Sénégal : Warang, le Saloum… la Casamance

Posted on mai 15th, 2008 by Christian

Le 03.04.2008

Hier la météo prévoyait un vent de 10 noeuds du nord-ouest. Ce matin, très peu de vent et il est de sud! Nous allons partir quand même! Avec Mimi, nous relevons l’ancre. Elle est colonisée par les algues et les animacules! Je prends la brosse et je nettoie avant de la rentrer dans la baille à mouillage. Il y en a pour un moment tellement elle est sale. Un morceau de filet est entouré avec un gros coquillage dedans. Je l’enlève au couteau.
L’ancre est relevée. Marche avant au moteur. Le bateau avance sur la baie calme, plate. Nous passons près du bateau coulé au milieu de la baie. Les mats et haubans servent de perchoir à une colonie d’oiseaux: cormorans, mouettes, sternes. Le spectacle est irréel! Notre bateau navigue heureusement! Nous sortons de la baie. Une brume de chaleur nous empêche de voir la côte. Nous passons près de Gorée une dernière fois. Dernier au revoir à cette île si touchante! Des cargos sont à l’ancre, attendant leur tour au port pour décharger ou un affrètement. Nous passons devant un pétrolier qui suinte la rouille. Texas est son nom à peine lisible. Il doit être là depuis longtemps, pas entretenu. Pourtant en approchant on voit des hommes marcher sur le pont. Quelle vie d’attente, isolés ainsi en mer!
Nous continuons au moteur sur la mer plate avec le peu de vent qui est dans le nez.
Je tente de pêcher, mais je ne prends rien. Mimi a préparé une moussaka succulente!
En avançant très au large des côtes nous évitons les pirogues et les filets. En approchant de M’Bour, nous resserrons la côte et nous nous trouvons au milieu des pirogues. Des hommes pêchent, avec des cirés malgré la chaleur. Certaines pirogues ont deux pêcheurs, certaines avec de plus grands filets, jusqu’à 25 personnes! Devant nous il y a beaucoup de flotteurs. Certains ont des drapeaux, d’autres non. Est ce que ce sont des casiers, des filets ? Où devons-nous passer. On dirait des casiers. Je passe sans entraîner derrière moi un filet.
La navigation se poursuit au milieu des pêcheurs jusque vers Warang.
Là j’avais loué plusieurs années de suite une maison pour passer un mois de vacances. J’y avais connu Malick, le gardien de la première maison louée avec qui j’avais lié amitié. Et puis j’y ai connu plusieurs familles du village où je suis bien reçu à chaque fois.
Avec Mimi, nous y sommes venus en avion en 2005. J’avais dit alors que nous reviendrions en bateau et que nous jetterions l’ancre devant la maison. Nous y voilà. Depuis la mer, j’ai du mal à reconnaître l’endroit exact. J’appelle Malick au téléphone. Il me guide. Nous voyons la maison. Aux jumelles nous voyons Malick et Koumba, notre cuisinière qui font des signes avec les bras.
J’avance en surveillant le sondeur et en regardant la carte. La carte indique des Hauts fonds. Je sais qu’il y a des rochers.
Le sondeur marque 3 mètres, Puis 2,4 mètres. Puis plus rien et je sens un choc. Nous touchons les rochers. Je veux reculer. Impossible. Pas possible aussi d’avancer. Je suis coincé entre des rochers. À chaque vague, la semelle de la quille tape. La situation est inconfortable. Heureusement la mer monte. Mais en attendant j’appelle Malick qui va chercher une pirogue.
Le temps paraît long. Mimi a peur. Nous ne pouvons qu’attendre. La pirogue arrive avec deux piroguiers et un moteur de 15 chevaux. Je leur lance une amarre. Ils tirent en avant sans résultat. Sur tribord sans plus de résultat. Au bout d’un moment, nous avançons en raclant les rochers. Les piroguiers vont vers le large, mais la zone de rochers est vaste. Nous voilà de nouveau bloqués.
Je leur donne l’ancre à bord pour aller la jeter au loin et tirer le bateau au guindeau. Soudain; le bateau semble bouger. Une vague nous a soulevé à la faveur de la marée montante. Je reprends l’ancre et la pirogue nous guide vers une zone de sable. Nous avançons assez au large pour être à l’abri des surprises et je jette l’ancre par 4,7 mètres de fond, dans du sable.
Ouf! Enfin tirés d’affaire. Pour une arrivée remarquable, elle est remarquée ! Malick et les deux piroguiers, Djibi et Zal, montent à bord boire un jus de fruit. Je dégouline de sueur. Mimi est sous le coup de la peur. Je donne 10.000 FCFA à chaque piroguier. Ils sont heureux et moi aussi.
Je suis très heureux de revoir Malick qui les a accompagné pour me venir en aide !
Ils rentrent et nous allons au lit sans dîner. L’émotion nous a suffi. Nous dormons et la nuit, je me réveille pour surveiller la position, des fois que l’ancre dérape. Il y a de la houle.

Le 04.04.2008

Au réveil, la mer est calme, pas de vent, plus de houle. Après le petit-déjeuner, nous prenons l’annexe pour rejoindre la maison et Malick. Nous sommes ancrés à plus d’un kilomètre de la côte. L’annexe glisse sur l’eau calme. Malick nous attend sur la plage et nous aide à monter l’annexe sur le sable ; nous la mettons devant une boutique de souvenir. Le boutiquier va avoir l’oeil dessus toute la journée.
Malick est accompagnée d’une toubab ; elle s’appelle Nicole. Elle loue la maison dont Malick est le gardien. Elle a trouvé un poste de directrice d’une école française à Saly, à quelques kilomètres de là. Elle a 80 élèves français et autant sur liste d’attente. Elle anime le Sénégal et nous accueille dans le jardin où elle jouait au scrabble avec Malick. Nous revoyons Koumba, la jeune cuisinière et son bébé Petit Malick qui à 4 ans maintenant. Avec ses grands yeux, il est adorable. Il vient me faire des câlins.
Nous visitons la maison que nous avions occupée. Il y a eu quelques travaux. J’avais envisagé d’acheter cette maison, la première fois. Mais la propriétaire belge ne veut pas vendre maintenant…
C’est émouvant de retrouver un lieu où l’on a été heureux en vacances. Cette maison en bord de plage, Malick qui est un ami adorable, Koumba qui nous faisait une si bonne cuisine, ce village calme où je connais plusieurs familles. Nous sommes là de passage, en bateau. Mimi dit qu’elle rêvait d’acheter cette maison. Elle aussi s’y sent bien. Pour l’instant elle est occupée. Malick a eu la chance d’avoir une locataire avec qui il s’entend bien.
Nous discutons pendant que le repas se prépare. Nous déjeunons à 15 heures. Un plat de poulet avec pommes de terre et petits pois avec une sauce aux oignons. C’est très bon. Nous mangeons à la main dans un grand plat. J’aime la cuisine sénégalaise, mais je n’aime pas tellement manger avec la main. Je fais comme les autres. Koumba et Malick qui m’entourent disposent devant moi des morceaux de poulet. Ils sont aux petits soins !
Pendant ce temps c’est la fête de l’indépendance du Sénégal. La télévision passe la revue des troupes par le président Wade et ses discours en français et en wolof. Mimi regarde attentivement. Puis elle se repose.
Pendant ce temps, je vais avec Malick au village saluer mes connaissances.
Je rentre chez Henriette que je vois allaitant un cinquième bébé ! Elle ne travaille plus, son mari pas beaucoup non plus, mais les bébés s’enchaînent, d’année en année… Nous échangeons des nouvelles et je vais saluer son mari.
Puis je vais chez la marraine de Malick. Je salue toute la famille, composée surtout de femmes. C’est Amy qui me reconnaît en premier avec un grand sourire. Elle aussi allaite un nouveau bébé, alors qu’elle n’a toujours pas de mari…
Je passe chez Anna. Elle se fait faire des tresses par une jeune femme. Elle est surprise de me voir. Elle vient de se marier avec un toubab d’une quarantaine d’année qui l’emmènera en France avec ses deux enfants. Il paye déjà leurs études. Il a aussi payé une maison qu’Anna pourra louer pendant son absence et un cyber déjà revendu parce que non rentable… Les Sénégalaises sont de redoutables pompes à fric pour leur famille !
Nous rentrons à la maison pour rentrer au bateau avant la nuit. Le vent s’est levé et la houle aussi. Malick m’aide à mettre l’annexe à l’eau. Mimi monte dedans, moi aussi. La vague nous ramène à terre. Nous repartons en prenant de l’eau dans l’annexe. Le bateau est loin. En cours de route des lames apportent des paquets d’eau et mouillent nos affaires.
Nous arrivons au bateau. J’attache l’annexe et je monte sur la plate-forme arrière à la faveur d’une lame qui hausse l’annexe. Puis Mimi me tend les affaires et elle grimpe. Elle s’agrippe au balcon et se hisse. Arrivée sur le bateau, elle dit qu’elle a eu peur car le bateau était loin. La houle fait rouler le bateau. Elle pleure tant l’épreuve la change de son appartement. Je ne suis plus assez jeune pour ça. Je ne veux plus aller où il y a des vagues. J’ai peur de me noyer…..
Je tente de la consoler. Elle veut partir demain, aller dans le Saloum.
À regret, j’accepte. Nous partirons demain vers 8 heures pour entrer dans le Saloum de jour!
Elle ne mange presque rien et nous nous couchons tôt, secoués par la houle.
Je dors sans problème. Lorsque je me réveille, dans la nuit, je vérifie la position du bateau: l’ancre tient bien.

Le 05.04.2008
Réveillés vers 7 heures, nous n’avons pas beaucoup de courage pour nous lever. Moi j’ai peine à me réveiller et à laisser mes amis à peine entrevus. Mimi est fatiguée par la houle de la nuit.
Nous levons l’ancre vers 9 heures.Je téléphone à Malick pour l’avertir de notre départ, pour lui souhaiter que tout aille bien pour lui jusqu’à ce que nous revenions en avion une prochaine fois !
Nous longeons la côte d’assez loin à cause des hauts fonds de sable à cause du banc de M’Bour.
La profondeur ne dépasse pas 13 mètres à plus de 10 miles de la côte. L’endroit est sillonné de pirogues en pêche. Elles jettent des filets ou les relèvent. Il y a partout des flotteurs. Certains ont des fanions, d’autres pas. Je ne sais où passer pour ne pas me prendre dans un filet. Je vais vers une pirogue et je pose la question. Un pêcheur m’explique que les filets sont tombants et que ça ne risque pas.
Nous continuons ce gymkhana entre les flotteurs, jusque plus bas que Joal. La mer est calme et nous avançons avec le génois seul à près de 6 nœuds. Dans ce calme c’est super.
A midi nous mangeons des poissons achetés aux pêcheurs, tous frais. Dorades roses et un poisson local succulent.
Nous nous rapprochons de la côte. Nous voyons Djfère et l’entrée du Saloum. La carte indique de passer très au large. Nous téléphonons à Alain qui nous confirme être passé sans problème. L’ouverture est large. Derrière on voit des îles basses. Nous entrons avec 4 mètres de profondeur et tout de suite dans le Saloum il y a 13 mètres. Nous remontons de l’autre côté de Djifère. Plus loin on aperçoit des mats. Six bateaux sont au mouillage. Nous reconnaissons, Daam Dour, Lambaréna, Freya. Nous jetons l’ancre près de Fréya. C’est finalement trop près. Je remonte et jette l’ancre plus loin en laissant aller 55 mètres de chaîne, car le vent s’est levé. Par contre il n’y a pas de houle, c’est super.
Nous échangeons quelques souhaits avec les autres navigateurs sur la VHF. Ça fait plaisir de se retrouver !
Le soir nous nous couchons tôt après un repas frugal.

Le 06.04.2008
Ce matin c’est jour de grasse matinée. D’autant plus que la veille Mimi a protesté qu’elle ne pouvait jamais s’arrêter, se reposer, dormir…. Alors on se lève tard.
Petit-déjeuner, puis on traîne. Mimi fait un ragoût avec les légumes qui menaçaient de s’abîmer. J’installe un taud au-dessus du cockpit pour avoir une ombre bienfaisante. Nous déjeunons dans le cockpit, avec un vent frais, en regardant le ballet incessant des pirogues. Elles sont de couleurs vives, très bariolées.Elles arborent des pavillons sénégalais, mais aussi français, américain, selon le bon plaisir du piroguier !
Après une sieste à l’ombre, dans le cockpit, nous lisons l’après-midi. Mimi tente de nager près du bateau, mais remonte. Elle a peur, n’ayant pas pied.
En fin d’après-midi nous prenons chacun notre ordinateur.
Voilà une journée de repos à bord dans un paysage très apaisant de delta, avec un rivage avec baobabs, quelques campements, et le village que nous irons voir bientôt. En fin d’après-midi le vent se lève. Nous enlevons le taud pour ne pas le déchirer. L’éolienne tourne bien et débite !
Alain et Ute me demande si je peux les conduire en annexe sur la rive car ils partent deux jours à M’Bour puis à la réserve animalière de Bandia. Il faudrait que j’aille chercher le soir un gardien pour l’amener au bateau qu’il gardera et le ramener à terre le lendemain matin. Dominique et Jacques ne font pas garder leur bateau. Je suis d’accord.

Le 07.04.2008

Je me réveille tôt. Alain vient en annexe me chercher. Nous allons à terre et je ramène l’annexe que j’attache à Diam Rek. La journée se passe à bord à bouquiner, discuter, se reposer.Je voudrais aller visité Djebilet. Mimi n’est pas intéressée par un village de pêcheurs et ne veut pas aller au soleil. Alors qu’en Afrique il fait partout du soleil et qu’en bord de mer il y a partout des villages de pêcheurs… Les envies ne se coordonnent pas.
J’ai le temps de terminer le livre de Maryse Condé « Célanire coup coupé. C’est un superbe bouquin qui tourne autour de la question de l’identité des noirs ou métis d’Amérique, des Caraïbes. Ce que dit Maryse Condé sur la culture issue du Congo et du golfe de Guinée fait froid dans le dos lorsqu’il est question de sacrifices humains.
L’après-midi, Mimi veut se baigner. Nous allons à terre en annexe. La plage est bordée de palétuviers. Ce sont des plantes à l’aspect bizarre. Les racines sortent de l’eau et l’on dirait des araignées aux longues pattes surmontées de feuilles vernissées bien vertes. Le palétuvier boit l’eau salée et les feuilles rejettent le sel par leurs pores.
Finalement nous nous promenons sur la plage en compagnie d’un chien qui nous a pris en amitié, mais de loin car il est craintif. Il est beige roux comme tous les chiens sénégalais.
Un homme vient sur le rivage. Mimi me dit que c’est le père de Christophe, le président du CVD. Nous le saluons et il nous invite à voir sa maison et à boire un coup. Il a fait construire une maison sur un terrain assez vaste qui contenait deux beaux baobabs. Il a planté d’autres espèces. L’endroit est idéal entre mer et delta du Saloum. La tranquillité assurée, avec verdure et air qui tempère la chaleur !
La maison est avec un toit traditionnel en paille. L’intérieur est moderne mais sans charme. Il vend car, après deux ans, ils repartent en France. Ils vendent cher. La spéculation marche encore au Sénégal, bien que les prix commencent à baisser dans certains endroits, alors que la hausse continue ailleurs. Nous buvons un verre d’eau fraîche en discutant.
Nous repartons. Mimi me dit ne pas aimer cette maison, ni l’endroit trop calme. Un tel endroit ferait mon bonheur !
À 19 heures, je vais chercher Bernard qui vient garder le bateau d’Alain au bord duquel je le dépose. Alain a prévu coussins, duvet, nourriture et eau, mais a fermé le bateau. Le gardien devra passer la nuit dans le cockpit alors qu’il fait un vent très humide et frais. Je suis mal à l’aise, j’ai honte. Je trouve que c’est une pratique néocoloniale. Même un chien on lui donne le couvert avec une niche !
Je rentre et j’en parle à Mimi qui pense comme moi.
Nous regardons un film sur l’ordinateur.
Mimi qui n’est pas bien depuis plusieurs jours peine et se renfrogne. Elle pense à ses enfants qui lui manquent…

Le 08.04.2008

Le matin, je vais récupérer Bernard sur le bateau d’Alain et je le ramène à terre. Je lui donne les 2500 FCFA qu’Alain m’a donnés pour lui. Je suis gêné…
La journée se passe à bord. Nous ne sortons pas.
Un pêcheur aborde et nous vend un magnifique poisson rouge dont je ne sais le nom.Une fois cuit au four, il s’avère farineux et immangeable…
Un autre bateau nous appelle à la VHF. Yves et Julie veulent nous voir. Ils étaient au CVD en même temps que nous. Ils viennent. Nous prenons un apéro et déjeunons ensemble avec des seiches préparées par Mimi et achetées à un pêcheur de passage. Yves est guide de haute montagne à Chamonix et Julie orthophoniste. Ils sont sympas et nous passons une partie de la journée à discuter dans le cockpit dans les alizés qui apportent un peu de fraîcheur.
Le soir, je vais récupérer Dominique et Marylène, Jacques et Adrienne, Alain et Ute qui reviennent de M’Bour, chargés de provisions et de souvenirs. Ils ont des girafes et des hippopotames en tôle martelée. Les animaux sont superbes ! Mais dans un bateau, c’est lourd et encombrant ! Ils me ramènent à bord et vont sur leur bateau. , satisfaits de leur escapade de deux jours.
Mimi est toujours d’humeur sombre. Elle parle de rentrer en France… Je suis triste et agacé par autant de négativité sur le voyage.

Le 09.04.2008
Nous avons décidé de partir aujourd’hui pour N’Dangane sur le Sine, une rivière qui se jette dans le Saloum. Salifou qui a pu se dégager de ses obligations, qui a fini d’emménager dans sa nouvelle chambre, vient. Il m’appelle et je vais le chercher en annexe sur la plage.
Nous revenons au bateau. Il perd l’équilibre en montant à bord et tombe à l’eau. Il fait une arrivée humide sur le Diam Reik !
Je suis heureux de le voir enfin sur le bateau ? Nous allons enfin naviguer ensemble !
Pour aller à N’Dangane il y en a pour trois heures de navigation. Mais il y a des bancs de sable. Je n’ai pas une carte détaillée avec indication de sondes. Salifou me dit connaître.
Alain et Dominique viennent en annexe pour nous inviter à l’apéro du soir.Nous leur disons que nous partons et je leur demande des renseignements puisqu’Alain est allé à N’Dangane. Il est passé juste à marée montante, mais il cale 60 centimètres de plus que moi.
Il me met en garde contre les bancs en face de Mar Lothie.
Nous partons avant la marée montante pour arriver de jour. Le courant est contre nous. Dans le Saloum, nous devons éviter les filets d’une pirogue qui nous fait signe. Nous les contournons.
A l’entrée du Sine il y a un banc de sable à gauche et à droite. Nous devons passer au centre. De loin on voit l’eau friser. De près on dirait qu’elle bout. La profondeur passe de 13 mètres à 3,70 mètres. Nous passons.Nous remontons le Sine. La couleur de l’eau indique les bancs de sable. L’eau devient jaunâtre. Parfois la profondeur n’est plus que de trois mètres, puis 2,5 mètres.
On voit Mar Lothie en face. On voit aussi un large banc à tribord, un autre à bâbord. À un moment on touche. Le sable freine le bateau qui s’immobilise. Je bats arrière ; un peu plus de profondeur, on repart. Salifou prend la barre. Il veut aller plus à bâbord. Un banc nous arrête. Nous sommes prisonniers. Il n’y a plus qu’à attendre que la marée monte, soulève le bateau et nous libère. Le soir tombe. La marée monte et nous libère.
Mais un peu plus loin nous voilà de nouveau échoués. Pas moyen de s’en sortir ni en avant ni en arrière. Je mets le génois. Il y a un peu de vent, mais le bateau ne gîte pas assez.
Nous jetons l’ancre.
Mimi prépare des pâtes que nous mangeons ensemble. Puis elle se retire dans la cabine se reposer, réfléchir.
Nous allons dormir.

Le 10.04.2008
La nuit, la marée baisse et le bateau trouve son équilibre entre sable et courant. Il gîte sur bâbord d’environ 20 degrés. Mimi se réveille affolée en pensant que le bateau va se renverser… Je tente de la rassurer, mais elle ne me croit pas. Elle se retire dans une cabine et ne ferme pas l’œil de la nuit, pendant que Salifou et moi dormons.
Le matin nous attendons la marée haute.
Une pirogue passe et prend notre amarre. Mais son moteur de 15 chevaux ne suffit pas malgré l’aide de mes 50 chevaux. La pirogue nous laisse à notre attente.
Salifou téléphone à Ablaye, un neveux qui a une pirogue avec un moteur de 40 chevaux. Il arrive bientôt. Il essaie avec une amarre. Les deux moteurs à fond, le bateau ne bouge pas. La quille est trop ensablée. Alors nous essayons une autre méthode. La pirogue prend ma drisse de grand voile, y rajoute un bout et tire. Diam Rek gîte un peu, puis jusqu’au franc bord. Je mets mon moteur à fond et le bateau avance gîté. À un moment, nous avons trois mètres de fond. La pirogue nous rend la drisse et s’en va. Nous pouvons naviguer. Il reste les derniers méandres du fleuve jusqu’à N’Dangane. Salifou, de jour, s’en sort bien. Parfois nous avons 6 mètres.
Nous arrivons et jetons l’ancre devant le village de pêcheurs, pas loin de la maison familiale de Salifou. J’avais dit que je jetterai l’ancre là, je suis arrivé. Je suis heureux.
Manifestement Mimi ne l’est pas, elle est grave. Elle a eu peur. Elle me dit que nous devons discuter.
En attendant nous allons à terre saluer la famille de Salifou, chez qui je viens régulièrement depuis treize ans ! Je suis heureux de les retrouver tous, Manafy en tête, la mère de famille.
On nous prépare à déjeuner. Nous discutons avec les membres de la famille.
L’après-midi Mimi veut retourner à bord. Elle n’est pas bien. Nous discutons. Elle m’annonce qu’elle rentre en France. Elle ne conçoit pas le voyage comme ça. L’aventure ne lui plait pas, elle à souvent peur, elle veut voir ses enfants.
Je suis déçu et très triste. Je m’y attendais. Ça vaut mieux car tant de négativité gâche le plaisir du voyage. Je continuerai seul et elle reviendra lorsqu’elle sera ressourcée… Je l’avertis que le voyage sera toujours aventureux et que c’est ce qui participe à son charme…
Nous retournons à terre dans la famille.
Salifou nous emmène au Campement où nous allons voir Hadji et Théophile qui ont eu une petite fille, il y a quelques semaines. Nous discutons et discutons mariage mixte, puisque Hadji est Musulmane et Théophile est Catholique. Ici ça ne pose pas de problème pour l’imam qui a une interprétation ouverte du Coran. Je parle à Mimi pour qui un mariage religieux est important pour sa croyance et pour sa famille. Pour moi il est important que je n’ai pas à me renier, à me convertir. Nous en reparlerons
Nous dînons et la soirée se passe dehors à la fraîcheur, car les maisons avec leur toit de tôle sont de véritables fours.
Nous rentrons nous reposer au bateau.

Le 11.04.2008
Nous allons à terre. La sœur aînée de Manafy est décédée à Mar Lothie. Une partie de la famille se prépare pour la cérémonie le jour même et va à Mar. Nous restons et déjeunons là.
Mimi téléphone à ses filles et annonce son retour. Elle demande à Amel de lui chercher un billet d’avion. Amel cherche et lui propose un billet Pas trop cher pour le 21 avril.
L’après-midi, Mimi veut aller à bord trouver de la fraîcheur et se reposer. Je la conduis et reviens. Je passe l’après-midi à prendre les trois thés traditionnels et à discuter avec Sélé. Il a travaillé plus de 40 ans en France comme maçon. Il a six enfants là-bas et une femme sénégalaise. Il voulait prendre sa retraite au village, Son épouse ne voulant pas. Il a pris pour seconde épouse une fille de la Famille de Salifou et a construit une maison ici. Alors il partage son temps entre la France et le Sénégal, entre une épouse et une autre, entre des enfants grands et un enfant jeune…
La vie d’un immigré traditionnel, comme bien d’autre. Il raconte l’importance du travail, la dureté du travail en France, l’autonomie que ça donne aussi….
Le soir, j’emmène Sélé à bord pour lui montrer le bateau. Il est enchanté. Nous rentrons avec Mimi. Avec Khadi, la jeune sœur, Mimi parle de mariage mixte ici. Moi je discute avec Manafy. On m’appelle. Mimi veut me faire participer à sa discussion avec Khadi. Elle peut organiser ce mariage à la mosquée et une fête si nous le voulons. Je lui demande comment ça se passera à la mosquée. Je peux y aller ou non, Mimi ne peut y aller. On peut être représenté pendant la cérémonie. Je voudrais bien assister, mais comme je ne veux pas me prosterner, soit je reste derrière, soit je me fais représenter. Nous pouvons faire une fête en famille ou une fête avec une partie du village et des griots… Nous allons réfléchir et étudier un budget…
Nous retournons au bateau.
Mimi est sereine et heureuse. Elle va revoir ses enfants et nous allons nous marier à la mosquée !

Le 12.04.2008
Grâce matinée pour commencer sur une mer lisse sans le moindre souffle ! Petit-déjeuner et écriture pour moi. Bricolage pour un chapeau pour Mimi….
Puis journée en famille, dans le calme et dans l’échange avec les différentes personnes que je revois chaque année. On fait le point des vies de chacun, Lorsque l’on revoit des gens que l’on n’a pas vus depuis longtemps, le temps est aboli. On se retrouve avec plaisir, on parle de soi, des autres. On est bien ensemble et c’est bon.
En fin d’après-midi, nous allons assister au tournoi de lute sénégalaise organisé à N’Dangane.
Une enceinte close avec des portes bien gardées car chacun doit payer. On entre. L’arène est en sable entourée de filets. De l’autre côté des filets, il y a des bancs pour les spectateurs. Les bancs sont déjà bien chargés. On trouve une place. Les lutteurs s’échauffent en marchant avec des pas de danse sur la musique lancinante des chanteuses et des djembés. Les lutteurs sont en culotte comme les sumos. Ils sont couverts de grigris pour impressionner l’adversaire et se rassurer. Ils parcourent l’arène et font des incantations mystiques. Ils inscrivent des signes cabalistiques sur le sable. Ils s’aspergent d’eau dans laquelle des versets du coran ont été dissouts…
Toute cette partie folklorique est plus importante que la lutte.
Puis viennent les combats. Pendant que les autres lutteurs s’échauffent, les deux premiers se rencontrent. On dirait du judo ou du sumo. Ils se défient en se touchant les mains, en touchant le sable ; ils s’attrapent les bras et essaient de se déséquilibrer. L’un fait chuter l’autre et gagne. Les combats sont souvent courts. Parfois il y a deux ou trois combats en même temps dans l’arène.
Les lutteurs sont des hommes jeunes, très musclés, à la stature impressionnante. Ils sont très beaux !
Le soir nous parlons avec Mimi et Salifou de la façon de trouver un billet d’avion. Il n’y a plus de cyber à N’Dangane. Il faut aller à Diofior. Pour cela il faut trouver une voiture qui nous y emmène. À ce moment, il faudra trouver comment payer le billet électronique, puis imprimer la feuille avec les références du billet.
Salifou va s’en occuper. En plus là-bas nous pourrons trouver un magasin pour faire réparer mon téléphone portable qui a pris un bain de mer et ne fonctionne plus.

Le 13.04.2008
Nous allons à terre pour 10 heures. Salifou nous attend. Il a trouvé une voiture pour trois heures.
Nous allons à Diofior ; c’est à une vingtaine de kilomètres en brousse.
Revoir le paysage de brousse est un enchantement. En cette saison, il est sec. Il y a peu de végétation dans les champs. Les seules verdures sont les arbres, palmiers, acacias, eucalyptus. Les baobabs n’ont pas encore leurs feuilles.
Par endroits il y a des troupeaux de zébus ou de moutons. Les zébus affectionnent les routes. Ils restent au milieu et n’ont pas peur des voitures. Il faut les laisser passer. Il y a des cases traditionnelles de loin en loin, avec leur toit de paille et leurs murs en torchis.
Le long de la rue principale des villages, il y a des vendeuses avec leurs étals de fruits et de légumes, d’habits…
À Diofior, il y a deux cybers. Nous prenons une connexion avec mon mac. Je vérifie le vol trouvé par Amel et j’achète le billet électronique. Par retour, je reçois le mail de confirmation avec la référence du billet. Le cyber n’a pas d’imprimante. Le second non plus.
Le cyber fait aussi vente de téléphones portables. J’achète une copie de Nokia pas chère.
Nous rentrons en nous arrêtant pour faire des achats de fruits et légumes.
Voilà, Mimi rentrera le 21 avril de Dakar. Après je serai seul. Pour l’instant, je n’y pense pas trop. Après il sera temps… Ce sera le vide….
Nous rentrons déjeuner en famille, un excellent yassa poisson nous attend.
L’après-midi se passe en discussions. Le temps passe sans que l’on ne s’en aperçoive au milieu de tous ces gens amis qui ne travaillent pas. Une femme fait la cuisine pour tout le monde. Quelque unes vendent quelques articles à l’occasion. Tous discutent, assis ou allongés. Il fait chaud dehors et plus encore dans les maisons sous la tôle ondulée. Le temps est éternel ici. Pourtant je revois des membres de la famille que j’ai connu jeunes, il y a plus d’une décennie et qui ont grandi, se sont mariés, ont des enfants… Une génération chasse l’autre. C’est l’ordre des choses. Mais le groupe reste le même ; c’est ce qui compte ici.
En fin d’après-midi, nous allons avec Mimi voir le tournoi de lutte. D’autant plus qu’aujourd’hui Ablaye, un fils de la maison combat. C’est un jeune de 23 ans et 120 kilos qui promet et gagne déjà des tournois. L’arène est pleine. Des femmes avec de très beaux boubous, crient lorsque leur favori gagne ou perd ; c’est l’hystérie. Les lutteurs s’échauffent tout le temps entre deux combats. Certains ont un air sauvage, proche de l’animal de la brousse. Ils tentent d’atteindre psychiquement l’adversaire dès avant le combat. Les combats se déroulent dans le désordre le plus complet, au milieu des échauffements, avec un éclairage insuffisant. Mais la foule est là, et elle manifeste sa joie !
Nous partons avant la fin pour cause de vent frais et parce que ça dure !

Le 14.04.2008
Journée chaude, avec peu de vent pour se rafraîchir…
Mimi reste au bateau pour se faire un chapeau pour le mariage. Moi je vais à terre. Avant le départ de Sana pour Ziguinchor, j’en profite pour parler avec lui. Je parle des choses mystiques lues dans les Mémoires d’un Porc-épic. Bien sûr il y croit. Idem pour la sorcellerie qui expliquerait sa maladie aux hanches, provoquée par un sort… Je ne rencontre jamais un Sénégalais sceptique. Je suis d’un autre monde et je le sens, je suis matérialiste et athée, ce qui laisse rêveur tout interlocuteur ici…
La journée se passe à ne rien faire, dans une chaleur moite.
Mimi cherche la fraîcheur au bateau.
Le soir, il fait plus frais et c’est bon !
J’appelle Maxime pour lui souhaiter sa fête. Il va bien et est très occupé avec Sophie pour trouver les financements pour la création de leur entreprise de vente sur internet de bijoux et fringues gothiques. Ça semble avancer enfin ! Tout va bien à la maison. Je suis heureux de l’avoir entendu. Je lui annonce le retour de Mimi et notre mariage à la mosquée. Il ne commente pas.

Le 15.04.2008
Journée très chaude sans vent. Les gens défilent chez Manafy. Ils viennent saluer la famille à l’occasion d’un deuil dans la famille qui vit à côté. Le défilé de femmes aux beaux boubous et d’hommes de tous âges se poursuit. Chacun discute, mange, se rafraîchit avec un verre d’eau glacée.
Je rentre au bateau et retrouve Mimi qui a fini son chapeau de mariage. Il est beau et sophistiqué. Elle s’est inspirée d’une revue de mode africaine. Le résultat est beau.
Nous retournons à terre pour saluer Sana qui part demain à l’aube pour Ziguinchor. J’ai plaisir à discuter avec Sana. Je lui donne ma participation pour le baptême du fils qu’il vient d’avoir avec son épouse Oumi. Je lui dis que je passerai le voir bientôt en bateau.
Je fais peu à peu ce que je rêvais de faire au Sénégal depuis des années.

Le 16.04.2008
Le matin, je vais dans la famille pendant que Mimi fait sa valise ! Je n’ose penser au moment où je vais me retrouver seul. Elle a besoin de calme, alors je vais dans la famille discuter avec les uns et les autres. N’Deye fait la cuisine aujourd’hui car Thiabou fait la lessive. Les autres discutent et se reposent. Les écoliers n’ont pas d’école pour cause de grève…
Je déjeune en famille puis fais une sieste dans la chambre de Khadi car elle est toujours propre, ce qui est rarement le cas des chambres de garçons. Deux filles viennent faire leurs prières et dormir aussi. Alors je vais au bateau.
Mimi a fait ses bagages et rangé la cabine qui lui sert de dressing et de cabinet de toilette.
Nous faisons une petite sieste.
J’appelle Hadji qui me dit que nous pouvons venir. Nous allons à terre et prenons un clando, taxi clandestin, pour aller au campement. Là Théophile, le mari de Hadji, vient nous chercher en voiture et nous emmène dans son verger.
Un verger de trois hectares, planté d’anacardiers, de manguiers et d’agrumes.
C’est la saison des fruits de l’anacardier : la pomme cajou et la noix cajou. Les pommes sont jaunes ou rouges. Sous la pomme pend la noix cajou. La pomme est gorgée de jus sucré. La fibre est un peu acre. La noix doit être grillée puis fendue pour en extraire la noix de cajou qu’il faut griller. L’anacardier a un port majestueux et peut devenir très volumineux. S’il n’est pas taillé les branches peuvent plier, rejoindre le sol et prendre racines…
Plus loin il y a des centaines de manguiers assez jeunes. Ils sont de variétés différentes. Certains portent des mangues déjà mûres, d’autres des mangues plus tardives. Il y en a de grosses et colorées et d’autres vertes.
Il y a des agrumes : différentes espèces d’oranges, mûres et sucrées à l’écorce vert foncé. Il y a des citrons verts ou jaunes et des pamplemousses. Nous y goûtons et nous tachons nos polos comme des enfants ! Qu’ils sont bons, sucrés et parfumés ces fruits mûris sur l’arbre !
Théophile nous commente les espèces, le rendement. Il a des ruches qui donnent du miel d’anacardier. Il nous en fait goûter, c’est délicieux et très parfumé.
Après avoir visité le verger, nous visitons celui du voisin qui a un élevage de poules. Il en avait 600 et il vient d’en perdre 500 pour cause d’épidémie ! C’est dur l’élevage ! Il nous donne un plateau de 60 œufs !
Théophile nous emmène à quelques centaines de mètres voir un autre verger qu’il a donné à ses deux filles faites avec Hadji. Là encore il y a anacardiers, manguiers et agrumes. Sur chaque exploitation, il y a un fermier à demeure, des puits pour l’irrigation.
Dans la région, les vergers donnent bien à condition de les entretenir, de les arroser.
Théophile nous raccompagne chez lui. Mimi discute avec Hadji pendant que je prends l’apéro avec Théophile. Il m’emmène voir son élevage de poules. Pour l’instant il a des poussins de quelques jours, qu’il vendra dans deux mois pour la chair. Il a aussi des moutons, des lapins et quelques canards. Tout ça rapporte, mais fait du travail.
Théophile nous raccompagne au village. Nous sommes chargés de cajous, de mangues et d’agrumes ! J’en ai pour un moment, puisque je serai bientôt seul !
Nous rentrons dîner au bateau. Je me couche car je suis vanné ! Mimi lit un peu.

Le 17.04.2008
Levés tôt nous allons à terre. Khadi nous attend. Elle a retenu une voiture avec chauffeur pour aller faire les courses à M’Bour pour la fête de notre mariage.
Nous partons. De part et d’autre de la route, c’est la brousse. Tous les quelques kilomètres il y a un village. Les cases sont soit traditionnelles soit plus modernes, selon les moyens des gens. Le long de la route, les écoliers marchent pour rejoindre leur école. Ils en font des kilomètres sous le soleil pour étudier.
Nous arrivons à M’Bour. La ville est une des grandes villes du Sénégal. Elle s’agrandit sans cesse. Les rues regorgent d’activités artisanales, de boutiques, d’étals. Il y a de nouvelles banques, de nouvelles stations services. Nous laissons la voiture et allons au marché. Les rues sont étroites, encombrées d’échoppes, d’étals, de légumes, d’habits… Des vendeurs de sacs en plastique, des porteurs, se proposent. Khadi achète pour la fête la nourriture nécessaire. Pour la viande, nous la prendrons au village.
Puis nous allons au marché aux tissus pour trouver de oui faire une robe pour Mimi. Elle regarde dans bien des boutiques, tourne et retourne. Finalement elle opte pour un tissu blanc brodé. Il est cher et magnifique. Elle le prend. Puis elle cherche des pagnes qu’elle pourra revendre au Brésil.
Marchandage et choix prennent du temps.
Enfin nous allons déjeuner dans un restaurant du coin. Je veux aller aux toilettes, mais là vraiment, je renonce vu l’état des lieux ! Le tiebboudiène est bon, c’est le principal.
Nous retournons vers les boutiques pour les boissons, les oignons et des chaussures !
Lorsque c’est fait, je vais dans une boutique de copies de CD. Je choisis de la musique africaine. J’aurai de quoi écouter pendant un moment ! C’est 1000 FCFA le CD…
Nous rentrons à la maison. Je laisse Mimi et Khadi chez le tailleur. Elles reviennent plus tard avec le tissu. Le tailleur a un deuil et n’aura pas le temps. Elles ont vu un autre tailleur qui hésitait vu le prix du tissu. Alors Mimi garde le tissu pour se faire une robe à Paris et pour le mariage ici elle mettre un boubou prêté par les filles de la maison. Rendez-vous est pris pour le lendemain pour essayer le contenu de leurs armoires !
Nous rentrons au bateau nous reposer ! Je suis vanné par les courses et par l’émotion. Mimi est heureuse. Ça fait plaisir. Ce sera la première fois qu’elle aura une fête pour son mariage. Les deux autres fois, ça n’avait pu se faire. Alors cette fois-ci il ne faut pas rater l’occasion. Et puis nous ferons la fête en France avec enfants et amis pour le mariage civil, plus tard!

Le 18.04.2008

Journée de notre mariage religieux. Tout est organisé pour la mosquée par Sélé.
Je suis impatient que Salifou rentre de Dakar puisqu’il doit me représenter à la mosquée.
Le matin, je vais à terre. Je salue tout le monde. Je suis un peu anxieux car je voudrais que tout se déroule bien et je ne maîtrise rien. Les autres s’occupent de tout.
Je déjeune dans la famille puis je fais une sieste.
Mimi est au bateau depuis ce matin pour être tranquille, se reposer et ranger ses affaires avant le départ. Je la rejoins. Nous passons un moment ensemble. Je prépare un beau boubou pour la cérémonie, avec des mocassins. Il faut y aller parce que Mimi doit trouver un boubou dans la garde-robe de Thiabou ou Khadi. Je laisse Mimi chercher pendant que je m’habille. Lorsque je ressors, j’ai des félicitations pour le boubou. C’est le boubou que Mimi m’avait offert pour la Saint Valentin lorsque nous étions au Sénégal, il y a deux ans.
Mimi sort de la chambre revêtue d’un boubou vert et marron et la coiffe. Elle est couleur locale et ça lui va bien ! Les compliments fusent et les femmes esquissent des pas de danse. L’ambiance est joyeuse.
Mimi discute avec Sélé ; elle préférerait que la cérémonie ne se passe pas à la mosquée sans nous, mais à la maison avec nous et l’Imam. Pas de Problème dit Sélé qui fait prévenir l’Imam.
Nous attendons dans la cour. Le vent soulève du sable et les yeux piquent. Bon, changement de tactique, les chaises sont déplacées sous la véranda pour éviter le sable.
L’imam arrive avec plusieurs hommes assez âgés. Ils saluent et s’assoient. Le chef du village nous place à côté de Sélé. L’imam est face à nous avec le chef et d’autres personnes. Il nous demande nos noms et prénoms et les note en arabe sur un coin d’enveloppe.
Sélé présente les obligations traditionnelles : 18.000 FCFA pour la dot, 2000 pour que Mimi s’achète des sucreries, 2.000 pour une natte pour la mosquée, 1500 pour les frais et deux kilos de noix de cola. Ça discute en Sérère et finalement je dois rajouter 5000. Tout ça est disposé sur la natte au sol.
Puis l’Imam récite des sourates et prononce le mariage. Il prend les frais, donne la dot à Mimi et l’on distribue les noix de cola à tous les participants.
Mimi et moi remercions tout le monde. Djérédjef ! Sélé traduit. Khadi apporte des verres et des sodas. Chacun boit une boisson sucrée comme la vie qui nous attend dans le mariage.
Le photographe du village que j’avais commandité prend des photos. Babacar filme avec ma caméra. Nous aurons des souvenirs pour montrer en France…
Les participants s’en vont et nous nous retrouvons en famille avec les félicitations et de nouvelles photos.
Nous prenons une douche à la maison et après les aux revoirs, nous rentrons au bateau.
Nous regardons les photos et dînons heureux !
Voilà la meilleure façon de conclure deux ans et demi d’une relation heureuse !
Je suis heureux, serein et empreint de sérieux devant les obligations et l’avenir. Mimi est heureuse et sereine maintenant par rapport à sa religion et à sa famille.
Quant à la nuit de noces, elle est privée et ne se raconte pas….

Le 19.04.2007
Nous nous levons tranquillement. La fête aura lieu vers 17h.
Mimi et moi traînons au bateau, en profitant de notre intimité sur le Sine très calme, sans vent.
En fin de matinée, je vais à terre dans la famille pour régler les derniers détails pour la fête. Les filles se sont occupées de tout et ont acheté la viande. Des femmes venues du village, avec une grande marmite, préparent le repas du soir. J’en vois sept qui épluchent les oignons et les coupent en tout petits morceaux. Elles font ça tout en discutant, assises sur de petits bancs, dans la cour, à l’ombre de l’arbre. Une autre s’active autour de la marmite pour entretenir le feu de bois qui cuit la viande. Ça sent bon. La cuisinière transpire à grosses gouttes au soleil et à la chaleur du feu. La marmite en aluminium est noire de suie. Je prends quelques photos.
Je vais discuter avec les unes et les autres. Bientôt arrive l’heure du déjeuner préparé par une fille de la famille. Un tiebboudiène traditionnel. C’est délicieux. Je mange avec Sélé, Hadji et Salifou.
Mimi est restée au bateau pour se reposer et manger léger.
Je rentre au bateau pour faire une petite sieste en compagnie de Mimi. Lorsque j’arrive, elle se fait bronzer au soleil sur le pont.
Nous retournons à terre vers 16h. Je m’habille d’un boubou marron et bleu avec des mocassins. Mimi va dans la chambre de Khadi et se prépare. Khadi lui a prêté un beau boubou marron avec de belles broderies. Une femme la maquille et lui fait sa coiffe. Lorsque je rentre dans la chambre, c’est le choc. Elle est superbe en grande dame sénégalaise.
Je retourne dans la cour. Les cuisinières font cuire au-dessus de la marmite de viande à la sauce aux oignons du vermicelle à la vapeur. La quantité est impressionnante. Elles le touillent avec un grand écumoire. Bientôt tout est cuit et elles dégagent la cour.
Les filles de la famille préparent des bancs autour de la cour. Les musiciens arrivent avec leurs djembés. Ils s’installent sur des chaises et commencent à s’accorder. Alors les gens arrivent. Des femmes et des enfants qui s’assoient sur les bancs. Ou plutôt les plus âgés sur les bancs et les enfants sur le sable de la cour.
Quelques femmes commencent à chantonner et à danser. Des enfants se risquent à danser un peu. Leurs amis rient et s’amusent de l’exhibition de chacun. Des femmes viennent danser. Une autre vient les défier et tente de danser mieux !. Elles martèlent le sable de leurs pieds en lançant en l’air la main droite, la gauche tenant leur haut de boubou.
C’est Amy qui danse le mieux. Elle vient devant moi et me fait une danse gracieuse et endiablée en me fixant dans les yeux en souriant.
Lorsqu’il y a assez de monde, Mimi arrive sous les hourras. Elle fait le tour de l’assistance en saluant chacun. Il y a maintenant plus de 100 femmes et autant d’enfants. Les hommes n’assistent pas à ces fêtes de femmes. Seuls les hommes de la famille sont là. Ils restent assis pour garder leur dignité. Je ne danse pas non plus. Mimi entre parfois dans le cercle et danse à la sérère ! Cela fait rire et applaudir les femmes ! Les femmes qui ont peiné à préparer la fêtesont maintenant en beau boubou et dansent à qui mieux mieux !
La fête se poursuit au rythme des djembés. Les danseuses sont belles à voir. Mimi est radieuse. Je ris souvent des exhibitions des unes ou des autres ou des enfants. Babacar nous filme avec ma caméra pour que nous ayons un souvenir. Le photographe du village nous photographie et nous fait poser à l’ancienne….
Vers 19h, la musique s’arrête et le repas va commencer. Je vais à la cuisine et vois partout sur les étagères, sur le sol, de grands plateaux de vermicelle à la sauce oignons et viande. La quantité est impressionnante. Les filles apportent les plateaux, les bols sous les vérandas et des cercles se forment et chacun mange à la main. Mimi et moi dînons avec Théophile et Hadji et Salifou, dans la chambre de Khadi avec des fourchettes. C’est un plat de fête et c’est délicieux ! Pour boisson, il y a des sodas, du coca et de la limonade bien sucrés !
Lorsque les gens ont mangé, ils rentre chez eux. Certaines femmes restent et participent pour tout ranger.N’Deye gère les restes et continue à préparer des bols que les enfants apportent cher le chef du village, chez l’imam, chez des amis qui n’ont pu venir….
Le calme s’abat sur la cour, avec la fraîcheur du soir. Chacun dit son contentement que la fête se soit bien passée, qu’il y ait eu beaucoup de monde, que chacun aie bien mangé et bu et que les participants aient exprimé leur contentement. Le prestige de la famille en sort grandi, une fois de plus.
Mimi et moi remercions les femmes de la famille, Sélé et Théophile pour leur aide et leur présence.
Pour une fête, c’est une fête qui restera dans nos souvenirs ! Mimi est belle et rayonnante.
Nous rentrons au bateau nous reposer, heureux et détendus.

Le 20.04.2008
Ce matin nous traînons au bateau. Je copie les photos et tente de mettre sur DVD le film de la veille. La caméra n’est pas reconnue par l’ordinateur, je ne sais pourquoi. Malgré mes tentatives, je n’y parviens pas. Mimi emportera la caméra et ses filles essaieront en prenant leur temps.
Nous allons à terre voir la famille. Elle se remet des efforts de la veille. Manafy demande à Mimi de l’argent et Mimi le prend mal. Elle me le dit et je lui dis de ne pas donner. La coutume ne l’y contraint pas et nous avons payé la fête. Cette demande choque Mimi et l’attriste…
Nous déjeunons et une femme demande la dépense pour le repas du soir. Je réponds que s’il en est ainsi nous mangerons au bateau ! Un peu ça va, trop ça ne passe pas !
Nous rentrons au bateau faire la sieste. Ce soir nous rentrerons à terre pour dormir chez la famille de façon à être prêts à partir pour Dakar vers trois heures du matin. Mimi doit embarquer vers 7h à l’aéroport pour décoller vers 9h. Moi je rentrerai à N’Dangane seul. J’ai du mal à y penser. Je blague avec Mimi en lui disant que je vais prendre une seconde épouse sénégalaise pour s’occuper de moi en son absence….
Finalement nous avons une explication avec Khady et Manafy. L’argent que j’avais donné pour la fête a été dépensé pour la fête. La famille a même dépensé 5000 FCFA de plus sans me les demander, puisque j’avais fixé un plafond. La viande préparée ce soir a été achetée pour ce soir, elle ne reste pas de la fête. Nous dînons donc avec des pâtes à la viande. Puis nous rentrons l’annexe dans la cour de la maison et nous allons dormir dans la chambre occupée avant par Sana.
Toute la soirée, on entant la musique de la boutique d’à côté, les discussions des gens dans la rue. Impossible de fermer l’œil. En plus dans la chambre, il fait chaud et les moustiques sont d’attaque ! De quoi nous faire regretter le bateau. Mais prendre l’annexe à 2h30 du matin ne nous a pas tenté.
Mimi sort prendre l’air pendant que je dors par courts instants. Elle pense qu’elle a oublié son ordinateur à bord. Elle demande à Babacar de l’emmener à bord avec l’annexe. Ce qu’il fait sans rechigner ! Mimi tente de dormir dans le petit salon affublée d’un tee-shirt sur le visage pour déjouer les moustiques. Hélas pour elle ils sont plus malins…

Le 21.04.2008
Courte nuit et réveil à 2H30. Nous nous préparons et attendons devant la maison la voiture qui doit nous prendre à 3H. Devant la maison, la plage est calme sous la pleine lune.Un vol de corbeaux pie vient se poser sur les arbres environnant en jacassant. Pas une ride sur le large bras du Sine. La voiture arrive à 3H. Nous chargeons les bagages de Mimi et nous voilà partis. La route traverse la brousse de nuit. La lune éclaire les baobabs et les acacias. Le paysage est majestueux. C’est superbe. Mimi s’installe la tête sur mes genoux pour dormir. Je suis étonné par le nombre de personnes qui marchent le long des routes ou attendent des bus, des cars, ou font du stop. Il y a bien des travailleurs matinaux au Sénégal.
Mimi qui voulait de la marge est satisfaite, nous arrivons à 5H30 ! Nous nous présentons à l’entrée du nouveau terminal de départ. Seul le voyageur muni de billet peut entrer. Mimi peut entrer pas moi !
Alors nous allons prendre un petit-déjeuner au terminal d’arrivée où tout un chacun peut entrer.
Après quoi nous retournons au terminal de départ. Nous convenons que j’attends que Mimi fasse son enregistrement avant de partir. Elle ressortira et nous nous dirons adieu.
Elle entre et j’attends. Elle revient dix minutes plus tard : La réservation électronique n’a pas été validée et il faut aller voir le chef d’escale pour qu’il téléphone à l’agence qui a vendu le billet.
J’y vais. L’homme est aimable. Il appelle l’agence qui finit par répondre. Elle a envoyé un mail demandant des pièces complémentaires de paiement alors que nous étions déjà partis là où il n’y avait plus intermet… Donc pas de billet !!!
Je vais voir Mimi. Nous décidons d’aller voir les compagnies et agences dans l’aéroport. Une première agence à des billets pour ce soir. Air Afrique International a un billet pour ce soir, pas plus cher que le billet électronique. Sur notre insistance, la femme, très aimable téléphone pour savoir s’il ne resterait pas une place dans le vol de 9h que devait prendre Mimi. En principe non. Mais la femme établit un billet et Mimi va à l’enregistrement pour partir si au dernier moment, il reste une place. Sinon le billet sera pour ce soir…
Du bureau de la femme, je vois le hall de départ et Mimi assise près de l’enregistrement. Une demi-heure avant le départ et il y a encore des gens avant elle. Puis elle est seule, mais on la fait attendre… Un quart d’heure avant l’envol, je la vois poser sa valise sur le tapis roulant d’enregistrement, mais ça s’arrête là. Puis on lui donne le billet validé et je la vois venir vers la sortie. La femme me dit qu’on l’a mise en classe affaire ! Je la remercie et cours vers l’entrée. Mimi a juste le temps de me confirmer qu’elle part, de m’embrasser et elle court vers le départ.
Je n’ai plus qu’à rejoindre la voiture qui m’attend au parking.
Nous refaisons les 220 Kilomètres en sens inverse pour arriver à 12h30 à N’Dangane, dans la famille. Je suis fatigué. Je dis bonjour et vais dormir en attendant de manger. Je me réveille à 14h et je déjeune avec Sélé. Puis je ne fais rien de l’après-midi, désorienté d’être seul et en attendant d’aller voir le père de Sana qui vient d’aller à l’hôpital du campement pour une crise de palu grave à plus de 80 ans. Nous y allons en fin d’après-midi. Le petit hôpital a été construit par une ONG « World Vision ». C’est simple et propre. Le malade paye la journée d’hospitalisation, les médicaments et les examens. S’il n’a pas d’argent, il n’est pas admis. Dans la chambre il y a un autre lit pour l’accompagnateur, épouse ou membre de la famille qui reste avec le malade. La nourriture est apportée par la famille pour chaque repas.
Birham est accompagné de son épouse. Ses enfants ou apparentés font et apportent les repas. Il va mieux après antibiotiques, antipaludéens et perfusions. Il est tiré d’affaire. Je donne quelques sous pour aider à payer les frais. Il me remercie et me dit qu’il prie pour moi pour que la mer soit clémente et que j’arrive à bon port !
Je rentre dans la famille, salue et rentre au bateau.
Je suis seul. Je mange des fruits dans la chaleur du soir. Pas de vent, pas d’air.
J’écris avant de me coucher. Nous verrons demain. Je bricolerai sur le bateau pour préparer le départ.
J’échange des SMS avec Mimi. Elle est bien arrivée. Ses filles sont venues la chercher. Je lui manque déjà… Moi aussi elle me manque. Je verrai comment faire avec dans les jours qui viennent. Ce soir, je suis triste et ai envie de dormir…

Le 22.04.2008

Journée terne ; il faut que je retrouve des repères maintenant que Mimi est partie. Je bricole à bord, puis je vais dans la famille. Je me sens seul. Les personnes parlent souvent en sérère, ce qui ne me gêne pas d’habitude. Là je me sens seul et je sens une difficulté de communication. Même avec Salifou, que je vais bientôt quitter. Lorsqu’il était loin je pensais souvent à lui, à ses difficultés et projets économiques. Maintenant que le départ approche, je sens une distance entre nos deux vies. Faute de visa possible, je ne peux l’emmener avec moi comme il me l’avait demandé. D’autres aussi me l’ont demandé. Ce rêve est partagé ! Et moi je vais repartir et il me suffit d’un passeport européen et l’on me donne un visa en arrivant, alors que pour un Sénégalais, il faut des garanties de ressources, un billet retour, des assurances… Deux poids, deux mesures….
L’après-midi, je rentre au bateau vers 17h et j’enregistre sur disque dur les CD de musique sénégalaise que j’ai achetés à M’Bour. Les deux que je préfère ce sont Ismaël Lo et Oumar Pene qui sont superbes. Je décide de partir après-demain le 24.
Pour ça il faut que je prépare les routes. Le plus risqué sera N’Dangane, Mar Lothie et ses bancs de sables qui nous ont retenu à l’aller. J’ai le téléphone d’Ablaye et Babacar pour qu’ils viennent avec leur pirogue au cas où…
Puis, en mer je devrais veiller pour éviter les pêcheurs. Comme il y a peu de fond, je pourrai jeter l’ancre en cas de besoin avant d’arriver en Casamance. D’autant plus qu’en ce moment il y a peu de vent et que jusqu’à l’embouchure de la Casamance il y a 100 miles.

Le 23.04.2008

Ce matin, je me réveille tôt, seul sur ma grande couchette. Je déjeune et fais la route sur ordinateur. Devant la carte, je pense aux difficultés de naviguer seul en navigation côtière, avec tous les obstacles et l’envie de dormir, la fatigue.
Je bricole le taud décousu, car il pourra me servir vu la chaleur qui ne cesse d’augmenter.
Je vide le puisard dans lequel il y a encore du gasoil. Je vérifie les jauges qui ne semblent pas varier. Le réservoir journalier ne semble pas fuir. Je ne vois pas de fuite aux deux autres réservoirs… Mystère. En attendant ce problème n’est pas encore résolu…
Je vais à terre dans la famille. Je commence mes adieux, annonçant mon départ pour demain matin. Salifou est à Mar chez sa femme et doit revenir ce soir pour que nous allions ensemble jusqu’à Djifère.
Je passe la journée ainsi entre nostalgie de Mimi et imminence du départ de cette famille à laquelle je suis attaché, que j’aime.
J’envoie un SMS aux enfants leur annonçant mon départ. Sophie m’appelle. Elle n’avait pas compris que Mimi était déjà à Paris. Elle dit qu’elle aurait pu partir après avoir été avec moi jusqu’au Brésil. Elle à un peu peur de me savoir seul pour la traversée. Je la rassure.
Mimi m’appelle. Elle est avec ses filles qui vont bien et sont heureuses de la voir.
Dans une quincaillerie du coin, je renouvelle mes seaux qui sont fendus, pour des seaux qui paraissent très résistants. J’achète 20 mètres de bout de 8 millimètres, pas cher.
Je suis prêt pour le départ. Demain j’aurai à plonger pour donner un coup de brosse sur la coque et sur le loch afin qu’il indique la vitesse. Ce sera une première en solitaire. Salifou m’accompagnera jusqu’à Djifère, puis je serai seul.
J’écris au son du muezzin qui récite le coran pendant des dizaines de minutes. Pour l’instant je ne suis pas abattu, ni trop seul. Je retrouve un rêve de navigateur solitaire que j’avais abandonné il y a long temps… Je rajeunis en quelque sorte !

Le 24.04.2008

C’est le jour du départ. Je suis réveillé tôt. Je vérifie les niveaux, ferme les panneaux de pont. Je range les drisses. Je cale tout ce qui peut bouger en navigation…
Je plonge pour laver la coque. Le courant est trop fort pour plonger seul, sans l’aide d’une personne et d’une corde. Je remonte.
Puis, je vais à terre, dans la famille. Je fais mes adieux. Comme à chaque fois c’est dur. Je me sens bien ici et je n’ai jamais envie de partir et en même temps il faut bien partir, pour aller plus loin. Je dis au revoir aux filles, puis à Manafy qui pleure comme la dernière fois.Elle pense qu’elle est vielle et qu’on ne se reverra pas.
Je vais au bateau avec Salifou qui va me conduire jusqu’à Djifère de façon à avoir le maximum de chances de ne pas s’ensabler à Mar ou ailleurs.
À 12h30, je lève l’ancre. Salifou se met à la barre.Nous passons doucement le long de la plage de N’Dangane et je vois la maison de Manafy avec Sélé qui fait signe, N’Deye aussi et les enfants. Plus loin sous l’embarcadère, il y a Toco Sékou qui fait signe avec quelques vieux que je connais. Le village s’éloigne, on voit la lagune puis les palétuviers.
On navigue sur le Sine qui est large mais peu profond. Nous arrivons devant Mar Lothie. Nous voyons l’endroit où nus nous sommes ensablés à l’aller. De loin on voit le banc de sable d’une couleur jaune sale sous l’eau.
Nous passons totalement à bâbord à l’opposé de la fois précédente et ça passe. Il n’y a pas moins de 4 mètres d’eau.Nous arrivons sans histoire à Djifère. Là, je vois au mouillage un bateau qui ressemble à Carte Blanche, mais je ne vois pas le portique blanc. Je passe. Soudain je vois une annexe qui fonce sur moi. Jean Pierre de Carte Blanche a reconnu Diam Rek et il vient aux nouvelles. Je jette l’ancre. Il m’invite à l’apéro. Je lui dis que je ne m’arrête pas, que je dépose seulement Salifou. Il se propose de l’amener à terre. Nous discutons un moment avec plaisir et Salifou monte dans son annexe qui s’en va à terre. Jean-Pierre revient vers moi et me souhaite bonne chance seul en me disant de faire attention à moi !
Je continue vers la sortie du Saloum. Je passe au moteur les lames de l’entrée. Je mets le génois et le vent tournant et une lame me mettent à contre. Le moteur ne peut me faire tourner. Le génois ne veut pas rentrer. Je force un peu et la barre de flèche découd une laize. Je ne peux plus me servir du génois ! Je mets la trinquette et finis par passer la lame avec très peu de profondeur.
Je gagne la plus haute mer qui est toujours très peu profonde, moins de 10 mètres. Je mets la trinquette seule et avance à 3 nœuds. Mais le vent tombe vite et je me traîne à 1,5 nœuds. Je ne peux mettre seul la grand voile à cause des ris à tirer avant de l’établir. Il faut être un au pied de mat et un autre en bout de baume. Il va falloir que je trouve un système débrouille pour être autonome…

Le 25.04.2008

J’avance toute la nuit au pas. Au matin il finit par ne plus y avoir de vent du tout. Je me résous à mettre le moteur. Ça va durer toute la journée, puis le soir et le début de nuit.
Comble de chance une brume épaisse me cache la vue. De toute façon il n’y a personne. En tout je verrai un chalutier en face de la Gambie, et une pirogue de pêche vers l’entrée de la Casamance. Pas de filets ni de casiers non plus…
Au large de la Casamance la ligne de traîne indique une touche. Je remonte un barracuda d’un Kilo. Assez vite un autre de même taille. Je les prépare et range la ligne. Le barracuda est un poisson fin excellent ! Un pour ce soir et un pour demain !
J’arrive devant l’entrée de la Casamance à 2h du matin, à l’heure de la marée presque haute, mais la nuit. Il y a une demi-lune qui éclaire malgré les restes de brumes…
Mouiller dehors, en mer avec près de 10 mètres de profondeur et des vagues ce n’est pas tentant. Entrer avec les passes mal indiquées, qui peuvent bouger selon les bancs et avec un peu de mer…
Finalement j’opte pour entrer en faisant confiance aux cartes et au guide déjà vieux de 20 ans. Je me fie à la carte et choisis la passe médiane en sachant qu’il y a un seuil à trois mètres….
Je me dirige vers la bouée Casamance que je ne vois pas… Je vais vers la seconde bouée à quelques miles sans plus la voir. Mais les profondeurs correspondent à ma position indiquée par le GPS sur la carte. Je continue vers la passe d’environ 3 mètres. Là, je vois enfin une bouée qui figure sur la carte. Je passe, 4 mètres, trois, puis moins avec des indications intermittentes. Soudain je suis environné de vagues qui me font surfer, hautes de plus d’un mètre et qui déferlent sur les hauts fonds. Ou ça passe ou je me plante. Le suspens est très désagréable, mais court, quelques secondes. Puis je suis à 6 mètres puis plus. Je suis passé. Après un passage facile, il y a un deuxième haut-fond à passer. Moins de 3 mètres, pendant quelques minutes puis ça passe !!! Ouf ! Bon je n’ai plus qu’à suivre la carte jusqu’à Djogué à l’entrée de la Casamance. Je vois enfin la rive et l’endroit indiqué pour le mouillage. LA profondeur est de 10 mètres près de la plage. J’approche jusqu’à 5 mètres en étant à moins de 20 mètres de la plage. Je jette l’ancre. C’est la première fois que je suis seul, de nuit et dans un lieu inconnu avec le courant de la rivière. Ça se passe bien. Le bateau s’immobilise et tire sur l’ancre. Il est 4 heures du matin. Je distingue des silhouettes de cases et de pirogues. Je vais vite me coucher. Je suis mort de fatigue mais heureux d’être arrivé sans encombre.

Le 26.04.2008

Je suis réveillé à 7h30. J’entends le clapot des vagues sur la plage.Je vois le soleil par la descente. Je vais voir comment est le bateau. Il est en sens opposé à hier soir. La marée monte et il fait face à la marée. Alors je peux partir avec la marée !
Petit-déjeuner rapide, vaisselle, toilette, préparatifs divers et je lève l’ancre à 10heures.
La carte est précise et il ne semble pas y avoir de difficultés ; Il faut bien suivre les profondeurs, bien balisées par des bouées. La Casamance est immense, 2 ou 3 kilomètres de large. Il y a des pirogues qui passent déjà. J’avance au moteur avec le courant de marée qui me pousse. Je vais à 6 nœuds à 1600 tours. J’avance vite.
Je déjeune avec le barracuda de la veille et du riz aux oignons. Je me régale !
La rivière est belle. Par endroits il y a des cases dans une trouée des arbres, juste en bordure de rivière. C’est pour moi l’image d’un paradis terrestre possible au contact de la nature… À condition d’aimer la solitude évidemment !
J’arrive à 16h devant Ziguinchor. Je vois des bateaux mouillés. Je fais le tour et arrive par derrière. Je vois Daam Dour, Lambaréna et 5 autres bateaux à l’ancre. Je choisis une place. Dominique me fait signe de passer devant. J’y vais doucement. Je mets le moteur pour équilibrer le bateau avec le pilote automatique le temps que j’aille à l’avant et laisse descendre l’ancre par 9 mètres de fond !. Je mets un orin car le lieu a la réputation d’avoir des épaves où les ancres peuvent se prendre.Une fois à l’ancre, je me trouve un peu plus près d’un bateau que prévu, mais ça devrait aller.Je range et bois un grand coup d’eau fraîche ! Je suis heureux d’être arrivé et d’avoir pu me débrouiller seul. C’est un apprentissage, imprévu, mais utile.
Mimi m’appelle, elle est inquiète de n’avoir pas de nouvelles. Ça ne passait pas en mer…
Je suis heureux de retrouver les amis navigateurs. Sana m’appelle et je lui confirme que je suis dans sa ville et que nous nous verrons demain.
Je me mets à l’ordinateur pour écrire. Je veux rester à bord pour voir la renverse et le comportement du bateau et des bateaux environnants. J’espère que tout se passera bien. Et puis je n’ai pas le courage de bouger, je suis fatigué.
Ici il va falloir que je trouve quelqu’un pour coudre ma voile, et pour me faire un taud correct pour la traversée. Que je trouve du câble électrique et des cosses de bonne section pour résoudre le problème de démarrage du moteur pour lequel il faut une tension bien supérieure à avant pour démarrer.
Après quoi je pourrai visiter la Casamance.
Toute la journée, la chaleur a été intense. Ce soir le vent se lève un peu frais. Il fait danser le bateau. La marée montante se termine. La marée descendante n’est pas commencée. Alors le bateau amorce un quart de tour, poussé par le vent et plus poussé par la marée montante. Il fera son second quart de tour avec la marée descendante. Le mouvement dure une bonne heure. Les bateaux vont à leur rythme en fonction de leur poids, de leur fardage, de leur quille…
C’est curieux à voir. Il faut faire attention de ne pas être trop près d’un voisin…
Je reçois un SMS de Mimi qui pense à moi. Je lui réponds. Nous sommes séparés pour un ou deux mois, juste après le mariage, c’est dur !

Le 27.04.2008

En début de nuit, j’entends un léger choc. Je monte sur le pont. Je touche un bateau. Le propriétaire monte sur le pont et repousse son bateau. Les bateaux errent sur le fleuve et réagissent différemment selon leur poids, leur structure et leur fardage. Le propriétaire râle et me demande d’aller mouiller plus loin. Le temps que je m’habille, trouve mes lunettes et démarre le moteur, c’est lui qui va mouiller plus loin. Un autre propriétaire de bateau proche vient me voir en annexe. Il m’avait prévenu que j’étais trop près. Je ne l’ai pas touché, mais il veut aller plus loin. C’est lui qui bouge car ils sont deux et je suis seul. Il va plus loin. Je reste un moment sur le pont pour voir les mouvements des bateaux. Tout semble aller bien. Je retourne me coucher.
Je me réveille vers 8 heures. Je mets la radio et entends RFI.
Surprise : des coupeurs de route ont attaqué un car au Sénégal entre Kaolack et Ziguinchor. Ils ont dévalisé les voyageurs et fait deux blessés. Dans un pays si calme, des restes de guerre existent… En plus la hausse des prix alimentaires poussent des gens à agir pour survivre.
J’écoute une discussion sur Aimé Césaire. Il se réclamait nègre, apportant la connaissance fondée sur l’intuition comme héritage de l’humanité. L’intuition qui fait que les Africains ont une avance dans les arts en opposition aux occidentaux qui ont une connaissance basée sur la raison qui leur donne une avance scientifique et technique. La discussion est passionnante. Pourtant lorsque j’ai essayé de lire la poésie de Césaire je n’y suis jamais parvenu tant elle me semble compliquée et intellectuelle…
J’appelle Sana qui m’attend chez lui à Ziguinchor dans sa nouvelle maison. Je prends un taxi pour 400 FCFA. Il m’amène sur la route de Ousouille en limite de Ziguinchor.C’est Goumel, un quartier neuf qui sort de terre en limite de champs et de forêt. Des parcelles sont construites d’autres sont encore vierges ou en chantier. Les maisons sont grandes et belles. La maison de Sana est reconnaissable à la voiture R11 qui est garée devant. Une antiquité entièrement refaite et qui sert à Sana pour aller au travail chaque jour. Les enfants m’accueillent. Je n’en reconnais aucun tellement ils ont grandi. Ils ont entre 21 ans et 15 jours pour Birham qui vient d’arriver.
Je revois Oumi la maîtresse de maison. Sana est assis dans le salon cloué là par des problèmes de hanches. Je suis heureux de le voir et de découvrir sa nouvelle maison pour laquelle il s’est endetté. Elle est belle, toujours brute de béton, mais habitable. Il est enfin chez lui et aura payé dans quelques années. Sana est ingénieur agronome, professeur et sous directeur d’une école d’agriculture. Sérère du Saloum, il vit en Casamance depuis des années.
Nous discutons de la famille, de Ziguinchor, du Sénégal et d’agriculture. Auprès de lui je me sens bien, en toute amitié. Nous partageons une partie de la culture occidentale et une partie de la culture sénégalaise.
Voir un ami toutes les quelques années fait des raccourcis dans les trajectoires de vie. L’impression est d’assister à des destins avec les résultats espérés, voulus et ceux effectivement arrivés. J’ai un sentiment d’acceptation de la vie telle que nous la vivons de part et d’autre de la Méditerranée. Je ne sais comment dire cette affinité sereine avec nos différences.
Dans l’après-midi, nous regardons une rencontre de lutte sénégalaise à Ziguinchor. Tout le folklore mystique entourant ce sport est impressionnant. Chacun y croît plus ou moins, mais plutôt plus que moins. La lutte sénégalaise est le sport le plus populaire, avant même le football !
Les grandes marques ont investi dans ce sport. Orange sponsorise nombre de lutteurs qui portent des tee-shirts Orange !
Je dis à Sana que je cherche un électricien diéséliste et un voilier. Il appelle un ami qui le met en relation avec un mécanicien qui m’appellera demain pour changer mes fils électriques trop faibles qui m’empêchent de démarrer le moteur si le voltage n’est pas suffisant.
Le soir nous dînons d’un plat traditionnel, le lakh. C’est un couscous de mil sucré et chaud couvert de lait caillé froid ! C’est très bon, consistant et très sucré !
Le soir, il est temps que je rentre au bateau. Sana me raccompagne en R11 après un démarrage délicat en poussant la voiture.
Je rentre au bateau en allant doucement avec l’annexe à cause des vagues sur le fleuve. Je ne veux pas me retourner, je suis prudent.
Je me couche vite dans la nuit chaude.

Le 28.04.2008

Le mécanicien de Sana m’appelle. Il m’attend à l’embarcadère. Je vais le chercher en annexe. Au bateau, il regarde et prend des mesures pour acheter fil et cosses. Il me rappellera vite dés qu’il aura le matériel. Je le raccompagne et vais en ville à pied faire des courses. Je vais au marché couvert. Un beau marché en béton avec des étals de fruits et légumes et une autre partie pour le poisson. Il y a du choix et les prix sont raisonnables. J’achète des légumes et du poisson. De la lotte que le vendeur me prépare en un tour de main.
Je rentre à l’hôtel et y trouve Jacques et Adrienne. Nous discutons un moment. Ils sont enthousiastes sur la gentillesse des Sénégalais et supportent mal l’attitude raciste de certains plaisanciers. Nous parlons de nos rencontres au Sénégal, de livres lus…
Adrienne avait essayé une liaison wifi sans grand résultat ce jour…
Je rentre au bateau et déjeune de salade de tomates avec concombre et oignons avec des filets de lotte ! Avec un pastis quoi de mieux par une telle chaleur !
L’après-midi, je vais à l’hôtel Kadian Doumagne. J’aborde au ponton où l’on peut laisser en toute sécurité son annexe, juste attachée. On débarque alors sur la terrasse du bar en bordure de fleuve. Il y a la piscine à l’eau bleu transparente avec des transats autour ! Des jardins avec des arbres et des fleurs. Il y a des hibiscus, des bougainvillées de plusieurs couleurs, des frangipaniers qui sentent si bon. Un vrai petit coin de paradis au bord du large fleuve aux eaux peu claires et souvent agitées par la marée. Je m’installe à une table et branche mon ordinateur. Personne ne me demande rien. Le wifi fonctionne très bien mais avec un débit très lent. Je peux enfin récupérer mes mails, faire un tri et répondre aux amis qui commencent à s’inquiéter de mon silence…
Je veux aller sur le site Diamrek et je me fais jeter. Alors je tente de télécharger les mises à jour des logiciels. C’est si long que je dois abandonner au bout d’une heure… J’envoie un mail à Jean-Michel avec du texte en pièce jointe pour qu’il le publie sur le site s’il y parvient….
Lorsque j’ai reformaté le disque dur de mon Mac, j’ai remis des logiciels plus anciens et il doit manquer une application compatible avec le serveur qui héberge le site….
Le soir, je rentre au bateau. Je fais avancer l’annexe très prudemment sur l’eau agitée du fleuve. La marée monte et lutte contre le courant du fleuve. Les vagues sont courtes et rapprochées. Je ne m’assieds pas sur le boudin de l’annexe mais sur le fond, bien au milieu. Il fait une chaleur étouffante. Je transpire sans rien faire. Je reste dans le cockpit et j’entends le chant de l’eau qui glisse contre la coque et des vagues qui viennent se briser. La vie de cette eau est impressionnante d’énergie. Un peu plus loin il y a un pont qui relie les deux rives ; il mesure 720 mètres ! La Seine est bien petite à côté !
Je me sens seul. La journée, je ne m’en aperçois pas, mais le soir, ça me pèse. Mimi est loin, elle me manque.
Je lis un moment et me couche tôt.

Le 29.04.2008

Le téléphone sonne et me réveille. C’est Mimi qui me dit bonjour en oubliant qu’à Paris il est deux heures plus tard. Ici il est 7h30. Mais bon, ça fait plaisir d’entendre sa voix. Elle va bien et profite de la présence de ses filles.
Je me lève et appelle le mécanicien. Il n’a pas trouvé de fil électrique de 50 mm2 à Ziguinchor ! Alors il continue à chercher et réfléchit à une autre solution. Lorsqu’il aura trouvé, il m’appellera….
Je vais revoir mon contact pour la couture de la voile et d’un taud pour avancer et je dois appeler Daniel pour avoir son avis pour la traversée et un feu vert météo.
Le mécanicien me téléphone et vient. Il a trouvé deux câbles de 70mm2. Nous allons à bord et il remplace les câbles trop fins et raccourcit les ponts entre les coupe-circuits. Je démarre le moteur ; ça marche. Espérons que ça marchera avec un niveau d’énergie plus bas dans les batteries moteur.
Après déjeuner, je vais au bar de l’hôtel pour tenter de télécharger les mises à jour de logiciels en espérant que je pourrai ainsi aller sur le site de Diamrek sans me faire jeter…
Hélas la liaison internet est si faible que je ne peux rien télécharger, pas même recevoir les mails…
Je vais alors me promener en ville. Zinguinchor est adossée au fleuve, mais pas axée dessus. Les rues sont larges, bordées de vielles maisons, de cases aux toits de tôle rouillée. Tout semble inchangé depuis un siècle. Il reste de vieux bâtiments français, pas entretenus depuis longtemps, qui se fondent dans le décor.Il y a des arbres un peu partout, même quelques flamboyants en fleurs ; une splendeur !
Les magasins ont l’air aussi vétustes que le reste. Néanmoins ils regorgent de marchandises.
Des gens m’accostent pour me vendre des souvenirs. Ils sont aimables et n’insistent pas. Une vendeuse de colliers à qui je refuse d’acheter sa marchandise et à qui je dis que je cherche à faire un double de clef, se renseigne et m’accompagne en taxi jusqu’au marché Boucotte. Là dans une rue aux multiples étals et ateliers en plein air, il y a une échoppe clefs-minute. Le monsieur cherche et se met au travail. En quelques minutes, j’ai ma clef. Nous reprenons le taxi et je raccompagne la vendeuse. Plus loin un marchand de masques me hèle. Je lui dis que je ne suis pas intéressé par les masques modernes mais par des anciens. Il me dit qu’il peut aller en chercher. Il revient une demi-heure plus tard avec un sac de riz de 50 kilos plein de masques et statuettes Diolas de Casamance. Il y a de belles pièces. J’en retiens trois et discute. Les prix proposés sont élevés. J’explique que je n’ai pas les moyens. La discussion commence et une heure plus tard j’achète un masque avec un visage et un crocodile que le sorcier mettait pour attirer les crocodiles que les chasseurs étaient prêts à tuer pour qu’ils ne terrorisent plus la population.
Je ne sais s’il est si ancien, mais la facture est très belle, les formes aussi.
Je rentre au bateau car il se fait tard. Après le repas, je lis un peu et m’endors au chant du courant du fleuve.

Le 30.04.2008

Aujourd’hui je dois avancer pour la réparation de ma voile, pour le plein d’eau et de gasoil et pour l’avitaillement. Je n’aurai plus qu’à attrendre le feu vert de Daniel le routeur. Je suis au pied du mur, devant la traversée. Je n’ai pas encore d’impressions fortes. Comme d’habitude je me jette dans l’action en l’ayant préparée et ensuite je ressens les difficultés et j’y fais face autant que possible…
Je vais à l’hôtel et vois Dominique qui doit me mettre en contact avec un tailleur. Il m’indique un tapissier qui a déjà travaillé pour des voiliers. Je lui téléphone et il vient pour voir le taud et prendre des mesures… Il monte dans l’annexe et perd l’équilibre. Il tombe à l’eau et crie au secours. C’est un monsieur de 130 kilos et il est pris entre les bouts de différentes annexes et le ponton. Je ne parviens pas à le hisser d’autant plus qu’il est paniqué. J’appelle au secours et Dominique vient. À deux, nous y arrivons. Le pauvre Monsieur Tall est tout mouillé et ses affaires aussi. Nous l’emmenons à la douche de la piscine. Il prend une douche tout habillé pour se laver de l’eau sale. Je démonte son téléphone portable pour le sécher… Pourvu qu’il fonctionne encore !
Je le laisse avec Dominique et vais au bateau pour affaler le génois. Le génois reste coincé après 50 centimètres. J’ai beau tirer sur la toile, rien ne vient. Je monte au mât pensant que la drisse est coincée dans la poulie. Je suis seul et je n’ai pas le droit à l’erreur car je ne suis pas attaché. Je monte sous un soleil très fort. Arrivé en haut, je constate que tout est en ordre. C’est la pièce qui coulisse sur le profil qui est coincé. Je redescends pour prendre une pince multiprise. Je remonte après avoir bu un grand verre d’eau. Il faut faire vite car le génois est déroulé et si le vent se lève ce sera encore plus difficile ! Je remonte. Là haut je tente de dévisser le manillon pour libérer le génois. Vu la position très précaire, je n’y parviens pas. Au bout de quelques minutes, je redescends. Je prends un démanilleur et je remonte. J’ai les jambes fatiguées qui flageolent. Je tente de réussir avec le démanilleur. Je n’y arrive pas plus… Je redescends pour prendre un cutter afin de couper la sangle qui retient la voile. Je rebois un verre d’eau. Je transpire comme une fontaine. Je remonte une quatrième fois. Le mât fait 15 mètres, l’équivalent de 5 étages ! J’arrive en haut vidé. Je mets plusieurs minutes à couper la sangle. Le génois tombe alors en partie sur le pont. Je redescends. Sur le pont je reprends ma respiration. Le vent s’est levé avec la renverse et le génois commence à partir à l’eau. Je le tire sur le pont et l’affale complètement. Je suis vidé.
Je cherche un sac à voile. Seul je ne parviens à rentrer le génois qu’à moitié. Je pousse le tout sur la poupe. Je démonte le taud. Je pousse le tout dans l’annexe sans que ça tombe à l’eau.
L’annexe est pleine. Je me mets sur la voile et je vais au ponton.
Là Monsieur Tall et Dominique m’aident. Nous faisons une halte et buvons un coup pour reprendre des forces. Monsieur Tall est sec et a repris ses esprits.Très religieux il dit que ça devait arriver.
J’appelle Daniel, le routeur. Il est absent, je lui laisse un message. J’essaie plus tard en vain.
Soudain j’entends une corne de brume. Un bateau voisin avertit qu’une pirogue avec son balancier et son filet à crevettes a rompu ses amarres et dérive vers le bateau. Elle passe près de Diam Rek mail l’évite. Par contre elle va s’arrêter sur le mouillage du bateau voisin. Je prends l’annexe, vais chercher le skipper voisin et vais au bateau entravé. Nous arrivons lorsqu’un autre voisin a réussi à libérer le mouillage de la pirogue. Nous rentrons au bateau. Quelle journée !
Mimi m’appelle. Je suis heureux de l’entendre. Elle est inquiète à l’approche de mon départ et me parle de revenir ! Ça n’a pas de sens. Elle doit faire des choix clairs et les assumer. Je la rassure et lui dis que je serai prudent.Je lui dis de rester avec les filles ; elle me rejoindra à Salvador de Bahia…
Après cette conversation, j’ai mal au ventre. Je ne comprends pas l’attitude de Mimi. Je comprends son inquiétude, mais elle ne peut être à la fois à Paris et à mes côtés…
Je me couche vidé !

Le 01.05.2008

Je me réveille tôt, mais je me sens fatigué. Je vais à l’Hôtel puis en ville pour retirer de l’argent au distributeur afin de payer Monsieur Tall qui doit passer vers 10h. Je vais au distributeur. Il y a la queue car un distributeur voisin est en panne. Les gens parlent d’un petit défilé du 1er mai. UN homme auprès de qui des talibés viennent faire la quête leur dit d’aller à l’école et dit à ses voisins que ça ne devrait pas durer, que les enfants devraient aller à l’école pour avoir un travail plus tard, que ces écoles coraniques n’ont pas grand rapport avec le coran ! Un Sénégalais dit tout fort ce que je pense depuis longtemps !
Monsieur Tall me rejoint à l’hôtel. Il a le sourire. Il reparle de sa chute d’hier. Il a eu mal au coup cette nuit. Maintenant, ça va. Il me parle du travail à faire. Il me parle de mardi. Je lui demande si c’est possible avant. Oui pour dimanche ! Super.
Je passe l’après-midi près de la piscine. Des enfants jouent dans l’eau avec de grands rires. Un léger vent souffle, c’est un aspect du paradis sur terre.
Je discute avec Jacques et Adrienne que j’aime vraiment bien. Jean-Pierre et Lise de Carte Blanche arrivent et nous discutons ensemble. Ils se sont arrêtés en Casamance à Djogué et à Karabane et les voilà, heureux de leur voyage. Ils ont talonné sur le sable à un moment, mais pas d’histoire pour le reste. Ils ont acheté des langoustes à des pêcheurs. Chacun parle de façon élogieuse de la gentillesse des sénégalais.
Cette après-midi, les tam tams jouent. Il doit y avoir une fête à côté… Je vais voir, c’est juste derrière l’hôtel. La rue est pleine de gens. Une bâche est tendue au-dessus pour protéger du soleil ; des centaines de femmes avec de superbes boubous sont assises sur des chaises à même la rue. Un groupe de djembés au centre rythme la fête. Des voitures arrivent et déposent de nouvelles participantes, toutes aussi richement habillées, parées, souvent avec sac et chaussures de la même couleur, doré, bleu, violet…. Et les djembés redoublent d’ardeur. Quelques femmes esquissent des pas de danse. Des toubabs s’arrêtent et regardent. Je m’assois sur un banc un peu à l’écart et je regarde cette féerie de couleurs et de sons ! Il s’agit d’un baptême. La famille n’a pas lésiné sur la dépense !
J’achète du pain et retourne à l’hôtel puis au bateau. J’ai toujours mal au ventre. Je mange et lis allongé sur la couchette. Je termine « Les bous de bois de Dieu » d’Ousmane Sambène. C’est l’histoire d’une grève de six mois que font les employés noirs du train Dakar Niger. C’est très bien raconté, au travers des divers participants. Ça me rappelle « La condition humaine » de Malraux. Il y a un souffle épique dans les deux romans. Je me souviens de ce que j’ai vécu en 68 en tant qu’étudiant à Nanterre et en tant qu’employé gréviste aux PTT. Les conflits internes sont bien mis en évidence. C’est un beau roman qui parle d’un événement vrai d’après guerre, du temps des colonies et de l’esprit colonial. Quelle dureté dans les rapporte entre blancs et noirs, il y a seulement un demi-siècle ! Je me souviens du temps de la guerre d’Algérie et du langage employé par les médias de l’époque ! Heureusement qu’il y a eu une petite évolution. Mais quel progrès reste à faire !
Ici au Sénégal les gens sont très agréables. Certains sont crispés dans leur recherche d’identité et développent un racisme anti-blanc. Mais c’est une minorité. Une minorité qui gagne en importance au fur et à mesure des actions américaines impérialistes dans les différentes régions du monde…

Le 02.05.2008

Ce matin, je me réveille tôt et j’ai mal au ventre. Je prends les guides sur la traversée et sur le brésil. Ça y est, je suis au pied du mur et j’ai le trac !Ça me rappelle le temps où je travaillais sur commande pour la publicité et où le trac me prenait lorsque je faisais une chose pour la première fois et que je savais que je ne pouvais me permettre de rater. Et puis à un moment tout se dénouait et je pouvais avancer et réussir.
Je vais à terre et je vois Jacques et Adrienne. Jacques me demande comment ça va. Je lui dis mon trac. Et nous discutons traversée. Pas de problème, cette traversée est plus facile qu’une navigation côtière. Il a déjà traversé 22 fois. Il lui est arrivé de ne pas toucher au réglage des voiles pendant toute une traversée ! La traversée de la zone intertropicale de convergence est sans problème.Parfois il faut entre un et trois jours de moteur, on traverse et l’on retrouve le vent plus loin au sud.
Je lui dis que j’ai encore une fuite de gasoil, que j’en ai marre. Il me dit que j’ai bien assez de gasoil avec les deux autres réservoirs. Il est très rassurant. Il me vante les charmes de Salvador et de sa région, des gens très agréables, de l’ambiance très cool….
Adrienne est sur internet. Alors je vais essayer de passer mes mails…
Je m’installe avec mon Mac et je ne peux recevoir internet bien que je sois connecté ! Pas d’internet et pas de mails ! J’enrage ! Je n’ai pas de chance ou quoi ! Mon matériel fonctionnait bien ces derniers temps. Alors quoi ?
À force de toucher aux réglages, j’ai enfin une liaison et des mails arrivent. Je peux aller sur internet. Pourvu que ça dure !
Je peux envoyer des mails à Mimi, à Daniel le routeur et à Jean-Michel qui met le site à jour pour les textes en attendant que je sois en mesure de le faire moi-même de nouveau…
Je rencontre Dominique et le Diola qui lui a fait les pleins et qui doit l’emmener à Djilapao où il veut caréner. J’en profite pour lui demander s’il peut me faire les pleins. Il accepte et commence par l’eau. J’ai besoin de 300 litres. Il les apportera en pirogue en empruntant les bidons chez Jacques. Je rentre au bateau en attendant la livraison. Il fait une chaleur plus que tropicale ! J’ai du mal à garder le pied sur le bois du cockpit.
J’appelle Daniel. Il est en déplacement. Il me dit qu’il sera de retour demain et regardera la météo pour ma route. Il m’enverra un mail. Ça me rassure d’avoir un suivi météo d’un bout à l’autre !
Je lis en attendant « Les hirondelles de Kaboul » de Jasmina Khadra.C’est âpre et triste comme le sujet le laissait entendre…
Soudain j’entends une pirogue. Je vois un rameur et un accompagnateur dans une pirogue taillée dans un tronc. Elle est de la largeur d’un bidon de 20 litres et son franc-bord dépasse à peine de l’eau… Le rameur tente de s’approcher malgré le courant assez fort. Il s’approche et rate l’approche du bon côté. Il veut faire une manœuvre et se fait emporter par le courant, il est à nouveau 50 mètres derrière Diam Rek. Je prends l’annexe et rejoins la pirogue. L’aide me tend un bout court. Je le prends et met le moteur ; je ne réussis qu’à tourner en rond ; je ne peux aller droit et remonter le courant. Je lui passe un bout plus long et remets les gaz. Mes 3,5 chevaux n’arrivent pas à remonter le courant et la pirogue penche, manquant de prendre l’eau. Il lâche le bout. Je rentre au bateau et les vois dériver loin en arrière….
Plus d’une heure plus tard le piroguier vient avec un autre piroguier guinéen qui rame plus efficacement. Je leur tends un bout et ils arriment la pirogue au flanc du bateau. Ils me passent bidons après bidons. Puis ils m’aident à les vider dans les réservoirs. Les 200 premiers litres ne remplissent pas le premier réservoir. Ils repartent pour 120 litres supplémentaires. Ils reviennent plus tard et nous remplissons les réservoirs.
Maintenant nous parlons gasoil. Ils vont acheter des bidons de 20 litres à 500FCFA l’un et acheter du gasoil. Vers 19 heures, le piroguier revient avec une facture de gasoil. Il mangue des sous car si le gasoil était à 565 à Dakar il est ici et maintenant à 687… Je redonne de l’argent et je dis au piroguier de venir plutôt demain matin pour ne pas risquer de chavirer avec le courant et la nuit.
En effet depuis une heure c’est l’étale et le début de la renverse. Les bateaux bougent en tout sens. À un moment, j’ai le sentiment que mon voisin part. Non, il bouge comme moi et dans un autre sens. En ce moment nous sommes 10 bateaux et il y en a dans tous les sens ! Ils se rapprochent et s’éloignent. Lorsqu’ils sont travers à la lame, ça roule quelque peu. Le phénomène dure plus d’une heure. Le vent est plus fort aujourd’hui et ne faiblit pas !
Je prends un pastis avec du jambon des Canaries qui s’est bonifié depuis son achat !
Mimi m’appelle. Elle va bien et s’inquiète pour moi. Je la rassure. Je suis tendu vers le départ, mais pas inquiet. Ça va aller. Ça me fait plaisir d’entendre sa voix. Elle veut réunir les enfants, mais les miens ne répondent pas au téléphone, comme d’habitude, hélas !
Je dîne et me couche avec mon livre !

Le 03.05.2008

J’ai mis le réveil à 2h30 et je me réveille à 2H tout seul. Je mets le moteur en route et l’ordinateur.
Je mets la BLU en marche et j’établis une liaison avec une station belge puis une canadienne. La vitesse de liaison est rapide. Elle est souvent de 200, cette nuit, elle monte à 2800. Les 9 messages en souffrance s’affichent très vite.Je fais une demande de fichier grib météo. Le fichier arrive quelques minutes plus tard. Vu sa taille, heureusement que le débit est élevé. Je regarde le fichier. En ce moment et pour 48 heures, il y a 20 nœuds de vents dans la région, mais il est nord-ouest. C’est-à-dire juste dans le nez si je veux aller vers le sud du Cap-Vert pour avoir un vent plus régulier. Plus au sud il y a du vent pour l’instant, mais je ne sais pas ou se situe actuellement la Zone Intertropicale de Convergence et ses grands calmes. Daniel me le dira et en tiendra compte pour m’indiquer une route préférable.
Je retourne au lit, heureux car la BLU fonctionne bien et les fichiers grib aussi…
Ce matin, j’attends la livraison des 200 litres de gasoil en 10 bidons. J’attends jusque vers 11h puis je vais à l’hôtel. Peu de temps après je vois Une pirogue avec des bidons ; le piroguier me fait signe, c’est Ouzin qui vient me livrer… Je reprends l’annexe et vais vers la pirogue. Je propose aux deux rameurs de les remorquer. Je leur passe une amarre et je mets les gaz… Impossible d’avancer. Nous reculons. Je dois les laisser en leur ayant fait perdre du terrain.
Je les attends au bateau. Ils arrivent un peu plus tard et me passent les 10 bidons d’huile pleins de gasoil. Je les range sur le pont.
Je retourne à l’hôtel et je vais faire un tour en ville pour aller au distributeur de billet puis aller au marché.
En route je rencontre le jeune qui m’a vendu le masque crocodile. Il a avec lui le petit masque porte bonheur que j’avais regardé avec envie pour son esthétique. Il me le propose moins cher que la fois précédente. Je lui dis que je n’ai plous d’argent pour ça, que je dois payer gasoil et nourriture avant de partir… Il m’accompagne au marché. Je retrouve la vendeuse de fruit et légumes à qui j’avais acheté la dernière fois. Je lui demande des prix et lui passe commande de mon avitaillement pour la traversée. Elle me le livrera lundi matin.
Sur le chemin du retour, mon antiquaire me suit et baisse son prix, jusqu’à je me laisse tenter. Il est heureux, moi aussi. Me voilà avec un masque supplémentaire. Celui-ci est très stylisé, très géométrique.C’est une pièce qui me fait penser aux pièces acquises par Picasso et d’autres artistes qui ont créé l’art moderne dans la première moitié du 20ème siècle.
Devant l’hôtel, la marchande de colliers qui m’avait accompagné jusqu’à un clef-minute vient me voir et veut me vendre des colliers. Elle s’y prend si bien que je finis par lui acheter quelques colliers et bracelets que Mimi pourra vendre au Brésil…
À l’hôtel, je tente de télécharger les mises à jour de programme. Avant que ce soit fini Monsieur Tall arrive avec la voile et le taud. Près du ponton, il me montre son travail. La toile de bâche qu’il a employée est d’un vert tendre qui ne passera pas inaperçu !Je l’essaierai pour voir son efficacité. En tout cas il est fait pour qu’il soit solide. Idem pour la voile. Tout va bien.
Reste le téléphone portable qui avait pris l’eau. Monsieur Tall me le montre. Il est capable de recevoir des appels mais ne peut en envoyer. Je paye le prix d’un portable de base. Monsieur Tall est content et s’en va.
Je porte la voile au bateau. La voile dans son sac est si lourde que je mets un bon moment à la hisser sur la plate-forme arrière sans la faire tomber à l’eau !
Je retourne à l’hôtel. Je veux faire le point financier avec Ouzin. Je trouve Dominique qui l’attend aussi et a rendez-vous avec lui à l’embarcadère des passagers. Nous y allons et attendons plus d’une heure. Yves et Julie passent. Ils reviennent de Djilapao et parlent, comme d’autres, de petit paradis avec des habitants adorables. Des navigateurs laissent leur bateau pour l’hivernage. Les gens du village les surveillent collectivement. Tout se passe bien depuis des années. Ils y sont restés une semaine et vont aller ailleurs.
Ils prennent leur temps et profitent des lieux, sans peur des embûches de navigation dans les bolons et en prenant contact avec les habitants.
Moi qui me presse de traverser, j’ai l’impression de passer à côté de cette partie d’Afrique…
Le soir au bateau, Mimi m’appelle. Elle me propose de revenir pour la traversée, très vite. Je ne sais que lui dire. Je vais réfléchir et nous en reparlerons demain…
Je termine « Les hirondelles de Kaboul » Je suis déçu car le livre ne m’apporte rien de nouveau sur l’Afghanistan, les guerres successives et la vie des habitants sous le régime des mollahs.
Néanmoins, je commence du même auteur « L’attentat ». C’est l’histoire d’un Arabe israélien bien intégré dont l’épouse devient kamikaze dans un attentat. Le sujet est complexe. La psychologie est bien étudiée.La lecture me prend ; l’intérêt est là.

Le 04.05.2008

Ce matin, je dois m’occuper du bateau. J’ai un peu de mal à m’y mettre seul. Je commence par l’annexe que je veux nettoyer. L’eau et les débris qui se sont accumulés dedans commencent à sentir la vase. Je remonte à bord avirons et moteur. Puis j’attache les palans des bossoirs de chaque côté et je remonte un peu l’avant de l’annexe après avoir ouvert l’évacuation arrière. Il me faut lutter contre le courant pour redresser l’annexe de façon à vider l’eau. J’envoie plusieurs sceaux d’eau de mer pour laver et enlever le sable puis je redresse de nouveau l’annexe pour la vider. Faire ça seul, c’est du sport avec le courant du fleuve.
J’hésite à monter en tête de mât pour décoincer l’attache du génois. Je trouve qu’il y a trop de vent et je remets au lendemain.
Je prépare un ragoût de mouton pour plusieurs repas.
J’appelle Sana. Il est en train de se promener à pied pour faire fonctionner ses hanches défaillantes. C’est convenu, je passerai le voir cette après-midi. Ce sera avec plaisir, avant de quitter le Sénégal et de traverser.
Mimi m’appelle. Nous évoquons son retour. Finalement elle a encore des choses à faire à Paris et il semble qu’elle a moins peur de me savoir traverser seul. Nous verrons dans les quelques jours suivants…
Je mets le taud nouveau. Je m’aperçois qu’il manque une attache centrale. Je prends une aiguille et de la sangle pour coudre une attache et je l’installe. Il est mieux que le précédent. Il aurait pu être mieux si un voilier m’avait proposé ses idées et avait fait une réalisation sur mesure.
Je vais à terre pour aller chez Sana. Je croise Ouzin qui me dit qu’il est disponible pour les 100 litres supplémentaires de gasoil que je voulais>. Je lui dis que je n’ai pas beaucoup de temps, mais qu’il peut livres les bidons sur le bateau. Je lui donne d’argent. Il prend des bidons et vient en taxi jusqu’à la station. Je le laisse là et je continue chez Sana.
Je vois les enfants. Les enfants de Sana sont vraiment beaux. Ils m’accueillent avec de grands sourires. J’arrive, entre dans la maison qui est chaude sous le soleil. Oumi est allongée avec une cousine et discute. Je les salue et laisse les femmes avec les femmes et vais dans le salon où sont les hommes. Je les salue. Sana regarde le sport à la télévision. Nous discutons comme à chaque fois que nous nous rencontrons. Toutes les nouvelles de la famille y passent, celles de Françoise qui lui a téléphoné, il y a peu. Les nouvelles du Sénégal aussi, de la Casamance.
Nous parlons de lutte puisqu’Ablaye, le jeune espoir de la famille vient d’arriver ici pour s’entraîner dans une écurie professionnelle. S’il s’entraîne vraiment il semble avoir une belle carrière derrière lui.
Nous parlons des fêtes et particulièrement de l’initiation. Les Sérères et les Bassaris sont les ethnies qui ont le mieux gardé leurs coutumes.Les autres ethnies ont presque tout perdu sous l’influence des Imams et des curés qui voyaient d’un mauvais œil la partie mystique de l’initiation.
Dans le Sine, l’initiation durait trois mois dans la première moitié du 20ème siècle. Après la guerre, elle a été réduite à 3 semaines. Désormais elle de dure plus qu’une semaine. Ont été presque supprimées les parties technologiques. Que peuvent retenir les enfants d’un tel condensé d’initiation ? On parle des chefferies de villages. Certaines sont familiales et ne sortent jamais de la même famille, d’autres sont électives. Ces chefs de villages sont reconnus par l’administration comme maires de leur village. La tradition est partout mélangée avec de nouvelles influences. Sana le regrette, mais ne voit pas comment faire autrement. Jusqu’à maintenant, tout dans la famille passe par lui. Ainsi lorsque nous discutons, un enfant vient demander un peu d’argent pour telle chose, un autre pour autre chose, un autre pour une aide pour des devoirs, son épouse pour un problème de téléphone… Un vrai patriarche !
Les gens défilent pour saluer, pour un service. Un voisin vient pour une fuite à son radiateur de voiture. Sana regarde et donne son avis…
Le temps coule doucement. Nous sommes dehors, dans la rue en quelque sorte, un chemin en terre à vrai dire.D’autres voisins sont aussi dehors pour prendre la fraîcheur du vent qui vient du fleuve à partir de 17 heures. C’est agréable ! La vie se passe dehors. Alors des voisins viennent, ils ont une voiture à vendre, achetée en Gambie…
Nos discussions sont hachées par la vie des autres. J’ai toujours le même plaisir à me retrouver avec Sana. Nous évoquons des souvenirs communs, ses projets de venue en France pour des examens médicaux. Il me demande des précisions sur la navigation en bateau, sur la traversée pour le Brésil.
Le soir nous dînons avec Oumi, à trois. Puis je leur montre les photos du mariage à N’Dangane et ils sont heureux de reconnaître la famille et de voir Mimi. Oumi dit « Elle est belle » ! Oumi veut voir le bateau, mais elle a peur de l’eau. Je lui fais voir des photos car je ne veux pas l’emmener en annexe. J’ai trop peur depuis la chute de Monsieur Tall.
Il se fait tard. Je salue chacun et Sana me raccompagne dans sa R 11. Il me tend une manivelle pour que je remonte la vitre, mais elle ne fonctionne pas sur cette portière…
Nous arrivons devant l’hôtel. Il me dépose et nous échangeons les derniers adieux.
Je rentre au bateau et trouve les 100 litres de gasoil en bidons sur le pont. Ouzin a bien travaillé !

Le 05.05.2008

Je me réveille dans un grand silence. Pas de vent, pas de bruit d’eau sur la coque : le grand calme.
Je vais à terre relever mes mails.
Daniel me demande une date de départ pour étudier plus finement la météo.
Mimi m’envoie un mail chaleureux avant le départ.
Il y a un mail de Sailmail qui me réclame la cotisation annuelle. Je vais sur leur site et paye par carte. Hélas ils demandent une semaine pour confirmer le payement… S’il y avait un problème administratif, je serais sans possibilité d’envoyer et de recevoir des mails à bord !
Par prudence, il va falloir peut être que j’attende… Nous allons voir. Je ne veux pas laisser les gens qui me connaissent sans nouvelles pendant trois ou quatre semaines de traversées. Certains seraient morts d’inquiétude. Pourtant avant c’était le lot des familles de marins qui partaient au loin… Maintenant les mentalités ont changé en même temps que les techniques et l’on ne supporte plus l’absence.
J’attends la vendeuse de fruits et légumes qui doit me livrer. Ne la voyant pas, je vais au marché. Ses voisines d’étal me disent qu’elle est partie à l’hôtel. J’y retourne. Elle est là avec un porteur et une charrette. Nous portons les achats au ponton. Nous faisons l’appel des paquets et les comptes. Je paye et la vendeuse me fait un grand sourire.Elle a oublié les aubergines. Je passerai les chercher plus tard.
Je charge l’annexe. Pendant le transbordement le sac plastique de pommes de terre, craque.Je peux dire preuve à l’appui que la pomme de terre, ça ne flotte pas ! Je décharge le reste sur le bateau sous une chaleur de feu.
Après déjeuner, je vais en ville, au super marché. Sur la route, je m’arrête pour discuter avec un antiquaire. Au bout d’un moment il me montre une sculpture d’un vieux marabout. Je lui dis que je ne suis pas intéressé. Il m’apporte un awélé. Je lui dis que j’ai su jouer, mais que je ne me rappelle plus. Alors il prépare le jeu en répartissant les graines dans les creux. Il m’explique la règle et nous jouons une partie qu’il me laisse gagner. Si bien que je lui achète son jeu et pensant jouer plus tard avec Mimi…
Le supermarché est fermé, il n’ouvre qu’à 15h30. À côté il y a un grossiste en boissons. J’achète pastis, vin et bière, de quoi tenir pendant la traversée. Mes achats me seront livrés à l’hôtel.
Lorsque le supermarché ouvre, j’entre. Il y a des chariots et des rayons garnis, avec beaucoup de produits européens. Je prends de l’épicerie, du fromage et de la charcuterie. Mes achats seront livrés sans frais supplémentaires.
Je rentre à l’hôtel. Je trouve Jacques, Dominique et Jean-Pierre attablés près de la piscine. Nous buvons pour nous rafraîchir. C’est agréable de se retrouver et de discuter de choses et d’autres en toute amitié. Le soir tombe, la lumière est dorée ; le calme impressionnant.
Daam Dour et Lambaréna partent demain pour Djilapao. Ils en parlent avec envie. Si j’avais le temps pour traverser, j’aurais aimé y aller.
Je vais porter à l’annexe les produits livrés, puis au bateau. L’annexe est pleine. Je range dans le bateau. Je trouve toujours de la place.
J’appelle Daniel, le routeur. IL me dit que je peux encore attendre une semaine pour partir si je veux. Je devrai faire de l’ouest 200 mille avant de trouver du vent stable.
Mimi m’appelle et c’est agréable d’entendre sa voix !
Je me couche fourbu dans une chaleur qui me fait fondre.

Le 06.05.2008

Ce matin Jacques doit passer pour me donner des conseils pour les manoeuvres de grand voile solitaire. Son expérience me sera précieuse. J’attends en rangeant l’avitaillement. Tout trouve sa place. Même si je suis pris dans les calmes longtemps, j’ai de quoi tenir !
Vers les 10 heures, je vois Daam Dour lever l’ancre et passer doucement près de Diam Rek. Nous échangeons quelques propos et nous nous souhaitons bons vents.
Je vois Lambaréna qui ne tarde pas à passer. Jacques me dit que je peux passer à Djilapao pour qu’il me donne des conseils sur les ris en solitaire… Tant pis je demanderai à un autre navigateur, même s’il a moins d’expérience.Jacques n’a pas trouvé le temps et je ne lui en veux pas.
J’ai le cœur gros en voyant partir ces deux bateaux et leurs marins que j’aime ! Je me sens seul. Sur le départ comment peut-il en être autrement. Mimi est loin, les mais aussi et je vais seul vers l’inconnu… C’est le sort du navigateur qui quitte toujours ce qu’il connaît pour aller plus loin, découvrir ce qu’il ne connaît pas encore…
Je vais à terre relever les mails et tenter de télécharger des mises à jour de logiciels qui me permettent enfin de reprendre la main sur le site de Diam Rek. En attendant heureusement qu’il y a la gentillesse de Jean-Michel à qui j’envoie des textes qu’il met en ligne. Les photos viendront plus tard, dès que je pourrai. Un grand merci à toi Jean-Michel !

Le 08.05.2008

Je me réveille tôt. Le vent s’est calmé.Je prépare le bateau pour aller à l’endroit indiqué par Talla, vers les troncs de rôniers. Je prépare les amarres. J’en mets des deux côtés, pour parer à toutes éventualités, d’autant plus que je serai seul pour faire la manœuvre et qu’il y a du courant.
Je veux lever l’ancre et le guindeau ne répond plus. Encore un fil d’oxydé, je suppose. Je regarde et ne vois rien au premier abord. Je vais en annexe à terre et je vais voir Talla pour lui dire de reporter à cette après-midi une fois que j’aurai réparé le guindeau.
Talla fait la gueule et ne me dit rien en français. Je parle à l’intermédiaire qui me l’avait présenté. Il me dit qu’il ne veut plus faire le carénage parce que j’avais parlé avec Ousmane qui lui avait dit que j’étais d’accord avec lui. J’ai beau lui dire qu’il n’en est rien, il ne veut pas faire le travail.
L’intermédiaire me présente quelqu’un d’autre, mais nous ne tombons pas d’accord sur le prix.
J’en profite pour passer au port pour faire ma sortie à la police. On me renvoie de bureau en bureau. Je vais à la capitainerie qui tamponnait avant le passeport, mais désormais c’est la police. Les policiers passent au port cette après-midi.
Je rentre donc au bateau en passant par le marché pour acheter des lottes. Je fais une ratatouille avec de la lotte ; c’est bon !
J’entends à la VHF, Jean-Pierre qui parle avec Freya qui arrive. Effectivement je vois deux voiliers : Freya et Timshel. Timshel vient jeter l’ancre un peu près à mon goût. Je le lui dis, mais il reste là ; nous verrons bien. À surveiller à la renverse !
Je vais réparer le guindeau. Un fil qui va à la commande est oxydé et carrément coupé. Je mets un embout serti et ça remarche !
L’après-midi, je vais au port. La police n’est pas passée.On me renvoie de bureaux en bureaux. Bora me propose de m’emmener avec sa vieille mobylette à la police. Je monte sur la selle arrière et la mobylette nous porte non sans peine. La police est fermée. Elle n’ouvre qu’à 4h. Je propose à Bora d’aller boire un coup.Il me conduit dans un bar et nous prenons deux bières. Nous parlons de choses et d’autres et de vin de palme. Moi je l’apprécie peu. Je lui parle de soum soum, l’alcool local. Il sait où en acheter. Nous passons d’abord à la police. Ils ne tamponnent plus les passeports. Il faut aller à l’aéroport aux heures où il y a un avion.
Bora va m’acheter du soum. 1500 FCFA le litre. Ça sent l’alcool de fruit. C’est bon, mais c’est fort.
Je rentre à l’hôtel. Je trouve Jean-Pierre et Lise avec Patricia et Olivier. Je me joins à eux.
Katerine et Nicolas passent. Je vais les saluer. Je suis heureux de les revoir. Katerine me demande des nouvelles de Mimi. Eux reviennent de Gambie qu’ils ont remonté sur 160 miles au milieu des crocodiles, hippopotames, singes et forêt luxuriante. Sans oublier les moustiques et une chaleur jamais sous 40°. Je suis heureux de les revoir. Katerine me quitte car elle doit préparer l’anniversaire de Nicolas qui a 5 ans aujourd’hui. Il va se déguiser en pirate des Caraïbes !
Je me baigne dans la piscine pour me rafraîchir un peu, puis je vais sur internet.
Francis et Katerine sont à côté de moi sur internet. Je discute avec Francis qui me demande pourquoi je ne reste pas quelques mois de plus pour voir Gambie, Bijagos et Cap-Vert ? Je lui explique que j’ai envie de voir l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale en priorité. Puis que selon notre adaptation avec Mimi au voyage nous traverserons pour le Pacifique ou nous nous contenterons d’un tour de l’Atlantique… Francis a beaucoup aimé le Cap-Vert.

Le 09.05.2008
Je me réveille de bonne heure. Je prends un taxi pour l’aéroport. Nous traversons la ville qui semble encore endormie. Je n’ai jamais vu d’embouteillage à Ziguinchor ! Les rues sont larges et de chaque côté il y a des maisons au toit de tôles rouillées, au crépi évanoui depuis des lustres. Les gens marchent souvent à pied.
L’aéroport est tout petit. Il y a des toubabs et des Sénégalais. Je demande la police et l’on m’indique la personne qui contrôle le portail de sécurité des bagages. Il me dit bonjour. Je lui dis que j’ai mon temps et qu’il peut continuer son travail. Il me dit qu’il va s’occuper de moi. Je sors les papiers du bateau et le passeport. Il met un tampon sur le passeport et voilà la sortie est faite…
Je vais rentrer et j’aperçois Cheick le portier de l’hôtel. Il me raccompagne en voiture. Je lui parle de la personne qu’il connaît pour le carénage. Il me conduit chez lui. Il est sorti. Il laisse la commission. Nous rentrons à l’hôtel.
Je vois Sandrine, une femme de service qui fait la lessive pour les navigateurs. Je vais au bateau et lui rapporte le linge sale. Je l’aurai demain, tout propre pour 3000 FCFA.
Je vais sur internet relever mes mails. Je veux déclarer mes revenus, mais Sophie ne m’a pas encore envoyé les chiffres des banques…
Je passe encore du temps pour télécharger des mises à jour de logiciels. En cours de route, je me fais jeter et je dois recommencer….
Je tente de recharger mon compte mobicarte pour mon numéro de mobile français. Avec le téléphone sénégalais, je n’y parviens pas… Peut-être Mimi pourra-t-elle le faire depuis Paris ?
Je vais acheter du pain et en sortant de l’hôtel, je vois Shérif qui m’appelle. Il est venu avec Aimé au ponton et ne m’a pas vu. Je lui dis que j’étais au bar sur internet comme je le lui avais dit.
Il m’emmène en voiture chez Aimé. Mais il n’est pas là. Il me raccompagne et viendra demain avec Aimé à 9h et nous parlerons de carénage.
Je rentre et écoute RFI. Depuis une dizaine de jours que je suis en Casamance, un gendarme a été tué sur une mine, 4 voyageurs ont sauté en car sur une mine et maintenant ce sont 17 cueilleurs de cajous qui ont eu l’oreille gauche coupée pour les punir de cueillir sur des parcelles fiefs de bandes armées ! Aucun risque pour les touristes qui ne vont pas sur les routes, mais les suites de la guerre sont à l’œuvre pour longtemps encore. Des démineurs marocains sont venus, il y a quelques années et sont repartis lorsque plusieurs ont été tués par des guérilléros ou des bandits…

Le 10.05.2008
Je me réveille tôt. Je dois gonfler l’annexe dont un boudin est dégonflé depuis hier après-midi. J’espère que le boudin n’est pas crevé. Je le gonfle et ça tient ; super !
Je vais à terre pour attendre Shérif et Aimé au ponton. J’attends, j’attends, c’est un rendez-vous sénégalais. Ils arrivent à 11h10. Mieux vaut tard que jamais ! Entre temps Sandrine m’a rapporté le linge lavé, séché et plié.
J’emmène Aimé en annexe pour voir la coque. Nous faisons le tour. Elle n’est pas très sale, mais il y a des algues et de petits coquillages. Nous discutons le prix. Je demande aussi à Aimé de m’aider à verser les bidons de gasoil dans les réservoirs et à m’aider à décoincer le support du génois et à endrailler le génois. Il me fait un prix pour 25000 FCFA après discussion.
J’en profite pour lui demander de faire recharger une bouteille de gaz. Nous la chargeons dans l’annexe. Nous retrouvons Chérif qui nous emmène en voiture dans une station Total qui vend des bouteilles pleines. Certes elles ne sont pas neuves, mais elles sont pleines.
Je reviens au bateau avec le gaz. Une bouteille dure trois mois. Je suis tranquille pour la traversée. Rendez-vous est pris pour 8h30 demain matin pour le carénage et le reste.
Tout sera prêt pour le départ le 13.
Comme j’ai fait l’avitaillement, il y a une semaine, je devrai refaire les courses pour des fruits et quelques légumes.
L’après-midi, je vais à la piscine. Je me baigne dans une eau verte d’algues parce que le système d’épuration n’arrive plus à faire face. Aujourd’hui la piscine est pleine de jolies jeunes filles. Ce soir il y a l’élection de Miss Ziguinchor à l’hôtel.
Je finis de lire « Les agneaux du Seigneur » de Yasmina Khadra. C’est l’histoire de la montée de l’intégrisme dans un village algérien, puis de la guerre civile avec toutes ses atrocités. C’est terrible et terriblement humain, avec les appétits de pouvoir, les lâchetés, les niaiseries de croyances, les jalousies et la barbarie…
Olivier vient au bord de la piscine. Il bricole son pilote et pense être prêt mardi ou mercredi.
Pour descendre de Ziguinchor à l’embouchure de la Casamance il faut souvent deux jours. En effet la marée montante dure 8 heures et l’on peut monter en une fois. Mais la marée descendante dure moins de 4 heures lorsque l’on descend et il y a 35 miles à faire. J’ai envie de descendre seul et attendre à Djogué en rangeant l’annexe et tout ce qui pourra bouger en mer.

Le 11.05.2008
J’ai rendez-vous avec Aimé pour le carénage à 8h30. Je vais près de la piscine dans le calme du matin. J’attends. À 10h30 personne. Je vais chercher le pain. Je rencontre Ouzin qui est prêt pour vider les bidons de gasoil dans les réservoirs.
Alors on y va. A deux, on vide les bidons de gasoil en en mettant dans le cockpit aussi et d’autant plus que ça refoule parfois. Les jauges indiquant n’importe quoi, j’ai 115 litres de trop. Ouzin nettoie le cockpit.
J’entends siffler. C’est Aimé qui est au ponton. Je vais le chercher. Sur le bateau, il se prépare et plonge sans masque, sans palmes, avec un grattoir en plastique ou une brosse selon le moment. Le courant est encore fort ; il s’aide d’un bout tendu entre la proue et la poupe. Il fait jusqu’au premier bouchain, puis le second et la quille. En un mois, depuis Hann, les algues qui ont repoussé mesurent un peu moins de 10 centimètres. Il y a quelques coquillages.
Puis c’est l’étale et il n’y a plus de courant, c’est plus facile pour plonger. Aimé fait des poses de temps en temps. Pourtant il est bâti comme un Hercule !
Je prépare des spaghettis bolognaise avec du thon. On prend un pastis en apéro. Il fait une chaleur torride.
Aimé termine le carénage, puis il est prêt à monter au mât pour descendre le support de génois le long du profile. Je lui passe le baudrier et l’assure avec la drisse de grand voile. Il monte. Il attache le support de génois et me lance le bout. Je peux tirer dessus et descendre un peu le support qui reste coincé un peu plus bas.
En regardant le profil, je vois que les vis à clef Allen qui tiennent les jonctions de profils sont desserrées et dépassent, bloquant ainsi le support qui ne peut coulisser librement.Nous démontons alors le ridoir de l’étai de génois de façon à mettre le profil le long du mât.
Aimé peut alors monter au mât et resserre toutes les vis desserrées. L’attache de génois coulisse alors sans problème. Il n’y a plus qu’à refixer l’étai de génois et de serrer le ridoir suffisamment.
Nous pouvons alors endrailler la ralingue dans la gorge du profil. Le vent s’étant levé, nous ne sommes pas trop de trois pour faire l’opération et vite rouler le génois.
Je suis heureux. C’est prêt pour la traversée. J’ai réfléchi à un truc pour pouvoir hisser seul la grand voile avec ou sans ris. Avec un bout fin, je peux maintenir décoincés les bloqueurs des ris.Une fois la voile hissée, je libère les bloqueurs et donne un tour de winch et le tour est joué !
Je peux manœuvrer seul !
Nous revenons au bar boire une bière après ce bon travail. Mes deux aides musulmans boivent sans problème. Aimé a un père catholique et une mère musulmane. Il a fait le catéchisme, l’école coranique et l’initiation animiste. Il vit heureux avec ce mélange.
Je vais un peu sur internet. Hier soir, j’ai téléchargé un nouveau navigateur et je peux désormais aller sur le site de Diamrek ! Super ! Je vais pouvoir laisser Jean-Michel vaquer à ses occupations !Mais pas encore tout à fait car pendant la traversée, c’est lui qui indiquera mes points de passages que je lui aurai communiqués !
Voilà vous savez tout ! Le départ est toujours prévu mardi ou mercredi matin. Olivier a réparé son pilote… Tout semble bon !

En buvant un pot, Francis se joint à nous. En discutant, il manque de gasoil. Je lui propose celui que j’ai en rab en bidons. Il est d’accord. Il passera demain matin pour le prendre. Super !

Le 12.05.2008
Ce matin, je pense au départ.
Ce que j’attends de cette traversée : les joies d’une première pour moi, une longue navigation, un temps et des vents stables et agréables pour la route, une fiabilité du bateau et des communications, des prises régulières de poissons.
Ce que je redoute : Un accident physique en cas ou je tomberai ou me cognerai, un problème de voiles ou de moteur, du gros temps et une houle très désagréable, la fatigue qui s’accumule particulièrement près des côtes, une voie d’eau, de grands calmes dans le pot au noir.
C’est mon état d’esprit avant ce départ.
J’attends Francis.J’attends en lisant « Terre des oublis » de Doung Thu Huong, un écrivain Vietnamien. Un roman de 700 pages qui commence par le retour d’un militaire porté disparu et porté mort, chez son épouse remariée deux ans après la déclaration de son veuvage… L’auteur fait de longues descriptions savoureuses de la société vietnamienne. Elle avance par touches fines et délicates ? C’est un régal dès le début !
Finalement c’est Alain qui vient me dire que Francis va l’aider à bricoler sur son génois en profitant de la pétole et qu’il viendra ensuite pour le gasoil.
Je continue à lire. Alain et Francis viennent lorsqu’il est près de midi. Ils visitent le bateau, discutent et partent avec le gasoil dans l’annexe.
Je déjeune et fais une sieste dans la chaleur sans vent.
Je vais à l’hôtel. Moi qui pensais me baigner, la piscine est toute verte. L’eau n’est pas tentante. Les pompes sont en panne et ne parviennent pas à filtrer l’eau efficacement…
Je vais sur internet pour ma déclaration de revenus… Même au loin, il y a des réalités incontournables.En cas d’oublis, ces réalités me rejoindront, avec un bonus…
Je sors et vois Ouzin. Il a vendu les 15 litres de gasoil qui me restait en bidon. Je lui demande de me les payer. Il est étonné. En plus il l’a vendu au prix du marché noir soit 500 FCFA le litre au lieu de 687 à la pompe. OK pour ce prix… Comme je discutais avec une autre personne Ouzin s’éclipse. Je ne suis pas payé. Il trouve ça normal, alors que je l’ai payé pour travailler sur le bateau et qu’il m’avait dit être content et qu’en plus je lui avais donné les 10 bidons vides qu’il m’avait vendu 600 chacun ! Là je ne suis pas content. Si je le revois, je vais lui dire et lui redemander le prix du gasoil. Cette mentalité d’attendre toujours des cadeaux empêche réellement le Sénégal de se développer… Et ça, ça n’évolue pas…
J’appelle Sana et je vais chez lui. C’est un jour férié, il ne travaille pas. Oumi s’occupe du petit Birham qui a quatre semaines. Il tète puis il dort. Il est très calme, emmitouflé dans des couvertures malgré la chaleur. Oumi semble comblée. Sana et Oumi semblent heureux avec leur grande famille de sept enfants.
Je discute avec Sana. J’ai toujours autant de plaisir à discuter avec lui. Il me donne ses interprétations sur la société sénégalaise. Nous discutons dans la rue devant la maison, pour profiter du vent qui se lève dans l’après-midi.
N’Deye, la fille aînée prépare le repas. Pour nous elle a fait un ragoût viande pommes de terre. C’est très bon.
Nous discutons assez tard. Puis Sana me raccompagne. Nous nous quittons devant l’hôtel. Les aux revoirs sont nostalgiques. Nous ne nous reverrons pas avant des années sans doute…
Je rentre au bateau dans le noir, guidé par les feux de mât du bateau.

Le 13.05.2008
Dernière journée avant le départ. Je vais faire les dernières courses.
Les fruits que j’avais achetés, il y a une semaine, mûrissent de façon inégale. Bananes et mangues mûrissent trop vite. Pamplemousse et clémentines se gardent bien.
Je fais une salade de fruits avec les fruits les plus mûrs. Je fais une ratatouille avec les légumes qui peinent. Après le repas et la sieste, je vais sur internet et je parviens enfin à faire la déclaration de revenus 2007. Il faut vraiment être persévérent !
Voilà, je suis prêt pour le départ demain matin. Je ne sais si Olivier sera prêt. De tpute façon il me dit à chaque fois de partir lorsque je serai prêt. C’est donc qu’il préférerait naviguer seul, plutôt quà deux bateaux…

En début de soirée, Je discute avec Olivier. Il partira jeudi matin. Je lui dis que je partirai demain matin jusqu’à Jogué. Je l’attendrai là. Je mettrai la VHF et nous nous appellerons. Nous parlons de la traversée, de navigation, de la peur de nos femmes en mer…
Je rentre au bateau pour me coucher pas tard.

Le 14.05.2008
Je dors mal. Je me réveille en pensant à lever l’ancre seul, à l’orin….
Je me réveille à l’aube. Je range dans le bateau tout ce qui peut bouger. Je love les amarres qui ont servi au carénage. Je veux démarrer. Impossible. Le démarreur fonctionne, mais le moteur ne tousse pas… Enfin ça démarre. Je mets le guindeau en marche. Je remonte la chaîne, jusqu’à 35 mètres. Le guindeau ne peut plus remonter. La poupe du bateau se soulève.
Le skippeur du bateau voisin, voyant mes manœuvres infructueuses, prend son annexe et vient à bord. Nous essayons au moteur de faire avancer le bateau en tirant sur la chaîne dans un sens, dans l’autre… Rien à faire ! Il faut se rendre à l’évidence, je suis bien accroché avec la chaîne à quelque chose de bien résistant. Je vais voir un bateau voisin dont le skipper a vu l’intervention des pompiers pour un autre bateau. Il me conseille d’aller voir les pompiers.
Je prends un taxi à 9 heures. J’arrive à la caserne à la limite de la ville. Un planton m’amène chez le capitaine. Il est occupé au téléphone. Il me reçoit, mais n’arrive pas à joindre le chef plongeur.
J’attends alors que la renverse va se produire pendant laquelle le bateau ne tirera plus sur la chaîne. Faute du chef plongeur, le capitaine organise les choses avec les autres plongeurs ; Ils font les préparatifs doucement. Ils préparent tenue de plongées, annexe attelée au camion.
Le capitaine me dit de monter après avoir discuté les conditions. 10 litres d’essence et 60000 FCFA. Je suis d’accord. Il me dit qu’il aime réussir les missions. Je souhaite que ça réussisse.
Nous allons doucement dans les rues pleines de nids de poules, de charrettes, de piétons et de quelques voitures. Arrêt à la station essence. Puis nous allons au débarcadère. Moi je passe par le distributeur de billet pour faire face à cette dépense non programmée.
Je vais à mon annexe et je rencontre le skippeur qui m’a aidé ce matin. Je lui demande s’il veut bien m’aider et il vient.
Les plongeurs sont déjà contre Diam Rek. Nous montons à bord, prêts à faire les manœuvres demandées par les plongeurs. Ils mettent leur tenue de plongée et plongent à deux. Ils restent un moment sous l’eau.i la chaîne. Ils remontent et disent que la visibilité est nul à 9,5 mètre et qu’au toucher, ils ont suivi la chaîne qui est entourée autour d’une épave. Ils replongent et tentent de dégager la chaîne. Ils n’y parviennent pas tant le courant et le vent tirent sur la chaîne.
Ils repèrent l’ancre, mais ne peuvent la tirer. Je leur dis qu’il y a un orin avec lequel nous pourrions remonter l’ancre. Ils replongent avec des bouts et remontent avec un bout que nous pouvons tirer. Nous essayons de remonter l’ancre. Le skippeur qui m’a aidé se prend un doit dans le bout autour du guindeau et saigne. Non seulement il m’aide, mais il se fait mal !
Nous remontons l’ancre. Les pompiers essaient de démonter l’attache qui résiste.Ils me demandent une scie à métaux et scient un maillon. L’ancre est libérée.
Les plongeurs plongent de nouveau pour libérer la chaîne. Je les aide avec le moteur en faisant un peu avancer le bateau. Enfin le guindeau peut remonter toute la chaîne. Mon aide va aux commandes pendant que je fixe l’ancre à la chaîne et que le mets le tout sur le davier.
Partant demain matin, je ne remouille pas, je vais me mettre sur le corps mort d’un bateau résidant est parti. Je remercie vivement les pompiers qui ont travaillé deux heures de demi.Je ramène mon aide au ponton de l’hôtel où il a son annexe et le remercie vivement pour son extrême gentillesse.
Je reviens à bord ranger et déjeuner rapidement.
Pendant ce temps, Myriam a essayé de m’appeler plusieurs fois, sans que je puisse répondre. Elle doit s’inquiéter…
Je partirai donc demain matin en fin de marée montante du matin, vers 9h.

Sénégal, pays de la téranga

Posted on mars 31st, 2008 by Christian

Le 06.02.2008
Nous voilà au Sénégal. Pays de la térenga: du bon accueil!
En se rapprochant de Dakar, je prends mon téléphone portable. Il reçoit le réseau Alizé. J’appelle Salifou que je serai tellement heureux de revoir. Il me dit qu’il viendra nous voir au CVD (Cercle de Voile de Dakar). Nous allons enfin nous revoir. Les mails c’est super, mais ça ne remplace pas la rencontre. Et ça fait deux ans déjà que nous ne nous sommes pas vu. Salifou a fait une demande de visa pour venir en France, mais le visa lui a été refusé…
Les pirogues sont nombreuses au large de Dakar. Comme il y a un peu de creux, parfois on n’aperçoit que les têtes des pêcheurs, puis quelques secondes après une vague soulève la pirogue et on la voit tout entière. Ces pirogues très colorées sont belles. Elles sont aussi petites et peu adaptées à la mer agitée. Ils sont bien courageux ces pêcheurs qui sortent sans grand équipement.
Au large de Gorée il y a des bateaux à l’ancre qui attendent une place au port pour décharger leurs marchandises. Je vois deux gros porte conteneurs, un cargo et des vraquiers. Les bateaux attendent, les marins aussi …
Lorsque nous sommes à l’ancre dans l’anse de Hann, le soleil est chaud, il y a un peu de vent et nous sommes gagnés par une impression de grand calme. D’abord nous sommes arrivés après sept jours de mer. Le repos est bien mérité. Et puis le Sénégal est une escale très attendue. Pour les amis que nous allons y retrouver, pour les gens souriants, nonchalants et aimables, pour le pays lui-même.
Mimi s’assoit dans le cockpit, se détend et s’imprègne de ce grand calme. Je range un peu et je suis prêt pour aller à terre voir le CVD. Un coup de corne de brume et le passeur vient avec son canot pour nous emmener au ponton. El Hadji, le passeur, nous conduit avec le sourire jusqu’au ponton en tronc de palmier rônier et de planches disparates.
Le passseurPlage de HannPirogue de hann
Il mène jusqu’à la plage encombrée d’algues à l’odeur forte. En face il y a le CVD.
Le CVD est une sorte de campement avec bar, zone wifi, sanitaires, atelier de mécanique, voilerie, lavandières, repas venant des restaurants d’en face….
Mimi se relaxe!
Il y règne une ambiance décontractée avec des navigateurs qui font escales et d’autres qui y prennent racine. Ils prennent souvent alors une compagne locale…
Je vais au bureau. On me donne un imprimé m’indiquant les formalités d’entrée. Je les ferai demain.
Salifou arrive et ce sont les embrassades dans la joie de se revoir ! Il n’a pas changé, toujours jovial, avec un large sourire. On s’embrasse et il vient voir le bateau. Il visite et s’exclame « Comme il est beau le Diam Rek ! » On se raconte des choses de la vie de tous les jours, des deux ans passés sans se voir… Voilà la jovialité des Sénégalais avec en même temps les soucis de la précarité, de la recherche des moyens de survie au jour le jour….
SalifouOn met les tauds sur les voiles
La première journée, nous sommes heureux et submergés par les impressions et le dépaysement.
Nous allons au restaurant indiqué par des gens. C’est le seul ouvert le soir. C’est un restaurant chic tenu par des toubabs pour des toubabs. Ce n’est pas ce que je cherchais, mais faute de mieux, nous dînons là. La patronne qui est là depuis huit ans explique qu’elle a envie de partir car la vie est devenue bien plus dure qu’avant, avec une insécurité croissante…
Le soir nous nous couchons tôt pour récupérer des jours de navigation.

Le 07.02.2008
Je me lève pas trop tard pour avoir le temps de faire la tournée des administrations pour notre entrée au Sénégal, sachant que les bureaux ferment à midi.
Avec les papiers fournis par le CVD j’ai l’adresse du bureau de police au port de Dakar. Un couple de navigateurs me propose de partager un taxi avec eux. Ils ont déjà fait leur entrée et me conseillent de faire des photocopies des papiers pour n’avoir pas à laisser les papiers du bateau au poste de police. Le taxi tombe vite dans les embouleillages monstrueux de Dakar.
Chaque carrefour est difficile à franchir. Des policiers font ce qu’ils peuvent pour faire passer les files venant des diverses directions… Le chauffeur qui avait donné un prix pour le cas où il n’y aurait pas d’embouteillages et un pris avec nous dit que ce sera le prix avec soit 500 CFA de plus.
Hamac sous camion en panne!
Il arrête le moteur souvent pour économiser le gasoil dont le prix est exorbitant par rapport au revenu des Sénégalais, presque un euro le litre.
Nous arrivons au port môle 2. Près du poste de police il y a une échoppe où l’on fait des photocopies. Après je vais au poste de police. Un planton me dit que le bureau est au premier étage et qu’il faut voir monsieur Diouf. Au premier, des policiers discutent. L’un est monsieur Diouf. Il me conduit dans son bureau. Il est très aimable et souriant. Nous parlons du pays, de là où je veux aller, des démarches qu’il me faudra faire, demander une prolongation d’admission de six mois… Il me fait remplir des papiers pendant que lui remplit des fiches en vérifiant passeports et papiers du bateau. Puis il me dit qu’il garde les papiers du bateau et qu’il me les redonnera lors des formalités de départ. Je lui dis que je lui ai apporté des photocopies et que ça peut suffire. Il me répond « C’est moi qui juge s’il est important de garder les papiers ». Je lui dis poliment que j’avais fait les photocopies pour le cas où ce ne serait pas indispensable de laisser les papiers… Il ne répond pas puis me rend les papiers..
Ouf, je ne serai pas obligé de revenir de Casamance à Dakar, contre le vent, pour rechercher mes papiers… Néanmoins il m’explique qu’après avoir fait les formalités de sortie à Ziguinchor je devrai récupérer mes documents auprès de lui. Je pense qu’il pourra bien garder mes photocopies….
Avec l’attestation qu’il m’a remise et les passeports tamponnés, je fais de nouvelles photocopies et je vais au môle 10 à la douane. Là dans un vieux bâtiment, on m’indique le premier étage. Je monte un escalier à la mosaïque décollée par plaques. Les bureaux sont fermés sauf un dont la porte est entrouverte. Un douanier dort sur son siège la tête rejetée en arrière. Je n’ose pas le réveiller, je vais plus loin, reviens et croise une personne qui me confirme que c’est bien dans le bureau du dormeur.
Je frappe et dis bonjour au douanier qui sort de son sommeil. Il me fait asseoir ; je lui explique pourquoi je suis là. Il regarde mes papiers, je lui donne les photocopies. Il observe bien sans rien dire, puis sort un grand registre des passe avant. Il remplit à la main une page avec une écriture impeccablement lisible. Il prend une règle et déchire une partie de la feuille qu’il me remet avec le reçu de s 5000 FCFA que je dois verser. Je le salue et ressorts en règle avec l’administration. Je peux rester 15 jours au Sénégal.A moi de faire une demande pour 6 mois et de la déposer au CVD qui s’occupe des démarches suite aux plaintes de navigateurs que des fonctionnaires avaient voulu raquéter.
Je reviens au CVD. Mimi est dans le coin wifi du bar. Elle cherche des infos sur la cuisine orientale. Elle commande un tiebboudiene et un peu plus tard on nous apporte deux assiettes. Le riz est rouge et le poisson grillé ; il y a quelques légumes, carottes, choux, manioc…
Que c’est bon de retrouver la cuisine sénégalaise !
Des navigateurs mangent des plats apportés depuis les restaurants voisins. Personne ne pousse à la consommation. Certains restent des heures sur internet. Les navigateurs discutent par affinité. Certains sont là depuis longtemps, d’autres ne font que passer…
Nous passons l’après-midi sur internet.
Le soir nous rentrons sur le bateau, dans la baie avec la vedette du passeur. Le bateau est bercé mollement par une petite houle. Nous avons l’électricité que nous fournissent l’éolienne et le panneau solaire. Pour l’instant c’est bon nous sommes autonomes pour l’éclairage et le frigo. Tout va bien ; nous verrons avec moins de vent…

Le 08.02.2008
Journée calme. Je vais voir l’atelier de mécanique. Il est tenu par deux Sénégalais qui s’appellent Arona tous les deux. Ils viendront voir sur le bateau en fin d’après-midi.
En attendant je vois Julien et Agnès. Quel plaisir de se revoir. Ils sont là depuis près de deux semaines. Ils nous racontent leur séjour au Cap-Vert avec un vent continuellement assez fort. Ils ont aimé ces îles où ils ont été bien reçus partout. Ils nous invitent à dîner le soir.
Les mécaniciens passent à bord. Ils regardent avec soin le circuit gasoil, les réservoirs et disent pouvoir faire le travail. Je leur demande un échéancier et un devis. Ils me les donneront demain matin.
J’essaie d’écrire pour le site dans la salle du bar, mais il y a toujours quelqu’un pour discuter et je ne peux trouver la concentration nécessaire….
Le soir mimi a fait un cake pour Julien et Agnès. Elle apporte aussi un exemplaire de son livre pour Agnès. Les affaires marchent ! Julien et Agnès nous montrent leur carré avec les nouvelles housses qu’ils ont fait faire avec un super tissu rouge à motif. C’ests beau et plein de vie. Agnès nous a mijoté un bon plat. Pendant ce temps-là leur petite chatte récupérée au Cap-Vert vient jouer infatigablement. Mimi est tentée par l’adoption d’un chaton du CVD tigré roux… La soirée est très agréable. Julien me montre des trucs sur informatique. Nous échangeons des conseils sur le mouillage qui est mon point faible.
Coucher de soleil sur le mouillage de Hann

Le 09.02.2008
Ce matin, Arona vient vers 9h. Il est ponctuel ! Il vient avec un aide Pape. Ils se mettent à travailler au démontage des réservoirs. Je les aide et les conseille sur ce que je sais du bateau.
Peu à peu ils arrivent à démonter tout ce qui est branché sur le réservoir tribord. Enfin le réservoir peut sortir. Il passe par l’ouverture du cockpit, c’est gagné pour le premier. Au tour du second. A tribord il faut enlever la table puis le plancher. C’est long, mais ça se fait.
Le réservoir ne contient plus que quelques dizaines de litres de gasoil. Tout le reste est parti dans les fonds puis à la mer !!! Le réservoir bâbord est sorti de son logement et du bateau !
Maintenant on voit les fonds. Depuis la construction ils n’ont pas dû être sortis et les fonds repeints. Le fond est plein de dépôts de gasoil. Il va falloir nettoyer et en profiter pour repeindre. Arona n’a pas le temps, mais Pape est disponible pour 5000FCFA par jour. OK pour demain matin.
Sur les réservoirs on voit des endroits où les soudures ont été attaquées par l’eau de condensation et ça fuit…. Il va y avoir du boulot de soudure…
Pendant ce temps, la Mandragore de Julien et Agnès lève l’ancre pour aller dans le Saloum. Nous les y rejoindrons plus tard…
depart-la-mandragore.jpg
Je passe l’après-midi à vouloir écrire sans y parvenir tant les gens passent et discutent.
Mimi est toujours sur son projet de livre de cuisine. Elle avait essayé d’aller voir la confection d’un tiebboudiène dans un restaurant, mais les femmes ne se sont pas comprises et la cuisine était déjà faite lorsque Mimi est venue…
Salifou passe après avoir été malade d’un rhume.
Salifou
Nous parlons immigration. Il me raconte l’histoire de tous les jeunes du village qui sont partis en pirogue après avoir payé 500000 FCFA. Une pirogue a navigué et tous les passagers sont mort. Il manque de nombreux jeunes au village maintenant. D’autres sont passés en Espagne et envoient de l’argent aux familles…
Maintenant la police espagnole surveille les côtes, mais des pirogues réussissent. Salifou dit que les pirogues vont repartir à la saison des pluies lorsque les alizés seront faibles….
La soirée nous sommes fatiguée et nous couchons tôt.

Le 10.02.2008
J’attends enfin Pape pour le nettoyage des fonds. Lorsque je pense qu’il ne viendra plus, je vais au café wifi avec Mimi.
Salifou et Daouda arrivent. Je suis heureux de voir Daouda qui n’a pas changé et est en pleine forme. On échange des nouvelles. Et l’on va au bateau. Daouda est curieux de voir où nous couchons, comment on vit à bord. Il est impressionné en voyant une vraie maison flottante. Il viendra naviguer un week-end puisqu’il enseigne les autres jours.
Réunion amicaleDoaouda
Au retour nous déjeunons ensemble et Mimi pendant ce temps copie des films pour faire une provision pour les temps à venir. Elle fait ça avec Gérard qui a un disque dur externe bien fourni. Gérard est vraiment gentil. Il est handicapé des jambes par un accident. Il naviguait depuis longtemps. Il a voulu partir pour un tour du monde. Sa femme n’a pas voulu suivre. Alors il est parti seul sur son bateau, jusqu’au Sénégal. Là il s’est plu et il est tombé amoureux d’une jeune et belle sénégalaise, N’Deye. Il l’a épousée avec un mariage à la mosquée et un mariage traditionnel sérère, avec une grande fête. Bientôt ils partiront ensemble. Pour l’instant il a entraîné une équipe féminine de voile qui a fait une course Sénégal France et est arrivée troisième ! Nous discutons un moment ensemble. Il nous raconte les démarches pour se marier au consulat de France. Ils ont été interrogés séparément avec des questions intimes déplacées. Ils ont abandonné les démarches. Le gouvernement actuel fait tout pour éviter de naturaliser de donner des droits à des personnes d’origine africaine…
Pendant ce temps j’alimente le site.
Du bout du monde ! Du bout du monde ! La baie de Hann est un bout du monde ! Ici on a vraiment cette impression ! On est bien loin de l’Europe. Madère et Canaries, bien que proches des côtes africaines, sont des morceaux d’Europe, ici tout est plus aléatoire, plus improbable, fait plus appel à la débrouillardise. Bien des choses marchent par miracle, tant bien que mal. De fois en fois je vois le Sénégal se moderniser. Les tacots ont fait place à des voitures récentes. L’informatique s’est introduit partout…
Mimi est toujours sur son livre de recette. Elle s’y met avec beaucoup de continuité et de méthode !

Le 11.02.2008
Nous nous levons assez tard puisque Pape ne doit venir qu’à 10h.
El Hadji le passeur
Effectivement il vient à 10h20. Il a apporté un sceau, un racloir, une éponge de la lessive et un dégraissant. On enlève les planchers et Pape s’y met avec le grattoir. La peinture est décollée. Les fonds sont couverts de dépôts de gasoil, de poussière… Lorsqu’il a enlevé le plus gros on voit la tôle qui est saine, pas rouillée. Le gasoil l’a graissée et protégée. Puis il nettoie avec la lessive. Après plusieurs sceaux d’eau l’eau reste de plus en plus claire. Il débouche des conduits sous les lisses qui permettent à un éventuel liquide de ne pas stagner contre les lisses mais d’aller jusqu’au puisard et d’être ainsi évacuée par la pompe électrique automatique.
Les fonds nettoyés avant dégraissage
Pendant la pose déjeuner, je rejoins Mimi au bar. Elle revient du marché Sandaga où elle est partie avec N’Deye pour flâner entre femmes et acheter du tissu. Elle a trouvé un tissu vert pour se faire tailler un boubou. Elle a pris aussi des légumes. Et des fruits. Elle est ravie d’avoir trouvé une ambiance de marché proche de celle des marchés irakiens. Comme elle était avec N’Deye elle n’a pas été trop importunée par les rabatteurs, les « mouches » comme on dit ici. Et elle a laissé N’Deye négocier au juste prix !
Les serveuses d’un restaurant nous apportent un plat de seiches en sauce avec du riz. C’est bien bon.
Je retourne au bateau avec Pape et il continue de nettoyer et de dégraisser tout l’après-midi.
La tôle est propre. Il continuera demain avec de l’acétone. Puis nous mettrons une couche de Rustol et de l’époxy brai. Je me suis renseigné et je sais où aller en acheter. C’est un e protection époxy très résistante, efficace qui dure des décennies.
Je retourne voir Mimi qui est toujours sur son ordinateur ! Et les vacances alors ! Quand on a l’inspiration il faut en profiter…
Nous rentrons au bateau et elle prépare une tarte aux oignons !
J’ai installé sur mon téléphone portable une puce sénégalaise Orange pour téléphoner bien moins cher à l’intérieur du Sénégal. Mon nouveau numéro est : (00 221) 77 73 70 354

Le 12.02.2008
Pape arrive passé 10h. Nous allons ensemble en taxi dans une entreprise qui vend de l’acétone.
Taxi de DakarDans le taxiPetit car
Il nous faut une demi-heure pour être servi et encore nous avons apporté le contenant…. Nous reprenons le taxi pour aller plus loin chez le marchand de peinture.
Il s’appelle Ségnerie ; c’est une grande entreprise. Une personne compétente me reçoit et me montre des fiches techniques. Elle parle un français superbe, qui se perd en France ! Mais après il me faut trois quart d’heure pour récupérer la marchandise…
Nous rentrons au bateau déposer la peinture et il est déjà l’heure de déjeuner. Salifou est venu. Il en profite pour aller sur internet sans débourser.
Nous prenons un bon tiebboudiène. Je me régale autant à chaque fois !
Nous retournons au bateau avec Pape. Je lui demande où il a mis les chiffons pour nettoyer à l’acétone. Il a oublié ; il retourne avec le passeur et revient une demi-heure plus tard.
Le nettoyage à l’acétone empeste tout le bateau, malgré les panneaux ouverts….
Une fois les fonds bien dégraissés, Pape met une couche de primer d’accrochage. La couleur n’est pas terrible, un vert olive. Mais ça accroche bien et demain on mettra l’époxy brai.
Je raccompagne Salifou qui rentre chez lui et je vais voir le soudeur qui travaille sur mes réservoirs. Il a fait de nombreuses soudures et travaille en ce moment sur les couvercles des trappes de visite dignes de ce nom. Ça prend bonne tournure !
Je rejoins Mimi qui passe ses journées sur internet lorsqu’elle peut se connecter car il y a beaucoup d’amateurs et le réseau ne supporte pas tous les demandeurs…
Wifi au CVD
En rentrant vers le ponton, un pêcheur m’arrête ; il veut me vendre des poissons qu’il vient de pêcher près de Gorée. Ce sont des Tiofs, que les Sénégalais apprécient particulièrement. Un court marchandage et j’en achète un 1500FCFA pour ce soir.
Rentré au bateau, je le prépare au four et quand Mimi rentre nous nous régalons ! Il était tout frais !
La nuit une pluie battante mous réveille. Je ferme le panneau de pont entrouvert. Ça va dessaler le bateau !
14.42.681N 17.25.553W Sénégal baie de Hann

Le 13.03.2008
J’attends Pape pour la première couche d’epoxy brai dans les fonds.. Il arrive vers 10h30 et se met au travail. La base et le catalyseur se mélangent 50/50%. L’époxy brai est noir. Dommage, parce que c’est plus difficile de voir l’état des fonds avec du noir qu’avec une couleur claire…
Salifou est venu et il m’apporte une lampe solaire que je lui achète pour éclairer le cockpit aux mouillages.
Après je vais à la menuiserie pour refaire faire un panneau de descente. L’actuel a vécu et il n’est pas étanche. J’en veux un doublé d’inox. Il faut donc que le menuisier travaille avec le soudeur et que chacun fasse son prix… Je saurai demain…
Je vais avec Salifou voir à L’ADP, l’association voisine, un certain Mar qui fait des régulateurs d’allure. Nous le voyons. Il nous dit qu’il peut en faire de différents types. Il viendra voir au bateau.
Nous allons ensuite près du CVD dans un magasin d’articles de pêche. La jeune femme qui le tient avec son père a travaillé des années au Japon et elle importe presque tous les articles du Japon. Je lui achète des cuillères et quelques leurs dans l’espoir de pêcher de plus gros poissons. J’espère attraper des daurades coryphènes sans casser cette fois….
Je rentre au café wifi et je trouve Mimi qui revient d’une consultation à l’hôpital pour une légère infection. Elle a été accompagnée gentiment par deux sénégalaises amies. Elle a vu un hôpital moderne et un médecin bien au courant des traitements. Elle doit retourner en ville demain pour analyses et nouvelle visite. Elle n’a pas payé la consultation.
Mar vient me voir, il a un moment et il peut aller au bateau. Nous prenons la barque du passeur et il regarde la configuration du Diam Rek. OK, c’est possible, me dit-il. Je peux en faire un comme j’ai fait sur un bateau qui est mouillé non loin. Nous pourrons aller le voir ensemble. Demain il me dira ce qu’il peut faire, à quelles conditions et dans quels délais…
Plage de HannPlage de Hann
Alors à demain !
Je retourne à l’espace wifi et retrouve Mimi qui se renseigne sur le Brésil.
Demain j’irai à l’ambassade du Brésil pour avoir un visa et nous renseigner sur les conditions d’admission pour Salifou….

Le 14.02.2008
Aujourd’hui c’est la Saint Valentin. Je suis heureux d’être avec Mimi, de l’aimer et d’en être aimé ! Si nous pouvions aller en boîte aller danser, ce serait super !
En attendant la matinée commence avec Pape et la seconde couche dans les fonds. Puis il emporte de l’acétone et de l’époxy brai pour dégraisser les deux réservoirs et passer de l’époxy sur le fond et les bords pour assurer une étanchéité parfaite.
Mimi est partie seule en taxi dans Dakar à l’institut pasteur pour faire des analyses. Elle appréhendait un peu d’y aller seule, mais elle est partie courageusement.
Hôpital militaireMimi et les sages femmes
Salifou arrive. J’appelle l’ambassade du Brésil. Nous pouvons y aller avant 13h.
Nous prenons un taxi et tombons dans les éternels embouteillages de Dakar.
Une rue du quartier de Bel AirPlace de l’indépendanceLes nouveaux bus indiens Tata
Le taxi nous dépose, mais il s’est trompé. Nous demandons à des passants et marchons un moment avant de trouver. Dans un immeuble moderne, c’est au 4ème étage après avoir laissé les pièces d’identité au gardien. Une personne sénégalaise nous reçoit. Pour moi pas besoin de visa me dit-elle aimablement. Pour Salifou ? Que va-t-il faire au Brésil ? Du tourisme ? demande-t-elle peu aimable et dubitative. Il lui faudrait alors une garantie de ressources… Il vient comme équipier avec moi et ma compagne ! Elle me regarde toujours dubitative et me dit qu’il doit remplir le dossier complet et qu’on verra alors… Le Brésil ne veut pas d’immigrés des pays pauvres !
Nous allons ensuite dans un magasin qui fait les tampons pour faire faire un tampon pour le bateau. C’est parfois utile pour les autorités. Muni d’un tampon il est possible d’avoir du gasoil hors taxe au port, comme les navires de commerce. Comme je dois faire le plein, ça m’intéresse. Ce sera prêt à trois heures. Nous repasserons.
Marchand sur le trotoirEntrée du marché KermelLe marché KermelLa rue près du marché
Je cherche une alimentation stabilisée pour l’ordinateur portable du bord et celui de Mimi. Nous allons dans un magasin d’informatique qui ne vend que le matériel. Il nous renvoie ailleurs, en vain. Nous nous arrêtons pour déjeuner et je prends une pizza pour changer. Salifou prend un chawarma. Nous faisons dans l’international !
Le tampon est prêt. Après nous cherchons l’alimentation. De boutique en boutique nous demandons. Un vendeur finit par me montrer quelque chose qui fonctionne sur 220 volts. Moi je veux partir du 12 volts. Il comprend enfin et va me chercher dans un autre magasin l’alimentation. On vérifie sur un portable Sony. Il n’y a pas la prise adéquate. Il en prend une dans une alimentation 220 volts et ainsi ça va. Nous négocions le prix. Salifou défend mes intérêts et le ton monte avec le marchand intermédiaire. Nous partons. Il nous poursuit dans la rue et négocie. Nous tombons d’accord sur un prix et revenons au magasin.
Après ces courses nous reprenons un taxi pour rentrer.
Nous allons directement à l’ADP pour voir Mar à propos du régulateur d’allure. Pas de chance, il est parti convoyer un voilier à Sally sur la petite côte. Il faudra repasser demain…
Salifou repart sur son fier engin auquel il a donné le nom du cheval du plus célèbre résistant à la colonisation française!
Salifou et Malaw son fier coursier
Je rentre au CVD. Mimi arrive ; elle aussi a eu une journée bien pleine dans Dakar. Elle est allée au laboratoire pour son analyse ; elle aura les résultats lundi… Ensuite elle est allée acheter du tissu teinté à l’indigo. Elle a durement négocié. Puis elle a trouvé un tailleur pour faire un boubou. Nouvelle négociation. C’est difficile de trouver une base pour négocier et obtenir un prix juste….
Ce soir je pensais aller en boîte pour écouter de la musique et danser à l’occasion de la Saint Valentin. Mais Mimi est fatiguée… Nous rentrons donc dîner et nous reposer au bateau…

Le 15.02.2008
Ce matin Pape passe la dernière couche d’époxy brai dans les fonds et dans les réservoirs.
Pape a 29 ans ; il a fait 6 ans dans l’armée.Son père était militaire 20 ans, il a fait l’Indochine dans l’armée française. Alors il a voulu que son fils soit militaire.Pape me dit que vous les Français vous n’imposez rien aux enfants mais qu’au Sénégal lorsque les enfants parlent du droit des enfants aux pères ils ne comprennent pas ! Il a fait 6 ans la guerre en Casamance puis en Guinée. IL a quitté l’armée pour ne plus se battre pour des gens qui veulent rester chef, pour ne plus tuer des frères. Maintenant il veut se battre pour sa vie !
Le menuisier vient essayer la fermeture de la descente qu’il a préparée. C’est un jeune de 28 ans qui est menuisier depuis des années. Il me dit qu’il travaille doucement pour travailler avec sa tête, sinon ça ne va pas. Il parle assez peu le français, juste de quoi se débrouiller.
Mimi est partie au bar wifi. Elle est contrainte de quitter le bateau pour laisser place aux travaux. Ce n’est pas très reposant pour elle, elle est tributaire des horaires des autres…
Je vois le soudeur ; il n’a pas trouvé de tôle d’inox pour ma descente, mais il a trouvé une tôle d’alu. OK ça pourra aller aussi bien.
Je déjeune avec Mimi qui quitte un instant ses recherches sur internet sur les épices dans la cuisine de différents pays et de différentes époques. Quelle chercheuse, ma compagne !
Mimi donne le linge sale à Fatou qui lave toute la journée dans ses bassines le dos plié!
Lavandière au CVD
L’après-midi je vais à l’ADP (Amicale Des Plaisanciers) un peu plus loin sur la plage.
Mar est là. Nous discutons de régulateur d’allure. Il me montre des plans d’un régulateur proche du Cap Horn. Il me dit qu’il peut le fabriquer et le monter sur mon bateau. Il peut m’en montrer un sur un bateau. Nous allons y aller. Il veut téléphoner au propriétaire pour lui demander de monter à bord, mais il ne trouve pas le numéro… Il cherche un bon moment et finit par trouver. Reste à trouver le passeur de l’ADP, ce qui prend encore un bon moment. Nous allons à bord d’un bateau acier, C’est celui de Jean-René qui navigue seul à 65 ans. Nous rentrons dans son bateau qui est aménagé de bric et de broc. Un vrai capharnaüm ! Il vit sur son bateau depuis 19 ans. Il me dit tout le bien qu’il pense de ce type de régulateur. Puis nous allons voir le sien et il me montre comment il est fait et comment les différentes pièces bougent en fonction du vent et de la mer. Le safran est pendulaire ce qui lui donne une pleine puissance même à la gîte.
Régulateur d’allure
C’est simple et robuste. Il n’y a pratiquement pas de pièce fragile qui peut s’user comme sur d’autres types de régulateur. Ce type de régulateur m’intéresserait. Nous rentrons à l’atelier. Mar est abordé par d’autres clients qui lui demandent quand il s’occupera d’eux !
Enfin seuls nous parlons de choses précises : les délais environ dix jours et le prix. J’ai vu le prix du fabricant canadien 2500 euros plus le port et l’installation. Mar me demande 850 euros tout installé. Je propose 600 ; il descend à 750.
Je lui demande de réfléchir et lui dis que nous nous reverrons le lendemain… Je pars hésitant car quelle sera la qualité de l’engin et la fiabilité des pièces ? Quel recours ais-je au cas où ça marche mal ?
Je rentre au CVD et voit Mimi discutant avec Agnès et Sonia, deux jeunes filles sympa qui cherchent un embarquement pour le Saloum ou la Casamance. Elles attendent en vivant au CVD au milieu des navigateurs.
Je vais sur internet chercher davantage de documentation sur les régulateurs.
En début de soirée, vers 19h, un groupe gabonais s’installe et joue des airs entêtants. Peu à peu les gens dansent. Mimi n’est pas la dernière. Je m’y mets aussi. Nous passons la soirée à danser. Les filles sont endiablées.
Mimi danse!Bar du CVDLe groupe Gabonais
Les hommes mettent plus de temps à s’y mettre. Mais tout le monde danse jusque passé 22h.
Je danse aussi!DanseusesMimi et les musiciensSoirée dansante
Pendant les poses je discute avec Katherine (que nous avions rencontré à Cascaïs au Portugal sur le bateau Timshel) Elle revient du Saloum où elle avait une mission de voile sans frontière. C’est la première fois qu’elle vient au Sénégal. Elle me dit que Dakar, c’est le choc, lorsqu’on arrive ! Elle ne connaissait de l’Afrique que la danse qu’elle pratique en France depuis des années.
L’un des musicien donne son collier à Mimi qui le porte fièrement. Il demande à Mimi s’ils peuvent revenir jouer, croyant qu’elle est la responsable. Mimi va voir les serveuses du bar et apprend que le CVD les a payés pour cette soirée mais n’a pas les moyens de les payer pour une autre soirée. Mimi propose que chacun verse 1000 ou 1500 FCFA pour payer une nouvelle soirée. Elle fait un tour de l’assistance pour proposer sa solution. Elle reçoit un accord général et une autre soirée est programmée pour vendredi prochain !
Voilà le dynamisme de Mimi qui donne des résultats sympas !
Je vais prendre une douche fraîche et nous rentrons au bateau pour un bon repos !

Le 16. 02. 2008
Je me réveille avant 9h pensant que Dialo viendra poser les réservoirs. Nous prenons le petit-déjeuner tranquillement. Mimi veut aller au marché pour la fripe dont elle a entendu parler. Elle prend le passeur et me laisse au bateau.
Je peux écrire dans le calme.
Le menuisier vient essayer le panneau de descente avec sa plaque de contreplaqué et ses deux plaques d’aluminium. Ça ne rentre pas dans la gorge, il va devoir raboter… Il repart avec la prochaine navette.
Dialo arrive avec un mètre, mais sans les réservoirs. Il vient mesurer le tuyau d’arrivée de gasoil que je lui ai dit de changer. Il lui faut 1,5 m. Il va aller l’acheter en ville et il viendra après déjeuner installer les réservoirs…
Je peux donc aller au café wifi…
J’y déjeune pendant que Mimi se balade seule dans Dakar. Elle n’était pas trop rassurée d’aller seule en ville au début ; maintenant elle ose et se débrouille bien pour négocier les prix, pour demander des renseignements…
A 14h, Dialo et Pape arrivent avec les réservoirs sur une brouette. On les charge sur la barque du passeur et en route pour le bateau avec Salifou. On les débarque sur Diam Rek. Maintenant il faut les faire passer dans la descente ; ça passe juste. Pour positionner le premier, pas de problème. Pour le second il faut pousser la table et les plaques du plancher qui la retiennent…
Les deux réservoirs sont en place. Dialo et Pape fixent tous les branchements de gasoil. Ça ne devrait plus fuir. On remet les planchers, la table et la descente et le bateau reprend un aspect vivable.
Nous retournons à terre et je trouve Mimi qui m’avait déjà fait passer le message par le passeur de ne pas m’inquiéter, qu’elle était bien rentrée. Je la retrouve dans un hamac, se balançant doucement. Elle me raconte sa balade jusqu’au marché de la fripe. Elle n’a pas trouvé tout de suite ; elle a demandé plusieurs fois. Dans le marché elle a été suivie par un homme, sans doute un voleur qui la frôlait plusieurs fois. Excédée, Mimi a fait face après avoir essayé de le semer plusieurs fois en vain. Elle lui dit que s’il est un homme qu’il vienne lui dire ce qu’il veut et pourquoi il n’arrête pas de la suivre et de l’embêter. L’homme ne sait plus quoi faire ; des femmes prennent le parti de Mimi et disent que c’est un voleur. Il détale et disparaît Mimi a trouvé des habits qui lui ont plu dans le marché à fripe pour moins d’un demi euro pièce…. Elle revient triomphante !
Un petit tour sur internet. Je vais sur MSN et trouve mes enfants en ligne. Je dialogue avec Jonathan, le compagnon de Sophie. Il a envie de dialoguer, alors que Sophie est indisponible, hélas. Un court échange avec Maxime qui est surbooké avec ses affaires de guitares de collection. Enfin je suis heureux de les avoir eu un moment, depuis le temps que je n’ai pas de leurs nouvelles ! Ils vont bien, c’est déjà pas mal…

Le 17.02.2008
C’est dimanche, pas de travaux aujourd’hui et Mimi veut aller au marché aux poissons de Hann. Après avoir paressé au lit, nous y allons en prenant la route ensablée qui longe la plage derrière une rangée de villas les pieds dans l’eau.
Quelques centaines de mètres après le CVD commence un endroit moins résidentiel, avec boutiques et gargotes. Un embouteillage de camion bouche la rue. Un policier essaie sans résultat de faire circuler. La rue est parsemée de mares boueuses. Il y a l’usine à glace pour réfrigérer les poissons. Les camions viennent s’approvisionner et jettent la vielle glace pilée… On enjambe ou contourne les mares. Là les gens sont nombreux à travailler, à venir acheter. On se fraie un chemin. On arrive au marché aux poissons. Il faut comprendre ce qui se passe, comment tout ce fouillis est organisé. Ce n’est pas simple.
En bord de mer on voit de grandes pirogues avec de nombreux marins qui déchargent le poisson dans des bassines.
Pirogues
Des hommes marchent dans la mer en ayant de l’eau plus haut que la taille et viennent chercher les bassines lourdement remplies de poissons. Des mareyeurs achètent en gros. Des revendeurs viennent acheter aux mareyeurs de petites quantités de poissons. Ils font des tas dans des bassines ou sur le sable et vendent aux clients qui déambulent entre les tas et les vendeurs.
Un jeune Sénégalais sympathique et pas collant vient se proposer pour nous accompagner. Il s’appelle Daouda. Il nous escorte et nus aide à discuter les prix. Mimi choisit des rougets barbets, puis des tiofs et des daurades rouges et enfin des crevettes.
Il faut alors trouver une femme qui va les vider, les écailler, les laver. Les écailleuses sont assises derrière leur billot de bois dur avec une serpette et leur brosse à clous. Et elles préparent les poissons tout en papotant. Elles travaillent au soleil, avec leurs boubous de toutes les couleurs. On discute les prix avec une puis une autre et l’on tombe d’accord pour 700 FCFA.
les écailleuses
Alors commence l’attente à l’ombre sur des bancs en béton prévus pour les clients. A côté de nous un riche bourgeois attend. Nous n’arrivons pas à entamer une discussion. Nous lui offrons de la noix de coco qu’il refuse. Daouda et un enfant ne refusent pas. Un mendiant passe l’homme riche donne l’aumône sans un mot, sans un sourire. Un vendeur de sacs plastique passe, l’homme achète un paquet de sacs sans mot dire…
Nos poissons sont prêts. Nous partons par la plage. Les piroguiers continuent à vider leur pirogue. Les débardeurs triment dur. Les bassines passent de la tête de l’un aux bras d’un mareyeur.
Retour de pêche
Des tas de poissons se font sur la plage. Il y a aussi des tas de poissons invendus et qui ont souffert de la chaleur. Ça sent fort. Plus loin il y a une benne qui attend au soleil, pleinne et odorante. Elle est destinée à une usine qui fait des aliments pour animaux… Pauvres animaux !
Poissons pour chatsPoissons dans la bennePoissons pour les enfants de la plage
Plus loin il faut faire un détour car un égout de Hann se jette directement dans la mer. Après un canal ouvert, il serpente sur la plage. Là, ça sent vraiment la merde !
Egout directement dans la mer
Plus loin nous passons près de chiens qui dorment sur la plage, sur le sable ou sur le matelas d’algues fraîches…
Pirogues de HannMimi et la pirogue de pêcheSéchage du poisson sur la plage
Nous rentrons au CVD et Mimi se débrouille pour cuire les crevettes que nous mangeons telles quelles sur une table dans la cour. Hugo et Aurélie viennent et en mangent aussi tout en discutant. Ils partent tout à l’heure pour La Casamance en camion avec un gars d’une association. Ils attendaient un bateau ; faute de bateau ils prennent un camion. Ils sont jeunes et prennent une année sabbatique. Agnès et Sonia aussi partent avec le camion. Elles aussi attendaient un bateau… Ces jeunes qui vivent l’aventure sont sympathiques. Ils apprennent la vie ainsi en bougeant. C’est riche et joyeux.
L’après-midi nous allons chez le petit tailleur auquel Mimi a laissé du tissu pour faire un Boubou. Même le dimanche, il est là. Il discute avec un ami et prenant le thé. Il nous fait place et nus offre le thé.
Rue de Hann
Il s’appelle Abou et a la quarantaine. Il revient de Côte d’Ivoire où il a travaillé 16 ans. Il nous raconte les débuts de la guerre civile, toutes les exactions des militaires du gouvernement qui tuaient les opposants, les étrangers. Il a assisté à des exécutions collectives. Il a pu échapper à un triste sort. Une fois il a été pris avec d’autres étrangers. Les militaires voulaient de l’argent. Ils les ont fait marcher à quatre pattes sur une longue distance en les « chicotant ». Finalement après leur avoir tout pris ils les ont laissés. Ouf ils ont eu la vie sauve ! Alors Abou a trouvé un moyen de quitter le pays en frôlant la mort, mais il a réussi.
Aujourd’hui il est dans son pays, il gagne moins mais il est heureux en sécurité. Néanmoins lorsqu’il voit des militaires il revoit les scènes passées et il a peur. Il reste marqué.
Travail sous l’oeil du PrésidentAbou, le petit tailleurDepuis l’atelier d’Abou
Il est marié depuis plus de dix ans avec une femme que sa famille lui a choisie. Il est Peul et c’est ainsi dans son ethnie. Hélas il n’a pas pu avoir d’enfant, mais il espère et garde son épouse.
Un ami malien vient le voir et nous prenons le second thé ensemble il fait Bamako, Dakar et retour en camion, comme chauffeur. Il gagne 50000 FCFA plus 25000 FCFA d’indemnité de voyage… Ce n’est pas lourd, mais il a un boulot… La vie est dure en Afrique…
Des enfants viennent et Mimi donne une pièce. Ils vont acheter une dose de lait en poudre qu’ils sucent comme un bonbon. Un garçonnet tire un camion en carton, une boîte de biscuit.
Enfant au camion
Des fillettes viennent et font du thé lorsque nous avons pris le troisième. Elles le préparent et nous offrent un quatrième thé, tout aussi bon. Je les photographie. Alors tous les enfants de la rue rappliquent et veulent se faire photographier. Je prends la photo puis leur montre sur l’écran. Grands éclats de rire ou d’admiration !
Enfants de HannDrôle de coopération versocoopération’>Drôle de coopération
Nous rentrons au CVD puis au bateau.
Dépôt de painMimi et les fleurs
Avec le reste de crevettes cuites Mimi prépare des nems. Au moins une quinzaine… Nous avons de la sauce soja et de la sauce pimentée à bord. C’est un délice ! Au bout d’un moment il n’en reste plus !
Alors il fait bon se coucher, bercés par la mer et le bruit du vent…. Un peu de lecture, un câlin et un sommeil bien mérité.

Le 18.02.2008
Pas de vent cette nuit, la mer est toute plate ce matin. Des milliers de sardines flottent sur l’eau. Des chalutiers chinois sont passés hier au soir. Ils ont dû trier leur prise et rejeter ce qui ne les intéressait pas. Même les aigrettes et les hérons ne les mangent pas, Ils veulent du poisson vivant…
Mimi part au Wifi et moi j’attends Pape qui vient démonter une pompe manuelle dont la membrane a lâché. Il la démonte et nous allons tous deux à terre.
Mimi commande à Fatou des salades et des poissons grillés en lui donnant les poissons…
Après le repas, je vais avec Salifou à l’ADP pour voir Mar à propos du régulateur d’allure.
Nous passons par la plage. On sent la chaleur monter du sable. Le soleil tape dur aujourd’hui, et on le sent d’autant plus qu’il n’y a pas de vent.
Mar n’est pas là, mais il va venir. Nous attendons dans l’atelier en plein air et dans les odeurs d’égout nauséabondes. Pauvres travailleurs des ateliers de l’ADP lorsqu’il n’y a pas de vent pour emporter les odeurs ailleurs….
Sur place je rencontre Jean-René et son ami Michel. Michel est ingénieur électricien. Nous discutons de mes problèmes de tension électrique basse qui ne remonte plus comme avant.
Il veut bien venir voir en se faisant payer. De toute façon j’en ai besoin.
Je laisse Salifou attendre Mar et discuter le prix avec lui et je vais au bateau avec Michel. Pape aussi nous suit avec la pompe de cale réparée avec de nouvelles membranes.
A bord, Pape remonte la pompe et Michel mesure le courant venant du panneau solaire. Rien ou presque, un seul volt ; il y a coupure du circuit du panneau, il faut vérifier le circuit.
Effectivement nous trouvons vite : les fils électriques sont corrodés par l’eau de mer à l’endroit où ils sortent du tube inox du portique. L’installation a été mal faite, le passage du fil n’est pas protégé par un caoutchouc et l’inox a coupé la gaine protectrice du fil. L’eau de mer a fait le reste. Le fil est réduit à une poudre verte d’oxyde de cuivre…
Idem pour le fil de l’antenne GPS. Heureusement il y a du rab de fil. Nous réparons avec Salifou. Demain nous irons acheter du fil résistant à l’eau de mer en ville.
Le passeur me fait passer un billet avec un numéro de téléphone à appeler avant 18h. C’est le douanier qui s’occupe de ma demande de prolongation de séjour de six mois. Je pourrai avoir le papier demain. Je passerai donc en allant en ville.
Nous retournons au CVD. Salifou rentre chez lui et je vais prendre une douche.
Un court passage sur le net, pendant que Mimi est sur MSN avec Manal. J’en profite pour lui passer quelques phrases. Ça fait plaisir de s’écrire même rapidement…
Nous rentrons dîner sur le bateau.

Le 19.02.2008
Pendant la nuit j’ai eu une insomnie. J’ai pensé au régulateur d’allure et au dernier prix de Mar. Je ne le ferai pas faire. Peut-être ais-je trot, mai j’en ai assez des dépenses et de l’approximation car je ne sais toujours pas comment le régulateur serait installé, où passeraient les renvois… Et puis j’ai envie de quitter Dakar. Je veux avancer, voir d’autres gens que les toubabs enlisés là.
Nous allons réfléchir avec Mimi à ce que nous voulons visiter dans le coin pour le faire et partir après les derniers entretiens…
Mimi part pour l’institut pasteur pour un examen et après pour l’hôpital pour une visite.
Salifou et moi partons pour le quartier du port pour trouver du fil électrique et des cosses.
Au moment de partir le chef douanier arrive en 607 pour m’apporter la demande de prolongation de six mois avec le tampon des douanes. Muni de ce papier je peux rester tout en étant en règle…
Je le remercie vivement et il repart avec le sourire en parlant de N’Dangane où je vais passer et qu’il connaît.
Nous prenons un taxi jusqu’à un quartier près du môle 10. L’autoroute qui arrive à Dakar débouche là, au cœur de la ville. Il y a beaucoup de voitures. Nous nous faufilons sur les trottoirs entre les vendeurs d’objets les plus variés et les charrettes à bras, les voitures garées n’importe comment. Salifou va dans une quincaillerie qui a du fil électrique de la bonne section. Il n’a pas plus gros pour l’éolienne. Il n’a pas de cosses. Alors commence le tour des boutiques à l’allure improbable qui ont tous des cosses de la même taille, mais pas de celle que je cherche…. Entre temps on passe devant un centre commercial tout neuf à demi ouvert. Nous y allons car il y a une banque avec distributeur de billets. A l’intérieur c’est superbe, quelques boutiques sont déjà ouvertes. Seuls les bourgeois de la ville peuvent venir là, car tout y sera cher… Et en plus tous les alentours puent car il y a des égouts à ciel ouvert et la chaleur est forte !
Nous reprenons le taxi pour rentrer. Salifou doit repartir travailler. Moi je vais voir le menuisier pour le presser, pour qu’il finisse le panneau de descente.
Puis je vais au bateau pour changer les fils du panneau solaire.
Je commence par déjeuner à bord. Puis, en plein soleil, je suis en short torse nu et je transpire ! Je change les fils non sans mal car je ne parviens pas à les faire passer dans les tubes du portique. Je les fais passer à l’extérieur. Et ça finit par marcher. Ça va recharger un peu car pour ce qui est de l’éolienne elle ne tourne pas tant le vent est faible !
Le bateau a changé de position, il est tourné vers l’Ouest, vers le large, sur une mer à peine ridée. Je reprends la navette pour finir au frais au CVD.
Mimi est là et elle n’arrive pas à se connecter. Elle est écrasée par la chaleur. Elle a déjà pris deux douches ! Je vais dans la salle bien qu’il y fasse plus chaud, car il n’y a pas d’ordinateur connecté. Je suis seul et je me connecte sans mal. J’actualise le site avec des photos. Ça passe sans problème.
Nous prenons un e douche fraîche et nous rentrons au bateau. Toute la baie, en l’absence de vent, est plate. Revers de la médaille, elle pue l’égout. L’eau est constellée d’algues, de débris indéfinissables. Ça me rappelle Tanger, mais avec une eau plus transparente car la baie est plus grande que le port.
Sur le bateau nous dînons dans le cockpit à la lueur d’une lampe solaire. Le calme est impressionnant. La nuit est éclairée par la lune presque pleine et par les lumières du rivage. On entend dans le lointain les klaxons des voitures, un djembé, des prières d’une lointaine mosquée…
Mimi me dit son spleen, son manque des filles. Je l’écoute, ça me fend le cœur. Que puis-je faire ? Si elle rentre tous les quelques mois chaque retour sera pire… Comment cela peut-il s’arranger…
L’énergie à bord étant basse, je mets une demi-heure le moteur et pendant ce temps le frigo.

Le 20.02.2008
En écrivant la date je mets 1998… Il faut que j’actualise. Le temps passe vite. D’ailleurs voilà deux semaines que nous sommes à Dakar. Il ne faut pas que ça dure. Je vais finir de m’occuper de l’évacuation de l’évier qui pose problème, d’une dent qui me pose problème et nous irons visiter ce que Mimi voudra voir, et nous descendrons jusqu’à Warang.
Ici des toubabs s’enlisent ; certains sont là depuis 4 ou 5 ans. Ils sont mariés en France et ont une femme Sénégalaise ici. Mimi parle avec certaines Sénégalaises qui vivent au CVD. Elles vivent avec un toubab et se plaignent de ce qu’il ne leur donne pas d’argent pour la famille et de ce qu’il ne les marie pas…. Les rapports toubabs Sénégalaises sont pour le moins ambigus. Il y a de la tendresse, parfois de l’amour, de l’intérêt, de l’espoir d’une condition meilleure, de papiers français et souvent un petit ami clandestin. La famille est souvent au courant de la situation et ferme les yeux bien que ce genre de tradition soit contraire à la morale et plus encore à la tradition… Il faut bien vivre et la vie est dure au Sénégal…
Ce matin je m’occupe de l’évacuation de l’évier qui fuit. J’ai peur de démonter et de devoir chercher une pièce de plomberie dans Dakar, comme une aiguille dans une botte de foin…
Finalement à l’heure du déjeuner, j’ai repéré les fuites ; j’y ai remédié en partie, mais il me manque des réducteurs.
Entre temps, j’entends la navette et des appels. Je remonte et vois la sûreté nationale. Parmi les policiers je reconnais Monsieur Diouf qui m’a mis les tampons sur les passeport à mon arrivée. Je le salue ; il monte à bord, un adjoint aussi. Il veut vérifier les papiers des personnes car début mars il y aura à Dakar la réunion des chefs d’états de l’OCI (l’Organisation de la Conférence Islamique). Alors police, sûreté, douanes vérifient plein de choses et de gens dans Dakar. Tous les étrangers font l’objet de vérifications…. Les tenanciers de boites, cafés, magasins sont vérifiés…
Monsieur Diouf regarde les passeports puis le passe-avant. Il s’aperçoit qu’il a fait une erreur de mois sur le tampon d’entrée… Il me dit qu’il faudra passer pour corriger ! Son adjoint note le nom du bateau, des gens…
Ils saluent et reprennent la navette. D’autres policiers sont sur un autre bateau…
Je me remets à la plomberie. Puis je vais au CVD. Je demande à Dialo de me trouver les réducteurs et tuyaux souples manquants. IL va y aller pendant le déjeuner…
Je vais sur internet et reçois un mail pour Mimi d’Agnès qui a lu son livre avec grand plaisir. Hier c’était Marie-Thérèse. Ça fait plaisir à Mimi et à moi !
Nous dînons à la fraîche dans le cockpit avec juste un peu de vent frais qui fait du bien. Le bateau a tourné plusieurs fois de direction dans la journée. Là il est plein ouest, vers l’océan, vers l’Amérique. Une invitation au départ !

Le 21.02.2008
Ce matin il fait déjà chaud. Pas de vent, pas une ride sur la mer ; la pétole complète…
Je vais avec Salifou qui est arrivé tôt voir Bernard qui m’explique la démarche à suivre pour obtenir du gasoil détaxé au port…. Alors nous allons au port. Nous allons dans l’un des môles. Pour entrer il faut un laisser passer. Salifou donne un billet de 1000 FCFA au gardien pour qu’il s’achète une boisson et il nous dit de passer. Nous allons au bout de la route. De chaque côte il y a des usines délabrées, fermées. Une grande usine de congélation de poisson est fermée. Les ouvriers sont resté travailler sans être payés 52 mois, puis ça a fermé. Le gouvernement a vendu les droits de pêche aux chinois qui congèlent eux-mêmes en mer… Le port a l’air à l’abandon.
Finalement on nous dit que c’est à un autre môle. Nous rebroussons chemin. Je repassant devant le gardien je dis à Salifou de redemander au gardien le petit billet puisque nous nous sommes trompés. Salifou rit et me dit que nous sommes entrés quand même…
Nous allons à l’autre môle indiqué. Là un autre gardien nous barre la route et v eut un billet. Salifou dit qu’il a déjà donné à l’autre et que nous nous sommes trompés de môle. Le gardien finit par nous laisser passer, car d’autres attendent pour passer moyennant un billet….
Nous prenons une route qui n’en finit pas entre des tas de souffre et des containeurs, des piles de containeurs. Des camionneurs dorment dans les camions ou à l’ombre des camions.
Un grand sac de produit blanc est au milieu de la route éventré par la chute. Personne ne s’en soucie. On passe à côté. Salifou me dit que si c’était du riz, les gens se seraient empressés de le ramasser !
On arrive chez le pétrolier Oryx, bureau des carburants. Un homme nous reçoit. Il va remplir son livre, mais il a un doute sur la quantité minimum pour l’exonération de taxes. Il téléphone à la personne compétente qui lui dit 2000 litres. J’insiste car un autre voilier a fait le plein de quelques centaines de litres. Il me passe la demoiselle en question. Je tente de négocier. Elle est aimable, mais ferme : pas en dessous de 2000 litres.
Nous rebroussons donc chemin sous un soleil de plomb. Nous prenons un taxi pour le retour jusqu’au CVD et je vois Dialo qui a trouvé les cosses de la taille que je ne trouvais pas et des pièces de plomberie qui devraient aller. Je retourne au bateau avec Salifou et je me mets à la plomberie. Je peux raccorder le lavabo tribord puis l’évier. Je sers fort les serflex et ça marche, ça ne fuit plus. Salifou m’aide.
Mimi a passé la matinée à bord pour se reposer, pour lire tranquille un livre de Mimi Moati. Elle a préparé un ragoût de pomme de terres. Salifou mange avec nous. Mimi est contente de déjeuner au bateau et que Salifou déjeune avec nous. Dans l’après-midi nous allons au CVD.
Avec Salifou nous buvons un coup, puis il rentre à Grand Dakar.
Je fais des courses, pain et légumes et rentre au bateau. Mimi n’est plus là. Je constate que l’énergie est toujours basse. Je fais tourner le moteur trois quarts d’heure et ça remonte au-dessus de 12,2 volts.
J’attends Mimi en lisant. Elle est allée à terre sur internet. Lorsqu’elle rentre, la nuit tombe et je suis dans le cockpit à la fraîcheur. Je regarde ce paysage irréel. On ne distingue plus l’horizon vers le large. Le gris règne et englobe tout.
PétoleGrand calmeCalme du soirCoucher de soleil calme
Les lumières des villas et de quelques bateaux brillent et se reflètent d’ans la mer calme. On entend au loin les chants de prière des Bail Fall, cette sorte de musulmans du Sénégal qui suivent les préceptes de Lamp Fall, leur marabout fondateur. Ils chantent le soir des heures face à la mer, infatigablement. Ils ne prient pas le reste de la journée. Ils essaient de convertir et de réunir de l’argent pour leur mosquée.
Ce genre d’Islam déconcerte Mimi habituée à celui de l’Algérie et de l’Irak. Ici c’est différent.
Mimi dans le frais du soir

Le 22.02.2008
Ce matin j’ai rendez-vous chez le dentiste pour fixer de nouveau un inlay fait en décembre seulement à L’Hay les roses. Il s’est descellé sans même que je ne mange…
J’arrive un peu en avance. Une belle secrétaire me fait attendre dans la salle d’attente secrétariat. Il y a le Figaro Madame et autres revues françaises et africaines. Mais je n’attends pas longtemps. Le dentiste me fait entrer. Il regarde et me dit qu’il va s’en occuper. Il enlève l’ancienne résine sur l’inlay, essaie en bouche, prépare sa résine et remet en place l’inlay.
Il travaille avec douceur, dans un cabinet équipé d’un fauteuil des années 60, mais très bien conservé.
L’opération finie, sans l’aide de son assistant, il va au bureau auquel travaille sa comptable. IL me fait une facture manuscrite de 12000 FCFA. Je paye et me voilà reparti dans l’espoir que ça tienne mieux que la fois précédente. Je pense à mon ami Jean-Louis et à son cabinet de Neuilly… Deux façon d’exercer le même métier!
Je rentre au CVD et trouve Mimi qui va en ville au marché Sandaga. Elle veut voir des merceries, puis de fruits et légumes.
D’abord nous passons chez le fabriquant de sandales à qui Mimi a commandé les sandales sur mesure de son choix. Il a beaucoup de travail. Il vend jusqu’en France. Il nous montre le book avec ses réalisations. De bien jolie choses avec des cuirs de qualité de France…
Le chausseurLes apprentis chausseursChaussures
Nous prenons un de ces nouveaux bus Tata. Ils sont bleus et longs. Les gens s’entassent dedans, assis et debout dans les allées. Nous entrons de justesse en nous tassant. Oui il va à Sandaga. C’est bon, nous ne nous sommes pas trompés, c’est bien le 16. C’est 300 FCFA pour deux. J’ai un billet de 1000. Je le fais passer. Il passe de main en main jusqu’au receveur qui est au milieu du bus dans une cage grillagée. Il rend ma monnaie qui circule de main en main jusqu’à moi avec les billets. Plus tard ce sera moi qui passerai la monnaie des autres, à mon voisin qui la passera à quelqu’un d’autre. La monnaie ne se perd jamais.
Banlieue de Dakar
Mimi m’entraîne dans une mercerie, puis une seconde. Elles sont vastes, avec des milliers d’articles. Mimi cherche des cotons pour faire de petits bracelets…. Des Libanais tiennent ces magasins et les magasins de tissus des alentours.
Mimi et les tissus
Nous allons dans une troisième. Pendant que Mimi cherche, je discute avec le patron dont la famille, partie pour le Brésil en 1930, s’est arrêtée à Dakar et s’y est fixée. Ils n’ont pas de problèmes avec les Sénégalais, si ce n’est avec des fonctionnaires corrompus qui les raquettent périodiquement. Avec la population, pas de problème. Mais il a peur car il pense que ça peut exploser à tout moment tant les inégalités sont grandes et tant une grande partie de la population est pauvre et a parfois faim…. Il encourage ses enfants à faire des études et à aller travailler dans les pays développés….
Ensuite nous circulons dans ce quartier moderne dont les trottoirs sont colonisés par des échoppes, des étals en plein air. La circulation y est difficile. Piétons, charrettes, voitures se disputent la chaussée. Attention aux voleurs nous disent certaines personnes spontanément. Tenez bien vos sacs !
Nous rentrons dans le marché Sandaga, un vieux bâtiment datant de la colonisation qui n’a pas changé et qui bruisse d’activité dans l’ombre.
Le marché Sandaga
Nous passons devant « la Galette », une super boulangerie pâtisserie à la française. Mimi veut regarder. Je lui offre une glace. Elles sont très bonnes. Elle achète une brioche. Nus allons au marché Sandaga. Un vieux bâtiment d’avant l’indépendance qui n’a pas été rénové depuis. Les étals sont les uns contre les autres. Les poulets sont couverts de mouches, mais tout frais. Fruits et légumes sont nombreux, mais chers. Les Sénégalais ne mangent pas beaucoup de légumes, ni de fruits trop chers dans un pays sec. La Casamance regorge pourtant de fruits et de légumes mais c’est loin et il faut traverser la Gambie qui prélève des taxes…
Nous déjeunons dans un restaurant libanais. Les gens qui y déjeunent ont des boubous très colorés, superbes. Dans la rue les femmes sont très élégantes et ces couleurs vives leur vont bien ! Les hommes ne sont pas en reste avec de superbes boubous.
Nous rentrons au CVD épuisés. Mimi va prendre une douche et je vais au bateau. J’écris et plus tard je reviens au CVD, sur internet.
Je relève mes mails. Merci à mon ami Jean-Michel qui me signale que l’on ne pouvait plus accéder aux articles sur l’Espagne et au Portugal. Vérification faite dans la gestion du site, une erreur de date faisait que l’on aurait vu les articles en août 2008! L’erreur est réparée. Ce genre d’aide m’est précieuse; elle permet d’optimiser le site pour une meilleure lecture, pour la satisfaction des chers lecteurs. Je suis très attentif à vos remarques et je vous en remercie par avance.
Mimi est sur internet ; moi, je n’arrive pas à me connecter. Lorsque nous sommes nombreux, certains ne peuvent y accéder…
J’y parviens enfin et j’actualise le site.
Je vais discuter avec Bernard, éternel discutailleur qui a toujours quelque chose à raconter, sa vie ou des potins. J’échange avec lui des idées sur l’énergie à bord. Il me dit qu’Arona a récupéré un régulateur d’allure Atom, une bonne marque. A voir… Il peut me tréter un groupe électrogène pour charger mes batteries. Si non il me faut mettre le moteur 3 ou 4 heures, pour les charger vraiment.
Le groupe de musiciens arrive et joue un moment. Comme il y a peu de monde disposé à participer pour les payer, ils ne jouent pas longtemps et s’en vont…. Dommage ! D’ailleurs Mimi est aussi partie au bateau se reposer. Je rentre aussi.

Le 23.02.2008
Ce matin Mimi a rendez-vous avec la compagne d’Alain pour aller au marché à la frippe et fouiner ensemble….
Mimi et Utte
J’ai rendez-vous avec Hussein, le gardien. Il est en vacances et il s’est proposé pour me faire le plein de gasoil en bidonnant. Il va aller remplir des bidons en taxi dans une station et les apportera au bateau pour remplir les réservoirs. Il m’a demandé s’il pouvait le faire ce samedi car après il compte se rendre à Touba pour le Grand Magal, le pèlerinage annuel des Musulmans Mourides. Des pélerins de tout le Sénégal affluent à Touba. Des gens d’Europe et des Etats Unis aussi. Plus de deux millions de personnes en trois jours. Il n’y a plus un car de libre, plus un taxi brousse. Tout ce qui peut rouler va à Touba. Dakar se vide, C’est impressionnant de voir cette migration et cette ferveur. Les semaines précédentes des Bail Fall ont quêté pour financer cérémonies, déplacements, marabouts, agrandissement de la mosquée de Touba… Le Mouridisme s’est répandu au delà du Sénégal. C’est une croyance en expansion.
En attendant Hussein, je vois Dialo qui soude le piton fermé pour mon panneau de descente. Il a soudé un anneau sur une vis et une rondelle. Après il passe le meuleuse pour dégrossir, puis la lime. Avec peu d’outil, beaucoup de patience et de débrouillardise les artisans sénégalais font des merveilles.
J’en profite pour lui demander un devis pour un deuxième panneau solaire et un support orientable pour les deux sur le portique. Avec deux panneau orientables en cas de pétole, je devrai être autonome en énergie sans avoir trop recours au moteur…
Dgibi, le menuisier, muni de son piton fait par Dialo vient à bord pour essayer le panneau de descente. Tout va bien sauf l’emplacement du piton, placé trop loin pour fermer le cadenas. Il reprend la mesure et repart en navette. Il reviendra plus tard…
Il revient en effet et l’essai est concluant. Ça ferme bien et c’est plus beau et solide qu’avant !
Je vais au CVD et j’attends Mimi en surfant sur le net.
Hussein vient me dire qu’il est prêt pour faire le plein dès qu’il aura mangé. Je déjeune seul avec un tiebboudiène. Puis nous allons au bateau avec 7 bidons de 20 litres de gasoil. Hussein prend une brouette. Elle roule bien sur le sol empierré et sur les planches de la jetée. Mais entre les deux il y a la plage et le sable. Hussein tourne la brouette et la tire. Puis on charge les bidons dans la barque du passeur et enfin sur le bateau.
Evidemment les bidons n’ont pas de bec verseur. Heureusement j’ai un tuyau et un entonnoir à filtre. Ça va aller. Premier bidon sans problème ; second aussi sinon quelques impuretés retenues par le filtre. Les autres bidons contiennent un peu de gélatine qui bouche le filtre. Je nettoie souvent le filtre et je peste contre Hussein qui n’a pas lavé les fonds de bidons…
Il le fera pour le second tour.
Il repart pour rechercher du gasoil à la pompe. Je reste au bateau avec Mimi qui est rentrée du marché à fripe. Elle a fait quelques emplettes après négociations parfois ardues. Nous tentons de faire une courte sieste, mais Hussein est de retour.
Cette fois les bidons propres permettent de verser le gasoil plus vite. Hussein se plaint qu’il est fatigué, que c’est du travail dur. Par rapport au gardiennage qui lui permet de rester assis presque toute la journée, sauf lorsqu’il a mal aux fesses. Il veut faire monter le prix convenu.
Je ne suis pas d’accord. Il repart chercher une troisième tournée de 6 bidons, ce qui fera 400 litres au total.
Pendant qu’il est en route, le passeur amène Abou, le tailleur. Il vient livrer le résultat de son travail. Le pavillon français pour lequel il a changé la partie rouge qui était effilochée. Des pantalons dont il a fait les ourlets. Des affaires de Mimi qu’il a mises à la bonne longueur. Et puis des boubous pour lesquels Mimi avait acheté des tissus. Un haut de boubou blanc pour moi, pour la Saint Valentin. L’intention me touche. Je l’essaie ; Mimi est déçue elle la trouve trop grande. Moi, je trouve qu’elle est conforme à la mode des hauts de boubous locaux. Ça me convient, c’est ample, le corps respire sous la chaleur.
Mimi essaie deux boubous qu’elle s’est fait faire. Le pantalon ne ferme pas… Et puis le modèle n’est pas ce qu’elle avait demandé. Elle n’est pas contente. Elle essaie le second et c’est pareil. Elle est très déçue. Le tailleur dit qu’il va reprendre le travail et que dans deux jours il n’y aura plus de problème… Il repart en nous rappelant que nous sommes invités chez lui pour un tiebboudiène.
Sous le coup de la déception Mimi explose, disant qu’elle ne supporte pas le bateau pendant les travaux, pendant le bidonnage du gasoil… Elle prend ses affaires de toilettes et va prendre une douche au CVD.
Hussein revient et l’on remplit les réservoirs. Parfois ça refoule et il y a du gasoil dans le cockpit, parfois il verse à côté !
Lorsqu’il est parti, je nettoie avec de la lessive Saint Marc. Mimi ne revenant pas, je lis en l’attendant pour dîner. Elle finit par revenir et nous dînons. Elle reparle de ses difficultés sur le bateau. Je les connais, je les comprends. Pour une grande part je ne puis rien y faire, pour une autre part je vais essayer d’y remédier. Elle aspire à une stabilité et elle supporte mal l’aspect camping du bateau ; et puis il y a l’absence de ses filles… Au CVD elle a parlé avec des femmes de ses difficultés en voyage, elle a vu des femmes qui aiment ça, d’autres qui suivent leur mari sans trop de problème et d’autres qui peinent davantage.
J’ai organisé avec Salifou une sortie pour ce soir pour aller écouter Youssou N’Dour en ville.
J’en avais parlé à Mimi elle en avait envie. Mais ce soir elle n’a plus envie, elle a un coup de cafard. Et puis elle est fatiguée. Elle me dit d’y aller sans elle. Je ne veux pas la laisser à un moment où elle peine, où elle ne se sent pas heureuse… Je téléphone à Salifou pour lui dire que nous n’irons pas. Il est déçu et je le comprends; il s’était organisé pour ça en se libérant d’une obligation… Je regrette pour lui, mais je veux rester avec Mimi.
Nous allons nous coucher en lisant un moment.

Le 24.02.2008
Le jour me réveille et je n’ai pas le moral. Je suis très soucieux à cause des plaintes de Mimi qui reviennent souvent. Je ne veux pas que Mimi soit obligée de vivre ce qu’elle n’aime pas. J’ai peur. J’ai l’impression de redouter un orage dans la montagne, ça peut être dangereux.
Et puis ça me rappelle ce que j’ai vécu avec Françoise, lorsque je voyais que nos aspirations divergeaient, et ne pouvaient se concilier. J’ai peur que ça se renouvelle.
Mimi se réveille et s’aperçoit de mon air préoccupé. Elle me demande ce qui ne va pas. Je lui dis. Elle dit que je ne dois pas faire attention à ses plaintes qui n’expriment que ce qu’elle ressent dans l’instant, mais quelle a choisi de vivre à mes côtés et de continuer le voyage une année, de faire la traversée pour le Brésil, à laquelle elle se prépare peu à peu dans sa tête…
D’un côté ça me fait plaisir, mais je sens la fragilité de la situation. Je tiens à Mimi, je tiens au voyage… Les bonnes paroles de Mimi n’arrivent pas à me tranquilliser vraiment.
Des longues vacances, Mimi n’en a pas l’habitude. Nous verrons bien. Elle me dit que ses filles lui conseillent de continuer, de profiter du voyage, … Merci les filles !
J’ai le cœur gros.
Mimi se met à faire de la confiture de noix de coco qu’elle a achetées fraîches dans cette intention. Elle a besoin d’eau et elle constate que nous arrivons à un niveau du réservoir qui fait un filet d’eau plus mince… et avec des dépôts qui proviennent du fond. J’inverse la vanne vers le second réservoir de 220 litres. Il va falloir faire faire le plein du réservoir de 1000 litres après l’avoir vidé complètement pour tenter d’éliminer les dépôts du fond. Il faudra mettre aussi du produit antibactérien.
Le côté camping continue, il est cosubstentiel au bateau. Pour moi qui ai choisi cette aventure, je trouve ça normal et ça ne me dérange pas ; pour Mimi touts ces choses sont des épreuves. Je le comprends tout en espérant qu’elle puisse le vivre autrement…
Lorsque les confitures sont faites, nous allons au CVD. Là nous allons attendre qu’Abou viennent nous chercher pour déjeuner chez lui. Je vais prendre les nouvelles sur internet. Les nouvelles politiques me paraissent dérisoires pour la plupart. Sarkozy et Carla, les querelles pour les municipales… Quelle attitude face à la crise et aux gens qui peinent, là je ne trouve pas d’indications…
A 14h ne voyant pas Abou, je dis à Mimi que nous allons y aller. Elle me dit qu’elle a compris qu’il devais venir nous chercher. Néanmoins nous y allons, c’est à côté. Mimi passe chez le fabriquant de chaussure prendre ses nu-pieds. Ils sont beau et elle est bien dedans.
Un peu plus loin il y a l’atelier d’Abou. Nous le trouvons en train de manger avec des amis dans un grand bol à même le sol. Nous sommes interloqués. Il nous dit que notre plat est prêt et il nous le donne pour que nous l’emportions alors qu’il avait dit à mimi que nous mangerions en famille avec son épouse et son beau-frère qui rentre de France…
Mimi est très désorientée. Nous rentrons au CVD et mangeons le plat dehors, à l’ombre, sur une table.
Le tiebboudiène d’Abou
Mimi explique à la serveuse du bar ce qui vient de nous arriver. Celle-ci lui explique qu’Abou a dû agir ainsi pour que nous ne soyons pas gênés par les personnes mangeant à la main.
Nous passons l’après-midi au bar Wifi.
Les belles
Mimi discute avec Alain et il lui copie gentiment sur son ordinateur bon nombre de film. Mimi engrange de quoi regarder plus tard.
Utte, la compagne d’Alain nous dit qu’ils en ont assez du CVD et qu’ils comptent aller au Saloum dans une semaine. Nous pourrions partir ensemble ? propose-t-elle. Pourquoi pas dès que j’aurai résolu mes problèmes d’électricité. Alain discute avec moi de sources de pannes électriques. Il me donne des conseils et me dit qu’il pourra venir voir si nécessaire. Super !
J’aide Mimi à retrouver des fichiers sur son ordinateur, le fruit de ses recherches sur internet sur les cuisines du monde. Nous commençons ensemble par un sérieux nettoyage et un rangement de ses dossiers. Il y a de quoi effacer. Le reste doit être rangé avec méthode pour qu’elle puisse retrouver rapidement ce qu’elle cherche. On crée un dossier cuisine irakienne et l’on range dedans ce que MIMI a déjà écrit et ce qu’elle a glané sur le net.. On essaie vainement de faire fonctionner Skype sur son ordinateur. On efface celui qui y figure et l’on télécharge une nouvelle version sans plus de succès.
Il se fait tard, nous verrons un autre jour. Un coup de navette et nous voilà au bateau. Un repas frugal, un peu de lecture et le sommeil nous gagne après cette journée éprouvante.

Le 25.02.2008
Je retourne chez le dentiste qui m’a remis mon inlay car une partie me fait très mal à la langue. Le dentiste me reçoit. Cette fois il a une stagiaire. Je dis que je ne suis pas content, que j’ai mal et qu’il n’a fait le travail qu’à demi. Il regarde, descelle l’inlay, le nettoie et nettoie la cavité et explique des choses à sa stagiaire. Il refait le scellement ; je ne sens pas trop bien si c’est bien car j’ai la langue endolorie… Le dentiste me raccompagne et ne me demande rien. De toute façon je n’avais pas l’intention de payer !
En rentrant, j’achète des fruits et je rentre au bateau. Mimi a fait du ménage et elle cuisine des nems avec les restes de légumes qui s’abîmaient. Quelle cuisinière !
Salifou arrive, venant du port où il a négocié avec un douanier pour un containeur. Il se dit épuisé. Il dédouane le containeur d’une association avec une partie humanitaire et une autre commerciale. Le problème est que la rotation n’est pas suffisante pour assurer une bonne rentabilité…
En attendant il goûte les nems de Mimi et les apprécie ! Il reprend des forces avant d’aller au Grand Magal de Touba en fin d’après-midi.
Je l’accompagne au CVD d’où il repart. Je vais voir Dialo, mais il n’est pas là. Arona qui a un régulateur d’allure, non plus ; lui aussi est au Grand Magal. J’attendrai…
Je vois Alain qui me reparle électricité et me dit qu’il viendra à bord… Ce serait super, car je plane dans le domaine !Je vais au bateau et essaie de faire les mesures qu’Alain m’a conseillé de faire. J’y parviens en partie. Je tente de comprendre le circuit.
Je reviens au CVD. Ni Dialo ni Arona ne sont là ; ils sont partis à Touba…
En soirée nous rentrons dîner au bateau. Le soir nous mangeons des légumes, des salades, qui sont peu nombreux dans la cuisine sénégalaise.

Le 26.02.2008
En matinée, nous allons au CVD. Mimi donne du linge à laver en ayant compté les pièces pour être sure de les voir revenir toutes sans réclamations.
Chaque fois que nous prenons la navette, elle nous dépose au ponton en bois. Celui-ci nous conduit à la plage et passe au dessus des algues qui la bordent. Il y a une multitude d’aigrettes blanches, de hérons qui cherchent leur nourriture. Les cormorans sont presque toujours sur l’eau à l’affût. Ils plongent souvent pour attraper le poisson. Malgré la pollution ambiante, les oiseaux sont nombreux, les poissons aussi. Les algues sentent très fort, ce n’est pas agréable, mais c’est beau !
Plage avec aigrettesAigrettes et hérons
Dialo et Arona ne sont toujours pas là…
Je vois Alain, je lui parle des mesures électriques que j’ai faites. Il vient voir à bord et tente de comprendre le circuit. Il s’étonne du montage du séparateur de batteries qui ne peut fonctionner puisque les batteries sont aussi reliées en parallèles.
Il me fait des schémas de montages souhaitables sur un bateau de voyage. Il m’explique gentiment comme un prof, comme quelqu’un qui a l’expérience depuis la dizaine d’année qu’il navigue. Le fait qu’il m’aide m’enlève le blocage que j’ai en électricité.
Il part et je passe un bon moment pour répertorier tous les fils qui arrivent aux cosses des batteries. Pour certains c’est rapide. Pour d’autres il faut suivre tout le circuit.
Mimi revient à un moment propice pour m’aider à suivre les fils de la batterie guindeau qui passent sous la table à carte, puis dans les fonds… et arrivent bien à la batterie moteur.
Utte et Alain nous ont invités à prendre l’apéro à leur bord vers 19h.
Nous appelons le passeur qui nous dépose sur Freya, un sloop Jeanneau de 48 pieds. Nous visitons le bateau ; c’est vraiment un beau canote comme dit Alain ! Spacieux et très bien aménagé, il est agréable à vivre.
Nous discutons de bateau, des autres navigateurs du CVD, du Sénégal. Le temps passe vite autour d’un verre et d’un plat d’homoss puis de pâtés. Utte et Alain voyagent depuis dix ans et prennent leur temps. Ils vont rester une saison au Sénégal et dans la région et ne traverser vers le Brésil qu’ en novembre. Ils prennent leur temps car ils aiment cette vie tous les deux et comptent que ça dure. Pour ma part je crains que cela dure moins si Mimi ne se découvre pas une vocation de voyageuse.
Nous rentrons avant dix heures avec le passeur en ayant passé une agréable soirée !

Le 27.02.2008
En matinée, je vais en ville acheter du fil électrique car je me suis aperçu que le s fils de l’éolienne étaient coupés par la corrosion. Je cherche un coupe-circuit par la même occasion. Je trouve les fils mais pas de coupe-batterie. Je rentre au CVD et je déjeune avec Mimi qui discute avec un peu tout le monde. Elle s’est fait sa place dans ce monde de voyageurs.
Je retourne au bateau et je change les fils du circuit de l’éolienne. Pourquoi ont-ils été corrodés si vite ? Ils n’ont pas été assez protégés lors de l’installation aux points de passage entrée et sortie du portique et de la coque. Les frottements ont coupé la gaine et l’eau de mer a dissous le cuivre…
Une fois les fils changés, je veux mesurer l’ampérage du courant envoyé par l’éolienne et je trouve 0. Mystère… J’en ai assez, je retourne au CVD et je retrouve Mimi.
Un peu d’internet, une bonne douche et nous rentrons. Pour ma part je reste sur ma faim tant que je n’aurais pas mes batteries pleines !

Le 28.02.2008
Ce matin nous décidons d’aller en ville ensemble. Je suis heureux de sortir avec Mimi, de me promener avec elle !
Nous voulons prendre un bus. Ceux qui s’arrêtent, sont plein. Si plein que même les Sénégalais ne parviennent pas à y entrer. Enfin il en arrive un autre moins bondé. La route pour le centre de Dakar est bien encombrée. La Grande Magal est terminé, les dakarois de retour, vaquent à leurs occupations. Nous descendons place de l’indépendance. Nous allons vers la rue Ponty. Après quelques demandes on nous indique la grande librairie « Aux quatre vents ».
En cours de route nous trouvons une boutique d’antiquaire. La première vue ici. Dedans il y a des meubles locaux et des peintures. Enfin des peintures qui sont différentes de tout ce que l’on voit partout, toujours les mêmes. La femme qui tient la boutique nous explique qu’elle a sélectionné quelques peintres qui ont vraiment un style personnel. Effectivement ce sont de belles œuvres, qui représentent des personnages. Le travail est minutieux et fait penser aux miniatures persanes ou indiennes.
Nous allons jusqu’à la librairie. Les vitrines sont belles, avec toutes les nouvelles parutions, des livres d’art, de la littérature étrangère et africaine. A l’intérieur, des tables présentent les livres par thèmes, par sujet ou continent. Il y a toutes les revues françaises et africaines. Le rayon des livres techniques retient l’attention de Mimi qui choisit un livre de cuisine africaine beau et bien mis en pages. Plus loin il y a un rayon de livres sur les religions, surtout sur l’Islam, très fourni. Le poids de la religion ici est important dans la société. Ça se sent.
Je vais vers le rayon de littérature africaine. Le choix est vaste. Je choisis quelques livres en version poche peu chers. Mimi me rejoint et en choisit aussi quelque uns. Nous aurons de quoi lire plus tard !
C’est l’heure de la fermeture. Il faut payer et sortir. Nous cherchons un restaurant africain. Nous entrons dans un qui‘a plus de place libre, puis un autre où nous trouvons une table.
Nous prenons du riz avec du poisson grillé sauce oignons. C’est moins bon qu’un yassa poisson.
Après nous allons à la recherche d’une alimentation 12 volts pour l’ordinateur de Mimi. De boutique d’informatique en boutique d’électronique, nous ne trouvons pas et l’on nous renvoie plus loin. Jusqu’où j’en avais acheté une avec Salifou, mais qui n’avait pas une prise qui convenait pour l’ordinateur de Mimi. Nous voyons une alimentation qui semble convenir, le même que j’ai acheté mais avec l’embout qui irait. Si je revenais, je n’aurais qu’à échanger un embout pour un autre…
Nous allons rue Ponty à la recherche de tissus. Pas du tissu pour boubou, mais du tissu plus épais pour ameublement. Les Libanais vendent ce genre de tissu. Une boutique nous envoie plus bas dans la rue chez Gandhour. C’est un vaste magasin avec des milliers de rouleaux de tissus multicolores, aux motifs variés.
Mimi aimerait égayer le carré avec des couleurs claires, chaudes et lumineuses. Nous faisons les allées. Par un premier choix nous sélectionnons quelques tissus. Finalement, nous prenons deux tissus dans les jaunes et rouges orangés. Le Libanais nous dit que ces tissus sont fabriqués à Marseille. Ils sont beaux, solides, épais. Je discute un moment avec le patron né à Dakar d’une mère qui a eu 11 enfants. Lui n’en a qu’un qui « lui coûte cher » ! Une partie de ses frères et sœurs est restée au Sénégal, une autre est rentrée au Liban…
Nous allons rentrer, mais nous nous arrêtons prendre une glace à « La Galette ». Une boulangerie pâtisserie, splendide et des marchandises de premier choix ! Derrière le comptoir il y a une douzaine de jeunes filles en tenue qui servent avec le sourire. De quoi rendre jaloux bien des boulangers français !
Nous reprenons un taxi pour le CVD..
Là je vois Arona qui viendra à bord demain pour voir comment installer un second alternateur afin de charger plus vite les batteries. Je discute avec le voilier pour les housses des coussins. Il passera aussi à bord.
Nous rentrons au bateau nous reposer.

Le 29.02.2008
Après le petit-déjeuner, Mimi et moi discutons du programme de la journée. Je dois démonter l’éolienne pour tenter de comprendre pourquoi elle ne charge pas. Je dois aussi démonter le dessus du cockpit pour repérer la petite fuite du réservoir journalier de gasoil que j’ai repéré lors du remplissage. Mimi me fait remarquer que nous ne faisons que réparer, attendre pour des pièces ou des spécialistes. Elle dit que nous sommes à Dakar depuis un mois et que nous n’avons fait qu’attendre et bricoler. Elle aurait pu rentrer à Paris et revenir pour continuer.
Je lui redis que la navigation a ses impondérables et que nous voyons beaucoup de bateaux dans notre cas. Que le voyage en bateau de n’est pas les travaux forcés. Que je suis navré qu’elle ne prenne pas du plaisir au jour le jour à ce qu’elle fait.
Je suis profondément touché par ses remarques. J’ai le sentiment que nous ne faisons pas équipe, que je transporte une passagère pas contente du charter. Que puis-je faire ?
Je ne suis pas plus heureux qu’elle de devoir bricoler et refaire ce qui a été mal fait par d’autres, mais je considère que ça fait partie du voyage et que je vis une expérience au jour le jour. J’ai le moral bas !
Je la laisse cuisiner et je vais démonter l’éolienne. Je n’y arrive pas seul, je vais chercher Pape qui est libre. Nous la démontons à deux sans rien voir qui soit une panne… Nous la remontons en attendant l’aide d’une personne plus compétente que nous…
Pape part déjeuner et je déjeune avec Mimi à bord. Nous rediscutons du voyage et du bricolage. Mimi me dit qu’elle observe, qu’elle a le droit de s’exprimer. En la circonstance être deux ne m’aide pas. Je suis atteint au moral.
Je la laisse et vais commencer à démonter le dessus du cockpit. Pape arrive et m’aide. Ça résiste car avec Jean-Michel on avait bien serré croyant ne pas être obligé de démonter avant longtemps… Nous finissons par y arriver. Il y a des traces de fuites. On verse du gasoil dans le tuyau et ça ne semble pas fuir. Néanmoins nous refaisons le joint par où la fuite semblait se faire. Puis nous refermons le cockpit. J’en profite pour nettoyer le filtre à gasoil qui est bien sale. Je referme l’espace moteur, je range les outils…
J’attends Arona qui n’est pas passé, pas plus que Diégo. J’ai fait dire à Michel de passer…
En attendant je mets le moteur pour recharger un peu les batteries…
Par ailleurs je n’ai pas de nouvelles de mes enfants depuis quelques semaines et ça m’attriste profondément. J’attends de leur part plus de contact même de loin. J’espère que ça viendra rapidement.
Je passe au CVD et ne vois ni Arona ni Diégo. Je vais sur internet et Trouve un mail laconique de Sophie qui cherche du travail. C’est bien mais je reste sur ma faim.
Je vais prendre une douche et au retour je trouve Mimi discutant avec Alain et Ute. Ils nous propose de les accompagner au restaurant pur l’anniversaire de Ute. Bonne idée. Nous allons dans le restaurant dans lequel nous étions allés le premier soir avec Salifou. Un restaurant français avec plats africains et tous les classiques français ! Nous passons une très agréable soirée. Mimi discute des embarras de la vie en bateau. Ute donne des conseils pour que ce soir supportable. Alain parle des séparations pour que chacun aie parfois sa tranquillité, Ute approuve… Voilà le temps passe doucement et il est l’heure pour ne pas rater le dernier voyage du passeur…

Le 01.03.2008
Réveil difficilement à 10 heures, une heure de retraités !
Je vais avec Mimi au CVD. Pas d’Arona, par contre je vois Diégo qui dit qu’il passera à 18h pour les coussins. Mimi discute avec une femme et apprend que son mari est électricien de profession. Il s’appelle Patrick. Il viendra à bord voir.
Salifou arrive et nous déjeunons ensemble. Puis je retourne au bateau attendre Patrick. Il vient et regarde l’installation. Quelques mesures et il diagnostique que le régulateur de l’éolienne ne fonctionne plus. IL repart à son bateau et revient avec du fil, des cosses et branche l’éolienne en direct. Ça remarche enfin. Je lui parle d’organiser le parc batteries et il me fait un schéma avec répartiteur et séparateurs et me dit qu’il peut s’en occuper. Il repart en me disant qu’il va réfléchir et me donnera un prix et cherchera les pièces dans deux jours.
Enfin quelque chose de concret. Il me conseil de prendre un second panneau solaire.
Nous buvons une bière ensemble et il repart.
Je rentre au CVD. Je vais voir Diégo qui va venir voir pour les coussins du carré. Mimi et moi allons au bateau avec lui. Nous lui expliquons ce que nous voulons. Il note, prend des mesures, écrit sur son carnet. Puis il calcule les métrages. Ça correspond à ce que nous avons acheté. Il calcule un prix. Nous discutons. Je recompte son addition, corrige une erreur.
C’est OK pour le prix et ce sera prêt jeudi ! Mimi est contente et moi aussi.
Pour demain nous projetons d’aller au Lac Rose. Salifou téléphone à un ami taxi. Nous sommes d’accord pour le prix, mais pas pour la durée car il veut rentrer à 15h et nous voudrions y passer la journée et rentrer le soir. Nous verrons demain…

Le 02.03.2008
Salifou est malade ce matin. Après discussion nous décidons d’aller à la plage à N’Gor.
Nous prenons un taxi qui nous emmène à travers les quartiers périphériques. Partout il y a des chantiers de construction : maisons vastes, immeubles, autoroutes, ponts. De larges saignées de terre rouge balafrent les quartiers. C’est dimanche mais les ouvriers travaillent car dans quelques jours il y a la conférence de l’OCI et le Sénégal veut se montrer sous son meilleur aspect. Plus de 40 chefs d’état sont attendus à Dakar.
Nous arrivons sur la place de N’Gor (l’homme en Sérèrre) Des restaurants sont sur la droite de la plage. Sur la gauche, les pirogues sont sur le sable. Certaines sont poussées à l’eau, d’autres rentrent avec des pêcheurs équipés de combinaisons, de fusils harpon et parfois de bouteilles. Ils pêchent poissons, calamars, langoustes, sur les fonds rocheux des alentours.
Des enfants jouent sur la plage au ballon, à la pêche. Un jeune pêche et remplit une boîte de conserve de petits poissons. Des personnes traînent par les pattes des moutons pour les laver dans la mer et les brossant vigoureusement malgré les bêlements des bêtes récalcitrantes !
Nous discutons avec Cheick, un jeune qui est heureux d’être libre en pêchant et qui n’a pas voulu prendre une pirogue pour tenter d’aller en Europe au risque de sa vie. Plusieurs de ses amis sont morts ainsi. Il est wolof et musulman et nous dit le mal qu’il pense des Diolas animistes, sauvages, cannibales….
Nous prenons la pirogue pour aller à l’île de N’Gor distante de quelques centaines de mètres. La pirogue contient une quarantaine de passagers. Elle s’élance et arrive vite l’étrave sur le sable de l’île. Juste au pied des tables des restaurants.
Nous débarquons et prenons sur la gauche. Il y a des restaurants-hôtels superbes. Des maisons dont certaines sont entourées de verdure, d’arbres et de fleurs. C’est superbe. Des ruelles étroites serpente entre les propriétés. Nous arrivons sur le nord de l’île. Là la côte est rocheuse et la mer brise et l’écume brille au soleil. Nous nous asseyons sur un banc pour contempler la mer. Une vendeuse de colliers, Awa, vient nous rejoindre. Elle propose à Mimi ses colliers de perles. En regardant des colliers qui se mettent autour du ventre des Africaines « pour augmenter la virilité des hommes », Awa parle d’amour. « C’est bon tous les jours, ça redonne la vie et ça maintient la virilité. C’est pas comme les Européens qui vont des bises tout le temps et rien la nuit… » Nous sommes morts de rire !
On continue le tour de l’île jusqu’à une belle maison, celle de France Gall. Elle a une jolie porte en mosaïque représentant des dauphins. En face un terrain sur lequel il y a une exposition de Batik. Pour une fois il y a de la création, c’est beau et plein de vie qui passe. Je m’extasie devant un baobab. Mimi regarde des pantalons… et craque !
Nous continuons jusqu’à la plage sud et nous nous installons sur une table sur le sable à côté du barbecue sur lequel grille des poissons. Un bon poisson grillé, riz et légumes ; quoi de mieux ?
Mimi, plus courageuse que moi se baigne. Je vais la rejoindre en trouvant l’eau limpide mais fraîche. Après on prend un matelas et un parasol pour passer le reste de l’après-midi à regarder la mer et les gens qui viennent.Il y a des Sénégalais qui viennent pique-niquer, des blancs qui se mêlent aux noirs et des Libanais qui sont entre eux, dans les restaurants les plus chers. Leurs femmes se baignent en bikini ou toutes habillées et voilées…
Le soir nous rentrons. Le taxi tombe dans des embouteillages. Le président Wade vient avec un long cortège d’immenses voitures pour inspecter l’avancement des travaux avant l’OCI….
Des centaines de parachutistes encadrent la circulation sur les routes du parcours présidentiel.
Nous rentrons au bateau et apprécions la fraîcheur du soir dans le cockpit !

Le 03.03.2008
Ce matin il fait très chaud avec une mer d’huile et pas un souffle !
Nous allons au CVD. Je discute avec Jaime, un Espagnol qui voyage en vélo et revient des Bijagos. Il en parle en connaisseur car voilà des années qu’il y retourne. Il dit tout le bien qu’il pense de ces populations qui vivent comme il y a quelques centaines d’années. Il dit du mal des différentes églises qui viennent les convertir et amènent la confusion… Il me montre des photos de peintures magnifiques sur les murs des cases des fétiches. Je n’ai jamais vu rien de tel dans des livres. Il y aurait de quoi faire un super livre. Il me fait voir aussi des photos de la population avec les jeunes femmes torse nu superbes.
Je ne pense pas avoir le temps d’aller au bijagos. Mais j’aimerai y aller plus tard et photographier ces peintures, ces fétiches et connaître mieux ces îles et leur populations !
Je Parle avec d’autres navigateurs qui ont installé des panneaux solaires récemment. Ils me disent où ils en ont trouvé. J’ai plusieurs pistes. Je vais donc en ville. Effectivement je trouve quelques boutiques qui en vendent, soit des quincailleries soit des vendeurs de batteries. Les prix annoncés ne me conviennent pas.
Je tourne dans Dakar. Salifou me rejoint et je tourne avec lui toute l’après midi. Je prends des notes pour comparer. Nous rentrons au CVD.
Je vais sur internet pour chercher des panneaux. Mon ordinateur rame et le disque dur fait un bruit bizarre. Il est si lent que je ne peux plus rien faire. Je rentre au bateau. En soirée, je rebranche le mac et le disque dur s’emballe puis s’arrête après trois ans de bons et loyaux services pendant les voyages…
J’espère que je vais trouver quelqu’un qui pourra me le réparer ! je vais chercher demain.

Le 04.03.2008
Dès le matin, je cherche dans les pages jaunes de l’annuaire de Dakar. Il y a plusieurs pages de publicité pour de l’informatique. Rien sur Apple. Salifou me conseille d’aller autour de la place de l’indépendance, il y a des magasins d’informatique.
J’y vais et je commence la recherche. Un premier magasin ne fait pas Apple et pas davantage quelque maintenance que ce soit. Il m’indique un autre magasin… où je ne trouve pas ce que je veux. Et ainsi de suite toute la matinée. Je vais à pied dans la ville.
On m’indique un magasin au rond-point Sandaga. Effectivement, il vend des ordinateurs de différentes marques dont Apple. Il fait les réparations. Pour un nouveau disque dur, il me demande 110.000 FCFA. Je pense que c’est trop cher et je continue ma recherche. La secrétaire d’un magasin m’indique une piste près de la stèle Mermoz. C’est loin. Je prends un taxi qui me conduit à la stèle. Là, il m’aide à chercher et l’on finit par trouver un magasin en réfection qui ne travaille plus pendant les travaux…
Je retourne au rond-point Sandaga. Le technicien a le disque dur neuf disponible. Nous discutons, il baisse un peu son prix et je lui demande d’assister à la réparation. Il est d’accord. Nous montons à l’étage dans une sorte de salon où il travaille sur une table basse. Il démonte le mac et enlève le disque dur. Il veut mettre le nouveau et constate que ce n’est pas le même brochage. Il faut qu’il trouve un autre disque et il pense savoir où en trouver.
Il tente de l’initialiser et de le réparer en écrasant toutes les données. J’ai une sauvegarde pas très récente, mais c’est toujours ça…
Je ne veux pas lui laisser l’ordinateur, alors il le remonte et je repars en fin d’après-midi.
Je rentre crevé au bateau et retrouve Mimi avec joie.

Le 05.03.2008
Ce matin, j’attends l’appel du technicien pour savoir s’il a trouvé le disque dur qui ira sur mon ordinateur déjà un peu ancien. En attendant j’attends au CVD car Dialo a demandé à un fournisseur de panneau d’en apporter un. Il doit passer avant midi.
J’attends, mais il ne vient pas ; il passera ce soir.
Le technicien m’appelle. Salifou arrive et nous allons à Sandaga en scooter. Salifou se gare sur un terre plein non loin d’un policier qui a arrêté un conducteur de scooter sans casque. Le policier vient vers Salifou et lui demande les papiers. Il ne les a pas et d’ailleurs il n’est pas assuré. Le policier lui prend les clefs en attendant et Salifou vient avec moi au magasin d’informatique.
Le technicien démonte le disque dur. Salifou va tenter de régler ses affaires et débloquer un conteneur de marchandises. Le technicien travaille dans le salon de l’étage. Je lui demande s’il y a une mosquée à côté tellement on entend des chants de prière. Il me dit non que ce sont les hauts parleurs du magasin. Le magasin est tenu par des Mourides et toute la journée ils travaillent au son des prières, sous la photo de leur marabout. Parfois le son monte et l’on s’entend à peine lorsque l’on se parle. C’est abrutissant.
Salifou repart à ses affaires à commencer par récupérer ses clefs du scooter. Il donne un billet de 2000 FCFA au policier qui les empoche et redonne les clefs. C’est comme ça au Sénégal avec presque tous les agents de l’état…
De temps en temps un employé vient à côté de la table et fait ses prières en se prosternant. Puis c’est un autre ; parfois il y en a un de chaque côté de la table, car il y a deux tapis de prière. La secrétaire aussi vient prier, avec un pagne qu’elle met sur son jean et un voile sur la tête. Le technicien travaille et installe le nouveau disque dur. Ensuite il faut l’initialiser. Pendant ce temps, il fait ses prières.
L’initialisation prend du temps. Au début je pense que le disque ne veut pas s’initialiser. Pourvu que ça marche. Et bien oui, peu à peu ça se fait et en fin d’après-midi je peux partir avec un ordinateur qui fonctionne mais qui est vide… Ça laisse présager du temps à passer pour réinstaller programmes et documents….
Je rentre et retrouve Mimi.Elle est allée en ville au marché de la fripe et a trouvé quelques pièces qui lui ont plu.
Je passe la soirée sur l’ordinateur et le disque dur externe pour installer programmes et contenu des documents sauvegardés. Mimi dort depuis longtemps lorsque je me couche.

Le 06.03.2008
Ce matin, je repars à la recherche de panneaux solaire. Salifou m’accompagne en scooter.
Nous retournons dans un magasin qui a un panneau de 150 watts moins cher que d’autres moins puissants. Il est fabriqué en Italie et semble bien. J’ai apporté le multimètre pour mesurer le voltage et l’ampérage. Les vendeurs vont sur le trottoir et se mettent à plusieurs pour le tenir et je mesure. Au début je n’y arrive pas, puis je mesure l’ampérage, près de 8 ampères. C’est bon. Les vendeurs emballent le panneau et arrêtent un taxi break qui me conduit au CVD.
Je vois Dialo qui va bricoler une fixation sur le portique. Il viendra cette après-midi au bateau.
Je déjeune avec Mimi. Elle me dit que ce soir des navigateurs ont prévu un repas où chacun apportera quelque chose. Super ! Nous voyons Katrine qui va partir sur Timshel en Gambie.
Nous échangeons nos coordonnées. Katrine a acheté le livre de Mimi et elles ont beaucoup discuté ensemble. Katrine est très sympathique et parle facilement alors que Francis est plus sauvage. Leur petit Nicolas de 4 ans est très gentil. Il s’ennuie un peu sans copains de son âge et se fait chouchouter par les adultes.
Je passe l’après-midi sur l’ordinateur. Peu à peu je le configure et je retrouve mes marques et mon outil de travail… Je vais sur internet. Je peux envoyer et recevoir les mails. Je peux retrouver notre site. Je mets un moment pour pouvoir rentrer dans le module d’administration. Ouf ! Ça marche ! Bon je pourrai reprendre le fil interrompu !
Le soir, le repas commun se prépare. Dialo vient me chercher pour aller au bateau pour apporter les premiers coussins et prendre les autres. Une fois à bord, il installe les coussins tribord. C’est super, clair et beau. Il emporte les coussins bâbord.
Je retourne au repas. L’apéro se prolonge pendant que le barbecue chauffe pour la viande.
Nous sommes une quinzaine. L’ambiance est sympa.
Patrick me dit qu’il a trouvé une piste pour les pièces électriques pour mon bateau, mais qu’il en fera pas le travail car il est trop cher pour moi. Il a vu Michel qui fera le travail pour bien moins cher et aussi bien. Nous discutons avec Michel qui viendra au bateau à 10 heures demain.
Le repas se termine tard Une dispute éclate entre deux hommes à propos d’argent pour le repas. Heureusement ça se calme. Et nous rentrons, reconduits en annexe par un navigateur.
Mimi n’est pas trop rassurée, mais elle arrive à bord sans encombre.

Le 07.03.2008
Hier, Patrick m’a dit qu’il continuait à chercher les pièces électriques pour mon circuit mais qu’il ne travaillerait pas pour moi car il se fait payer cher et que je n’ai pas beaucoup d’argent. Il a vu Michel qui fera le travail. Rendez-vous est pris pour 10h à bord.
A près de midi, il n’est toujours pas là…Journée d’attente…

Le 08.03.2008

Le matin, je croise Michel sur le ponton. Il est bourré dès le matin et se plaint toujours d’une côte cassée. La veille sa côte cassée ne lui faisait pas trop mal pour lever le coude au bar… Nouvelle journée perdue. Le soir nous décidons d ‘aller le lendemain au Lac Rose avec l’équipage de Chamicha. Mimi en a marre d’attendre, moi aussi.

Le 09.03.2008
Vers 10 heures, nous trouvons Chantal et Jean-Claude au quai. Patrick et Nadia viendront mais en scooter. Nous prenons un taxi pour la journée pour 23.000 CFA. Il traverse la banlieue vers Rufisque. Pas beaucoup de voitures. Tout le long de la route il y a des petits commerces sur les trottoirs. Ils vendent des fruits, des légumes, des chaussures, des objets les plus divers. Le taxi bifurque vers le Lac Rose. La route est bonne. De chaque côté, la ville s’étend avec des constructions en cours partout, en pleine campagne…. Nous arrivons au lac. Il y a un parking devant un village artisanal. Des boutiquiers vendent des habits, des colliers, des sculptures, un peu toujours les mêmes. Évidemment ils nous accrochent. Il suffit de discuter pour ne plus pouvoir se décoller. Le vendeur a tous les arguments, toutes les répliques prêtes quoi qu’on lui dise… Je discute avec un marchand de masques. Il en a quelques-uns de beaux ; ce sont de belles copies d’anciens. Je vais partir lorsque Mimi vient et veut m’offrir un masque qui lui plait aussi. Un peu de marchandage et nous voila avec un beau souvenir…. Plus loin je fais compliment à un vendeur pour son beau boubou violet. Aussitôt il l’enlève et veut me le vendre. Je l’essaie, il est bien trop long. Le grand boubou est bien plus beau sur le vendeur que sur moi. Je pars sans acheter avec le vendeur qui court après moi… Plus loin il y a des restaurants aux prix élevés, mais avec un joli décor. Nous allons vers le village et trouvons un restaurant à prix modique. Nous mangeons là très agréablement, servis par une maîtresse femme d’au moins 120 kilos. Le chauffeur de taxi mange avec nous ; il est déçu de ne pas manger dans le restaurant plus chic… Puis nous allons le long du lac. Aujourd’hui il n’est pas aussi rose que la fois précédente où j’étais venu. Par endroits il est plus rose. Nous arrivons là où travaillent les sauniers. Les hommes sont en barques à fond plat pour casser la croûte de sel qui est au fond. Ils chargent le sel et le ramènent au bord. Ils sont brillants de cristaux de sel sur leur peau noire. Des femmes viennent et chargent le sel dans des bassines qu’elles portent sur la tête chaque bassine doit peser au moins 30 kilos. Les femmes déchargent les bassines pour faire des tas de sel. D’autres remplissent des sacs de 50 kilos et les alignent. Des Hommes prennent les sacs et les chargent dans un camion. Pendant ce temps, des enfants jouent sur les tas de sel. Tout ça se passe sous un soleil chaud. Les gens transpirent. Des vendeuses ambulantes viennent voir les touristes. Elles discutent. Une propose des colliers à Mimi. La conversation en vient sur les bin-bins, colliers que les Sénégalaises portent autour du ventre pour séduire leur homme. Les femmes rient que des blancs connaissent cette coutume. Tout le monde rie et dit des choses coquines. Une femme danse. Mimi suit et déclanche l’hilarité. Des vendeuses nous donnent leur adresse pour recevoir des photos et des cartes postales… Mimi se prend d’amitié pour une jeune et lui promet des cartes postales. Nous retournons vers le village artisanal et nous voulons aller vers l’océan, à travers les dunes et un bois de filaos. Un loueur de places dans des 4X4 nous propose le transport. Non, nous préférons marcher à pied. Alors il nous déconseille d’aller à pied à cause de risques de se faire dépouiller par des voleurs. Quelle est la vérité, risques réels ou désir de vendre sa prestation ? Notre chauffeur de taxi confirme et nous déconseille cette marche… Alors nous allons prendre un pot au bord du lac. Un vieux musicien joue sur une sorte de violon local le même air en boucle. Il met devant lui au sol un petit panier dans lequel quelques personnes déposent une pièce. L’après-midi se termine et nous retournons vers le taxi en retraversant le village artisanal. Les vendeurs tentent une dernière fois de nous accrocher. Nous rentrons. Les routes sont désertes. En effet il y a un match événement de lutte sénégalaise et les gens sont devant leur télé. Le long de la route, les magasins qui ont la télé ont un attroupement qui regarde l’écran ! Ce sport est le plus populaire au Sénégal, avant même le foot ! Nous rentrons heureux d’avoir pris un bol d’air, d’avoir vu d’autres paysages et rencontré d’autres personnes. Le 10.03.2008 Ce matin, Dialo doit installer le nouveau panneau solaire. Comme il ne vient pas, je vais au CVD et je le vois occupé à autre chose. Il viendra cette après-midi. En effet il vient avec un aide. Il lui faudra toute l’après-midi pour y parvenir. En effet, le panneau est très déporté sur l’arrière sur le portique et il faut se tenir en équilibre sur l’extrémité de la plate-forme arrière. Ce n’est pas facile pour percer et visser. Lorsque c’est fait, je vais retrouver Mimi au CVD. Michel est au bar. Je lui parle ; il ne sait lorsqu’il sera en forme pour m’aider. Mimi a parlé de notre problème autour d’elle. Une femme lui a dit que son mari, Frédérique, pouvait nous aider, qu’il s’y connaissait. Rendez-vous est pris pour le lendemain. Super !

Le 11.03.2008

Ce matin, je cherche des coupe-batteries et un répartiteur de charge pour séparer les batteries en deux groupes autonomes. Je vais voir Bernard à son bord qui a un séparateur et deux vieux coupe-batterie. Bernard est toujours serviable. IL attend pour mettre à sec son bateau pour un entretien. L’après-midi, Frédérique vient à bord, très gentiment. Nous commençons par brancher le nouveau panneau, vérifier la charge des panneaux et celle de l’éolienne. Nous installons un coupe-batterie sur le moins du moteur pour arrêter la fuite de courant par le moteur à la masse. L’après-midi passe vite. Il faudra continuer demain ! Entre temps je devrai aller en ville chercher du fil électrique et un autre coupe-batterie. Mimi est allée voir un marché de tissus. Elle revient enchantée, elle a vu beaucoup de belles étoffes.

Le 12.03.2008

Je vais en ville à un endroit appelé crédit foncier. Là tout le quartier est occupé par des boutiques et des étals de pièces électriques. Trouver le diamètre de fil que je cherche n’est pas facile. Boutique après boutique, je demande et négocie. Pareil pour des cosses. Mais pas de trace de coupe-batterie. Je vais plus loin dans un quartier où l’on vend des pièces de voiture. Tout le quartier ressemble à un garage, avec des morceaux de moteur sur les trottoirs ! Dans un magasin libanais, je trouve le coupe-batterie. On trouve tout à Dakar, à condition de beaucoup demander, beaucoup chercher ! Je rentre à bord déjeuner et vers 14h, Frédérique vient. Je suis heureux de le voir venir m’aider et aussi gêné car il m’a dit qu’il ne voulait pas être payé… Avant son arrivée, j’avais nettoyé tous les contacts batterie et guindeau dans la baille à mouillage avec pour résultat des contacts propres, mais un guindeau qui ne fonctionne plus ! Nous cherchons ensemble et ce n’était qu’un mauvais contact sur une borne de la batterie… Nous réorganisons le parc-batterie en un parc moteur guindeau et un parc servitudes. Ça prend tout l’après midi. Nous n’avons plus le temps de rechercher la fuite de courant à la coque. Dans le bateau, ça sent le gasoil. Je regarde le puisard et constate qu’il est plein de gasoil ! Je veux vider le puisard, mais la pompe ne fonctionne plus ! J’ai un moment de découragement ! Nous verrons demain avec Frédérique.

Le 13.03.2008

Je vais au CVD avec Mimi. Elle va découvrir le marché HLM dédié aux tissus. Moi je vais voir Dialo pour qu’il vienne à bord réparer la fuite de gasoil. IL vient avec des bidons. La pompe électrique de relevage est bien utile. Lorsqu’il y a moins de gasoil, il peut démonter l’arrivée qui fuit, nettoyer, refaire un joint avec un sika spécial et riveter. Il y a une autre fuite au tuyau de la vanne trois voies. Il devait changer le tuyau et il ne l’a pas fait. Il doit aller en chercher un en ville. Frédérique vient et nous réparons la pompe de puisard dont le circuit avait été coupé par nous travaux de réorganisation des circuits. Puis comme le niveau d’énergie est bas nous vérifions la charge des panneaux et de l’ éolienne. Ils produisent du courant, mais le parc-batterie étant important il faut un bon moment pour le charger. Par contre nous ne parvenons pas à voir si le répartiteur de charge fonctionne… Dialo revient me dire qu’en ville tout est fermé car le président Wade a déclaré la journée fériée pour cause de conférence de l’OCI. Il y retournera demain… Nous verrons demain lorsque le soleil sera au zénith et qu’il y aura un peu plus de vent. Car ces deux derniers jours, c’est pétole. Un vent très léger de sud ouest ne fait tourner l’éolienne que par moments… Nous n’avons pas eu le temps de trouver la fuite de courant à la coque… Je range et vais au CVD retrouver Mimi. Elle fait des confitures de papayes avec Chantal, pour lui apprendre. Nous allons sur le net. Mimi peut parler sur MSN avec ses filles et une belle sœur. Ça lui fait plaisir, elle se sent revivre ! J’envoie quelques mails et j’en reçois. Ça fait plaisir. J’écris aussi pour mettre sur le site, mais mon ordinateur se bloque à cause de la partition du disque dur qui ne convient pas…. Il va falloir que je réinitialise le disque ! Nous rentrons à bord dîner. Après nous regardons un film sur l’ordinateur.

Le 14.03.2008

Ce matin Mimi reste au bateau pour profiter de son home, pour se reposer du CVD. Moi je tente de défractionner mon disque dur d’ordinateur. J’y passe bien du temps en vain. Il est l’heure de déjeuner. Ça fait un break bien-venu! Après le repas, Frédérique arrive et nous reprenons la recherche des fuites de courant à la coque. En débranchant ligne par ligne, on n’y arrive pas. Donc on débranche tous les plus, puis tous les moins. En les rebranchant, trois lignes laissent passer des fuites: la BLU, La chaîne radio et l’AIS. Des lignes neuves installées par Médée électronique marine à Nantes! Des spécialistes pourtant! Qu’est ce que ce serait autrement! Je suis en colère contre ce mauvais travail qui me handicape depuis longtemps, me fait perdre temps et argent! Je suis heureux d’avoir avancé et d’avoir trouvé l’origine des fuites qui font que mes batteries ne se chargent pas bien. Mais c’est déjà la fin d’après-midi. Frédérique repart à son bord. Voilà quatre demies journées qu’il m’aide gracieusement! Il est agréable de compagnie, patient et méthodique. Sans lui je n’y serai pas arrivé, c’est sur!

Le 15.03.2008

Ce matin Dialo passe pour réparer la fuite de gasoil. Il répare le retour au reservoir tribord. Puis change le tuyau d’arrivée qui était ancien, durci par l’âge et abimé par le précédent démontage.
Il repart et j’espère que ça va aller.
L’après-midi, Frédérique revient à bord et nous cherchons à isoler les dernières lignes par les quelles il y a des fuites à la coque. En fait, ce sont la BLU,l’AIS, la VHF, tout le système de communication installé par Médée Electronique Marine! Il n’y a pas de quoi être fier de ce genre de travail!
La journée se termine, Frédérique repart, C’est prenque fini, mais demain dimanche, ce sera repos pour décompresser. Ce soir nous sommes invités à un barbecue au CVD avec Chamicha. Au moment d’y aller, je suis si fatigué et Mimi aussi qui a parcouru la frippe toute la journée avec la femme de Frédérique.. Nous restons à bord nous reposer. Nous regardons un film: Alexandre.
C’est long et beau; j’ai failli m’endormir en cours de route!

Le 16.03.2008

Aujourd’hui nous allons à la plage, à N’Gor. Le taxi nous y amène vite. Nous prenons la pirogue et nous posons sur un matelas sous un parasol en bord de plage. Voilà un bon endroit pour buller, se reposer… Premier bain dans la matinée. Déjeuner sur la plage avec un gros tiof, un super poisson tout frais grillé devant nous, avec riz, salade et frites! Un ananas pour finir et une sieste bien méritée!
Nouvelle baignade dans une eau limpide, un peu fraîche lorsqu’on y entre, mais bonne après!
Nous rentrons heureux en fin d’après-midi.
Au CVD, Chamicha prepare un nouveau barbecue et nous invite. Nous dînons fort agréablement avec l’équipage de Chamicha et celui de Carte Blanche. Belle soirée que l’on termine juste à temps pour attraper la dernière navette.

Le 17.03.2008

Avec un jour de retard, je pense à l’anniversaire de ma fille Sophie! Je lui enverrai un mail en fin de journée!
Frédérique revient et nous isolons l’entenne de l’AIS. Nous regardons les details et Frédérique rentre à son bord pour déjeuner.
Moi je continue à fignoler, à isoler les bornes et les contacts.
Après manger, je m’occupe de l’ordinateur et je réussi à reformater le disque dur de mon Mac, sans partition cette fois! Ça prend du temps, mais ça réussit.
Alors, je vais au CVD pour aller sur le net et voir mes mails. Je continue à copier, applications et documents du disque de sauvegarde sur le Mac
Mimi, fatiguée, rentre au bateau. Nous allons pouvoir partir dans peu de jours!
Nous rentrons au bateau. Mimi veut voir un film sur son ordinateur. Nous mettons l’alimentation 12 volts. Ça ne marche pas bien. A force de tourner la prise, nous faisons une inversion de polarité et l’ordinateur ne peut plus fonctionner sur prise. Nous avons gagné!

Le 18.03.2008

Ce matin j’ai rendez vous au bateau avec Thierno, le plongeur. Il plonge en aphnée pour nettoyer la coque des bateaux. Il vient vers 10 heures. Il plonge avec un grattoir en plastique et une brosse. Il enlève les algues qui se sont développées à grande vitesse ainsi que de petits coquillages. Lorsqu’il gratte, je vois flotter des paquets d’algues avec dedans des petites crevettes que viennent manger des bandes de petits poissons; Thierno est un pêcheur qui n’a qu’une petite pirogue à rame. Il part en pêche chaque jour et plonge à la demande. Il est mince avec des cheveux grisonnant. Il a la soixantaine. Il plonge et nettoie la coque tribord. Puis il remonte se reposer un moment au soleil pour reprendre de la chaleur. Il replonge pour finir la coque. Il termine en regardant les anodes une à une. Les grosses sont intactes. Les petites du safran sont un peu attaquées. Il faudra bientôt les changer et en attendant les surveiller.
La coque étant nettoyée je vais au CVD avec l’ordinateur de Mimi.
Mimi est partie à Dakar avec Lise, arrivée depuis quelques jours.
Moui aussi je vais à Dakar pour faire réparer l’ordinateur. Je retourne au magasin où j’ai fait réparer le Mac. Il est fermé pour cause d’inventaire. Mais l’un des employés, m’emène dans un autre magasin qui ne fait plus les réparations.
Après quelques appels téléphoniques nous allons dans l’atelier d’un réparateur. L’employé fait la prière. Nous attendons. Le réparateur va venir. Lorsqu’il arrive il veut regarder l’ordinateur, puis me téléphoner le devis et le réparer si je suis d’accord. Je lui dis que je suis pressé et que je veux assister à la réparation. Il se vexe parceque je ne lui fais pas confiance. Je lui dis que la confiance se mérite et que je veux voir comment réparer une autre fois. Il dit que c’est un secret, qu’il a fait de longues études. Je luis dis que ce n’es pas grave et je m’en vais.
Le vendeur qui m’accompagne toujours, passe alors quelques appels téléphoniques. Un réparateur va venir dans une heure. Je vais déambuler plus loin en attendant. Le vendeur vient me rechercher. Mais le réparateur qui avait dit être à deux pas, tarde. Lorsqu’il arrive, nous allons dans un magasin. Il commence à regarder l’ordinateur sur un comptoir et me dit un prix de réparation. Je lui réponds que ce n’est pas sérieux et qu’il faut aller à son atelier et que je veux assister. Il me dit que le diagnostic est à 15000 FCFA compris dans la réparation si je fais réparer. Si non, je peux repartir ainsi. Il me dit que c’est OK. Nous montons dans sa voiture et il m’emmène dans un quartier lointain, dans sa maison. Sa chambre est transformée en atelier. Il ouvre le PC et le met en pièces détachées. Il mesure le courant qui passe. Plusieurs transistors sont cramés. Il annonce un prix avec le quel je ne suis pas d’accord. Je lui dis qu’il peut remonter et que je m’en vais. Il discute avec le vendeur toujours là. Celui-ci baisse un peu, pas assez. Je lui dis de remonter le PC. Le réparateur a peur de perdre la réparation. Ils discutent en Wolof. Le vendeur baisse jusqu’au prix que j’ai proposé. Il me dit que je suis dur en affaire.
Le réparateur désoude des transistors sur la carte mère. Je suis angoissé, j’espère qu’il saura réparer! Il change 7 pièces qu’il prélève sur des viens portables en regardant à la loupe.
Il remonte et essais. Le courant passe bien mais l’écran ne montre pas le bureau. Le réparateur me dit que c’est le système. Je lui dis que ça marchait juste avant et que le système y est pour rien.
Il redémonte. Je passe par toutes les affres de l’angoisse pour l’ordianteur de Mimi. Finalement il remonte. Il avait oublié une protection isolante plastique au remontage précédent. Il essaie et ça fonctionne. Il éteind, allume de nouveau et ça marche. Il me fait essayer. Tout est en ordre. Je le paye. Il en oublie de me faire payer la prise de l’adapateur universel qui vonvient et qu’il avait récupérée. Avec elle, l’inversion de polarité ne sera plus possible. Le vendeur et moi repartons à pied jusqu’à une route où passe des taxis. J’en arrête un et monte. Le vendeur veut que je lui donne de l’argent. Je lui dis qu’il n’y a aucune raison puisque son entreprise a pris une commission. Il insite. Pour continuer la discussion, il monte dans le taxi qui démarren enfin. Il continue son marchandage. Je lui dis que je veux bien lui payer le taxi pour rentrer. Il dit être vexé. Je reprends le billet. Finalement il le reprend et descend du taxi, mécontent.
Je rentre épuisé mais heureux que la réparation soit faite, que ça marche.
Mimi est heureuse et va pouvoir regarder des films. Elle a passé sa journée au marché Sandaga avec Lise puis est rentrée au bateau pour tout laver, intérieur et extérieur!
Le soir elle regarde un film et je vais me coucher!

Le 19.03.2008

Pour nous changer les idées, nous décidons d’aller visiter l’île de Gorée. Mimi en avait parlé avec Lise hier. Nous passons à leur bateau, mais finalement ils ne viennnet pas. Nous y allons seuls, en taxi. A l’embarcadaire, les tarifs sont affichés. Il y a des tarifs décroissants pour touristes étrangers, puis Africains, puis Sénégalais, puis Iliens. Un îlien paye 50 fois moins cher qu’un étranger!
Dans la salle d’attente, nous achetons des cartes postales. Les timbres sont chers pour la France!
Lorsque la navette arrive, nous nous installons sur le pont supérieur. En bas il y a des corps de gros poissons, des requins probablement, des moutons attachés, des bagages…
Sur le pont il y a des Européens et des Africains avec des boubous magniqfiques de toutes couleurs.
La traversée ne dure que quelques minutes car Gorée n’es qu’à trois miles de Dakar. La navette s’amarre au ponton et on débarque. Tout autour du port il y a de vielles maisons aux toits de tuiles, avec balcons et volets en bois peints. Les murs sont rouge, ocre, jaune, des teintes délavées par biend es années sans entretien. Le temps passe sur Gorée sans que rien ne change, où si peu.
Ça fait penser à Venise. Exotique, hors du temps, chargée d’histoire.
Nous commençons par une ballade autour de l’île sous un soleil accablant. Nous sommes arrêtés par des vendeuses de bijoux, de vêtements. Nous regardons rapidement. Plus loin ce sontr les oeuvres d’art. De nombreux artistes sont installés dans les ex fortifications militaires transformées en ateliers. Beaucoup de peintres et quelques sculpteurs. Peu de peintures originales. En haut de l’île nous nous arrêtons chez un sculpteur. Il a des oeuvres originales et fortes. Il travaille avec de la ferraille, du tissu. Il fait des personnages tragiques et des oiseaux naîfs. C’est beau, mais je n’ai pas de place sur le bateau et les économies ont fondu…
Plus loin, un artiste fait des tableaux avec des objets de récupération. Certains sont drôles, certains beaux, surréalistes.
La chaleur nous accable tellement que nous redescendons vers les restaurant. Une jeune vendeuse de bijoux nous aborde. Elle est très belle et de dénome Nina Ricchi. Nous ne lui achetons rien, mais discutons un moment. En France elle pourrait faire manequjin avec succès, mais elle est au Sénégal.
Nous alons déjeuner de poisson grillé avec riz et salade. Un thé à la mente pour finir, très parfumé.
Après ça nous faisons le tour de l’autre côté de l’île, Cette fois le musée est ouvert. Nous en profitons pour le visiter. Il y a une douzaine de salles dans un ancien fortin. De la phéhistoire à nos jours, l’histoire du Sénégal et des empires voisins est évoquée. La dernière salle est consacrée aux confréries musulmanes du Sénégal. C’est vraiment intéressant. Je ne regrette pas la visie!
Nous flânons le long de la côte avant de reprendre la navette de 19 heures. Nous arrivons au CVD vers 20h30, fatigués et heureux.
Mimi regarde un film et je vais me coucher rapidement!
Au loin on entend les chants de prière. Toute la nuit c’est le Mouloud, la fête de la naissance du prophète Mahomet. Beaucoup de Sénégalais se rendent dans des endroits de prière en fonction de la confrérie à la quelle ils appartiennent. Prière et musique toutre la nuit et le lendemain férié pour le repos…

Le 20.03.2008

Je consacre la journée à l’informatique, pour mettre mon ordinateur en ordre de marche, écrire un peu et mettre à jour le site internet!
Je tente d’entrer dans le module d’administration du site mais dans la sauvegarde il n’y a pas la bonne adresse. Je cherche le site de l’hébergeur mais le mot de passe n’est plus le bon. Je me fais jetter. J’envoie des mails à l’hébergeur… Il faut attendre…
Arrivent la femme et la fille de Frédérique. Je vais les voir et leur demande comment elles peuvent copier des films, puisque Frédérique m’avait demander des films en échange de son aide.
Elles ont un nouvel ordinateur avec 200 gigas de mémoire; de quoi copier beaucoup de films. On commence dossier par dossier, chacun contenant plus de 25 films. En fin d’après-midi, ce n’est pas fini, nous continuerons demain! Je donne à Annie de l’argent en remerciement de l’aide de Frédérique. 9a lui fait plaisir car Frédérique m’avait dit être au bout des économies et qu’ils doivent retourner au Cap Vert ou aux Canaries pour y retravailler et regonfler la caisse de bord.
En soirée, un barbecue est prévu par Chamicha et Nadir. Ils ont fait des courses et chacun participera. Le passeur restera plus tard et chacun donnera un peu.
Jean Claude prépare les braises et fait cuite des maquereaux. Bernard cuit des crevettes. Mimi fait un riz à la cardamome. Le repas est bon et abondant, il restera des poissons et du riz.
La conversation tourne autour des séjour au Sénégal. Mustapha qui est là depuis 7 ans a épousé une première jeune Sénégalaise qui lui a fait un enfant et est partie dès qu’elle a eu les papiers en France. Il a divorcé et a épousé une seconde jeune qui est actuellement en France avec les papiers et vent travailler là bas alors que lui veut vivre au Sénégal… En attendant il pa&ye le loyer de la famille ici et entretient sa famme en France….
Les exemples sont multiples de rencontres inégalitaires et intéressées qui se terminent souvent en queue de poisson…
La soirée est très agréabole et nous rentrons un peu avant minuit.

Le 21.03.2004

Je vais au CVD au secrétariat pour payer notre séjour. Un mois et demi, déjà! 84.000 FCFA.
Nous avons fixé le départ à dimanche matin si tout va bien et si le venty s’y prête. Ce matin il y a entre 15 et 25 noeuds de vent au mouillage et ça engendre une petite houle. Le bateau bouge un peu. Le mouillage tient bien depuis 45 jours!! L’éolienne tourne bien et le niveau d’énergie est à près de 13,5 volt! Ça fait plaisir!
Je vais sur internet. Après plusieurs tentatives je peux entrer dans le module d’administration de notre site Du bout du Monde. Ouf! J’avoue que ce suspens est bien désagréable les deux fois où je l’ai vécu. J’actualise le texte et je prepare des photos. Mais la liaison s’interromp. Tout le reste de l’après-midi, je tente de me reconecter sans résultat.
Le soir Lise nous invite avec d’autres personnes pour manger un Chili con carne. C’est délicieux! La soirée passé bien agréablement. Une navigatrice joue à l’acordéon, des airs de marin ou des chansons anciennes, des airs tristes d’amour perdu…

Le 22.03.2008

Réveil en douceur par un rayon de soleil…
La matinée est consacrée aux dernières courses avant le depart. Je cherche une nouvelle alimentation stabilisée pour les ordinateurs. Une nouvelle pile pour le telephone portable. Nous trouvons aussi des flexibles avec des pitons pour fixer les rideaux pour les panneaux de pont et les hublots. Dans Dakar, il y a un quartier des quincailleries, un pour les accessoirs électriques, un pour les pieces de voitures… Des dizaines ou des centaines d’échopes vendent à peu près la même chose. A Dakar on trouve tout, mais il faut de la patience, il faut savoir chercher et demander…
Mimi achète un beau pied d’aloès vera à un vendeur ambulant. Après nous cherchons un pot. Quelques trues plus loin des boutiques en vendent. Jen e sais comment nous l’installerons dans le bateau, surtout en navigation…
Nous rentrons au bateau et je fais une sieste. Mimi va voir un artisan pour faire faire des anses de sac à main. Elle qui déprimait de ne pas aller plus loin, trouve toujours une raison de partir plus tard!
En fin d’après midi je tente en vais de me connecter à internet. Les photos pour le site ce sera pour plus tard… Quelqu’un me dit que la ligne est coupée depuis 36h. Je pouvais toujours essayer…
Demain il y aura des puces de mer au CVD, moi qui conptait partir demain matin…
En plus Mimi a pris rendez vous avec le cordonnier pour qu’il lui fasse des anses de sac à main qu’elle projette de faire pour vendre pendant le voyage et après notre retour… Elle a des projets de femme active, elle ne se voit pas retraité encore. Elle pense à gagner sa vie…

Le 23.03.2008

Ce matin il y a les puces de mer. J’emporte de vielles brassieres de sauvetage, une poelle et une cafetière. Quelques navigateurs ont apporté de vielles pièces. Il y a quelques voiles, un groupe électrogène et un Régulateur d’allure Windpilot. Ça m’intéresse. Je discute avec Edouard son propriétaire. Il a un bateau top petit pour ce modèle qui conviendrait à la taille de mon bateau.
Nous allons à son bord pour le voir. C’est un modèle simple et robuste qui n’a aucune pièce qui peut s’user facilement. Il a un safran qui peut servir de safran de secours au cas de besoin.
Je suis d’accord pour le prendre si Dialo peut me le fisex pour un prix raisonnable. Il n’est pas là, nous verrons demain ou mardi puisque c’est Pâques et qu’il y a plusieurs jours fériés…
Nous verrons donc plus tard. Nous ne sommes pas encore paartis….
A l’heure du repas, soudain des gens courent, s’agitent. Un bateau part à la dérive. Son ancre dérape. La navette est trop loin pour entendre. Plusieurs navigateurs partent sur une annexe. Pendant ce temps le nateau ivre passé entre plusieurs bateaux sans les heurter. Plusieurs homes passent à bord. L’un a pris une ancre à son bord. LA navette arrive et les aides à remorquer le batesu vers sa place d’origine. Il avait une chaîne trop faible qui a laché. Le vent est fort, amis sans plus. Sa chaîne était trop rouillée et avait trop ragué…
Je rentre au bateau lorsque Mimi en part…. Nous allons ensemble au CVD et passons l’après midi à discuter.
Le soir nous regardons un film pour nous distraire.
Avant de dormir je masse Mimi qui se plaint du dos.

Le 24.03.2008

Ce matin Mimi va avec N’Deye au marché HLM pour voir des tissues pour ses sacs.
Je vais voir Dialo qui est là et passera voir le régulateur et le montage possible à bord.
Il va récupérer le régulateur au bord d’Edouard et le monte sur son établi. Il m’appelle pour me dire que les bagues en ertalon sont usées et qu’il faudrait les refaires. Il appelle un tourneur. Celuici passera dans l’après-midi pour le faire un devis.
Je retourne au bateau déjeuner avec Mimi qui est rentrée. Elle a prepare des sèches superbes!
L’après-midi se passe à discuter avec d’autres navigateurs du CVD. Ils disent ce qu’ils ont aimé dans le Saloum et en Casamance. Le calme, la sérénité et les paysages pour la plus part. La gentillesse des gens surtout en Casamance et leur honêteté qui fait que les bateaux n’ont rien à craindre.
A un moment, des pécheurs rentrent avec leur pirogue, à la rame. Je leur demande s’ils ont des lottes. L’un en a; il vient vers le bateau et nous en propose 7 pour 1500 FCFA. Elles sont toutes fraîches péchées! Ce sera pour demain puisque Mimi a fait des invitations.
Le soir nous regardons un film avant de dormir.

Le 25.03.2008

Je vais voir Dialo qui me dit que le régulateur est grand, trop grand pour mon bateau et le portique qui va gêner. Je lui demande de venir le presenter in situ à bord pour que l’on soitr fixés. IL va passer.
Mimi est partie au marché pour quelques courses. Elle passée chez le cordonnier qui lui a fabriqué des anses pour les sacs qu’elle veut faire.
Pendant ce temps, je fixe les rideaux de panneaux de pont et des hublots. Je m’apperçois qu’il me manqué des flexibles et des pitons. Ou j’ai mal calculé ou le vendeur s’est trompé, je vais devoir retourner en acheter pour finir. J’installe les velcros pour tenir les cousins du carré en navigation.
Mimi rentre des courses; elle ne se sent pas très bien; un début d’insolation sans doute.
Elle a invite deux couples à diner ce soir, Chantal et Jean-Claude de Chamicha et Lise et Jean-Pierre de Carte Blanche. Je prepare l’apéro et découpe du jambon acheté à Ténérife. Il est toujours très bon! Mimi cuisine des lottes avec un riz aux petits legumes suatés et aux pignons. Un regal! La soirée se passé très agréablement dans le carré avec ses nouvelles couleurs chaudes et claires. Demain nous passerons du temps ensemble avec les ordinateurs pour comparer des programmes de navigation. La soirée se termine car le passeur va cesser ses navettes. Nos invites prennent la dernière.
Nous restons seuls. Le temps de ranger et nous lisons. Je termine le livre d’une Sénégalaise: Bayo de Sokhna Benga. C’est un roman qui conte l’histoire d’une famille sénégalaise aisée contemporaine. Ça décrit bien la société sénégalaise et ses tiraillements entre modernité et tradition. C’est assez bien écrit et l’histoire est touchante et bien documentée.
C’est super de pouvoir lire de la literature du pays que l’on traverse. Ça permet de mieux comprendre la société dans la quelle on est, les façons de penser des gens et leur façons d’agir.

Le 26.03.2008

Ce matin, Dialo passe avec le régulateur d’allure. Une fois présenté, il faut se render à l’évidence; il est trop grand pour un fonctionnement de l’aérien. Sous le portique, il ne trouve pas sa place.
Pourrait on le racourcir de 40 à 50 centimètres, sans altérer son bon fonctionnement? Je vais chercher sur internet les coordonnées de Windpilot et leur envoyer un mail en leur posant la question.
Nous passons la matinée à bord. Je prepare mon ordinateur nde navigation pour la réunion de cette après-midi. Mimi et moi écrivons quelques cartes postales achetées il y a déjà une semaine!
L’après-midi, je passé le temps avec Chantal et Bernard sur le PC de navigation pour chercher des cartes. Ça prend tout l’après-midi sans parvenir à un résultat satisfaisant. Nous laissons tomber à 21H. Nous avions rendez-vous pour un apéro avec Daam Dour et Lambaréna. Mimi est partie leur dire de reparter au lendemain….

Le 27.03.2008

Dès le matin nous repartons sur le PC et la recherché de cartes. Ce n’est qu’en milieu d’après-midi que j’ai les cartes nécessaire et détaillées, bien plus que celles que j’ai achetées à Mapmédia pour le Sénégal et pour le Brésil. Voilà, je suis pare grace à l’aide persévérente de Chantal qui se débrouille bien mieu en informatique que moi! Je lui dois une fière chandelle; je la remercie et lui fais une grosse bise!
Juste le temps de rentrer au bateau et je prépare l’apéro. Daam Dour et Lambaréna arrivent par la barque du passeur avec Mimi. Quel plaisir de se retrouver après une absence de leur part de trois mois en France. Nous parlons de choses et d’autres et rigolons bien. Le temps passé vite et il est temps de rentrer pour eux avec le dernier passage de la barque….

Le 28.03.2008

Avec Mimi, nous allons faire des courses à Dakar. Elle cherche une clef Wifi pour capter plus facilement internet. Nous en trouvons une vite. Puis nous cherchons divers accessories pour les sacs qu’elle envisage de faire pour vendre plus loin. De boutique en boutique on noujs renvoie plus loin pour trouver des attaches d’anses… Un magasin nous en procure en allant en chercher ailleurs et en prenant une grosse commission…
Je cherche une alimentation pour le Mac avec prise alume cigare. Le grossiste m’oriente vers un distributeur qui me dit en avoir. J’y vais en taxi et arrive sur place pour m’entendre dire qu’il s’est trompé et qu’il n’en a pas. Des coups de fils répétés au grossiste importateur, me laissent sans piste…
Mimi cherche les accessories qui lui manqué pour ses sacs et elle trouve tout ce qu’el veut, nous sans marcher!
Après nous allons faire un avitaillment à Score qui est moins cher que la boutisque de Hann.
Le taxi passé devant des queues de voitures de plus de 100 mètres devant des pompes à essence qui ont encore de quoi servir quelques voitures… Ailleurs plus d’essence! L’OCI a dépensé les reserves; le Sénégal attend des livraison….
Nous rentrons au bateau. Mimi prépare une sangria, la première de sa vie.
Le soir nous retournons au CVD. Chantal a organize un BBQ avec plus de vingt personnes. Il y a deux navigateurs guitarists qui chantent un vaste repertoire. C’est très joyeux! Chacun chante une chanson sauf moi qui reste bloqué; je ne me souviens d’aucune chanson avec ma mémoire délabrée. Nous rentrons par la dernière navette de minuit!

Le 29.03.2008

Je passe la matinée à m’occuper des photos. Puis je regarde les cartes du Saloum sur le PC. Mais je ne parviens pas à avoir les indications du GPS sur les cartes. Je regarde et vois des fils dessérés. Je les ressère mais ce n’est pas suffisant…
Je vais au CVD. Un navigateur me propose un régulateur d’allure. Je lui demande de le voir et de le montrer à Dialo qui verra pour les measures. C’est OK pour cette après-midi.
Je vois Michel au déjeuner et lui demande de passer voir pour le GPS. Il passera demain en fin de matinée.
Je m’occupe des mails et du site pendant qu’internet fonctionne. Après il faudra que je m’occupe du PC qui a un virus. Il faut que j’actualise les protections.
De quoi s’occuper avant un depart dans quelques jours pour plus au sud, à Warang, village où je venais en vacances en louant une maison. Nous y retrouverons les amis avec grand plaisir!
Trouverons-nous un cyber pour actualiser le site avant quelques temps?
Une demi-journée pour télécharger les mises à jour pour le Mac et des heures pour télécharger un anti-virus pour le PC qui refuse de se connecter au net. Je télécharge donc sur le Mac pour transférer ensuite sur le PC….
Chantal vient m’aider à connecter le PC au net, sans y parvenir malgré tous ses efforts !
Nous reprenons la navette pour rentrer au bateau puis pour aller à bord de Lambarénapour l’apéro.
Lambaréna est une goélette dessinée par Tabarly. Jacques qui a été équipier de Tabarly et le garde dans son coeur, navigue maintenant sur un bateau dessiné par lui. La descente est à l’arrière. Les instruments et la table à cartes sont dans la cabine arrière. Une coursive mène au carré et à la cabine avant. Le bateau fait très cosy. Nous prenons l’apéro avec un punch délicieux préparé par Jacques.
Évidemment, nous parlons bateaux, voyage, départ. Jacques et Adrienne vont partir pour le Saloum lundi.
Nous nous arrêterons un peu avant à Warang, avant de continuer vers le Saloum quelques jours plus tard.
La soirée est bien agréable avec Dominique et Marylène aussi.

Le 30.03.2008

Ce matin Michel qui s’y entend en électricité doit venir à bord pour trouver comment rétablir la communication entre mon PC de navigation et le GPS et l’AIS, pour que je voie sur les cartes où se trouve mon bateau et les navires qui croisent. Seul, je n’y arrive pas.
Mimi part au CVD pour voir ses mails.
À l’heure du déjeuner Mimi me téléphone pour me dire que Michel est déjà au bar et qu’il ne viendra pas! Quel con ce mec qui dit oui puis non, car il préfère boire…
Je vais voir Frédérique qui me dit oui tout de suite et vient par la navette suivante. Nous mesurons ensemble le circuit qui va jusqu’au PC en passant par les ports USB.
Les informations passent alors que le PC ne reconnaît pas le GPS.
En fin d’après-midi, je passe au CVD. Jean me conseille et Chantal aussi. Le soir, je rentre au bateau et j’essaie le PC de Mimi qui est bien paramétré et reconnaît bien le GPS sur la carte. Le PC de navigation résiste.Je compare les tableaux de préférences. Je change des paramètres et ça y est, le GPS est reconnu et je vois la position du bateau sur la carte. Grâce aux aides des différentes personnes, nous sommes enfin en mesure de naviguer! Le départ approche!

Le 31.03.2008

Mimi a des rendez vous avec le tailleur pour avoir ses sacs commandés pour demain soir. Nous partirons mercredi matin! Je vais au CVD pour terminer de nettoyer mon PC des virus attrapés ces derniers jours…
J’ai pris des copies d’écran sur Google Earth du Saloum, de la Gambie et de la Casamance.
Demain nous ferons les dernières courses et partirons mercredi matin pour Warang, 40 miles plus bas sur la côte.
Nous sommes heureux de partir enfin. Ici ça finit par être débilitant; on a l’impression de s’enliser dans une vie factice, celle des blancs plus ou moins à la dérive à Dakar.
Ces jours derniers, une veuve de navigateur, revenue faire des travaux, a disjoncté après avoir fait quelques travaux et epuisé sa caisse, elle a coulé son bateau dans la baie. Des personnes, s’en apercevant, ont sauvé le bateau à moitié plein d’eau et l’ont remorqué près de la plage. Ils l’ont vide. La veuve, Maïté ayant repris ses esprits a mis une annonce pour vendre, brader son bateau… Un rêve se finit durement…
En fin d’après-midi, nous rentrons au bateau. Nous nous armons de courage et le nettoyons à l’eau de mer, à grands coups de sceaux d’eau et de jet avec la pompe électrique. Le sable rouge ruisselle sur le pont. C’est impressionnant, tout ce sang qui coule!

Le 01.04.2008

Mimi va faire le marché avant le départ. Je range et vais après au CVD.
Je suis heureux de partir enfin loin de Hann, ce village gaulois près de Dakar. Ce lieu est débilitant assez vite. Il ne faut pas en abuser. Et puis retrouver les amis, ça va faire du bien ! Salifou doit se libérer pour venir naviguer avec nous. Ça me fait bien plaisir!
Je passe la journée sur les ordinateurs et sur internet. Quelques mails, mais je ne parviens pas à aller sur notre site. Je me fais jeter aussi bien comme administrateur que comme visiteur!
Je ne sais si l’hébergeur est en panne ou s’il y a autre chose?
Nous discutons avec les amis du CVD avant le départ. Mimi de retour de l’avitaillement avec Lise, fait des confitures de mangues avec Lise. Les femmes discutent autour des confitures qui attirent des nuages de mouches.
Les hommes discutent autour des ordinateurs d’informatique et de navigation.
Le soir nous rentrons au bateau. Il n’y a pas une ride sur la baie. Nous avons le choix partir demain au moteur ou retarder d’un jour. Nous partirons donc après-demain. J’appelle Salifou pour le lui dire.
Une bonne salade et au lit avec un bon bouquin!

Le 02.04.2008

Ce matin, il n’y a pas encore de vent, La baie sent mauvais à cause des algues qui se décomposent. Ça sent le poisson mort. Un cormoran a passé la nuit sur une barre de flèche. Toute une partie du pont est jonchée de déjections et d’une boule d’arrêtes! Je nettoie les saloperies de l’hôte indésirable! Mimi nettoie dans le bateau.Je gonfle l’annexe et met le hors-bord. J’essaie en vain de le faire démarrer. Il n’a pas fonctionné depuis plus de 9 mois…
Je l’amène au CVD pour le réviser. Koulibali le regarde. L’essence avait séché et le robinet d’arrivée ne laissait plus passer l’essence. Il nettoie et le fait fonctionner sur banc. Je le ramène au bateau. Mimi envoie des mails à ses amies.
Ça sent le départ. Nous sommes prêts enfin. Il manque juste du vent…

Traversée Canaries Sénégal

Posted on février 10th, 2008 by Christian

Le 30.01.2008
Le réveil est matinal. Ce n’est pas que nous comptions partir aux aurores, c’est la tension avant le départ qui me tient éveillé. Que tout soit prêt, ne rien oublier, faire les adieux, être prêt dan s sa tête à partir pour des jours le long d’une côte avec peu de ports pour relâcher au cas où…
Bon, commencer par un bon petit-déjeuner s’impose. Mimi aussi est un peu tendue. Hier elle avait hâte de partir, aujourd’hui elle angoisse un peu. D’autant plus qu’elle a pris le parti de prendre des gouttes contre le mal de mer pour la première fois. Est ce que ça va être efficace.
Moi je l’espère vivement, pour avoir une équipière qui ne soit pas couchée perpétuellement…
Dès 9h, Jacques vient nous saluer et nous souhaiter bon vent. Il a pris le temps de me graver un CD avec un logiciel de recherche de cartes météo sur la BLU via l’ordinateur.
Nous échangeons de paroles d’amitié en souhaitant nous revoir très bientôt au Sénégal. Il espère partir bientôt, dès qu’il aura enfin fini ses travaux d’entretien. Je suis heureux de voir Jacques avant de partir et d’avoir la perspective de le revoir avec Marie et Rose un peu plus loin, puis au Brésil.
Je dis au revoir à Jean-Pierre qui reste à Las Palmas tant que ses avaries sur son beau catamaran ne seront pas réparées. Lui aussi ira vers l’Afrique après.
Un grand au revoir à Stéphane et Blandine de La Belle Verte qui partiront à leur temps et que j’espère revoir très bientôt, tant ils dégagent une joie de vivre simple et communicative.
Francis et Joëlle font leurs adieux aussi. Nous convenons que je pars le premier pour faire le plein de gasoil, puis qu’eux partiront après pour que nous puissions nous suivre pendant plusieurs jours et communiquer par VHF ou Blu.
Nous larguons les amarres avec 12 nœuds de vent de travers.
On largue les amarresLes amarres
Je recule et je mets la barre à bâbord pour sortir de la travée. Mais la proue ne tourne pas et je vais vers les bateaux du ponton que je viens de quitter. Je bats arrière et le vent me fait aller nez au fond de la travée. Alors j’y vais directement et je bats arrière pour sortir en marche arrière ce que je n’ose jamais faire en première intention.
Tous les amis du ponton ont pu admirer ma manoeuvre ratée… La manœuvre se passe bien et je vais ainsi au ponton Texaco.
Marina de Las PalmasLe Plein
Amarrage devant la pompe et le plein commence. Interminable tant le gasoil refoule par l’évent. Mimi a une patience d’ange et une obstination tant que les réservoirs ne sont pas pleins. Tout arrive et les réservoirs sont enfin pleins. J’achète du pain et de quoi boire frais à la station et nous voilà partis.
La série de ports derrière la grande jetée est interminable et vaste.
Nous arrivons au bout de la jetée. La mer est agitée, les creux font de 2 m. Pas question de mettre les voiles puisque le vent est de face. Il faut longer un peu l’île pour trouver la haute mer et pouvoir prendre le cap pour le Sénégal.
Le départLas Palmas et sa cathédrale
Le bateau roule d’un bord sur l’autre. Le moteur nous fait avancer à 3 nœuds. Quatre heures ainsi, de quoi dégoûter de la mer… Nous voyons Gran Canaria, ses serres pour les bananiers, ses volcans et ses urbanisations très nombreuses et souvent avec de hautes tours.
Par contre nous ne voyons pas Paquito de Francis et Joëlle. Nous qui devions nous suivre…
Un appel à la VHF reste réponse. Plusieurs fois de même. Enfin Francis nous répond que Paquito est devant assez loin. Zut alors ; nous verrons bien avec les voiles…
Une fois dégagé de l’île, nous mettons les voiles et c’est parti. Grand voile et génois avec vent trois quarts arrière de 18 nœuds et ça avance à 6 nœuds.
Pourtant toujours pas de Paquito en vue. C’est la déception, nous qui nous faisions une joie d’avancer côte à côte… J’appelle à la VHF, amis mon appel reste sans réponse. Où sont-ils donc ?
La nuit arrive tôt. Mimi n’apprécie pas la houle toujours très rouleuse. J’enroule de génois et laisse la grand voile seule par 20 à 25 nœuds de vent. Ça améliore un peu la stabilité du bateau. Mimi qui avait attendu pour prendre ses gouttes, finit par les prendre car elle est limite près de la nausée…
Premier coucher de soleil
La nuit est étoilée et belle.

Le 31.01.2008
La nuit se poursuit, fatigante avec les quarts. Mimi prend aussi les quarts vaillamment !
Nous avançons bien, sans nouvelles de Paquito…
Mimi au premier matin
A 11h je fais le point : 117 miles dans les 24 premières heures. A midi, contact par BLU avec Paquito que j’entends très difficilement me dit qu’ils ont eu des ennuis de barres et ont regagné un port dans lequel ils ont un problème d’inverseur… Ils sont donc bloqués dans un port de Gran Canaria le temps des réparations…. Dommage, nous ne pourrons faire un bout de chemin ensemble, cette fois ci…
Je prends le vrai premier vrai repas depuis le départ. Mimi avait pourtant fait un ragoût avant le départ, mais la houle nous coupait la faim. D’ailleurs Mimi ne mange pas.
Vers 14h nous voyons les premiers dauphins qui jouent autour du bateau. Nous prenons du plaisir à les regarder longuement. Qu’ils sont à l’aise dans leur élément ! C’est un spectacle vraiment magnifique.
Vers 19h le vent monte. Je veux enlever la grand voile. Je prépare la manœuvre et je mets gilet de sauvetage et harnais. Je m’attache à la ligne de vie et vais au pied de mât. J’ai oublié la retenue de bôme. Je retourne au cockpit et l’enlève. Mimi veut m ‘aider sans que je m’en aperçoive. Soudain la bomme empanne et Mimi reçoit l’écoute de chariot de grand voile sur l’épaule et le bras. Elle crie de peur et de douleur. Elle craint une fracture. Non, tout bouge bien. Mais la peur a été terrible. Je l’avais prévenue de faire attention et de se reculer, mais elle a voulu être utile. C’est un avertissement qui ne se termine pas trop mal ! C’aurait pu être bien plus grave. La bomme, c’est le premier danger à bord, avant même le passage par-dessus bord !
Coucher de soleil
La nuit s’installe alors que la fatigue est déjà là. Les quarts sont durs.
Table à carte la nuit

Le 01.02.2008
La nuit est moins claire que la précédente ; quelques nuages cachent les étoiles. Le vent est frais. Rester dans le cockpit est difficile car j’ai froid. Je descends dans le carré et remonte tous les quarts d’heure pour faire un tour d’horizon.
D’ailleurs à deux heures, je remonte et voit un bateau que le système de signalisation automatique AIS ne fait pas apparaître sur mon écran. Il n’est pas loin et a deux phares à l’une des extrémités. Je pense aux chalutiers qui éclairent les remontées de filet à la proue. Je pense donc qu’il s’éloigne. Mais au bout d’un moment je le vois grossir et il est près ! Je mets le moteur pour dégager plus efficacement qu’à la voile. Heureusement car soit il ne m’a pas vu, soit il travaille et se considère prioritaire. Sans ma manœuvre nous allions à la collision !
La nuit il y a parfois du suspens !
La nuit le vent est un peu plus fort que le jour. Le bateau avance bien, roule toujours.
Dans le cockpit tout est calme. A l’intérieur, la coque résonne de bruits impressionnants lorsqu’une lame vient frapper la coque, lorsqu’une écoute en tension frotte la coque…
Pour dormir il faut oublier tous ces bruits !
Au matin la mer est calme, avec moins de creux. La lune montre son dernier quartier toute la matinée, alors que la nuit était vraiment noire !
Je mets la grand voile à deux ris et la trinquette dans 20 noeuds de vent. Diam Rek avance à 6 nœuds sur le fond.
Le soir, je mets une heure de moteur pour recevoir et envoyer les mails sur la BLU.
Quel plaisir en mer de recevoir vos messages et d’y répondre… Lorsque les ondes veulent bien les porter ! La nuit ça fonctionne bien, mais en matinée c’est crispant bien souvent !
Coucher de soleilfatigue-mais-heureux.jpg
La nuit s’installe, dans un ciel couvert ; c’est le noir sans lune ni étoiles !…

Le 02.02.2008
La nuit est fatigante. Mais je suis en forme. Mon corps s’est habitué au roulis, je peux être dehors ou à l’intérieur sans être dérangé. J’ai faim et je coupe la nuit avec des fruits, des biscuits. Mimi avait fait un gâteau avant de partir et j’en mange chaque nuit et au petit-déjeuner.
Le jour se lève et le soleil est là, il s’installe pour la journée. Du moins c’est ce que je pensais, car l’après midi les nuages le cachent. La mer devient grise comme du mercure.
La mer écumeVagues
Il fait frais bien qu’on longe l’Afrique.
Je règle les voiles car le vent tourne légèrement et le bateau a tendance à lofer.
Je dois aussi mettre une heure de moteur pour recharger les batteries. Lorsque la mer fait travailler le pilote, on entend le vérin fonctionner presque sans cesse et il consomme beaucoup. L’éolienne ne charge pas assez dans ce genre de vent arrière de 15 à 18 nœuds…
Je regrette ne n’avoir pas de régulateur d’allure !

Le 03.02.2008
La nuit est calme avec moins de creux. Le vent est assez constant autour de 20 nœuds.
Mimi dort dans le carré avec la toile anit-roulis dont on se sert pour la première fois. C’est efficace en cas de roulis intempestif.
Vers 8h Mimi me réveille car nous croisons un cargo et un voilier en même temps. Je prends la VHF et appelle le voilier qui est derrière nous mais plus près des côtes. Il parle anglais et va au Sénégal. Ce n’est pas un bavard. Il reste derrière nous puis disparaît. Ce sera le premier de dernier voilier rencontré !
Un voilier!
Pour la première fois depuis le début de la traversée, je mets une traîne. Sans résultat, autre que la disparition de la cuillère. Un gros a dû mordre et a tout emporté…
La ratatouille de MimiQue c’est bon!
Mimi est sombre et elle finit par me dire qu’elle ne traversera pas l’Atlantique à bord. Elle supporte mal le manque de sommeil et le manque d’hygiène dans un bateau qui bouge tout le temps. Je comprends ce qu’elle dit et suis infiniment triste. Elle a essayé et elle touche ses limites. Elle me dit qu’elle me rejoindra au Brésil en avion… Que faire ? Je ne sais plus.
La journée est triste et longue.
Mimi se repose
De son côté Mimi se lance dans le plan d’un livre de cuisine orientale. Elle met les idées sur papier et parle du salon à paris en mars… Elle est déjà ailleurs. Moi je me vois au Brésil, et après ?
Vers 17h je fais le point : plus que 300 miles pour Saint Louis.
En fait l’annonce de Mimi me décide à changer de cap. Nous irons directement à Dakar, dans un endroit sûr, sans problème, où je pourrai trouver à faire réparer mes réservoirs de gasoil qui fuient. Car je me suis aperçu que le réservoir dont j’avais fait le plein à Las Palmas se vide petit à petit. Si je veux aller dans les bolons du Saloum et de Casamance, il me faut une autonomie en gasoil !
La nuit tombe vers 19h. Peu après je vois un cargo qui est devant un peu à bâbord. Que fait il ? Il ne semble pas avancer, il semble faire du sur place. J’essaie de le laisser à bâbord, mais il semble dériver à la même vitesse que mon bateau avance.
Je mets le moteur et je mets plus d’une heure à le passer et à m’en éloigner. J’avais pris la barre pour gagner sur lui, non sans mal !
En veilleD’où vient le vent?
Je suis content de le voir sur mon arrière enfin ! Nuit noire et froide…

Le 04.02.2008
Mimi fait les quarts, mais n’arrive pas à dormir entre deux. Alors elle prend un comprimé et s’écroule.
0 11h nous avons parcouru 131 miles en 24 heures. Nous approchons, nous sommes maintenant le long des côtes de Mauritanie. Nous passons le cap Blanc de triste mémoire sur lequel s’échoua la Méduse, d’où l’histoire de son radeau….
Pizza de MimiMimi cuisineMer noire!Le painMer grise
Nous passons au large pour éviter le même sort. Plus loin la carte indique des montagnes souterraines qui culminent à moins 20 mètres du niveau de la mer. Je veux passer plus au large pour éviter la houle engendrée par cette remontée des fonds. Je suis à 100 miles des côtes.
Je lis les guides qui parlent de l’arrivée sur Dakar. Je connais Dakar par la terre, par la mer ce sera une première.

Le 05.02.2008
Pour la première fois nous déjeunons dans le cockpit au soleil. C’est royal ! Avec un rosé pour parfaire le tableau.
Dans l’après-midi le vent baisse vers 10 nœuds ; il est chaud. Je reconnais l’alizé africain. C’est doux et agréable. Nous devrions arriver demain en fin de matinée… si le vent le veut.
Je tangonne le génois pour tirer le meilleur parti de ce vent de dix nœuds presque totalement arrière. L’amélioration est négligeable. J’enlève le tangon et remets le génois à tribord, il se gonfle de façon aléatoire…
L’envie d’arriver et de manger un bon tieboudienne grandit !

Le 06.02.2008
A deux heures du matin nous voyons une lueur à l’horizon ; c’est Dakar.
La nuit se passe sans voir Dakar. La lueur grandit. J’écoute Youssou N’Dour pas sur baladeur ; c’est magique !
Le jour se lève et nous voilà entouré d’un banc de dauphins. Des centaines ! Qui sautent et replongent, qui se croisent, qui plongent sous la coque. Quelques photos, qui n’enregistrent pour la plupart que la met, parfois l’eau qui se referme sur une forme en plongée….
Mimi filmeMer à contre jourDauphin
A 8h30 les collines des Almadies apparaissent. On approche lentement. Dakar apparaît. On contourne la presqu’île. Je pêche une bonite puis deux autres. Je suis torse nu au soleil dans le cockpit, heureux de retrouver le Sénégal. J’appelle Salifou pour lui annoncer notre arrivée. Nous sommes heureux de se revoir tout à l’heure après deux ans se voir !
Pavillon sénégalaisUne boniteSitôt péché, sitôt mangé!
Nous croisons nombre de pirogues qui ont quatre personnes à bord.
Les AlmadiesBelle perspectivePirogue sur fond de DakarPirogue de pêcheur
Les pêcheurs lancent une ligne avec un leur et rappellent la ligne par saccades. Les pirogues sont basses sur l’eau. Parfois elles disparaissent dans les creux et réapparaissent devant le bateau. Je passe entre les pirogues bariolées. Ils sont courageux ces pêcheurs par une telle houle.
Je regarde la carte Maxsea. Sur cette carte achetée il y a peu, l’île de Gorée ne figure pas ! Quelle escroquerie ces cartes chères payées qui ne sont pas à jour ! Gorée est cartographiée depuis le 15ème siècle !!!
Je lis sur un guide et il est indiqué que l’on doit contourner Gorée et non passer près de Dakar et de son port.
Que c’est beau Gorée vu de la mer. On voit les canons, la forteresse, des maisons avec du linge qui sèche sur des fils entre des filaos.
GoréePort de Gorée
Après Gorée il faut piquer sur l’anse de Hann mais le vent est en plein dans le nez. C’est l’occasion de rentrer les voiles et de mettre le moteur.
Je regarde le plan du guide et la carte sur ordinateur et nous arrivons dans la Baie de Hann. Derrière une digue nous apercevons des mâts de voiliers à l’ancre…
Mouillage
Je m’approche et reconnais la Mandragore de Julien et Agnès !
La Mandragore de Julien et Agnès
Je pourrai me mettre derrière. J’approche et veux jeter l’ancre. Rien ne se passe, l’ancre ne descend pas. Je vais à l’avant et les commandes ne répondent plus. Je reprends la barre, passe entre les bateaux et fait un tour. Pendant ce temps je prends la brinqueballe pour débloquer le barbotin et l’ancre peut descendre manuellement.
Alors nouvelle approche et le passeur du Cercle de Voile de Dakar nous confirme que l’emplacement est bon. Je vais à l’avant, laisse tomber l’ancre et recule en dévidant 35 mètres de chaîne.
Nous sommes ancrés dans la baie avec une cinquantaine de voiliers de voyage dans la douceur de l’après-midi sénégalais ! Quel bonheur !
Un vieux pécheur veut nous vendre du poissonCoup de soleil!Mimi se relaxe après la traversée

Océan Atlantique, Maroc

Posted on octobre 12th, 2007 by Christian

Le 01.10.07
35.47.247N 05.48.367W Tanger

Après avoir affalé les voiles et préparé le bateau nous rentrons entre les jetées. Nous appelons la capitainerie à la VHF en français et l’on nous répond en français qu’on nous attend au fond près du club nautique !
Port de Tanger
Nous traversons le port de commerce, puis le port de pêche et sur les indications d’un homme qui agite les bras nous allons vers le club, à couple d’un Ovni 39 hollandais. L’employé du port et le couple hollandais nous aident à passer les amarres. L’employé me dit que la police va venir pour les formalités. Puis il revient et me dit de le suivre avec les papiers du bateau et des personnes. Je le suis non loin, jusque dans le bureau d’un policier très aimable, qui me dit qu’il allait partir pour rompre le jeune. Il remplit ses papiers rapidement et aimablement. Il me demande si je sais ce que veut dire mon nom Labes en arabe. Je lui réponds que oui : ça va. Il est content. Je lui fais remarquer que dans le bureau il y a le portrait du roi précédent Hassan 2, mais pas celui de l’actuel. Il sourit et me dit qu’il a le père !
Je rentre sur le bateau. Les Hollandais nous avaient prêté une prise pour nous raccorder à l’électricité, la norme européenne n’ayant pas cours ici. Nous voilà installés près des pêcheurs et de quelques voiliers. Lez couple de hollandais est parti depuis 4 mois de Hollande et il va aux Antilles en longeant la côte marocaine.
Je téléphone à Mimi pour la rassurer et entendre sa voix, et à Maxime. Puis nous dînons et faisons un tour au club nautique. Le bâtiment est moderne, décoré de nombreuses plantes dont un certain nombre sont déjà mortes faute d’arrosage. Le restaurant est très grand et cher, avec des serveurs très aimables. On voit la vieille ville juste derrière le port. C’est heure de la prière et la première mosquée fait entendre ses hauts parleurs, puis une autre et une autre encore. C’est fort, mais moins long qu’à Dakar.
Nous irons visiter demain et j’appellerai mon ami Brahim.

Le 02.10.07
Au réveil nous allons prendre une douche au club nautique. Les lieux sont neufs et propres, amis pour les hommes il n’y a qu’un WC et une douche. Heureusement il n’y a pas beaucoup de bateaux. A la sortie, je rencontre l’employé qui nous a accueilli la veille, il me dit qu’il me conduit au bureau de la marina pour nous enregistrer. Je le suis jusqu’au bureau d’une charmante secrétaire. Je remplis son cahier de présence des bateaux et je discute avec elle de la ville, des bateaux. Pas de bateaux français, alors qu’ils étaient nombreux la semaine passée. Je regarde le registre, ils rentraient en Méditerranée vers la France. Nous parlons de la ville, des magasins qui indiquent des prix et où l’on peut négocier quand même, et du coût de la vie cher pour les salaires marocains, puisque le salaire minimum est d’environ 200 euros.
Puis nous allons nous promener en ville, dans la médina. Les odeurs des villes africaines me reviennent en mémoire ; odeurs fortes de décomposition des ordures qui traînent, odeurs des épices, du thé à la menthe, odeurs des pâtisseries, odeurs des boutiques de cuir ; tout est mélangé et le mélange est puissant ! Il y a peu de gens car les gens travaillent. Les ruelles sont très étroites et pentues.
Entrée de la Médina
Ruelle de la Médina
Il y a une multitude d’échoppes et de vendeurs ambulants dans la rue. Nous rentrons pour déjeuner. Lorsque j’allais faire la sieste, Brahim appelle : il donne rendez-vous à la porte principale du port. J’y vais et peu de temps après il arrive. Il marche en boitant à cause de ses prothèses diverses dues à sa maladie de la spondylarthrite… Je suis heureux de le voir en chair et en os. Nous nous connaissons depuis des années ; nous échangions de nombreux mails pour échanger nos expériences lorsque je m’occupais d’une association de malade de la polyarthrite. Lui voulait monter une association de malade au Maroc. C’est ce qu’il a fait avec ténacité malgré la méfiance des médecins. En effet il n’existait que deux autres associations de malades au Maroc, celles des diabétiques et des victimes du cancer du sein. Brahim me reparle de cette période de coopération et me remercie encore ce qui me gêne. Tout le mérite lui revient avec son courage et sa ténacité.
Et le voilà devant moi, tout sourire. Nous nous embrassons et je l’emmène au bateau.
Brahim à bord
Il a du mal à monter, mais il voit là où je vis pour l’instant. Ensuite nous allons faire une promenade en ville guidés par Brahim. Il nous entraîne vers la plage qui borde toute la baie. La promenade de bord de mer est bien aménagée. Les jeunes s’y promènent.
Plage de Tanger
Tout le long la ville moderne s’étend avec de grands immeubles dont beaucoup en construction. A 30 Kms de Tanger se construit un nouveau port Tanger Med qui sera le plus grand d’Afrique lorsqu’il sera fini. Il ouvrira en 2008. Il attire des travailleurs de tout le Maroc et Tanger s’étend. Le contraste est grand entre la ville nouvelle et son étalage de richesse et la médina avec ses petites boutiques, ses échoppes, ses vendeurs d’objets à même le trottoir, qui survivent.
Bar des navigateurs!Atelier d’un plombierPortail de la MosquéeLe marabout d’un saintVue des hauts de Tanger
Dans la médina, Brahim croise des amis qui le saluent. Il habitait ici, avant de déménager plus loin, et il était le représentant des habitants du quartier. Nous passons dans des ruelles si étroites que les balcons du premier étage sont tout près de ceux d’en face. Les gens peuvent à peine ouvrir complètement leurs volets et ils peuvent se serrer la main. Les couleurs des murs sont variées, de couleurs pastel chaudes et de blanc.
Au port et un peu partout en ville on voit des placards Tanger expo 2012. En effet Tanger est candidate pour organiser une exposition internationale en 2012. Le choix de la ville gagnante est imminent et Tanger croit en ses chances !
Nous revenons au port avant la rupture du jeune en cette période de ramadan. Nous quittons Brahim qui rentre en famille. Nous l’invitons pour le lendemain soir pour dîner ensemble au restaurant.

Le 03.10.07
Ce matin il pleut. Le bateau sur lequel nous étions à couple part à 9h donc 7h heure marocaine. Nous nous amarrons à couple d’un bateau-pilote qui ne bouge pas avec l’aide des gens du port toujours aimables et efficaces.
Tanger avant la pluie
La pluie ne cesse pas. Daniel, notre routeur m’appelle me disant qu’il m’a envoyé un message avec une proposition de départ sous 48h avec un début en longeant la côte jusque vers El Jadida puis un cap direct vers Madère avec un vent établi 20 à 25 nœuds. A préciser. Si ça tient nous partirons dans un ou deux jours.
En attendant écriture et traitement des photos pour le site à bord avant d’aller dans un cyber.
Des cybers il y en a beaucoup dans la ville. Nous allons au premier. Les ordinateurs ne sont pas vieux. Les claviers sont avec des indications européennes et arabes. Je mets des textes sur le site de Diam Rek, mais ça passe lentement. En plus, la typographie change sans que j’arrive à maîtriser la chose. Je tente de mettre des photos mais en vain. Ça fait que j’ai un retard important et que vous ne voyez pas toutes les photos que j’ai sélectionnées. J’espère que ce sera pour bientôt !
De retour au bateau, nous allons faire des courses pour préparer le départ. Dans la vieille ville, les vendeurs sont à touche-touche sur les trottoirs, avec des fruits et légumes, des habits, de la quincaillerie… Nous demandons les prix. Certains nous donnent des prix bien plus élevés, voyant que nous sommes européens. D’autres indiquent leurs prix normaux. Nous prenons fruits et légumes pour une semaine. Du pain aussi, le reste nous avons à bord et nous comptons sur les résultats de notre pêche… En faisant les courses, nous rencontrons Brahim dans une boutique, c’est celle de son frère qu’il aide après son propre travail de comptable.
Jean-Michel lui achète un grille-pain pour mettre sur le gaz du bord et remédier ainsi au ramollissement du pain en ambiance marine.
Nous terminons les courses lorsque tous les vendeurs remballent très vite car l’heure de la rupture du jeune arrive et tous rentrent chez soi pour rompre le jeûne en famille. En très peu de temps les rues remplies de monde se retrouvent vides. Nous rentrons au port et ce port si actif est mort, vide de gens. Les gardiens qui doivent continuer leur travail, mangent sur place ce que la famille leur a apporté, la harrira, des dates, du lait caillé, des gâteaux. Certains sortent la première cigarette de la journée.
Le soir nous avons rendez-vous avec Brahim que nous avons invité au restaurant. Nous le retrouvons à l’entrée du port. Il nous emmène à pied dans la ville pour nous montrer des quartiers que nous ne connaissons pas encore. Le soir les rues sont pleines de monde qui se promène en famille ou hommes avec hommes et femmes entre elles. La grande majorité des femmes sont voilées et souvent joliment maquillées. Nous passons devant la grande mosquée à l’heure de la fin de la prière. Beaucoup de monde en sort les hommes par une porte, les femmes par une autre. C’est le mois de la prière et les fidèles sont là.
Nous rejoignons le bord de la falaise et voyons la baie de Tanger parsemée de lumières. C’est beau ! Nous finissons par aller au restaurant, chez Hammadi. Les salles sont décorées à la marocaine ; il y a un orchestre qui joue un air.
La cuisine est succulente : harrira, tajine, pastilla et gâteaux fins ! Je pense à Mimi qui n’est pas là et qui sait faire cette bonne cuisine et qui l’apprécie. Je suis heureux de discuter avec Brahim. La soirée passe vite et le restaurant ferme. Il est minuit et nous quittons Brahim à l’entrée du port. Peut-être nous reverrons nous demain s’il n’y a pas assez de vent pour partir.

Le 04.10.07
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de mon fils Maxime qui a 31 ans ! Je pense à lui très fort. D’ailleurs en navigation, loin des gens que j’aime, je pense plus à eux que lorsque je suis à la maison. Ils me manquent et j’ai souvent du temps pendant lequel ils s’invitent dans mon esprit. Que font-ils lorsque je ne suis pas là, que vivent-ils ? Chacun sa vie, chacun ses soucis et ses joies, mais grâce aux moyens modernes de communication, le téléphone et le mail, nous restons très proches.
Daniel, notre routeur, nous confirme par mail que le départ est possible demain. Donc encore un jour dans ce port dont l’eau est sale, encombrée de détritus qui flottent, de gasoil et d’huile. Elle sent mauvais comme dans le port de Hong Kong. Elle est noire. Pourtant on voit de nombreux poissons qui cherchent leur pitance…
Des Canadiens arrivent en deux bateaux. L’un se met devant nous et l’autre à couple. L’un a déjà fait deux traversées de l’Atlantique, l’autre vient de Port-Saint-Louis-du-Rhône et va hiverner en Espagne. Le skippeur me demande des renseignements sur les ports espagnols. Je lui prête mon guide.
Je dis aux personnes du port que nous partirons demain. On m’envoie au secrétariat du club nautique. La secrétaire me fait la facture, mais n’accepte pas les cartes… J’irai en ville retirer des dirhams. Pour la police qui a nos papiers, le policier pourra venir nous les rapporter vent 21h ou nous pourrons y aller le matin même…
Nous allons en ville à la recherche de pain et de vin. On nous indique après plusieurs demandes un endroit « sur le boulevard ». C’est vague. Nous allons dans la ville nouvelle. Nous tournons en redemandant plusieurs fois. Finalement un homme nous donne une indication précise « première à gauche, Casa Pépé ». Effectivement c’est une épicerie avec des étagères voilées par une bâche sur 10 mètres. On demande du vin et l’on nous dit que c’est là. On soulève la bâche et il y a un grand choix de vin et d’alcool. Nous prenons du vin marocain. Quelle aventure pour trouver du vin en période de ramadan, dans un pays où la constitution garantie la liberté de pratique religieuse, donc celle des non musulmans… Toute majorité, dans chaque pays, a toujours tendance à brimer la ou les minorités…
Le port poubelleAdieu Tanger!