Traversée Canaries Sénégal

Posted on février 10th, 2008 by Christian

Le 30.01.2008
Le réveil est matinal. Ce n’est pas que nous comptions partir aux aurores, c’est la tension avant le départ qui me tient éveillé. Que tout soit prêt, ne rien oublier, faire les adieux, être prêt dan s sa tête à partir pour des jours le long d’une côte avec peu de ports pour relâcher au cas où…
Bon, commencer par un bon petit-déjeuner s’impose. Mimi aussi est un peu tendue. Hier elle avait hâte de partir, aujourd’hui elle angoisse un peu. D’autant plus qu’elle a pris le parti de prendre des gouttes contre le mal de mer pour la première fois. Est ce que ça va être efficace.
Moi je l’espère vivement, pour avoir une équipière qui ne soit pas couchée perpétuellement…
Dès 9h, Jacques vient nous saluer et nous souhaiter bon vent. Il a pris le temps de me graver un CD avec un logiciel de recherche de cartes météo sur la BLU via l’ordinateur.
Nous échangeons de paroles d’amitié en souhaitant nous revoir très bientôt au Sénégal. Il espère partir bientôt, dès qu’il aura enfin fini ses travaux d’entretien. Je suis heureux de voir Jacques avant de partir et d’avoir la perspective de le revoir avec Marie et Rose un peu plus loin, puis au Brésil.
Je dis au revoir à Jean-Pierre qui reste à Las Palmas tant que ses avaries sur son beau catamaran ne seront pas réparées. Lui aussi ira vers l’Afrique après.
Un grand au revoir à Stéphane et Blandine de La Belle Verte qui partiront à leur temps et que j’espère revoir très bientôt, tant ils dégagent une joie de vivre simple et communicative.
Francis et Joëlle font leurs adieux aussi. Nous convenons que je pars le premier pour faire le plein de gasoil, puis qu’eux partiront après pour que nous puissions nous suivre pendant plusieurs jours et communiquer par VHF ou Blu.
Nous larguons les amarres avec 12 nœuds de vent de travers.
On largue les amarresLes amarres
Je recule et je mets la barre à bâbord pour sortir de la travée. Mais la proue ne tourne pas et je vais vers les bateaux du ponton que je viens de quitter. Je bats arrière et le vent me fait aller nez au fond de la travée. Alors j’y vais directement et je bats arrière pour sortir en marche arrière ce que je n’ose jamais faire en première intention.
Tous les amis du ponton ont pu admirer ma manoeuvre ratée… La manœuvre se passe bien et je vais ainsi au ponton Texaco.
Marina de Las PalmasLe Plein
Amarrage devant la pompe et le plein commence. Interminable tant le gasoil refoule par l’évent. Mimi a une patience d’ange et une obstination tant que les réservoirs ne sont pas pleins. Tout arrive et les réservoirs sont enfin pleins. J’achète du pain et de quoi boire frais à la station et nous voilà partis.
La série de ports derrière la grande jetée est interminable et vaste.
Nous arrivons au bout de la jetée. La mer est agitée, les creux font de 2 m. Pas question de mettre les voiles puisque le vent est de face. Il faut longer un peu l’île pour trouver la haute mer et pouvoir prendre le cap pour le Sénégal.
Le départLas Palmas et sa cathédrale
Le bateau roule d’un bord sur l’autre. Le moteur nous fait avancer à 3 nœuds. Quatre heures ainsi, de quoi dégoûter de la mer… Nous voyons Gran Canaria, ses serres pour les bananiers, ses volcans et ses urbanisations très nombreuses et souvent avec de hautes tours.
Par contre nous ne voyons pas Paquito de Francis et Joëlle. Nous qui devions nous suivre…
Un appel à la VHF reste réponse. Plusieurs fois de même. Enfin Francis nous répond que Paquito est devant assez loin. Zut alors ; nous verrons bien avec les voiles…
Une fois dégagé de l’île, nous mettons les voiles et c’est parti. Grand voile et génois avec vent trois quarts arrière de 18 nœuds et ça avance à 6 nœuds.
Pourtant toujours pas de Paquito en vue. C’est la déception, nous qui nous faisions une joie d’avancer côte à côte… J’appelle à la VHF, amis mon appel reste sans réponse. Où sont-ils donc ?
La nuit arrive tôt. Mimi n’apprécie pas la houle toujours très rouleuse. J’enroule de génois et laisse la grand voile seule par 20 à 25 nœuds de vent. Ça améliore un peu la stabilité du bateau. Mimi qui avait attendu pour prendre ses gouttes, finit par les prendre car elle est limite près de la nausée…
Premier coucher de soleil
La nuit est étoilée et belle.

Le 31.01.2008
La nuit se poursuit, fatigante avec les quarts. Mimi prend aussi les quarts vaillamment !
Nous avançons bien, sans nouvelles de Paquito…
Mimi au premier matin
A 11h je fais le point : 117 miles dans les 24 premières heures. A midi, contact par BLU avec Paquito que j’entends très difficilement me dit qu’ils ont eu des ennuis de barres et ont regagné un port dans lequel ils ont un problème d’inverseur… Ils sont donc bloqués dans un port de Gran Canaria le temps des réparations…. Dommage, nous ne pourrons faire un bout de chemin ensemble, cette fois ci…
Je prends le vrai premier vrai repas depuis le départ. Mimi avait pourtant fait un ragoût avant le départ, mais la houle nous coupait la faim. D’ailleurs Mimi ne mange pas.
Vers 14h nous voyons les premiers dauphins qui jouent autour du bateau. Nous prenons du plaisir à les regarder longuement. Qu’ils sont à l’aise dans leur élément ! C’est un spectacle vraiment magnifique.
Vers 19h le vent monte. Je veux enlever la grand voile. Je prépare la manœuvre et je mets gilet de sauvetage et harnais. Je m’attache à la ligne de vie et vais au pied de mât. J’ai oublié la retenue de bôme. Je retourne au cockpit et l’enlève. Mimi veut m ‘aider sans que je m’en aperçoive. Soudain la bomme empanne et Mimi reçoit l’écoute de chariot de grand voile sur l’épaule et le bras. Elle crie de peur et de douleur. Elle craint une fracture. Non, tout bouge bien. Mais la peur a été terrible. Je l’avais prévenue de faire attention et de se reculer, mais elle a voulu être utile. C’est un avertissement qui ne se termine pas trop mal ! C’aurait pu être bien plus grave. La bomme, c’est le premier danger à bord, avant même le passage par-dessus bord !
Coucher de soleil
La nuit s’installe alors que la fatigue est déjà là. Les quarts sont durs.
Table à carte la nuit

Le 01.02.2008
La nuit est moins claire que la précédente ; quelques nuages cachent les étoiles. Le vent est frais. Rester dans le cockpit est difficile car j’ai froid. Je descends dans le carré et remonte tous les quarts d’heure pour faire un tour d’horizon.
D’ailleurs à deux heures, je remonte et voit un bateau que le système de signalisation automatique AIS ne fait pas apparaître sur mon écran. Il n’est pas loin et a deux phares à l’une des extrémités. Je pense aux chalutiers qui éclairent les remontées de filet à la proue. Je pense donc qu’il s’éloigne. Mais au bout d’un moment je le vois grossir et il est près ! Je mets le moteur pour dégager plus efficacement qu’à la voile. Heureusement car soit il ne m’a pas vu, soit il travaille et se considère prioritaire. Sans ma manœuvre nous allions à la collision !
La nuit il y a parfois du suspens !
La nuit le vent est un peu plus fort que le jour. Le bateau avance bien, roule toujours.
Dans le cockpit tout est calme. A l’intérieur, la coque résonne de bruits impressionnants lorsqu’une lame vient frapper la coque, lorsqu’une écoute en tension frotte la coque…
Pour dormir il faut oublier tous ces bruits !
Au matin la mer est calme, avec moins de creux. La lune montre son dernier quartier toute la matinée, alors que la nuit était vraiment noire !
Je mets la grand voile à deux ris et la trinquette dans 20 noeuds de vent. Diam Rek avance à 6 nœuds sur le fond.
Le soir, je mets une heure de moteur pour recevoir et envoyer les mails sur la BLU.
Quel plaisir en mer de recevoir vos messages et d’y répondre… Lorsque les ondes veulent bien les porter ! La nuit ça fonctionne bien, mais en matinée c’est crispant bien souvent !
Coucher de soleilfatigue-mais-heureux.jpg
La nuit s’installe, dans un ciel couvert ; c’est le noir sans lune ni étoiles !…

Le 02.02.2008
La nuit est fatigante. Mais je suis en forme. Mon corps s’est habitué au roulis, je peux être dehors ou à l’intérieur sans être dérangé. J’ai faim et je coupe la nuit avec des fruits, des biscuits. Mimi avait fait un gâteau avant de partir et j’en mange chaque nuit et au petit-déjeuner.
Le jour se lève et le soleil est là, il s’installe pour la journée. Du moins c’est ce que je pensais, car l’après midi les nuages le cachent. La mer devient grise comme du mercure.
La mer écumeVagues
Il fait frais bien qu’on longe l’Afrique.
Je règle les voiles car le vent tourne légèrement et le bateau a tendance à lofer.
Je dois aussi mettre une heure de moteur pour recharger les batteries. Lorsque la mer fait travailler le pilote, on entend le vérin fonctionner presque sans cesse et il consomme beaucoup. L’éolienne ne charge pas assez dans ce genre de vent arrière de 15 à 18 nœuds…
Je regrette ne n’avoir pas de régulateur d’allure !

Le 03.02.2008
La nuit est calme avec moins de creux. Le vent est assez constant autour de 20 nœuds.
Mimi dort dans le carré avec la toile anit-roulis dont on se sert pour la première fois. C’est efficace en cas de roulis intempestif.
Vers 8h Mimi me réveille car nous croisons un cargo et un voilier en même temps. Je prends la VHF et appelle le voilier qui est derrière nous mais plus près des côtes. Il parle anglais et va au Sénégal. Ce n’est pas un bavard. Il reste derrière nous puis disparaît. Ce sera le premier de dernier voilier rencontré !
Un voilier!
Pour la première fois depuis le début de la traversée, je mets une traîne. Sans résultat, autre que la disparition de la cuillère. Un gros a dû mordre et a tout emporté…
La ratatouille de MimiQue c’est bon!
Mimi est sombre et elle finit par me dire qu’elle ne traversera pas l’Atlantique à bord. Elle supporte mal le manque de sommeil et le manque d’hygiène dans un bateau qui bouge tout le temps. Je comprends ce qu’elle dit et suis infiniment triste. Elle a essayé et elle touche ses limites. Elle me dit qu’elle me rejoindra au Brésil en avion… Que faire ? Je ne sais plus.
La journée est triste et longue.
Mimi se repose
De son côté Mimi se lance dans le plan d’un livre de cuisine orientale. Elle met les idées sur papier et parle du salon à paris en mars… Elle est déjà ailleurs. Moi je me vois au Brésil, et après ?
Vers 17h je fais le point : plus que 300 miles pour Saint Louis.
En fait l’annonce de Mimi me décide à changer de cap. Nous irons directement à Dakar, dans un endroit sûr, sans problème, où je pourrai trouver à faire réparer mes réservoirs de gasoil qui fuient. Car je me suis aperçu que le réservoir dont j’avais fait le plein à Las Palmas se vide petit à petit. Si je veux aller dans les bolons du Saloum et de Casamance, il me faut une autonomie en gasoil !
La nuit tombe vers 19h. Peu après je vois un cargo qui est devant un peu à bâbord. Que fait il ? Il ne semble pas avancer, il semble faire du sur place. J’essaie de le laisser à bâbord, mais il semble dériver à la même vitesse que mon bateau avance.
Je mets le moteur et je mets plus d’une heure à le passer et à m’en éloigner. J’avais pris la barre pour gagner sur lui, non sans mal !
En veilleD’où vient le vent?
Je suis content de le voir sur mon arrière enfin ! Nuit noire et froide…

Le 04.02.2008
Mimi fait les quarts, mais n’arrive pas à dormir entre deux. Alors elle prend un comprimé et s’écroule.
0 11h nous avons parcouru 131 miles en 24 heures. Nous approchons, nous sommes maintenant le long des côtes de Mauritanie. Nous passons le cap Blanc de triste mémoire sur lequel s’échoua la Méduse, d’où l’histoire de son radeau….
Pizza de MimiMimi cuisineMer noire!Le painMer grise
Nous passons au large pour éviter le même sort. Plus loin la carte indique des montagnes souterraines qui culminent à moins 20 mètres du niveau de la mer. Je veux passer plus au large pour éviter la houle engendrée par cette remontée des fonds. Je suis à 100 miles des côtes.
Je lis les guides qui parlent de l’arrivée sur Dakar. Je connais Dakar par la terre, par la mer ce sera une première.

Le 05.02.2008
Pour la première fois nous déjeunons dans le cockpit au soleil. C’est royal ! Avec un rosé pour parfaire le tableau.
Dans l’après-midi le vent baisse vers 10 nœuds ; il est chaud. Je reconnais l’alizé africain. C’est doux et agréable. Nous devrions arriver demain en fin de matinée… si le vent le veut.
Je tangonne le génois pour tirer le meilleur parti de ce vent de dix nœuds presque totalement arrière. L’amélioration est négligeable. J’enlève le tangon et remets le génois à tribord, il se gonfle de façon aléatoire…
L’envie d’arriver et de manger un bon tieboudienne grandit !

Le 06.02.2008
A deux heures du matin nous voyons une lueur à l’horizon ; c’est Dakar.
La nuit se passe sans voir Dakar. La lueur grandit. J’écoute Youssou N’Dour pas sur baladeur ; c’est magique !
Le jour se lève et nous voilà entouré d’un banc de dauphins. Des centaines ! Qui sautent et replongent, qui se croisent, qui plongent sous la coque. Quelques photos, qui n’enregistrent pour la plupart que la met, parfois l’eau qui se referme sur une forme en plongée….
Mimi filmeMer à contre jourDauphin
A 8h30 les collines des Almadies apparaissent. On approche lentement. Dakar apparaît. On contourne la presqu’île. Je pêche une bonite puis deux autres. Je suis torse nu au soleil dans le cockpit, heureux de retrouver le Sénégal. J’appelle Salifou pour lui annoncer notre arrivée. Nous sommes heureux de se revoir tout à l’heure après deux ans se voir !
Pavillon sénégalaisUne boniteSitôt péché, sitôt mangé!
Nous croisons nombre de pirogues qui ont quatre personnes à bord.
Les AlmadiesBelle perspectivePirogue sur fond de DakarPirogue de pêcheur
Les pêcheurs lancent une ligne avec un leur et rappellent la ligne par saccades. Les pirogues sont basses sur l’eau. Parfois elles disparaissent dans les creux et réapparaissent devant le bateau. Je passe entre les pirogues bariolées. Ils sont courageux ces pêcheurs par une telle houle.
Je regarde la carte Maxsea. Sur cette carte achetée il y a peu, l’île de Gorée ne figure pas ! Quelle escroquerie ces cartes chères payées qui ne sont pas à jour ! Gorée est cartographiée depuis le 15ème siècle !!!
Je lis sur un guide et il est indiqué que l’on doit contourner Gorée et non passer près de Dakar et de son port.
Que c’est beau Gorée vu de la mer. On voit les canons, la forteresse, des maisons avec du linge qui sèche sur des fils entre des filaos.
GoréePort de Gorée
Après Gorée il faut piquer sur l’anse de Hann mais le vent est en plein dans le nez. C’est l’occasion de rentrer les voiles et de mettre le moteur.
Je regarde le plan du guide et la carte sur ordinateur et nous arrivons dans la Baie de Hann. Derrière une digue nous apercevons des mâts de voiliers à l’ancre…
Mouillage
Je m’approche et reconnais la Mandragore de Julien et Agnès !
La Mandragore de Julien et Agnès
Je pourrai me mettre derrière. J’approche et veux jeter l’ancre. Rien ne se passe, l’ancre ne descend pas. Je vais à l’avant et les commandes ne répondent plus. Je reprends la barre, passe entre les bateaux et fait un tour. Pendant ce temps je prends la brinqueballe pour débloquer le barbotin et l’ancre peut descendre manuellement.
Alors nouvelle approche et le passeur du Cercle de Voile de Dakar nous confirme que l’emplacement est bon. Je vais à l’avant, laisse tomber l’ancre et recule en dévidant 35 mètres de chaîne.
Nous sommes ancrés dans la baie avec une cinquantaine de voiliers de voyage dans la douceur de l’après-midi sénégalais ! Quel bonheur !
Un vieux pécheur veut nous vendre du poissonCoup de soleil!Mimi se relaxe après la traversée