Les préparatifs

Posted on juillet 11th, 2007 by Christian

Diamrek repeint de neuf!Bouguenais le 27 mai 2007-05-10
Dimanche pluvieux avec alerte orange de Météo France pour la région avec vents possibles à 110 Kms. Le passage de ce front me rappelle de bien mauvais souvenirs ! En décembre 2006 un autre front avec des vents de 120 Kms est passé sur le port à sec où hivernait mon bateau et l’a couché sur tribord entraînant la chute du mât de misaine sur d’autres bateaux.

Diam Rek couché par le vent à BouguenaisLe mât comme un spaghetti
Résultat un spectacle désolant de mât tordu, de haubanage rompu, de portique et balcons tout neufs mais tordus et irrécupérables. 35 000 euros de devis de remise en état ! Tout ça à cause d’un patron de chantier qui a calé le bateau sur un berre trop petit, sans caler la quille et sans mettre d’étais latéraux. Aucune conscience professionnelle, aucun respect des bateaux qui lui sont confiés. Les assurances respectives ne voulant pas payer, se renvoient les arguments à la volée… et il faudra une action judiciaire et une longue patience pour récupérer au moins une partie du préjudice !

Alors, ce dimanche de pluie et de bourrasques, je mets des étais supplémentaires pour bien caler le bateau ! Le mât doit être remis dans la semaine qui vient ; je viens de finir la peinture et le carénage avec Jean-Michel, après un travail de galérien pour poncer, nettoyer et peindre avec ces peintures époxy à l’odeur si prégnante et nocive ! Après une semaine de peinture, cette journée de pluie est consacrée au bricolage intérieur et au rangement de quelques coffres avec le tri des choses à jeter et des choses qui peuvent servir ou qui sont indispensables… Dur choix parfois. À bord en voyage, on a besoin de mille choses pour vivre, bricoler, réparer, améliorer un peu tout sur le bateau. Ça veut dire beaucoup d’outils, de quincaillerie, de matériels divers, toutes choses dévoreuses de place et qui augmentent le poids en charge du bateau…. Alors il faut choisir, faire des hypothèses sur ce qui a des chances réelles de servir, ce qui sera difficilement trouvable au bout du monde…

Voilà, le temps s’accélère. La fin mai approche et les travaux d’équipement et de remise en état du bateau dont l’achèvement étaient prévus en mars, puis en avril à cause d’un mât neuf qui bien que commandé et promis pour une date précise se voyant sans cesse repoussée. Enfin il est arrivé. Maintenant il faut l’équiper puis le gréer. Dans le même temps, il y a encore une vingtaine d’aménagement et de réparations à finaliser. Laurent et Guillaume y travaillent tout en allant d’entreprise en entreprise pour trouver les matériels manquants. Et moi qui rappelle périodiquement ce qui reste à faire et les délais espérés pour un matage en début de semaine, une fin des travaux en fin de semaine suivi d’une mise à l’eau et une navigation de deux jours pour vérifier le bon fonctionnement de tout le matériel et finir les réglages du mât, du pilote automatique qui a été modifié et de la BLU émetteur-récepteur qui est nouvellement installée.
Laurent modère mon impatience. Il faut le temps qu’il faut pour que le travail soit fini, bien fait et que tous les fournisseurs aient respecté leurs délais. Et puis pour la mais à l’eau à Nantes il faut un coefficient de marée au moins égal à 80. Alors le week-end prochain ça devrait être possible… Sinon il faudra attendre vers le 15 juin… Misère moi qui espère naviguer tout le mois de juin pour me donner le temps d’essayer bien tout le matériel, maîtriser le bateau après une année sans naviguer. Le projet est de naviguer avec Jean Michel vers l’Irlande. Une belle balade si le temps est clément et propice !

Et puis après un court séjour en région parisienne pour les derniers préparatifs administratifs, pour faire préparer les dernières affaires à emporter, pour voir encore une fois la famille et les amis, ce sera le départ vers le bateau, sur la côte atlantique vers le 10 juillet et le départ si longtemps espéré vers le 15 juillet. Départ pour un long voyage en compagnie de Myriam vers le sud de l’Europe, les îles, l’Afrique puis le Brésil ou les Antilles selon la saison de traversée de l’Atlantique et celle des cyclones antillais. J’espère que ce sera le début d’un tour du monde à la découverte de pays inconnus par nous et à la rencontre de gens tous différents à la façon de vire et de penser différentes, à la découverte de cultures et d’arts tous plus beaux les uns que les autres….
Le temps s’accélère, la tension monte, l’impatience grandit et l’appréhension apparaît. Appréhension d’oublier quelque chose, appréhension de n’être pas à la hauteur de mon rêve, appréhension de quitter les enfants qui devront s’assumer seuls et assumer aussi les charges de la maison. Beaucoup de changement en somme pour chacun.

Le 28.05.07
Depuis hier le vent souffle fort ; des rafales autour de 100kms. En plus c’est un vent du nord froid. Lors de certaines rafales le bateau frémit sur son berre. Lorsque je suis à l’intérieur, je sens ses vibrations et je ne peux m’empêcher de penser à sa chute de décembre et aux dégâts consécutifs. Je suis fébrile et j’ai des craintes des fois que les rafales montaient encore en intensité. Ce matin entre quatre et six heures les rafales atteignent leur maximum. Je reste réveillé aux aguets…

Lorsque Laurent arrive nous faisons un point sur les travaux restant à effectuer. Lui et Guillaume continuent à équiper le mât toujours sur tréteaux. Il manque encore des pièces qui devraient arriver demain. L’espoir, toujours l’espoir…
Pendant ce temps je bricole à l’intérieur. J’enlève des fils électriques qui ne servent plus dans l’installation électrique toute neuve. Puis je cherche une solution pour assurer une fermeture efficace des portes des équipets de façon qu’ils ne s’ouvrent plus lors d’une gîte importante.

En fin de journée je discute avec Laurent d’une date pour la mise à l’eau. Je tiens pour ce week-end car les coefficients de marées le permettraient. Laurent est dubitatif car le mâtage pourrait peut-être se faire si toutes les conditions sont réunies, mais le reste ne sera pas fini. Alors où achever la fin des travaux ? A Nantes, il n’y a pas de place de port. Il faudrait aller à Pornic ce qui éloignerait l’équipe de ses bases…. Alors il devient évident qu’il faut que je me résigne à envisager le créneau suivant pour les coefficients de marée favorables soit le 15 juin !

La déception me tombe dessus et Jean-Michel qui s’en aperçoit m’invite au restaurant le soir.
La soirée est agréable et la nuit répare fatigues et désillusions.

Le 29.05.2007
Ludovic, électronicien vient dès le matin pour finir d’installer la BLU émettrice réceptrice qui permettra de capter des messages et des mails et d’en envoyer partout dans le monde. Il installe aussi un autoradio avec une prise ordinateur pour écouter musique et radio VHF dans le carré et le cockpit. Le soir le bateau est mieux équipé pour la sécurité, la communication et l’ambiance musicale qui nous accompagnera.

Le 30.05.07
Quelques bricolages et nettoyage matinaux et c’est le retour à la maison en attendant que le mât puisse être mis et les travaux finis. Alors nous reviendrons avant le 15 juin pour la mise à l’eau et les essais en mer suivis d’une navigation de deux ou trois semaines. Je ne suis pas inquiet ; le bateau sera prêt pour cet été. Je suis impatient de l’essayer et de naviguer puis de partir !

Le 01.06.07
Un passeport tout neuf m’attend à la mairie. C’est le nouveau model qui comprend une puce qui permet d’entrer sur les territoires US. Je fais des courses pour acheter le matériel qui manque à bord avant le départ.

Le 14.06.07
Départ pour Bouguenais, pour retrouver le bateau, voir l’avancement des travaux puis l’essayer. Laurent m’a assuré au téléphone que tout était prévu pour une mise à l’eau le lendemain et que les travaux avaient avancé. Alors le voyage en voiture avec Jean-Michel, paraît long. Nous arrivons dans l’après-midi. L’entrée dans le bateau est consternante. C’est le bazar partout : des outils, des pièces changées ou à changer, du matériel entassé dans toutes les cabines. Moteur hors-bord et panneau solaire dans la mienne. voiles dans celle de Jean-Michel, tout un fouillis dans la troisième. Quant au carré, c’est pire avec des caisses à outils partout…. Pire, je fais le tour des travaux en cours et constate que tout est commencé et que rien n’est fini, et que demain nous mettrons à l’eau un bateau qui n’est pas prêt à naviguer ! Le pilote modifié n’est pas prêt, la trinquette n’est pas arrivée, l’accastillage de mât n’est pas monté… Une impression de découragement m’envahit dans un premier temps. D’autant que depuis le renversement de décembre par la tempête, le gasoil que s’était renversé dans les fonds a laissé une odeur terriblement envahissante qui saisit à la gorge en entrant dans le bateau, et même dès l’ouverture de la descente ! Jean-Michel ressent la même chose et me propose d’aller coucher à l’hôtel !
Finalement nous coucherons sur le bateau après avoir fait bien des rangements tous provisoires…
Mais en fait j’ai failli coucher à l’hôpital. En effet tout l’après midi nous avons rangé en montant des affaires de la voiture sur le bateau avec une échelle attachée au bateau, par sûreté. Je redescends une fois encore en enjambant la filière nouvelle qui venait d’être installée ; lorsque je l’enjambe, la filière à laquelle je me tenais lâche et je tombe du haut de l’échelle de près de trois mètres ! Je me retiens à la filière qui est ballante mais en vain et je tombe sur les fesses puis le dos. La tête cogne sur un objet. Je reste couché, sonné par la douleur. Jean-Michel qui m’a vu tomber vient me relever. Les autres aussi. J’ai mal à un genou et je boîte à chaque pas sous la douleur…. La tête, ça va, juste une bosse. Au bout d’un moment je récupère et je continue comme je peux. J’ai peur que le lendemain ce soit pire et que je sois obligé de faire une radio… Nous verrons bien !
Guillaume qui avait mal fixé la filière est confus et triste de me voir ainsi. Laurent est furieux en tant que responsable des travaux. Moi je suis heureux de m’en tirer à moindre mal….

Le 15.06.07
Vers 7 heures la marée est pleine. Il est possible de mettre à l’eau ! J’ai mal dormi, à cause de la douleur dans le genou dans certaines positions. Ce matin je boîte encore mais j’ai déjà moins mal. Tant mieux car je veux assurer le départ et naviguer !
Dés la veille au soir le patron du chantier avait mis le bateau sur un lift et l’avait transporté au-dessus de la cale au bord de la Loire. Juste le temps de passer une couche d’antifooling sur les points cachés par les patins du berre et sur le dessous de quille. Nous avons dormi sur le bateau suspendu par de grosses sangles. Dès 7h30 le patron arrive. Laurent et Guillaume aussi. Le lift descend le bateau qui touche l’eau, s’enfonce puis flotte ! Le revoilà à l’eau et ça fait vraiment plaisir de le voir ainsi.
Direction le ponton visiteur du port de Trentemoult, dans la banlieue de Nantes.
Le ponton est interdit pour cause de rénovation, mais comme le mât n’est pas totalement haubané, il n’est pas raisonnable d’aller plus loin. Laurent se met au travail pour terminer le haubanage, pendant que nous continuons l’investigation des fonds du bateau pour mettre en service l’eau des réservoirs sur tous les lavabos des cabines et des toilettes. Je veux installer une pompe électrique pour pouvoir vider rapidement les réservoirs au car ou l’eau contenue serait sale et non potable, soit à cause de la durée de conservation, soit parce que l’eau embarquée dans un lieu de fortune s’avère satisfaisante. Je veux aussi mettre une pompe à pied pour l’eau de mer sur l’évier.
Les surprises sont grandes car nous découvrons que des tuyaux d’évacuation des eaux usées vont directement… dans le puisard, au lieu de retourner à la mer ! Il n’y a aucune logique à cela. Au boulot donc pour de nouvelles solutions.
Deux jours à deux et de multiples aller-retour chez Leroy Merlin seront nécessaire pour un résultat correct !
Chaque jour qui passe l’espoir de partir est trompé par quelque chose que Laurent doit encore faire pour rendre navigable le bateau… La plaisance est une rude épreuve de patience !

Le 22.06.07
Devant l’insistance des responsables du port nous devons migrer vers un ponton mis en place à Nantes et qui est prévu pour des passages de trois jours maximum. Un court trajet sur la Loire et nous y sommes. A ce ponton nous nous faisons copieusement remuer à chaque passage des navibus ! Le navibus est une super idée pour transporter des passagers d’un bord de la Loire à l’autre, d’un lieu à l’autre. Mais ces nouvelles navettes ont une carène si mal dessinée qu’elle engendre des vagues dévastatrices pour les berges et pour les bateaux à l’ancre ou au ponton ! Des pétitions n’ont pas réussi à faire ralentir les pilotes…. De là nous sommes plus prêts pour voir une rive de l’île Beaulieu le long de laquelle des sculptures lumineuses sont installées. La nuit c’est beau !

Le 23.06.07
Laurent n’a plus que le pilote automatique à paramétrer pour qu’il prenne en compte son nouveau gyro. Nous faisons un tour sur la Loire en décrivant des cercles comme préconisé. Mais le gyro n’est toujours pas reconnu. Laurent cherche, essaie plusieurs choses puis découvre que capteur de secteur de barre n’est plus fixé. Il essaie en vain de le fixer en cette fin de samedi matin !
Décision est prise de descendre la Loire avec Jean-Michel pour profiter de la météo plus clémente que les jours précédents. Un vent d’ouest de force 5 mollissant en fin de journée. Alors nous partons et Laurent viendra lundi à Pornic pour terminer le travail.
Nous descendons la Loire. Bien que nous ayons déjà fait ce trajet, je ne peux m’empêcher d’admirer le paysage, même sous ce ciel gris bien menaçant. Par moments les rives sont bordées d’usines et de pontons qui fonctionnent. Parfois il y a les vestiges industriels du 19ème siècle, qui se dégradent. Par endroits, c’est la campagne verdoyante avec les vaches qui paissent. D’ailleurs, l’air sent la vache. Nous sommes sur l’eau et nous sentons la terre ! Pourtant la Loire est large !
Le long des berges nous voyons des installations artistiques dont certaines sont drôles. A une écluse nous voyons un voilier sauter par-dessus l’écluse, arrondi comme un dauphin qui saute ! Plus loin nous voyons une maison penchée immergée dans la Loire avec seulement une partie de l’étage et le toit qui dépassent des flots ! C’est beau et insolite.
Chats sur la loireVoilier dauphin Le ferry décoréLa maison engloutie
Nous approchons de Saint Nazairien. Nous allons passer sous le pont aux piles géantes lorsque le moteur cale. Etant à la barre, J’appelle Jean-Michel qui essaie de faire redémarrer l’engin. Il y parvient, mais ça cale plusieurs fois ! Et puis plus rien. Le bateau sans moteur ni voiles établies n’est mus manoeuvrable entre les piles de Saint-Nazaire ! Et il y a une marque avec des rochers pas loin et non loin des hauts fonds de sable ! Heureusement le courant nous entraîne vers la mer. Nous hissons la trinquette pour reprendre un peu les commandes, puis la grand voile et nous faisons des bords très courts pour éviter hauts fonds et rochers. La situation n’est pas brillante mais nous pouvons naviguer malgré le vent d’ouest qui nous empêche de quitter vite l’estuaire, pour gagner à mer où il y a moins d’obstacles.
Pendant que Jean-Michel tient la barre, je descends ouvrir les accès au moteur. Je démonte le filtre à gasoil qui est plein de saletés remontées des fonds de cuves. Puis je cherche le filtre fin pour le purger, puis c’est le tour des injecteurs. Je transpire à cause de la chaleur du moteur et à cause de l’angoisse.
Les décharges d’adrénaline sont fortes et donne l’influx pour agir ! J’essaie, le moteur tousse, tourne un peu, puis cale ! Il reste de l’air dans le circuit ! Heureusement que Jean-Michel s’en sort avec les voiles. Heureusement qu’il est là. Tout seul qu’aurais-je fait sans pilote ?D’abord je ne serai sûrement pas parti…
Je m’aperçois que nous prenons l’eau et qu’il y a de l’eau dans les fonds, presque à hauteur des planchers. Je mets la pompe de cale et celle du puisard. Rien ne semble fonctionner. Me vient la pensée de perdre le bateau. Avec le bruit de la mer et de l’eau dans les fonds je n’entends pas si les pompes fonctionnent. Mais l’eau ne semble plus monter, même si son niveau ne baisse pas.
Je repurge tout en pompant avec la pompe manuelle à gasoil. Nouvel essai et le moteur tourne ! Heureusement car nous ne nous voyions pas rentrer dans un port à la voile ; il aurait fallu mouiller quelque part malgré le vent d’ouest qui pousse à la côte !
Nous continuons à voile et avec le moteur pour recharger les batteries. Jean-Michel est soulagé ! Moi aussi ! Je suis vanné. Après avoir transpiré dans la cale moteur, j’ai froid sur le pont. Le vent est frais. Nous longeons la côte et nous voyons bientôt Pornic ! Nous rentrons sans encombre dans le port et trouvons une place sur le ponton d’accueil. Nous amarrons solidement le bateau. Nous rangeons. L’eau ne monte plus, elle a même baissé. Tout va bien pour le moment, mais il faudra comprendre ce qui s’est passé, puisque les vannes étaient fermées, mais peut-être pas toutes….
Soulagé d’être à bon port, j’invite Jean-Michel dans une crêperie. C’est bon de récupérer tranquillement après le stress et la fatigue ! De retour sur le bateau il ne nous faudra pas longtemps pour nous endormir ! Mais je me suis réveillé la nuit pour réfléchir à la cause de cette entrée d’eau !

Le 24.06.07
Journée de nettoyage des fonds et du bateau ! Pas un rayon de soleil au-dessus de Pornic ! En plus Pornic est une ville sinistrée question ondes. Une seule station radio nous donne des romances sans cesse. Pas d’information pour savoir qui a gagné la manche de la coupe de l’América….
Sortie du port de Pornic

Le 25.06.07
Matinée d’espoir car Laurent doit venir pour venir fixer solidement le capteur d’angle de barre nécessaire pour que le pilote sache où il en est de son action sur la barre. Ludovic doit continuer à rendre opérationnelle la BLU et le modem qui devrait permettre de recevoir et d’émettre des mails et de recevoir les fichiers météo demandés.
Laurent après plusieurs essais constate que le capteur en question est hors service fiable et qu’il en faut un nouveau, qu’il pourra avoir dans deux jours !
Ludovic qui pataugeait depuis un certain temps sur le modem et le logiciel Air Mail, finit par obtenir des renseignements par téléphone : il manque un câble qui n’a pas été fourni avec et une nouvelle licence pour le logiciel qui a une nouvelle version nécessaire pour faire marcher le tout !
Retour à la case départ jusqu’à mercredi, avec en plus un sentiment de raz le bol et d’impuissance à mobiliser savoir faire et disponibilité d’une entreprise qui jongle entre une multitude de clients… en mécontentant tout le monde plus ou moins ! Combien j’ai entendu cela dans les ports de la part de navigateurs qui ont obtenu devis et délais de la part d’entreprises qui ne respectent ni l’un ni l’autre tout en trouvant cela normal !
J’ai entraîné Jean-Michel dans cette galère en pensant que nous allions naviguer trois semaine pour essayer le bateau fin prêt ! Je pense à Myriam qui attend avec impatience de pouvoir venir et que nous larguions les amarres. Et les essais n’ont pas commencé. Pour comble de bonheur, la météo est mauvaise avec des dépressions qui se succèdent les unes derrière les autres avec des vents force 7 avec des rafales plus violentes. Pas l’idéal pour essayer un bateau !!!
Les hauts de Pornic au soleil et tout le reste sous les nuages

Le 28.06.07
Le diéséliste de Pornic vient faire l’entretien des 100 heures du moteur du bateau. Je sais en faire une partie que j’aurai pu faire moi-même, mais il faut faire une vérification du jeu des culbuteurs de soupapes. Je veux apprendre pour me débrouiller seul la prochaine fois. Benoît vient à l’heure dite et se met à l’ouvrage avec une grande amabilité et une pédagogie efficace, car il est intéressé par le fait que je parte en voyage lointain. A mes questions sur le moteur Nanni, il me dit tout le bien qu’il pense de sa longévité s’il est bien entretenu. Il s’aperçoit que les vis qui retiennent l’accouplement moteur arbre de transmission sont presque entièrement dévissées ! Il faut un oeil vigilant sur toutes les pièces pour prévenir les ennuis qui peuvent toujours être graves !
Puis Laurent arrive et termine l’installation de la partie du pilote qui manquait et nous partons en mer pour le calibrage du pilote. Après une période de réglage le pilote prend ses repères et fonctionne comme il faut sous moteur. Nous hissons les voiles pour essayer le pilote sous voile et vérifier l’accastillage.
Le pilote répond bien et tient compte des lames de la houle par force 4 à 5.
La nouvelle trinquette est efficace et suffit à faire du 6 nœuds avec la grand voile. Il lui faudrait un point de tire plus en avant pour qu’elle soit mieux bordée.
Il faudra souder une cadène plus en avant. Passé force 3, le génois n’est efficace qu’au portant et au grand largue, car il est trop creux. Le palan de baume est trop juste pour pouvoir bien border la grand voile. Il en faudrait un plus puissant à six brins au lieu de quatre.
La mer est calme et très verte. Nous rentrons au port pour conclure sur les réglages à faire et pour payer la plus grosse partie de la note de ces travaux.
Maintenant nous allons pouvoir naviguer dans le coin, il ne nous manque plus qu’un câble pour l’émetteur récepteur BLU pour recevoir fichiers radio et mails.
Les navigations sont à venir et le départ avec Myriam approche. D’ailleurs elle téléphone de plus en plus impatiente !
Nous faisons un point financier avec Laurent et je paye le solde du changement de mât et de haubanage. J’espère récupérer une bonne partie par l’assurance ! Mais quand ?

Le 29.06.07
Un employé du mécanicien vient souder les cadènes pour les nouveaux points de tire de la trinquette. Super ! Aussi tôt une couche de Rustol pour prévenir la rouille en attendant la peinture. Puis Laurent repasse avec le nouveau palan pour le chariot de grand voile. Le temps d’aller régler le garage et de récupérer le carnet de garantie du moteur et nous sommes prêts pour partir en mer.
Nous préparons la route sur l’ordinateur avec le logiciel de navigation Maxsea.
En quelques clics sur la carte, la route est préparée et en mémoire. C’est beau l’informatique à bord !
Nous quittons Pornic sous la grisaille vers 15 heures. Jusqu’à la pointe Saint Gildas, le vent d’ouest nous oblige à faire un long bord de près. C’est l’occasion d’essayer la trinquette et ses nouveaux points de tir. Pour hisser la grand voile en se mettent bout au vent, le bateau prend la houle de face, escalade la vague puis tombe dans le creux, enfourne un peu et relève des geysers d’embruns.
Nous voilà bien humide et vu l’absence de soleil, nous n’aurons pas l’occasion de sécher !;
La nouvelle trinquette et la grand voile à un ris nous font avancer Jusqu’à 6,8 nœuds avec un vent de 17 nœuds. La trinquette nous fait avancer autant si non plus que le génois. C’est super et plus confortable à la manœuvre et ça gîte moins.
Nous traversons l’estuaire de la Loire sans croiser de cargos puis nous remontons vers Pornichet, au largue. Nous arrivons dans le port après avoir affalé les voiles.
La capitainerie nous indique une place que nous essayons de prendre. Mais le vent nous repousse vers les autres bateaux de l’allée. Malgré les tentatives de Jean-Michel, nous touchons une vedette avec nos chandeliers tribord. Sa ferrure d’étrave est un peu tordue, et un peu de peinture rayée. Après avoir trouvé une place à couple d’un beau bateau en aluminium, nous faisons un constat avec le propriétaire de la vedette. C’est un homme très aimable qui m’invite à bord et ouvre une bouteille de champagne. Nous discutons de nos projets, pour moi de descendre vers l’Afrique et pour lui l’aller pécher le thon au large de l’Espagne.
La discussion aidant la bouteille se vide et nous concluons en espérant nous rencontrer en Espagne au mois d’août ! Dommage qu’il ait fallu un accrochage pour rencontrer cet homme charmant.
Là-dessus nous allons rejoindre le frère de Jean-Michel qui a loué un Bavaria de 30 pieds pour 15 jours et qui un ponton plus loin. C’est le plaisir de se retrouver alors que nous avion s déjà navigue l’été passé de conserve dans la région. Nous terminons la soirée au restaurant !

Le 01.07.07
Après une journée maussade à Pornichet, nous prenons la mer pour Belle Ile. Nous partons avant Jacques et Marie Paule sur leur Bavaria. Le temps est très gris, le vent est d’ouest et nous faisons du près tout le temps. C’est là que nous apprécions la trinquette. Par force 6 il est facile de la manœuvrer, de la border ; un vrai plaisir ! Nous mettons neuf heures à couvrir plus de 40 miles en tirant des bords ! Nous arrivons un peu fatigués au port du Palais. La capitainerie nous indique la première bouée tribord pour nous amarrer dans l’avant port. Nous passons devant et faisons un tour devant les autres bateaux pour revenir vers la bouée. Marche arrière pour freiner et s’arrêter près de la bouée. Soudain c’est la stupeur car le moteur tourne mais aucun effet de l’hélice ne freine le bateau !
Il faut se rendre à l’évidence, le bateau n’est plus manoeuvrant ! Il continue sur son erre et je parviens par miracle a crocher l’anneau de la bouée indiquée avec le crochet rapide que j’avais acheté en prévision de prise de coffre tant le souvenir de prise d’anneau l’an passée était synonyme d’efforts pénibles et longs.
Nous sommes crochés par l’avant, mais le vent pousse l’arrière du bateau vers le voilier voisin. J’appelle à l’aide et ses occupants sortent nombreux et efficaces pour retenir le bateau et mettre des défenses.
Il n’y a pas de doutes possibles nous avons perdu l’hélice qui était neuve et avait moins de 20 heures de moteur ! Incroyable, d’autant que j’ai vu Laurent la fixer en force selon les règles avec contre écrou et rondelle matée sur l’écrou !
En discutant avec la capitainerie nous entendons des histoires de bateaux ayant perdu leur hélice… Ce n’est donc pas si rare…. Et c’est à nous que c’est arrivé aujourd’hui !
Une hélice nouvellement installée et perdue, ça donne un sentiment d’insécurité terrible. Sur quoi peut on compter en mer, sur un voilier ! Nous passons la soirée dans le vent, le froid et un peu d’abattement !

Le 02.07.07
Aujourd’hui est un autre jour ! Et c’est mon anniversaire : j’ai 62 ans. Je suis heureux de les avoir et d’être en forme ! Les enfants me téléphonent pour me fêter un bon anniversaire. Je suis heureux de leur parler. Je leur raconte l’hélice perdue et ils n’en reviennent pas ! Myriam m’appelle aussi après m’avoir envoyé un message d’amour. Ça me fait très plaisir. Je pense que bientôt nous serons ensemble pour naviguer vers le soleil !
Nous essayons de contacter des plongeurs, en vain car ils ne sont pas disponibles. Et les chances de retrouver l’hélice dans l’avant port sont minces. En attendant nous nous faisons remorquer vers un endroit du port où nous pourrons être à sec à marée basse. Nous mettons amarres et gardes en oubliant pas de mettre une cravate sur les haubans de misaine et d’artimon.
La marée baisse et c’est impressionnant de voir de nuit le bateau en équilibre sur sa quille attaché au quai par quelques amarres ! C’est la première fois que je mets à sec ainsi. Et puis je regarde l’arbre de transmission qui est vierge d’hélice… Eh oui il faut se rendre à l’évidence….
Laurent constate la disparition de l’héliceDiam Rek sans hélice
Comme c’est mon anniversaire, nous allons prendre un ti punch sur les quais. Puis nous allons nous coucher dans les draps froids et humides.
Diam Rek au sec

Le 03.07.07
Le matin, un pécheur et un homme de la capitainerie viennent nous sommer de nous pousser car le pécheur a des bouts sur son hélice. Il ne demande rien, il exige et menace de couper mes amarres si je n’ai pas bougé ! Puis le mal poli repart et je change les amarres de place en essayant de rester à un endroit qui sera bien au sec à marée basse pour pouvoir changer l’hélice. Laurent arrive par le ferry de 9 heures. Il en profite pour réviser le gréement dont certains boulons se sont dévissés aux premières navigations !
Puis la marée baisse et Laurent met l’hélice en bloquant l’écrou à force et en matant la rondelle sur les méplats de l’écrou. Pourvu que cela tienne cette fois et résiste aux marches-arrière.
Laurent revisse des écrous sur les drosses de barre. Il était temps avant que ça cède !
Laurent repart par le ferry et nous nous larguons les amarres pour Port-Haliguen. A la sortie du Palais, le Bélem est ancré un peu au large. C’est un très beau trois mâts. Nous en faisons le tour en prenant des photos et en observant des hommes dans les vergues affairés sur les voiles ! Je suis admiratif car je ne me sens pas de faire un tel équilibre dans le vide ! Chapeau les gars !
Le Bélem Marins ferlant les voiles du Bélem
Puis nous voulons reprendre le cap sur Quiberon. Mais impossible de tourner la barre à tribord ! Je vais dans le fond des cabine arrière voir le secteur de barre. Une extrémité de câble trop longue s’est prise dans une poulie de renvoie et la bloque. Laurent en vissant des écrous à un peu tourné les drosses dont une extrémité qui traînait sur le fond est venue en hauteur se prendre là où il ne fallait pas ! Nous décidons de rentrer au port pour sécuriser l’ensemble et recouvrer les possibilité de manœuvre !

Le 04.07.07
Ce matin le vent souffle avec des rafales à force 7. Nous restons au port et arrivons à contacter les plongeurs. Il viennent pour tenter de retrouver l’hélice. Jean-Michel qui à son brevet de second degré de plongée voudrait les accompagner mais il ne trouve pas de matériel à sa taille. Le moins d’un quart d’heure les deux plongeurs trouvent l’hélice qui brillait par moment au fond par 7 mètres. Hourra ! Je récupère mon hélice neuve… qui devient l’hélice de secours, dans un coffre du bateau.

Le 05.07.07
Ce matin, départ pour Port-Haliguen. Le temps n’est pas beau, mais le vent n’est que de force 5. La traversée se passe sans problème, incident ou panne ! Ça s’améliore nettement !
Sous voiles
Un petit tour en ville et puis il pleut et nous n’avons plus qu’à nous coucher tôt !

Le 06.07.07
Il est temps de rentrer sur Pornichet. Alors nous larguons les amarres vers 10 heures, par un temps idéal : soleil pour la première fois, petit vent force 3 à 4.
C’est une traversée au portant idéale. Voilà une occasion de tangonner le génois.
Comme le tangon est maintenant à poste le long du mât de misaine, l’opération est facile ! Je ne regrette pas ce choix !
Génois gonflé
Par un tel temps, je mets la ligne de traîne avec le rapalla. Quelque temps après ça mord. Un bel orphie imprudent a mordu à l’hameçon. Un peu plus tard c’est le tour d’un petit maquereau. Ça tombe bien, il est près de midi. Alors si tôt péchés, si tôt à la poëlle. Ils sont délicieux, tout frais !
L’orphieReoas par beau tempsJean-Michel
Ça me rappelle juillet et août de l’an passé, et ces navigations au soleil avec vent modéré !

Soudain Jean-Michel dit que nous sommes bien prêts de phare du plateau du four. Il n’a pas le temps de s’éloigner que nous talonnons sur les pointes de rocher ! Quelle douleur d’e sentir les chocs qui se répercutent dans tout le bateau. Jean-Michel borde la grand voile et vire. Le bateau gîte. Malgré ça le bateau talonne de nouveau. Le temps paraît interminable. Mais le vent nous pousse hors du plateau et de ses récifs et nous revenons à 7 mètres de profondeur. Je vais regarder la carte. Elle est à petite échelle et le bateau paraît sur sa route. En passant à grande échelle, le bateau était nettement à côté de la route prévue ! Nous avons été inattentifs et avons failli être en mauvaise situation ! Nous continuons plus attentifs, jusqu’à Pornichet.
Les gens du service du port nous donnent une place provisoire en attendant une autre place libre pour une semaine, le temps que je revienne en région parisienne chercher les dernières affaires et Myraim !
Une place se libère et en même temps nous apprenons que les pécheurs d’anchois viendrons bloquer le port demain matin. Qu’importe puisque nous voulons rester une semaine !
Pornichet occupé par les pêcheurs d’anchoisPêcheurs en furies
Nous terminons la soirée en dégustant des moules frites dans un resto du port !
Ces semaines de test pour le bateau et pour le capitaine sont contrastées.
D’abord nous avions envisagé d’aller tester le bateau vers l’Irlande, puis les travaux ayant duré plus que prévu, vers les Scilly. En fait nous sommes restés dans le golfe du Morbihan. Jean-Michel qui rêvait de navigation hauturière est déçu. Moi aussi, mais j’ai le temps.
Les pannes et incidents nous ont sapé le moral à chaque fois sur le moment. Mais nous avons su y remédier et nous avons appris comment faire face dans ce qui peut arriver à n’importe quel moment. Il faudra que Myriam apprenne à manier le bateau suffisamment pour que nous soyons deux pour faire face en cas de besoin. A moi de la former assez vite. Elle est de bonne composition et prête à apprendre.

Le 07.07.07
Je ferme la descente du bateau après avoir tout rangé. Et nous voilà dans la voiture, sous la pluie. En début d’après midi nous sommes en région parisienne. Jean-Michel me ramène chez moi.
Le fait de prendre la voiture qui va vite et dont les fenêtres sont fermées, ne laissant pas passer le vent, je suis mal à l’aise. La transition est trop rapide !
Arrivé à la maison, je trouve les enfants en train de peindre l’entée et l’escalier à leur goût. Ça fait propre, mais c’est un peu sombre ce camaïeux de gris ! Je suis heureux de les revoir !
Myriam me dit au téléphone qu’elle arrive de Marseille à Paris vers 23 heures. Je vais la chercher, tout heureux de la retrouver ! A la descente du TGV, nous nous embrassons ! Retour à la maison pour la fin de week-end.
Maintenant les préparatifs touchent à leur fin. Il nous reste quelques affaires administratives à régler, des affaires personnelles à trier et à prendre, des amis à voir et en fin de semaine prochaine ce sera le retour sur le bateau et une reprise de contact à deux en navigation. Nous tournerons encore quelque temps sur les côtes françaises pour que le bateau soit enfin sans pannes majeures et nous irons vers le sud vers la fin juillet ! Enfin ! En attendant je ressens une certaine tension, pour ne rien oublier avant le départ. Une tension aussi comme avant un examen : serais-je à la hauteur de mon si vieux rêve de navigation lointaine ?