en bord de mer il y a partout des villages de pêcheurs… Les envies ne se coordonnent pas.
J’ai le temps de terminer le livre de Maryse Condé « Célanire coup coupé. C’est un superbe bouquin qui tourne autour de la question de l’identité des noirs ou métis d’Amérique, des Caraïbes. Ce que dit Maryse Condé sur la culture issue du Congo et du golfe de Guinée fait froid dans le dos lorsqu’il est question de sacrifices humains.
L’après-midi, Mimi veut se baigner. Nous allons à terre en annexe. La plage est bordée de palétuviers. Ce sont des plantes à l’aspect bizarre. Les racines sortent de l’eau et l’on dirait des araignées aux longues pattes surmontées de feuilles vernissées bien vertes. Le palétuvier boit l’eau salée et les feuilles rejettent le sel par leurs pores.
Finalement nous nous promenons sur la plage en compagnie d’un chien qui nous a pris en amitié, mais de loin car il est craintif. Il est beige roux comme tous les chiens sénégalais.
Un homme vient sur le rivage. Mimi me dit que c’est le père de Christophe, le président du CVD. Nous le saluons et il nous invite à voir sa maison et à boire un coup. Il a fait construire une maison sur un terrain assez vaste qui contenait deux beaux baobabs. Il a planté d’autres espèces. L’endroit est idéal entre mer et delta du Saloum. La tranquillité assurée, avec verdure et air qui tempère la chaleur !
La maison est avec un toit traditionnel en paille. L’intérieur est moderne mais sans charme. Il vend car, après deux ans, ils repartent en France. Ils vendent cher. La spéculation marche encore au Sénégal, bien que les prix commencent à baisser dans certains endroits, alors que la hausse continue ailleurs. Nous buvons un verre d’eau fraîche en discutant.
Nous repartons. Mimi me dit ne pas aimer cette maison, ni l’endroit trop calme. Un tel endroit ferait mon bonheur !
À 19 heures, je vais chercher Bernard qui vient garder le bateau d’Alain au bord duquel je le dépose. Alain a prévu coussins, duvet, nourriture et eau, mais a fermé le bateau. Le gardien devra passer la nuit dans le cockpit alors qu’il fait un vent très humide et frais. Je suis mal à l’aise, j’ai honte. Je trouve que c’est une pratique néocoloniale. Même un chien on lui donne le couvert avec une niche !
Je rentre et j’en parle à Mimi qui pense comme moi.
Nous regardons un film sur l’ordinateur.
Mimi qui n’est pas bien depuis plusieurs jours peine et se renfrogne. Elle pense à ses enfants qui lui manquent…

Le 08.04.2008

Le matin, je vais récupérer Bernard sur le bateau d’Alain et je le ramène à terre. Je lui donne les 2500 FCFA qu’Alain m’a donnés pour lui. Je suis gêné…
La journée se passe à bord. Nous ne sortons pas.
Un pêcheur aborde et nous vend un magnifique poisson rouge dont je ne sais le nom.Une fois cuit au four, il s’avère farineux et immangeable…
Un autre bateau nous appelle à la VHF. Yves et Julie veulent nous voir. Ils étaient au CVD en même temps que nous. Ils viennent. Nous prenons un apéro et déjeunons ensemble avec des seiches préparées par Mimi et achetées à un pêcheur de passage. Yves est guide de haute montagne à Chamonix et Julie orthophoniste. Ils sont sympas et nous passons une partie de la journée à discuter dans le cockpit dans les alizés qui apportent un peu de fraîcheur.
Le soir, je vais récupérer Dominique et Marylène, Jacques et Adrienne, Alain et Ute qui reviennent de M’Bour, chargés de provisions et de souvenirs. Ils ont des girafes et des hippopotames en tôle martelée. Les animaux sont superbes ! Mais dans un bateau, c’est lourd et encombrant ! Ils me ramènent à bord et vont sur leur bateau. , satisfaits de leur escapade de deux jours.
Mimi est toujours d’humeur sombre. Elle parle de rentrer en France… Je suis triste et agacé par autant de négativité sur le voyage.

Le 09.04.2008
Nous avons décidé de partir aujourd’hui pour N’Dangane sur le Sine, une rivière qui se jette dans le Saloum. Salifou qui a pu se dégager de ses obligations, qui a fini d’emménager dans sa nouvelle chambre, vient. Il m’appelle et je vais le chercher en annexe sur la plage.
Nous revenons au bateau. Il perd l’équilibre en montant à bord et tombe à l’eau. Il fait une arrivée humide sur le Diam Reik !
Je suis heureux de le voir enfin sur le bateau ? Nous allons enfin naviguer ensemble !
Pour aller à N’Dangane il y en a pour trois heures de navigation. Mais il y a des bancs de sable. Je n’ai pas une carte détaillée avec indication de sondes. Salifou me dit connaître.
Alain et Dominique viennent en annexe pour nous inviter à l’apéro du soir.Nous leur disons que nous partons et je leur demande des renseignements puisqu’Alain est allé à N’Dangane. Il est passé juste à marée montante, mais il cale 60 centimètres de plus que moi.
Il me met en garde contre les bancs en face de Mar Lothie.
Nous partons avant la marée montante pour arriver de jour. Le courant est contre nous. Dans le Saloum, nous devons éviter les filets d’une pirogue qui nous fait signe. Nous les contournons.
A l’entrée du Sine il y a un banc de sable à gauche et à droite. Nous devons passer au centre. De loin on voit l’eau friser. De près on dirait qu’elle bout. La profondeur passe de 13 mètres à 3,70 mètres. Nous passons.Nous remontons le Sine. La couleur de l’eau indique les bancs de sable. L’eau devient jaunâtre. Parfois la profondeur n’est plus que de trois mètres, puis 2,5 mètres.
On voit Mar Lothie en face. On voit aussi un large banc à tribord, un autre à bâbord. À un moment on touche. Le sable freine le bateau qui s’immobilise. Je bats arrière ; un peu plus de profondeur, on repart. Salifou prend la barre. Il veut aller plus à bâbord. Un banc nous arrête. Nous sommes prisonniers. Il n’y a plus qu’à attendre que la marée monte, soulève le bateau et nous libère. Le soir tombe. La marée monte et nous libère.
Mais un peu plus loin nous voilà de nouveau échoués. Pas moyen de s’en sortir ni en avant ni en arrière. Je mets le génois. Il y a un peu de vent, mais le bateau ne gîte pas assez.
Nous jetons l’ancre.
Mimi prépare des pâtes que nous mangeons ensemble. Puis elle se retire dans la cabine se reposer, réfléchir.
Nous allons dormir.

Le 10.04.2008
La nuit, la marée baisse et le bateau trouve son équilibre entre sable et courant. Il gîte sur bâbord d’environ 20 degrés. Mimi se réveille affolée en pensant que le bateau va se renverser… Je tente de la rassurer, mais elle ne me croit pas. Elle se retire dans une cabine et ne ferme pas l’œil de la nuit, pendant que Salifou et moi dormons.
Le matin nous attendons la marée haute.
Une pirogue passe et prend notre amarre. Mais son moteur de 15 chevaux ne suffit pas malgré l’aide de mes 50 chevaux. La pirogue nous laisse à notre attente.
Salifou téléphone à Ablaye, un neveux qui a une pirogue avec un moteur de 40 chevaux. Il arrive bientôt. Il essaie avec une amarre. Les deux moteurs à fond, le bateau ne bouge pas. La quille est trop ensablée. Alors nous essayons une autre méthode. La pirogue prend ma drisse de grand voile, y rajoute un bout et tire. Diam Rek gîte un peu, puis jusqu’au franc bord. Je mets mon moteur à fond et le bateau avance gîté. À un moment, nous avons trois mètres de fond. La pirogue nous rend la drisse et s’en va. Nous pouvons naviguer. Il reste les derniers méandres du fleuve jusqu’à N’Dangane. Salifou, de jour, s’en sort bien. Parfois nous avons 6 mètres.
Nous arrivons et jetons l’ancre devant le village de pêcheurs, pas loin de la maison familiale de Salifou. J’avais dit que je jetterai l’ancre là, je suis arrivé. Je suis heureux.
Manifestement Mimi ne l’est pas, elle est grave. Elle a eu peur. Elle me dit que nous devons discuter.
En attendant nous allons à terre saluer la famille de Salifou, chez qui je viens régulièrement depuis treize ans ! Je suis heureux de les retrouver tous, Manafy en tête, la mère de famille.
On nous prépare à déjeuner. Nous discutons avec les membres de la famille.
L’après-midi Mimi veut retourner à bord. Elle n’est pas bien. Nous discutons. Elle m’annonce qu’elle rentre en France. Elle ne conçoit pas le voyage comme ça. L’aventure ne lui plait pas, elle à souvent peur, elle veut voir ses enfants.
Je suis déçu et très triste. Je m’y attendais. Ça vaut mieux car tant de négativité gâche le plaisir du voyage. Je continuerai seul et elle reviendra lorsqu’elle sera ressourcée… Je l’avertis que le voyage sera toujours aventureux et que c’est ce qui participe à son charme…
Nous retournons à terre dans la famille.
Salifou nous emmène au Campement où nous allons voir Hadji et Théophile qui ont eu une petite fille, il y a quelques semaines. Nous discutons et discutons mariage mixte, puisque Hadji est Musulmane et Théophile est Catholique. Ici ça ne pose pas de problème pour l’imam qui a une interprétation ouverte du Coran. Je parle à Mimi pour qui un mariage religieux est important pour sa croyance et pour sa famille. Pour moi il est important que je n’ai pas à me renier, à me convertir. Nous en reparlerons
Nous dînons et la soirée se passe dehors à la fraîcheur, car les maisons avec leur toit de tôle sont de véritables fours.
Nous rentrons nous reposer au bateau.

Le 11.04.2008
Nous allons à terre. La sœur aînée de Manafy est décédée à Mar Lothie. Une partie de la famille se prépare pour la cérémonie le jour même et va à Mar. Nous restons et déjeunons là.
Mimi téléphone à ses filles et annonce son retour. Elle demande à Amel de lui chercher un billet d’avion. Amel cherche et lui propose un billet Pas trop cher pour le 21 avril.
L’après-midi, Mimi veut aller à bord trouver de la fraîcheur et se reposer. Je la conduis et reviens. Je passe l’après-midi à prendre les trois thés traditionnels et à discuter avec Sélé. Il a travaillé plus de 40 ans en France comme maçon. Il a six enfants là-bas et une femme sénégalaise. Il voulait prendre sa retraite au village, Son épouse ne voulant pas. Il a pris pour seconde épouse une fille de la Famille de Salifou et a construit une maison ici. Alors il partage son temps entre la France et le Sénégal, entre une épouse et une autre, entre des enfants grands et un enfant jeune…
La vie d’un immigré traditionnel, comme bien d’autre. Il raconte l’importance du travail, la dureté du travail en France, l’autonomie que ça donne aussi….
Le soir, j’emmène Sélé à bord pour lui montrer le bateau. Il est enchanté. Nous rentrons avec Mimi. Avec Khadi, la jeune sœur, Mimi parle de mariage mixte ici. Moi je discute avec Manafy. On m’appelle. Mimi veut me faire participer à sa discussion avec Khadi. Elle peut organiser ce mariage à la mosquée et une fête si nous le voulons. Je lui demande comment ça se passera à la mosquée. Je peux y aller ou non, Mimi ne peut y aller. On peut être représenté pendant la cérémonie. Je voudrais bien assister, mais comme je ne veux pas me prosterner, soit je reste derrière, soit je me fais représenter. Nous pouvons faire une fête en famille ou une fête avec une partie du village et des griots… Nous allons réfléchir et étudier un budget…
Nous retournons au bateau.
Mimi est sereine et heureuse. Elle va revoir ses enfants et nous allons nous marier à la mosquée !

Le 12.04.2008
Grâce matinée pour commencer sur une mer lisse sans le moindre souffle ! Petit-déjeuner et écriture pour moi. Bricolage pour un chapeau pour Mimi….
Puis journée en famille, dans le calme et dans l’échange avec les différentes personnes que je revois chaque année. On fait le point des vies de chacun, Lorsque l’on revoit des gens que l’on n’a pas vus depuis longtemps, le temps est aboli. On se retrouve avec plaisir, on parle de soi, des autres. On est bien ensemble et c’est bon.
En fin d’après-midi, nous allons assister au tournoi de lute sénégalaise organisé à N’Dangane.
Une enceinte close avec des portes bien gardées car chacun doit payer. On entre. L’arène est en sable entourée de filets. De l’autre côté des filets, il y a des bancs pour les spectateurs. Les bancs sont déjà bien chargés. On trouve une place. Les lutteurs s’échauffent en marchant avec des pas de danse sur la musique lancinante des chanteuses et des djembés. Les lutteurs sont en culotte comme les sumos. Ils sont couverts de grigris pour impressionner l’adversaire et se rassurer. Ils parcourent l’arène et font des incantations mystiques. Ils inscrivent des signes cabalistiques sur le sable. Ils s’aspergent d’eau dans laquelle des versets du coran ont été dissouts…
Toute cette partie folklorique est plus importante que la lutte.
Puis viennent les combats. Pendant que les autres lutteurs s’échauffent, les deux premiers se rencontrent. On dirait du judo ou du sumo. Ils se défient en se touchant les mains, en touchant le sable ; ils s’attrapent les bras et essaient de se déséquilibrer. L’un fait chuter l’autre et gagne. Les combats sont souvent courts. Parfois il y a deux ou trois combats en même temps dans l’arène.
Les lutteurs sont des hommes jeunes, très musclés, à la stature impressionnante. Ils sont très beaux !
Le soir nous parlons avec Mimi et Salifou de la façon de trouver un billet d’avion. Il n’y a plus de cyber à N’Dangane. Il faut aller à Diofior. Pour cela il faut trouver une voiture qui nous y emmène. À ce moment, il faudra trouver comment payer le billet électronique, puis imprimer la feuille avec les références du billet.
Salifou va s’en occuper. En plus là-bas nous pourrons trouver un magasin pour faire réparer mon téléphone portable qui a pris un bain de mer et ne fonctionne plus.

Le 13.04.2008
Nous allons à terre pour 10 heures. Salifou nous attend. Il a trouvé une voiture pour trois heures.
Nous allons à Diofior ; c’est à une vingtaine de kilomètres en brousse.
Revoir le paysage de brousse est un enchantement. En cette saison, il est sec. Il y a peu de végétation dans les champs. Les seules verdures sont les arbres, palmiers, acacias, eucalyptus. Les baobabs n’ont pas encore leurs feuilles.
Par endroits il y a des troupeaux de zébus ou de moutons. Les zébus affectionnent les routes. Ils restent au milieu et n’ont pas peur des voitures. Il faut les laisser passer. Il y a des cases traditionnelles de loin en loin, avec leur toit de paille et leurs murs en torchis.
Le long de la rue principale des villages, il y a des vendeuses avec leurs étals de fruits et de légumes, d’habits…
À Diofior, il y a deux cybers. Nous prenons une connexion avec mon mac. Je vérifie le vol trouvé par Amel et j’achète le billet électronique. Par retour, je reçois le mail de confirmation avec la référence du billet. Le cyber n’a pas d’imprimante. Le second non plus.
Le cyber fait aussi vente de téléphones portables. J’achète une copie de Nokia pas chère.
Nous rentrons en nous arrêtant pour faire des achats de fruits et légumes.
Voilà, Mimi rentrera le 21 avril de Dakar. Après je serai seul. Pour l’instant, je n’y pense pas trop. Après il sera temps… Ce sera le vide….
Nous rentrons déjeuner en famille, un excellent yassa poisson nous attend.
L’après-midi se passe en discussions. Le temps passe sans que l’on ne s’en aperçoive au milieu de tous ces gens amis qui ne travaillent pas. Une femme fait la cuisine pour tout le monde. Quelque unes vendent quelques articles à l’occasion. Tous discutent, assis ou allongés. Il fait chaud dehors et plus encore dans les maisons sous la tôle ondulée. Le temps est éternel ici. Pourtant je revois des membres de la famille que j’ai connu jeunes, il y a plus d’une décennie et qui ont grandi, se sont mariés, ont des enfants… Une génération chasse l’autre. C’est l’ordre des choses. Mais le groupe reste le même ; c’est ce qui compte ici.
En fin d’après-midi, nous allons avec Mimi voir le tournoi de lutte. D’autant plus qu’aujourd’hui Ablaye, un fils de la maison combat. C’est un jeune de 23 ans et 120 kilos qui promet et gagne déjà des tournois. L’arène est pleine. Des femmes avec de très beaux boubous, crient lorsque leur favori gagne ou perd ; c’est l’hystérie. Les lutteurs s’échauffent tout le temps entre deux combats. Certains ont un air sauvage, proche de l’animal de la brousse. Ils tentent d’atteindre psychiquement l’adversaire dès avant le combat. Les combats se déroulent dans le désordre le plus complet, au milieu des échauffements, avec un éclairage insuffisant. Mais la foule est là, et elle manifeste sa joie !
Nous partons avant la fin pour cause de vent frais et parce que ça dure !

Le 14.04.2008
Journée chaude, avec peu de vent pour se rafraîchir…
Mimi reste au bateau pour se faire un chapeau pour le mariage. Moi je vais à terre. Avant le départ de Sana pour Ziguinchor, j’en profite pour parler avec lui. Je parle des choses mystiques lues dans les Mémoires d’un Porc-épic. Bien sûr il y croit. Idem pour la sorcellerie qui expliquerait sa maladie aux hanches, provoquée par un sort… Je ne rencontre jamais un Sénégalais sceptique. Je suis d’un autre monde et je le sens, je suis matérialiste et athée, ce qui laisse rêveur tout interlocuteur ici…
La journée se passe à ne rien faire, dans une chaleur moite.
Mimi cherche la fraîcheur au bateau.
Le soir, il fait plus frais et c’est bon !
J’appelle Maxime pour lui souhaiter sa fête. Il va bien et est très occupé avec Sophie pour trouver les financements pour la création de leur entreprise de vente sur internet de bijoux et fringues gothiques. Ça semble avancer enfin ! Tout va bien à la maison. Je suis heureux de l’avoir entendu. Je lui annonce le retour de Mimi et notre mariage à la mosquée. Il ne commente pas.

Le 15.04.2008
Journée très chaude sans vent. Les gens défilent chez Manafy. Ils viennent saluer la famille à l’occasion d’un deuil dans la famille qui vit à côté. Le défilé de femmes aux beaux boubous et d’hommes de tous âges se poursuit. Chacun discute, mange, se rafraîchit avec un verre d’eau glacée.
Je rentre au bateau et retrouve Mimi qui a fini son chapeau de mariage. Il est beau et sophistiqué. Elle s’est inspirée d’une revue de mode africaine. Le résultat est beau.
Nous retournons à terre pour saluer Sana qui part demain à l’aube pour Ziguinchor. J’ai plaisir à discuter avec Sana. Je lui donne ma participation pour le baptême du fils qu’il vient d’avoir avec son épouse Oumi. Je lui dis que je passerai le voir bientôt en bateau.
Je fais peu à peu ce que je rêvais de faire au Sénégal depuis des années.

Le 16.04.2008
Le matin, je vais dans la famille pendant que Mimi fait sa valise ! Je n’ose penser au moment où je vais me retrouver seul. Elle a besoin de calme, alors je vais dans la famille discuter avec les uns et les autres. N’Deye fait la cuisine aujourd’hui car Thiabou fait la lessive. Les autres discutent et se reposent. Les écoliers n’ont pas d’école pour cause de grève…
Je déjeune en famille puis fais une sieste dans la chambre de Khadi car elle est toujours propre, ce qui est rarement le cas des chambres de garçons. Deux filles viennent faire leurs prières et dormir aussi. Alors je vais au bateau.
Mimi a fait ses bagages et rangé la cabine qui lui sert de dressing et de cabinet de toilette.
Nous faisons une petite sieste.
J’appelle Hadji qui me dit que nous pouvons venir. Nous allons à terre et prenons un clando, taxi clandestin, pour aller au campement. Là Théophile, le mari de Hadji, vient nous chercher en voiture et nous emmène dans son verger.
Un verger de trois hectares, planté d’anacardiers, de manguiers et d’agrumes.
C’est la saison des fruits de l’anacardier : la pomme cajou et la noix cajou. Les pommes sont jaunes ou rouges. Sous la pomme pend la noix cajou. La pomme est gorgée de jus sucré. La fibre est un peu acre. La noix doit être grillée puis fendue pour en extraire la noix de cajou qu’il faut griller. L’anacardier a un port majestueux et peut devenir très volumineux. S’il n’est pas taillé les branches peuvent plier, rejoindre le sol et prendre racines…
Plus loin il y a des centaines de manguiers assez jeunes. Ils sont de variétés différentes. Certains portent des mangues déjà mûres, d’autres des mangues plus tardives. Il y en a de grosses et colorées et d’autres vertes.
Il y a des agrumes : différentes espèces d’oranges, mûres et sucrées à l’écorce vert foncé. Il y a des citrons verts ou jaunes et des pamplemousses. Nous y goûtons et nous tachons nos polos comme des enfants ! Qu’ils sont bons, sucrés et parfumés ces fruits mûris sur l’arbre !
Théophile nous commente les espèces, le rendement. Il a des ruches qui donnent du miel d’anacardier. Il nous en fait goûter, c’est délicieux et très parfumé.
Après avoir visité le verger, nous visitons celui du voisin qui a un élevage de poules. Il en avait 600 et il vient d’en perdre 500 pour cause d’épidémie ! C’est dur l’élevage ! Il nous donne un plateau de 60 œufs !
Théophile nous emmène à quelques centaines de mètres voir un autre verger qu’il a donné à ses deux filles faites avec Hadji. Là encore il y a anacardiers, manguiers et agrumes. Sur chaque exploitation, il y a un fermier à demeure, des puits pour l’irrigation.
Dans la région, les vergers donnent bien à condition de les entretenir, de les arroser.
Théophile nous raccompagne chez lui. Mimi discute avec Hadji pendant que je prends l’apéro avec Théophile. Il m’emmène voir son élevage de poules. Pour l’instant il a des poussins de quelques jours, qu’il vendra dans deux mois pour la chair. Il a aussi des moutons, des lapins et quelques canards. Tout ça rapporte, mais fait du travail.
Théophile nous raccompagne au village. Nous sommes chargés de cajous, de mangues et d’agrumes ! J’en ai pour un moment, puisque je serai bientôt seul !
Nous rentrons dîner au bateau. Je me couche car je suis vanné ! Mimi lit un peu.

Le 17.04.2008
Levés tôt nous allons à terre. Khadi nous attend. Elle a retenu une voiture avec chauffeur pour aller faire les courses à M’Bour pour la fête de notre mariage.
Nous partons. De part et d’autre de la route, c’est la brousse. Tous les quelques kilomètres il y a un village. Les cases sont soit traditionnelles soit plus modernes, selon les moyens des gens. Le long de la route, les écoliers marchent pour rejoindre leur école. Ils en font des kilomètres sous le soleil pour étudier.
Nous arrivons à M’Bour. La ville est une des grandes villes du Sénégal. Elle s’agrandit sans cesse. Les rues regorgent d’activités artisanales, de boutiques, d’étals. Il y a de nouvelles banques, de nouvelles stations services. Nous laissons la voiture et allons au marché. Les rues sont étroites, encombrées d’échoppes, d’étals, de légumes, d’habits… Des vendeurs de sacs en plastique, des porteurs, se proposent. Khadi achète pour la fête la nourriture nécessaire. Pour la viande, nous la prendrons au village.
Puis nous allons au marché aux tissus pour trouver de oui faire une robe pour Mimi. Elle regarde dans bien des boutiques, tourne et retourne. Finalement elle opte pour un tissu blanc brodé. Il est cher et magnifique. Elle le prend. Puis elle cherche des pagnes qu’elle pourra revendre au Brésil.
Marchandage et choix prennent du temps.
Enfin nous allons déjeuner dans un restaurant du coin. Je veux aller aux toilettes, mais là vraiment, je renonce vu l’état des lieux ! Le tiebboudiène est bon, c’est le principal.
Nous retournons vers les boutiques pour les boissons, les oignons et des chaussures !
Lorsque c’est fait, je vais dans une boutique de copies de CD. Je choisis de la musique africaine. J’aurai de quoi écouter pendant un moment ! C’est 1000 FCFA le CD…
Nous rentrons à la maison. Je laisse Mimi et Khadi chez le tailleur. Elles reviennent plus tard avec le tissu. Le tailleur a un deuil et n’aura pas le temps. Elles ont vu un autre tailleur qui hésitait vu le prix du tissu. Alors Mimi garde le tissu pour se faire une robe à Paris et pour le mariage ici elle mettre un boubou prêté par les filles de la maison. Rendez-vous est pris pour le lendemain pour essayer le contenu de leurs armoires !
Nous rentrons au bateau nous reposer ! Je suis vanné par les courses et par l’émotion. Mimi est heureuse. Ça fait plaisir. Ce sera la première fois qu’elle aura une fête pour son mariage. Les deux autres fois, ça n’avait pu se faire. Alors cette fois-ci il ne faut pas rater l’occasion. Et puis nous ferons la fête en France avec enfants et amis pour le mariage civil, plus tard!

Le 18.04.2008

Journée de notre mariage religieux. Tout est organisé pour la mosquée par Sélé.
Je suis impatient que Salifou rentre de Dakar puisqu’il doit me représenter à la mosquée.
Le matin, je vais à terre. Je salue tout le monde. Je suis un peu anxieux car je voudrais que tout se déroule bien et je ne maîtrise rien. Les autres s’occupent de tout.
Je déjeune dans la famille puis je fais une sieste.
Mimi est au bateau depuis ce matin pour être tranquille, se reposer et ranger ses affaires avant le départ. Je la rejoins. Nous passons un moment ensemble. Je prépare un beau boubou pour la cérémonie, avec des mocassins. Il faut y aller parce que Mimi doit trouver un boubou dans la garde-robe de Thiabou ou Khadi. Je laisse Mimi chercher pendant que je m’habille. Lorsque je ressors, j’ai des félicitations pour le boubou. C’est le boubou que Mimi m’avait offert pour la Saint Valentin lorsque nous étions au Sénégal, il y a deux ans.
Mimi sort de la chambre revêtue d’un boubou vert et marron et la coiffe. Elle est couleur locale et ça lui va bien ! Les compliments fusent et les femmes esquissent des pas de danse. L’ambiance est joyeuse.
Mimi discute avec Sélé ; elle préférerait que la cérémonie ne se passe pas à la mosquée sans nous, mais à la maison avec nous et l’Imam. Pas de Problème dit Sélé qui fait prévenir l’Imam.
Nous attendons dans la cour. Le vent soulève du sable et les yeux piquent. Bon, changement de tactique, les chaises sont déplacées sous la véranda pour éviter le sable.
L’imam arrive avec plusieurs hommes assez âgés. Ils saluent et s’assoient. Le chef du village nous place à côté de Sélé. L’imam est face à nous avec le chef et d’autres personnes. Il nous demande nos noms et prénoms et les note en arabe sur un coin d’enveloppe.
Sélé présente les obligations traditionnelles : 18.000 FCFA pour la dot, 2000 pour que Mimi s’achète des sucreries, 2.000 pour une natte pour la mosquée, 1500 pour les frais et deux kilos de noix de cola. Ça discute en Sérère et finalement je dois rajouter 5000. Tout ça est disposé sur la natte au sol.
Puis l’Imam récite des sourates et prononce le mariage. Il prend les frais, donne la dot à Mimi et l’on distribue les noix de cola à tous les participants.
Mimi et moi remercions tout le monde. Djérédjef ! Sélé traduit. Khadi apporte des verres et des sodas. Chacun boit une boisson sucrée comme la vie qui nous attend dans le mariage.
Le photographe du village que j’avais commandité prend des photos. Babacar filme avec ma caméra. Nous aurons des souvenirs pour montrer en France…
Les participants s’en vont et nous nous retrouvons en famille avec les félicitations et de nouvelles photos.
Nous prenons une douche à la maison et après les aux revoirs, nous rentrons au bateau.
Nous regardons les photos et dînons heureux !
Voilà la meilleure façon de conclure deux ans et demi d’une relation heureuse !
Je suis heureux, serein et empreint de sérieux devant les obligations et l’avenir. Mimi est heureuse et sereine maintenant par rapport à sa religion et à sa famille.
Quant à la nuit de noces, elle est privée et ne se raconte pas….

Le 19.04.2007
Nous nous levons tranquillement. La fête aura lieu vers 17h.
Mimi et moi traînons au bateau, en profitant de notre intimité sur le Sine très calme, sans vent.
En fin de matinée, je vais à terre dans la famille pour régler les derniers détails pour la fête. Les filles se sont occupées de tout et ont acheté la viande. Des femmes venues du village, avec une grande marmite, préparent le repas du soir. J’en vois sept qui épluchent les oignons et les coupent en tout petits morceaux. Elles font ça tout en discutant, assises sur de petits bancs, dans la cour, à l’ombre de l’arbre. Une autre s’active autour de la marmite pour entretenir le feu de bois qui cuit la viande. Ça sent bon. La cuisinière transpire à grosses gouttes au soleil et à la chaleur du feu. La marmite en aluminium est noire de suie. Je prends quelques photos.
Je vais discuter avec les unes et les autres. Bientôt arrive l’heure du déjeuner préparé par une fille de la famille. Un tiebboudiène traditionnel. C’est délicieux. Je mange avec Sélé, Hadji et Salifou.
Mimi est restée au bateau pour se reposer et manger léger.
Je rentre au bateau pour faire une petite sieste en compagnie de Mimi. Lorsque j’arrive, elle se fait bronzer au soleil sur le pont.
Nous retournons à terre vers 16h. Je m’habille d’un boubou marron et bleu avec des mocassins. Mimi va dans la chambre de Khadi et se prépare. Khadi lui a prêté un beau boubou marron avec de belles broderies. Une femme la maquille et lui fait sa coiffe. Lorsque je rentre dans la chambre, c’est le choc. Elle est superbe en grande dame sénégalaise.
Je retourne dans la cour. Les cuisinières font cuire au-dessus de la marmite de viande à la sauce aux oignons du vermicelle à la vapeur. La quantité est impressionnante. Elles le touillent avec un grand écumoire. Bientôt tout est cuit et elles dégagent la cour.
Les filles de la famille préparent des bancs autour de la cour. Les musiciens arrivent avec leurs djembés. Ils s’installent sur des chaises et commencent à s’accorder. Alors les gens arrivent. Des femmes et des enfants qui s’assoient sur les bancs. Ou plutôt les plus âgés sur les bancs et les enfants sur le sable de la cour.
Quelques femmes commencent à chantonner et à danser. Des enfants se risquent à danser un peu. Leurs amis rient et s’amusent de l’exhibition de chacun. Des femmes viennent danser. Une autre vient les défier et tente de danser mieux !. Elles martèlent le sable de leurs pieds en lançant en l’air la main droite, la gauche tenant leur haut de boubou.
C’est Amy qui danse le mieux. Elle vient devant moi et me fait une danse gracieuse et endiablée en me fixant dans les yeux en souriant.
Lorsqu’il y a assez de monde, Mimi arrive sous les hourras. Elle fait le tour de l’assistance en saluant chacun. Il y a maintenant plus de 100 femmes et autant d’enfants. Les hommes n’assistent pas à ces fêtes de femmes. Seuls les hommes de la famille sont là. Ils restent assis pour garder leur dignité. Je ne danse pas non plus. Mimi entre parfois dans le cercle et danse à la sérère ! Cela fait rire et applaudir les femmes ! Les femmes qui ont peiné à préparer la fêtesont maintenant en beau boubou et dansent à qui mieux mieux !
La fête se poursuit au rythme des djembés. Les danseuses sont belles à voir. Mimi est radieuse. Je ris souvent des exhibitions des unes ou des autres ou des enfants. Babacar nous filme avec ma caméra pour que nous ayons un souvenir. Le photographe du village nous photographie et nous fait poser à l’ancienne….
Vers 19h, la musique s’arrête et le repas va commencer. Je vais à la cuisine et vois partout sur les étagères, sur le sol, de grands plateaux de vermicelle à la sauce oignons et viande. La quantité est impressionnante. Les filles apportent les plateaux, les bols sous les vérandas et des cercles se forment et chacun mange à la main. Mimi et moi dînons avec Théophile et Hadji et Salifou, dans la chambre de Khadi avec des fourchettes. C’est un plat de fête et c’est délicieux ! Pour boisson, il y a des sodas, du coca et de la limonade bien sucrés !
Lorsque les gens ont mangé, ils rentre chez eux. Certaines femmes restent et participent pour tout ranger.N’Deye gère les restes et continue à préparer des bols que les enfants apportent cher le chef du village, chez l’imam, chez des amis qui n’ont pu venir….
Le calme s’abat sur la cour, avec la fraîcheur du soir. Chacun dit son contentement que la fête se soit bien passée, qu’il y ait eu beaucoup de monde, que chacun aie bien mangé et bu et que les participants aient exprimé leur contentement. Le prestige de la famille en sort grandi, une fois de plus.
Mimi et moi remercions les femmes de la famille, Sélé et Théophile pour leur aide et leur présence.
Pour une fête, c’est une fête qui restera dans nos souvenirs ! Mimi est belle et rayonnante.
Nous rentrons au bateau nous reposer, heureux et détendus.

Le 20.04.2008
Ce matin nous traînons au bateau. Je copie les photos et tente de mettre sur DVD le film de la veille. La caméra n’est pas reconnue par l’ordinateur, je ne sais pourquoi. Malgré mes tentatives, je n’y parviens pas. Mimi emportera la caméra et ses filles essaieront en prenant leur temps.
Nous allons à terre voir la famille. Elle se remet des efforts de la veille. Manafy demande à Mimi de l’argent et Mimi le prend mal. Elle me le dit et je lui dis de ne pas donner. La coutume ne l’y contraint pas et nous avons payé la fête. Cette demande choque Mimi et l’attriste…
Nous déjeunons et une femme demande la dépense pour le repas du soir. Je réponds que s’il en est ainsi nous mangerons au bateau ! Un peu ça va, trop ça ne passe pas !
Nous rentrons au bateau faire la sieste. Ce soir nous rentrerons à terre pour dormir chez la famille de façon à être prêts à partir pour Dakar vers trois heures du matin. Mimi doit embarquer vers 7h à l’aéroport pour décoller vers 9h. Moi je rentrerai à N’Dangane seul. J’ai du mal à y penser. Je blague avec Mimi en lui disant que je vais prendre une seconde épouse sénégalaise pour s’occuper de moi en son absence….
Finalement nous avons une explication avec Khady et Manafy. L’argent que j’avais donné pour la fête a été dépensé pour la fête. La famille a même dépensé 5000 FCFA de plus sans me les demander, puisque j’avais fixé un plafond. La viande préparée ce soir a été achetée pour ce soir, elle ne reste pas de la fête. Nous dînons donc avec des pâtes à la viande. Puis nous rentrons l’annexe dans la cour de la maison et nous allons dormir dans la chambre occupée avant par Sana.
Toute la soirée, on entant la musique de la boutique d’à côté, les discussions des gens dans la rue. Impossible de fermer l’œil. En plus dans la chambre, il fait chaud et les moustiques sont d’attaque ! De quoi nous faire regretter le bateau. Mais prendre l’annexe à 2h30 du matin ne nous a pas tenté.
Mimi sort prendre l’air pendant que je dors par courts instants. Elle pense qu’elle a oublié son ordinateur à bord. Elle demande à Babacar de l’emmener à bord avec l’annexe. Ce qu’il fait sans rechigner ! Mimi tente de dormir dans le petit salon affublée d’un tee-shirt sur le visage pour déjouer les moustiques. Hélas pour elle ils sont plus malins…

Le 21.04.2008
Courte nuit et réveil à 2H30. Nous nous préparons et attendons devant la maison la voiture qui doit nous prendre à 3H. Devant la maison, la plage est calme sous la pleine lune.Un vol de corbeaux pie vient se poser sur les arbres environnant en jacassant. Pas une ride sur le large bras du Sine. La voiture arrive à 3H. Nous chargeons les bagages de Mimi et nous voilà partis. La route traverse la brousse de nuit. La lune éclaire les baobabs et les acacias. Le paysage est majestueux. C’est superbe. Mimi s’installe la tête sur mes genoux pour dormir. Je suis étonné par le nombre de personnes qui marchent le long des routes ou attendent des bus, des cars, ou font du stop. Il y a bien des travailleurs matinaux au Sénégal.
Mimi qui voulait de la marge est satisfaite, nous arrivons à 5H30 ! Nous nous présentons à l’entrée du nouveau terminal de départ. Seul le voyageur muni de billet peut entrer. Mimi peut entrer pas moi !
Alors nous allons prendre un petit-déjeuner au terminal d’arrivée où tout un chacun peut entrer.
Après quoi nous retournons au terminal de départ. Nous convenons que j’attends que Mimi fasse son enregistrement avant de partir. Elle ressortira et nous nous dirons adieu.
Elle entre et j’attends. Elle revient dix minutes plus tard : La réservation électronique n’a pas été validée et il faut aller voir le chef d’escale pour qu’il téléphone à l’agence qui a vendu le billet.
J’y vais. L’homme est aimable. Il appelle l’agence qui finit par répondre. Elle a envoyé un mail demandant des pièces complémentaires de paiement alors que nous étions déjà partis là où il n’y avait plus intermet… Donc pas de billet !!!
Je vais voir Mimi. Nous décidons d’aller voir les compagnies et agences dans l’aéroport. Une première agence à des billets pour ce soir. Air Afrique International a un billet pour ce soir, pas plus cher que le billet électronique. Sur notre insistance, la femme, très aimable téléphone pour savoir s’il ne resterait pas une place dans le vol de 9h que devait prendre Mimi. En principe non. Mais la femme établit un billet et Mimi va à l’enregistrement pour partir si au dernier moment, il reste une place. Sinon le billet sera pour ce soir…
Du bureau de la femme, je vois le hall de départ et Mimi assise près de l’enregistrement. Une demi-heure avant le départ et il y a encore des gens avant elle. Puis elle est seule, mais on la fait attendre… Un quart d’heure avant l’envol, je la vois poser sa valise sur le tapis roulant d’enregistrement, mais ça s’arrête là. Puis on lui donne le billet validé et je la vois venir vers la sortie. La femme me dit qu’on l’a mise en classe affaire ! Je la remercie et cours vers l’entrée. Mimi a juste le temps de me confirmer qu’elle part, de m’embrasser et elle court vers le départ.
Je n’ai plus qu’à rejoindre la voiture qui m’attend au parking.
Nous refaisons les 220 Kilomètres en sens inverse pour arriver à 12h30 à N’Dangane, dans la famille. Je suis fatigué. Je dis bonjour et vais dormir en attendant de manger. Je me réveille à 14h et je déjeune avec Sélé. Puis je ne fais rien de l’après-midi, désorienté d’être seul et en attendant d’aller voir le père de Sana qui vient d’aller à l’hôpital du campement pour une crise de palu grave à plus de 80 ans. Nous y allons en fin d’après-midi. Le petit hôpital a été construit par une ONG « World Vision ». C’est simple et propre. Le malade paye la journée d’hospitalisation, les médicaments et les examens. S’il n’a pas d’argent, il n’est pas admis. Dans la chambre il y a un autre lit pour l’accompagnateur, épouse ou membre de la famille qui reste avec le malade. La nourriture est apportée par la famille pour chaque repas.
Birham est accompagné de son épouse. Ses enfants ou apparentés font et apportent les repas. Il va mieux après antibiotiques, antipaludéens et perfusions. Il est tiré d’affaire. Je donne quelques sous pour aider à payer les frais. Il me remercie et me dit qu’il prie pour moi pour que la mer soit clémente et que j’arrive à bon port !
Je rentre dans la famille, salue et rentre au bateau.
Je suis seul. Je mange des fruits dans la chaleur du soir. Pas de vent, pas d’air.
J’écris avant de me coucher. Nous verrons demain. Je bricolerai sur le bateau pour préparer le départ.
J’échange des SMS avec Mimi. Elle est bien arrivée. Ses filles sont venues la chercher. Je lui manque déjà… Moi aussi elle me manque. Je verrai comment faire avec dans les jours qui viennent. Ce soir, je suis triste et ai envie de dormir…

Le 22.04.2008

Journée terne ; il faut que je retrouve des repères maintenant que Mimi est partie. Je bricole à bord, puis je vais dans la famille. Je me sens seul. Les personnes parlent souvent en sérère, ce qui ne me gêne pas d’habitude. Là je me sens seul et je sens une difficulté de communication. Même avec Salifou, que je vais bientôt quitter. Lorsqu’il était loin je pensais souvent à lui, à ses difficultés et projets économiques. Maintenant que le départ approche, je sens une distance entre nos deux vies. Faute de visa possible, je ne peux l’emmener avec moi comme il me l’avait demandé. D’autres aussi me l’ont demandé. Ce rêve est partagé ! Et moi je vais repartir et il me suffit d’un passeport européen et l’on me donne un visa en arrivant, alors que pour un Sénégalais, il faut des garanties de ressources, un billet retour, des assurances… Deux poids, deux mesures….
L’après-midi, je rentre au bateau vers 17h et j’enregistre sur disque dur les CD de musique sénégalaise que j’ai achetés à M’Bour. Les deux que je préfère ce sont Ismaël Lo et Oumar Pene qui sont superbes. Je décide de partir après-demain le 24.
Pour ça il faut que je prépare les routes. Le plus risqué sera N’Dangane, Mar Lothie et ses bancs de sables qui nous ont retenu à l’aller. J’ai le téléphone d’Ablaye et Babacar pour qu’ils viennent avec leur pirogue au cas où…
Puis, en mer je devrais veiller pour éviter les pêcheurs. Comme il y a peu de fond, je pourrai jeter l’ancre en cas de besoin avant d’arriver en Casamance. D’autant plus qu’en ce moment il y a peu de vent et que jusqu’à l’embouchure de la Casamance il y a 100 miles.

Le 23.04.2008

Ce matin, je me réveille tôt, seul sur ma grande couchette. Je déjeune et fais la route sur ordinateur. Devant la carte, je pense aux difficultés de naviguer seul en navigation côtière, avec tous les obstacles et l’envie de dormir, la fatigue.
Je bricole le taud décousu, car il pourra me servir vu la chaleur qui ne cesse d’augmenter.
Je vide le puisard dans lequel il y a encore du gasoil. Je vérifie les jauges qui ne semblent pas varier. Le réservoir journalier ne semble pas fuir. Je ne vois pas de fuite aux deux autres réservoirs… Mystère. En attendant ce problème n’est pas encore résolu…
Je vais à terre dans la famille. Je commence mes adieux, annonçant mon départ pour demain matin. Salifou est à Mar chez sa femme et doit revenir ce soir pour que nous allions ensemble jusqu’à Djifère.
Je passe la journée ainsi entre nostalgie de Mimi et imminence du départ de cette famille à laquelle je suis attaché, que j’aime.
J’envoie un SMS aux enfants leur annonçant mon départ. Sophie m’appelle. Elle n’avait pas compris que Mimi était déjà à Paris. Elle dit qu’elle aurait pu partir après avoir été avec moi jusqu’au Brésil. Elle à un peu peur de me savoir seul pour la traversée. Je la rassure.
Mimi m’appelle. Elle est avec ses filles qui vont bien et sont heureuses de la voir.
Dans une quincaillerie du coin, je renouvelle mes seaux qui sont fendus, pour des seaux qui paraissent très résistants. J’achète 20 mètres de bout de 8 millimètres, pas cher.
Je suis prêt pour le départ. Demain j’aurai à plonger pour donner un coup de brosse sur la coque et sur le loch afin qu’il indique la vitesse. Ce sera une première en solitaire. Salifou m’accompagnera jusqu’à Djifère, puis je serai seul.
J’écris au son du muezzin qui récite le coran pendant des dizaines de minutes. Pour l’instant je ne suis pas abattu, ni trop seul. Je retrouve un rêve de navigateur solitaire que j’avais abandonné il y a long temps… Je rajeunis en quelque sorte !

Le 24.04.2008

C’est le jour du départ. Je suis réveillé tôt. Je vérifie les niveaux, ferme les panneaux de pont. Je range les drisses. Je cale tout ce qui peut bouger en navigation…
Je plonge pour laver la coque. Le courant est trop fort pour plonger seul, sans l’aide d’une personne et d’une corde. Je remonte.
Puis, je vais à terre, dans la famille. Je fais mes adieux. Comme à chaque fois c’est dur. Je me sens bien ici et je n’ai jamais envie de partir et en même temps il faut bien partir, pour aller plus loin. Je dis au revoir aux filles, puis à Manafy qui pleure comme la dernière fois.Elle pense qu’elle est vielle et qu’on ne se reverra pas.
Je vais au bateau avec Salifou qui va me conduire jusqu’à Djifère de façon à avoir le maximum de chances de ne pas s’ensabler à Mar ou ailleurs.
À 12h30, je lève l’ancre. Salifou se met à la barre.Nous passons doucement le long de la plage de N’Dangane et je vois la maison de Manafy avec Sélé qui fait signe, N’Deye aussi et les enfants. Plus loin sous l’embarcadère, il y a Toco Sékou qui fait signe avec quelques vieux que je connais. Le village s’éloigne, on voit la lagune puis les palétuviers.
On navigue sur le Sine qui est large mais peu profond. Nous arrivons devant Mar Lothie. Nous voyons l’endroit où nus nous sommes ensablés à l’aller. De loin on voit le banc de sable d’une couleur jaune sale sous l’eau.
Nous passons totalement à bâbord à l’opposé de la fois précédente et ça passe. Il n’y a pas moins de 4 mètres d’eau.Nous arrivons sans histoire à Djifère. Là, je vois au mouillage un bateau qui ressemble à Carte Blanche, mais je ne vois pas le portique blanc. Je passe. Soudain je vois une annexe qui fonce sur moi. Jean Pierre de Carte Blanche a reconnu Diam Rek et il vient aux nouvelles. Je jette l’ancre. Il m’invite à l’apéro. Je lui dis que je ne m’arrête pas, que je dépose seulement Salifou. Il se propose de l’amener à terre. Nous discutons un moment avec plaisir et Salifou monte dans son annexe qui s’en va à terre. Jean-Pierre revient vers moi et me souhaite bonne chance seul en me disant de faire attention à moi !
Je continue vers la sortie du Saloum. Je passe au moteur les lames de l’entrée. Je mets le génois et le vent tournant et une lame me mettent à contre. Le moteur ne peut me faire tourner. Le génois ne veut pas rentrer. Je force un peu et la barre de flèche découd une laize. Je ne peux plus me servir du génois ! Je mets la trinquette et finis par passer la lame avec très peu de profondeur.
Je gagne la plus haute mer qui est toujours très peu profonde, moins de 10 mètres. Je mets la trinquette seule et avance à 3 nœuds. Mais le vent tombe vite et je me traîne à 1,5 nœuds. Je ne peux mettre seul la grand voile à cause des ris à tirer avant de l’établir. Il faut être un au pied de mat et un autre en bout de baume. Il va falloir que je trouve un système débrouille pour être autonome…

Le 25.04.2008

J’avance toute la nuit au pas. Au matin il finit par ne plus y avoir de vent du tout. Je me résous à mettre le moteur. Ça va durer toute la journée, puis le soir et le début de nuit.
Comble de chance une brume épaisse me cache la vue. De toute façon il n’y a personne. En tout je verrai un chalutier en face de la Gambie, et une pirogue de pêche vers l’entrée de la Casamance. Pas de filets ni de casiers non plus…
Au large de la Casamance la ligne de traîne indique une touche. Je remonte un barracuda d’un Kilo. Assez vite un autre de même taille. Je les prépare et range la ligne. Le barracuda est un poisson fin excellent ! Un pour ce soir et un pour demain !
J’arrive devant l’entrée de la Casamance à 2h du matin, à l’heure de la marée presque haute, mais la nuit. Il y a une demi-lune qui éclaire malgré les restes de brumes…
Mouiller dehors, en mer avec près de 10 mètres de profondeur et des vagues ce n’est pas tentant. Entrer avec les passes mal indiquées, qui peuvent bouger selon les bancs et avec un peu de mer…
Finalement j’opte pour entrer en faisant confiance aux cartes et au guide déjà vieux de 20 ans. Je me fie à la carte et choisis la passe médiane en sachant qu’il y a un seuil à trois mètres….
Je me dirige vers la bouée Casamance que je ne vois pas… Je vais vers la seconde bouée à quelques miles sans plus la voir. Mais les profondeurs correspondent à ma position indiquée par le GPS sur la carte. Je continue vers la passe d’environ 3 mètres. Là, je vois enfin une bouée qui figure sur la carte. Je passe, 4 mètres, trois, puis moins avec des indications intermittentes. Soudain je suis environné de vagues qui me font surfer, hautes de plus d’un mètre et qui déferlent sur les hauts fonds. Ou ça passe ou je me plante. Le suspens est très désagréable, mais court, quelques secondes. Puis je suis à 6 mètres puis plus. Je suis passé. Après un passage facile, il y a un deuxième haut-fond à passer. Moins de 3 mètres, pendant quelques minutes puis ça passe !!! Ouf ! Bon je n’ai plus qu’à suivre la carte jusqu’à Djogué à l’entrée de la Casamance. Je vois enfin la rive et l’endroit indiqué pour le mouillage. LA profondeur est de 10 mètres près de la plage. J’approche jusqu’à 5 mètres en étant à moins de 20 mètres de la plage. Je jette l’ancre. C’est la première fois que je suis seul, de nuit et dans un lieu inconnu avec le courant de la rivière. Ça se passe bien. Le bateau s’immobilise et tire sur l’ancre. Il est 4 heures du matin. Je distingue des silhouettes de cases et de pirogues. Je vais vite me coucher. Je suis mort de fatigue mais heureux d’être arrivé sans encombre.

Le 26.04.2008

Je suis réveillé à 7h30. J’entends le clapot des vagues sur la plage.Je vois le soleil par la descente. Je vais voir comment est le bateau. Il est en sens opposé à hier soir. La marée monte et il fait face à la marée. Alors je peux partir avec la marée !
Petit-déjeuner rapide, vaisselle, toilette, préparatifs divers et je lève l’ancre à 10heures.
La carte est précise et il ne semble pas y avoir de difficultés ; Il faut bien suivre les profondeurs, bien balisées par des bouées. La Casamance est immense, 2 ou 3 kilomètres de large. Il y a des pirogues qui passent déjà. J’avance au moteur avec le courant de marée qui me pousse. Je vais à 6 nœuds à 1600 tours. J’avance vite.
Je déjeune avec le barracuda de la veille et du riz aux oignons. Je me régale !
La rivière est belle. Par endroits il y a des cases dans une trouée des arbres, juste en bordure de rivière. C’est pour moi l’image d’un paradis terrestre possible au contact de la nature… À condition d’aimer la solitude évidemment !
J’arrive à 16h devant Ziguinchor. Je vois des bateaux mouillés. Je fais le tour et arrive par derrière. Je vois Daam Dour, Lambaréna et 5 autres bateaux à l’ancre. Je choisis une place. Dominique me fait signe de passer devant. J’y vais doucement. Je mets le moteur pour équilibrer le bateau avec le pilote automatique le temps que j’aille à l’avant et laisse descendre l’ancre par 9 mètres de fond !. Je mets un orin car le lieu a la réputation d’avoir des épaves où les ancres peuvent se prendre.Une fois à l’ancre, je me trouve un peu plus près d’un bateau que prévu, mais ça devrait aller.Je range et bois un grand coup d’eau fraîche ! Je suis heureux d’être arrivé et d’avoir pu me débrouiller seul. C’est un apprentissage, imprévu, mais utile.
Mimi m’appelle, elle est inquiète de n’avoir pas de nouvelles. Ça ne passait pas en mer…
Je suis heureux de retrouver les amis navigateurs. Sana m’appelle et je lui confirme que je suis dans sa ville et que nous nous verrons demain.
Je me mets à l’ordinateur pour écrire. Je veux rester à bord pour voir la renverse et le comportement du bateau et des bateaux environnants. J’espère que tout se passera bien. Et puis je n’ai pas le courage de bouger, je suis fatigué.
Ici il va falloir que je trouve quelqu’un pour coudre ma voile, et pour me faire un taud correct pour la traversée. Que je trouve du câble électrique et des cosses de bonne section pour résoudre le problème de démarrage du moteur pour lequel il faut une tension bien supérieure à avant pour démarrer.
Après quoi je pourrai visiter la Casamance.
Toute la journée, la chaleur a été intense. Ce soir le vent se lève un peu frais. Il fait danser le bateau. La marée montante se termine. La marée descendante n’est pas commencée. Alors le bateau amorce un quart de tour, poussé par le vent et plus poussé par la marée montante. Il fera son second quart de tour avec la marée descendante. Le mouvement dure une bonne heure. Les bateaux vont à leur rythme en fonction de leur poids, de leur fardage, de leur quille…
C’est curieux à voir. Il faut faire attention de ne pas être trop près d’un voisin…
Je reçois un SMS de Mimi qui pense à moi. Je lui réponds. Nous sommes séparés pour un ou deux mois, juste après le mariage, c’est dur !

Le 27.04.2008

En début de nuit, j’entends un léger choc. Je monte sur le pont. Je touche un bateau. Le propriétaire monte sur le pont et repousse son bateau. Les bateaux errent sur le fleuve et réagissent différemment selon leur poids, leur structure et leur fardage. Le propriétaire râle et me demande d’aller mouiller plus loin. Le temps que je m’habille, trouve mes lunettes et démarre le moteur, c’est lui qui va mouiller plus loin. Un autre propriétaire de bateau proche vient me voir en annexe. Il m’avait prévenu que j’étais trop près. Je ne l’ai pas touché, mais il veut aller plus loin. C’est lui qui bouge car ils sont deux et je suis seul. Il va plus loin. Je reste un moment sur le pont pour voir les mouvements des bateaux. Tout semble aller bien. Je retourne me coucher.
Je me réveille vers 8 heures. Je mets la radio et entends RFI.
Surprise : des coupeurs de route ont attaqué un car au Sénégal entre Kaolack et Ziguinchor. Ils ont dévalisé les voyageurs et fait deux blessés. Dans un pays si calme, des restes de guerre existent… En plus la hausse des prix alimentaires poussent des gens à agir pour survivre.
J’écoute une discussion sur Aimé Césaire. Il se réclamait nègre, apportant la connaissance fondée sur l’intuition comme héritage de l’humanité. L’intuition qui fait que les Africains ont une avance dans les arts en opposition aux occidentaux qui ont une connaissance basée sur la raison qui leur donne une avance scientifique et technique. La discussion est passionnante. Pourtant lorsque j’ai essayé de lire la poésie de Césaire je n’y suis jamais parvenu tant elle me semble compliquée et intellectuelle…
J’appelle Sana qui m’attend chez lui à Ziguinchor dans sa nouvelle maison. Je prends un taxi pour 400 FCFA. Il m’amène sur la route de Ousouille en limite de Ziguinchor.C’est Goumel, un quartier neuf qui sort de terre en limite de champs et de forêt. Des parcelles sont construites d’autres sont encore vierges ou en chantier. Les maisons sont grandes et belles. La maison de Sana est reconnaissable à la voiture R11 qui est garée devant. Une antiquité entièrement refaite et qui sert à Sana pour aller au travail chaque jour. Les enfants m’accueillent. Je n’en reconnais aucun tellement ils ont grandi. Ils ont entre 21 ans et 15 jours pour Birham qui vient d’arriver.
Je revois Oumi la maîtresse de maison. Sana est assis dans le salon cloué là par des problèmes de hanches. Je suis heureux de le voir et de découvrir sa nouvelle maison pour laquelle il s’est endetté. Elle est belle, toujours brute de béton, mais habitable. Il est enfin chez lui et aura payé dans quelques années. Sana est ingénieur agronome, professeur et sous directeur d’une école d’agriculture. Sérère du Saloum, il vit en Casamance depuis des années.
Nous discutons de la famille, de Ziguinchor, du Sénégal et d’agriculture. Auprès de lui je me sens bien, en toute amitié. Nous partageons une partie de la culture occidentale et une partie de la culture sénégalaise.
Voir un ami toutes les quelques années fait des raccourcis dans les trajectoires de vie. L’impression est d’assister à des destins avec les résultats espérés, voulus et ceux effectivement arrivés. J’ai un sentiment d’acceptation de la vie telle que nous la vivons de part et d’autre de la Méditerranée. Je ne sais comment dire cette affinité sereine avec nos différences.
Dans l’après-midi, nous regardons une rencontre de lutte sénégalaise à Ziguinchor. Tout le folklore mystique entourant ce sport est impressionnant. Chacun y croît plus ou moins, mais plutôt plus que moins. La lutte sénégalaise est le sport le plus populaire, avant même le football !
Les grandes marques ont investi dans ce sport. Orange sponsorise nombre de lutteurs qui portent des tee-shirts Orange !
Je dis à Sana que je cherche un électricien diéséliste et un voilier. Il appelle un ami qui le met en relation avec un mécanicien qui m’appellera demain pour changer mes fils électriques trop faibles qui m’empêchent de démarrer le moteur si le voltage n’est pas suffisant.
Le soir nous dînons d’un plat traditionnel, le lakh. C’est un couscous de mil sucré et chaud couvert de lait caillé froid ! C’est très bon, consistant et très sucré !
Le soir, il est temps que je rentre au bateau. Sana me raccompagne en R11 après un démarrage délicat en poussant la voiture.
Je rentre au bateau en allant doucement avec l’annexe à cause des vagues sur le fleuve. Je ne veux pas me retourner, je suis prudent.
Je me couche vite dans la nuit chaude.

Le 28.04.2008

Le mécanicien de Sana m’appelle. Il m’attend à l’embarcadère. Je vais le chercher en annexe. Au bateau, il regarde et prend des mesures pour acheter fil et cosses. Il me rappellera vite dés qu’il aura le matériel. Je le raccompagne et vais en ville à pied faire des courses. Je vais au marché couvert. Un beau marché en béton avec des étals de fruits et légumes et une autre partie pour le poisson. Il y a du choix et les prix sont raisonnables. J’achète des légumes et du poisson. De la lotte que le vendeur me prépare en un tour de main.
Je rentre à l’hôtel et y trouve Jacques et Adrienne. Nous discutons un moment. Ils sont enthousiastes sur la gentillesse des Sénégalais et supportent mal l’attitude raciste de certains plaisanciers. Nous parlons de nos rencontres au Sénégal, de livres lus…
Adrienne avait essayé une liaison wifi sans grand résultat ce jour…
Je rentre au bateau et déjeune de salade de tomates avec concombre et oignons avec des filets de lotte ! Avec un pastis quoi de mieux par une telle chaleur !
L’après-midi, je vais à l’hôtel Kadian Doumagne. J’aborde au ponton où l’on peut laisser en toute sécurité son annexe, juste attachée. On débarque alors sur la terrasse du bar en bordure de fleuve. Il y a la piscine à l’eau bleu transparente avec des transats autour ! Des jardins avec des arbres et des fleurs. Il y a des hibiscus, des bougainvillées de plusieurs couleurs, des frangipaniers qui sentent si bon. Un vrai petit coin de paradis au bord du large fleuve aux eaux peu claires et souvent agitées par la marée. Je m’installe à une table et branche mon ordinateur. Personne ne me demande rien. Le wifi fonctionne très bien mais avec un débit très lent. Je peux enfin récupérer mes mails, faire un tri et répondre aux amis qui commencent à s’inquiéter de mon silence…
Je veux aller sur le site Diamrek et je me fais jeter. Alors je tente de télécharger les mises à jour des logiciels. C’est si long que je dois abandonner au bout d’une heure… J’envoie un mail à Jean-Michel avec du texte en pièce jointe pour qu’il le publie sur le site s’il y parvient….
Lorsque j’ai reformaté le disque dur de mon Mac, j’ai remis des logiciels plus anciens et il doit manquer une application compatible avec le serveur qui héberge le site….
Le soir, je rentre au bateau. Je fais avancer l’annexe très prudemment sur l’eau agitée du fleuve. La marée monte et lutte contre le courant du fleuve. Les vagues sont courtes et rapprochées. Je ne m’assieds pas sur le boudin de l’annexe mais sur le fond, bien au milieu. Il fait une chaleur étouffante. Je transpire sans rien faire. Je reste dans le cockpit et j’entends le chant de l’eau qui glisse contre la coque et des vagues qui viennent se briser. La vie de cette eau est impressionnante d’énergie. Un peu plus loin il y a un pont qui relie les deux rives ; il mesure 720 mètres ! La Seine est bien petite à côté !
Je me sens seul. La journée, je ne m’en aperçois pas, mais le soir, ça me pèse. Mimi est loin, elle me manque.
Je lis un moment et me couche tôt.

Le 29.04.2008

Le téléphone sonne et me réveille. C’est Mimi qui me dit bonjour en oubliant qu’à Paris il est deux heures plus tard. Ici il est 7h30. Mais bon, ça fait plaisir d’entendre sa voix. Elle va bien et profite de la présence de ses filles.
Je me lève et appelle le mécanicien. Il n’a pas trouvé de fil électrique de 50 mm2 à Ziguinchor ! Alors il continue à chercher et réfléchit à une autre solution. Lorsqu’il aura trouvé, il m’appellera….
Je vais revoir mon contact pour la couture de la voile et d’un taud pour avancer et je dois appeler Daniel pour avoir son avis pour la traversée et un feu vert météo.
Le mécanicien me téléphone et vient. Il a trouvé deux câbles de 70mm2. Nous allons à bord et il remplace les câbles trop fins et raccourcit les ponts entre les coupe-circuits. Je démarre le moteur ; ça marche. Espérons que ça marchera avec un niveau d’énergie plus bas dans les batteries moteur.
Après déjeuner, je vais au bar de l’hôtel pour tenter de télécharger les mises à jour de logiciels en espérant que je pourrai ainsi aller sur le site de Diamrek sans me faire jeter…
Hélas la liaison internet est si faible que je ne peux rien télécharger, pas même recevoir les mails…
Je vais alors me promener en ville. Zinguinchor est adossée au fleuve, mais pas axée dessus. Les rues sont larges, bordées de vielles maisons, de cases aux toits de tôle rouillée. Tout semble inchangé depuis un siècle. Il reste de vieux bâtiments français, pas entretenus depuis longtemps, qui se fondent dans le décor.Il y a des arbres un peu partout, même quelques flamboyants en fleurs ; une splendeur !
Les magasins ont l’air aussi vétustes que le reste. Néanmoins ils regorgent de marchandises.
Des gens m’accostent pour me vendre des souvenirs. Ils sont aimables et n’insistent pas. Une vendeuse de colliers à qui je refuse d’acheter sa marchandise et à qui je dis que je cherche à faire un double de clef, se renseigne et m’accompagne en taxi jusqu’au marché Boucotte. Là dans une rue aux multiples étals et ateliers en plein air, il y a une échoppe clefs-minute. Le monsieur cherche et se met au travail. En quelques minutes, j’ai ma clef. Nous reprenons le taxi et je raccompagne la vendeuse. Plus loin un marchand de masques me hèle. Je lui dis que je ne suis pas intéressé par les masques modernes mais par des anciens. Il me dit qu’il peut aller en chercher. Il revient une demi-heure plus tard avec un sac de riz de 50 kilos plein de masques et statuettes Diolas de Casamance. Il y a de belles pièces. J’en retiens trois et discute. Les prix proposés sont élevés. J’explique que je n’ai pas les moyens. La discussion commence et une heure plus tard j’achète un masque avec un visage et un crocodile que le sorcier mettait pour attirer les crocodiles que les chasseurs étaient prêts à tuer pour qu’ils ne terrorisent plus la population.
Je ne sais s’il est si ancien, mais la facture est très belle, les formes aussi.
Je rentre au bateau car il se fait tard. Après le repas, je lis un peu et m’endors au chant du courant du fleuve.

Le 30.04.2008

Aujourd’hui je dois avancer pour la réparation de ma voile, pour le plein d’eau et de gasoil et pour l’avitaillement. Je n’aurai plus qu’à attrendre le feu vert de Daniel le routeur. Je suis au pied du mur, devant la traversée. Je n’ai pas encore d’impressions fortes. Comme d’habitude je me jette dans l’action en l’ayant préparée et ensuite je ressens les difficultés et j’y fais face autant que possible…
Je vais à l’hôtel et vois Dominique qui doit me mettre en contact avec un tailleur. Il m’indique un tapissier qui a déjà travaillé pour des voiliers. Je lui téléphone et il vient pour voir le taud et prendre des mesures… Il monte dans l’annexe et perd l’équilibre. Il tombe à l’eau et crie au secours. C’est un monsieur de 130 kilos et il est pris entre les bouts de différentes annexes et le ponton. Je ne parviens pas à le hisser d’autant plus qu’il est paniqué. J’appelle au secours et Dominique vient. À deux, nous y arrivons. Le pauvre Monsieur Tall est tout mouillé et ses affaires aussi. Nous l’emmenons à la douche de la piscine. Il prend une douche tout habillé pour se laver de l’eau sale. Je démonte son téléphone portable pour le sécher… Pourvu qu’il fonctionne encore !
Je le laisse avec Dominique et vais au bateau pour affaler le génois. Le génois reste coincé après 50 centimètres. J’ai beau tirer sur la toile, rien ne vient. Je monte au mât pensant que la drisse est coincée dans la poulie. Je suis seul et je n’ai pas le droit à l’erreur car je ne suis pas attaché. Je monte sous un soleil très fort. Arrivé en haut, je constate que tout est en ordre. C’est la pièce qui coulisse sur le profil qui est coincé. Je redescends pour prendre une pince multiprise. Je remonte après avoir bu un grand verre d’eau. Il faut faire vite car le génois est déroulé et si le vent se lève ce sera encore plus difficile ! Je remonte. Là haut je tente de dévisser le manillon pour libérer le génois. Vu la position très précaire, je n’y parviens pas. Au bout de quelques minutes, je redescends. Je prends un démanilleur et je remonte. J’ai les jambes fatiguées qui flageolent. Je tente de réussir avec le démanilleur. Je n’y arrive pas plus… Je redescends pour prendre un cutter afin de couper la sangle qui retient la voile. Je rebois un verre d’eau. Je transpire comme une fontaine. Je remonte une quatrième fois. Le mât fait 15 mètres, l’équivalent de 5 étages ! J’arrive en haut vidé. Je mets plusieurs minutes à couper la sangle. Le génois tombe alors en partie sur le pont. Je redescends. Sur le pont je reprends ma respiration. Le vent s’est levé avec la renverse et le génois commence à partir à l’eau. Je le tire sur le pont et l’affale complètement. Je suis vidé.
Je cherche un sac à voile. Seul je ne parviens à rentrer le génois qu’à moitié. Je pousse le tout sur la poupe. Je démonte le taud. Je pousse le tout dans l’annexe sans que ça tombe à l’eau.
L’annexe est pleine. Je me mets sur la voile et je vais au ponton.
Là Monsieur Tall et Dominique m’aident. Nous faisons une halte et buvons un coup pour reprendre des forces. Monsieur Tall est sec et a repris ses esprits.Très religieux il dit que ça devait arriver.
J’appelle Daniel, le routeur. Il est absent, je lui laisse un message. J’essaie plus tard en vain.
Soudain j’entends une corne de brume. Un bateau voisin avertit qu’une pirogue avec son balancier et son filet à crevettes a rompu ses amarres et dérive vers le bateau. Elle passe près de Diam Rek mail l’évite. Par contre elle va s’arrêter sur le mouillage du bateau voisin. Je prends l’annexe, vais chercher le skipper voisin et vais au bateau entravé. Nous arrivons lorsqu’un autre voisin a réussi à libérer le mouillage de la pirogue. Nous rentrons au bateau. Quelle journée !
Mimi m’appelle. Je suis heureux de l’entendre. Elle est inquiète à l’approche de mon départ et me parle de revenir ! Ça n’a pas de sens. Elle doit faire des choix clairs et les assumer. Je la rassure et lui dis que je serai prudent.Je lui dis de rester avec les filles ; elle me rejoindra à Salvador de Bahia…
Après cette conversation, j’ai mal au ventre. Je ne comprends pas l’attitude de Mimi. Je comprends son inquiétude, mais elle ne peut être à la fois à Paris et à mes côtés…
Je me couche vidé !

Le 01.05.2008

Je me réveille tôt, mais je me sens fatigué. Je vais à l’Hôtel puis en ville pour retirer de l’argent au distributeur afin de payer Monsieur Tall qui doit passer vers 10h. Je vais au distributeur. Il y a la queue car un distributeur voisin est en panne. Les gens parlent d’un petit défilé du 1er mai. UN homme auprès de qui des talibés viennent faire la quête leur dit d’aller à l’école et dit à ses voisins que ça ne devrait pas durer, que les enfants devraient aller à l’école pour avoir un travail plus tard, que ces écoles coraniques n’ont pas grand rapport avec le coran ! Un Sénégalais dit tout fort ce que je pense depuis longtemps !
Monsieur Tall me rejoint à l’hôtel. Il a le sourire. Il reparle de sa chute d’hier. Il a eu mal au coup cette nuit. Maintenant, ça va. Il me parle du travail à faire. Il me parle de mardi. Je lui demande si c’est possible avant. Oui pour dimanche ! Super.
Je passe l’après-midi près de la piscine. Des enfants jouent dans l’eau avec de grands rires. Un léger vent souffle, c’est un aspect du paradis sur terre.
Je discute avec Jacques et Adrienne que j’aime vraiment bien. Jean-Pierre et Lise de Carte Blanche arrivent et nous discutons ensemble. Ils se sont arrêtés en Casamance à Djogué et à Karabane et les voilà, heureux de leur voyage. Ils ont talonné sur le sable à un moment, mais pas d’histoire pour le reste. Ils ont acheté des langoustes à des pêcheurs. Chacun parle de façon élogieuse de la gentillesse des sénégalais.
Cette après-midi, les tam tams jouent. Il doit y avoir une fête à côté… Je vais voir, c’est juste derrière l’hôtel. La rue est pleine de gens. Une bâche est tendue au-dessus pour protéger du soleil ; des centaines de femmes avec de superbes boubous sont assises sur des chaises à même la rue. Un groupe de djembés au centre rythme la fête. Des voitures arrivent et déposent de nouvelles participantes, toutes aussi richement habillées, parées, souvent avec sac et chaussures de la même couleur, doré, bleu, violet…. Et les djembés redoublent d’ardeur. Quelques femmes esquissent des pas de danse. Des toubabs s’arrêtent et regardent. Je m’assois sur un banc un peu à l’écart et je regarde cette féerie de couleurs et de sons ! Il s’agit d’un baptême. La famille n’a pas lésiné sur la dépense !
J’achète du pain et retourne à l’hôtel puis au bateau. J’ai toujours mal au ventre. Je mange et lis allongé sur la couchette. Je termine « Les bous de bois de Dieu » d’Ousmane Sambène. C’est l’histoire d’une grève de six mois que font les employés noirs du train Dakar Niger. C’est très bien raconté, au travers des divers participants. Ça me rappelle « La condition humaine » de Malraux. Il y a un souffle épique dans les deux romans. Je me souviens de ce que j’ai vécu en 68 en tant qu’étudiant à Nanterre et en tant qu’employé gréviste aux PTT. Les conflits internes sont bien mis en évidence. C’est un beau roman qui parle d’un événement vrai d’après guerre, du temps des colonies et de l’esprit colonial. Quelle dureté dans les rapporte entre blancs et noirs, il y a seulement un demi-siècle ! Je me souviens du temps de la guerre d’Algérie et du langage employé par les médias de l’époque ! Heureusement qu’il y a eu une petite évolution. Mais quel progrès reste à faire !
Ici au Sénégal les gens sont très agréables. Certains sont crispés dans leur recherche d’identité et développent un racisme anti-blanc. Mais c’est une minorité. Une minorité qui gagne en importance au fur et à mesure des actions américaines impérialistes dans les différentes régions du monde…

Le 02.05.2008

Ce matin, je me réveille tôt et j’ai mal au ventre. Je prends les guides sur la traversée et sur le brésil. Ça y est, je suis au pied du mur et j’ai le trac !Ça me rappelle le temps où je travaillais sur commande pour la publicité et où le trac me prenait lorsque je faisais une chose pour la première fois et que je savais que je ne pouvais me permettre de rater. Et puis à un moment tout se dénouait et je pouvais avancer et réussir.
Je vais à terre et je vois Jacques et Adrienne. Jacques me demande comment ça va. Je lui dis mon trac. Et nous discutons traversée. Pas de problème, cette traversée est plus facile qu’une navigation côtière. Il a déjà traversé 22 fois. Il lui est arrivé de ne pas toucher au réglage des voiles pendant toute une traversée ! La traversée de la zone intertropicale de convergence est sans problème.Parfois il faut entre un et trois jours de moteur, on traverse et l’on retrouve le vent plus loin au sud.
Je lui dis que j’ai encore une fuite de gasoil, que j’en ai marre. Il me dit que j’ai bien assez de gasoil avec les deux autres réservoirs. Il est très rassurant. Il me vante les charmes de Salvador et de sa région, des gens très agréables, de l’ambiance très cool….
Adrienne est sur internet. Alors je vais essayer de passer mes mails…
Je m’installe avec mon Mac et je ne peux recevoir internet bien que je sois connecté ! Pas d’internet et pas de mails ! J’enrage ! Je n’ai pas de chance ou quoi ! Mon matériel fonctionnait bien ces derniers temps. Alors quoi ?
À force de toucher aux réglages, j’ai enfin une liaison et des mails arrivent. Je peux aller sur internet. Pourvu que ça dure !
Je peux envoyer des mails à Mimi, à Daniel le routeur et à Jean-Michel qui met le site à jour pour les textes en attendant que je sois en mesure de le faire moi-même de nouveau…
Je rencontre Dominique et le Diola qui lui a fait les pleins et qui doit l’emmener à Djilapao où il veut caréner. J’en profite pour lui demander s’il peut me faire les pleins. Il accepte et commence par l’eau. J’ai besoin de 300 litres. Il les apportera en pirogue en empruntant les bidons chez Jacques. Je rentre au bateau en attendant la livraison. Il fait une chaleur plus que tropicale ! J’ai du mal à garder le pied sur le bois du cockpit.
J’appelle Daniel. Il est en déplacement. Il me dit qu’il sera de retour demain et regardera la météo pour ma route. Il m’enverra un mail. Ça me rassure d’avoir un suivi météo d’un bout à l’autre !
Je lis en attendant « Les hirondelles de Kaboul » de Jasmina Khadra.C’est âpre et triste comme le sujet le laissait entendre…
Soudain j’entends une pirogue. Je vois un rameur et un accompagnateur dans une pirogue taillée dans un tronc. Elle est de la largeur d’un bidon de 20 litres et son franc-bord dépasse à peine de l’eau… Le rameur tente de s’approcher malgré le courant assez fort. Il s’approche et rate l’approche du bon côté. Il veut faire une manœuvre et se fait emporter par le courant, il est à nouveau 50 mètres derrière Diam Rek. Je prends l’annexe et rejoins la pirogue. L’aide me tend un bout court. Je le prends et met le moteur ; je ne réussis qu’à tourner en rond ; je ne peux aller droit et remonter le courant. Je lui passe un bout plus long et remets les gaz. Mes 3,5 chevaux n’arrivent pas à remonter le courant et la pirogue penche, manquant de prendre l’eau. Il lâche le bout. Je rentre au bateau et les vois dériver loin en arrière….
Plus d’une heure plus tard le piroguier vient avec un autre piroguier guinéen qui rame plus efficacement. Je leur tends un bout et ils arriment la pirogue au flanc du bateau. Ils me passent bidons après bidons. Puis ils m’aident à les vider dans les réservoirs. Les 200 premiers litres ne remplissent pas le premier réservoir. Ils repartent pour 120 litres supplémentaires. Ils reviennent plus tard et nous remplissons les réservoirs.
Maintenant nous parlons gasoil. Ils vont acheter des bidons de 20 litres à 500FCFA l’un et acheter du gasoil. Vers 19 heures, le piroguier revient avec une facture de gasoil. Il mangue des sous car si le gasoil était à 565 à Dakar il est ici et maintenant à 687… Je redonne de l’argent et je dis au piroguier de venir plutôt demain matin pour ne pas risquer de chavirer avec le courant et la nuit.
En effet depuis une heure c’est l’étale et le début de la renverse. Les bateaux bougent en tout sens. À un moment, j’ai le sentiment que mon voisin part. Non, il bouge comme moi et dans un autre sens. En ce moment nous sommes 10 bateaux et il y en a dans tous les sens ! Ils se rapprochent et s’éloignent. Lorsqu’ils sont travers à la lame, ça roule quelque peu. Le phénomène dure plus d’une heure. Le vent est plus fort aujourd’hui et ne faiblit pas !
Je prends un pastis avec du jambon des Canaries qui s’est bonifié depuis son achat !
Mimi m’appelle. Elle va bien et s’inquiète pour moi. Je la rassure. Je suis tendu vers le départ, mais pas inquiet. Ça va aller. Ça me fait plaisir d’entendre sa voix. Elle veut réunir les enfants, mais les miens ne répondent pas au téléphone, comme d’habitude, hélas !
Je dîne et me couche avec mon livre !

Le 03.05.2008

J’ai mis le réveil à 2h30 et je me réveille à 2H tout seul. Je mets le moteur en route et l’ordinateur.
Je mets la BLU en marche et j’établis une liaison avec une station belge puis une canadienne. La vitesse de liaison est rapide. Elle est souvent de 200, cette nuit, elle monte à 2800. Les 9 messages en souffrance s’affichent très vite.Je fais une demande de fichier grib météo. Le fichier arrive quelques minutes plus tard. Vu sa taille, heureusement que le débit est élevé. Je regarde le fichier. En ce moment et pour 48 heures, il y a 20 nœuds de vents dans la région, mais il est nord-ouest. C’est-à-dire juste dans le nez si je veux aller vers le sud du Cap-Vert pour avoir un vent plus régulier. Plus au sud il y a du vent pour l’instant, mais je ne sais pas ou se situe actuellement la Zone Intertropicale de Convergence et ses grands calmes. Daniel me le dira et en tiendra compte pour m’indiquer une route préférable.
Je retourne au lit, heureux car la BLU fonctionne bien et les fichiers grib aussi…
Ce matin, j’attends la livraison des 200 litres de gasoil en 10 bidons. J’attends jusque vers 11h puis je vais à l’hôtel. Peu de temps après je vois Une pirogue avec des bidons ; le piroguier me fait signe, c’est Ouzin qui vient me livrer… Je reprends l’annexe et vais vers la pirogue. Je propose aux deux rameurs de les remorquer. Je leur passe une amarre et je mets les gaz… Impossible d’avancer. Nous reculons. Je dois les laisser en leur ayant fait perdre du terrain.
Je les attends au bateau. Ils arrivent un peu plus tard et me passent les 10 bidons d’huile pleins de gasoil. Je les range sur le pont.
Je retourne à l’hôtel et je vais faire un tour en ville pour aller au distributeur de billet puis aller au marché.
En route je rencontre le jeune qui m’a vendu le masque crocodile. Il a avec lui le petit masque porte bonheur que j’avais regardé avec envie pour son esthétique. Il me le propose moins cher que la fois précédente. Je lui dis que je n’ai plous d’argent pour ça, que je dois payer gasoil et nourriture avant de partir… Il m’accompagne au marché. Je retrouve la vendeuse de fruit et légumes à qui j’avais acheté la dernière fois. Je lui demande des prix et lui passe commande de mon avitaillement pour la traversée. Elle me le livrera lundi matin.
Sur le chemin du retour, mon antiquaire me suit et baisse son prix, jusqu’à je me laisse tenter. Il est heureux, moi aussi. Me voilà avec un masque supplémentaire. Celui-ci est très stylisé, très géométrique.C’est une pièce qui me fait penser aux pièces acquises par Picasso et d’autres artistes qui ont créé l’art moderne dans la première moitié du 20ème siècle.
Devant l’hôtel, la marchande de colliers qui m’avait accompagné jusqu’à un clef-minute vient me voir et veut me vendre des colliers. Elle s’y prend si bien que je finis par lui acheter quelques colliers et bracelets que Mimi pourra vendre au Brésil…
À l’hôtel, je tente de télécharger les mises à jour de programme. Avant que ce soit fini Monsieur Tall arrive avec la voile et le taud. Près du ponton, il me montre son travail. La toile de bâche qu’il a employée est d’un vert tendre qui ne passera pas inaperçu !Je l’essaierai pour voir son efficacité. En tout cas il est fait pour qu’il soit solide. Idem pour la voile. Tout va bien.
Reste le téléphone portable qui avait pris l’eau. Monsieur Tall me le montre. Il est capable de recevoir des appels mais ne peut en envoyer. Je paye le prix d’un portable de base. Monsieur Tall est content et s’en va.
Je porte la voile au bateau. La voile dans son sac est si lourde que je mets un bon moment à la hisser sur la plate-forme arrière sans la faire tomber à l’eau !
Je retourne à l’hôtel. Je veux faire le point financier avec Ouzin. Je trouve Dominique qui l’attend aussi et a rendez-vous avec lui à l’embarcadère des passagers. Nous y allons et attendons plus d’une heure. Yves et Julie passent. Ils reviennent de Djilapao et parlent, comme d’autres, de petit paradis avec des habitants adorables. Des navigateurs laissent leur bateau pour l’hivernage. Les gens du village les surveillent collectivement. Tout se passe bien depuis des années. Ils y sont restés une semaine et vont aller ailleurs.
Ils prennent leur temps et profitent des lieux, sans peur des embûches de navigation dans les bolons et en prenant contact avec les habitants.
Moi qui me presse de traverser, j’ai l’impression de passer à côté de cette partie d’Afrique…
Le soir au bateau, Mimi m’appelle. Elle me propose de revenir pour la traversée, très vite. Je ne sais que lui dire. Je vais réfléchir et nous en reparlerons demain…
Je termine « Les hirondelles de Kaboul » Je suis déçu car le livre ne m’apporte rien de nouveau sur l’Afghanistan, les guerres successives et la vie des habitants sous le régime des mollahs.
Néanmoins, je commence du même auteur « L’attentat ». C’est l’histoire d’un Arabe israélien bien intégré dont l’épouse devient kamikaze dans un attentat. Le sujet est complexe. La psychologie est bien étudiée.La lecture me prend ; l’intérêt est là.

Le 04.05.2008

Ce matin, je dois m’occuper du bateau. J’ai un peu de mal à m’y mettre seul. Je commence par l’annexe que je veux nettoyer. L’eau et les débris qui se sont accumulés dedans commencent à sentir la vase. Je remonte à bord avirons et moteur. Puis j’attache les palans des bossoirs de chaque côté et je remonte un peu l’avant de l’annexe après avoir ouvert l’évacuation arrière. Il me faut lutter contre le courant pour redresser l’annexe de façon à vider l’eau. J’envoie plusieurs sceaux d’eau de mer pour laver et enlever le sable puis je redresse de nouveau l’annexe pour la vider. Faire ça seul, c’est du sport avec le courant du fleuve.
J’hésite à monter en tête de mât pour décoincer l’attache du génois. Je trouve qu’il y a trop de vent et je remets au lendemain.
Je prépare un ragoût de mouton pour plusieurs repas.
J’appelle Sana. Il est en train de se promener à pied pour faire fonctionner ses hanches défaillantes. C’est convenu, je passerai le voir cette après-midi. Ce sera avec plaisir, avant de quitter le Sénégal et de traverser.
Mimi m’appelle. Nous évoquons son retour. Finalement elle a encore des choses à faire à Paris et il semble qu’elle a moins peur de me savoir traverser seul. Nous verrons dans les quelques jours suivants…
Je mets le taud nouveau. Je m’aperçois qu’il manque une attache centrale. Je prends une aiguille et de la sangle pour coudre une attache et je l’installe. Il est mieux que le précédent. Il aurait pu être mieux si un voilier m’avait proposé ses idées et avait fait une réalisation sur mesure.
Je vais à terre pour aller chez Sana. Je croise Ouzin qui me dit qu’il est disponible pour les 100 litres supplémentaires de gasoil que je voulais>. Je lui dis que je n’ai pas beaucoup de temps, mais qu’il peut livres les bidons sur le bateau. Je lui donne d’argent. Il prend des bidons et vient en taxi jusqu’à la station. Je le laisse là et je continue chez Sana.
Je vois les enfants. Les enfants de Sana sont vraiment beaux. Ils m’accueillent avec de grands sourires. J’arrive, entre dans la maison qui est chaude sous le soleil. Oumi est allongée avec une cousine et discute. Je les salue et laisse les femmes avec les femmes et vais dans le salon où sont les hommes. Je les salue. Sana regarde le sport à la télévision. Nous discutons comme à chaque fois que nous nous rencontrons. Toutes les nouvelles de la famille y passent, celles de Françoise qui lui a téléphoné, il y a peu. Les nouvelles du Sénégal aussi, de la Casamance.
Nous parlons de lutte puisqu’Ablaye, le jeune espoir de la famille vient d’arriver ici pour s’entraîner dans une écurie professionnelle. S’il s’entraîne vraiment il semble avoir une belle carrière derrière lui.
Nous parlons des fêtes et particulièrement de l’initiation. Les Sérères et les Bassaris sont les ethnies qui ont le mieux gardé leurs coutumes.Les autres ethnies ont presque tout perdu sous l’influence des Imams et des curés qui voyaient d’un mauvais œil la partie mystique de l’initiation.
Dans le Sine, l’initiation durait trois mois dans la première moitié du 20ème siècle. Après la guerre, elle a été réduite à 3 semaines. Désormais elle de dure plus qu’une semaine. Ont été presque supprimées les parties technologiques. Que peuvent retenir les enfants d’un tel condensé d’initiation ? On parle des chefferies de villages. Certaines sont familiales et ne sortent jamais de la même famille, d’autres sont électives. Ces chefs de villages sont reconnus par l’administration comme maires de leur village. La tradition est partout mélangée avec de nouvelles influences. Sana le regrette, mais ne voit pas comment faire autrement. Jusqu’à maintenant, tout dans la famille passe par lui. Ainsi lorsque nous discutons, un enfant vient demander un peu d’argent pour telle chose, un autre pour autre chose, un autre pour une aide pour des devoirs, son épouse pour un problème de téléphone… Un vrai patriarche !
Les gens défilent pour saluer, pour un service. Un voisin vient pour une fuite à son radiateur de voiture. Sana regarde et donne son avis…
Le temps coule doucement. Nous sommes dehors, dans la rue en quelque sorte, un chemin en terre à vrai dire.D’autres voisins sont aussi dehors pour prendre la fraîcheur du vent qui vient du fleuve à partir de 17 heures. C’est agréable ! La vie se passe dehors. Alors des voisins viennent, ils ont une voiture à vendre, achetée en Gambie…
Nos discussions sont hachées par la vie des autres. J’ai toujours le même plaisir à me retrouver avec Sana. Nous évoquons des souvenirs communs, ses projets de venue en France pour des examens médicaux. Il me demande des précisions sur la navigation en bateau, sur la traversée pour le Brésil.
Le soir nous dînons avec Oumi, à trois. Puis je leur montre les photos du mariage à N’Dangane et ils sont heureux de reconnaître la famille et de voir Mimi. Oumi dit « Elle est belle » ! Oumi veut voir le bateau, mais elle a peur de l’eau. Je lui fais voir des photos car je ne veux pas l’emmener en annexe. J’ai trop peur depuis la chute de Monsieur Tall.
Il se fait tard. Je salue chacun et Sana me raccompagne dans sa R 11. Il me tend une manivelle pour que je remonte la vitre, mais elle ne fonctionne pas sur cette portière…
Nous arrivons devant l’hôtel. Il me dépose et nous échangeons les derniers adieux.
Je rentre au bateau et trouve les 100 litres de gasoil en bidons sur le pont. Ouzin a bien travaillé !

Le 05.05.2008

Je me réveille dans un grand silence. Pas de vent, pas de bruit d’eau sur la coque : le grand calme.
Je vais à terre relever mes mails.
Daniel me demande une date de départ pour étudier plus finement la météo.
Mimi m’envoie un mail chaleureux avant le départ.
Il y a un mail de Sailmail qui me réclame la cotisation annuelle. Je vais sur leur site et paye par carte. Hélas ils demandent une semaine pour confirmer le payement… S’il y avait un problème administratif, je serais sans possibilité d’envoyer et de recevoir des mails à bord !
Par prudence, il va falloir peut être que j’attende… Nous allons voir. Je ne veux pas laisser les gens qui me connaissent sans nouvelles pendant trois ou quatre semaines de traversées. Certains seraient morts d’inquiétude. Pourtant avant c’était le lot des familles de marins qui partaient au loin… Maintenant les mentalités ont changé en même temps que les techniques et l’on ne supporte plus l’absence.
J’attends la vendeuse de fruits et légumes qui doit me livrer. Ne la voyant pas, je vais au marché. Ses voisines d’étal me disent qu’elle est partie à l’hôtel. J’y retourne. Elle est là avec un porteur et une charrette. Nous portons les achats au ponton. Nous faisons l’appel des paquets et les comptes. Je paye et la vendeuse me fait un grand sourire.Elle a oublié les aubergines. Je passerai les chercher plus tard.
Je charge l’annexe. Pendant le transbordement le sac plastique de pommes de terre, craque.Je peux dire preuve à l’appui que la pomme de terre, ça ne flotte pas ! Je décharge le reste sur le bateau sous une chaleur de feu.
Après déjeuner, je vais en ville, au super marché. Sur la route, je m’arrête pour discuter avec un antiquaire. Au bout d’un moment il me montre une sculpture d’un vieux marabout. Je lui dis que je ne suis pas intéressé. Il m’apporte un awélé. Je lui dis que j’ai su jouer, mais que je ne me rappelle plus. Alors il prépare le jeu en répartissant les graines dans les creux. Il m’explique la règle et nous jouons une partie qu’il me laisse gagner. Si bien que je lui achète son jeu et pensant jouer plus tard avec Mimi…
Le supermarché est fermé, il n’ouvre qu’à 15h30. À côté il y a un grossiste en boissons. J’achète pastis, vin et bière, de quoi tenir pendant la traversée. Mes achats me seront livrés à l’hôtel.
Lorsque le supermarché ouvre, j’entre. Il y a des chariots et des rayons garnis, avec beaucoup de produits européens. Je prends de l’épicerie, du fromage et de la charcuterie. Mes achats seront livrés sans frais supplémentaires.
Je rentre à l’hôtel. Je trouve Jacques, Dominique et Jean-Pierre attablés près de la piscine. Nous buvons pour nous rafraîchir. C’est agréable de se retrouver et de discuter de choses et d’autres en toute amitié. Le soir tombe, la lumière est dorée ; le calme impressionnant.
Daam Dour et Lambaréna partent demain pour Djilapao. Ils en parlent avec envie. Si j’avais le temps pour traverser, j’aurais aimé y aller.
Je vais porter à l’annexe les produits livrés, puis au bateau. L’annexe est pleine. Je range dans le bateau. Je trouve toujours de la place.
J’appelle Daniel, le routeur. IL me dit que je peux encore attendre une semaine pour partir si je veux. Je devrai faire de l’ouest 200 mille avant de trouver du vent stable.
Mimi m’appelle et c’est agréable d’entendre sa voix !
Je me couche fourbu dans une chaleur qui me fait fondre.

Le 06.05.2008

Ce matin Jacques doit passer pour me donner des conseils pour les manoeuvres de grand voile solitaire. Son expérience me sera précieuse. J’attends en rangeant l’avitaillement. Tout trouve sa place. Même si je suis pris dans les calmes longtemps, j’ai de quoi tenir !
Vers les 10 heures, je vois Daam Dour lever l’ancre et passer doucement près de Diam Rek. Nous échangeons quelques propos et nous nous souhaitons bons vents.
Je vois Lambaréna qui ne tarde pas à passer. Jacques me dit que je peux passer à Djilapao pour qu’il me donne des conseils sur les ris en solitaire… Tant pis je demanderai à un autre navigateur, même s’il a moins d’expérience.Jacques n’a pas trouvé le temps et je ne lui en veux pas.
J’ai le cœur gros en voyant partir ces deux bateaux et leurs marins que j’aime ! Je me sens seul. Sur le départ comment peut-il en être autrement. Mimi est loin, les mais aussi et je vais seul vers l’inconnu… C’est le sort du navigateur qui quitte toujours ce qu’il connaît pour aller plus loin, découvrir ce qu’il ne connaît pas encore…
Je vais à terre relever les mails et tenter de télécharger des mises à jour de logiciels qui me permettent enfin de reprendre la main sur le site de Diam Rek. En attendant heureusement qu’il y a la gentillesse de Jean-Michel à qui j’envoie des textes qu’il met en ligne. Les photos viendront plus tard, dès que je pourrai. Un grand merci à toi Jean-Michel !

Le 08.05.2008

Je me réveille tôt. Le vent s’est calmé.Je prépare le bateau pour aller à l’endroit indiqué par Talla, vers les troncs de rôniers. Je prépare les amarres. J’en mets des deux côtés, pour parer à toutes éventualités, d’autant plus que je serai seul pour faire la manœuvre et qu’il y a du courant.
Je veux lever l’ancre et le guindeau ne répond plus. Encore un fil d’oxydé, je suppose. Je regarde et ne vois rien au premier abord. Je vais en annexe à terre et je vais voir Talla pour lui dire de reporter à cette après-midi une fois que j’aurai réparé le guindeau.
Talla fait la gueule et ne me dit rien en français. Je parle à l’intermédiaire qui me l’avait présenté. Il me dit qu’il ne veut plus faire le carénage parce que j’avais parlé avec Ousmane qui lui avait dit que j’étais d’accord avec lui. J’ai beau lui dire qu’il n’en est rien, il ne veut pas faire le travail.
L’intermédiaire me présente quelqu’un d’autre, mais nous ne tombons pas d’accord sur le prix.
J’en profite pour passer au port pour faire ma sortie à la police. On me renvoie de bureau en bureau. Je vais à la capitainerie qui tamponnait avant le passeport, mais désormais c’est la police. Les policiers passent au port cette après-midi.
Je rentre donc au bateau en passant par le marché pour acheter des lottes. Je fais une ratatouille avec de la lotte ; c’est bon !
J’entends à la VHF, Jean-Pierre qui parle avec Freya qui arrive. Effectivement je vois deux voiliers : Freya et Timshel. Timshel vient jeter l’ancre un peu près à mon goût. Je le lui dis, mais il reste là ; nous verrons bien. À surveiller à la renverse !
Je vais réparer le guindeau. Un fil qui va à la commande est oxydé et carrément coupé. Je mets un embout serti et ça remarche !
L’après-midi, je vais au port. La police n’est pas passée.On me renvoie de bureaux en bureaux. Bora me propose de m’emmener avec sa vieille mobylette à la police. Je monte sur la selle arrière et la mobylette nous porte non sans peine. La police est fermée. Elle n’ouvre qu’à 4h. Je propose à Bora d’aller boire un coup.Il me conduit dans un bar et nous prenons deux bières. Nous parlons de choses et d’autres et de vin de palme. Moi je l’apprécie peu. Je lui parle de soum soum, l’alcool local. Il sait où en acheter. Nous passons d’abord à la police. Ils ne tamponnent plus les passeports. Il faut aller à l’aéroport aux heures où il y a un avion.
Bora va m’acheter du soum. 1500 FCFA le litre. Ça sent l’alcool de fruit. C’est bon, mais c’est fort.
Je rentre à l’hôtel. Je trouve Jean-Pierre et Lise avec Patricia et Olivier. Je me joins à eux.
Katerine et Nicolas passent. Je vais les saluer. Je suis heureux de les revoir. Katerine me demande des nouvelles de Mimi. Eux reviennent de Gambie qu’ils ont remonté sur 160 miles au milieu des crocodiles, hippopotames, singes et forêt luxuriante. Sans oublier les moustiques et une chaleur jamais sous 40°. Je suis heureux de les revoir. Katerine me quitte car elle doit préparer l’anniversaire de Nicolas qui a 5 ans aujourd’hui. Il va se déguiser en pirate des Caraïbes !
Je me baigne dans la piscine pour me rafraîchir un peu, puis je vais sur internet.
Francis et Katerine sont à côté de moi sur internet. Je discute avec Francis qui me demande pourquoi je ne reste pas quelques mois de plus pour voir Gambie, Bijagos et Cap-Vert ? Je lui explique que j’ai envie de voir l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale en priorité. Puis que selon notre adaptation avec Mimi au voyage nous traverserons pour le Pacifique ou nous nous contenterons d’un tour de l’Atlantique… Francis a beaucoup aimé le Cap-Vert.

Le 09.05.2008
Je me réveille de bonne heure. Je prends un taxi pour l’aéroport. Nous traversons la ville qui semble encore endormie. Je n’ai jamais vu d’embouteillage à Ziguinchor ! Les rues sont larges et de chaque côté il y a des maisons au toit de tôles rouillées, au crépi évanoui depuis des lustres. Les gens marchent souvent à pied.
L’aéroport est tout petit. Il y a des toubabs et des Sénégalais. Je demande la police et l’on m’indique la personne qui contrôle le portail de sécurité des bagages. Il me dit bonjour. Je lui dis que j’ai mon temps et qu’il peut continuer son travail. Il me dit qu’il va s’occuper de moi. Je sors les papiers du bateau et le passeport. Il met un tampon sur le passeport et voilà la sortie est faite…
Je vais rentrer et j’aperçois Cheick le portier de l’hôtel. Il me raccompagne en voiture. Je lui parle de la personne qu’il connaît pour le carénage. Il me conduit chez lui. Il est sorti. Il laisse la commission. Nous rentrons à l’hôtel.
Je vois Sandrine, une femme de service qui fait la lessive pour les navigateurs. Je vais au bateau et lui rapporte le linge sale. Je l’aurai demain, tout propre pour 3000 FCFA.
Je vais sur internet relever mes mails. Je veux déclarer mes revenus, mais Sophie ne m’a pas encore envoyé les chiffres des banques…
Je passe encore du temps pour télécharger des mises à jour de logiciels. En cours de route, je me fais jeter et je dois recommencer….
Je tente de recharger mon compte mobicarte pour mon numéro de mobile français. Avec le téléphone sénégalais, je n’y parviens pas… Peut-être Mimi pourra-t-elle le faire depuis Paris ?
Je vais acheter du pain et en sortant de l’hôtel, je vois Shérif qui m’appelle. Il est venu avec Aimé au ponton et ne m’a pas vu. Je lui dis que j’étais au bar sur internet comme je le lui avais dit.
Il m’emmène en voiture chez Aimé. Mais il n’est pas là. Il me raccompagne et viendra demain avec Aimé à 9h et nous parlerons de carénage.
Je rentre et écoute RFI. Depuis une dizaine de jours que je suis en Casamance, un gendarme a été tué sur une mine, 4 voyageurs ont sauté en car sur une mine et maintenant ce sont 17 cueilleurs de cajous qui ont eu l’oreille gauche coupée pour les punir de cueillir sur des parcelles fiefs de bandes armées ! Aucun risque pour les touristes qui ne vont pas sur les routes, mais les suites de la guerre sont à l’œuvre pour longtemps encore. Des démineurs marocains sont venus, il y a quelques années et sont repartis lorsque plusieurs ont été tués par des guérilléros ou des bandits…

Le 10.05.2008
Je me réveille tôt. Je dois gonfler l’annexe dont un boudin est dégonflé depuis hier après-midi. J’espère que le boudin n’est pas crevé. Je le gonfle et ça tient ; super !
Je vais à terre pour attendre Shérif et Aimé au ponton. J’attends, j’attends, c’est un rendez-vous sénégalais. Ils arrivent à 11h10. Mieux vaut tard que jamais ! Entre temps Sandrine m’a rapporté le linge lavé, séché et plié.
J’emmène Aimé en annexe pour voir la coque. Nous faisons le tour. Elle n’est pas très sale, mais il y a des algues et de petits coquillages. Nous discutons le prix. Je demande aussi à Aimé de m’aider à verser les bidons de gasoil dans les réservoirs et à m’aider à décoincer le support du génois et à endrailler le génois. Il me fait un prix pour 25000 FCFA après discussion.
J’en profite pour lui demander de faire recharger une bouteille de gaz. Nous la chargeons dans l’annexe. Nous retrouvons Chérif qui nous emmène en voiture dans une station Total qui vend des bouteilles pleines. Certes elles ne sont pas neuves, mais elles sont pleines.
Je reviens au bateau avec le gaz. Une bouteille dure trois mois. Je suis tranquille pour la traversée. Rendez-vous est pris pour 8h30 demain matin pour le carénage et le reste.
Tout sera prêt pour le départ le 13.
Comme j’ai fait l’avitaillement, il y a une semaine, je devrai refaire les courses pour des fruits et quelques légumes.
L’après-midi, je vais à la piscine. Je me baigne dans une eau verte d’algues parce que le système d’épuration n’arrive plus à faire face. Aujourd’hui la piscine est pleine de jolies jeunes filles. Ce soir il y a l’élection de Miss Ziguinchor à l’hôtel.
Je finis de lire « Les agneaux du Seigneur » de Yasmina Khadra. C’est l’histoire de la montée de l’intégrisme dans un village algérien, puis de la guerre civile avec toutes ses atrocités. C’est terrible et terriblement humain, avec les appétits de pouvoir, les lâchetés, les niaiseries de croyances, les jalousies et la barbarie…
Olivier vient au bord de la piscine. Il bricole son pilote et pense être prêt mardi ou mercredi.
Pour descendre de Ziguinchor à l’embouchure de la Casamance il faut souvent deux jours. En effet la marée montante dure 8 heures et l’on peut monter en une fois. Mais la marée descendante dure moins de 4 heures lorsque l’on descend et il y a 35 miles à faire. J’ai envie de descendre seul et attendre à Djogué en rangeant l’annexe et tout ce qui pourra bouger en mer.

Le 11.05.2008
J’ai rendez-vous avec Aimé pour le carénage à 8h30. Je vais près de la piscine dans le calme du matin. J’attends. À 10h30 personne. Je vais chercher le pain. Je rencontre Ouzin qui est prêt pour vider les bidons de gasoil dans les réservoirs.
Alors on y va. A deux, on vide les bidons de gasoil en en mettant dans le cockpit aussi et d’autant plus que ça refoule parfois. Les jauges indiquant n’importe quoi, j’ai 115 litres de trop. Ouzin nettoie le cockpit.
J’entends siffler. C’est Aimé qui est au ponton. Je vais le chercher. Sur le bateau, il se prépare et plonge sans masque, sans palmes, avec un grattoir en plastique ou une brosse selon le moment. Le courant est encore fort ; il s’aide d’un bout tendu entre la proue et la poupe. Il fait jusqu’au premier bouchain, puis le second et la quille. En un mois, depuis Hann, les algues qui ont repoussé mesurent un peu moins de 10 centimètres. Il y a quelques coquillages.
Puis c’est l’étale et il n’y a plus de courant, c’est plus facile pour plonger. Aimé fait des poses de temps en temps. Pourtant il est bâti comme un Hercule !
Je prépare des spaghettis bolognaise avec du thon. On prend un pastis en apéro. Il fait une chaleur torride.
Aimé termine le carénage, puis il est prêt à monter au mât pour descendre le support de génois le long du profile. Je lui passe le baudrier et l’assure avec la drisse de grand voile. Il monte. Il attache le support de génois et me lance le bout. Je peux tirer dessus et descendre un peu le support qui reste coincé un peu plus bas.
En regardant le profil, je vois que les vis à clef Allen qui tiennent les jonctions de profils sont desserrées et dépassent, bloquant ainsi le support qui ne peut coulisser librement.Nous démontons alors le ridoir de l’étai de génois de façon à mettre le profil le long du mât.
Aimé peut alors monter au mât et resserre toutes les vis desserrées. L’attache de génois coulisse alors sans problème. Il n’y a plus qu’à refixer l’étai de génois et de serrer le ridoir suffisamment.
Nous pouvons alors endrailler la ralingue dans la gorge du profil. Le vent s’étant levé, nous ne sommes pas trop de trois pour faire l’opération et vite rouler le génois.
Je suis heureux. C’est prêt pour la traversée. J’ai réfléchi à un truc pour pouvoir hisser seul la grand voile avec ou sans ris. Avec un bout fin, je peux maintenir décoincés les bloqueurs des ris.Une fois la voile hissée, je libère les bloqueurs et donne un tour de winch et le tour est joué !
Je peux manœuvrer seul !
Nous revenons au bar boire une bière après ce bon travail. Mes deux aides musulmans boivent sans problème. Aimé a un père catholique et une mère musulmane. Il a fait le catéchisme, l’école coranique et l’initiation animiste. Il vit heureux avec ce mélange.
Je vais un peu sur internet. Hier soir, j’ai téléchargé un nouveau navigateur et je peux désormais aller sur le site de Diamrek ! Super ! Je vais pouvoir laisser Jean-Michel vaquer à ses occupations !Mais pas encore tout à fait car pendant la traversée, c’est lui qui indiquera mes points de passages que je lui aurai communiqués !
Voilà vous savez tout ! Le départ est toujours prévu mardi ou mercredi matin. Olivier a réparé son pilote… Tout semble bon !

En buvant un pot, Francis se joint à nous. En discutant, il manque de gasoil. Je lui propose celui que j’ai en rab en bidons. Il est d’accord. Il passera demain matin pour le prendre. Super !

Le 12.05.2008
Ce matin, je pense au départ.
Ce que j’attends de cette traversée : les joies d’une première pour moi, une longue navigation, un temps et des vents stables et agréables pour la route, une fiabilité du bateau et des communications, des prises régulières de poissons.
Ce que je redoute : Un accident physique en cas ou je tomberai ou me cognerai, un problème de voiles ou de moteur, du gros temps et une houle très désagréable, la fatigue qui s’accumule particulièrement près des côtes, une voie d’eau, de grands calmes dans le pot au noir.
C’est mon état d’esprit avant ce départ.
J’attends Francis.J’attends en lisant « Terre des oublis » de Doung Thu Huong, un écrivain Vietnamien. Un roman de 700 pages qui commence par le retour d’un militaire porté disparu et porté mort, chez son épouse remariée deux ans après la déclaration de son veuvage… L’auteur fait de longues descriptions savoureuses de la société vietnamienne. Elle avance par touches fines et délicates ? C’est un régal dès le début !
Finalement c’est Alain qui vient me dire que Francis va l’aider à bricoler sur son génois en profitant de la pétole et qu’il viendra ensuite pour le gasoil.
Je continue à lire. Alain et Francis viennent lorsqu’il est près de midi. Ils visitent le bateau, discutent et partent avec le gasoil dans l’annexe.
Je déjeune et fais une sieste dans la chaleur sans vent.
Je vais à l’hôtel. Moi qui pensais me baigner, la piscine est toute verte. L’eau n’est pas tentante. Les pompes sont en panne et ne parviennent pas à filtrer l’eau efficacement…
Je vais sur internet pour ma déclaration de revenus… Même au loin, il y a des réalités incontournables.En cas d’oublis, ces réalités me rejoindront, avec un bonus…
Je sors et vois Ouzin. Il a vendu les 15 litres de gasoil qui me restait en bidon. Je lui demande de me les payer. Il est étonné. En plus il l’a vendu au prix du marché noir soit 500 FCFA le litre au lieu de 687 à la pompe. OK pour ce prix… Comme je discutais avec une autre personne Ouzin s’éclipse. Je ne suis pas payé. Il trouve ça normal, alors que je l’ai payé pour travailler sur le bateau et qu’il m’avait dit être content et qu’en plus je lui avais donné les 10 bidons vides qu’il m’avait vendu 600 chacun ! Là je ne suis pas content. Si je le revois, je vais lui dire et lui redemander le prix du gasoil. Cette mentalité d’attendre toujours des cadeaux empêche réellement le Sénégal de se développer… Et ça, ça n’évolue pas…
J’appelle Sana et je vais chez lui. C’est un jour férié, il ne travaille pas. Oumi s’occupe du petit Birham qui a quatre semaines. Il tète puis il dort. Il est très calme, emmitouflé dans des couvertures malgré la chaleur. Oumi semble comblée. Sana et Oumi semblent heureux avec leur grande famille de sept enfants.
Je discute avec Sana. J’ai toujours autant de plaisir à discuter avec lui. Il me donne ses interprétations sur la société sénégalaise. Nous discutons dans la rue devant la maison, pour profiter du vent qui se lève dans l’après-midi.
N’Deye, la fille aînée prépare le repas. Pour nous elle a fait un ragoût viande pommes de terre. C’est très bon.
Nous discutons assez tard. Puis Sana me raccompagne. Nous nous quittons devant l’hôtel. Les aux revoirs sont nostalgiques. Nous ne nous reverrons pas avant des années sans doute…
Je rentre au bateau dans le noir, guidé par les feux de mât du bateau.

Le 13.05.2008
Dernière journée avant le départ. Je vais faire les dernières courses.
Les fruits que j’avais achetés, il y a une semaine, mûrissent de façon inégale. Bananes et mangues mûrissent trop vite. Pamplemousse et clémentines se gardent bien.
Je fais une salade de fruits avec les fruits les plus mûrs. Je fais une ratatouille avec les légumes qui peinent. Après le repas et la sieste, je vais sur internet et je parviens enfin à faire la déclaration de revenus 2007. Il faut vraiment être persévérent !
Voilà, je suis prêt pour le départ demain matin. Je ne sais si Olivier sera prêt. De tpute façon il me dit à chaque fois de partir lorsque je serai prêt. C’est donc qu’il préférerait naviguer seul, plutôt quà deux bateaux…

En début de soirée, Je discute avec Olivier. Il partira jeudi matin. Je lui dis que je partirai demain matin jusqu’à Jogué. Je l’attendrai là. Je mettrai la VHF et nous nous appellerons. Nous parlons de la traversée, de navigation, de la peur de nos femmes en mer…
Je rentre au bateau pour me coucher pas tard.

Le 14.05.2008
Je dors mal. Je me réveille en pensant à lever l’ancre seul, à l’orin….
Je me réveille à l’aube. Je range dans le bateau tout ce qui peut bouger. Je love les amarres qui ont servi au carénage. Je veux démarrer. Impossible. Le démarreur fonctionne, mais le moteur ne tousse pas… Enfin ça démarre. Je mets le guindeau en marche. Je remonte la chaîne, jusqu’à 35 mètres. Le guindeau ne peut plus remonter. La poupe du bateau se soulève.
Le skippeur du bateau voisin, voyant mes manœuvres infructueuses, prend son annexe et vient à bord. Nous essayons au moteur de faire avancer le bateau en tirant sur la chaîne dans un sens, dans l’autre… Rien à faire ! Il faut se rendre à l’évidence, je suis bien accroché avec la chaîne à quelque chose de bien résistant. Je vais voir un bateau voisin dont le skipper a vu l’intervention des pompiers pour un autre bateau. Il me conseille d’aller voir les pompiers.
Je prends un taxi à 9 heures. J’arrive à la caserne à la limite de la ville. Un planton m’amène chez le capitaine. Il est occupé au téléphone. Il me reçoit, mais n’arrive pas à joindre le chef plongeur.
J’attends alors que la renverse va se produire pendant laquelle le bateau ne tirera plus sur la chaîne. Faute du chef plongeur, le capitaine organise les choses avec les autres plongeurs ; Ils font les préparatifs doucement. Ils préparent tenue de plongées, annexe attelée au camion.
Le capitaine me dit de monter après avoir discuté les conditions. 10 litres d’essence et 60000 FCFA. Je suis d’accord. Il me dit qu’il aime réussir les missions. Je souhaite que ça réussisse.
Nous allons doucement dans les rues pleines de nids de poules, de charrettes, de piétons et de quelques voitures. Arrêt à la station essence. Puis nous allons au débarcadère. Moi je passe par le distributeur de billet pour faire face à cette dépense non programmée.
Je vais à mon annexe et je rencontre le skippeur qui m’a aidé ce matin. Je lui demande s’il veut bien m’aider et il vient.
Les plongeurs sont déjà contre Diam Rek. Nous montons à bord, prêts à faire les manœuvres demandées par les plongeurs. Ils mettent leur tenue de plongée et plongent à deux. Ils restent un moment sous l’eau.i la chaîne. Ils remontent et disent que la visibilité est nul à 9,5 mètre et qu’au toucher, ils ont suivi la chaîne qui est entourée autour d’une épave. Ils replongent et tentent de dégager la chaîne. Ils n’y parviennent pas tant le courant et le vent tirent sur la chaîne.
Ils repèrent l’ancre, mais ne peuvent la tirer. Je leur dis qu’il y a un orin avec lequel nous pourrions remonter l’ancre. Ils replongent avec des bouts et remontent avec un bout que nous pouvons tirer. Nous essayons de remonter l’ancre. Le skippeur qui m’a aidé se prend un doit dans le bout autour du guindeau et saigne. Non seulement il m’aide, mais il se fait mal !
Nous remontons l’ancre. Les pompiers essaient de démonter l’attache qui résiste.Ils me demandent une scie à métaux et scient un maillon. L’ancre est libérée.
Les plongeurs plongent de nouveau pour libérer la chaîne. Je les aide avec le moteur en faisant un peu avancer le bateau. Enfin le guindeau peut remonter toute la chaîne. Mon aide va aux commandes pendant que je fixe l’ancre à la chaîne et que le mets le tout sur le davier.
Partant demain matin, je ne remouille pas, je vais me mettre sur le corps mort d’un bateau résidant est parti. Je remercie vivement les pompiers qui ont travaillé deux heures de demi.Je ramène mon aide au ponton de l’hôtel où il a son annexe et le remercie vivement pour son extrême gentillesse.
Je reviens à bord ranger et déjeuner rapidement.
Pendant ce temps, Myriam a essayé de m’appeler plusieurs fois, sans que je puisse répondre. Elle doit s’inquiéter…
Je partirai donc demain matin en fin de marée montante du matin, vers 9h.