Traversée Saint Martin- Les Sables d’Olonne

Posted on août 22nd, 2009 by Christian

Traversée Saint Martin-Açores et Açores-France

Nous sommes prêts le 29.05, mais Teddy ne veut pas partir car c’est un vendredi… Nous partirons donc demain matin. Nous faisons les dernières courses pour les provisions qui nous permettrons de préparer les repas durant la traversée. Nous avons calculé largement, nous ne devrions pas jeûner. Je vais faire un dernier tour sur internet pour lire les derniers mails. Je regarde les prévisions météo. L’anticyclone des Açores est situé entre nous et les Açores, il nous barre la route directe. Il nous faudra remonter nord dans un premier temps pour le contourner…

Nous partirons à deux, puisque Teddy qui m’avait menacé de débarquer, n’a pas cherché un autre embarquement… Nous ferons donc la traversée à deux. Je serai volontiers parti seul…

Proposition d’équipierUn coup d’oeil sur la météo

Le 30.05.2009

Nous sommes prêts. Avant de larguer les amarres, nous allons déjeuner au restaurant sur le port. Nous larguons les amarres à 13h15.

Le port d’Oyester Pond est très peu profond, il reste moins d’un mètre d’eau sous la quille. La passe de sortie est étroite, puis il y a un chenal balisé entouré de coraux à éviter absolument.

Nous voici dans une mer peu profonde, moins de 30 mètres, entre Saint Martin, Saint Barthélemy et Anguilla. L’eau est verte, translucide ; le ciel est bleu avec quelques nuages. Une vraie carte postale.

Les alentours des îlots voisins sont zone protégée. Il est interdit de jeter l’ancre pour ne pas abîmer les coraux. Il faut prendre l’un des coffres disponibles. Nous laissons l’îlot Tintamarre à bâbord. Diam Rek avance avec la grand voile, la trinquette et l’artimon avec un cap fond de 29° à près de 4 nœuds.

Le départLa mer calme

La mer est belle, le ciel dégagé laisse voir toutes les étoiles avec toute la voie lactée. Que c’est beau !

Nous reprenons les quarts. Je ferai 4h-8h, 12h-16h, 20h-24h. Le premier quart de 20h à 24h est terrible. J’ai sommeil, je lute pour ne pas m’endormir, pour scruter l’horizon afin d’éviter les éventuels bateaux.

Le 31.05.2009

Dans le petit jour nous avançons à 5 nœuds. Pas de bateaux, nous sommes seuls en mer. Avec le jour, les luminosités des îles se sont éteintes. L’horizon ne laisse voir que la mer.

Après la joie du départ, vient une légère appréhension. J’ai tellement lu des récits de traversées difficiles, avec du gros temps… Mais la détermination est la plus forte, et l’attrait de l’aventure à vivre.

A midi, je mets une heure de moteur pour entretenir l’énergie de batteries. Nous croisons un petit cargo sur notre arrière. C’est le premier.

Nous avons parcouru 95 miles en 24h pour cette première journée de navigation avec un vent de 15 nœuds d’est et une houle d’un mètre maxi.

Dans l’après-midi un grain passe ; la pluie nous arrose copieusement. Après le grain le soleil revient. Le vent passe de 25 nœuds à 12 nœuds. La houle augmente à 1,5 mètres.

Coucher de soleil

Vers 22h je mets une heure à éviter un gros bateau de pêche, qui zigzague devant Diam Rek. Les pêcheurs travaillent et ne s’occupent pas des autres bateaux qui n’ont qu’à se dérouter… ce que je fais en maugréant.

Le 01.06.2009

Toute la nuit ce n’est que pêcheurs qui travaillent et ne s’occupent pas des autres bateaux qui n’ont qu’à se dérouter… ce que je fais en maugréant.

Toute la nuit ce n’est qu’une succession de grains !

Au matin nous avançons à 4 nœuds avec un ris dans la grand voile. Teddy « anticipe » les grains. Aussi le bateau est tout le temps sous-toilé. Pas possible de reprendre les ris car ça l’angoisse…

A 13h15 je fais le point. Nous avons fait 106 miles en 24h. Le ciel est bleu et la mer est bleue des mers du sud, bleu Waterman, comme sur les cartes postales.

Début de traversée!Les provisions dans le filetOn avance

Nous avançons sur la route orthodromique alors que Daniel, le routeur, nous avait recommandé de monter au nord dans un premier temps, pour éviter de tomber dans les calmes de l’anticyclone massif qui est dans l’est. Mais Teddy dit que c’est des conneries, que le vent est là et qu’il n’y a qu’a le suivre. Je le laisse essayer puisqu’il à déjà cinq traversées à son actif et pour lui clouer le bec s’il se plante dans les calmes…

Lorsque Teddy ouvre le frigo et me dit qu’il va falloir mettre le moteur parce que le beurre est trop mou, je me dis que nous n’avons pas la même façon de naviguer ! Il n’a qu’a ranger le beurre plus près du freezer ! Moi qui ai tendance à éteindre le frigo souvent pour privilégier le pilote qui suffit à faire baisser les batteries lorsque le vent ne fait tourner l’éolienne que faiblement et que le ciel gris ne permet pas aux panneaux solaires de donner assez d’énergie.

Le 02.06.2009

La nuit est calme ; un vent de 12 nœuds nous fait avancer à 4 nœuds. Pas de grain et pas de bateaux à éviter. Je commence à m’habituer aux quarts de 4 heures. La nuit c’est long, mais il y a un avantage : pendant mes quarts, je suis seul et j’apprécie pleinement ce contact avec la nature. J’apprécie aussi de n’être pas à côté de Teddy. En effet il n’y a aucun feeling entre nous et nous ne nous disons pas dix phrases dans la journée. Alors la présence muette de l’autre pèse.

J’appelle le routeur qui me dit de continuer  vers le nord 60 heures puis nous aurons du vent de sud est à condition de ne pas dépasser le 59° west.

Nous avons avancé de 99 miles en 24h et nous avançons à 3,5 nœuds.

Je mets le moteur pour utiliser la radio BLU pour envoyer un mail de demande de carte météo. J’y passe une heure sans parvenir à faire passer le mail faute de contact avec l’une des stations radio réceptrices.

En début de nuit, un gros nuage passe avec une accélération du vent. Derrière, il n’y a plus de vent hélas !

Le 03.06.2009

Dans la nuit les nuages se succèdent avec du vent sur leur passage puis plus rien…

La matinée se passe dans le petit temps avec un vent autour de 10 nœuds. Nous avançons à 3,5 nœuds avec une houle de tribord.

La mer est couverte de longues zébrures qui sont des amas d’algues qui dérivent. Elles nous empêchent de pêcher car elles s’accrochent au rapala…

Nous avons parcouru 92 miles en 24h. Ce n’est pas formidable, mais le vent est faible…

Nous n’avançons plus qu’à 2 nœuds. Teddy allume alors le moteur pour avancer plus vite. Il ne supporte pas d’avancer à moins de 2,5 nœuds… Moi, j’aime avancer à la voile, même lentement, on peut profiter alors du beau temps calme pour lire, écouter de la musique…

Non il faut le moteur !

Pendant mon quart du soir j’écoute de la musique avec mon baladeur. Quelle joie d’entendre de la musique, seul sur la mer, sous le ciel étoilé !

Le 04.06.2009

Manque de vent et nuages gris qui couvrent le ciel, c’est notre lot du matin. Moteur pour recharger les batteries et pour pallier le manque de vent… Nous avons fait 94 miles en 24h.

Daniel me dit au téléphone satellitaire d’aller jusqu’au 30 et même 31° nord pour trouver du vent.. Nous alternons voiles et moteur pour avancer. A ce rythme là le gasoil ne sera pas éternel et ne nous permettra pas de rejoindre les Açores de toutes façons…

Le 05.06.2009

Dans la nuit éclate un gros orage loin dans le nord est. Teddy éteint tous les instruments et les débranche. Vers 4h30, l’orage cesse, toujours au loin. Après il n’y a plus de vent. Teddy met le moteur…

Il pleut un peu. Lorsque le vent revient, nous avançons à la voile. Le reste du temps c’est au moteur…

Dans la journée nous avons avancé de 76 miles. Nous passons à côté d’un grain, puis d’autres.

Se faire mouiller n’a rien d’agréable car comme nous remontons vers le nord, la pluie n’est plus chaude comme sous les tropiques. Quand en plus c’est la nuit, l’humidité reste dans les habits et on est transi vite fait… On dirait une journée de novembre.

Le 06.06.2009

Vers midi nous croisons un cargo qui se déroute pour nous laisser passer. C’est suffisamment rare pour le signaler. Nous avons avancé de 99 miles en 24h.  Nous avançons sur un cap fond de 42°, ce qui ne nous fait pas avancer suffisamment nord pour trouver le vent et trop  est pour éviter les calmes de l’anticyclone… La majeure partie de la journée se passe au moteur.

Teddy rate une dorade coryphène qui réussit à se décrocher de l’hameçon tout près du bateau…

Le 07.06.2009

Nous avons avancé de 104 miles en 24h grâce au moteur surtout. Le vent de sud  ouest est très faible. Nous sommes toujours au cap 65°.

img_0080.jpg

Le routeur nous conseille de continuer au cap 45° pour trouver dans 6 heures du vent d’ouest montant progressivement à 20 nœuds.

Sur la mer il y a uneimg_0087.jpgimg_0089.jpgimg_0090.jpg profusion de petites méduses avec une poche gonflée qui leur sert de voile. Cette voile est striée de raies rose violet. C’est magnifique à regarder, mais il ne faut surtout pas toucher car les tentacules sont cruellement venimeux. J’en garde un souvenir cuisant lors d’une baignade à Warang au Sénégal.

En soirée nous arrêtons le moteur et hissons trinquette, grand voile et artimon pour avancer à 3,2 nœuds au cap 45° avec un léger vent d’ouest.

Le 08.06.2009

Le soleil se lève à 4h15 à l’heure des Antilles. Le ciel est magnifique avec une infinité de rouges entre les nuages. Commence alors le calme du matin. C’est le paradis. Que j’aime ce calme des matins en mer !  Il y a une houle de ¾ arrière bâbord d’un mètre environ. Nous avançons à 4,8 nœuds avec un vent d’ouest de 12 nœuds.

img_0093.jpgimg_0094.jpgimg_0096.jpgimg_0099.jpg

Le vent étant arrière, je mets une retenue de baume pour parer à tout empannage intempestif.
Avant midi Teddy attrape une daurade coryphène dont je lève les filets.

Nous avons avancé de 111 miles en 24h. Le vent s’étant levé nous avançons à 6,2 nœuds.

Vers 23h, la pluie arrive pendant que je vois des éclairs au loin. Les grains passent sans dommage pour nous.

Le 09.06.2009

img_0100.jpgUn grainimg_0103.jpgimg_0105.jpgUn cargo passe

Les grains se succèdent. J’avais rangé mon appareil photo dans un équipet, entouré d’un linge.

Hélas, cette protection n’a pas suffit. Je sèche l’appareil, dehors et dedans. Le courant fait encore sortir l’objectif de façon aléatoire. Mais quelques heures après, l’appareil repose l’objectif sorti, sans réaction aux sollicitations des commandes. Le grain lui a été fatal.
J’ai pris des photos jusqu’à présent, mais le reste de la traversée se fera sans photos. Je suis triste et je m’en veux de n’avoir pas fait plus attention à l’appareil !

Le vent est tombé et nous avançons au moteur. Le routeur nous promet du vent dans 36h…

Je demande un fichier météo par BLU. Il arrive et confirme que nous sommes dans une zone de calme plat et que le vent est loin au nord est…

Nous avons avancé de 105 miles en 24h.

Le soir j’ai froid. Les nuits sont de plus en plus fraîches.  Nous sommes à la hauteur des Bermudes, à 200 miles à l’est. Teddy redoute les perturbations « telluriques » dans ces parages. Mais rien d’anormal ne se manifeste !

Le 10.06.2009

J’ai reçu un fichier météo qui confirme que nous sommes dans les calmes pour un moment…

Teddy tient à ce que nous changions d’heure. Nous avançons d’une heure pour qu’il ne voie plus le soleil se lever vers 4h ce qui l’empêche de s’endormir.

Nous avons avancé de 105 miles en 24h. Nous sommes maintenant à 4,7 nœuds au moteur au cap 60°. Entendre le moteur quelques heures n’est pas agréable, mais non-stopp pendant des jours, c’est bien pire. Je souhaite que les réserves s’épuisent vite pour que nous n’ayons que les voiles pour avancer comme tout voilier qui se respecte !

Le 11.06.2009

On arrête le moteur à 7h30. Trinquette, grand voile et artimon nous font avancer à 3,3 nœuds au cap 86°.

Nous avons fait 101 miles en 24h, sous un ciel gris, chargé d’épais nuages. Le vent de sud est est de 12 nœuds. Le baromètre reste imperturbablement à 1026 hp.

Une méduse venimeuse avec sa voileun grain arriveimg_0113.jpg

Le 12.06.2009 vendredi

Teddy prend un deuxième ris dans la grand voile et un dans la trinquette. Au moins nous ne gîtons pas ! Il pleut depuis trois heures avec un vent de sud qui nous fait avancer à 5,3 nœuds.

Je fais un calcul de consommation du moteur : 240 litres de gasoil en 93 heures font une consommation de 2,57 litres à l’heure à 1800 à 2000 tours minute. Le réservoir bâbord est vide. Je passe sur le réservoir tribord et rien n’en remonte. Il est vide. Pourtant j’avais fait le plein à Oyester pond. Il doit y avoir eu une fuite, ou bien j’e me suis fié à la jauge qui indique le plein alors que le réservoir est vide…

En tout cas, nous n’avons plus de gasoil que le contenu du réservoir journalier. Teddy est fou de rage et m’accuse d’imprévoyance, de ne pas avoir préparé le bateau avant le départ ! Lui qui ne supporte pas les calmes, va devoir se contenter des voiles pour avancer. Ce qui reste de gasoil doit servir à remonter les batteries de temps en temps, à éviter un bateau en cas de besoin et à faire mes manœuvres d’approche.

Lourde ambiance à bord. Les noms d’oiseau pleuvent. Je laisse passer. Je suis content de n’avancer qu’à la voile, mais j’ai à subir l’ambiance …

Nous avons avancé de 87 miles en 24h. Mais à partir de 22h la pétole s’installe.

Le 13.06.2009

Vers 11h, le vent se lève un peu. Nous avançons avec la trinquette, 2 ris dans la grand voile et l’artimon. Je n’aurai jamais navigué aussi sous toilé ! Nous avançons à 2  nœuds. Je propose de mettre le spi asymétrique, mais ça n et l’artimon. Je n’aurai jamais navigué aussi sous toilé ! Nous avançons à 2  nœuds. Je propose de mettre le spi asymétrique, mais ça n’intéresse pas Teddy. Tant mieux car je ne tiens pas à ce qu’il explose sous un grain non anticipé.

Nous avançons de 36 miles en 24 heures. Ca ne réchauffe pas l’atmosphère à bord ! Le petit temps use les nerfs dans ces conditions alors que ça pourrait être si relaxe !

Le vent annoncé vient progressivement.

Le 14.06.2009

La carte nous indique qu’il reste 1088 miles jusqu’à Horta, île des Açores. La position du bateau grâce au GPS est revenue sur le logiciel de navigation. Il doit y avoir un mauvais contact, une question d’humidité qui laisse passer les informations ou pas. Pour l’instant ça marche. C’est la première fois que je regarde la carte sur l’ordinateur. Teddy marque chaque jour un point sur la carte papier, calcule le cap, sans tenir compte des indications du routeur, qu’il juge fausse…

img_0116.jpgimg_0118.jpgimg_0119.jpgimg_0120.jpgimg_0122.jpgimg_0123.jpgimg_0124.jpgUne dorade coryphène

Nous avançons de 78 miles en 24h sur un cap 88° avec une houle de 1,5m et un vent de 12 nœuds de sud ouest. Je règle la barre à 8 pour plus de réactivité avec cette houle qui nous déporte l’arrière.

Depuis le départ la houle a une fréquence très rapide de deux ou trois secondes. Cest très désagréable.

Daniel prévoit du vent de 20 à 25 nœuds pour 48h. Il sera le bien venu !

Le soir Teddy rate trois poissons dont le dernier qui emporte l’hameçon.
Je vais me coucher et j’ai froid. Je mets un duvet sur moi pour la première fois…

Le 15.06.2009

Dès le lever du jour le vent est de 18 nœuds et nous avançons à 5,5 nœuds au cap 88°.

Le matin, je m’aperçois que le tableau électrique est humide, avec des traînées d’eau. Un entourage de hublot n’est pas hermétique avec trop peu de sika. J’en ajoute et je sèche le tableau. Pour l’instant, tous les circuits électriques fonctionnent.

Nous avons parcouru 126 miles en 24h. et nous avançons toujours à 5,5 nœuds avec un vent de ¾ arrière tribord de 20 nœuds.

En soirée on se déroute deux fois pour éviter deux bateaux. Nous sommes des jours sans voir de navire et deux coups sur coup ont une trajectoire qui croise la nôtre ! On s’habitue à voir la mer sans navire, pour soi seul ; un visiteur devient importun.

Un peu de moteur pour remonter le niveau d’énergie dans les batteries. Je compte les heures moteur pour gérer le reste de gasoil.

Le 16.06.2009

Le vent mollit à 12 nœuds. Un gros cargo nous double  sur notre bâbord. Nous avons avancé de 111 miles en 24h. Notre allure est de 4,8 nœuds avec un vent de sud ouest de 15 nœuds et une houle de 1m. Ca donne des conditions de navigation incroyablement confortables : peu de houle, un vent assez constant qui fait avancer sans forcer, pas de grain… Que rêver de mieux ? C’est une traversée pour retraités !

Vers 16h, je vois des jets de vapeur d’eau d’évent de baleine à un demi-mile du bateau. Puis la baleine sonde et disparaît. J’aurai tant aimé la voir de plus près !

Le soir le vent remonte un peu et on est au près bon plein à 5 nœuds au cap 85°.

Le 17.06.2009

Vers 6h30 une bande de dauphins nagent, sautent, jouent autour du bateau. Je trouve un petit calamar sur le pont, sans doute déposé par une vague.

A midi on rechange d’heure pour se mettre à TU-4.

Diam Rek a avancé de 110 miles en 24h . Nous avançons toujours à 4,7 nœuds. Lorsqu’il y a du vent, suffisamment pour avancer comme ça, c’est très agréable. Jour après jour, on avance, on voit la progression sur la carte. On calcule les miles qui restent à parcourir, le nombre de jours nécessaires, si le vent se maintient…

Le 18.06.2009

Nous croisons un cargo dans la matinée.

Le vent de 25 nœuds nous fait avancer au près bon plein à plus de 6 nœuds. Nous croisons deux autres cargos.

A 9h nous prenons un troisième ris dans la grand voile, et nous avançons presque à la même vitesse. Il éclate une dispute avec Teddy sur l’écart de route et sur la gestion des voiles. Nous n’avons vraiment pas la même façon de naviguer. Teddy navigue toujours sous toilé. Il privilégie parfois le cap parfois la vitesse. Si je fais différemment, il s’emporte et menace d’en venir aux mains… Un vrai gamin colérique à 40 ans !

Nous avons avancé de 122 miles en 24h. et le vent de 25 nœuds se maintient !

Le 19.06.2009

Au cap 100°, nous avons parcouru 121 miles en 24h.

Mais en fin de journée le vent baisse et nous n’avançons plus qu’à 2 nœuds.

Un cargo nous dépasse sur tribord dans le crachin.

Teddy pique une crise parce que je suis dans la descente, protégé de la pluie. Lui fait ses quarts dans le cockpit et vent que je fasse de même. Il a toujours peur que l’on ne voit pas un obstacle. Il faut scruter sans relâche, comme il dit.

Le 20.06.2009

Teddy met le moteur un quart d’heure pour éviter un cargo.

Au petit matin, il y a peu de vent et du crachin dans le quel nous avançons à 2,6 nœuds.

Vers 6h le vent se lève et nous voici à 5 nœuds. Je rate une coryphène qui se détache au dernier moment !

Il pleut depuis hier au soir ! Vers 13h le vent baisse et notre vitesse tombe à 2,6 nœuds.

Nous avons parcouru 85 miles en 24h. Le vent de sud est n’est plus que de 8 nœuds…

Puis le vent tourne et nous faisons cap 77°.

Le 21.06.2009

Le petit matin nous voit dériver à 1,1 nœuds faute de vent. A 5h le soleil se lève dans une féerie de rouge orangé et un petit vent se lève qui nous fait avancer à près de 3 nœuds.

A 7h30 le calme est impressionnant et les dauphins jouent autour du bateau. Que c’est beau! Dans ces moments là, on souhaite que la traversée ne finisse pas !

Nous avons progressé de 53 miles en 24h au cap 77°.

Nouvelle dispute avec Teddy qui ne veut plus aller à Horta comme prévu depuis le départ, mais à Flores, plus proche. Horta a un ship et des chantiers capables de réparer la pompe de relevage de gasoil (enfin peut être…) A Flores il n’y a rien d’indiqué sur le guide, il ne faudra compter que sur l’envoi de pièces de France… Rien à faire, il veut toucher terre vite, si non il menace de se mettre hors quarts… Je lui dis chic alors et il veut en venir aux mains… Sur un bateau on ne peut risquer de se blesser car tout peut devenir grave, loin de tous soins possibles.

Nous irons donc à Flores. Il y a un petit port au sud est : Porto das Lajes.

Je coupe le frigo par manque d’énergie dans les batteries ; priorité au pilote automatique.

Le 22.06.2009

Le vent ne vent pas nous emmener à Flores, il tombe et nous voici à 1,2 nœuds au 35°.

Flores n’est plus qu’à 322 miles, encore faut-il du vent.

En début d’après-midi un grain passe et il pleut.

Nous avons parcouru 43 miles en 24h.

Vers 19h j’essaie de mettre le génois et la grand voile en ciseaux et nous avançons à 2,1 nœuds…

Le 23.06.2009

Je démonte la pompe de relevage gasoil. Le fusible fonctionne ; c’est le rouet qui a perdu son méplat et qui n’est donc plus entraîné par l’axe moteur. Il faut un nouveau rouet…

J’appelle JEAN Michel qui est en navigation à Groix sur son Petit Scarabée II. Il va aller à Nantes et là il essaiera de trouver la pièce ou une autre pompe et puis un feu de mât puisque le mien ne fonctionne plus bien et que ça terrifie Teddy qui ne jure que par la sécurité maximum. Jean Michel, toujours aussi gentil, va chercher à Nantes lorsqu’il y sera arrivé.

Nous avons avancé de 41 miles en 24h. Le vent de nord est de 10 nœuds et nous fait avancer à 2,3 nœuds… Le ciel reste obstinément gris et le vent faiblit en soirée, si bien que nous nous traînons à 1,5 nœuds. La terre se fait attendre….

Le 24.06.2009

Mer plate, juste quelques ondulations, pas de vent. Nous sommes à 0,6 nœuds au 150°…

Flores n’est plus qu’à 138 miles et Horta à 263 miles. Nouvelle dispute avec Teddy qui ne veut pas entendre parles de Horta alors que Flores est plus proche ! Il profère encore des menaces…

Nous n’avons avancé que de 23 miles en 24h. Le vent n’est plus que quelques souffles de temps en temps…

Dans la soirée nous voyons deux cargos qui nous dépassent vers les Açores.

Le 25.06.2009

Le vent se lève et atteint vite 20 nœuds. Nous changeons d’amure, bâbord, avec trinquette deux ris, grand voile deux ris et artimon un ris ! Je n’ai jamais navigué aussi sous toilé ! Nous avançons cependant à 6 nœuds.

Nous avons avancé de 93 miles en 24h. Un gros poisson mord en emporte la ligne !

En fin d’après-midi le vent faiblit en nous sommes à 2,5 nœuds au cap 89°.

A 22h30 nous sommes à 32 miles de Flores que l’on n’aperçoit pas encore. Nous avançons à 3,4 nœuds.

Le 26.06.2009

A 4h on voit les lumières de Flores à 15 miles.

A 5h50 on voit la pointe de l’île entre des nuages. Les grains passent, nous sommes à 10 miles.

A 6h20 j’allume le moteur et l’ordinateur pour l’approche. Les grains sont de plus en plus fréquents et cachent parfois l’île.

8h nous faisons un large contour du sud de l’île car il y a des hauts fonds rocheux dangereux à un demi-mile.

Teddy en rajoute et nous passons à plus de deux miles. Le brouillard nous masque l’île dans l’ultime approche. Soudain nous voyons une grue et quelques maisons. C’est le port. Nous approchons et contournons la jetée flanquée d’un large empierrement.  Dans le port il y a Neuf voiliers à l’ancre. Les quais sont inoccupés, mais réservés aux cargos. Dans le fond du port, des travaux de construction d’ans le fond du port, des travaux de construction d’une petite marina empêchent d’approcher des quais. Nous repérons l’endroit favorable et jetons l’ancre par 12 mètres de fond. Notre position est : 39 22 824N 31 10 029W.

Voilà une bonne chose de faite. Pourtant à la joie d’arriver sans encombre, se mêle la nostalgie des jours passés en mer, dans ce calme des éléments, dans ce monde parfait et mouvant…

Nous restons à bord pour surveiller la tenue de l’ancre. Je n’ai mis que trois fois la profondeur en longueur de chaîne, faute d’espace. Le vent souffle à 20 nœuds du sud ouest. Le port est bordé au sud par une longue jetée, au nord par des falaises de 70 mètres au pied des quelles émergent des rochers aigus. Le port est largement ouvert sur la mer à l’est. Le fond du port est à l’ouest, surmonté par des maisons et le village.

La vue est magnifique. Les maisons blanches et couleur pastel ressortent sur la verdure exubérante. La falaise elle-même, pourtant abrupte, est couverte de végétation : une sorte de pins parasols, des plantes à larges feuilles, des fleurs… On ne voit que très peu les roches !

La vue est belle mais pas rassurante. Si le vent monte est ce que l’ancre tiendra ? Et si le vent d’est entre dans le port et lève une grosse houle, ce sera intenable…

Bon, pour l’instant, nous pouvons nous reposer. Une bonne sieste et nous verrons plus tard.

Finalement nous passons toute cette première journée à bord. Le vent tourne et nous nous rapprochons de d’autres bateaux, mais rien d’inquiétant. D’autres voiliers arrivent, nous sommes 11 dans le port.

Le 27.06.2009

Nous gonflons l’annexe pour pouvoir rejoindre les quais. Le moteur hors bord ayant une prise d’air, nous y allons à la rame. Chacun une rame et ça avance bien malgré une houle de 0,5m.

Au fond du port, une grande grue travaille pour la construction de la marina. Plus loin une autre grue sert à la sortie des bateaux. Il y a un quai avec un escalier et un anneau pour attacher l’annexe. Les installations du port sont sommaires ; il y a un grand nombre de conteneurs, car tous les échanges de l’île se font par bateaux et par conteneurs.

Une rue monte au village. Un premier café, puis un autre et encore un autre et les premières maisons. Le village est tout en haut et la route monte raide ! Il y a deux supermarchés, une station essence, une banque et des restaurants… Des fleurs partout, le long des rues, dans les jardins, dans les endroits inaccessibles poussent hortensias et capucines sauvages… L’île est très belle. On voit des collines escarpées dans les lointains, couvertes de champs. Tout l’espace est travaillé et aussi vert qu’en Normandie ou en Cornouailles.

Nous faisons une halte au premier café. Je demande s’il y a un mécanicien. Un peu d’espagnol et d’anglais me font comprendre, faute de portugais. Justement il y a un consommateur qui est mécanicien. Il est avec deux amis. J’explique ma panne de pompe de relevage. Pas de problème, le mécanicien en a une. Nous partons à 4 en voiture vers l’atelier du mécanicien. La pompe est plus petite et les embouts ne nous pas de même dimension. Pas grave, nous remontons en voiture jusqu’à une quincaillerie. Il y a là de quoi adapter pour avoir les bonnes dimensions. Retour à l’atelier. Il faut un interrupteur. L’un des amis va en acheter un. Je demande ce que je dois. Rien ! Puis comme j’insiste, je donne 40 euros.

Les trois amis m’offrent un whisky, puis un autre tout en discutant. Ils sont membres fondateurs du club nautique qui a un voilier à retaper pour naviguer un jour. C’est leur espoir, leur rêve.

Je retrouve Teddy dans le village. Il discute avec des français Qui ont une maison tout près du port. En discutant, j’entends Béru parler de son bateau Balaou. Ca me dit quelque chose… Dominique et Marylène de Daam Dour parlaient souvent de Balaou avec qui ils avaient navigué et pour qui ils avaient amitié et admiration. Je demande à Béru s’il connaît Daam Dour. Bien sur ! Le monde est petit ! Béru et Flo naviguent depuis des décennies, d’abord comme équipage dans les Caraïbes, puis comme navigateurs sur leur bateau. Maintenant ils sont posés à Flores avec une maison et une autre que Béru aménage en menuiserie pour gagner un peu sa vie. Flo s’occupe du jardin pour les légumes et va à la pêche pour le poisson. Ils sont presque autonomes. Ils ont gardé l’esprit marin et ils aident les navigateurs de passage, ne serait-ce qu’en leur donnant accès à leur internet.

Je suis heureux de faire leur connaissance. Teddy les connaît depuis des années, depuis l’un de ses passages aux Antilles.

De retour au bateau, j’essaie la pompe. Elle fonctionne mais n’est pas assez puissante pour remonter le gasoil sur 2m…  Déception !

Du 27.06 au 13.07.2009

Le dimanche je reste au bateau pendant que Teddy va à terre. Je suis tranquille seul.

Le lundi le vent se lève et tourne est. 20, puis 30 nœuds. L’ancre tient. Peu à peu la houle  grandit et  atteint bientôt un mètre. Diam Rek bondit, passe la vague, descend dans le creux puis escalade la prochaine vague en tirant brusquement sur la chaîne. C’est impressionnant et ça fait un bruit d’enfer malgré le bout qui retient la chaîne. Une vague plus forte fait casser le bout. La chaîne se tend avec un grand bruit en tirant sur le guindeau. Je me précipite à l’avant et je remets une autre main de fer avec un nouveau bout plus gros. La danse dure près de 24h… L’inquiétude s’en va quand le vent tourne. Il vient d’ouest maintenant. Aussi fort, amis peu à peu la houle baisse. Il faut 24 heures pour qu’elle revienne à 0,5m.

Pendant ce temps, Jean Michel arrive à Nantes et cherche pompe et feu de mât. Il les a le premier juillet et les envoie par DHL. Un grand merci Jean Michel pour ce dépannage rapide !

Il n’y a plus qu’à attendre entre 4 jours et une semaine maxi…

Le 2 juillet c’est mon anniversaire. Je suis seul au bateau. Mimi me manque. Elle appelle, les enfants aussi et ça me fait plaisir.

Je rends au mécanicien sa pompe et il me rembourse sans discuter.

Un jour de vent assez fort d’ouest, je reste au bateau. Teddy va au village car il y a une fête. Il ne rentre pas le soir pour rester à la fête. Il rentre à 7h du matin remorqué par un bateau. Il me raconte : vers 6H il rentre avec un autre navigateur français. En arrivant au port, celui-ci ne voit plus son bateau. Il a dérapé, il est plus loin il s’éloigne sans heurter d’autres bateaux. Le navigateur prend son kayak et rattrape son bateau. Un coup de moteur et il redevient manœuvrant. Pendant ce temps, Teddy tente de revenir au bateau avec l’annexe, mais le vent l’entraîne vers le large. Heureusement il peut appeler le navigateur qui vient de récupérer son voilier et qui le remorque jusqu’à Diam Rek. Mais en cours de route le bout de l’annexe se prend dans l’hélice du voilier. Le navigateur plonge et coupe le bout !

Teddy revient à bord marqué par son aventure car s’il avait été entraîné au large, personne ne l’aurait vu et il est probable qu’on ne l’aurait jamais revu…

Les jours suivants nous serons prudents pour naviguer avec l’annexe dans un sens ou l’autre.

Plusieurs jours nous resterons bloqués dans le bateau tant le vent soufflait.

Les autres jours je vais dans le village au club internet  moderne et gratuit.

Je mange souvent à midi au restaurant pour quelques euros. Ce n’est vraiment pas cher, c’est copieux et souvent très bon.

Les gens de Flores sont très aimables. Ils sont en train de découvrir le tourisme peu à peu qui donne un peu d’activité et de revenus. Mais beaucoup de jeunes partent vers le Portugal ou les USA. Le 27 juillet il y aura la fête des émigrés. Nombreux sont ceux qui reviennent une fois par an voir famille et amis et la fête dure une semaine.

Deux voiliers ont des équipiers qui débarquent. Une canadienne retourne au Canada et un Capverdien débarque sans moyens. Il dort dans un conteneur vide au port et se faire inviter par l’un ou l’autre pour un repas. Il finira par faire une quête pour prendre un avion vers Horta où il a de la famille… Et Teddy s’accroche, lui qui avait menacé cent fois de débarquer, il reste à bord ! Pas de chance ! Non seulement il ne veut pas débarquer, mais il me menace de coups si je le débarque ! Je pense un moment aller à la police maritime, mais je ne le fais pas.

Nous allons à terre. Dans l’annexe le ton monte. Teddy veut que je rame plus que lui, à un rythme absurde. Il menace de me donner un coup de rame ou de me mette à l’eau. Je reste calme et rame comme d’habitude. Il se calme et fait avec….

Le colis tant attendu arrive le Vendredi 10. J’installe la pompe de relevage qui fonctionne parfaitement. Nous allons nous mettre au quai en béton. Il faut s’amarrer solidement et éviter le ra gage qui coupe vite les amarres. Le patron d’un chalutier américain nous prête des chaînes qui ne craignent pas le ragage.

Je monte en haut du mât, assuré par l’écoute de grand voile et par Teddy. Je passe un bon moment à démonter le feu de mât qui ne fonctionne plus et plus longtemps encore à installer le nouveau feu. Je suis à 16 mètres au-dessus de l’eau et le vent se lève à 15 nœuds. Le mât oscille. Je suis assis dans le harnais et je me tiens d’un bras. Je reste une heure et demi en haut pour terminer. Après essais, ça fonctionne. Je redescends. Arrivé en bas, j’ai le souffle coupé, tous les muscles tendus. Je suis mort de fatigue. Je reste un moment à récupérer.

Nous allons en ville faire quelques courses. Pour le gasoil, ce sera lundi avec des bidons.

Le dimanche je vérifie le moteur, le décanteur à gasoil… Tout est OK.

Le lundi 13 nous faisons les dernières courses puis une première tournée de bidons de gasoil que nous vidons dans les réservoirs. A la seconde tournée, le premier réservoir est plein. Le second semble plein aussi alors qu’il était vide. Teddy appelle Béru qui vient. Il démonte la mise à l’air et dit que le réservoir est plein. Effectivement le tuyau de la mise à l’air est plein de gasoil. Il pense qu’en venant nous n’avons pas pu remonter le gasoil parce que la pompe était morte avant que je ne m’en aperçoive…  Le raisonnement paraît logique. J’ai des doutes, mais c’est logique. Teddy croit Béru qui a de l’expérience…

Nous sommes donc prêts à partir. Nous partirons demain.

Le 14.07.2009

Nous allons déjeuner à terre puis nous dégonflons l’annexe et la rangeons sur le pont.
A 13h, Béru nous aide à larguer les amarres sous la pluie. Le ciel est gris et le vent est de 15 nœuds. Nous sortons du port et vite le vent passe à 20 nœuds puis à 25. Nous prenons deux ris dans la grand voile et un dans l’artimon et nous avançons à 5,5 nœuds dans une houle d’1,5m.

Comme à chaque départ je ne me sens pas très en forme, ça ira mieux demain.

Le 15.07.2009

Le vent de nord nord est tombe à moins de 15 nœuds et nous n’avançons plus qu’à 2,9 nœuds face à la houle. Nous avons parcouru 86 miles en 24h. Le vent tombe à moins de 10 nœuds. Nous essayons l’autre amure, bâbord, et nous voici à 3 nœuds cap 87°.

Le vent tombe encore en nous n’avançons plus qu’à 1,5 nœuds. Teddy met le moteur. Et c’est reparti ; pourvu que le vent se lève !

Puisqu’il y a le moteur, je demande des fichiers météo. Ils arrivent et confirment le calme pour plusieurs jours. Il y a du vent plus au nord. Mais Teddy préfère aller à l’est nord est sur une route directe. Je me prends au jeu et le laisse faire pour qu’il se plante. Moi j’ai tout mon temps. C’est peut être ma dernière traversée. Lui est pressé.

Le 16.07.2009

Nous croisons un porte-conteneurs dont les piles de conteneurs arrivent à hauteur du château !

Le baromètre indique 1037mb, nous sommes en plein anticyclone, dans la pétole. La houle diminue, la mer devient plate. Toute la journée nous avançons au moteur. Nous avons parcouru 75 miles en 24h. Lever et coucher de soleil sont merveilleux sur cette mer plate qui s’illumine de mille reflets qui vont de l’or au rouge en passant par des teintes mercure gris doré ! La mer scintille de mille feux et le ciel n’est pas en reste, avec son incendie rougeoyant !

Le 17.07.2009

Toujours au moteur sur la mer calme, nous avons parcouru 106 miles en 24h.

A 16h je remonte le gasoil et le réservoir tribord est vide. Je passe sur le réservoir bâbord.

A minuit, je remonte du gasoil et la pompe nouvelle rend l’âme.

Je regarde par la mise à l’air l’état du réservoir en introduisant un tuyau fin. Il ressort sec : le réservoir est vide. L’hypothèse de Béru était donc fausse…

En tous cas plus de gasoil, que ce qui reste dans le réservoir journalier plus 20 litres dans un bidon. Teddy est furieux et m’accuse de n’avoir pas prévu, pas rempli tous les bidons…

Il se console en buvant un demi-litre de rhum et va cuver sur sa couchette. Bon débarras.

Nous voilà de nouveau avec les voiles. Le vent est ouest sud ouest. En établissant les voiles je fixe mal la retenue de baume. Celle-ci empanne et heurte ma tête au passage. Je suis un peu KO, j’ai mal, mais je ne saigne pas. Tout  va bien.

Le 18.07.2009

Dans la nuit le vent d’ouest sud ouest forcit à 15 nœuds et nous fait avancer à 3,4 nœuds.

Je revérifie s’il reste du gasoil dans le réservoir bâbord, mais non, rien. L’atmosphère est lourde et les reproches pleuvent. Teddy ne cesse de répéter que je suis un mauvais marin. Il en est persuadé depuis le départ car dès la première nuit au Venezuela, en longeant Margarita, à un moment nous cherchions le chenal. Une bouée clignotait ; une bouée sud que je n’ai pas reconnue, Teddy non plus. Il était à la barre. Je lui dis de passer au nord. Devant l’indication du sondeur, je lui dis de faire demi-tour vite et que nous allons réfléchir ou passer. Il me répond que nous n’allons pas passer la nuit à réfléchir. Je lui redis de faire demi-tour et nus passons au sud de la bouée sans problème.

Depuis lui en a conclu que je ne suis pas fiable. Il n’en conclue rien pour lui-même. Déjà qu’il est d’un naturel angoissé, il a trouvé un motif de plus. Il n’a pas débarqué pour autant !

Nous avons parcouru 95 miles en 24h. Nous avançons à 3,5 nœuds avec une petite houle de 0,5m.

J ‘aperçois des mammifères marins d’environ 5 mètres, gris clair, à 15 mètres du bateau. Ils respirent deux fois bruyamment puis sondent et disparaissent.

Le 19.07.2009

Le vent de nord est de 15 nœuds est stable et nous fait avancer à 4,6 nœuds.

Dans les 24h nous avons parcouru 94 miles. Que c’est bon de naviguer à la voile, de n’entendre que le vent et son sifflement dans les voiles et les haubans !

Vers 13 heures, le vent tombe à 10 nœuds. Teddy fulmine et me menace encore. Il boit beaucoup et va cuver sur sa couchette.

Dans la soirée le vent passe sud ouest et nous permet d’avancer à 2,9 nœuds.

Le feu de mât que j’avais installé n’aime pas l’humidité et fonctionne de façon aléatoire…

Le 20.07.2009

Le vent faiblit encore et nous nus traînons à 1,5 nœuds. Dans la nuit il forcit un peu pour atteindre 15 nœuds au matin et nous faire avancer à 3,6 nœuds.

Vers midi il tourne au nord ouest et nous propulse à 5 nœuds dans des grains qui se suivent de près. Tout est humide dans le bateau, rien ne sèche.

Nous avons parcouru 57 miles en 24h.

Le vent nord ouest forcit en nous prenons 3 ris dans la trinquette et la grand voile et deux dans l’artimon ! Nous avançons à 5,5 nœuds avec une houle très rapide de 1,5m.

Le 21.07.2009

Dans la nuit, dans un grain de 30 nœuds, l’artimon se déchire, ou plutôt deux laizes se décousent. Les UV ont cuit le fil. J’avais déjà recousu une laize à Flores…

Nous avançons à 6,5 nœuds malgré les ris. La houle croisée de plus de 2m s’invite parfois dans le cockpit. Une lame remplit le cockpit de 25 centimètres d’eau. Elle s’évacue vite par les vide-vite.

Le vent nous a permis d’avancer de 121 miles en 24h. Le baromètre a chuté à 1012hp.

L’après-midi le vent baisse, il est de nord est et de 15 nœuds.

Le génois et la grand voile nous permettent d’avancer à 3,6 nœuds avec un vent tombé à 10 nœuds.

Le 22.07.2009

Le vent remonte à 15 nœuds et nous filons à 4,6 nœuds. Le baromètre chute à 1008hp et il ne fait plus que 17° dans le carré ! C’est dur après deux ans sous les tropiques !

Vers 6h, je rate une belle bonite qui se décroche. Mais à 7h j’en prends une de 7 à 8 kilos. Je prélève aussi tôt les filets ; plus de 4 kilos de thon frais !

Nous avons parcouru 83 miles en 24h.

Vers 16h j’entends la respiration d’un mammifère marin, puis, je vois le jet de son évent à 200 mètres, puis plus rien, il a sondé !

En soirée le vent est plein arrière quand nous sommes au cap 89°. Nous passons du temps à essayer plusieurs réglages de voiles…

Le 23.07.2009

Le vent frais et les grains qui se succèdent nous font avancer entre 5 et 7 nœuds.

A midi Teddy revient sur la destination fixée, les Sables d’Olonne. Brest est plus près. Non , ce sera les Sables, car j’y suis attendu. L’argument finit par le convaincre, à regrets.

Nous avons avancé de 100 miles en 24h. Le baromètre reste bas à 1011hp. Je vois des jets d’évent de baleine à un mile. Elles sont toujours trop loin, moi qui rêve d’en voir une tout près du bateau et pendant assez de temps pour bien l’observer. Mais en tout cas, elles sont assez nombreuses pour que j’en aperçoive assez fréquemment. Je songe aux pêcheurs de baleine qui scrutaient l’horizon pour apercevoir les jets. Ils se dirigeaient alors vers eux pour harponner la baleine. Quel courage pour gagner sa vie !

A 13h nous changeons d’amure, tribord, avec un vent d’ouest et un cap 93° ; Nous filons à 5,3 nœuds. La houle de 2m, très courte nous fait rouler d’un bord sur l’autre, ce qui n’est guerre agréable.

Le 24.07.2009

Au petit matin le vent d’ouest nord ouest a mollit et nous n’avançons plus qu’à 3,6 nœuds. Nous avons quand même avancé de 102 miles en 24h. La France se rapproche. Ce sera la fin de ce cauchemar de cohabitation avec un équipier. Mais ce sera aussi la fin de cette traversée. J’aime rester longtemps en mer, vivre au rythme du vent, des vagues, de ce bercement plus ou moins lent.

En début de soirée je vois une petite baleine noire à 100 mètres.

Le 25.07.2009

A 5h on revient à une amure tribord avec un cap 92° et une vitesse de 4,2 nœuds.

A 6h30 un gros poisson m’emporte toute la ligne. Je remonte une ligne avec un fil plus gros qui résiste à 48 kilos et je remets la ligne à l’eau.. Le résultat ne se fait pas attendre ; une demi-heure plus tard j’attrape un thon bleu de 8kg dont je lève les filets tout chauds. Voilà de quoi manger jusqu’à l’arrivée. Au loin je vois un jet d’évent de baleine.

Nous avançons à 4,7 nœuds au cap 87° avec un baromètre qui a remonté à 1027hp.

Nous changeons encore d’heure à TU-2.

En 24h nus avons parcouru 81 miles. Nous avons vers 14h un vent de sud ouest de 20 nœuds.

Le vent monte encore et malgré trois ris dans la trinquette et la grand voile nous avançons selon les moments entre 5 et 7 nœuds.

Le 26.07.2009 Dimanche

A 6h le vent baisse mais nous filons encore à 4,6 nœuds.

La bouteille de gaz commencée au Venezuela il y a près de six mois se termine. Il faut en changer.

A midi le vent est tombé et nous n’avançons plus qu’à 2 nœuds. Ce qui n’empêche pas que nous avons couvert 119 miles dans les 24h. Le vent d’ouest tombe à 5 nœuds et nous voici à 1,4 nœuds, toujours avec nos ris pour anticiper un grain éventuel…

A 15h, je vois un mammifère marin, ventre blanc, dos gris brun, de 5 à 6 mètres à trois mètres du bateau. Mais il sonde vite. Il pleut depuis ce matin.

Le 27.07.2009

A 5h, un vent de nord ouest de 15 nœuds nous permet d’avancer à 5 nœuds au cap 63°. Il reste 284 miles pour les Sables !

A midi un cargo passe à bâbord et des dauphins à tribord. On change d’amure plusieurs fois pour rester à tribord en fin de compte.

Entre 20h et 21h on passe la route des cargos Angleterre-Espagne ; 4 cargos passent sur notre arrière.

Entre 21h et 22h30 nous passons la route Espagne-Angleterre : Dans la nuit la lumière des cargos se succèdent. Je passe entre le 3ème et le 4ème. Le quatrième passe sur mon arrière. C’est passé, je souffle ! Ces gros bateaux plus rapides que le voilier ne bougent pas de leur route. A nous de nous faufiler entre en calculant bien…

Après ce passage, je ne croise plus de cargos.

Le 28.07.2009

A 6h, un vent de sud ouest de 15 nœuds nus fait avancer à 4,7 nœuds.

Nous avons fait 101 miles en 24h. Le vent tourne au sud sud est à 15 nœuds. Il nus reste 170 miles pour arriver.

Le verse le dernier bidon de 20l de gasoil dans le réservoir journalier pour les manœuvres d’approche. Il faut faire deux heures de moteur pour remonter le niveau des batteries.

Le 29.07.2009

Je me réveille à 6h. Teddy ne m’a pas réveillé à 4h pour mon quart. Je lui demande pourquoi. Il voulait voir le lever du soleil, puisqu’il ne l’a pas vu depuis un mois.

Un vent de sud ouest de 12 nœuds nous fait avancer à 3,1 nœuds. A 9h, il reste 95 miles pour arriver.

Nous avons fait 98 miles en 24h.

Le vent de sud ouest forcit à 20 nœuds et nous avançons à plus de 5 nœuds.

A 13h éclate une dispute avec Teddy. Il avait sorti une boite de confit de canard que j’avais acheté en France avant le départ. Je la reprends. Il est furieux et dit que je fais du mauvais esprit. Il veut me donner une gifle. Je lui explique que c’est pour fêter le retour avec Mimi, il persiste. Je range la boite. Il se venge en buvant et en allant cuver sans faire de repas à midi. Lui fait celui de midi et moi celui du soir…

A 16h il reste 62 miles. Nous sommes sur le plateau continental, la profondeur n’est plus que de 100m. Le ciel est très chargé, il pleut par moment. La houle est de 2m.                 

A 22h30 on voit la luminosité des Sables et de d’autres stations.

A 23h30 la profondeur est de 95m et il nous reste 21 miles alors que nous avançons à 4,1 nœuds.

Le 30.07.2009

A 3h30 on met le moteur à 9 miles des Sables. Il y a une dizaine de bateau de pêche qui sont équipés de lumières clignotantes blanc et rouge. Nous passons au milieu droit sur le port.

A 6h nous amarrons Diam Rek au ponton visiteur. On nous attribue une place après avoir rempli les formulaires. Pendant ce temps tout tangue autour de moi. C’est le mal de terre.

A 6h30 le bateau est amarré au bout du ponton H.

La position est : 446 30 151N 01 47 413W.

Port Olonna aus Sables d’Olonnep1020002.jpgp1020003.jpgp1020003.jpgEn août nous ne sommes pas seulsp1020009.jpg

Teddy va à terre. Il revient une heure plus tard. Nous faisons les compte pour la nourriture. Il se prépare, fait sa valise et à Midi il quitte le bord.
Je le remercie pour son aide, mais pas pour l’ambiance. Il part. Je reste seul, tranquille. Je peux attendre Mimi.

Je veux prendre un whisky, mais je m’aperçois que le bar est totalement vide, la cave aussi, il ne reste que les quelques bouteilles qui étaient dans ma cabine et les jus de fruits aux quels Teddy n’a pas touché ! Je suis furieux et bien débarrassé ! Dans sa cabine je retrouve plein de bouteilles vides qu’il n’a pas pris soin de débarrasser…

  

Bilan

De Cumana à Saint Martin nous avons navigué 418 miles.

De Saint Martin à Flores Nous avons fait 2459 miles. La route directe était de 2200 miles.

De Flores aux Sables nous avons fait 1568 miles pour 1220 en route directe.

La traversée retour du Venezuela aux Sables nous a fait couvrir 4445 miles, environ 8000 kilomètres. 47 jours nous furent nécessaires pour cette traversée, soit un peu moins de 100 miles par jour, malgré des jours de pétole.

Une traversée différente de la traversée allée faite en solitaire. La traversée retour, plus au nord, dont on parle souvent pour la dire plus difficile, pour la quelle j’ai pris un équipier, trouvé in extremis dans un café. J’aurai du en tirer des conclusions.

L’équipier Teddy a les capacités pour être un bon équipier, mais pas le caractère. Il est irascible et angoissé et veut faire le skippeur. Par contre lui fait bien les quarts et la navigation.

Ce serait à refaire, je ne tiendrais pas compte des inquiétudes de Mimi et je partirai seul. Je devrai gérer le sommeil, ou dormir pendant la traversée. Pour le reste en fin de saison, le temps est au beau ; il n’y a pas de gros temps, il y a plus souvent pétole.

En tous cas si je devais prendre un équipier, je le testerai sur une courte étape et je le débarquerai s’il était incompétent ou désagréable.

J’ai vécu cette traversée avec un grand plaisir, gâché par moment par les relations avec mon équipier. Quel plaisir que ce dialogue avec les éléments, la mer, le ciel, le vent, les animaux marins, oiseaux, poissons, mammifères. La durée n’est pas suffisante pour lasser. J’aurai aimé que ça dure encore.

Tête de navigateur après une traversée

Les communications ont deux aspects. Rassurer les parents et amis chaque jour par le téléphone satellitaire ou le mail. Ce n’est pas si facile à chaque fois. Parfois il n’y a pas de satellite pour recevoir le signal, pas de station pour recevoir le message radio pour passer le mail. Parfois il faut bien du temps. Et puis ça devient un impératif, si non les gens s’inquiètent…

Diam Rek s’est bien comporté dans tous les temps. A la voile, j’ai une confiance totale dans son comportement sûr et agréable. Pour le gasoil, je dois remédier aux disfonctionnements avant de le vendre.

Vendre ce beau bateau est pénible, mais les réalités économiques sont là, avec la crise. Et puis il y a le désir de Mimi d’être plus stable et de voyager en avion et sac à dos à l’avenir…

Maintenant je dois trouver une place dans un port pour poser le bateau et travailler à sa vente.

J’espère trouver une place à Rochefort qui est un port agréable, bien équipé.

Avant la crise, un bateau en acier demandait une moyenne d’une année pour se vendre. Je mettrai tout en œuvre pour tenir ce délais. Je vais entretenir le bateau et passer les annonces nécessaires. Après c’est une histoire de rencontre entre le bateau et une personne qui va l’apprécier, avec une possibilité de budget.

Depuis l’arrivée, j’ai fait réparer la fuite gasoil sur la mise à l’air du réservoir tribord. J’ai donné la grand voile et l’artimon à réviser. J’ai acheté le rouet défaillant de la pompe de relevage gasoil. Il restera le loch et la girouette anémomètre et le feu de mât à faire fonctionner. La peinture pont et coque sera à retoucher…

De quoi m’occuper en attendant l’acheteur.

Quant à Mimi elle va me rejoindre dans quelques jours, enfin ! Ce sera la joie de se retrouver ! J’ai eu déjà un avant goût pour son anniversaire le 31 juillet, j’ai fait un saut à Marseille où elle était avec ses filles. Ce fut un super moment de retrouvailles avec une grande fête de famille !

 

Des photos vons suivre dès que j’aurai résolu quelques problèmes informatiques…Alors à très bientôt!

Avant la traversée retour

Posted on mai 15th, 2009 by Christian

Le 30.04.2009

Ça y est, c’est le jour du départ, pour rejoindre Cumaná au Venezuela et retrouver le bateau.
J’ai mis mon réveil à 5h. J’ai mal dormi, de peur de ne pas me réveiller à temps et de rater l’avion. Je suis réveillé avant le réveil. Vite debout ! Je réveille Mimi. Une douche rapide, je réveille Sophie. J’entends Maxime qui est réveillé.
Nous sommes prêts. Je prends la voiture, direction Orly ouest. A cette heure là, il n’y a pas grand monde dans les rues. Voici Orly. Il n’y a pas la queue à l’enregistrement pour le vol d’Iberia pour Madrid.
Nous avons le temps de prendre un crème avec des croissants. Les derniers bons croissants avant longtemps. Les derniers instants avec les enfants et Mimi. Comme souvent dans ces cas là on échange des banalités, au lieu de dire des choses importantes avant la séparation…
Bon, il faut y aller. Je passe le portique de sécurité. Je vois encore Mimi et les enfants qui me font des signes aux quels je réponds. J’attends pour l’embarquement. L’avion décolle à l’heure, 7h50.
L’Ile de France
Que c’est beau l’île de France vue du ciel ! Les villages à la française sont nombreux. Certains ont les maisons réparties géométriquement, d’autres dessinent une forme courbe abstraite. Entre les villages il y a des champs ou des bois.
Je suis fatigué, mais n’arrive pas à dormir. Je lis la presse, le Monde. Voici Madrid. L’écran indique 610 mètres d’altitude et 15° dehors.
Aéroport de Madridaéroport de Madrid
Mais nous ne sentirons que l’air conditionné de l’aéroport. Il est grand et long, cet aéroport ! Nouveau portique de sécurité, nouvelle attente pour l’embarquement. Quelques employés portent des masques de protection pour cette nouvelle grippe dont les média nous rebattent les oreilles.
L’avion décolle avec une demie heure de retard. Un A340-300 qui est plein pour Caracas. Je suis au milieu, je ne verrai rien par les hublots. Avant le décollage, ma voisine se signe. Au décollage elle recommence et ferme les yeux. Nous sommes donc protégés. Effectivement l’avion décolle sans problème et gagne en altitude au dessus des nuages.
Partis à 13h30 heure française, après 8 heures de vol nous devrions arriver vers 15’autant plus que les passagers peuvent ingurgiter trois films sans intérêt juste entrecoupés par de la publicité…
Ma voisine se signe encore car l’avion descend vers Caracas. On voit la mer puis l’aéroport entre mer et montagne. Bien posé, les gens applaudissent, ça devient rare.
J’attends pour passer l’immigration. Les queues sont longues. Tous les employés sont avec un masque qui couvre bouche et nez. Une employée nous donne un imprimé à remplir en plus de celui de l’immigration et celui de la douane. Identité, provenance, destination et déclaration de symptômes au cas où… D’ailleurs un médecin avec un stéthoscope circule entre les gens. Dans les files des passagers vénézuéliens portent des masques. Lorsque je franchis enfin l’immigration avec un nouveau tampon sur mon passeport, autorisation de séjour de trois mois, je vais récupérer mes bagages. J’ai la désagréable surprise de trouver l’un des deux sacs de voyage ouvert. J’avais mis un verrou sur les deux languettes métalliques des fermetures Éclair. L’une des attache a été cassée. Je ne prends pas le temps de vérifier s’il manque quelque chose. Je prends un porteur et nous allons jusqu’à l’aéroport national. Dehors il fait chaud et gris. Je transpire déjà. Je ne suis plus habitué !
Je fais emballer mon sac forcé avec un film plastique. Ça devrait aller. Je vais à l’enregistrement pour le vol intérieur vers Cumaná. Il est 16h. Ils prennent mes bagages et me donnent le billet. Comme j’ai du temps, je vais manger une pizza. Puis je gagne la salle d’attente devant la porte 5A. L’écran indique le vol de Cumaná en troisième position. Je passe mon temps à me familiariser de nouveau avec les gens, leur morphologie. Les gens sont en moyenne bien plus gros. Souvent bronzés, parfois métis avec les yeux un peu bridés, le nez un peu camus, les cheveux bien noirs et raide. L’apport indien est présent. Devant moi une jolie femme au bras de son homme. Quelqu’un de la famille les photographie. La femme porte un masque, l’homme aussi. Ils font semblant de s’embrasser, masque contre masque. Ils recommencent pour des photos en riant de bon cœur de cette situation inhabituelle.
Tiens, le vol pour Cumaná ne figure plus sur l’écran ! Je me renseigne : l’embarquement se fera porte 5C. J’y vais et me fais confirmer plusieurs fois que c’est bien là, car ce n’est pas porté sur l’écran. Je vais voir le grand écran des départs et je vois après le vol pour Cumaná : Canceled- cancelado, ce qui veut dire annulé ! Un homme regarde comme moi, sans oser comprendre. Je lui demande ce qu’il en pense ? Incrédules, nous remontons, sortons de la zone de sécurité pour retourner vers le bureau d’enregistrement de la compagnie. En arrivant on entend crier. Nous approchons : il y a une vingtaine de personnes qui essaient d’obtenir des employés de la compagnie des places sur un autre vol. Le ton monte, car il n’y a plus d’autre vol ce soir. Il faut attendre demain disent calmement les employés. Le ton monte encore. Des enfants pleurent. Les mères prennent les autres à témoin. Rage, désespoir, et mots d’oiseaux ! J’avais toujours vu les vénézuéliens cools, calmes, lents à bouger ; là il en va tout autrement ! Une brune qui ressemble à une héroïne des films d’Almodovar crie contre le je-m’en-foutisme des employés et veut faire valoir ses droits. Deux hommes reprennent. Ils sont bien 5 ou 6 à crier contre les employés, à réclamer un responsable.
Finalement, devant les assauts répétés, il y a une proposition pour un vol le lendemain en fin de matinée. Refus général, et les cris sont repartis. Commencé vers 19h, ça continue et il est 21h. On nous propose enfin un vol spécial dans un petit avion. On y va !
C’est un avion de 20 places et nous sommes 12 à être resté à réclamer. L’avion s’appelle « Espiritù Santo », il ne peut nous mener qu’à bon port ! Décollage à 21h30. On arrive près d’une heure plus tard au dessus de Cumaná. Trop tard, l’aéroport est fermé, il n’y a pas d’autorisation d’atterrir. Le pilote nous en informe. Un homme se lève, va vers la cabine de pilotage et exige de redemander l’autorisation, sans résultat. Il exige alors un atterrissage à Barcelona, plus près que Caracas… Rien n’y fait, retour à Caracas et au bureau de la compagnie Avior. Nouvelles négociations à 23h passées.
Nous obtenons enfin une promesse de places sur un vol pour Carùpano tôt puis transfert en bus ou un vol pour Cumaná à 11H. Selon les préférences on s’inscrit sur deux listes. Nous serons 4 pour Cumaná. Je laisse mes deux sacs à la compagnie, non sans inquiétudes, mais ils sont tellement lourds… En attendant on nous conduit dans un hôtel avec promesse d’hébergement et de dîner. Sur place, les cuisines sont fermées, pas moyen d’obtenir autre chose que de l’eau avec des glaçons. Nous avons les chambres à 24h. Je n’arrive pas à dormir, je regarde la télévision.

Le 01.05.2009

Vue de la chambre
Réveillé avant 7h, je regarde la télévision. Après une douche, je descend pour le petit-déjeuner vers 8h. L’un des passagers les plus revendicatifs est déjà en train de manger. Je me mets à sa table et nous discutons. Il est très souvent en voyage dans le monde entier car il représente les pêcheurs de thon vénézuéliens dans toutes les réunions internationales sur la pêche. Il parle de son travail, lorsqu’arrive une passagère elle a un regard angélique ! Notre passager continue à parler de ses voyages, des pays avec leurs spécificités, des hôtels magnifiques qui l’on impressionné…
Le car de la compagnie vient nous chercher. Nous repassons par la sécurité après nouvelles négociations avec la compagnie qui nous paye les taxes d’embarquement que nous avions payées la veille. Courte attente et le vol est déprogrammé. Retour à la compagnie. L’avion a un ennui mécanique et ne peut venir. Alors pas de vol pour Cumaná aujourd’hui. Nous sommes les 4 d’hier plus 4 d’aujourd’hui. Nouvelles négociations : on nous trouve des places sur un vol pour Barcelona puis transfert en car de la compagnie…
Nous décollons vers 12h avec un DC9 de 60 personnes sièges en cuir, très class ! L’hôtesse proposent à boire. Je demande un whisky. L’hôtesse remplit le verre de glaçons puis remplit le vide de whisky, comme font les Vénézuéliens. C’est généreux !
L’aéroport de CaracasUne île au large de Caracas
Atterrissage vers 13h. J’attends mes bagages, il ne sont pas là. Nous allons aux bureau de la compagnie. Renseignements pris ils arriveront à Cumaná directement. Nous prenons le petit car, nous sommes 7. On nous apporte sandwichs chauds et boissons.
Publicité dans BarcelonaLe long de la route
Nous voilà partis ! Nous traversons la ville puis nous dirigeons vers la côte. Il fait chaud et c’est un long week-end avec le 1er mai. Alors les gens vont à la plage et c’est une file interrompue le long de la côte. On longe le golfe de Mochima, toujours aussi beau. Les gens sont nombreux sur les plages et dans l’eau très calme. La route tourne tout le temps. On s’arrête un moment pour des boissons et des chips payées par la compagnie.
Voilà Cumaná que je reconnais. Je me sens chez moi. Le car nous mène à l’aéroport. Mes bagages sont dans les bureaux de la compagnie. Je suis soulagé ! Chacun se sépare et prend un taxi ou se fait prendre par un conjoint. Le taxi me mène à la marina. Un employé de la marina m’aide à porter un sac. Le bateau est à sa place, il n’a pas souffert. Il est juste sale, plein de déjections de cormorans…
J’ouvre la descente. Il fait chaud et ça sent le renfermé. J’aère. Je vois Antonio qui rentre en lancha d’une partie de pêche en famille. Je vais lui dire bonjour. J’en profite pour lui demander s’il connaît un artisan qui pourrait me faire vite un taud. Il connaît et on verra demain.
Je retourne au bateau. Je défais mes sacs de voyage. Finalement il ne manque rien et ils entent les fromages que je rapporte avec moi et qui devaient servir de repoussoir pour les douaniers. Mais heureusement des douaniers, je n’en ai pas vu à Caracas ! Ils auraient pu me taxer pour les pièces détachées que je rapportais pour le bateau…
J’appelle Mimi pour la rassurer, puis je vais voir Zuly… qui n’est pas là. Le port ne contient plus beaucoup de voiliers. Celui de Paulo n’est pas là, celui d’Emma non plus. Il y a peu de français maintenant. Je range mes affaires, je passe un coup de jet sur le pont.
Je dîne et me mets à écrire pour le site, pour vous retrouver ! J’écris, seul dans le carré.
Le bateau est mon petit chez moi. Il y manque Mimi. Pour le reste, je le retrouve tel que je l’avais laissé. Rien ne manque sur le pont, tout est en ordre. A l’intérieur, idem. Je ne suis pas dépaysé ; le séjour de 7 semaines en France, en Europe, n’a été qu’un intermède.
Pendant le retour, j’ai entendu parler uniquement espagnol et je n’ai parlé qu’espagnol, ou du moins j’ai essayé. Après le français, l’anglais pendant dix jours à Prague, les mots qui me viennent se mélangent, moitié anglais, moitié espagnol…
Je lis un moment et me couche tôt.

Le 02.05.2009

Je suis réveillé avant le jour. Dans la cabine il fait chaud même sans drap. Dehors tout est calme, alors qu’hier au soir je me suis endormi avec la musique à fond dans le bar de Marina Plazza qui jouxte la marina.
Je vais au marché faire un réapprovisionnement en fruits, légumes, poisson et viande. La saison avance, les clémentine ont disparu, les mangues sont là. Les légumes ont baissé. Mais le bus a augmenté. Il fait chaud. Mon corps pas encore habitué transpire. Je ne suis pas le seul. Les corps bronzés brillent de sueur. Les femmes ont relevé leur tee-shirt pour aérer leur ventre. Je suis frappé par la taille des poitrines des Vénézuéliennes. Je ne me souvenait pas qu’elles étaient si développées par rapport aux Françaises…
En rentrant, je vois Antonio qui sort en lancha. Il me confirme qu’il m’appelle lundi pour voir le fabriquant de tauds.
Pendant que j’écris, je vois l’aiguille du voltmètre monter à plus de 15 volts. Ce n’est pas normal. J’ouvre le coffre à batteries et je vois tout de suite qu’un fil de la résistance qui dissipe l’énergie en trop a fondu au niveau de la cosse. Je change la cosse. La résistance chauffe et le voltage redescend à 13,6. C’est la première panne depuis mon retour !
Je fais une sieste de trois heures, probablement à cause du décalage horaire. Puis je prends le jet d’eau et la brosse pour nettoyer le pont couvert de fientes de cormoran. Ils ont colonisé les sommets de mâts et le vent repend leur fiente sur le pont, le ponton et le quai ! Saloperie. Il me faut plus de deux heures pour redonner au pont la propreté d’avant mon départ…

Le 03.05.2009

Ce matin je place des pièces de rechange rapportées de France. Je change une carte électronique sur le tableau de bord du moteur. Puis je mets en route. Le moteur démarre au premier coup de clef. Il tourne bien. Je le laisse monter en température. Marche avant, marche arrière. Parfait.
Je place le nouvel AIS. Pour l’instant, il n’est pas reconnu par le PC. Ça reste à peaufiner…
Pour le déjeuner, je mange de bons produits vénézuéliens : avocat, côte de porc fumée, fruit de la passion. J’y rajoute un peu de camembert de France ! Il fait une chaleur soutenue car il y a peu de brise. Je transpire et bois beaucoup.
En fin d’après-midi je vais au cyber pour mettre des photos sur le site. C’est long, mais ça passe. A côté de moi les jeunes jouent à des jeux électroniques. Mais cette fois ci ils le font en silence…
J’appelle Mimi, ça fait du bien, car ici je me sens bien seul. Il n’y a que les deux alcolos en dérive qui sont sur leur bateau et n’en sortent pas ou si peu. Les voiliers sont partis dans les Caraïbes ou plus loin par peur de la piraterie.

Le 04.05.2009

J’ai bien dormi, je récupère le décalage horaire. Je me mets au bricolage pour changer les charnières cassées de quelques portes d’équipets. Ce n’est pas sans mal car l’oxydation n’aide pas. Je continue avec les pièces du guindeau que j’ai rapportées.
Pendant que je visse une pièce, un gardien de la marina et une femme viennent. Ils veulent que je les suive pour une vaccination. Pourquoi ? Parce que je viens de l’étranger et que je n’ai pas eu de vaccination en entrant. Quelle vaccination ? Contre la grippe en prévention ! Ça ne sert à rien puisque ce n’est pas contre cette nouvelle grippe. Ça ne sert à rien de discuter, c’est un ordre du gouvernement. Il faut bien qu’il se protège le gouvernement, alors il fait quelque chose. Il fait travailler les grands laboratoires internationaux en tous cas… Bon, je les suis. A la porte de la marina, l’infirmière est là, avec une glacière remplie de vaccins. Elle vaccine tous les employés et les navigateurs.
Je donne mon carnet de vaccination. L’infirmière marque le vaccin, mais elle n’a pas de tampon. La preuve internationale n’existe donc pas, mais elle dit que ça n’a pas d’importance… Elle pique, les deux autres français et moi, puis les employés…
J’avais demandé à Antonio et à Alexis de me mettre en rapport avec un fabriquant de taud. Ne voyant venir personne je rappelle Alexis. Pancho, le fabriquant arrive vers 11h30. Il prend les mesures et repassera à 15h avec un devis.
J’appelle José de l’agence de voyage qui me fournit les billets. Il n’avait pas lu le mail de Teddy, ni le mien pour trouver un billet pas cher pour Teddy… Ici il faut être derrière les gens si on veut que ça avance ! Il voit et doit me rappeler. En fin d’après midi, je le rappelle, il trouve un billet Air France, AR Paris Caracas pour 230 euros ! Super !
L’artisan qui fait des taud passe avec un devis à 500€, ce qui est exorbitant. Il m’explique que tout le matériel est importé et donc au prix européen… Je vais réfléchir.

Le 05.05.2009

Ce matin, je vais voir Christian à bord de son bateau à moteur. Il est à peine réveillé. Nous échangeons des nouvelles. Il m’apprend qu’hier il y a eu un tremblement de terre un peu au sud de Caracas qui a fait quelques dégâts jusque par ici… Je n’ai rien ressenti, il faut dire que j’étais sur l’eau… Christian passera m’aider pour quelques questions électriques avant que je ne parte.
Je fais ma lessive, puis l’inventaire de la nourriture à bord du bateau pour connaître les ressources avant d’aller faire le complément calculé large pour une traversée à la durée variable selon les vents, les courants et les ennuis. Ça me prend toute la matinée et je n’ai pas fini !
Je dois jeter des sacs de sucre en poudre trop humide, des sacs de farine avec charançons, idem pour des fruits secs. Dans le bateau il y a encore des charançons vivants, bien qu’il y aie bien des cadavres, mais il n’y a plus un seul cafard. L’acide borique est super efficace !
Depuis mon retour, les vents dominants sont d’ouest, alors qu’ils étaient d’est, nord est lorsque je suie parti, il y a près de deux mois. Si ça continue, ce devrait être facile d’aller en Guadeloupe. Nous verrons si ça dure. Par contre ce vent est faible et intermittent.
L’artisan me rappelle pour le taud. Je lui dis que c’est trop cher. Il repassera à 15h pour étudier un taud plus court.
Pendant que je monte une nouvelle ligne pour pêcher pendant la traversée, Christian passe pour voir le guindeau. Avec son expérience d’ingénieur, il trouve vite deux pannes : des fils oxydés qui ne laissent plus passer le courant. Il m’aide à les changer et tout fonctionne !Demain il faudra que j’aille acheter des cosses de différentes tailles.
L’artisan repasse pour le taud et nous tombons d’accord. Il sera prêt dimanche.

Le 06.05.2009

Toute la nuit il a soufflé un fort vent d’est. Ce matin Christian me dit qu’il vient de voir sur internet les photos de la pluie diluvienne qui s’est abattue sur la Martinique engendrant des inondations et des glissements de terrain.
Christian s’est abonné à internet via un modem en payant chaque mois. Car les wifis du coin ont mis des sécurités avec mot de passe. Il n’y a donc plus de wifi accessible dans la marina. Pas de service aux navigateurs. Il faut aller aux nombreux cybers du centre commercial en payant bien sur…
Je vais en ville à la recherche de cosses. J’en trouve certaines pas d’autres, introuvables ici d’après les marchands. Quelques courses et je rentre au bateau par le bus. A un moment le bus s’arrête à un carrefour. Le chauffeur siffle en direction du dehors. Il y a une marchande de poisson et un vendeur de papelon sur le trottoir. La vendeuse de poisson vient voir ce que veut le chauffeur. Un verre de papelon. La vendeuse de poisson va en prendre un chez le vendeur de papelon et l’apporte au chauffeur qui lui donne l’argent. Il était temps car derrière ça klaxonne. Qu’importe ! Le chauffeur redémarre et franchit le carrefour, verre à la main, jus de canne, de citron et glaçons. Il boit doucement en conduisant d’une main en prenant son temps. Lorsqu’il a fini il lance le verre en plastique par la fenêtre du bus…
Teddy m’appelle car il n’a pas encore reçu tous les éléments pour son voyage en avion, Vénézuélienne de 40 ans vient me demander si je n’ai pas vu Yann. Elle m’explique qu’il va se marier avec sa tante… Je la renvoie chez Philippe. Il est en train de boire avec Yann et des dames de compagnie.
Je passe à la BLU pour vérifier qu’elle fonctionne. A cette heure l’émission passe bien. J’essaie un peu à tâtons depuis le temps que je ne m’en suis plus servi. On m’appelle dehors. La même Vénézuélienne me demande ce que je fais, elle veut aller manger avec une amie dans le centre commercial et elle m’invite. Je refuse et elle s’en va. Elle a tenté sa chance…
Je me remets sur la BLU. J’envoie un mail de demande de fichier météo. Il part bien. J’attends un moment pour la carte météo. Je fais un contact et elle arrive. Donc ça fonctionne bien. La BLU consommant beaucoup d’énergie, il faut faire fonctionner le moteur en mer.
Demain il faut que je me penche sur l’AIS pour le faire fonctionner.

Le 07.05.2009

Réveillé de bon heure, je profite de la fraicheur pour me remettre sur le moteur de l’annexe. Il démarre puis cale. Je mets l’annexe à l’eau. Je veux descendre le moteur. Les vis du siège sont bloquées. Je force en mettant du WD40. Une vis se dégrippe un peu. L’autre résiste et c’est la vis de la poignée qui lâche. Je vais chercher la perceuse pour chasser les restes de la vis rouillée et agrandir le trou pour mettre une vis d’un diamètre supérieur. L’opération peut être simple, mais en l’occurrence, j’y laisse quatre mèches neuves achetées chez Casto en France ! Je passe plus d’une heure à désoxyder ces deux t dire que j’avais déjà fait la même chose il y a deux mois ! La navigation doit composer avec une oxydation permanente de la coque, de l’accastillage, du matériel électrique et électronique…et tout le reste !
Je mets le moteur sur l’annexe. Je démarre et le fais tourner un moment. Il ne tient pas le ralenti. Je redémonte le carburateur, nettoie et remonte. Même fonctionnement aléatoire. Le temps passe. Alors avant la fermeture de la pompe, je prends les jerrycans et je vais à la pompe de la marina. 65 litres de gasoil pour moins d’un demi euro. Je les vide dans les réservoir et fais un nouveau plein avec 15l d’essence : 0,6 euro. Les pleins sont faits à peu de frais. Au retour de la pompe je vois un plongeur qui nettoie les coques. Je lui demande s’il peut nettoyer la mienne. Il vient et me demande 300 bolivars (moins de 50 €). Un autre ce matin, m’a demandé 450… C’est d’accord. Le départ approche. Il faut encore que je m’occupe de faire remplir une bouteille de gaz pour avoir de la marge pour la traversée… La plaisance c’est fatigant !
Je retourne vers l’AIS. Mes connaissances en informatique étant ce qu’elles sont, je n’arrive pas à le relier au port com 4. J’y passerai encore du temps et j’espère réussir.
Mimi m’appelle pour me dire que Teddy n’a pas encore reçu de mail pour son billet électronique. Je rappelle José qui lui renvoie un mail avec son billet électronique. Espérons que cette fois sera la bonne. Le vol a lieu Lundi, dans peu de jours…

Le 08.05.2009

On est vendredi. Je veux changer un éclairage néon par un plus neuf. J’y passe vraiment du temps et ça ne marche pas. Je n’avais qu’à lire car c’est indiqué dessus que c’est en 220 volts. J’aurai pu gagner du temps. En tous cas, j’en profite pour nettoyer le coin de la cuisinière et de ses vapeurs grasses.
Je fais pendant ce temps le plein d’un des réservoir d’eau douce, puis de l’autre. Vu le débit des robinets ici, ça prend du temps. Pendant ce temps arrivent le nettoyeur de coque avec un ouvrier. Ils sont en combinaison. Ils ont un compresseur pour travailler sous l’eau sans avoir besoin de remonter sans cesse. Pendant que je suis dans le bateau, je les entends gratter la coque. Je fais une lessive car dans la cabine tribord, j’ai trouvé le drap mouillé. Je me demandais d’où pouvait venir cette fuite. Après recherche, elle venait d’un pack de canettes de bière. Deux canettes étaient percées par électrolyse sans doute !
Mimi me rappelle pour me dire que Teddy a reçu son billet jusqu’à Caracas, mais pas jusqu’à Cumaná… Je rappelle José qui me certifie envoyer un mail sur le champ ! J’appelle Teddy pour le rassurer. Il est tout joyeux de venir, de retrouver les tropiques et l’océan ! Tant mieux…
Je vais chez le coiffeur pour être propre pour le voyage et ne pas arriver hirsute aux Açores. Un homme neuf, je pense en me voyant dans la glace. Je fais un grand sourire et remercie ma coiffeuse très ronde.

Le 09.05.2009

Au réveil, je termine un livre que j’ai lu jusqu’à la fin sans grande conviction : Christophe Colomb, Mémoires de Stephen Marlow. Ce sont bien les mémoires de Colomb. Mais l’auteur, les écrit en à la première personne tout en se mettent par moment au 20ème siècle… Il parle des autres biographies de Colomb, compare, dit ce qu’il en pense sur tel événement. C’est énervant et on ne sait ce qui est vrai ou ce qui n’est que l’interprétation de l’auteur. 600 pages qui dressent un portrait psychologique et un univers historique avec le langage d’aujourd’hui. Je ne suis pas sur d’en savoir tellement plus sur Colomb et ses frères Bon si vous avez quelques chose de plus pressé à lire, vous pouvez…
Je vais au centre ville, à la serrurerie qui m’a fait le double de la clef moteur, pour qu’il me la retouche. Il est fermé, les magasins proches aussi. Il n’est que 9h, peut être n’ouvre t-il qu’à 10h. Je vais avenue Bermudes, là les magasins sont ouverts ou ouvrent. Je prends un bon papelon bien frais en pensant que bientôt, je n’en aurai plus l’occasion. Je retourne à la serrurerie à 10h. Elle est fermée, mais la fleuriste d’à côté a ouvert. Je lui demande si elle sait si la serrurerie va ouvrir ? Pas ce matin car il a eu un appel urgent de la faculté pour un travail et il est parti avec sa fille. Peut être cette après-midi ou mardi…
Avant 14h on frappe sur la coque. Je monte dans le cockpit. El señor Pancho et là avec deux de ses fils et le taud de soleil. Il est venu l’essayer avant de faire les finitions. Les bouts de fixation sont trop courts, mais le reste se présente bien. Il va faire les passages pour l’artimon et pour la balancine, rajoutes les fixations pour les côtés et il revient demain matin. Voilà un artisan vénézuélien qui respecte ses délais ! Le taud est blanc, il m’avait présenté du beige, ce sera plus salissant mais moins chaud.
C’est un jour sans. Je n’ai le courage de faire quoi que ce soit. Alors je glande, je me réfugie sur mon ordinateur avec la musique. Je trie les morceaux, les genres. Je m’occupe quoi. Je ne fais rien d’urgent, mais c’est comme ça.

Le 10.05.2009

Je change les pavillons ou ce qu’il en restait pour des neufs, France et Europe. Tout de suite ça présente mieux. Mais dans trois mois ce sera la même chose. Les fabricants de pavillons doivent en fabriquer dans le seul but que le client soit obligé de les renouveler rapidement !
Je démonte le vieux taud fait en Casamance pour récupérer les sangles très solides et les bouts. Quelle manie de récupérer toujours. Mais en mer on a souvent besoin de choses qu’il faut avoir à bord…
Je vérifie le gréement dormant et le gréement courant. Tout est en ordre. Je mets en marche le moteur qui démarre au premier coup. Je le laisse tourner un quart d’heure, marche avant, marche arrière puis de nouveau marche avant. Moteur et inverseur fonctionne bien. L’hélice pousse bien dans les deux sens.
Je range dans les deux cabines arrière.
Teddy arrive demain. J’aère. L’autre cabine sera pour Nataly, une Vénézuélienne qui m’a demandé de la déposer en Guadeloupe où vit sa sœur. Nous avions passé le nouvel an en sa compagnie avec son ami Philippe à bord du bateau d’André et de Sylvaine. Elle rigole tout le temps. Mais elle m’a annoncé qu’elle est malade en mer. Ça promet ! Mais de Cumaná à la Guadeloupe il n’y aura que 5 à 7 jours de navigation…
Aujourd’hui, c’est la fête des mères. Sur mon mob ile je reçois des publicités pour des appareils et des abonnements à prix bas pour les mères. Je n’ai plus de mère, ni de père d’ailleurs. La mère de mes enfants n’est plus… J’ai ce sentiment d’être orphelin que chante Barbara dans une de ses belles chansons. J’ai mes enfants et Mimi en France…
J’essaie d’appeler Mimi un bon nombre de fois. Hélas, il n’y a pas de ligne, tout le Venezuela téléphone en même temps. Je finis par l’avoir sur le fixe, puisque tout le monde utilise un mobile ici…

Le 11.05.2009

Je dors mal et suis réveillé tôt. C’est le dernier jour que je suis seul à bord. Teddy arrive ce soir. J’espère que les vols vont bien se passe pour lui et j’irai le chercher à l’aéroport de Cumaná. Je vais au marché pour réassortir le frais. Les mois passent, les fruits changent. Les clémentines sont rares ; les mangues sont revenues en nombre, de plusieurs espèces, délicieuses. Les fruits de la passion sont toujours là, les goyaves aussi. Des sortes de grosses jujubes sont apparues. Les poissons aussi changent, la lotte que j’aime bien se fait rare…
Au retour, je vois Alexis, l’agent à tout faire, il me rapportera la bonbonne de gaz remplie ce soir. Je lui rappelle que je lui donnerai les papiers à faire Jeudi, pour une sortie officielle.
Après le déjeuner, le señor Pancho passe avec deux de ses fils pour livrer le taud de soleil. Nous l’installons à quatre. Il va bien, avec les côtés qui descendent assez bas, ça fait bien de l’ombre tout en donnant une b elle hauteur sous toile. Blanc ce sera salissant, mais ce sera ce qu’il y a de plus frais. Et puis c’est très class !
Je nettoie le bateau. D’abord dedans. Je range et prépare les deux cabines arrière. En prenant les draps, je m’aperçois qu’ils sentent le moisi. Je les laves et ils sèchent en quelques heures.
Je nettoie aussi le pont, à cause des chiures de cormorans ! Quelle saloperie, ils reviennent toujours. Je les chasse toujours aussi. Et puis il y a cette poussière ocre qui se dépose sur les haubans, les taud, le pont. C’est une poussière de terre qui vient d’est avec le vent. Elle est fine, impalpable, mais salit tout. La sécheresse favorise cet envol de terre qui va se déposer plus loin.
Vers 17h, j’appelle Teddy. Il est à Caracas, il attend le vol pour Cumaná. Tout va bien ! J’avais commandé un taxi pour 19h30. A 19h45, il n’est pas là ; je lui fais téléphoner. Il est occupé et pourra être là dans une demi-heure… C’est chaque fois pareil ! Je trouve un taxi sur le parking du centre commercial. Il roule vite et je ne suis qu’à moitié rassuré.
A l’aéroport, Teddy est déjà là, tout sourire. Il est heureux d’être là, mais fatigué par le voyage. Nous revenons directement à la marina et au bateau.
Un t’it punch des œufs sur le plat et du fromage. Une courte discussion et Teddy va récupérer dans sa cabine.

Le 12.05.2009

Je suis réveillé avant Teddy, qui récupère son décalage horaire. Nous passons la matinée à se reposer et à prendre connaissance du bateau pour Teddy. A midi je prépare la cuisine car Nataly doit venir pour faire connaissance avec Teddy avant de se joindre à nous jusqu’en Guadeloupe. Elle arrive avec une amie, Amélia. Christian aussi arrive au moment de l’apéro. Il a du remarquer que nous avions deux filles à bord. Après l’apéro, il ne part pas, il déjeune donc avec nous.
Christian me demande si j’ai trouvé quelqu’un pour réparer les instruments de bord. Non, il n’y a personne ici qui sache faire. Il me dit : Si moi, lui qui m’avait dit ne pas avoir le temps. Il me laisse entendre qu’il passera. Il s’en va, Nathalie aussi, et Teddy va faire sa sieste. Je reste avec Amélia. Je la fais parler ; elle me raconte sa vie. 34 ans, deux enfants 11 et 10 ans, divorcée depuis 10 ans et au chômage en ce moment. Le tableau classique qui cherchent une aide. Je l’écoute : elle ne veut pas de mari macho vénézuélien. Elle a trouvé un Français de 60 ans qui veut l’épouser. Elle n’est pas amoureuse, mais il est gentil et il a fini par aimer ses enfants. Alors elle va sans doute se marier en France… Venezuela, Sénégal, Thaïlande, pays du tiers monde : toujours le même tableau des femmes qui rêvent de changer de vie, d’être amoureuses ou en tout cas à l’abris du besoin…
Il n’y a pas de vent et il fait très chaud !

Le 13.05.2009

Ce matin, je vais voir Christian à son bateau pour savoir s’il veut passer cet après-midi. Il n’a pas trop envie de faire ce travail… Il se fait prier comme une pute. Après une demie heure de négociation, il passerait dans l’après midi faire des mesures électriques… Vers 13 heures, je le vois entrer dans le bateau de Philippe, ils vont boire avec des filles…
Paulo et Nicole arrivent ce matin d’un séjour d’un mois en Martinique. Pour descendre au Venezuela, ils ont eu une mer agitée avec une houle courte, très inconfortable, avec un vent 20 à 25 nœuds. Il paraît que ça va se calmer en fin de semaine. Nous somme prévenus, la mer sera sans doute agitée.
Nous allons faire un tour en centre ville pour que Teddy découvre. Il cherche des tee-shirt avec Venezuela dessus et il en trouve…
Nathalie passe. Je le lui dis. Elle est songeuse, elle va réfléchir et nous dira dans l’après-midi si elle vient en bateau avec nous. Elle a déjà fait l’expérience en catamaran qui remue moins qu’un quillard et elle a été malade tout le temps. Je pense qu’elle ne viendra pas, ce qui m’arrangerait plutôt que de la trimbaler malade, avec son sceau…
Christian ne passant pas, je passe voir Paulo qui vient voir. Il réfléchit sur le circuit des instruments, fait des déductions et des mesures, y passe plus d’une heure et me dit ce que nous devrions faire. La nuit &étant tombée, c’est la pause.
Teddy fait la cuisine, nous mangeons et au lit après un peu de fraicheur dans le cockpit…

Le 14.05.2009

Dés le réveil, nous nous mettons à suivre les fils des instruments pour voir ce qui pourrait être coupé, dessoudé, oxydé. Finalement le sondeur fonctionne, alors que le loch refuse. Pour la girouette anémomètre, il faut que je monte au mât pour placer la nouvelle girouette. Je monte avec baudrier, assuré par la drisse de grand voile que Teddy raidit au fur et à mesure sur le winch. Je monte prudemment en haut des 15 mètres. C’est la première fois depuis plusieurs mois. Les muscles se tendent et j’arrive en haut. Je change facilement la girouette. J’en profite pour vérifier gréement et poulie. Tour va bien. Je redescends et nous essayons : l’écran n’indique rien. On a beau triturer les fils, vérifier les branchements… Rien… Bon, ce n’a rien d’indispensable. Teddy s’en passe facilement, moi, je préférée quand ça marche, mais nous verrons plus tard…
Je vais voir Alexis pour qu’il nous fasse les papiers de sortie du bateau et des personne. Au même moment un employé de la marina, m’apporte un passeport, celui de Nataly, qui donc viendra avec nous jusqu’en Guadeloupe. Pourvu que ça se passe bien et qu’elle ne soit pas malade tout du long !
En même temps, je récupère la bouteille de gaz qu’Alexis à fait remplir. Nous avons de quoi traverser !
J’appelle le changeur, qui viendra cet après-midi pour nous changer un peu d’argent pour faire les dernières courses que nous ferons demain matin et nous pourrons partir samedi matin. Teddy m’ayant fait remarquer que les marins ne partaient jamais le vendredi par superstition. Nous irons en Guadeloupe déposer Nataly et voir des amis de Teddy. De là nous ferons une halte à Saint Martin, l’île moitié française, moitié néerlandaise, faire le dernier ravitaillement avant la traversée pour les Açores. Teddy connaît la Guadeloupe et Saint Martin où il a fait de nombreux convoyages…
J’ai mon change vers 18h, demain nous pourrons aller au marché. Je vais au cyber regarder mails et météo. J’avais envoyé un mail demandant l’initialisation de ma carte Sim d’Iridium. Mais, je n’ai aucune réponse. Idem pour Daniel le routeur. Je téléphonerai demain.

Le 15.05.2009

Nous allons au marché. On y rencontre Nataly qui nous cherchait puisqu’elle savait que nous y irions. Elle nous emmène là ou elle travaille à faire des arepas et des batidos. Elle nous offre une arepa à chacun et une boisson. Puis elle nous emmène dans le marché aux fringues puisque Teddy cherche des tee-shirt avec marque dessus Venezuela. Elle nous mène là où il faut car nous n’avions pas trouvé avant…
Nous faisons des achats de fruits et légumes, poisson et viande. Nous rentrons au bateau sous une chaleur accablante qui nous fait transpirer comme des fontaines.
Alexis nous apporte les passeports et la zarpe (sortie) pour le bateau. Nous sommes prêts. Lorsqu’après déjeuner, Philippe nous appelle et vient au bateau. Il vient de recevoir un appel de Nataly qui ne vient plus car sa mère vient d’avoir un infarctus…
Teddy est déçu, il avait des espoirs qui s’écroulent… Nous serons donc deux pour le voyage. C’est Mimi qui va être rassurée !

Venezuela & Brasil

Posted on mars 8th, 2009 by Christian

Venezuela Brésil

Le Lundi 12.01.2009
L’excitation du départ nous réveille tôt ; nous allons bouger, voir du pays. Mimi est toute contente. Les sacs à dos sont prêts depuis la veille au soir.
Petit-déjeuner sans se presser, puis nous sortons les sacs et nous fermons le bateau. J’ai répandu sur le plancher et dans les coffres de l’acide borique, fine poudre blanche, remède souverain contre les cafards. Nous avons l’espoir de les exterminer durant notre absence !
9h30, c’est le départ pour la gare des cars. Le guide parle d’un car venant de Caracas qui va au Brésil en passant par Ciudad Bolivar. C’est la ville d’où l’on peut aller au Salto Angel, la plus haute chute d’eau du monde avec 987 mètres !
A la gare, nous trouvons un car qui part pour San Feliz, à côté de Ciudad Boilvar et qui part dans quelques minutes. Si non il faut attendre plusieurs heures. Je prends deux billets et on monte dans le car. Car moderne, un Marco Polo de Scania, avec fauteuils-lit, toilettes, TV…
Et hélas climatisation ! Je dis hélas car elle est réglée sur 17°, ce qui fait qu’on a vite froid, surtout lorsque le corps est habitué à des températures autour de 30° depuis des mois.
Par mesure de sécurité les rideaux du car doivent rester fermés, si bien qu’il est difficile de voir le paysage. Nous passons par Puerto La Cruz, puis nous allons vers Ciudad Bolivar et tournicotant d’abord dans les montagnes basses, puis dans des plaines boisées.
Le car s’arrête pour que les passagers se restaurent dans des cafés restaurants au bord de la route ou dans des gares des cars. Toujours la même nourriture frite : empanadas, dulces…
A 20h, nous arrivons à Puerto Ordaz, une ville champignon près de puits de pétrole, au bord de l’Orénoque. La ville a de larges avenues, des immeubles neufs, des grands magasins, des lumières partout !
Nous descendons pour changer de car pour Ciudad Bolivar.
Il y a de la place ; nous voilà repartis. Les sièges ont beau être confortables, on finit par s’ankyloser. Une heure de route et voilà la banlieue de Ciudad Bolivar. La ville est plus ancienne et plus pauvre. Fondée au 16ème siècle, après une splendeur coloniale, elle s’est endormie au bord de l’Orénoque. Gina et Piotr, navigateurs amis, nous ont donné des indications et l’adresse d’une bonne posada dans le centre historique.
Nous prenons un taxi qui nous y conduit. Les maisons sont de type colonial, avec de hautes portes et fenêtres, des murs peints de couleurs vives. C’est beau !
La posada Don Carlos est une vielle bâtisse coloniale retapée avec beaucoup de goût. Les bâtiments entourent deux patios intérieurs. Les murs sont crépis et blancs. L’entourage des portes et fenêtres laissent voir la brique nue. Portes et fenêtres font plus de trois mètres de haut, en bois avec jalousies. Des grilles de fer forgé protègent les issues. La hauteur de plafond est d’au moins 4 mètres.
On nous donne une chambre à trois lits avec une mezzanine. La chambre est vaste, décorée, superbe. Nous posons les sacs et demandons où nous pourrions dîner. Le gardien hésite et nous dit sur le boulevard qui longe le fleuve, non loin.
Nous y allons, par les rues vides. Mimi n’est pas trop rassurée. Quelques rues plus loin, voici l’Orénoque (Orinoco), large de plusieurs centaines de mètres, aux eaux marron et apparemment avec du courant.
Toutes les boutiques sont fermées, les restaurants aussi. Mimi est pressée de rentrer. Demi-tour et nous grignotons fruits et biscuits à l’hôtel. La fatigue du car nous permet de dormir rapidement !

Le 13.01.2009-01-29
Le petit déjeuner est super, avec œufs, fromage, fruits et pain confiture. De quoi bien commencer la journée ! Après avoir pris notre temps, nous allons à l’aéroport où sont installées les agences qui organisent des tours vers le Salto Angel et la Gran Savana.
Le taxi nous dépose devant l’aéroport, devant un avion à hélice, celui d’Angel, avion avec lequel il a découvert le Salto (Chute d’eau) qui porte son nom. C’était les débuts de l’aviation ; il fallait être gonflé pour prendre l’air avec de tels engins.
Nous entrons dans l’aéroport et par les vitres nous apercevons sur les pistes des avions encore plus petits ! C’est ceux qui emmènent les touristes au Salto Angel ! Ca promet des sensations !
Nous allons voir l’agence que Claude nous a recommandée. Elle nous explique le tour proposé et nous donne un prix. Nous allons voir une seconde agence, puis une troisième. Nous marchandons les prix. Les agences baissent un peu, pas plus. Nous choisissons une agence qui propose un tour de trois jours et deux nuits dont une dans un campement isolé près du salto.
Nous prenons des billets pour le lendemain.
Nous reprenons un taxi pour le boulevard qui longe l’Orénoque. Nous marchons sous le soleil, plus chaud qu’à Cumana. L’Orénoque est impressionnant pas sa largeur, par son courant, par les îles et rochers qui émergent dans le lit, par la végétation sur ses rives et ses petites plages par endroit. Un pont suspendu par deux hauts piliers l’enjambe au loin. Dans la ville, il n’y a pas de pont, mais des navettes qui servent aux habitants qui ont fait construire sur l’autre rive. On voit les navettes luter contre le courant pour arriver enfin à traverser.
La ville semble calme et sûre. Nous allons au marché aux poissons, le mercadito. Là il y a de vieux bâtiments qui abritent des restaurants où l’on peut manger les poissons du fleuve. Les serveurs racolent les rares clients, souvent des touristes. Nous nous attablons en terrasse, au bord du fleuve. Il y a de l’ombre et de l’air. Nous commandons un poisson local, le lau-lau.
Avec frites et salade, c’est succulent !
Nous visitons la ville ancienne. Il y a des rues en pente dont les deux côtés sont une alternance de couleurs vives. Les maisons sont repeintes soigneusement. La place Bolivar, il y en a une dans chaque ville, est superbe : un parc central bordé par la cathédrale, la mairie, des musées et des administrations. L’architecture coloniale est superbe ; elle donne l’impression de robustesse, de richesse, de confort. Les maisons ont des toits de tuiles. La hauteur de plafond donne de la fraîcheur. Les patios apportent la verdure, des fruits, des fleurs et l’eau de pluie ou de fontaines. Le commerce est très présent dans les boutiques et dans la rue.
A la tombée de la nuit, nous prenons la précaution de chercher un restaurant plus tôt. Nous allons vers le boulevard longeant l’Orénoque. Pas de restaurant. Nous demandons à une jeune femme. Elle nous explique, et finalement nous conduit. Nous allons vers le centre ; les boutiques ferment avec la tombée du jour ; les restaurant aussi. Deux chinois ferment ; les gens ont peur de l’insécurité, chacun rentre chez soi. La jeune femme nous conduit plus loin, jusqu’à un restaurant qui lui ne ferme pas. Nous l’invitons à dîner. A un moment vient sa sœur. Nous discutons un moment. Elle veut nous entraîner à Puerto Ordaz pour nous montrer la ville et le pont sur l’Orénoque à la construction du quel son mari a participé. Au retour peut être… Nous nous quittons pour aller dormir. Demain départ à 7h.

Le 14.01.2009-01-29
Départ à 7h. L’agence vient nous chercher et nous conduit à l’aéroport. Vérification des bagages. Nos deux couteaux sont mis de côté et donnés au pilote qui nous les rendra à l’arrivée.
Sur la piste il y a plusieurs « avionetas » des coucous à six places dont une pour le pilote. Les ailes sont en alu riveté de façon très artisanale ; les roues sont toutes petites…
Les bagages d’abord, puis on monte. Les sièges sont petits et au raz du sol ; on s’installe comme on peut. Le pilote met en route. Le moteur fait un bruit qui couvre les conversations. Le pilote met les gaz, l’avion roule sur la piste asphaltée. Tout vibre. L’avion se cabre, la queue touche le sol et on quitte la terre. On survole la ville et prenant de l’altitude ; les maisons sont ordonnées dans les quartiers. La majorité des toits sont en tôle.
Le paysage est superbe. Nous volons sous les nuages. La ville s’éloigne, la plaine vallonnée succède à de la forêt. Puis la forêt domine. Par endroit émerge un tepuy à 2000 mètres d’altitude. C’est une formation géologique, une gigantesque table sortie du sol, une roche dure qui a résisté à l’érosion. Les flancs sont couverts de forêt le plateau aussi. Souvent du sommet d’un tepuy, coule une cascade, un salto. Les tepuyes sont protégés. On ne peut les escalader, car ils sont censés être la demeure des dieux indiens… La région est parsemée de tepuyes. Plus loin, on survole une région très irriguée avec un lac intérieur très grand. Des pistes vont on ne sait où et s’interrompent dans l’eau. On voit des pirogues et quelques toits de maisons. Les habitants ne sont pas dérangés par les voisins !
Vers midi l’avion baisse d’altitude, une piste en terre se présente et un petit village aux toits de chaume. Les roues touchent la piste et l’avion s’immobilise. Les sensations sont plus fortes que dans un gros avion moderne et l’on voit bien mieux le paysage en volant à 750 pieds.
Une camionnette nous conduit au campement et à un embarcadère. Une pirogue nous prend. Nous sommes une dizaine à bord avec un pilote indien. On remonte le fleuve, le rio Churun. De part et d’autre, c’est la forêt dense. Toutes sortes d’arbres dont certain arrivent à dominer le reste de la canopée. Des lianes pendent jusque dans l’eau. Des orchidées ont colonisé beaucoup d’arbres. Le rio a un fort courant que la pirogue remonte grâce à son moteur de 48 chevaux. Par endroit on voit l’eau bouillonner, faire des vagues et sauter des déclivités de 50 centimètres. Le pilote choisit son angle d’attaque et l’endroit précis où il y a assez de fond et la pirogue remonte le rapide. Les gerbes d’eau jaillissent de chaque côté ; quelques-unes rentrent dans la pirogue. Gare aux appareils photos ! Nous sommes tout mouillés. Le pilote écope l’eau des fonds.
Après plusieurs rapides, il faut descendre et marcher pour que le pilote remonte un rapide sans la charge des passagers. Le paysage est magnifique, une sorte de savane, avec les tepuyes à l’horizon. Le sol est parsemé de roches volcaniques et de sable très fin, blanc rose. Des herbes font des fleur. Plus d’un kilomètre plus loin nous remontons en pirogue pour approcher du Salto Angel. On déjeune dans la pirogue avec des sandwichs. Nous arrivons vers 14h au pied du salto, au campement.
Nous laissons nos sacs au campement et nous voilà partis sur un sentier de forêt. Nous traversons une rivière à guet. Puis le sentier grimpe sous le couvert de la forêt. Ce n’est qu’un entre-lac de racines et un entassement de pierres instables ou hautes. L’escalade dure. Mimi traîne les pattes, mais elle s’accroche courageusement. Moi aussi je suis fatigué lorsqu’on arrive au belvédère d’où l’on voit le salto devant nous, avec toute sa hauteur. Le bruit est impressionnant, la chute aussi. L’eau rebondit sur les rochers plusieurs fois et finit au sol dans un nuage d’embruns. C’est d’une beauté saisissante. Le paysage est grandiose ; les spectateurs sont petits !
Chacun prend des photos et il est temps de redescendre. Même sentier escarpé, difficile à descendre. Il faut éviter de glisser. Les plantes sont partout avec de grandes feuilles pour certaines et des orchidées sur chaque arbre ! Un horticulteur ferait ici une récolte superbe ! Mimi peine. Il faut presser le pas avant la tombée de la nuit. Dans le noir ce serait plus difficile et il y aurait des animaux peut être. L’argument lui redonne du courage ! Nous arrivons avant la nuit à l’embarcadère puis au campement proche. Les poulets finissent de griller sur la braise. Nous dînons à la lueur des bougies sur des tables à toile cirée au milieu de la jungle !
A côté, les hamacs sont suspendus aux poutres d’une paillote. Chaque hamac a sa moustiquaire. Les autres personnes du tour restent discuter en espagnol. Ils sont Vénézuéliens ou Argentins. Nous sommes les seuls Européens et non hispaniques. Nous sommes fatigués ; nous sommes aussi les plus âgés. Nous nous glissons dans nos hamacs, sous les moustiquaires. Il fait frais et humide, une couverture n’est pas de trop. On entend les autres qui parlent et le bruit du salto proche. Peu de bruits d’oiseaux, pas de mammifères…

Le 15.01.2009
J’ai bien dormi dans mon hamac malgré l’humidité. Je me réveille tôt. J’entends le bruit du salto. Je soulève la moustiquaire. Mimi dort encore dans le hamac d’à côté. Peu à peu d’autres se réveillent et commencent à parler. Les sud-américains sont sympa, mais pas silencieux !
Je vais regarder la majesté du salto sous le soleil oblique du matin. Des nuages nocturnes s’accrochent encore au sommet du tepuy. Près du campement, je regarde les plantes. Je vois des nids d’abeille ou de fourmis ou de termites suspendus aux branches. En remontant le fleuve en pirogue, j’en voyais beaucoup dans les arbres. Je vois aussi des rapaces perchés, qui se laissent approcher à distance raisonnable sans s’envoler. L’un, plus craintif, change de branche.
Je reviens vers le campement. Mimi a du mal a émerger. Le petit déjeuner la sort du lit, du hamac plus tôt. Il est 8h, c’est l’heure du départ en pirogue. Hier nous avons fait 4 heures de pirogue pour remonter la rivière jusqu’au salto. Aujourd’hui nous sommes dans le sens du courant. Trois heures suffiront. Avec le courant, nous allons vite, même dans les rapides. Le pilote a vraiment un oeil sûr ! C’est un super pilote !
C’est agréable de voir le même paysage dans l’autre sens, avec la lumière du matin. L’eau est marron et là où elle est moins profonde, elle a la couleur du thé, du cognac. C’est magnifique. Mimi s’extasie, elle est emportée par le spectacle grandiose de la nature. Moi aussi, je suis dans mon élément dans cette nature grandiose. Pourtant j’en sens toute la force. Je n’aimerai pas m’y perdre. La forêt ne pardonne pas. Il faut tout le savoir des indiens pour y survivre. Nous sommes en territoire indien. Ce sont des indiens qui nous ont pris en charge, qui nous guident. Ils sont habillés à l’américaine, tee-shirt et blue jean, mais ils vivent ainsi sur leur terre, dans leur communauté.
Nous revoilà là où le rapide laisse trop peu de profondeur pour passer, alors nouvelle marche dans cette nature qui semble vierge, hors des âges, sortie de la préhistoire. Pourtant il y a un chemin et on y rencontre un autre groupe qui va voir le salto. On y rencontre Alex et Florence, rencontrés à Ciudad Bolivar. Elle vient pour deux semaines de vacances et lui monte une entreprise de tourisme au Venezuela à 24 ans ! Bravo ! Et ils sont sympa. Nous nous quittons en continuant le chemin. A un endroit une jeune indienne tient un stand de bijoux et vanneries. C’est beau. Elle vend aussi des sarbacanes. Certains en essaient sur une cible, non sans succès…
La pirogue descend le fleuve jusqu’à une chute peu importante en hauteur, mais avec un débit important. L’eau tombe de quelques mètres sur un rocher arrondi et dans une sorte de piscine on appelle l’endroit le pozo de la felicidad (le puits du bonheur). Nous descendons et les plus intrépides se baignent dans l’eau fraîche. Les autres suivent, sauf moi qui ai une laryngite due à l’air conditionné du car. Je n’ai plus de voix et j’ai hâte que ça passe ! La plus intrépide est une vénézuéliennes de 30 ans, serveuse à Las Vegas, qui va jusque sous la chute. Mimi aussi veut faire la sirène. Je prends des photos depuis un rocher au sec.
Il est temps de reprendre la pirogue. Nous arrivons au campement de l’île Anatoly. De là on voit une série de quatre chutes impressionnantes par leur débit et leur grondement. Le site est grandiose ! Nous y prenons un déjeuner avec le traditionnel poulet riz haricots.
Après une petite sieste, nous allons à pied vers une des cascades, le salto Sapo. Nous la regardons de près, puis nous passons derrière, entre l’eau et les rochers. Pour ça il faut traverser un rideau d’eau qui nous masse vigoureusement au passage. Des herbes réussissent à vivre presque totalement immergées dans l’eau courante ! De gros blocs de rocher sont pèle mêle au pied de la cascade.
Nous restons un bon moment à regarder les torrents d’eau qui chutent. Des jets d’embruns jaillissent de la chute. Le spectacle est fabuleux ! Après une longue contemplation, nous montons par un sentier raide pour voir une autre cascade vue du dessus. On peut approcher du bord et voir les torrents d’eau tomber avec vitesse et violence. Du bord, on ne risque rien, mais malheur à qui se laisse emporter. Un guide célèbre, Thomas Bernal, et un autre guide sont mort là, noyés, l’un victime d’une panne de moteur et l’autre tombé à l’eau et emportés par le courant…
Quelle beauté que cette nature vierge et majestueuse ! Après les saltos, il y a une grande lagune, la lagune de Canaima. Elle est bordée par une plage de sable blanc rose avec des cocotiers et la forêt plus loin. Un jardin d’éden où on aimerai bâtir sa hutte !
Avant la nuit il est l’heure de rentrer. Nous marchons le long de la lagune dans le sable fin. Il y a des rochers fissurés, quelques arbres, palmiers et cocotiers. Quelques pirogues des indiens pour transporter touristes, nourriture, affaires diverses.
Après une douche, nous prenons le dîner dans la bonne humeur. Le groupe est sympa, il s’est soudé à mesure des choses vécues ensemble. Le soir certains préfèrent un lit, comme moi, et d’autres un hamac, comme Mimi.

Le 16.01.2009
Ce matin une pirogue nous conduit au village. Nous voyons une galerie de souvenirs sans intérêt. En marchant nous allons vers une autre galerie qui a des objets indiens superbes : masques, sculptures, vanneries. Les vanneries sont d’une finesse et d’une sobriété du plus bel effet. A côté de la galerie, il y a de grandes cages avec diverses races de singes, dont des singes rouges superbes. Une serre d’orchidées, mais ce n’est pas la saison de la floraison, dommage.
Nous rentrons et l’on nous emmène en pirogue devant les saltos. 4 saltos côte à côte, qui grondent et projettent des nuages d’embruns. Le spectacle vu de près est très impressionnant. Que la nature est belle et puissante ! On peut passer derrière un salto. Certains se mouillent. Puis nous suivons la plage jusqu’au village. Je ramasse des graines diverses, toutes de forme différentes, avec un Argentin, qui dirige un musée de sciences naturelles en Argentine à Santa Fe. Nous discutons souvent nature entre passionnés !
Le repas nous attend, puis une voiture nous emmène jusqu’au village et à son mini aéroport. Il y a la piste en terre rouge et quelques boutiques pour boire et acheter des souvenirs. Nous y retrouvons Alex qui a fini le repérage du tour qu’il proposera aux touristes de son coin, Valencia. Les petits avions emmènent leur touristes. Nous attendons le nôtre qui vient spécialement nous chercher. Nous ne sommes plus que trois. Les adieux avec les membre du groupe ont été très sympas, émouvants ; et chacun est reparti vers son destin, vers sa vie dans son pays.
Nous montons dans l’avion : le pilote et trois passagers. L’avion décolle facilement. Le spectacle féerique recommence ; les tepuyes, la forêt, les vastes étendues d’eau. Je photographie l’ombre de l’avion sur le sol. Une ville au loin, l’avion se dirige vers elle. On voit une piste et il atterrit. Il veut prendre un passager qui est absent. L’avion redécolle vers Ciudad Bolivar. Un atterrissage et un décollage pour le plaisir ! Les nuages sont au-dessus de nous, blanc neigeux. La ville approche. La piste et l’atterrissage parfait, la routine quoi, pour le pilote qui travaille en tenue de ville relaxe.
Nous revoilà à l’aéroport. Nous rencontrons un couple de français, coincés là par manque de moyen de retirer de l’argent. Ils ne savaient rien du change parallèle et leur carte ne leur permet pas de retirer plus qu’une somme dérisoire… Nous leur donnons quelques informations…
Nous passons à la gare des cars pour prendre les billets pour Manaus. On nous vend des billets jusqu’à Boa Vista au Brésil pour 120 bolivars. Nous achetons du poulet grillé et des fruits et nous rentrons à la posada où nous avions réserve une chambre, la même que nous avions auparavant. J’achète un médicament pour la laryngite. On mange et on se couche la tête pleine encore des images de nature.

Le 17.01.2009
Après un petit-déjeuner copieux, nus allons sur internet, dans la posada. Puis Mimi veut se reposer, passer tranquillement la matinée. Je vais alors seul en ville. Je prends un taxi pour visiter le musée Soto.
Soto est un artiste né à Ciudad Bolivar qui y a fait ses études et les beaux-arts. Puis il part à Paris où il retrouve des artistes de son pays et d’Amérique du sud. Il côtoie tous les artistes parisiens d’avant-garde des années 40 à la fin du siècle. Il meurt à Paris. Il a eu une démarche artistique radicale. Il défend l’abstraction et invente le cinétisme, avec quelques amis peintres.
Le portrait de Pompidou au musée Beaubourg à Paris est de lui. Il a fait don à sa ville de ses œuvres et de sa collection personnelle des œuvres de ses amis. Sa ville lui a construit un beau musée moderne.
Le musée est magnifique. La présentation des œuvres est moderne et agréable. Tous les textes sont en espagnol, très didactiques. Les œuvres de ses amis et les siennes montrent les voies de l’abstraction du 20ème siècle. Le cinétisme est présenté avec de très belles œuvres. Au bout du monde on retrouve Paris et ses artistes !
Un gardien vient discuter. Il me pose des questions sur la France, sur l’Europe. Pourquoi l’Europe a voté une loi restreignant l’immigration ? Je lui explique la crise, les SDF… Il n’en revient pas. Il pensait que tous les européens étaient riches… Les Tv du monde entier sont si pauvres en vraie information…
Je rentre retrouver Mimi et nous allons déjeuner en ville. Nous avons rendu la chambre, mais avons laissé les affaires à la posada. Donc retour à la posada où nous regardons internet une dernière fois avant le départ.
A 19h, un taxi vient nous prendre pour aller à la gare des cars. Le car arrive de Caracas à 19h30 et il repart à 20h pour Boa Vista. Beau car réfrigéré et confortable. Nous nous emmitouflons dans la couverture et en route pour un voyage de nuit. Nous traversons le paysage que nous avons vu en avion : plaines vallonnées, forêts, tepuyes…

Le 18.01.2009
Arrêt au matin près de la frontière à Santa Helena. Arrêt technique pour nettoyer le car et ses toilettes. On repart et un peu plus loin c’est la douane. Des bâtiments modernes et propres inaugurés récemment par le président. Les douaniers sont courtois. Ils montent à deux dans le car pour vérifier les affaires en demandant si on a des choses à déclarer, de l’électronique. Non. Ils s’en vont. Plus loin c’est le Brésil et la police. Descente pour tamponner les passeports. Puis la douane relaxe. Ca y est nous sommes au Brésil. Ca fait plaisir de voir un nouveau pays. Un peu plus loin, arrêt buffet. On peut encore payer en bolivars.
Le paysage est plus marqué par l’homme. Des lignes électriques traversent la forêt avec de larges saignées. Des maisons et des fermes tout le long de la route. Les maisons sont plus grandes, plus riches qu’au Venezuela. Les abords de la route sont avec des plantations d’arbres, des clôtures. Beaucoup d’eau, de près inondés, de rivières limoneuses…
La route est belle. Nous arrivons à Boa Vista. Vaste ville moderne, avec de larges avenues, des voitures neuves de petites cylindrées, européennes, de belles maisons, des arbres et des rues propres. Dans la gare je trouve un distributeur de billet qui fonctionne avec la carte visa.
Je retire des réals. Je peux aller acheter les billets Boa Vista Manaus pour 60 réals chacun. Au Brésil il n’y a pas de change parallèle. Le réal vaut un tiers d’euro.
Nous traversons la rue pour aller manger dans une churascaria. C’est un restaurant gril où l’on mange les plats payés au kilo. On se sert pour les entrées et les légumes, on fait peser et l’employé note le prix sur une note. Puis on va au gril et on demande ce que l’on veut : côtelettes, filet, poulet, cochon, saucisses… Le serveur sort une broche du gril, présente la viande et découpe un morceau. Les serveurs ont du mal à servir de la viande rouge, même rose. Il faut demander avec insistance. Ici les gens la mangent toujours bien cuite. La viande est succulente. On mange en se resservant plusieurs fois. L’adition est de 34 bolivars à deux ! On mange bien au Brésil et pas cher.
Il fait très chaud. On approche de l’équateur. On attend le car dans une salle climatisée. Des jeunes Brésiliens nous parlent et nous donnent des conseils pour nous débrouiller en brésilien. Nous avons des billets pour le car de 18h. Nous allons pour le prendre, alors qu’il est déjà parti. Nous n’avons plus pensé au décalage horaire d’une demi-heuree avec le Venezuela…
Retour au bureau qui nous change les billets pour le car de 20h. Nouvelle attente.
Le car est moins réfrigéré que le précédent. Il part avec la nuit. On ne voit guerre le paysage, on devine la forêt tout le long de la route. On ne tarde pas à s’endormir. On dort par morceaux, réveillés par les arrêts, par les soubresauts de la route, par les virages…

Le 19.01.2009
La route est souvent mauvaise. Le car ralentit. De part et d’autre la forêt équatoriale luxuriante. Arrêt à 6h, dans une petite ville moderne au milieu de la forêt. Petit-déjeuner et on repart.
A 7h30 on arrive en banlieue de Manaus. Les usines sont nombreuses, les concessions automobiles sont grandes, les maisons sont vastes et belles. Nous passons devant un grand centre commercial Carrefour et plus loin devant un second. C’est une impression de richesse dans ce nord réputé pauvre. Il faut dire que pour relancer l’activité dans cette ville endormie, la zone est déclarée port franc.
Arrivée au terminal des cars. Mimi trouve un homme pour la renseigner. Il parle anglais. Il est voyagiste et a une pension. Nous prenons un taxi pour aller voir. La pension est propre avec une chambre avec air conditionné et salle de bain pour 50 réals par nuit. Nous posons nos sacs. Nous verrons si nous trouvons mieux plus tard.
Mimi veut dormir un moment. Puis après une douche, nous faisons un tour en ville. Les tours opérateurs racolent. Nous en suivons un dans son agence. Il propose des tours plus ou moins longs en forêt amazonienne. Mimi n’a pas envie de forêt, d’efforts et de moustiques. Nous refusons et allons en ville vers l’opéra. Nous mangeons du poisson près du rio Negro.
Nous rentrons à l’hôtel nous reposer.

Le 20.01.2009
Après une grasse matinée, nous allons en ville à la recherche d’un meilleur hôtel. Nous en visitons six, tous plus sales les uns que les autres, sentant le moisi et le renfermé. Dans l’un d’eux, la gardienne nous montre une chambre dont les occupants doivent venir de partir. La TV passe un film porno, draps et oreiller sont sales et la fille veut nous la louer !
Nous restons donc dans notre hôtel propre. Nous passons au port, le long du rio Negro. Les tapouilles, ces bateaux à étages caractéristiques de l’Amazonie, sont nombreux à quai. Des gens vont et viennent, chargent des marchandises, s’installent dans les hamacs suspendus sur les ponts. Le rio Negro est large de quelques centaines de mètres. Ses eaux sont noires et très acides. Comme ça elles digèrent toutes les saletés qui flottent… ou presque !
Nous remontons vers le centre, vers l’opéra. Cet opéra mythique, construit par les Français à la fin du 19 ème siècle en pleine forêt amazonienne, dans cette ville qui est devenue si riche avec le caoutchouc qu’elle croît vite et devient si belle qu’on l’appelle le Paris de l’équateur.
Mais des européens ont détourné des plants d’hévéa. Les Français les ont plantés en Indochine, les Anglais en Malaisie et ce fut la ruine du caoutchouc amazonien. La seconde guerre mondiale et l’invention du caoutchouc synthétique ont achevé Manaus qui a sombré dans la décrépitude. Récemment le gouvernement a relancé l’activité en en faisant un port franc. Manaus se développe rapidement de nouveau.
Le vieux centre du début du 19ème siècle, est toujours en décrépitude. Le commerce l’a envahit en saccageant ce qui restait de la vielle architecture. La place de l’opéra est magnifique, avec ses riches maisons bien rénovées, peintes de couleurs vives, sa place pavée comme les places portugaises avec des vagues noires et blanches, ses arbres qui abritent des bancs, son opéra bien peint en beige rose avec sa coupole verte et jaune qui fait penser aux coupoles de mosquées turques. L’ensemble est majestueux. L’opéra fonctionne toujours, avec des représentations quotidiennes. L’intérieur est richement décoré.
Il fait bon flâner à l’ombre des arbres.
Nous rentrons à l’hôtel avec le soir.

Le 21.01.2009
Nous retournons vers l’opéra, respirer encore un peu de ce calme hors du temps.
Nous y passons un bon moment.
Nous déjeunons dans un restaurant au kilo avec gril. C’est toujours aussi bon et bon marché. On mange vraiment mieux au Brésil qu’au Venezuela et pour moins cher.
Nous allons à pied sous le soleil dans la ville vers le musée des indiens. Musée fait par les missionnaires sur les indiens d’Amazonie. On peut y voir de beaux objets, mais il manque une belle présentation et des renseignements ethnographiques… Il ne vaut pas le déplacement.
Nous retournons vers l’opéra et nous visitons une superbe galerie qui expose des objets ethnographiques. La galerie est tenue par un couple de Japonais qui vivent au Brésil depuis plus de 40 ans, parlent brésilien, espagnol, anglais. Ils vont chercher eux même les objets qu’ils vendent. Aussi ils savent en parler et conter leur usage par telle ou telle ethnie.
Nous retournons vers le port pour trouver une balade en bateau afin de voir la rencontre du rio Negro et de l’Amazone, avec leurs eaux de couleur différente qui ne se mélangent pas sur des kilomètres. Nous discutons avec plusieurs opérateurs. Nous nous mettons d’accord pour le lendemain matin, pour un tour de 4 heures, pour voir la rencontre des eaux et puis l’autre rive du rio Negro avec sa faune variée.
Tout près il y a le vieux marché. On y vent toutes les herbes médicinales et des souvenirs du coin. Mimi choisit des babioles que nos rapportons à l’hôtel. Sur le retour, nous nous arrêtons boire un jus pour Mimi et une cahipirinha pour moi. C’est une sorte de punch brésilien bien fort et rafraîchissant.

Le 22.01.2009
L’hôtel ne pouvant être payé par carte, il me faut retirer des réals dans un distributeur. Je vais à la gare des cars, mais ne parviens pas à retirer. Le distributeur ne veut pas de ma carte. Je retourne vers la vielle ville et vais de banque en banque. Même réaction des distributeurs, sans que je comprenne la raison. Nous allons dans un magasin de fringues. Mimi en essaye et je paye par carte sans problème !
Nous retournons sur la place de l’opéra. Nous sommes assis sur un banc à l’ombre. Un monsieur barbu vient s’asseoir et nous discutons en espagnol. Juan-Luis est espagnol. Séparé de sa femme depuis trente ans, il est poursuivi par elle et il est venu se réfugier au Brésil avec l’argent qu’il a sauvé. Il a trouvé une Brésilienne de Rio de 29 ans avec qui il va s’installer à plus de 70 ans. Il est plein de vie et plein de projets au Brésil… Ex ingénieur, il est aussi astrologue. Il voit un effondrement du dollar en mai 2010…
Nous allons visiter une autre galerie d’artisanat indien. La vannerie est vraiment superbe !
Nous rentrons en passant par internet.

Le 23.01.2009
Ce matin il pleut sans discontinuer. Nous passons la matinée sur internet. Mauvaise nouvelle : une des filles va perdre son travail car la radio dans laquelle elle travaille ferme pour cause de crise financière…
Nous allons déjeuner dans le meilleur restaurant de la ville, le Buffalo. C’est luxueux. On nous installe à une table. On nous propose un apéritif avec des amuse gueules chauds : frites, oignons frits, manioc frit, fromage frit. C’est très bon. Puis nous allons nous servir d’entrées variées de toutes sortes, jusqu’au suchis. Une multitude de serveurs proposent des viandes grillées. On demande de la viande rouge. On nous en apporte, succulente, jusqu’à plus faim !
Un dessert et l’addition en rapport avec le service et la cuisine, 20 euros par personne.
Retour dans les galeries où l’on achète quelques vanneries transportables. Puis on retourne dans la galerie tenue par les japonais. Mimi choisit une poterie et moi un masque indien. Nous parlons longuement. La patronne nous emballe bien les objets pour le voyage. Au retour j’essaie encore de retirer de l’argent dans un distributeur, sans plus de succès. Nous verrons demain, car il faut que je trouve une solution.
Je commence un livre d’Amin Maalouf : Samarcande. Dès le début, je suis pris par le talent du conteur !

Le 24.01.2009
A l’hôtel, on m’indique un endroit où je pourrais changer les 100 euros qui me restent. Je prends le bus et vais à l’Amazonias shopping. C’est un grand centre commercial Carrefour. Il est vaste et aéré. J’arrive à l’ouverture à 10h. Je demande le bureau de change, personne ne connaît. Aux caisses de Carrefour personne ne comprend ce que je veux. Les distributeurs ne veulent pas de ma carte. On m’indique une agence de voyage, dans la galerie. J’y vais et découvre un guichet de change. Je change mes euros. Le centre commercial n’a rien à envier aux centres français.
Je reprends le bus vers le centre. Je retrouve Mimi au cyber en relation avec ses filles.
On va manger au marché. On y mange dans des gargotes populaires un plat de poisson avec riz, haricots et salade pour 15 réals à deux ! Mimi en profite pour acheter des poudres de guarana et d’açai, deux fortifiants non vendus en France.
Nous allons dans un magasin de CD que j’ai repéré. Je choisis des disques des grands classiques de la bossa nova et de la samba. Mimi en choisit aussi en les écoutant.
Nous faisons une provision de musique brésilienne.
Après un tour dans quelques magasins de fringues, nous prenons un pot en terrasse. En face de nous un vendeur à la sauvette tente de vendre une paire de lunettes à un homme. L’homme hésite. Mimi le regarde et lui fait signe que les lunettes ne lui vont pas. Alors il n’achète pas. Le vendeur regarde Mimi, mécontent. L’homme vient nous remercier. Il m’offre une bière. Il nous montre des photos de sa famille sur son téléphone. Il nous fait de grandes déclarations d’amitié. Nous finissons par partir, tant il est collant.
Retour vers l’hôtel en passant par le cyber. Dans la rue on s’arrête pour manger des brochettes de cœur de pigeon et des chips de banane. Très bon !
A l’hôtel je me replonge dans Samarcande, pendant que Mimi regarde la télé et une télénovella brésilienne, pleine de larmes et de fureur.

Le 25.01.2009
Au lever, nous préparons nos bagages en vue du départ. On rend la chambre et on met les bagages à la bagagerie. Balade au vieux marché puis au nouveau. Le nouveau est grand, avec beaucoup de fruits, de légumes, d’épices. La viande est fraîche et abondante : bœuf et porc mais pas de mouton. Les poissons sont nombreux et de beaucoup d’espèces. Il y a même un pirarocu d’au moins 150 kilos, avec sa gueule énorme et caparaçonnée. Avec ses écailles on fait des limes à ongle naturelles.
On retourne déjeuner au marché dans une gargote. On prend un dernier poisson de l’Amazonie. En contrebas, des gens habitent dans la rue, dans des cabanes de planches et de plastiques. Un homme prend un sceau, met un gant en plastique et savonne le dos de sa compagne qui est en short et soutien george. Puis il lui lave les jambe et enfin les cheveux. Elle se laisse faire tout en fumant une cigarette. Elle ne se rince pas et sèche ainsi au soleil assise sur une vielle chaise de jardin. Au bout d’un moment elle met un tee-shirt et va un peu plus loin parler à un autre sans abris. Une autre femme casse des caissettes pour alimenter le feu sous une marmite sur le trottoir. Elle fait la soupe. Plus loin, des gens ont racheté un lot de poissons, les ont mis à même le trottoir et les vendent à bas prix. Des gens survivent avec peu dans la vielle ville.
De retour à l’hôtel on appelle un taxi pour la gare des cars. On a des billets pour Puerto La Cruz pour 100 réals chacun. Départ à 18h, avant la nuit. On s’installe et on ne tarde pas à dormir !

Le 26.01.2009
Arrêt à la douane le matin. La nuit a vite passé et on a dormi pas trop mal. Nous allons au bureau avec les passeports. Le douanier brésilien nous demande si nous parlons portugais. Après notre réponse négative, il nous parle tant bien que mal en français et en espagnol. Une jeune fille derrière son bureau, nous dit quelques phrases en français. Je lui demande si elle l’a appris au lycée. Non dit-elle, j’ai eu un petit ami français !
Douane vénézuélienne aimable et rapide.
Un bruit sec ! Je pense à un pneu qui a éclaté ou à une branche qui aurait traîné sur la route. Le car s’arrête, le chauffeur descend. Il remonte et le car redémarre. Il s’arrête plus loin, en bord de route, devant un réparateur de pneus. Démonter une roue de car n’et pas chose aisée. Le mécano s’escrime et change la roue. Pendant ce temps, je fais quelques pas. La route enjambe une petite rivière. D’un côté quatre garçons pêchent avec un morceaux de filet, des tétars ou des petits animaux qu’ils mettent dans une bouteille. Ils sont juste en slip, tout bronzés. De l’autre côté la rivière fait un coude qui forme une large baignoire. Une femme se lave les cheveux pendant qu’une demi-douzaine d’enfants se baigne avec des cris joyeux. Par moments ils grimpent sur des arbres et plongent de trois mères de haut. Une fille qui paraît avoir 8 ans est la plus agile. Elle plonge et remonte sans cesse et tee-shirt et en jupe. Le bonheur est simple dans les petits villages loin des villes.
11h30, arrêt buffet. Nous sommes heureux de nous dégourdir les jambes, jusqu’à un restaurant dans la gare routière. Nous prenons un poulet frit. Nous mangeons tranquillement car j’ai demandé quand le car repartait. Le chauffeur portugais m’a répondu 2h30.
Après le repas nous allons vers le car à 12h35. Il n’est plus là ! J’avise un policier, je lui demande le car pour Caracas. Il me répond qu’il est parti, là, maintenant, il y a 5 minutes !
Ce n’est pas possible, sans klaxonner pour prévenir, avec toutes nos affaires dedans !
Nous prenons un taxi en lui expliquant qu’il faut rattraper le car. Le taxi fonce. La route est bonne avec des virages, dans un paysage superbe de collines verdoyantes avec des vallées plantées de palmiers. 140 kms. Le chauffeur me dit que c’est la première fois qu’il va à cette vitesse, d’habitude il va à 100 Kms. Les kilomètres passent et nous voyons enfin le car au loin. En le doublant je lui fais un signe de s’arrêter. Le taxi me dit que le car ne s’arrêtera pas en dehors des points prévus par peur des attaques. Il nous faut aller plus loin là où il y a un contrôle de police qui barre la route et où le car est obligé de s’arrêter. Lorsque nous y arrivons, je paye le taxi 80 bolivars et nous attendons. Le car arrive, s’arrête, ouvre sa porte. Mimi rentre la première en disant sa colère au chauffeur qui semble indifférent. Il finit par formuler une excuse pour le principe. Nous regagnons nos places où sont restées nos affaires…
Forêt de part et d’autre de la route, avec une large saignée pour une ligne à haute tension.
Par endroit des maisons et un entourage défriché. Quelqu’un s’accroche là pour y faire sa vie.
Dans le car réfrigéré, Mimi dort, recouverte par une couverture. Je lis un moment puis la fatigue des soubresauts du car m’endort.

Le 27.01.2009
Il fait nuit et le car s’arrête. Par le rideau écarté je vois : terminal Puerto La Cruz. Il faut descendre. Je descends des affaires. Mimi descend son sac à dos et le pose un peu trop vite ; elle casse une bouteille de cachaça (le rhum brésilien à 5 réals le litre). Malheur, nous avons perdu une bonne bouteille, le sac est parfumé au rhum et parsemé de morceaux de verre !
Mimi y met la main et se coupe… Pansement d’urgence. Pour le sac on verra au bateau…
Par mail nous avions contacté Christian et Danielle d’Evangéline qui sont à la marina Baia Redonda de Puerto la Cruz. Ils nous attendent pour prendre un petit-déjeuner et avoir des renseignements sur notre voyage car ils veulent faire le même bientôt.
Mais il est bien tôt. Nous attendons dans une salle d’attente climatisée. Il y fait trop froid. On sort pour s’installer sur un banc sur un quai de la gare. Le jour se lève. Un couple se réveille sur le banc d’à côté. Mimi mange des biscuit. Puis elle en donne à la femme toute ravie. Elle lui explique qu’elle avait faim, que Dieu le savait et a fait que Mimi lui donne. Le couple est sans abris et vit dans la gare depuis. L’état donne des logement gratuitement ; encore faut-il s’inscrire et attendre qu’il soit construit…
Il est l’heure descente d’aller voir nos amis. Un taxi nous y emmène. Puerto la Cruz est une ville très riche avec beaucoup de pauvreté et de barios. Baia Redonda est une marina moderne, ceinte de hauts murs avec barbelés, un îlot de richesse entouré de barios dangereux.
Je n’aime pas l’atmosphère de vieux retraités riches qui y séjournent, refermés sur leur petit monde.
Christian et Danielle sont réveillés. Nous discutons avec plaisir et leur montrons des photos du voyage. C’est toujours un plaisir de se retrouver. Mais la fatigue du voyage aidant, il est temps de partir. Au passage nous allons à l’agence de José qui n’a toujours pas donné à Mimi son nouveau billet d’avion. Il est prêt. Nous partons rassurés.
Retour au bateau qui nous a sagement attendu. Seul le taud de cockpit a mal supporté les vents. Il était déjà fatigué, il est mort. Un bonjour rapide à Paulo et Nicole et Claude, un repas rapide et une bonne sieste réparatrice.
Le reste de la journée nous rangeons les affaires. Je vide les appareils photo dans l’ordinateur et nous regardons les photos. Celles de Mimi ont plus de personnage, les miennes plus de nature. Elles se complètent.

Le 28.01.2009
Pendant que Mimi range, je vais faire le marché. Mimi a du mal à trier les affaires qu’elle laisse, qu’elle emporte. Le départ approche et elle le redoute. Moi aussi.
Je vais en ville chez le marchand qui avait dit recevoir des disques durs. Il en avait un comme celui dont j’ai besoin ; il l’a vendu et n’en a plus. Il peut en commander. Je lui laisse un acompte, il l’aura dans la quinzaine… en attendant je n’aurai pas mon mac.
Après-midi sans histoire au bateau retrouvé. Nous voyons Emma et Charly qui voulaient acheter un bateau à Bonnaire. Ils y sont allés en avion, mais le bateau était dans un chantier qui n’en a pas pris soin si bien qu’il est ruiné. Ils sont revenus déçus et à la recherche d’un nouveau bateau pas trop cher.

Le 29.01.2009
Je me mets à l’écriture pour le site. Mimi range ses affaires. La journée passe vite, dans le bonheur d’être ensemble. Nous savourons ces derniers instants.

Le 30.01.2009
Ce matin Mimi va en ville avec Emma, pendant que je termine d’écrire. J’écris en regardant les plantes que Mimi a fait pousser : un avocatier, des ananas. Ils ont bien grandi pendant notre absence.
La journée passe vite. Je vais au cyber avec le PC du bord pour mettre le texte sur le site. Ce PC est réglé pour la navigation et la communication avec les instruments de navigation si bien qu’il ne veut pas capter internet. Je ne veux pas changer les réglages de peur de perdre la liaison avec les instruments de navigation et de communication du bord.
Je me sers du PC de Mimi et du wifi de la marina. Par contre je ne peux mettre des photos pour illustrer car je n’ai plus de logiciel pour les traiter et les réduire afin qu’elles se présentent à la bonne dimension tout en s’ouvrant assez rapidement. J’espère que j’aurai vite le disque dur du mac !

Le 31.01.2009
Je vais au marché. Je repense au Brésil en voyant les gens. Ici les femmes sont plus belles et plus apprêtées qu’à Manaus. Les voitures sont de plus grosse cylindrée, plus vielles aussi souvent. Les produits du marché sont aussi beaux. C’est seulement les gens qui cuisinent moins bien au Venezuela.
Avec Mimi on reparle de notre voyage et du plaisir de découvrir d’autres paysages, d’autres gens avec leur façon d’être, de vivre. Quel plaisir de voyager ! Mimi pense déjà au retour, à notre séparation pour un mois et demi et à la crise qui sévit en France. Elle sera plus visible en France, dans le concret de notre vie de chaque jour, alors que pour l’instant nous sommes entre parenthèses, un peu hors du temps dans un pays à moindre niveau de vie…
Dans l’après-midi, Mimi voit du monde sur Octopus. Viviane et Robert sont rentrés de leur séjour en Normandie. Mimi me charge de les inviter à dîner à bord. J’y vais et nous sommes heureux de nous revoir. Nous discutons un moment. Robert transpire à cause de la différence de température entre Cumana et la France gelée. Nous les laissons reprendre possession de leur bateau.
Le soir nous dînons ensemble à bord de Diam Rek. Chacun raconte ce qu’il a fait pendant ce mois et demi écoulé. Nous faisons voir les photos de notre balade dans le Venezuela et au Brésil. Avant la fin la fatigue a raison de nous invités à cause du décalage horaire. Nous sommes bien heureux de nous retrouver.

Le 01.02.2009
Mimi finit de préparer ses affaires. Elle n’a pas la joie de partir des fois précédentes. Elle a du vague à l’âme… Moi aussi car le jour approche.
La journée passe calmement à parler de nos enfants, de ceux qui nous soucient, de ceux pour qui tout va bien… La routine quoi !

Le 02.02.2009
Ce matin, nous voulons visiter une fabrique de cigares réputée à Cumana. Nous le disons à Charly qui nous apprend qu’aujourd’hui c’est jour férié, que tout est fermé. Pourquoi ? Pour fêter dignement les dix ans de pouvoir du président Chavez ? Le président offre à son peuple réjouit un jour de fête chômé et payé. D’ailleurs demain aussi c’est férié. Pourquoi ? Pour fêter le 214 ème anniversaire de la naissance du Grand Maréchal Sucre, dont l’état où est Cumana porte le nom. Pour l’occasion le président Chavez a invité ses amis présidents socialistes d’Amérique du Sud, qui viendront à Cumana pour une joyeuse cérémonie.
Nous téléphonons à la fabrique de cigares et on nous dit que nous pouvons venir. Un taxi nous y amène. Le patron est devant la porte, il nous attend. Il nous fait entrer. Les ateliers sont vides. C’est effectivement férié, mais la vente est ouverte. Mimi achète un coffret pour un ami français. Nous repartons néanmoins frustré de ne pas avoir vu la fabrication…
Dans l’après-midi, Marie Anne à qui j’avais demandé un modèle de clearance de la Martinique, passe m’apporter ce qu’elle a gardé. En discutant, elle dit que nous sommes lundi 2. Je lui réponds que je pense que nous sommes lundi premier. Vérification faite ; elle a raison. Alors Mimi doit prendre l’avion demain et non après-demain comme nous le pensions. Un peu plus et Mimi ratait son avion ! Merci Marie Anne !
Alors Mimi boucle ses affaires puis va faire ses adieux aux amis de la marina.
Le soir nous dînons chez nos amis d’Octopus. Nous passons une bien agréable soirée. Mais il est temps de rejoindre notre bateau et de dormir pour être prêts à 5h30 demain matin.

Le 03.02.2009
L’alarme du téléphone sonne. Vite debout, toilette, petit-déjeuner. Nous allons jusqu’à la porte de la marina ou une voiture doit nous attendre. Rien ! Alors nous allons jusqu’à la rue où un gardien nous aide à arrêter un taxi. A cette heure matinale, les taxis ne sont pas nombreux. Un finit par s’arrêter. Il nous emmène vite par les rues presque désertes à l’aéroport. Nous passons devant une file de cars pleins de manifestants en rouge, qui vont participer à la réception des présidents en l’honneur du Maréchal.
D’ailleurs l’aéroport est décoré avec des portraits du Maréchal Sucre avec les dates de sa naissance et de sa mort. Il y a aussi un portrait peint de Chavez faisant un discours à une tribune !
Mimi va à l’enregistrement. Pour le vol national, Cumana Caracas, elle n’a droit qu’à 20 Kgs, or elle en a 50. Il y a un petit supplément à payer. Mimi a peur que ce soit la même chose pour le vol international…
Après les derniers adieux, Mimi passe le portique de contrôle. Nous restons un moment, séparés ainsi, avant de se quitter. Je repars en taxi.
Arrivé au bateau, je suis vidé, perdu. Je ne sais quoi faire. Je lis et termine le livre d’Amin Maalouf, Samarcande. La première partie est passionnante. La seconde est alourdie par beaucoup d’érudition. L’ensemble est intéressant, sur l’orient et la poésie d’Omar Kayam.
J’essaie d’appeler Mimi, mais son téléphone ne répond pas…
Le soir je regarde un film. Je suis seul dans le bateau et dans le lit.

Le 04.02.2009
Ce matin je débranche les batteries pour les tester. Puis je vais voir Robert qui m’a parlé d’un gros filtre à gasoil qui résoudrait bien mon problème. Il me le montre, nous cherchons sur internet son prix. Affaire conclue. En prenant l’apéro, Viviane me prête une carte de téléphone pour appeler Mimi. Je vais à la cabine ; ça ne répond pas. Je vais dans un centre d’appels. Mimi répond enfin. Bon voyage et pas de problème pour les bagages. Elle a pris le taxi pour rentrer à la maison. Elle est à la maison avec l’une des filles et prépare le dîner pour dîner avec les filles. Je suis heureux de l’entendre.
En début d’après-midi je vais en ville faire des courses. Je trouve une carte de téléphone enfin. Une serrurerie me fait des doubles de clefs du bateau. Je trouve un embout pour le filtre à gasoil qui soit compatible avec mes tuyaux. J’achète de la peinture blanche pour repeindre le pont. Un peu de bouffe et je rentre au bateau.
Le temps de rebrancher les batteries et il fait nuit. Elles sont bonnes. Il en reste une à tester, ce sera pour demain.
Le soir j’écris et je regarde un film. Je pense à Mimi, au froid annoncé sur Paris, à la France, aux enfants. Dans un peu plus d’un mois, je rentre pour un bon mois avant de traverser l’atlantique vers les Açores et l’Europe.

Le 05.02.2009
Dur réveil. J’ai du mal à m’habituer à être de nouveau seul.
Je débranche la 6ème batterie pendant 6 heures. Elle garde la charge.
Je commence à dessiner le plan de mon installation électrique pour comprendre ce qui pourrait ne pas aller. C’est long, mais ce sera utile.
En attendant je vérifie le guindeau : il ne fonctionne pas. Je vérifie, un fil est sectionné par corrosion. Je répare, pourtant le guindeau refuse de fonctionner. Pour l’instant je cale…
J’y passe la journée. En in d’après-midi, robert passe m’inviter à prendre l’apéro et dîner. Pendant le punch, nous discutons de l’entretien, puis de voyage.
Viviane et Robert vont partir demain pour Medersa où ils resteront une semaine. Après quoi, ils repasseront par Cumana, dans l’espoir de régler le différent qui les oppose à Charly qui leur a cassé leur antenne BLU et qui s’estimant non responsable, refuse de payer le montant des dégâts. Le manque de courage d’assumer ses responsabilités n’est pas rare chez une catégorie de marins non assurés, partis depuis longtemps d’Europe et plus ou moins à la dérive, financière et morale.
Viviane reparle des différentes îles des Grenadines, de la Martinique. Elle aimerait vivre dans ces îles et elle en parle avec chaleur. Elle m’incite à réparer vite pour y aller et y faire revenir Mimi pour qu’elle ne rate pas ces îles. J’aimerai aussi y aller. Cependant ma priorité est de préparer le bateau pour un retour en Europe. Puis-je mieux le préparer à Cumana ou au Marin en Martinique ? Choix difficile.
Viviane a préparé des courgettes, poivrons, tomates farcis selon une recette de Mimi.
Nous passons une bien agréable soirée. Je rentre pas trop tard.

Le 06.02.2009
Réveillé tôt, je constate que le courant du quai n’arrive plus au bateau. Quelqu’un a dû se prendre le pied dans les fils. Je répare la connection et le courant est rétabli.
Je finis le plan électrique du bateau. J’en déduis la position des coupes circuits qui isolent les groupes de batteries. C’est différent de ce que je pensais.
Pour l’instant je ne vois pas d’aberration dans les branchements. Paulo me conseille de vérifier le comportement de chaque batterie à l’effort. Car si une batterie est presque morte, elle peut tenir la charge, mais ne résiste pas à l’effort. Je vais vérifier.
Je fixe le nouveau décanteur à gasoil. Viviane vient me demander de les aider pour larguer les amarres. Un moment et Octopus manœuvre facilement avec moteur et propulseur d’étrave. Je le regarde quitter le port. Ca ma peine de le voir partir. J’aimerai être en état de partir aussi et de voyager de concert… Pour l’instant il me reste à faire pour être prêt…
Après déjeuner, j’installe le gros filtre décanteur à gasoil. Je lui choisis une place pour pouvoir intervenir facilement du côté le plus facilement ouvrable. Une fois installé, je remplis le filtre. Je n’arrive pas à le remplir tout à fait, il reste un peu d’air. La pompe manuelle semble fonctionner de façon aléatoire. Je démarre le moteur. Il démarre et s’étouffe. Je recommence avec le même résultat. Il reste de l’air dans le circuit. J’ai beau purger, le moteur cale.
Je vois Claude. Je lui dis l’état des choses. Il va passer dans une heure. Lorsqu’il passe, il essaie de purger et de démarrer. Il conclue à une prise d’air. Probablement de la pompe à main. J’irai en acheter une lundi chez le ship.
Dimanche Claude fait son premier charter à la journée. Il emmène une douzaine de passager à quelques miles sur une plage. 80 bolivars par personne, bonne journée.
Maintenant il prépare son bateau. Lundi il aura du temps et il viendra à bord. Je lui parle du guindeau et de l’autonomie électrique. Il verra lundi. Super.
Le soir je regarde un film, seul dans mon carré, après avoir regardé les mails dont un de Mimi.

Le 07.02.2009
Réveillé tôt, je me lève sans courage. Je pense attaquer les points de rouille qui font un mauvais effet sur le pont. Je n’arrive pas à m’y mettre. Je regarde les cartes marines, pour aller au nord des Antilles, puis déboucher vers l’Atlantique. Je regarde les Açores, puis la France et le Portugal. Je me ravise et regarde la côte américaine, jusqu’à Québec. Québec en bateau, ça me fait rêver. Les cartes, c’est magique, ça fait rêver, ça attire puissamment !
Bon, ce n’est pas tout ça, la rouille m’attend. A plus tard !
Je prends marteau et tourne-visse et je frappe aux endroits rouillés. Les attaques de rouilles sont superficielles ; elles reviennent toujours aux mêmes endroits, là où il y a soudure entre acier et inox, aux soudures d’accastillages sur le pont. Et puis il y a quelques cloques où la peinture n’a pas accroché. Il y a de l’humidité dessous, mais le métal n’est pas attaqué…
J’y passe la matinée. Paulo, dont le bateau est en face et qui fait la même chose depuis quinze jours, vient me donner des conseils judicieux. Il me demande le guide touristique du Venezuela pour repérer des détails avant de partir dans une semaine faire un tour dans l’embouchure de l’Orénoque, territoire des indiens Waraos.
Claude aussi vient discuter et me donner des conseils. Lui prépare son day-charter de demain.
Je continue l’après-midi. Emma me voyant travailler au soleil, me conseille de mettre une casquette. Je me passe alors la main sur la tête et je sens le coup de soleil. Trop tard ! Mais je mets quand même une casquette pour ne pas aggraver mon cas.
J’arrête pour traiter les endroits où j’ai enlevé la rouille. Je passe une brosse métallique électrique pour enlever encore plus de trace de rouille. Enfin je passe de l’acide phosphorique pour finir de décaper et pour passiver le métal.
J’en ai plein les bottes pour aujourd’hui. J’ai mal au dos de travailler dans des positions toujours courbées et souvent à genoux. C’est ça aussi ce que l’on appelle la plaisance !

Le 08.02.2009
Les premiers clients de Claude arrivent sur le ponton, bruyants comme des Vénézuéliens. Les femmes sont court vêtues avec le maillot de bain en dessous.
Les premiers montent dans le cockipt et sortent la crème solaire pour s’en tartiner.
Le départ était prévu à 9h. Finalement il se fera à 10h par un beau soleil. J’aide à larguer les amarres et je prends des photos du voilier surchargé de touristes, tous Vénézuéliens, heureux d’aller passer la journée à la plage à trois milles avec ce qu’il faut pour faire un barbecue et boire coca et bière.
Je vais au marché refaire le plein de fruits, légumes et un peu de poisson.
De retour, je fais une ratatouille et un poisson excellent, le foutre, que Mimi aime tant.
J’ai envie de l’appeler pour qu’elle passe à table en ma compagnie…
Je n’ai pas beaucoup de courage pour attaquer la rouille.
Je finis « Fortune de mer » d’Olivier de Kersauson. Je l’ai lu avec intérêt. Je n’apprécie pas plus le personnage avant qu’après… Par contre Kersauson et son partenaire écrivain savent de quoi ils parlent lorsqu’ils parlent mer et bateau !
Je me mets enfin à repasser de l’acide phosphorique sur les parties dérouillées. Puis je lave à grande eau et à l’éponge. Une fois sec, je passe une peinture d’apprêt époxy.
Le soir j’écoute de la musique lorsque je vois le bateau de Claude rentrer. Il fait une manœuvre. Je crois qu’il vient se repositionner à côté de Diam Rek. Non il semble en difficulté. Il veut se mettre à couple du thonier. Je monte à bord du thonier pour l’amarrer. Quelqu’un me passe un bout non amarré au voilier. Claude vient l’amarrer, mais l’arrière part déjà, il faut larguer. Claude mouille plus loin, dans le port.
Il a des ennuis de gasoil qui contient de l’eau… Il est rentré poussivement et purgeant maintes fois. Il nettoie son filtre, relève l’ancre et vient se replacer à côté de Diam Rek.
Je l’aide à marrer. Les passagers sont contents, ils ont eu de l’imprévu en plus.
Je continue de dîner, ensuite je regarde un film et j’écoute de la musique avant de dormir.

Le 09.02.2009
J’attends Claude qui doit venir m’aider pour le guindeau, l’autonomie électrique et la prise d’air moteur. Je le vois apparaître dans son cockpit. Il me demande si j’ai acheté la pompe à main d’amorçage pour le gasoil. Alors je vais au centre ville. Le ship en a, évidemment car les pêcheurs s’en servent…
Je reviens, je remplace la pompe, je coupe un bout de tuyau d’arrivée qui avait une petite fente responsable de la prise d’air. Je purge le circuit et le moteur démarre !
Je laisse chauffer, tout va bien.
Je demande à Claude quand il peut voir mon guindeau ? Il attend une confirmation pour un charter d’une semaine aux Roques. Et puis ses copains sont venus… Alors il passera en fin d’après-midi.
Moi, je me remets à la chasse à la rouille. Marteau et pointeau. Par endroit la rouille est à peine installée, encore en fleur. Par contre, il y a quelques endroits où elle travaille sournoisement depuis plus longtemps et l’acier est attaqué parfois sur un millimètre. Vu l’épaisseur de la coque, ce n’est pas grave. Je tape et les feuilles de rouille sautent.
J’y passe la journée.
En fin d’après-midi, je vais discuter avec Emma et Charly. Soudain depuis leur bateau, je vois le bateau de Claude, avec ses défenses remontées sur le quai, qui rague contre le ponton. Et Claude qui est parti faire des courses. Je vais au bateau, suivi de Charly. A deux, on écarte le bateau, malgré le vent soutenu et on introduit les défenses entre la coque et le ponton. C’est bien, mais c’est tard, car la coque qui a du raguer un bout de temps est râpée sur une bonne longueur et carrément à vif à un endroit où l’on voit la fibre de verre. Claude arrive, constate les dégâts et dit qu’il n’a plus qu’à mastiquer et peindre…

Le 10.02 .2009
Ce matin je ponce les endroits où j’ai enlevé la rouille, pour mettre la tôle à blanc.
C’est long et fastidieux. Malgré cela, c’est aussi plaisant de revoir la tôle blanche, saine.
Le ciel est gris mais il ne pleut pas.
Je passe la brosse métallique électrique, puis de l’acide phosphorique. Pourtant les nuages sont de plus en plus sombres. Il fallait s’y attendre, il pleut.
Je rentre faire la cuisine en écoutant de la musique.
L’après-midi est pluvieuse, je reste dans le carré. Claude qui avait dit qu’il passerait…
Lorsqu’il a fini de pleuvoir, je passe le jet d’eau et la brosse sur le pont du bateau.
Claude est avec son client qui le loue pour une semaine aux Roques en partant vendredi.
Lorsque son client est parti, je lui rappelle mon guindeau. Il regarde et traite de con celui qui l’a installé sans respecter les règles… A chaque fois qu’un intervenant regarde quelque chose sur un bateau, c’est la même chanson…
Il teste le disjoncteur et le relais. Le disjoncteur est mort, mais il en a un en réserve ; il faut qu’il le cherche…
On reste un bon moment à refaire le monde. Lui est sur plusieurs projets et se voit déjà riche au Venezuela. En effet il semble que ça commence bien pour lui, que son réseau de relations est efficace et que les clients arrivent. Et puis ici les contraintes sont faibles, les impôts aussi… Chacun a ses tentations de poser ses valises ici ou ailleurs et de tenter une nouvelle vie…

Le 11.02.2009
Ce matin le courage me manque, Claude se prépare à aller à Puerto la Cruz avec son ami Gabriel pour acheter des filtres à gasoil pour son bateau. Je lui donne celui de mon bateau pour qu’il m’en achète.
Je me mets malgré les nuages à nettoyer les endroits décapés la veille. Je nettoie l’acide à l’eau, puis après avoir séché, je peints une première couche d’époxy.
Avant de déjeuner, je vais sur internet. Jean Michel me signale que le site de Diam Rek n’est pas à jour. Pourtant je l’ai mis à jour la veille. Je vérifie avec Firefox et je vois le texte à jour. Je vérifie avec Internet Explorer et bizarrement le texte s’arrête au 04.02.
Il doit y avoir un problème de compatibilité. Je tente d’y remédier, sans succès. Et puis la liaison wifi s’interrompt, tant et si bien que le texte disparaît sur le site…
Je passe l’après-midi à démonter les boiseries du cockpit et les winchs, pour enlever la rouille qui s’est installée dessous. Je constate qu’elle a gagné aux endroits où il y a eu des nouvelles installations de matériel depuis 2005. A ces endroits les installations de winchs, du portique, des cadènes, les installateurs ont percé, soudé, et n’ont pas protégé la tôle avant de peindre. La mer n’a pas tardé à apporter la rouille… Encore du travail mal fait…
Je passe toute l’après-midi et j’arrête avec le passage de l’acide sur le côté tribord. Il reste le côté bâbord pour demain, puis les nombreuses couches d’époxy sur les endroits dérouillés. J’ai encore de quoi m’occuper un moment.
Le soir je reviens sur le site et mes interventions font si bien que le texte n’apparaît plus malgré mes efforts… Sans que j’en comprenne la raison. Parfois l’informatique est bien contrariante !
Je reçois un mail de Mimi qui commence à regretter la vente du bateau et la vie à bord… Juste au moment où je reçois le premier mail d’une personne voulant visiter le bateau lors de son passage en Martinique début mars. Pas de chance, je serai au Venezuela…

Le 12.02.2009
La dépression qui apporte les vents polaires jusque Miami où il fait –3° et Cuba où il fait 3°, se ressent ici depuis trois jours. La nuit il fait plus frais, 19°, le ciel est nuageux. Ce matin il pleut. Après avoir parlé avec Nicole de mon absence de papiers d’entrée au Venezuela pour le bateau, consécutive à notre tentative d’allée à Grenade, je vois Alexis. Je lui explique de nouveau la situation et il me demande 700 bolivars, après marchandage, pour une entrée. Il faut graisser la patte du fonctionnaire qui tient le registre des présence dans les ports, pour qu’il me porte sortant puis rentrant…
Je discute avec Paulo qui me dit qu’ici il y a intérêt à être en règle. Bon je finis par me décider. Je vais voir Alexis avec mes papiers du bateau. Il me fera les papiers d’entrée en règle et je serai tranquille jusqu’à ma sortie…
Entre deux crachins, je passe une couche d’époxy sur les parties dérouillée nues.
Claude revient du centre ville où il est allé chercher des filtres à gasoil pour lui et pour moi. Il a trouvé des filtres qui pourraient convenir. J’essaie, c’est OK. Super, il m’en a pris cinq, tout va bien pour un moment.
En fin d’après-midi je vois sur le ponton Eve et Michel. Ils arrivent en bateau de Medregal où ils sont revenus il y a quelques jours d’un périple de 5 mois en car sac à dos en Amérique du sud. Brésil, Argentine, Bolivie, Clili, Colombie… Ils reviennent enchantés par leur voyage. Partout bien accueillis, souvent chez l’habitant. Tout s’est bien passé. Nous continuons la conversation dans leur cockpit. Je leur demande quelle est la suite ? Bonaire, les San Blas et Panama. Donc pour traverser ? Alors Eve commence à parler de son mal de mer permanent, de son inconfort en mer, du rôle restreint à bord, de sa perte d’indépendance. Par certains aspects, je crois entendre Mimi. Dont ils me demandent des nouvelles. Je leur explique notre décision de continuer le voyage sac au dos. Michel ne se voit pas renoncer au bateau pour l’instant, Eve ne veut pas le priver de son rêve, mais elle ne se voit pas vivre ainsi…
Une fois de plus se pose cette question !!!
Je termine la soirée seul à bord.

Le 13.02.2009
Des nuages encore et davantage d’éclaircies. J’enlève la rouille dans le cockpit. J’y passe la matinée. Pendant ce temps les clients belges de Claude sont arrivés su bateau. Mais vu le temps, Claude préfère ne pas partir aujourd’hui. Les clients restent au bateau en discutant…
L’après-midi, je regarde le ciel, les nuages gris sombre sont au loin. J’ai le temps de passer une couche d’époxy sur les parties dérouillées. Avant j’ai passé l’aspirateur pour enlever tous les éclats de rouille et de peinture que le vent soulève.
Puis je répare l’éclairage du compas de barre. L’ampoule avait grillé. Je n’en ai pas trouvé de semblable, je la remplace par deux leds. Ca va éclairer autant et consommer bien moins.
Je vois Octopus qui rentre dans le port. Il n’y a pas de place au ponton où je suis, il va s’amarrer sur le môle nord. Nous allons pouvoir nous revoir. Ils me donneront les dernières nouvelles de Medregal.
Nous allons prendre un pot ensemble au café de la marina. Pas de bière, pas d’alcool depuis ce vendredi midi jusqu’au lundi 14h : c’est la loi pour les week-ends d’élection. Or dimanche il y a le referendum pour amender la constitution.
En buvant un batido, j’apprends les dernières nouvelles, dont une peu réjouissante.
Cette semaine des amis de Loïc, avaient jeté l’ancre dans Laguna Grande. Pendant la nuit, ils entendent du bruit à l’arrière du bateau. Des jeunes sont montés et ont dérobé des objets sur l’arrière du cockpit. L’occupant du bateau sort et les voleurs tirent en s’en allant. Ils ratent le navigateur, la balle troue la capote de la descente !
Le golfe réputé sûr, peut s’avérer dangereux… hélas ! C’est si beau Laguna Grande.
Avec Mimi nous avions tellement aimé le paysage et ce calme troublé seulement par les cris des oiseaux et les sauts des poissons…

Le 14.02.2009
C’est la Saint Valentin. J’envoie un mail à Mimi et je ne tarde pas à en recevoir un d’elle.
Je vais au marché pour refaire un peu d’approvisionnement frais. Il y a beaucoup de monde au marché. Des queues encore plus longues que d’habitude pour les banques. 0 l’angle du marché la queue pour la caisse d’épargne, tourne l’angle de la rue et s’étend sur plus de 150 mètres. Et chacun attend patiemment. Aujourd’hui la police est plus visible, avant les élections.
Puis je me remets au bricolage. Je retourne sur le guindeau pour bien nettoyer les cosses. Je démonte les fils qui vont au relais. Une borne est si corrodée qu’elle me reste dans les mains. Je démonte aussi le disjoncteur qui est cassé et je vais voir Paulo. Pas de chance, il n’en a pas à bord. Il pense que j’ai une chance de trouver ça à Cumana ou à Puerto La Cruz. Nous verrons.
L’après-midi je bricole encore. Robert passe m’emprunter un convertisseur de prise pour son ordinateur et m’invite au café. Lorsque je vais le retrouver, je rencontre Charly, tout bronzé. Je le croyais au Brésil alors qu’en fait il est tombé en panne de moteur vers les Testigos, aussi a-t-il pris la direction de la Martinique pour réparer. Là-bas il lui a fallu commander les pièces, les attendre, puis faire réparer : trois mois ont été nécessaires. Et le voilà à Cumana. Il e sera pour demain.
Je retrouve Robert et Viviane qui sont sur internet. Après un batido, nous allons à leur bord boire un ti’punch. Viviane reparle des Antilles où ils vont aller. Ils aimeraient que je les accompagne, moi aussi. Mais je ne suis pas prêt. J’ai le bateau à préparer avant mon départ dans un mois. Nous passons un bon moment ensemble. Viviane espère que Mimi reviendra pour visiter les Antilles qu’elle aime tant. J’aimerai bien aussi…

Le 15.02.2009
Pas un mouvement dans la marina ; Les lanchas ne sortent pas. Les gens vont voter et passer la journée en famille en la terminant devant la télévision. Si la majorité vote oui, je suppose qu’il y aura des feux d’artifice…
Je me penche de nouveau sur le moteur. Avec le nouveau filtre fin à gasoil, je purge longuement et le moteur démarre. Je le laisse monter en température en enclanchant la marche arrière. Il tourne rond et l’alternateur charge la batterie. Parfait.
Je passe alors au moteur hors-bord. Je démonte pour le énième fois le carburateur. Je le nettoie avec soin. Je le remonte. Le moteur démarre, mais le carburateur fuit. Je redémonte, renetoie et remonte en faisant bien attention au joint. Je moteur tourne sans fuite.
En milieu d’après-midi j’en ai assez, d’être seul dans cette marina extraordinairement calme.
Je vais voir Zuly et sa chienne Tormenta. Nous passons un moment à discuter en buvant un café. La chienne est câline et vient se faire caresser sans se lasser.
Puis je passe voir Charly à bord de Champagne, mais il est absent. Je vais dans le centre commercial pour avoir internet. Pas de chance tout est fermé et les réseaux wifi sont coupés…
Je rentre au bateau. Robert et Viviane passent m’inviter à dîner avant leur départ demain au petit jour. Je les accompagne à bord d’Octopus, heureux de leur compagnie. Nous passons une bien agréable soirée à parler bateau et voyage. Je les laisse se reposer pour partir tôt demain.
Sur le ponton j’entends des pétards et des avertisseurs de voiture. En approchant de la route, je vois des camions couverts de personnes avec drapeaux rouges, des voitures aussi circulent et manifestent avec bannières au vent. Le oui au referendum a du l’emporter. Je demande au gardien les résultats. Il écoute la radio. Il confirme que le oui l’emporte avec plus de 1,5 million de voix d’avance ! Le président pourra se représenter sans limite de nombre de mandats. Il y a un an au même referendum, le non l’emportait avec 60% des voix…

Le 16.02.2009

Lendemain de fête électorale, le silence règne. Je vérifie sur internet les informations : l’ampleur du succès est certaine. Chavez est un bon stratège!
Je vais en ville à la recherche des deux pièces à changer sur le circuit du guindeau. Peine perdue, rien ne ressemble à ça dans leur stock ! Bon j’achèterai en France. A moins que le gardien ne trouve. Il pense avoir une piste sur un bateau vénéuélien. Affaire à suivre.
Octopus est parti ce matin de bonne heure. La VHF m’apprend que d’autres bateaux amis de Paulo arrivent.
Un Maramu vient se mettre à mon bâbord. Je l’aide à s’amarrer. Voilà de nouveaux voisins, charmants d’après Paulo et Nicole. Ils viennent de Puerto La Cruz.                                                                                                                                           

Un grain très sombre se rapproche vite et il pleut à verse. Et ça dure. J’ai le temps de regarder un film superbe « Le patient anglais ». Avant la tombée de la nuit, je vais voir Charly, sur Champagne. Surprise, il n’est pas seul. Il est avec deux jeunes vénézuéliennes dont une avec un bébé. Elles sont venues déjeuner, puis sont restées faire la conversation. L’une va lui nettoyer le bateau moyennant finance. Nous discutons un moment, puis elles partent. Elles reviendront demain peut-être pour déjeuner. Charly a une jeune compagnie. Il espère plus, mais avec leur sourire espiègle elles partent en ayant mangé à l’œil et sans donner que des sourires. Celle qui a un bébé de trois mois demande des sous pour les couches. Charly lui donne quelque chose… Je rentre à bord dîner et me reposer, malgré une journée, bien improductive. J’ai reçu un mail d’une équipière possible grâce à Sail The World. Elle a déjà navigué 7 ans sur son propre bateau, d’Asie en Europe. Elle a donc beaucoup d’expérience. Elle à 45 ans, elle est aux USA. Nous allons voir ce qui serait possible.

Le 17.02.2009

Beau temps, sans vent, calme plat. Bon pour la peinture ! En inspectant le bateau, je découvre encore quelques endroits où la peinture cloque. Je crève, je décape et peint à l’époxy. J’en repasse une couche sur les précédents endroits. L’après-midi, une nouvelle couche. Carlos, l’ami bavard de Claude, qu’il a aidé pour lui faire réparer la capote et refaire des coussins par un tapissier sérieux et rapide, passe me voir. Je lui avais dit que j’étais intéressé pour faire un taud neuf. Nous allons en ville, avec sa voiture. J’ai pris le disque dur du mac. Il connaît un endroit. Le magasin est fermé. Il frappe et on lui ouvre. Une femme regarde le disque et pense pouvoir le trouver vite. Elle appellera demain. Super. J’ai pris aussi les pièces du circuit du guindeau. Nous allons chez un réparateur de bateau. Il ausculte les pièces, il ne les a pas et ne peut les trouver, mais il peut les fabriquer. On repassera demain et il nous dira son prix. Bien. Nous passons chez le tapissier. Il est occupé, mais on peut repasser la semaine prochaine et il aura du temps. Nous verrons. En route, on voit un attroupement au bord du trottoir. Une femme boxe un homme qui a le visage en sang. Les curieux sont en retrait d’un mètre, parmi eux il y a un policier qui laisse faire. Probablement une femme jalouse qui a surpris son mari avec une autre… L’autre en question a intérêt à se méfier !

Le 18.02.2009

Aujourd’hui nous sommes mercredi. Samedi commence le carnaval pour quatre jours. Ca se passe tout près de la marina. Ca promet ! En attendant, je viens de faire un choix entre plusieurs propositions d’agences pour mes billets Cumana Paris et retour. Je vais partir le 10 mars pour repartir le 30 avril. Le total des billets est de 465 euros, avec l’effet de change. Bon tarif. Je me remets à la peinture, aux couches protectrices là où j’ai enlevé la rouille. 6 couches au total. Après je vais commencer la peinture au caoutchouc chloré, sur les mêmes endroits, puis ce sera la peinture totale du pont. Je commence le démontage et le nettoyage des winchs. Il y en a dix sur le bateau. Dans l’après-midi, Carlos repasse. Nous allons chez celui qui pourrait fabriquer les pièces de guindeau, mais il est absent. Il me ramène à la marina ; nous y retournerons demain matin… De retour je vois Gina et Piotr de Pedroma. Ils ont passe deux semaines de vacances avec un de leurs enfants et sa petite famille. Je leur raconte notre balade au Salto Angel et à Manaus. Ca leur rappelle des souvenirs. Je rentre au bateau heureux de les avoir revus, mais avec le sentiment de ne pas avancer assez vite sur la question de l’autonomie électrique et du guindeau…
La musique s’entend claire et fort. Elle vient de la salle de spectacle en bord de plage. Il y a un concert ou une préparation du carnaval. Elle dure jusque vers trois heures du matin.

Le 19.02.2009

Matinée calme à préparer la couche de caoutchouc chloré sur le pont.
Je reçois par mail les billets électroniques pour mon voyage en France. Maintenant il faut que je fasse la demande de virement. Pour ça je vais au cyber pour scanner ma demande et l’envoyer par mail à mon chargé de compte. J’aimerai bien faire par la même occasion une demande de virement pour celui qui me change des euros en bolivars, mais son téléphone est sur répondeur…

Carlos qui devait passer, ne vient pas. Je vais au cyber. Au retour je passe voir Charly à bord de Champagne.
Une jeune fille avec son bébé part après avoir fait lessive et repassage. Nous discutons et soudain il me dit qu’il a rendez-vous avec son changeur à la porte de la marina. C’est le frère de celui qui me fait le change. Je lui explique que son frère ne répond pas et que je veux lui faire un virement pour avoir des bolivars. C’est OK avec un change de 6,5 bolivars pour un euro. Super, le double du change officiel !
Je retourne au cyber faire ma demande de virement. Dans une semaine je devrai avoir l’argent. Charly sort ce soir pour trouver une amoureuse de passage.
Je rentre au bateau. Je finis « Dames de nage » de Bernard Giraudeau. Le style est souvent compliqué ; le récit est plein de vie, de sensualité, d’humanité. Je commence « La douleur du dollar » de Zoé Valdès, une écrivaine cubaine. Retour à Cuba, à la Havane avec une truculence proche de celle de Gutierez. C’est plaisant à lire, mais le fond est triste et sombre, le tableau d’un peuple abruti par une dictature qui peu à peu plonge dans l’absurde…
Pendant ce temps la musique qui précède le carnaval, retentit dans la nuit…

Le 20.02.2009

Craignant que tout soit fermé pendant quatre jours, la durée du carnaval, je vais faire le marché. Je ne suis pas le seul à avoir pensé la même chose car il y a beaucoup de monde. La queue devant les banques est délirante. Renseignement pris, les pensions sont versées le 20 de chaque mois ; les gens viennent les toucher en espèces puisque la plupart n’ont ni carte ni chéquier. Alors la queue peut durer des heures…
De retour, je fais la cuisine.
L’après-midi, je nettoie des winches, en évitant de salir le pont avant de peindre. Il faudra quand même que je nettoie à la lessive.
Charly vient me rapporter « Les routes de grandes croisières ». Il me raconte ses aventures d’hier soir dans les bars à filles… sans filles ce soir là. Ce matin il a eu la visite de la fille qui lui fait la lessive avec deux de ses copines qui venaient déjeuner aussi… sans autre contre partie que leur sourire… Ah! Le Venezuela, ça ne semble pas aussi facile que le Sénégal pour les retraités en mal de jeunesses.
Dès quatre heures, j’entends la musique sur le boulevard de bord de mer. Je vais voir Zuly qui est vénézuélienne pour en savoir plus sur le déroulement du carnaval. Pas de chance elle n’aime pas la foule et elle ne peut rien m ‘en dire. Je prends un café puis je rentre à bord de Diam Rek. Demain après-midi, j’irai voir et prendre des photos en espérant ne pas me faire dépouiller…
                                                                                                                                                                
Le 21.02.2009

Réveillé dans la nuit, je pense à ce que j’ai à faire sur le bateau.
Le matin, je débranche la prise de quai. Je branche panneaux solaires et éolienne sur le parc batterie et j’isole les servitudes pour voir à quelle vitesse elles vont se décharger à l’usage, sans aucune entrée de courant.
Puis je passe la première couche de caoutchouc chloré aux endroits dérouillés et déjà peints à l’époxy. Le caoutchouc chloré sèche très vite au toucher, mais n’est recouvrable qu’après 18 heures.
L’après-midi, je passe voir Charly. Il pense aller voir le carnaval aujourd’hui ici puis lundi et mardi à Margarita.
Il m’y invite. Je ne pense pas que les travaux sur le bateau me le permettront.
Il va faire des courses et je vais vers 16h le long de l’avenue « perimetral ». La brise est fraîche et le golfe est parsemé de moutons. Je longe côté mer. J’arrive au lieu d’exposition ; il y a toujours la maquette du satellite que le Venezuela a fait mettre sur orbite il y a deux mois. Aux dernières nouvelles il fonctionne de temps en temps, puis ne répond plus. On le répare depuis la terre. Sur un panneau il est marqué : souveraineté en orbite.
Les gens affluent le long de l’avenue. Ils sont habillés de façon ordinaire, mais quelques-uns uns ont des déguisements sur la tête, fausses chevelures colorées, cornes, chapeaux, les femmes surtout.
Ce sont les jeunes enfants qui sont souvent déguisés. Une belle fée bleue est sur les épaules de son papa. Un indien avec son arc suit sa maman.
Il y a un podium couvert, avec des murs de baffles qui diffusent une musique intense, du regeton. Un présentateur, cite parfois le « comandante », Chavez, la révolution bolivarienne. Il mobilise l’esprit des gens qui sont plutôt à la fête. Beaucoup de personnes vendent des boissons, des empanadas, des bonbons, des glaces, des ballons, des singes en peluche… Le commerce informel s’adapte à toutes les circonstances.
Le premier char arrive. Les motards le précèdent. Ils sont avec tenue camouflée, gilets pare-balles, bottes blindées et gros pistolets. Il y a aussi une multitude de jeunes en tenue d’aide policier qui font reculer les gens pour que les chars puissent passer. Cette après-midi, ce sont les écoles et les centres de formation qui défilent. Il y a les maternelles avec de petits indiens, de petits poissons, de petites contesses qui dansent au son de leurs musiciens. Les habits sont jolis, mais pas riches. Les décors sont assez frustes, on dirait des travaux de fin d’année des écoles. Des mamans encadrent les enfants. Il y a de petites danseuses qui sortent du lot par leur grâce et leur agilité pour danser.
Moi qui rêvais de femmes habillées de plumes, comme les images du carnaval de Rio, je ne vois que des petites filles dont quelques-unes unes portent des plumes… L’esprit est bon enfant, on dirait une kermesse de patronage. C’est un rassemblement des habitants qui viennent voir leurs enfants avec leur école…
Peut être demain sera-t-il plus excitant ?
Je rentre au bateau dîner et regarder un film, tout en continuant à surveiller la décharge des batteries qui tiennent fort bien. Je note régulièrement la mesure de leur charge.

Le 22.02.2009

Ce matin les batteries sont très légèrement déchargées. Elles résistent à 24 heures d’usage sans apport extérieur. Finalement je n’ai fait que changer le branchement des batteries de services et d’isoler les batteries moteur et guindeau. A la place de brancher les batteries en parallèle et de brancher le plus et le moins dernière au circuit, j’ai branché le plus de la première et le moins de la quatrième. Si bien que le courant est pris ou apporté dans toutes en même temps et pas seulement ou presque dans la première.
Je passe la matinée à peindre une couche supplémentaire sur les parties dérouillées. Je vais préparer le pont pour une peinture générale dans deux ou trois jours. Vers 17h, je vais voir le défilé du carnaval. Il y a encore beaucoup de monde.
Les policiers sont nombreux, on n’a pas le sentiment de risquer de se faire dépouiller. Ce sont encore surtout des jeunes qui défilent avec leur groupe éducatif. L’ambiance est toujours bonne enfant. Les vendeurs de boissons et de broutilles sont très occupés. Il y a aussi des récupérateurs de canettes vides qui vont revendre leur récolte au poids de l’alu… Bon il n’y a pas de quoi attirer les touristes avec ce genre de défilé. Demain j’essaierai le défilé du soir. Peut être me fera-t-il rêver. Le défilé de ce soir a été troublé par la pluie, une bonne heure, ensuite la musique a continué.

Le 23.02.2009

Au petit déjeuner, je prends de la confiture de pomme cajou, faite par Mimi au Sénégal, dans le Sine Saloum, avec les fruits de Théophile. Faites dans un continent, je les mange dans un autre, alors que Mimi est dans un troisième. Ces temps-ci, l’aloes vera fleurit ; il a été mis en pot à Dakar et transporté jusqu’à maintenant tantôt sur le pont, tantôt en cabine ; il a fait des rejetons donnés à d’autres bateaux… Le ciel est gris, peu sûr pour une nouvelle couche de peinture. Charly est parti ce matin voir le reste du carnaval dans l’île de Margarita. Il tombe quelques gouttes et le ciel est gris. Je me penche sur l’intérieur. Maxsea fonctionne et le GPS se reporte bien sur la carte. Par contre l’AIS ne fonctionne pas. Je passe un bon moment sur son circuit électrique sans trouver le remède… Je le démonte pour constater que le ruban d’alimentation informatique interne est cramé. Il doit donc retourner à l’usine. Merci Médée électronique ! Un matériel sûr, fiable, simple m’a-t-on dit avant de me l’installer ! Le fusible installé par eux n’a pas fondu, c’est le câble de l’appareil qui a fondu ! Le soir j’entends la musique du carnaval, amis je n’y vais pas. J’écoute de la musique et je me plonge dans mon bouquin «  La douleur du dollar ».

Le 24.02.2008

Beau temps ensoleillé pour peindre et bronzer en même temps. J’y passe la matinée. Maintenant que Mimi n’est plus là avec ses petits plats, il faut que je me cuisine ce que je veux manger. Une courte sieste et je finis le livre de Zoé Valdez, « La douleur du Dollar ». Le bouquin est très drôle, tragi-comique et loufoque en même temps. Ca décrit bien cette ambiance surréaliste de ce régime en vin de vie, qui ne fait que se survivre en usant sa population par les privations, la propagande, les contradictions. Décidément, j’aimerai voir Cuba et ça me fait peur. Des gens si charmants et un régime si absurde ! La musique du Carnaval s’entend dans la marina. La musique que l’on entend ici est principalement du Regeton, de la soupe électronique, bien loin des traditions d’Amérique latine. Il faut dire qu’ici la population indienne est faible et que la seule musique traditionnelle vénézuélienne est la musique llanera, celle des gauchos dans les vastes plaines, avec des paroles d’amour de la femme aimée, de sa terre, de la nature, du pays. Le troisième âge l’écoute encore, les jeunes préfèrent le regeton. Alors la musique du carnaval c’est ça. Ca et puis les bandas qui accompagnent chaque char, chaque comparsa. Les bandas sont essentiellement des percussions de toutes sortes, et quelques cuivres, genre harmonie municipale… Sur le coup des 17h, je vais voir le défilé du Carnaval. Pas de surprise, c’est le même depuis 4 jours ! Mais cette fois ci c’est le dernier jour. Enrique Maestre, le gouverneur, est annonçé. En effet il est dans le défilé, en jean et blouson avec sa casquette rouge. Il embrasse des gens. Il prend un petite fille dans ses bras, la jette en l’air, la rattrape et la couvre de baisers. Il embrasse d’autres enfants puis monte à la tribune. Le voilà parti dans un discours louant le carnaval de Carupano et celui de Cumana les deux plus beaux du Venezuela, les deux villes étant dans son état de Sucre ! Un char passe en l’honneur de la paix entre les peuples. Il loue la paix, le pays qui est en paix depuis 150 ans, le gouvernement révolutionnaire du commandant Chavez, oubliant de dire que celui-ci av ait mobilisé ses troupes aux frontières Colombiennes lors de l’affaire des otages il y a quelques mois et qu’il avait fallu une réunion de tous les chefs d’état d’Amérique du Sud pour le retenir… Bon le défilé continue. Je le remonte, dépasse la tribune et vais jusqu’où le défilé fait une boucle et se disloque. Des enfants déguisés sont avec leurs parents. Des musiciens posent enfin leur grosse caisse ! Il y a beaucoup de vendeurs d’empanadas, de glaces, des grils avec poulets, cochon, boudin et saussices ! Il faut reprendre des forces après le défilé. Plus loin est dressée une scène pour accueillir le groupe de la soirée. Je rentre au bateau dîner et lire. Je commence « Michael K, sa vie, son temps » de JM Coetzee, un écrivain sud-Africain qui a obtenu le prix Nobel en 2003.

Le 25.02.2009

Ce matin, nouvelle couche de caoutchouc chloré sur les parties dérouillées.
Je regarde mon compte sur internet. Mon virement au changeur a été fait le 23. J’appelle le changeur. Il vérifie sur son compte et me rappelle. Il vient m’apporter l’argent à la marina dans une heure, avec un change à 6,5 plus du double du change officiel. Même avec ce change le Venezuela est le pays le plus cher d’Amérique du sud. Sans cela il serait hors de prix !
Je rencontre Fred, l’un des deux associés de la marina de Medregal. Nous échangeons des nouvelles. Il me confirme que la marina peine, tant les bateaux sont peu nombreux à cause de l’insécurité et des agressions au Venezuela dont sont victimes les voiliers… Je lui fille des tuyaux pour un change meilleur que celui qu’il a et le téléphone de l’agence qui me vend mes billets. Je vais pouvoir payer la marina et aller acheter d’autres pots de caoutchouc chloré. Les pots sont en galons, et ça défile vite. Un galon fait 3,78 litres. Le Venezuela qui a un discours officiel si anti-Américain, est entièrement américanisé. Les contenants sont en galons… Je vais en ville, à « La tienda del pintor ». Là on trouve presque tout pour peindre. Effectivement je reviens avec ce dont j’ai besoin. J’en profite pour aller non loin au super marché. Comme ça je n’aurai pas besoin d’aller au marché avant quelques jours.

Le 26.02.2009

Courage ! Au programme de ce matin, dégager tout le pont des cordages, survie, bouteilles de gaz et d’eau. Et puis nettoyer à la brosse et au jet partout. L’eau courante est tiède et le soleil tape dur. C’est agréable de passer la matinée les pieds dans l’eau. Par contre mon dos n’aime pas la position courbée ! J’ai le dos en compote… L’après midi je passe une couche sur toutes les bordures, sur les coffres et sur les parties en bois. Après je pourrais faire le pont au rouleau dans les jours qui viennent. Pendant que je suis à quatre pattes le pinceau à la main, Charly vient m’inviter à boire un coup ce soir. Le soir j’y vais. Il y a aussi Roberto le jeune navigateur italien qui vient de revenir d’Italie et qui lui aussi peint son pont… Nous passons la soirée à parler du Venezuela que Charly aime et de bateaux. Charly et Emma vont acheter un voilier qui est là dans la marina et qui leur plait. Ils finalisent les discussions financières…

Le 27.02.2009

Ce matin, je repasse une couche de peinture sur les bordures, les bois, les couvercles des coffres. Ensuite je vais en ville acheter une carte de téléphone et diverses choses. A mon retour, une personne de la marina vient m’apporter une facture à payer. Après déjeuner, je passe au bureau de la marina. J’explique que je rentre en France en laissant le bateau. Je paye jusqu’à fin avril, date de mon retour. Je fais le point des choses que je veux faire avant de partir, de ce que je veux faire en France, de ce que je doit emmener… J’espère ne rien oublier…

Le 28.02.2009

Ne croyez pas qu’être en vacances perpétuelles fasse que le temps passe moins vite. Encore un mois qui s’achève ! Hier au soir j’ai fini le livre « Michael K, sa vie, son temps » de JM Coetzee. Ce livre m’a pris et ne m’a plus lâché. J’ai été captivé par l’histoire de la vie de cet homme ordinaire dans un pays en convulsions. Le style est simple et l’auteur décrit plus les actions que les motifs psychologiques, comme certains écrivains américains de la seconde moitié du 20ème siècle. Ce matin réveillé tôt, j’ai entamé un nouveau livre : « Histoire des philosophies matérialistes » de Pascal Charbonnat. En attendant que le soleil sèche la condensation sur le pont, j’en ai lu 50 pages passionnantes. Notre bateau est lourd, mais la bibliothèque est bonne ! Il y a de quoi s’occuper dans des horizons très divers. Le soleil ayant fait son travail, c’est à mon tour de travailler. Je peins au rouleau la première couche sur le pont. C’est si blanc que ç’en est éblouissant ! Mais ça fait propre. Dans 10 jours je serai dans l’avion pour regagner Paris ! Je reçois des mails d’amis sénégalais qui me disent comment ils traversent la crise avec plus ou moins de réussite et de difficultés… Ici beaucoup de prix augmentent, beaucoup. Les taxes diverses augmentent aussi ou de nouvelles apparaissent. Taxe sur les entrées et sortie des personnes du territoire…

Le 01.03.2009

Ce matin, j’entends une voix connue. Nicole parle avec ses amis. Paulo, Nicole et leurs amis sont revenus de l’Orénoque. Ils viennent me dire bonjour. Ils ont bien apprécié leur périple, avec de beaux paysages et des Indiens Waraos parmi les quels ils ont passé plusieurs jours. C’est un endroit où j’aimerai bien aller. Je m’occupe des hublots ou plutôt des joints qui ne sont plus étanches. Le silicone a vieilli. Je passe bien du temps à enlever le vieux silicone. Après nettoyage, je mets du nouveau silicone que j’avais en réserve. Trois cartouches ayant dépassées la date de péremption sont bonnes à jeter, elles sont effectivement polymérisées. Quelle belle invention, les silicones, mais quelle difficulté d’emploi, pour ne pas s’en mettre partout.                                                                                                                                                                  
Je me replonge dans mon « Histoire des philosophies matérialistes ». C’est passionnant, ça se lit comme un roman feuilleton avec la progression ou le recul des idées, avec l’incarnation dans telle ou telle philosophie insérée dans telle ou telle société, produisant telle ou telle réaction…
J’ai du mal à m’en décoller pour bricoler.

Le 02.03.2009

Une nouvelle couche de peinture sur le pont. Ca m’occupe presque la matinée.
Après je mets en marche le moteur. Il démarre au deuxième coup de démarreur, après une semaine de repos. Le faire tourner chaque semaine un quart d’heure, l’entretient, le lubrifie et permet de constater s’il fonctionne toujours normalement.
Après déjeuner, je vais en ville chercher de la silice pour mettre sur la dernière couche de peinture pour la rendre anti-dérapante. J’ai une piste : Peinture Montana, sur le perimetral… Il me faut encore du caoutchouc chloré. J’avais sous estimé les besoins…
Pas de bus pendant un bon moment. Je prends un taxi qui m’explique que les bus font grève contre l’insécurité et pour obtenir un prix de passage plus élevé. Je trouve peinture et poudre antidérapante.
De retour au bateau, je remonte les boiseries autour du cockpit, jusqu’à la nuit. Après je vais au café wifi, puisque le wifi de la marina ne fonctionne toujours pas. Je rencontre un fils d’Antonio venu me saluer. Il repassera avant mon départ. En même temps voilà Carlos, que je n’ai plus revu depuis plus d’une semaine. Il a du faire la fête ; il me dit qu’il est passé deux fois sans me trouver…
Il passera demain pour que l’on aille chercher le disque dur vers les 9h.

Le 03.03.2009

Je suis prêt, j’attends Carlos. J’attends tout en lisant car je me suis mis en tenue de sortie pour aller en ville.
Erreur, j’aurai pu bricoler, car à midi je n’ai pas vu l’ombre de Carlos…
Dans l’après-midi je vois le bateau de Claude dans la marina. Il est donc revenu des Roques et de Caracas après sa semaine de charter.
Je vais sur l’autre quai, mais je ne vois ni Calude ni son bateau ; il n’est pas dans la marina…

Le 04.03.2009

Mes voisins de ponton toquent pour me prévenir qu’ils vont largue l’amarre qui nous relie. Ils s’en vont avec Paulo et Nicole ainsi que leurs amis d’un troisième bateau. Ils vont faire un tour et rester une quinzaine à la Tortuga. Bons vents et bonne nav !
L’après-midi, je vais en ville puisque le magasin d’informatique chez lequel j’ai commandé mon disque dur m’avait dit mercredi. Il est fermé. Comme pas mal de magasins n’ouvrent qu’à 14h30, je fais quelques courses en attendant. Puis j’attends jusqu’à 15h … avant de rentrer bredouille une nouvelle fois pour cet objet introuvable !
Les bus ont augmenté de 20% suite à leur grève. 20% d’un coup. L’inflation continue et va sans doute s’accroître avec la crise et l’enchérissement des produits importés. En début de semaine Chavez a décidé de confier la filière du riz à l’armée pour lutter contre la montée des prix du riz. Et il a prévenu qu’il n’hésitera pas à nationaliser cette filière si besoin et pareil pour l’agroalimentaire. A bon entendeur salut !
Si les choses prennent cette tournure le Venezuela ressemblera à Cuba en quelques années, malgré toutes ses richesses naturelles…
En soirée je finis « l’Histoire des philosophies matérialistes ». C’est passionnant d’un bout à l’autre ; au 20ème siècle c’est tellement foisonnant avec en plus l’histoire des neurosciences, qu’il faudrait lire et relire pour en comprendre les finesses, les arguments divergents. Le livre embrasse 28 siècles d’histoire de la pensée. Il explique l’émergence de cette pensée, ses développements, ses reculs, les arguments de ses détracteurs au cours des siècles. La lute pour la liberté de penser est dure, âpre, elle se paye parfois de sa propre vie. Les églises défendent âprement leurs pouvoirs et privilèges. Les mythologies ont la vie dure, de nos jours encore !
Dans la foulée, je commence « L’Abyssin » de Jean Christophe Rufin. C’est prenant dès le début…

Le 05.03.2009

Je vais passer une avant dernière couche de peinture avec de la poudre antidérapante, cette fois. Je lis la notice qui parle d’une demi-boîte pour un galon de peinture. L’explication est si imprécise que je demande leur avis à Roberto et à Charly. Nous arrivons au même avis. Je mélange une demi boîte de poudre dans un galon de peinture. Je commence à l’étaler au rouleau. La granulométrie est plus fine que ce que je pensais, mail elle est bien là et elle s’étale sans peine de façon homogène. Avec un galon je fais une couche du pont.
Après je reviens dans le cockpit pour là aussi une couche, mais sans antidérapant.
Avec le soleil qui ne désarme pas, je transpire à grosses gouttes !
Après déjeuner, je retourne au centre ville, voir si le magasin d’informatique a bien reçu le disque dur commandé. On ne sait jamais, le hasard fait parfois bien les choses… Le magasin est fermé, mais il n’est pas 15h… J’ai le temps de traîner dans la rue Bermudes. Lorsque je reviens, le magasin est ouvert. Comme quoi tout finit par arriver ! Le patron qui me reconnaît, dit qu’il a le disque dur, mais qu’il ne sait pas dans quel carton il est. Je dois repasser demain après-midi, lorsque tout sera déballé… S’il ne s’est pas trompé de modèle, je l’aurai demain, après un mois et demi…                                         
Je vais sur internet. Le débit est bon aujourd’hui, j’en profite pour télécharger une version récente des antivirus AVG et AVAST. Je les installe sur l’ancien PC de Mimi et l’alarme retentit. Je commande un scanne. Près de 90 minutes de travail et l’anti-virus découvre virus et chevaux de Troie. IL répare et supprime. C’est bon pour celui-ci. Au tour du PC de navigation sur le quel j’ai mis disque dur externe et clef USB. Mêmes virus et chevaux de Troie. Même nettoyage.
Je passe à la clef USB puis au disque dur externe. Le disque est truffé de virus et chevaux de Troie dans les dossiers copiés sur le disque de Thomas à Dakar ! Je termine à 22h… mais tout est propre avec des systèmes antivirus à jour !
Pendant ce temps j’ai fait le plein d’eau en ajoutant un produit bactéricide. Ca a pris un bon moment vu le faible débit des robinets.

Le 06.03.2009

Ce matin, c’est la dernière couche de peinture sur le pont. Je veux commencer tôt, mais ce n’est pas possible car le pont est couvert de rosée au petit matin. Il me faut attendre un peu que le soleil sèche le pont avec l’aide du vent faible. Je termine peu avant midi.
Après déjeuner, je vais en ville, chercher mon disque dur. Le magasin est fermé. J’attends jusque 15h10 pour qu’il ouvre… Mon disque dur est là. Je l’achète et je rentre au bateau.
J’ouvre le mac, avec précautions et divers petits tournevis fins. J’enlève l’ancien disque dur, je mets le nouveau et je remonte. J’essaie de configurer l’ordinateur, mais le mac ne reconnaît pas le disque dur. Je l’initialise, sans plous de résultat. Zut ! Est-ce que ce disque est compatible ? Est-ce que j’ai mal monté quelque chose ? Je verrai demain.
Je vais sur internet. Ce soir il y a du monde dans le centre commercial, comme chaque fin de semaine. Je reste dans le centre pour manger une pizza, avant de rentrer au bateau.
En rentrant, je m’aperçois que le mac est très chaud. Le nouveau disque dur qui a deux fois plus de mémoire que l’ancien est peut-être trop puissant et chauffe trop. Je verrai ça en France.

Le 07.03.2009

Cette nuit, la pluie me réveille. Le matin tombe encore une pluie fine. Alors je me mets à préparer mes affaires à emporter en France. Je trie en essayant de ne rien oublier.
En fait j’ai hâte de partir et de revoir Mimi, les enfants, la famille, les amis. La nostalgie comme on dit au Sénégal.
Le soleil revenu, je range le pont, je remets les lignes de vie. Je plonge les écoutes et les drosses d’enrouleurs dans de l’eau douce avec de l’assouplissant et je laisse mijoter. Je fais le plein de gasoil, avec du gasoil en bidons qui a eu le temps de se décanter. En plus je me sers d’un entonnoir avec filtre pour éviter le plus possible les impuretés.
Je répare le panneau de descente, fait à Dakar et dont la résine collant les plaques d’alu, s’est décollée… J’y mets de la colle Sika, ça colle fort et ça reste souple.
Je vais au café pour relever mes mails. J’y rencontre Pedro, l’un des fils d’Antonio qui me cherche pour échanger des nouvelles. Tout le monde va bien chez lui.
En rentrant au bateau, je discute avec Roberto qui lui aussi repeint le pont de son bateau. Je vois passer Antonio qui rentre dans la marina avec sa lancha. Il me fait de grands signes amicaux.

Le 08.03.2009

Ce matin, je fais la lessive pour laisser du linge propre en partant. Je regonfle annexe et défenses. Je remets deux couches de peinture antidérapante sur la plage arrière.
Tout un tas de petites choses avant une absence de 7 semaines. Je prépare mes papiers…
L’après-midi, j’appelle Mimi, elle m’attend, elle sera à l’aéroport. Sophie aussi qui viendra me chercher en voiture. Ca y est j’ai déjà l’esprit en France tout en ayant le corps au soleil avec juste un short…

Venezuela suite

Posted on décembre 14th, 2008 by Christian


Venezuela Suite

Le 12.08.2008
Nous nous réveillons tout excités par le départ en excursion à l’ouest du pays !
Dans la matinée, chacun remplit son sac à dos avec ce qu’il pense indispensable, pour ne pas nous surcharger.
Nous mangeons les restes qui ne se conserveraient pas et emportons quelques provisions pour le voyage.
Medregal étant le bout du monde, il ne passe pas de taxi sur la route. Jean-Marc demande à une camioneta qui vient pour emmener les voyageurs au marché. Pour nous seuls, il ne veut pas venir. Bon, ce sera Yoleida qui nous emmènera.
À 17h, elle vient garer sa voiture au bas du bateau. Je descends les bagages et nous embarquons. La route est toujours aussi défoncée. Pour faire les trente kilomètres qui nous séparent de Cariaco nous mettons une heure et demie.
Elle nous dépose à la gare des cars. Nous voulons un billet pour Valencia. C’est complet. Nous passerons donc par Caracas pour reprendre un autre car pour Merida.
Le car ne part qu’à 21h. Nous cherchons un endroit pour dîner. En face de la gare, en bord de route il y a un BBQ qui fume. Nous y allons ; sur le BBQ des morceaux de poulet grillent. Nous nous installons à la seule table de jardin. Le patron nous prépare une assiette avec riz, salade, banane plantain et poulet. C’est bon et copieux. Nous avons le temps. Les gens de passage s’arrêtent pour se faire servir et emporter leur portion. Certains s’arrêtent au milieu de la rue, gênant la circulation, mais qu’importe, c’est l’habitude ici…
Le car arrive. Il est vieux mais climatisé. Les sièges s’inclinent pour faire couchette. Nous nous installons. Le car démarre et enfile tournant sur tournant. Nous commençons à dormir lorsque le car s’arrête au bord de route pour arrêt pipi et ravitaillement. L’établissement est vite plein.

Le 13.08.2008
Le car repart dans la nuit. Nous dormons en nous retournant souvent dans un demi-sommeil.
À 9h, nous arrivons au terminal de l’Oriente. C’est très vaste.Nous prenons un taxi pour aller au terminal de la Bandera qui dessert les Andes et Merida. Ce terminal est tout aussi vaste.Nous y prenons un petit-déjeuner salé avec des pastelitos au fromage et au jambon. C’est bon et ça donne des forces.Dans les terminaux, la nourriture est plus chère qu’ailleurs, comme dans les gares en France…

Caracas salle d’attente de la gare des carsGarre des cars de CaracasBuffet de la gare
Nous laissons les bagages à la consigne. Nous pouvons nous promener dans la gare et regarder du haut d’un balcon les gens qui arrivent en voiture, parfois à 9 dans une seule 5 places…

Caracas depuis la gare des carsCaracas

Nous passons l’après-midi au terminal, car nous n’avons pas envie de marcher dans Caracas, avec dans la tête toutes les histoires d’agressions. Nous regardons les gens. La plupart sont ventrus, obèses. Les femmes n’en ont aucun complexe et s’habillent en tenue collante avec de profonds décolletés. Il est très rare de voir une robe et plus encore une jupe. Toutes ont un short ou un pantalon collants.
Les restaurants ont plein. Ici on mange à toute heure…
Le bus arrive et part à 19h. Des vendeurs viennent proposer leurs biscuits, colliers, montres…
Nous nous installons pour dormir, mais les postes retransmettent un film de Batman.
Il fait froid, très froid. La climatisation est à fond, genre frigo ! Mimi proteste en vain, il paraît que ça ne se règle pas…
On s’endort congelés. Un second film nous réveille. Indiana Johnes. Les passagers ont de l’endurance !

Le 14.08.2008
Le bus est si froid que nous regrettons de n’avoir pas acheté une couverture comme beaucoup de gens. Après plusieurs arrêts dans la nuit, nous arrivons à Merida. Nous n’avons pas vu le paysage pendant le voyage pendant le voyage car on doit maintenir les rideaux fermés car des pierres se détachent parfois des flancs de montagne des bas-côtés. Le rideau est censé amortir le choc et protéger des éclats de verre…
Nous allons aux guichets de vente de billets. Nous prenons les billets retour pour être surs d’avoir des places. Nous prenons des billets directs Merida Cumana pour le 22.
Nous prenons un taxi pour une posada que nous avons repérée sur le guide du Petit Futé. La posada Los Bucares a un patio intérieur et des chambres agréables.

Patio d’une posadaRestaurant d’une posada
Nous nous y reposons tendrement avant d’aller déjeuner en ville.
Nous nous promenons en ville. C’est la plus belle ville que nous voyons au Venezuela. Les rues sont très animées, avec de nombreux magasins et des promeneurs à toute heure. Les gens sont aimables et viennent au-devant de vous si vous semblez chercher quelque chose.

Rue de MeridaMaison du centre de Merida
Nous trouvons une agence qui propose des tours sympas et pas chers. L’agence Colibri. La patronne parle un français très correct, avec un délicieux accent. Nous prenons un tour pour 4 jours dans les Llanos. Nous prenons une chambre à la posada Alemania, très agréable. Nous y faisons connaissance de deux jeunes : Samuel et Hanitra. Ils sont venus pour un mois de vacances au Venezuela. Ils sont très agréables et nous dînons ensemble dans une pizzeria.Ça change un peu de la monotonie de la cuisine vénézuélienne.
Au retour vers la posada, nous sommes surpris par une pluie très violente. Rapidement les rues en pente se transforment en ruisseaux impétueux ! Les rues sont lavées à grandes eaux !
Nous rentrons heureux.

Le 15.08.2008
La matinée se passe à prendre le petit-déjeuner après un lever tardif. Nous discutons de nous-même, de nos tendances lourdes. J’explique à Mimi certains traits de mon caractère par mon histoire, par l’influence de mes lectures et particulièrement des philosophes stoïciens, épicuriens et ceux du siècle des lumières. C’est la première fois que je peux m’expliquer ainsi avec Mimi qui comprend mieux mon caractère, parfois à l’opposé du sien. Moi je connais sa vie à travers ce qu’elle m’en a dit et à travers son livre. Mimi est impulsive, aime la bonne vie dans l’instant. Elle fera tout pour ses enfants et sa vie aventureuse lui fait désirer plus de confort et de stabilité. Moi je suis plus volontaire, j’ai des projets dans la durée, j’ai envie de bouger et de découvrir. Je me sens jeune et en bonne forme.
Nous discutons de notre future séparation. Moi sur le bateau et Mimi à Paris. Nous espérons que notre amour résistera à cet éloignement. Pour ma part je rassure Mimi qui a pris la décision de partir mais redoute une issue fatale pour notre amour…
Il y a tant d’exemples de séparation de couples de navigants…
Nous sortons nous promener en ville. Nous allons voir dans les rues principales des stands d’artisanat, des peintres de rue semblables à ceux de la place du tertre à Paris.

Les peintres dans la rue

C’est agréable ; cependant nous ne voyons rien d’exceptionnel. Les rues en elles-mêmes sont très colorées. Les maisons sont de couleurs différentes : vert, bleu, jaune, rouge, gris ardoise…

Rue de MeridaMaison du centre de MeridaMimi à Merida
Certaines maisons ont des entourages de portes et de fenêtres d’influence hispanique, peints de couleur différente de celle de la façade. L’effet est superbe !
Nous allons chez un glacier qui fabrique des glaces au thon, aux spaghettis bolognaise, à la viande, au fromage et de plus classiques ; Amandes et fruits de la passion suffiront pour aujourd’hui. Le lieu est très couru. Les murs sont garnis de diplômes obtenus par le glacier et les gens visitent, achètent, dégustent.
Nous poussons notre balade jusqu’au téléphérique. Il est sur une place qui est remplie de stands de souvenirs et de nourriture. Mais le téléphérique qui monte en cinq stations de 1600 mètres, altitude de Merida, à 4770 mètres, non loin du sommet du pic Bolivar qui culmine à un peu plus de 5000 mètres, est fermé pour travaux d’une durée indéterminée depuis deux jours ! Calamité ! Nous ratons le sommet des Andes vénézuéliennes de quelques jours…
En retournant à la posada nous nous arrêtons pour manger un poulet à la braise. Le restaurant est vaste et il se remplit pendant que nous dînons. À une table plus loin, dîne une famille. La grande fille se lève et vient discuter avec nous car elle a entendu que nous sommes français et elle étudie le Français en première année de fac. Elle parle un peu avec un accent mignon. Son frère vient aussi. Ils sont directs et gentils. Leurs parents viennent les chercher pour lever le camp…
Sur le retour, nous passons devant le centre culturel. Sous une aile couverte mais sans murs, des jeunes s’entraînent à la Capueira au son du tam-tam. Ils sont d’une agilité surprenante ! Le combat ressemble plus à une chorégraphie qu’à un combat. 0 côté un autre groupe répète une chorégraphie sous les conseils d’un danseur metteur en scène. Nous regardons un bon moment les corps qui bougent avec grâce sur un rythme partagé. Il fait doux, mais les danseurs transpirent !

Capueira à Merida
Nous rentrons nous coucher car le départ est prévu demain à 8h, après le petit-déjeuner.

Le 16.08.2008
Lever tôt et petit-déjeuner de la posada qui prépare à la route : oeufs brouillés, fromage et jambon, pain beurre confiture et jus de fruit. De quoi tenir pendant le voyage qui s’annonce long en Land Cruiser Toyota.
Mérida est dans la montagne ; alors les tournants commencent. Nous montons vite et traversons des villages de montagne très jolis. Tabay, Mucuchies.

Chapelle de pierresla chapelleFileuse dans le village à côté de la chapelle

Les maisons sont toutes de couleurs pastel, rose, jaune, bleue…Il fait frais, nous sommes à 3000 mètres d’altitude !
Plus loin, vient San Raphael de Mucuchies, 3150 m. Là un croyant a construit une chapelle de pierres décorée par lui et sa femme. La population le considère comme un saint. La construction fait penser au palais du facteur Cheval en France. C’est l’œuvre d’une vie qui apporte au village quantité de touristes.
Après la visite, nous prenons un chocolat, spécialité de la région ainsi que les fraises à la crème. Les fraises sont délicieuses, mais la chantilly est trop sucrée…

Une pose
Le paysage est superbe. À la forêt ont succédé des champs, des potagers et des vergers, sur les pentes très fortes, avec des tuyaux d’arrosage apparents. Ici nous sommes en milieu indien, un haut lieu de la résistance à l’envahisseur hispanique.

Toyota colibri tourLe Groupele Paramole Paramole Paramole Paramole Paramo

Nous allons un peu plus loin et la voiture nous dépose à l’entrée d’un sentier de randonnée avec un guide. Une heure dans le Pàramo pour admirer la nature. Ça nous plait tellement que nous y resterons deux heures. C’est la montagne avec une alternance de prairies, de bosquets, de plantes variées, de torrents. La nature est magnifique et le brouillard couvre et découvre des hauteurs, des vallées ; la beauté est à couper le souffle à plus de 3000m !

Balade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoLouis le guideLouisMimiMimiBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le ParamoBalade dans le Paramo

Il fait frais, mais le soleil tape. L’eau des torrents est très fraîche. Mimi y goûte, moi aussi bien sûr !
L’eau ruisselle de partout, la végétation est très variée : champignons, mousses, lichens, plantes fleuries…. Je prends des photos. Mimi est heureuse, moi aussi. Les Andes, c’est très beau !
Arrêt déjeuner dans un restaurant de montagne. Les nombreux torrents fournissent des truites. Elles sont curieusement préparées, fourrées avec du fromage et du jambon. Ce qui tue le goût fin de la truite.

Vierge du restaurant
Nous reprenons la voiture. Le groupe est composé de jeunes autour de la trentaine et de nous. L’avantage en voyage, c’est que les personnes parlent vite de l’essentiel, de leur vie, sans différence due à l’âge, au travail… Luis, le guide a la trentaine aussi. Il est bilingue anglais, espagnol ; très aimable et joyeux. Il y a un trio d’amis d’origine maghrébine : Omar, Yassine et Abdelatif. Il y a un couple qui a la trentaine : Marco et Amélie. Enfin un couple de danois : Yunes et Krista, seulement anglophone. Le groupe est très agréable.
Nous reprenons la voiture jusqu’à Barinitas, lieu de naissance du Président Chavez. Une posada nous attend après bien des tournants dans cette route de montagne. Barinitas est l’entrée des Llanos. Nous sommes redescendus des Andes. Devant nous ce ne sont plus que de grandes plaines.
En attendant, c’est la posada nous réserve une chambre double. D’autres auront un hamac sous une véranda.

Mimi et une enfant de la posada
C’est l’heure de faire un rafting sur une rivière agitée locale. Je ne suis pas tenté, pour ne pas prendre de risque et ne pas pouvoir piloter seul le bateau. Mimi n’est pas tentée non plus. Alors pendant que les autres éprouveront les joies de l’eau, nous profiterons de nos derniers jours ensemble !
Dîner super de viandes grillées pour redonner des forces aux rafteurs et aux amoureux. La soirée se termine par des discussions au salon et tout le monde va se coucher vers 22h.

Le 17.08.2008
Petit-dejs à 7h et départ à 8h pour les Llanos. Après les montagnes, ce sont des plaines cultivées de maïs principalement. Puis viennent les plaines inondées Par le rio Apure, le second fleuve du Venezuela. Celui-ci est large, boueux, impétueux ; c’est le début de la saison des pluies. Il se répand dans les plaines avoisinantes.

Les terres inondées des LlanosVaches zébus sur les routes

Les paysages donnent une impression d’infini, avec des vaches de-ci de là, des milliers d’oiseaux.
Nous arrivons dans une ferme vers 13h après des kilomètres de pistes entre des propriétés.
Un déjeuner typique nous attend : des spaghettis bolognaises ! Nous nous installons dans un grand dortoir. Les toits en tôle dissipent une chaleur importante. Certains parlent d’aller dormir dans des hamacs. Là, au moins il n’y a pas de moustiques !

le dortoirle dortoir
Après une courte sieste, nous partons en Land Cruiser voir des animaux : Hérons de divers espèces, ibis, rapaces, agoutis en famille, caïmans, iguanes et d’innombrables espèces d’oiseaux.

le groupepetit iguanenid de guèpesOiseaux dans les terres inondéesPlaine des LlanosLes LlanosLes LlanosLes Llanosune tortue et AmélieTroupeau de vachesjolis fruitsFruit dont on fait les maracasFruit très bonGraines d’arbreMimi dans la Toyota

Nous ne rentrons pas tard pour aller faire une balade à cheval. Mimi n’en a jamais fait. Moi j’en ai fait un moment avec les enfants et leur mère. Chacun choisit un cheval. Le moniteur nous aide à monter. Mimi a fière allure sur le sien. Tout le groupe est en selle.Le moniteur nous explique comment tenir les guides et en route !

A chevalMimi et son cheval!Mimi apprivoise son chevalMimi à la descente de cheval
Nous prenons un chemin de terre qui longe les propriétés. Puis nous entrons dans les plaines inondées. On voit l’herbe qui est noyée dans 20 centimètres d’eau. Pas question de tomber pour rester propre !
Mimi Hésite et suit le groupe. C’est l’occasion de faire trot et galop. Histoire pour moi de retrouver des sensations, des rythmes. Quelle impression dans ces terres immenses, sous un ciel nuageux et ensoleillé ! Nous arrivons à une ferme du patron de la posada. Nous mettons pied à terre. Mimi est heureuse. Nous arrivons pour voir le patron aider d’un aide débiter une vache qui a eu un accident et qu’il a fallu tuer. Il débite au grand couteau et sépare les côtes à la hache ! Le sang en impressionne certains, certaines plutôt.

A cheval!Le patron dépèce la vacheA la hache!

C’est vraiment la campagne comme je la connais, avec l’étendue en plus. Ici il faut avoir un caractère trempé. Le premier voisin est loin ! Il n’y a d’électricité que celle produite par le groupe électrogène des fermes…
Il faut savoir vivre sur ses propres ressources…
Nous remettons le pied à l’étrier et c’est le retour dans ces terres inondées au trot et au galop. Personne ne tombe. Mimi est enthousiasmée et moi je suis heureux d’avoir retrouvé des sensations dans un cadre aussi beau et heureux que ça aie plu à Mimi.

Coucher de soleilChevauchée dans les prairies inondéesUn  repas bien venu!Un convive de la maison
Le dîner nous attends dans la bonne humeur.
Sortie de nuit en Land Cruiser pour voir des animaux. Dans les terres inondées, de chaque côté de la piste, on aperçoit des yeux de caïmans dans les phares des guides. Il y a de nombreux oiseaux. Je me souviendrai longtemps des yeux de caïmans brillant dans la nuit, rouges ! S’égarer seul lorsque l’on ne connaît pas doit être fatal !
Au retour le dortoir est très chaud ! Chacun tente de dormir. Je m’endors tout de suite et dors bien. Ce n’est pas le cas de Mimi…

Le 18.08.2008
Le groupe a peu dormi à cause de la chaleur et des ronfleurs dont je suis. J’ai bien dormi. Je ne dis rien.Petit-dej à 7h30 et départ à 8h30. Nous regardons les animaux. Nous voyons des familles entières d’agoutis, les plus grands rongeurs du monde, gros comme des cochons moyens. Ils sont dans les prairies inondées, entourés de grues, de hérons, d’ibis….

Un caïman mortCiel des LlanosOiseauLes agoutis
Nous arrivons à un endroit propice pour pêcher le piranha. Halte. Le guide nous montre et nous donne à chacun une ligne avec un hameçon et un bas de ligne en acier. De la peau de poulet fait l’affaire pour le leurre. À peine la ligne jetée, ça mord. Il faut ferrer au bon moment car très vite l’hameçon est nu sans appât. Nouvel appât et ça mord de nouveau. Amélie en pêche un la première. Il est beau, blanc, jaune et rouge, avec des rangées de dents aiguisées ! Il faut l’assommer avant de le décrocher de l’hameçon.

Mon premier piranhaUn piranha
Pour ma part, j’en pêche deux. Quelques autres an pêchent et d’autres sont bredouilles. En tout cas c’est un bel exercice de pêche. On se lave les mains au bord, avec de petits poissons qui viennent voir !
Au retour certains sont dans la voiture d’autres sur le toit pour voir les animaux. Sur le toit, sur une piste défoncée, ça ressemble à du rodéo ! Il faut bien se tenir. Mais le spectacle vaut la chandelle !
Déjeuner à 13 heures dans la bonne humeur.

Mimi fatiguéeDîner

Après une sieste courte dans la chaleur, une sortie est prévue pour tenter de voir un anaconda. Mimi est fatiguée et elle reste à la ferme. Je vais avec le groupe. Luis et Ramon vont en bottes dans l’eau et bougent un bâton devant eux. Ils remuent les herbes. Soudain, Ramon voit une tête. Aidé de Luis ils taquinent l’anaconda qui se love en boule. Luis attrape la queue après plusieurs tentatives infructueuses, car l’anaconda n’est pas coopératif. Une fois étiré, il mesure plus de 4m.

Luis et Ramon attrapent l’anacondaAnacondaAnacondaanacondal’anaconda!Recherche de l’anaconda

Il est gros et à un diamètre de près de 25 cms. Louis qui tient la queue, la passe à Marco,puis à Yacine qui éprouvent la résistance de l’animal. Belle bête, quand même. Il vaut mieux lui tomber dessus que de se faire surprendre par elle. C’est un serpent constricteur qui entoure ses proies et les entraîne dans l’eau pour les noyer, après quoi elle les avale pour les digérer lentement…
On voit de nombreux iguanes, perchés sur les branches des arbres pour se chauffer. À notre approche, ils se laissent tomber à terre et rejoignent l’eau pour disparaître.
On continue la route jusqu’à un embarcadère.Nous prenons une pirogue pour aller sur les eaux, jusque sur le rio Apure.

Le rio ApureOiseauLe mâle défend sa femelleOiseauEn lancha sur le rioEn lancha sur le riole riosur le riosur le rioHéron butor qui se cache

De chaque côté, la végétation est luxuriante. De grands arbres entourés de lianes pendantes, colonisés par les orchidées et les plantes saprophytes. Sur l’eau poussent des plantes aquatiques et des lentilles d’eau. Les plaques vert tendre alternent avec les plaques vert pomme. L’eau est marron et parfois le soleil la rend rouge transparente. Il y a des milliers d’oiseaux le long des bras d’eau. Un héron butor se tient droit sur son nid, ne bougeant pas d’une plume pour faire croire à une branche. Un couple de gros oiseaux dont nous approchons le nid a une tactique identique pour la femelle sur le nid et une tactique de parade agressive pour le mâle un peu plus loin. Il y a des milliers d’iguanes sur les arbres.
Arrivés sur le rio Apure, nous voyons des dauphins d’eau douce. Leur peau est rose, avec une bosse sur le dos ! Ils tournent autour de la pirogue.
Nous rentrons à la nuit.

coucher de soleilMimi monte à cruLes françaises amoureusesMimi se baigne avec ses copinesMimi et son amie

Nous retrouvons Mimi qui s’est baignée avec des filles de la ferme et un garçon qui tente sa chance, dans l’eau avoisinante. Ensuite elle a refait du cheval avec un fils de la ferme et deux jeunes sœurs française arrivées avec un tour et qui sont restées sur place, amoureuses de deux jeunes garçons de la ferme et bien accueillis par toute la famille…
Le soir nous sommes les seuls à dormir dans le dortoir chaud. Les autres ont préféré aller dormir dans une case de hamacs, plus aérée. Nous profitons de notre tranquillité !

Le 19.08.2008
Retour en Land Cruiser. On quitte les Llanos que je ne suis pas prêt d’oublier, et l’on revient dans le Pàramo tellement beau aussi. La plupart s’arrêtent à Barinitas pour prendre de là un autre tour…
Nous continuons non sans avoir échanger nos adresses mail. Yunes et Krista continue avec nous. Mimi veut acheter des hamacs en souvenir. Nous nous arrêtons dans les villages de montagne. Ils sont chers et Luis lui dit qu’elle en trouvera à Merida. Nous achetons des fraises du pays que nous dégustons au retour.
Nous arrivons vers Mucuchies et voyons un embouteillage ! De nombreuses voitures sont toutes allées au même endroit. Car il a neigé ce qui n’arrive qu’au mois d’août tous les trois ans en moyenne. Elle redescendent des cimes enneigées avec des bonshommes de neige sur le capot. On s’arrête un peu plus loin prendre un chocolat. Sur le parking, un malin a fait un gros bonhomme de neige et fait payer la photo. D’autant plus qu’il a doté son bonhomme d’un pénis de bonne taille que viennent caresser quelques coquines, photo souvenir à l’appui !

Eboulis sur la routeBonhomme de neige sur le capot d’une voiture
On arrive vers 18h, heureux et fatigué par la route de montagne. Nous allons manger une pizza et au lit !

Le 20.08.2008
Nous nous baladons tranquillement dans Merida en dégustant quelques glaces et en essayant de trouver un tour pour une journée dans le Pàramo.

Fraises à la crème! Hum!Avocats dans le patio de la posadaPose dans un caféMur de MeridaMur de MeridaMur de Meridarue de MeridaRue de MeridaRue de MeridaRue de Merida
Nous ne trouvons pas ce que nous voulons. Le patron veut bien à un prix qui ne nous convient pas. Des jeunes se joignent à nous et nous faisons une proposition groupée qui entraîne une contre-proposition qui ne nous convient pas…
Nous allons traîner vers le téléphérique fermé ; nous ne verrons pas les sommets des Andes vénézuéliennes ! Au retour de manger un poulet à la braise, on rencontre dans notre posada trois jeunes français: Florian, Carole et Sophie. Ils passent leurs vacances ensemble au Venezuela. Ils ont entre 22 et 24 ans et sont très sympas. Carole a fait du voilier et rêve de faire une grande traversée. Je l’encourage et lui parle de la bourse des équipiers sur Sail The World. Elle m’assure qu’elle persévérera ! Je crois bien qu’elle en est capable !
Balade au marché central de Merida pour découvrir l’artisanat et voir des hamacs. Mimi tombe en accord avec une femme qui vend des plantes médicinales et cosmétiques. Elles s’embrassent.C’est touchant, alors qu’elles ne parlent pas la même langue.

Mimi au marchéOn trouve tout au marché!Vraiment tout!Une famille rencontrée au marché
Après avoir fait déballer bien des hamacs mimi en choisit un coloré et un écru. Ils sont grands et beaux. J’espère que leurs destinataires trouveront la place pour les installer à Paris !!!
De retour à la posada, Mimi fait un dîner rapide dans la cuisine à disposition. Puis nous buvons avec nos trois jeunes amis du vin de mûre du mûrier. J’ai acheté le doux car l’autre ressemble à du vinaire. Il faut goûter, mais ça n’est pas inoubliable…

Le 21.08.2008
Nouvelle balade au marché, avec les jeunes cette fois. Eux aussi cherchent des hamacs.

Chantal et SophieUne galerie du marchédans la galerie dcu
Nous achetons quelques souvenirs. Le soir nous allons dîner dans un restaurant végétarien. Grande présentation, genre nouvelle cuisine, mais peu de quoi se restaurer après avoir marché longtemps….

Nouvelle cuisine végétarienne

Le 22.08.2008
Petit-déjeuner à la posada, puis taxi jusqu’au terminal des car. Nous prenons des billes pour un car direct Merida-Cumana. Durée du voyage 24h.

Un accident sur la route!Arbre emblème du Venezuela qui fleurit jauneVégétation luxurianteAvec un car comme ça on est sur d’arriver à bon port!Le golfe de MochimaBord de routeBord de routeBord de routeBord de routeBord de routeBord de routedepuis le carLes murs des villesLes murs parlentles murs militentLes murent éduquentle paysage

Mimi est rassurée, nous avons acheté une couverture pour l’occasion. Nous avons bien fait, car le bus est très confortable, mais gelé !

Le 23.08.2008
Le car a bien roulé car nous arrivons à Cumana vers 12H30. Nous prenons un taxi aussitôt pour Cariaco. Il longe la mer et le golfe de Mochima, c’est très beau !

Une vielle américaine pour 6 passagers, c’est un porpuestoAttente à Guacarapo…

A Cariaco, il pleut ; on mange et l’on attend. J’appelle Jean-Marc qui dit qu’il nous envoie quelqu’un. Une camioneta passe et on la prend jusqu’à Guacarapo. Là on attend sur des fauteuils de jardins prêtes par une tenancière de bodegon, devant sa boutique. Nous attendons et ne voyons venir ni l’envoyé de Jean-Marc, ni une autre camioneta. La camioneta qui nous avait conduit jusque-là repasse et nous propose de nous emmener à Medregal pour 40 bolivars sous prétexte que la route est mauvaise.Il n’y a pas d’autre solution et nous rentrons ainsi.
Nous sommes au bateau à 18h et nous nous installons pour la soirée et la nuit.
Nous prenons une douche après avoir récupéré les clefs des douches désormais réservées aux seuls occupants des bateaux dans la marina. J’avais prévu de manger au restaurant du village, mais ce soir il fait relâche. Je fais cuire des pâtes. Nous prenons l’apéro ; Mimi parle et me presse de cesser le voyage. Je me couche mal à l’aise…

Coucher de soleil sur Medregal

Le 24.08.2008
Après le petit-déjeuner, je vais sur internet pendant que Mimi fait ses bagages.
Nous déjeunons à bord puis nous passons près de deux heures dans la piscine au soleil.
C’est agréable ensemble !
Mimi finit ses bagages. Je les descends au bas du bateau. Yoleida arrive et nous quittons Medregal. Nous arrivons à Cariaco vers 19h. Nous disons au revoir à nous deux aimables chauffeurs, Yoleida et son frère Raul.
Nous laissons les bagages au bureau de la compagnie et l’on va manger un poulet à la braise au même restaurant de bord de route.
Notre car est en retard. Nous partons à 21h. C’est un bus vieux, peu confortable, mais pas gelé. Nous avons du mal à nous endormir…

Le 25.08.2008
Le car s’arrête pour se restaurer à minuit. Il y a la queue pour pisser puis pour commander une boisson et la payer. Il y a une prime aux plus réveillés !
Le car repart dans la nuit, la musique à bord doit aider le conducteur à ne pas s’endormir, mais n’aide pas les passagers à trouver le sommeil. Qu’importe, c’est ainsi jusqu’à 5h30. Au moins l’air conditionné n’est pas gelé, c’est toujours ça. Nous arrivons à Caracas, au terminal de l’Oriente. Le terminal est très grand et neuf. Il y a les guichets de vente de tickets et les stands de restauration, chacun avec sa musique ou sa télé.
Mimi et moi sommes fatigués. Que faire ? Mimi veut aller d’abord à l’aéroport. Un taxi nous y mène pour 150 bolivars. Malgré l’heure matinale, les voies rapides qui traversent la capitale sont très chargées. Les gens vont travailler et en plus en période de vacances scolaires il y a des vacanciers. Nous quittons la ville ou plutôt les barrios qui occupent toutes les collines, pour la route de montagne qui descend vers l’aéroport en bord de mer.

CaracasCoucher de soleil sur CaracasPetare le plus grand barrio de Caracas
Arrivés, Mimi repère un chariot. Nous chargeons ses bagages et en route pour explorer les ressources du lieu.
D’abord un petit-déjeuner, histoire de nous réveiller et de calmer l’estomac qui réclame. Comme dans tous les aéroports, c’est cher et chiche. Je vais à la recherche d’un bureau de renseignements. Je finis par en trouver un qui est fermé. Il faut attendre. Mais que faire d’autre dans un aéroport ?
Lorsqu’il ouvre, je demande s’il y a un plan du lieu. Non pour raison de sécurité. Y a-t-il une consigne ? Non pour raison de sécurité ! Il y a pourtant encore des passagers, mais on va bientôt les supprimer pour des raisons de sécurité…
Nous ne pouvons donc pas laisser les bagages et aller à la plage… Mauvais plan !
En allant à la recherche d’un lieu tranquille un homme nous arrête et veut notre chariot. Pourquoi ? Nous avons pris un chariot qui ne doit servir que de l’autre côté, après l’embarquement, dans la zone hors taxe. Mimi est furieuse. Je proteste et ne veux pas rendre l’engin. Un policier vient et j’explique que nous voulons garder le chariot. Rien à faire. Il y a des porteurs avec chariots, mais pas de chariots gratuits dans cette zone. Nous avons bon expliquer que dans les aéroports des autres pays il y en a, et que c’est un service pour le passager. Rien à faire. Nous concluons en ironisant sur un pays qui ne peut payer des chariots pour les passagers… Et nous rendons l’engin.
Il n’y a plus qu’à se traîner les lourds sacs de Mimi. Heureusement qu’ils roulent, mais quand même. Nous allons jusqu’à une zone de restauration au premier étage et nous occupons un coin avec nos bagages. Nous n’avons plus qu’à voir défiler les heures. Nous discutons de l’aventure du voyage, du retour de Mimi, de ses projets de livre, de travail…
À l’heure du déjeuner, nous allons chercher des plats dans un restaurant voisin et les mangeons dans celui que nous occupons depuis ce matin…
Je retourne voir le stand d’Air Europa muni de la réservation. Le guichet est encore fermé.

Aéroport de CaracasAéroport de CaracasAéroport de Caracas
Je vais alors dans la banque pour retirer de l’argent. Je fais la queue qui avance à une vitesse désespérante. La guichetière me renvoie à l’étage. Nouvelle queue. Mimi me bipe avec son téléphone. Je tente de l’appeler en vain. Elle me bipe plusieurs fois. Elle s’impatiente. Je ne laisse pas tomber la queue. J’obtiens enfin l’argent dont j’ai besoin et je vais au guichet d’Air Europa, enfin ouvert. Le guichetier regarde les papiers et dit que tout est en règle et qu’il suffit de se présenter à l’enregistrement pour obtenir le billet électronique.
Je retourne voir Mimi. Elle est sens dessus dessous. Elle me croyait disparu, arrêté, car j’étais absent depuis une heure et demie…. Sous le coup de l’émotion, elle pleure. Je la console. Nous buvons un jus d’orange.
En route pour l’enregistrement. La queue est petite. Mimi passe vite. Pas de surpoids, tout va bien. Elle a son billet. Il faut aller payer la taxe d’aéroport de 115 bolivars. Muni du reçu Mimi va à l’embarquement. Elle se fait refouler car il manque une fiche d’immigration. Il faut retourner à l’enregistrement, demander la fiche, la remplir et revenir à l’embarquement.
Avant le portail de sécurité, nous nous quittons avec des embrassades, des promesses de nous donner des nouvelles régulièrement, de nous aimer malgré l’absence.
Mimi passe le guichet, le portique, un second portique… Ce sont les derniers adieux de loin, avec l’émotion de la séparation pour des mois…
Mimi part vers son avion. Je vais chercher un car pour Caracas. J’en trouve un à quelques centaines de mètres qui rejoint la capitale pour 15 bolivars. Le car part presque aussitôt. Mon voisin discute, m’indique les quartiers de Caracas, les musées, le théâtre. Le centre est beau et aisé ! Je descends à la station du parc central. Là je rends un taxi pour le terminal des cars d’Oriente pour 50 bolivars. Le taxi rend les voies rapides embouteillées.
Arrivé au terminal, je cherche les guichets et celui qui vend des billets pour Cariaco. On me propose un car qui part à 20h et un autre à 21h. Je prends le second pour ne pas arriver de nuit à Cariaco. J’ai le temps d’aller manger un poulet à la plancha et d’attendre le départ dans une salle d’attendre. Une jeune fille m’offre un bonbon à la menthe. On discute un peu. Elle a le billet d’à côté de moi. Le responsable de la compagnie vient me chercher, il a revendu quelques passagers à une autre compagnie. On nous échange les billets et nous attendons dans une nouvelle salle d’attente. On vient nous chercher pour embarquer. Le car part à moitié rempli. Il n’y a des personnes montent et une vieille femme monte à côté de moi. Je me rendors tout de suite avec un sommeil sans rêves…

Le 26.08.2008

Dans la nuit, le car fait un arrêt pipi et buffet. Dans le car, l’air conditionné est gelé. Dehors la nuit est moite et chaude. Il est 4h du matin et la musique du buffet en bord de route est à fond, sans doute pour réveiller tout le monde, employés et passagers.
Le car repart dans la nuit. Nouvel arrêt à Porto La Cruz, puis à Cumana.
Le long du golfe de Cariaco, la route est sinueuse et le jour est maintenant levé sur la mer bleue.
Nous quittons la mer et ne tardons pas à arriver à Cariaco. Il reste peu de passagers. Quelques-uns descendent, les autres vont à Carupano, plus loin encore.
Un taxi m’aborde. J’hésite puis demande le prix pour aller à Medregal. 80 bolivars. C’est trop cher, je décline l’offre. Je vais à pied au marché. Il est 6h, les marchands déballent. J’achète des légumes. En vue de prendre une camioneta, je vais au centre ville à l’arrêt. Quelques camionetas passent, mais ne s’arrêtent pas.Une heure plus tard, j’arrête un taxi qui m’explique que la route est coupée à Campoma par les habitants qui n’ont toujours pas obtenu les travaux promis de réfection de la route dans leur village. Inutile d’attendre une éventuelle camioneta ici. Il faut retourner au marché. Là, il y a un arrêt pour Campoma.
La queue est grande et les véhicules rares pour cette destination. En face une femme fait des empanadas. J’en prends une histoire de faire patienter. Plusieurs taxis emportent une cargaison de personnes, sept dans les vielles américaines. J’en ai assez d’attendre à l’ombre d’un arbre. Des personnes vont vers un taxi et discutent. Je les suis. Je monte, nous sommes 4 à l’arrière. Le taxi nous emmène à Campoma. Là, des hommes font barrage. Les taxis s’arrêtent. Les hommes invitent ceux qui veulent aller plus loin à s’asseoir sur des sièges en plastiques rouge. Ça fait très révolutionnaire. Le sourire et la gentillesse en plus. J’explique que je viens de France, que le pays me plait et que les gens sont gentils. L’atmosphère est sympathique, mais il fait chaud et je suis fatigué par ce long voyage…
Une camioneta arrive, pleine de marchandises et de quelques personnes. Un homme va voir, parlemente et me fait signe. La camioneta va à Cachicato, plus loin que Medregal. Je monte et m’assieds sur des sacs, de sel ou de riz, entre un vieux couple et une maman et son enfant qui dort sur les marchandises.
Super, ça roule et dans la bonne direction ! Je refais la route qui me mène au bateau.
J’arrive à midi à la marina, sous un soleil de plomb.
J’ouvre le bateau pour donner de l’air et je fonce prendre une douche.
En prenant un pastis bien frais, j’appelle Mimi qui est peut-être arrivée à Paris. Je n’obtiens que sa boîte vocale…
Je me couche très fatigué.

Le 27.08.2008
Je me réveille tôt. J’ai mal au ventre. Je me rendors plusieurs fois. Je me lève enfin ; je vais prendre une douche puis prends un petit-déjeuner. Les bouchées ne passent pas. J’ai mal au ventre. Je vais sur internet. J’ai un mail de Sophie qui me raconte les détails importants de sa vie. Ça me fait très plaisir.
Cependant j’ai mal au ventre. Je vois Jean-Marc qui me demande si le voyage s’est bien passé. Je lui raconte. Finalement je m’aperçois que j’ai mal aux abdominaux, ce qui m’empêche de respirer à fond. Ça fait comme si j’avais reçu un formidable coup de poing à l’estomac.
Je croyais avoir essuyé le coup du départ de Mimi ; ça ne fait que commencer. Je me traîne.
Je fais à déjeuner et mange sans faim. Je me couche pour me reposer. AU réveil, mes abdominaux sont toujours aussi douloureux….
Je vois Jean-Marc qui me demande si je peux le payer car la réparation du travel lift le laisse raide. Bien sûr que je le paye et il m’offre une bière.
Je mets sur le site quelques pages.
Le soir, je me couche, ravagé par le mal aux abdominaux.

Le 28.08.2008
Je passe la journée en me traînant du lit à la banquette et parfois au cockpit. J’ai de plus en plus mal ; je ne peux écrire, lire, ni même manger
Je joins Mimi par téléphone. Elle tourne en rond dans son appartement.
Le soir l’alimentation de mon ordinateur mac ne fonctionne plus. C’est le bouquet…

Le 29.08.2008
Nuit hachée ; je suis réveillé par les crampes dans le ventre. Je n’ai rien pu manger depuis deux jours.
Je me lève et décide d’aller voir Jean-Marc et Yoleida pour me faire conduire à Cariaco chez un docteur. Car maintenant j’ai mal au ventre mais aussi aux reins.
Pendant que j’écris, je dois arrêter car un grain souffle. Je mets les instruments. Le vent souffle entre 30 et 40 nœuds. Le golfe se couvre d’écume à la crête de chaque vague. Il va pleuvoir !

Un Grain passeUn grainles bateaux sous le grain
Je vais donc à Cariaco avec Yoleida et des voisins. Elle me dépose à l’hôpital tenu par des coopérants cubains. Un planton oriente. Oui je vais bientôt passer aux urgences. Je m’assieds en attendant. Mais il ne tarde pas à m’appeler. La salle de consultation est avec deux médecins et deux malades. J’explique au mien ce que j’ai, il me pose quelques questions, puis il prescrit, d’abord une piqûre par l’infirmière, puis une échographie.
Je vais m’asseoir de nouveau. Le planton vient me rechercher. L’infirmière est libre et me fait une intraveineuse avec une seringue neuve. Rien à dire côté asepsie.
Je vais me rasseoir un moment. Le planton vient me rechercher pour l’échographie. Le praticien m’enduit le ventre de gel et ausculte. Pendant ce temps, nous discutons. Il me dit que la radiologue parle français. Il va me la chercher. Elle parle un peu et retourne à son travail.
Le médecin qui fait l’échographie ne trouve rien d’anormal. Sauf une irritation de l’estomac. Il prescrit une endoscopie. Mais comme j’ai pris un thé ce matin, il me dit de revenir lundi matin à jeun.
Je revois le médecin diagnostiqueur. Je lui dis que la première piqûre n’a pas fait d’effet. Il m’en prescrit une autre. Je retourne chez l’infirmière, quelques portes plus loin et elle me fait la piqûre en envoyant les injections toutes les quelques minutes. Je demande ce que je dois : rien, c’est gratuit. Super !
J’attends Yoleida et pendant ce temps, le médecin radiologue cubain vient me voir. Elle parle le français un peu et le lit assez bien. Je luis dis que je veux aller à Cuba après. Elle va me donner l’adresse de ses parents, pour que je puisse les voir et leur donner de ses nouvelles. Les communications sont chères entre Cuba et le Venezuela….
Je rentre au bateau, je prends un pastis et réussis à manger un peu d’avocat et quelques raviolis. Victoire !

Le soir, ça va nettement mieux. Je parle avec Hervé et son épouse Evelyne revenue de France. Ça me fait du bien d’être avec eux, de parler français. Seuls les moustiques ont raison de ma détermination. Je retourne au bateau et je dors bien !

Le 30.08.2009
Ce matin comme je vais bien j’ai envie d’aller faire le marché à Cariaco. Ce n’est pas que j’ai besoin de grand chose, avec toutes les provisions que j’ai sur le bateau, mais un peu de frais fait du bien. Et puis en allant mieux, j’ai envie de sortir, de voir du monde. Dans la camioneta il n’y a que des nordiques, suédois et Danois qui parlent anglais, bien mieux que moi.
Swen qui a navigué 28 ans avec son épouse a jeté l’ancre à Medregal. Il a acheté un terrain, fait construire une petite maison et ouvre une pizzeria. Il me parle des îles à voir et celles qui ne valent pas la peine dans le sud des Caraïbes. Ça me redonne un peu envie de naviguer. J’enregistre… Au marché, j’achète fruits et légumes et du poisson. Puis j’attends l’heure du retour en camioneta. La route se passe sous la pluie. Décidément il pleut chaque jour ces temps-ci. Une pluie chaude. La mer elle-même est à 32° ces temps-ci!
Je rentre au bateau faire une sieste, sans autre motivation.
Je me réveille vers 19h. Je bricole de l’informatique. On frappe à la coque. C’est Hervé et Evelyne qui viennent me chercher pour dîner au restaurant. C’est gentil à eux de penser à moi. Nous allons au bar en attendant que le service soit prêt. Les moustiques nous attaquent avec virulence. Hervé va chercher une feuille d’aloès véra. Il s’en tartine les jambes. Il me la passe et je fais de même. Effectivement ça soulage et ça dissuade les moustiques toujours présents.
Nous dînons ensemble en discutant de navigation, des pays, des gens. J’ai du mal à manger ce qui est servi. J’ai le ventre gonflé. Je mange ce que je peux. La soirée est très agréable. Je rentre au bateau vers 23H.

Le 31.08.2008
Après une douche, je rencontre Roland. Je discute avec lui. Il me demande où est Mimi. Je lui explique la situation, alors que je n’en avais pas bien envie. Il ne commente pas. Ici les gens savent ; tout se sait dans un petit village !
Cette nuit, il a vu un tatou à 9 bandes qui errai sur le terrain de la marina. Il l’a suivi avec un projecteur. Le tatou menait sa vie, sans avoir peur. Nous sommes bien en Amérique latine, avec cet animal que les Indiens mangent et avec la carapace duquel ils font de petites guitares traditionnelles…
Je me sens physiquement pas trop mal. Il faut que je me bouge et que je trouve une motivation pour terminer les travaux, aller à l’eau et décider de ce que je fais dans la fin 2008…
Dans la matinée, je fais des mails et je reçois ceux de Mimi. J’en ai encore besoin.Le sevrage de sa présence est déjà dur, alors il me faut des mails.
Je fais un tour dans la piscine pour me relaxer et faire de l’exercice physique. L’eau tiède est agréable, mais le soleil est si chaud que les pierres qui entourent la piscine sont brûlantes sous les pieds !
L’après-midi, je fais le tour des personnes pouvant aller à Carupano avec leur propre véhicule pour leur dire de m’emmener au prochain voyage afin que je trouve la jauge de température d’eau cassée sur mon moteur. Ce sera dans la semaine…
Je commence à ranger dans le bateau, à nettoyer.
Je fais rentrer par la BLU tous les mails que Jesus m’envoie comme à ses copains motards. Il y en a 40 à faire rentrer. J’arrive à trouver une connexion rapide et à en faire rentrer dans l’ordinateur 30 en plus d’une heure. Ensuite ça ne veut plus passer. Il faudra que je continue demain, pour avoir une boîte à lettre vide et utilisable pour la météo en navigation ! Ça c’est utile, alors que les documents drôles de Jesus….
Le soir, j’ai la nostalgie des voyages et j’écoute de la musique du Portugal, du Cap-Vert, du Sénégal, de Thaïlande, d’Indonésie. Il fait nuit, pas un nuage ne vient cacher les étoiles et la voie lactée. Les gamelans balinais font vibrer les notes des vibraphones. J’ai mis un peu fort et j’écoute dans le cockpit au vent doux. Les voisins doivent se demander d’où vient pareille musique si différente de la musique occidentale…
Je sens que peu à peu le désir de bouger revient. Où, comment, en solitaire… je ne sais pas…

Le 01.09.2008
Incroyable, encore un mois qui commence ! Bientôt trois mois que je suis au Venezuela, le 12… Il faut que j’accélère pour bouge. Dans le voyage, on se sent facilement en dehors du temps, ou plutôt, le temps n’a plus d’importance. Il coule, comme l’eau coule, et tout continue, immuable… Néanmoins il faut se méfier de ce genre d’enlisement dans l’indéfini.
J’ai besoin d’aller voir les mails et ceux de Mimi, s’il y en a. Avant je fais la vaisselle, vide la poubelle. Du propre, du propre !
Je prépare les photos à mettre sur le site, lorsque j’aurai une connexion haut débit. Ça prend du temps, mais ça en prendra encore plus au cyber ! Mais alors vous pourrez enfin voir les couleurs, les splendeurs du Venezuela ! Encore un peu de patience, s’il vous plait. Classer ces photos me fait revivre ce beau voyage avec Mimi dans l’intérieur du pays…
Je vais relever les mails. Il y en a plusieurs de Mimi et des enfants. Ça me fait très plaisir.
Il y a une page du journal de Mimi que je mets sur le site.
Je regarde le site américain des cyclones. Je vois sur la carte trois cyclones actifs : une près de la Nouvelle-Orléans, un près de Cuba et un autre au milieu de l’Atlantique. Près du Sénégal un autre se forme. La saison cyclonique est bien démarrée ! Le Venezuela est en principe hors champs !
Je rentre manger au bateau. Je fais une sieste. À peine couché, un orage éclate, violent avec une trombe d’eau qui dure ! Je ferme tout, le temps que ça passe, plus d’une heure, cette fois ci ! C’est vraiment la saison des pluies. Il pleut chaque jour.
Je téléphone à Mimi : elle n’est pas en forme et supporte mal notre séparation. Quelle misère !
Je me couche tôt puisqu’il n’y a plus de courant 220 v.

Le 02.09.2008
Ce matin, je porte le linge sale à la Lavandéria Diana, nouveau service de la marina. Une charmante jeune fille me prend le linge ; il sera prêt à 15h. Je retourne au bateau et je range.
Je vais faire un tour sur le net. Pas de mail. Ceux que j’ai envoyés, sont-ils arrivés ? Je demande à Jean-Marc quand le courant sera rétabli. Il me montre la ligne qui borde la marina, avec un poteau abattu par le grain d’hier et les fils par terre… Ça va donc durer !
Je rentre manger au bateau. Un grain arrive et la pluie arrose pendant près d’une heure ! Le terrain est bien humide !
Je vais chercher le linge à la Lavanderia. Il est sec, plié, tout prêt ! Je refais un beau lit tout propre !

Le 03.09.2008
Réveil aux aurores, douche, petit-dej et je suis prêt pour aller à Carupano avec Jean-Marc dans le but de trouver la sonde cassée de mon moteur. Pascal et Marc attendent aussi pour le voyage. Nous partons à 4. La route est de plus en plus défoncée au fur et à mesure que la saison des pluies avance.
Nous arrivons à Carupano.

Jean-Marc nous conduit à CarupanoUn camoin de papayes!

Jean-Marc va dans une grande ferreteria pour acheter de l’antifooling pour un bateau qui est dans sa marina. Puis chacun va faire ses courses. Un peu d’épicerie pour moi. Je voulais faire du change à la banque, mais Jean-marc va me changer des euros à 6/1 si je lui fais un virement. Le cours de l’euro remonte à près de deux fois le cours officiel !
Je le retrouve au restaurant San Francisco. J’arrive avant lui et je bois une bière en attendant et en regardant CNN et la convention républicaine. Un vieux conservateur et une jeune vice-présidente ! La carpe et le lapin !
Jean-Marc arrive. Un whisky pour chacun, ça ouvre l’appétit. Nous commandons une pièce de bœuf et des frites largement servies. Jean-Marc a acheté une bouteille de vin chilien de cépage … Il veut me faire goûter un bon vin chilien qui vaut bien moins cher qu’en France à qualité égale. Celui-ci vaut moins de 6 à 7 euros.
La pièce de bœuf arrive, gigantesque avec des frites à profusion. Nous goûtons le vin rouge. Le parfum exhale les fruits rouges et des tanins de vin vieilli en fût. C’est prometteur. En bouche, ça tient la promesse. Les arômes sont subtils, chauds, variés. J’avale et derrière, rien, pas d’arômes d’arrière-goût. Derrière c’est plat, contrairement à un vin français… Curieux. C’est bon au premier abord et décevant au second. En tout cas très différent de ce qu’on attend d’un bon vin français…. Nous mangeons comme des goinfres. La viande est tendre et bonne. Elle serait meilleure bien faite, mais ici on la mange jeune…
Nous parlons des pays d’Afrique, du Venezuela, de l’Europe, comme des expatriés, comme des voyageurs, pour comparer, pour essayer de comprendre le fonctionnement de ces pays et leur devenir…
Après le plat, vient le café qui est bon et le rhum local qui lui aussi a un premier goût et est sans arrière-goût en bouche…
Nous sortons de table bien repus et inpreignés. Nous retournons au parking, et retrouvons Pascal et Marc. Nous faisons un arrêt chez un vendeur de pièces détachées qui me vend une sonde de température, presque pareille à la mienne. Nous verrons bien au montage…
Nous faisons le retour au soleil couchant. Le paysage est d’une beauté sublime, mis en 3D par la lumière rasante et chaude ! Le retour se fait dans la bonne humeur. Nous échangeons des expériences. Pascal est journaliste et vend des sujets à des télés. Il filme ses sujets et travaille ainsi 6 mois sur 12 et profitant des lieux où il passe pour vendre des sujets qui lui plaisent sur les pays où il passe. Il est très sympa, mais repart déjà pour raccompagner son copain à l’avion à Margarita…

Le navigateur journaliste
Au retour nous discutons un moment avec Thomas qui est revenu à Medregal, puis je vais au bateau me reposer et dormir. La journée est vite passée dans la bonne humeur !
Au bateau, je m’aperçois que le courant est revenu. Nous l’espérions car nous avions vu sur la route des camions grue aller vers Medregal. J’en profite pour vider ma boite à lettre sur la BLU. Il y a encore 23 message. Jesus en a donc envoyé encore 13 en deux jours ! Il faut que je l’appelle demain au téléphone pour lui dire d’envahir ma boîte aux lettres au risque de la rendre non-opérationnelle pour un mail météo, indispensable pour une bonne navigation !
Heureusement, ce soir, la transmission est rapide !

Le 04.09.2008
Ce matin, il fait particulièrement chaud, sans un souffle d’air. Je n’arrive pas à me mettre au bricolage. Je vais voir Jean-Marc pour lui faire un ordre de virement, le scanner et l’envoyer à ma banque. Il me fera du change à près de 6 bolivars contre 3,5 pour un euro au cours officiel. Le cours au noir remonte en approchant de Noël et des élections américaines. Avec le scan de l’ordre, je vais au bar wifi pour l’envoyer. Il en faut du temps ! C’est lourd et ça passe mal. Un peu de patience et voilà.
Je discute avec Michel, un Français qui tourne dans les Caraïbes depuis 9 ans avec son bateau et qui envisage de finir par se poser, mais où ? Il me propose ses services pour refaire l’échappement. Je vais réfléchir.
Je vois Hervé et Evelyne qui m’invitent ce soir à bord car c’est l’anniversaire d’Hervé, le 70ème ! Evelyne me rappelle : le rendez-vous sera d’abord à la pizzeria de Swen.
L’après-midi coule en lecture et en musique. Je répare l’alimentation de mon ordinateur Mac. J’y vais prudemment, je dénude le fil à l’endroit où il y a un mauvais contact. Je coupe, ressoude. Ça marche de façon continue et non plus aléatoire !
La nuit commence à venir, le ciel devient jaune, vert, bleu, puis bleu nuit. Le grand calme se répand sur la mer. Les derniers bruits du chantier s’arrêtent. Les employés n’ont pas réussi à remettre à l’eau un bateau car les roues du travel lift s’enfoncent dans le terrain détrempé par les pluies des jours précédents…
Hervé et Evelyne arrivent au ponton. Nous allons ensemble en annexe à la pizzeria. Les vagues de la journée ont disparu, il reste un petit clapot. On voit de loin les gens dans le restaurant. On met l’annexe au ponton. On entre dans le jardin. Le feu rougeoie dans le four.

Les pizzas dans le fourEvelyn et sa pizzaHervé et EvelynLa pizzeriaSwen et son épouse

Swen y enfourne des pizzas. Nous trouvons place autour d’une grande table. Il y a d’autres navigateurs. Les moustiques ne mangent pas les pizzas, mais les pieds. Je mets un répulsif, les autres aussi. La pizza est bonne ! L’endroit est super, les pieds dans l’eau ! Nous partons pour aller à bord de Papa Djo. Il y a Thomas, Pascal et Marc en plus d’Hervé et d’Evelyne. On boit des bières pendant que les coquillages cuisent. Évelyne prépare un riz pour les accompagner et la soirée se passe bien agréablement.

Hervé 70 ans et bon pied bon oeil pour faire le tour du monde70 ans, ça s’arrose!

J’ai apporté une bouteille de vin des Canaries, une des dernières. J’ai apporté pour Hervé un livre sur la plaisance à l’Estaque. Je le lui donne. Il est minuit passé, lorsque nous quittons le bord. Thomas me ramène à terre.
À peine au bateau, je dors !

Le 05.09.2008
Je vais sur internet relever les mails de Mimi et une page de son journal que je mets sur le site. Je regarde le site d’information sur les cyclones. Trois cyclones sont sur l’Atlantique nord et se suivent. Haïti a déjà trinqué et un second cyclone se dirige vers l’île.
Ici, plus au sud, les cyclones ne passent pas, en principe. Leur effet peut se faire sentir de loin. Il vaut mieux regarder.
Je rentre au bateau. Je fais la cuisine.
Je finis le livre « La lucidité » de José Saramago : Un pur chef d’œuvre. Il faut passer sur une première impression ; le style déroute tant l’écriture ne laisse pas de blanc. Ça paraît bourratif. Et puis l’humour, la finesse, l’intelligence vous font signe au fur et à mesure des pages. On se prend au jeu intellectuel de cette construction baroque, de ce roman absurde et si réaliste. C’est un pur régal, dont je n’ai pu me détacher avant la fin ! Je vais peut-être pouvoir me mettre au moteur maintenant ? Quoi que je viens de prendre un autre livre du même auteur : « Manuel de peinture et de calligraphie ». Je risque de me faire prendre de la même façon par son habileté, sa profondeur…
Mimi m’appelle : elle supporte mal la séparation… Que lui dire ? Elle dit que j’aurai du la retenir… Ce n’est pas mon genre. J’aime les personnes libres.
Je tente de vider ma boîte mail du bateau, mais le contact passe mal et pendant ce temps ce con de Jesus continue à la remplir avec des mails collectifs, malgré mes demandes d’arrêter !
Mas moyen, ça passe mal.
Je regarde des films sur l’ordinateur et je lis…

Le 06.09.2009
Je vais relever les mails. Je rencontre Thomas. Il me demande comment vont les travaux. Je lui propose de venir m’aider. Il bricole sur son bateau, un moteur expérimental et bosse un peu sur le bateau de Fred. Il a la flemme. Je lui demande de réfléchir. Je lui dis qu’à deux, on avancerait vite, alors que seul, je peine à m’y mettre…
Je glande toute la journée. Je classe de la musique et enregistre les CD de musique Africaine achetés à Dakar, que je réussis à déprotéger.
Le soir, je vais dîner au restaurant. Il y a du cochon de lait grillé à la broche. Il y a Hervé et Evelyne. Ils disent qu’ils vont partir pour les îles en fin de semaine. J’aimerais être prêt…

Le 07.09.2008
Ce matin, je me suis juré de me mettre au boulot. Je commence par le frigo. Il y a quelques jours, j’ai fait une grosse connerie. Il y avait tant de glace que ça gênait l’ouverture du freezer. J’ai employé un couteau et j’ai percé le tuyau de fréon…Alors que je dis de ne pas le faire aux enfants, je le fais… et je gagne le gros lot ! Quel con !!!
Je vide le frigo et en profite pour le nettoyer. Il en avait besoin !Je ne vois pas comment démonter le freezer. Je demanderai conseil avant de faire une autre connerie !
Je me remets sur le moteur. J’enlève une ferraille boulonnée pour faire une place pour le pot de barbotage sur l’échappement, pour qu’il corresponde aux normes prescrites et que le moteur ne reprenne plus l’eau. Il me faut la matinée pour y arriver !
Je déjeune puis j’appelle Mimi qui n’est pas bien loin de moi. Elle parle de revenir !
Je lui dis que je vais finir les travaux et remettre le bateau à l’eau et que nous verrons comment ça va alors… Cette instabilité me fait peur…

Le 08.09.2008
Ce matin, je me mets au travail. Je compare le plan d’installation d’un échappement modèle avec le mien. Je constate qu’il faut changer la sortie d’échappement à la mer à travers la coque et refaire une autre sortie plus près de la cabine qui permette d’installer un col-de-cygne dans la cabine. Il faut donc percer la coque et ressouder là où il y avait l’ancienne sortie. Ça je ne sais pas bien faire. Je vais donc au bar attendre Michel qui est soudeur de métier pour lui demander s’il veut intervenir et à quelles conditions. Il arrive. Je discute avec Danielle, revenue de Cumana avec son ami Christian à bord de son grand bateau à moteur. Danielle me demande des nouvelles de Mimi et me dit de lui transmettre toutes ses amitiés.
Michel vient à bord. Je lui explique, il regarde, constate le travail fait contre les normes par Sécuméca de Nantes. Il confirme ce que je pensais faire et me dit qu’il lui faudrait trois jours pour refaire l’échappement à 30 bolivars de l’heure. C’est OK. Pendant ce temps, je vais faire le reste pour avoir un moteur prêt à fonctionner et pouvoir rejoindre l’eau après l’antifooling.
Je me sens mieux à cette perspective !

Le 09.09.2008
À 8h précises, Michel arrive au bateau. Nous nous y mettons à deux. D’abord refaire un échappement dans les règles. La matinée passe à loger le pot à barbotage dans la gâte moteur plus bas que la sortie d’échappement sur le moteur. Ensuite nous ne sommes pas trop de deux pour faire passer le tuyau selon une ligne droite et ascendante jusqu’au fond du bateau. Il faut percer des cloisons, râper, élargir… Ça passe. Reste à percer la coque au bon endroit, à tribord alors qu’avant le passe coque était à bâbord. L’acier est résistant, ce n’est pas de la vulgaire tôle, c’est un acier plus résistant. Aussi Michel transpire pour faire les trous avec la perceuse. Ensuite il faut meuler pour égaliser les bords. On fixe le passe-coque d’échappement au Sika et avec des visses.
La journée est passée vite à deux et l’on a bien avancé ! Un tour au bar pour nous rafraîchir !
Michel travaille bien tout en parlant, en racontant sa vie. Un type sympa et capable, qui cherche à se fixer, à construire le restant de sa vie…

Le 10.09.2008
8h précises et Michel arrive. Lui bricole le raccordement du moteur et l’extraction de la partie filetée de la jauge de température d’eau qui était cassée au raz du moteur. Je m’occupe de menuiserie pour refermer le fond de la cabine tribord en tenant compte du tuyau d’échappement.
Danielle et son ami Christian, passent à bord pour demander une aide à Michel. Ça discute. On bricole encore un peu et l’on va au bar pour amortir la chaleur.
L’après-midi, on finit les raccordements gasoil, l’électricité dans la gâte moteur.
Voilà trois jours que l’électricité est coupée dans le village. Les panneaux solaires donnent l’électricité nécessaire au bord. Le survolteur permet d’utiliser les perceuses, scies… mais pas le poste à souder. Alors demain si l’électricité revient, Michel soudera des pièces sur les ouvertures de l’ancien échappement et de la mise à l’air.
Travailler au Venezuela n’est pas toujours simple, quand on ne peut même pas compter sur l’électricité. Il y a des coupures même à Caracas. Les gens sortent parfois du métro, là où il s’est arrêté, à la lumière de leur téléphone portable…
En fin d’après-midi, on retrouve Danielle, Christian, Thomas, Jean-Marc et des jeunes nouveaux au bar. Les moustiques finissent par m’en chasser après que j’ai relevé mes mails, dont ceux de Mimi et de Salifou ! Je répondrai demain !

Le 11.09.2008
Michel vient tôt pour souder et boucher les trous dans la coque qui ne servent plus.
Jean-Marc lui a prêté le poste à souder et miracle il y a de l’électricité. Il commence par meuler l’acier autour. Puis il soude. Je vais dans la cabine arrière pour voir si la chaleur ne met pas le feu. Un peu de peinture brûle et s’éteint d’elle-même. Michel bouche un premier trou avec une belle soudure. Il fait de même pour le second. Pendant ce temps, je mets le régulateur de tension pour les panneaux solaires qu’il m’a vendus peu cher. Les panneaux pourront fonctionner tout le temps sans abîmer les batteries par une surtension.
Nous terminons la matinée au bar où Christian et Danielle font une tête d’enterrement. Le bateau à moteur que Christian vient de sortir du chantier Navimca à Cumana pour changer deux tôles, fait de l’eau dans les fonds. Une soudure a dû être mal faite. Il va devoir retourner au chantier et faire valoir la garantie du travail qui vient d’être fait et mal fait… Vu la réputation du patron, ce n’est pas gagné d’avance. Déjà que pour changer deux tôles il est resté au chantier 65 jours alors qu’il fallait au plus 4 jours…
La plaisance, c’est parfois dur !
L’après-midi, je fais de la peinture sur les parties poncées et soudées. Je resserre les boulons du secteur de barre et de vérin du pilote.
Après avoir bien transpiré, je vais plonger dans la piscine pour me rafraîchir un peu. Je regarde mes mails et me fais surprendre par une averse. Je rentre au bateau fermer les panneaux. Je regarde un film, je dîne et je vais me coucher pour être en forme pour la peinture demain, une première couche d’antifooling au programme…

Le 12.09.2008
Réveillé tôt, je prends une douche, déjeune et me mets au travail pendant que le soleil n’est pas trop chaud.

Diam Rek et son antifooling rouge!Diam Rek et son antifooling rouge!

Je mets une casquette et un polo car hier j’ai attrapé un début de coup de soleil et travaillant torse nu.
Je colle un papier collant sur la ligne de fin d’antifooling. À 7h30 je commence la couche d’anttifooling. Le produit est rouge et épais.Je le remue bien et je commence à l’appliquer. Je finis le côté à l’ombre un peu avant 10h. Même à l’ombre, je transpire. Je vais boire au robinet d’eau souvent.
Je commence la seconde moitié au soleil. Je transpire encore plus. J’ai mal au bras et à l’épaule tant le produit est épais et dur à étaler au rouleau. Je finis la première couche peu avant midi ! Je suis épuisé.
Pendant que je peignais, je voyais un couple de suédois s’activer sur la coque de leur bateau. Ils bossaient à deux avec ardeur ! Chapeau madame la scandinave qui a près de la soixantaine !
Je vais boire une bière au bar. Je relève mes mails. Tout va bien. Jean-Marc me donne un papier, une invitation à un BBQ pour fêter les 7 ans de Januaria, sa fille ! Super, ce sera la fête !
L’après-midi, je suis si crevé que je fais la sieste puis regarde un film de science fiction. Demain je passerai la seconde couche. Après il faudra faire des finitions, ranger tous les outils et le matériel qui encombre le carré et les cabines…
Le soir, je vais au bar pour l’anniversaire de Januaria. Je lui apporte un collier de cauris sénégalais. Elle est en robe chinoise de soie blanche, ravissante avec sa frimousse brune !
Jean-Marc a préparé un apéritif dînatoire avec œuf mayonnaise, beignet de purée, poulet à la braise et gâteau d’anniversaire arrosé de chardonay chilien super.
Januaria était couverte de petits cadeaux. Elle était tout sourire. Au moment des bougies, la famille vénézuélienne chante bon anniversaire en espagnol. Anglais et anglophones suivent en anglais. Des Suédois continuent en suédois. Les Français ferment le banc !
La musique invite à la danse. Yoleida et son frère Raul dansent comme des professionnels. C’est superbe !

Le 13.09.2008
J’ai du mal à décoller de la couchette, mais j’y vais. Je fais une seconde couche d’antifooling.
Puis j’enlève les pieds qui retiennent le bateau, un à un pour les déplacer et passer de l’antifooling sur la partie qu’ils cachaient… Avec le soleil, je mouille la chemise ! Je finis avant midi. Le bateau est presque prêt pour aller à l’eau. Pourvu que le week-end ne soit pas top pluvieux. Si c’est le cas, le terrain sera trop détrempé pour que le travel lift puisse transporter le bateau sans s’enliser… Alors il faudrait attendre un peu…
Je vais au bodegon pour acheter du pain ; en approchant, j’entends les tambours. J’approche. C’est la fête. La patronne quitte la fête et vient me servir. Elle retourne à la fête. Je la suis. Il y a la vierge sur un petit palanquin que portent quatre jeunes filles en dansant au rythme des tambours. Les gens dansent et regardent en buvant des bouteilles de bière. Samedi dernier, c’était déjà la fête de la vierge…

Les embarcations arriventLa vierge portée par les jeunes fillesLa vierge portée par les jeunes filles qui dansentLa vierge portée par les jeunes filles qui dansentVierge et bière PolarLa vierge portée par les jeunes filles qui dansent

Je rentre et vais au bar. Là aussi une table avec la vierge est installée. Bientôt la musique se rapproche. Les gens arrivent en procession avec la vierge. Ils font une présentation au bar. Les deux vierges sont face à face, l’une sur sa table, l’autre sur le baldaquin qui danse. La musique est rythmée, répétitive, envoûtante. Filles et musiciens ont de l’endurance.

La vierge de Medregal villageLa vierge portée par les jeunes filles qui dansentrencontre des viergesDépart vers les pontons et le village d’origine

La procession s’ébranle et quitte le bar pour le ponton de l’hôtel. Je suis avec l’appareil photo. La vierge est chargée sur une lancha décorée avec des palmes et des banderoles multicolores. D’autres personnes montent dans d’autres lanchas. La lancha avec la vierge, les tambours, les danseuses est si chargée que ça me semble dangereux ! Il faut que la vierge fasse un miracle pour que tout le monde arrive au village voisin dont il vient.

vers les embarcationsLes musiciensL’embarcation de la vierge décoréel’embarcation de la ViergeC’est la fête!C’est la fête!Çest juste pour ne pas prendre l’eau!
Foi, bière, chaleur, maillot de bain, danse et musique venue d’Afrique, tout concourt à une fête bon enfant.
Je rentre au bateau pour déjeuner. Le temps de faire une petite sieste et un violent grain éclate. Des vents à 40 nœuds et une pluie fournie. Le terrain est tout trempé…
Le soir, je vais dîner au restaurant avec Michel, Christian et Danielle. Jean-Marc a préparé des steaks au poivre qui sont sublimes, tendres et savoureux ! Un vin chilien l’accompagne à merveille !
Lorsque je rentre au bateau, il y a un concert de grenouilles. Leur coassement ressemble à une musique électronique grave et répétitive.

Le 14.09.2008
Cela fait un peu plus de trois mois que je suis au Venezuela. Demain Jean-Marc ira à Carupano et fera renouveler plusieurs passeports pour trois mois, dont le mien. Je serai en règle jusqu’à la fin de la période des cyclones. Je pourrai alors remonter plus au nord.
Ce matin, je regarde les cartes pour voir les choix possibles vers les îles du Venezuela, puis les San Blas au Panama et le Guatemala et le Belize et enfin Cuba, ou les îles du Venezuela puis la Jamaïque et Cuba… Je ne sais pas encore… En tout cas ç’est signe que le bateau va être à l’eau dans quelques jours et que j’ai de nouveau envie de bouger…
En attendant, je refixe les anodes sur la coque de Diam Rek, pour la protéger des attaques de courants électriques. En cas de fuites électriques ce sont les anodes qui sont rongées, pas la coque…
Je mets le tuyau de mise à l’air du col-de-cygne. Après avoir bien réfléchi à un passage idéal, j’ai trouvé : je le fais traverser la coque là où passent les commandes sous le cockpit et je le fais aller dans le vide-vite du cockpit. Le parcours est simple, assez horizontal. Tout va bien…
Avec la chaleur, je transpire en bricolant.
Je vais au bar pour relever les mails…
L’après-midi, je fais une sieste interrompue par un grain violent. Dans la baie, deux bateaux dérapent sans conséquence.
Je suis fatigué et je n’arrive plus à bricoler. Je vois Jean-Marc. Demain il va à Carupano. Il va me faire du change et la prolongation du passeport.
Je fais le plein des réservoirs d’eau. Celui de 1000 litres est presque vide. Je l’avais rempli, il y a trois mois…
Je rencontre Roland qui va chercher une pizza chez Swen. Je l’accompagne et je prends une pizza pour dîner. Comme à la maison !

Le 15.09.2008
Michel vient pour souder l’évaporateur du frigo que j’ai percé. J’ai commencé à démonter les tuyaux et j’en ai abîmé un. Michel réfléchit et conclue qu’il ne peut pas le réparer de façon sûre. Nous allons voir Roland pour savoir s’il a des pistes et s’il va à Cumana bientôt. Il ne sait pas où trouver un évaporateur ; il en a déjà cherché un sans résultat. J’appelle Jean-Marc. Il pense savoir où en acheter un à Carupano. Je lui donne les mesures.
Je me mets à ranger dans le bateau. D’abord, les cabines arrière. J’en profite pour jeter des vieilleries…
Je ferme le cockpit et je visse avec l’aide de Michel pour avoir une bonne étanchéité ! Je range dans les coffres.
La sortie du bateau est prévue pour demain matin… s’il ne pleut pas trop d’ici là !!!
Je range dans le carré. Tous les outils ! Quelle place désormais. Tout est prêt pour la sortie.
Michel a trouvé un évaporateur chez Christian. Si Jean-marc n’en apporte pas un neuf, j’aurai celui-là avec le gaz et je serai dépanné. J’aurai un frigo qui marchera ! Le confort sous les tropiques !
Je vais au bar wifi. Pas d’internet ! Je pique une tête dans la piscine pour faire un peu d’exercice. Je ressors au soleil couchant, dans le grand calme du soir. C’est le grand calme pour la nature, sauf pour les moustiques qui sont infernaux. Je reflue au bateau.
Je retourne au bar voir Jean-Marc qui est rentré. Il n’a pu faire prolonger les passeports pour cause de vacances de l‘agent… Il faudra attendre pour être en règle. Il a reçu mon virement. Il n’a pas trouvé l’évaporateur, il n’y en avait que des plus grands… Michel m’installera celui de Christian demain…

Le 16.09.2008
Je suis prêt pour la mise à l’eau. Je prends des photos de Diam Rek avec sa nouvelle couleur d’antifooling. Ça le change et je n’y suis pas encore habitué. Désormais à la flottaison, on verra du rouge au lieu du noir. Ça c’est de l’adaptation ; en pays révolutionnaire, le rouge est de mise !
Jose et ses aides viennent vers 8h. Ils peinent à mettre le travel lift en place autour du bateau. Ils sont obligés de consolider le sol avec des cailloux. Une fois en place, ils passent les trois sangles. Ils lèvent doucement, le bateau est porté, suspendu.

Une hirondelle à bordMise à l’eauMise à l’eauMise à l’eau
Le travel lift avance vers la piste en béton qui va dans la mer. Quelques retouches à la trajectoire et le bateau entre dans l’eau. Il flotte.
Je démarre le moteur, ou plutôt j’essaie, car il ne démarre pas. Je purge le circuit. Il finit par démarrer. Mais une alarme sonne. J’éteints. Je fais appeler Michel qui m’a aidé à rac corder le moteur. Il vient et regarde. Il débranche alarme après alarme. Finalement c’est la sonde unipolaire que j’ai achetée qui ne convient pas. Il la débranche et l’alarme s’arrête. J’ai l’indication de température d’eau mais pas l’alarme de surchauffe.
Les amarres sont détachées du travel lift. Je recule et vais jeter l’ancre un peu plus loin. Je regarde si ça tient ; c’est le grand calme. Je range les amarres.
Je déjeune rapidement. Il fait chaud. Je n’arrête pas de transpirer ; il n’y a pas d’air.
Je m’aperçois que le bateau fait de l’eau dans la gâte moteur. Je ne vois pas la fuite. Je ferme la vanne d’arrivée d’eau de mer. Je mets la pompe de cale. Il y a encore des réglages à faire avant d’aller plus loin…
En fin d’après-midi, je vais à terre, lorsque j’ai vu qu’il n’y a plus de risque d’orage et de grain. Je vois Jean-Marc qui n’a pas encore mes bolivars. Il les attend pour vendredi. En attendant, je ne peux payer Michel, qui est à sec et va voir Jean-Marc pour qui il bosse pour réparer ses chambres froides et climatiseurs, pour se faire avancer un peu de monnaie…
Je relève mes mails et en envoie à des navigateurs pour avoir de leurs nouvelles.
Je rentre à bord de Diam Rek. C’est le grand calme ! Pas une ride sur la mer, le silence, mais pas d’air non plus. Il fait chaud, 35° !!! Je regarde la température de l’eau 31°…
Le soir, je regarde un film et je m’endors vite.

Le 17.09.2009
Je me réveille tôt, dans un calme surprenant. Pas une vague ! Je vais vérifier l’eau dans la gâte moteur. Le niveau ne semble pas avoir changé. Le bateau ne prend pas l’eau par la coque.
Je passe la matinée à changer le support moteur de l’annexe sur le balcon arrière. Depuis le temps que j’en avais un neuf dans les coffres, je l’installe. Je cherche dans les coffres le matériel pour installer un switch automatique pour la pompe de cale. Je trouve le matériel sans problème. Je lis le mode d’emploi. Vu l’heure, je fais la cuisine, avec les restes de légumes frais.
Hervé et Evelyne passent pour me demander des renseignements sur Merida, parce qu’ils voudraient y aller. Je leur indique ce que nous avons fait avec Mimi et je leur prête le guide du Venezuela du Petit Futé. Ils repartent heureux, pour étudier leur projet.
Ils m’ont dit le résultat d’une nouvelle agression d’un navigateur français en pleine marina de Caracas : 4 balles dans la tête parce qu’il avait tenté de résister ! Au Venezuela les gens sont très gentils et accueillants, mais une infime proportion est d’une violence sans limites et ça gâche tout ! Sale ambiance !
Pendant que je prends un pastis en attendant la fin de la cuisson, Michel vient à bord s’enquérir de mon entrée d’eau. Je lui sers un pastis et une assiette de mon plat de légumes saucisses. Il aime ça. Nous discutons un moment. Un grain passe, il pleut. Michel rejoint la terre et le travail pour Jean-Marc. J’écris un peu, avant de brancher l’automatisme pour la pompe de la gâte moteur.
Je prépare à déjeuner avec les restes de légumes frais. Michel vient demander des nouvelles des travaux. Nous prenons un pastis et déjeunons ensemble.
Finalement je prépare le matériel pour demain et je vais sur internet à terre.
Je rencontre Marion, son mari et ses trois enfants qui jouent dans la piscine avec les deux enfants d’un autre couple de français. Marion me demande des nouvelles de Mimi, car elles avaient bien discuté ensemble avant leur départ. Je lui dis que Mimi va revenir.
Je relève mes mails. Je trouve un mail de mon ami Yann qui a toujours des ennuis avec son bateau. Voilà deux ans qu’il devrait être parti et en fait il y a toujours des réparations à faire, des malfaçons dans les travaux effectués… L’usure du temps fait que son épouse ne veut plus partir. Elle est partie réfléchir. Yann est effondré, lui qui avait tant rêvé une vie de couple avec leurs deux enfants autour du monde… Je compatis et lui envoie un mail d’amitié.
Les nouvelles de Mimi sont bonnes. Je quitte le lieu ne pouvant plus supporter l’attaque massive des nonos !
Je rentre au bateau ; je dîne et regarde un film dans le calme du soir sans houle.
Position actuelle : Medregal 10.31.996N 63.48.012W

Le 18.09.2008
Ce matin, je me mets à l’électricité. Je fais passer une ligne pour le switch de la pompe de la gâte moteur. Tout seul, c’est long et difficile. Il faudrait être deux. J’y passe la matinée, mais ça marche ! Je suis heureux du résultat. En cas de fuite, la pompe se mettra en marche automatiquement. Maintenant il ne me reste plus qu’à réparer le flotteur de la pompe de puisard.
Depuis ce matin, il y a des nuages gris et il pleut par moments sans qu’il y ait du vent. Ni vent pour l’éolienne, ni soleil pour les panneaux. Jour à économiser l’énergie.
Je regarde le switch de la pompe de puisard ; il est mort, je le démonte pour rien.
Après avoir lu un moment, je vais au bar wifi lors d’une éclaircie. J’y retrouve les couples de Français et Michel. Je regarde mes mails. Internet est trop lent pour aller consulter mon compte bancaire…
Je discute avec les Français des futures escales. Plusieurs veulent aller à Cuba, quelques-uns en Amérique centrale. Peut-être ferons-nous un bout de chemin ensemble…
Pendant que nous discutons, il tombe des hallebardes ! Et ça dure ! On se croirait à Brest ! Un vrai temps breton. La seule différence est la température autour de 30°.

L’orage
Je décide de rentrer au bateau lorsqu’il pleut moins. Je patauge dans les flaques. Arrivé à l’annexe, elle a le fond rempli d’eau. Je rentre dans le noir, sous la pluie chaude. Je me repère dans le noir sur le bateau de Christian qui est le seul à avoir beaucoup de lumières et qui est près du mien. Après je devine l’ombre du mien, avec ses deux mâts et ses deux enrouleurs. Je monte à bord. Je remonte l’annexe avec peine tant l’eau l’alourdit. J’ouvre la vanne et elle se vide peu à peu. Je l’attache solidement au balcon pour éviter qu’elle bouge et qu’on ne la vole facilement…
Je dîne en écoutant de la musique sénégalaise. Il est encore tôt, je peux lire.

Le 19.09.2008
Journée d’attente. Jean-Marc attend son changeur et espère les bolivars pour mardi ou mercredi. Idem pour la prolongation du passeport. Demain faute de liquide, je n’irai donc pas au marché.
J’envoie des mails aux amis et parents dont je n’ai pas de nouvelles depuis longtemps. Je vais à terre pour les envoyer et j’ai quelques réponses rapides qui me rassurent et me font plaisir.
Le soir un dinghy accoste Diam Rek. Je vais voir ; c’est Marion. Demain ils vont en bateau et comme j’ai donné un paquet de cigarettes à Christophe, elle me propose de m’acheter ce dont j’ai besoin en fruits et légumes. Je suis touché tellement c’est gentil. Nous parlons un moment et lorsqu’elle veut rentrer, son moteur d’annexe ne veut pas démarrer. Après de vaines tentatives, elle rentre à la rame, la pauvre ! Heureusement son bateau est à côté et il n’y a pas de vent….

Le 20.09.2008
Michel m’apporte un switch pour la pompe de puisard. C’est gentil, il a pensé à moi, et il passe avant d’aller travailler. Je l’installe aussitôt et ça marche. Super !
Je monte une ligne pour pêcher du bord. Je vois des bandes de poissons passer. Ils me mangent les appâts, sans se faire prendre… Il faut que je perfectionne ma technique !
Je rebranche le régulateur de tension de l’éolienne. Je pense que ça va aller.
Le soir, je vais dîner au restaurant avec Michel et un jeune couple sympa, Stéphanie son mari et son jeune garçon.

Le 21.09.2008
Ce matin, je termine « Manuel de peinture et de calligraphie » de Jose Saramago. C’est un super livre pour ceux qui s’intéressent à la peinture et à l’écriture. Intellectuel, sensible et passionnant.
Je prends un autre livre, plus gros : « La cité de Dieu » de Paulo Lins. Un auteur brésilien qui dépeint la vie dans les favelas de Rio de Janeiro.
Marion vient en annexe me dire qu’elle n’a rien trouvé pour moi à Guacarapo. Je lui dis que ce n’est pas grave, il y avait l’intention et ça m’a touché. Elle veut redémarrer et le câble de commande lâche. Je lui prête des outils. Elle n’y arrive pas. Elle a un coup de blues et elle pleure disant qu’elle en a assez de cette annexe qu’il faut sans cesse réparer, qu’elle veut arrêter, qu’après la saison des cyclones, ils retourneront en Martinique travailler pour remplir la caisse de bord… Elle est touchante, elle que j’admire pour son énergie d’habitude…
Je prends mon annexe et la remorque jusqu’à son bateau car il y a du vent. Je luis propose de garder mon annexe pour la matinée, puisqu’elle voulait aller à terre sur internet.
En fin de matinée, elle revient me rendre l’annexe, heureuse.
Vers 13h, je vois que l’énergie ne monte pas malgré le soleil et le vent. Je regarde le branchement du régulateur de l’éolienne. Je change le branchement. Le régulateur a deux sorties. J’en mets une sur chacun des deux groupe de batteries. Ça semble fonctionner. Il faut voir sur quelques jours…

Le 22.09.2008
Michel passe l’après-midi pour installer l’évaporateur du frigo. Jean-Marc donne gracieusement du gaz fréon. Michel installe l’engin. Je l’aide sur ses indications pour ne pas casser le capillaire. Michel met le gaz en surveillant les manomètres.
Le compresseur veut bien démarrer. Mais il s’arrête vite. Je vérifie au multimètre combien il consomme d’ampères :12 !!! Il y a trop de pression de gaz. Michel en relâche peu à peu, jusqu’à ce que le frigo ne consomme plus que 6 ampères.
Super, ça fonctionne. Mais c’est gourmand en énergie. Je le laisse tourner toute la nuit.

Le 23.09.2008
Dans la matinée, je passe à terre. Jean-Marc n’est pas allé faire prolonger les passeports. Il me dit que le responsable qui est en vacances, vent bien les prolonger mais pour un pris supérieur de moitié. Comme il est en vacances c’est son adjoint qui mettra les tampons et lui aussi aura sa part de gâteau… Jean-Marc l’a envoyé balader. La situation est en attente. Pour ce qui est du change, il aura l’argent demain ou au plus tard après-demain. Pour la peine il m’offre des frites ; il est en train d’en faire pour des clients.
La houle est forte lorsque je retourne au bateau. En ce moment une dépression tropicale passe au large du Venezuela et s’étend sur toute les Antilles, jusqu’à Haïti. Elle passe au large, mais, dans le golfe, on en ressent les effets et en particulier un vent d’ouest et une houle de 70 centimètre, très courte, qui fait bien bouger les bateaux…

Le 24.09.2008
Je laisse le soleil recharger les batteries et je mets le moteur en route. Il démarre sans problème. Par contre je constate que la pompe à eau de mer fuit. J’arrête le moteur et je démonte la pompe. Il me manque une mince à serre-clips. Je vais à terre. Michel m’en apporte une et enlève le clips qui permet de démonter la pompe. La corrosion a endommagé les joints en caoutchouc. Il va falloir en trouver. Je les montre à Jean-Marc ; il pense en trouver à Carupano dans une ferreteria. Il y va vendredi. Il va aussi chercher le change. Enfin !
Hervé et Evelyn arrivent. Ils viennent de Muelle. Ils comptent partir vendredi pour Merida et y rester quelque temps.
J’aurai le temps d’aller à Cumana et Puerto la Cruz et de voir venir Mimi. Nous nous retrouverons alors pour naviguer ensemble, d’autant plus qu’ils comptent aller à Cuba comme nous !
Bon jour, aujourd’hui, j’ai eu Mimi au téléphone et j’ai eu un mail de ma fille Sophie !

Le 25.09.2008
Je passe la matinée au bateau. L’après-midi, je vais à terre. Jean-Marc ne va pas demain à Carupano chercher les bolivars. Je devrais encore attendre !
Je vois Christian qui me demande des nouvelles et me dit qu’il doit avoir les joints pour ma pompe à eau. Je discute des conditions et l’on va sur son bateau. C’est un bateau à moteur de 25 mètres. Dans la cale moteur, il a un atelier super équipé. Il enlève le joint usé, cherche dans une caisse de joint et trouve le bon pourtant très spécifique. Il remonte la pompe à eau. Voilà, je n’ai plus qu’à la monter sur le moteur. Je rentre au bateau, mais le soleil se couche. Je monterai la pompe demain matin.
Je commence à regarder un film « Gadjo Dilo ». Au milieu, Hervé vient me chercher pour aller manger une pizza, avant leur départ demain pour Merida. Swen fait d’excellentes pizzas et ça commence à bien marcher !
Nous passons une bien agréable soirée. Hervé me raccompagne au bateau. Moi, je viendrai les chercher demain matin à 8h30 pour les amener à terre. Un taxi les prendra à 9h pour les emmener à Cariaco où ils prendront le car…

Le 26.09.2008
Comme convenu la veille, je prends l’annexe et vais à bord de Papa Djo. Hervé et Evelyn ne sont pas encore tout à fait prêts. Ils me donnent des restes de fruits et légumes frais, c’est sympa et bien venu parce que je suis à cours.
Lorsqu’ils sont d’ans l’annexe avec leur sac à dos, je tente en vain de démarrer. Vérification faite, je n’ai plus d’essence. La veille je leur avais dit que je n’en avais plus beaucoup, mais je ne croyais pas si peu !
C’est à la rame que nous allons au ponton. Hervé me dit que je peux prendre un peu d’essence dans un bidon à son bord. J’y retourne à la rame, contre le vent. Je mets de l’essence et rentre à bord au moteur ; quel con fort !
Je mets en place la pompe à eau de mer. Je démarre le moteur… La pompe ne fuit plus que goutte-à-goutte. La corrosion sur l’arbre en est la cause, mais il n’y a rien de grave.
Je vais sur Angéline, le bateau de Christian pour lui dire le résultat de sa réparation et pour lui demander s’il n’aurait pas l’alarme de température d’eau bipolaire qui s’était cassée pendant le voyage en voiture du moteur. Il n’en a pas, mais il essaie l’ancienne, elle fonctionne toujours et elle a assez de filet pour tenir. Je vais donc tenter de la remettre.
Je retourne à bord déjeuner. Le vent forcit, un grain se prépare… Devant l’étrave, au sud, le ciel est gris anthracite, la mer est vert émeraude avec des moutons blancs. La houle est de 80 centimètres et secoue les bateaux. La houle reste, mais le vent diminue et la pluie passe sur bâbord. Au loin on entend l’orage et l’on voit de grands éclairs.
Je remets la sonde bipolaire. Le moteur en marche, ça fonctionne !
Je fais un tour à terre et vais sur internet. J’en ai vite assez. J’appelle Mimi qui est allée à Marseille voir enfants et petits-enfants.

Le 27.09.2008
Ce matin, le soleil brille. Il va faire chaud !
Je me mets à vidanger l’eau douce du moteur pour la remplacer par du liquide de refroidissement moins agressif pour le moteur. Puis je fais la vidange d’huile moteur comme me l’a recommandé le mécano qui a refait le moteur. Je mets de l’huile épaisse pour pays chaud, de la SAE 50. Puis je relève le filtre à eau de mer au-dessus du niveau de flottaison selon les indications du fabricant. Je resserre des colliers de tuyaux pour éviter les fuites…
Bon, le moteur est prêt pour la navigation. Je vais le bichonner pour qu’il fonctionne longtemps encore !
Je suis prêt pour le départ, pour aller faire l’approvisionnement…
Vers 14h, un grain d’ouest nous tombe dessus. La pluie est très dense. Les éclairs strient le ciel et les détonnations sont proches. Je ne suis pas rassuré, mais ça passe peu à peu. La pluie devient plus fine.
Je dois vider la pluie contenue dans l’annexe pour aller à terre. Je discute avec des navigateurs jusqu’au moment du service du restaurant. Jean-Marc nous offre une bouteille de vin chilien très agréable. Aujourd’hui, il a tenté d’aller à la banque à Carupano, mais il est tombé sur une grande manifestation pro Chavez qui occupait tout le centre ville et qui avait motivé la fermeture de toutes les banques et de beaucoup de magasins. Donc pas encore l’argent du change… Peut-être lundi, si cette banque est ouverte…

Le 28.09.2008
Dimanche, jour de repos, de lecture, d’attente. Le grain de 14h n’arriva qu’à 14h30, moins violent que la veille, le plus gros passant plus au nord.
Lorsque je vais à terre, Jean Marc me dema nde de l’accompagner à Carupano avec l’autre Christian pour aller chercher notre change. Il a peur s’il se fait voler qu’on ne le croie pas…
Je lui dis que j’irai demain.
Je passe au bateau de Christian et Danielle qui ne sont pas enchanté d’y aller craignant une attaque suite à une indiscrétion d’un caissier… Ils réfléchiront jusqu’à demain.

Un crabe défend son poisson près du pontoàn!

Le 29.09.2008
Je me réveille tôt pour être à terre à 7h comme convenu. Lorsque je passe près du bateau de Christian, j’entends Danielle qui m’appelle. Finalement c’est elle qui va venir.Ce qui ne l’empêche pas de n’être pas du tout rassurée. Moi je pense qu’il y a une grande part de paranoïa là-dedans. Nous faisons la route ; 2h30 de voyage. Jean-Marc dépose sa voiture chez un garagiste pour quelques réparations. Nous prenons un bus jusqu’au centre ville. Là, je fais des courses avec Danielle. Enfin des fruits ! Des Fraises, des pamplemousses, des abricots, des bananes ! Du pain meilleur que celui du bodegon de Medregal et même du pain libanais ! Des steaks et du vin !
On se retrouve ensemble pour manger au restaurant avec Jean-Marc. Le repas est agréable.
Voilà le moment arrivé d’aller à la banque. Jean-Marc lui-même, n’est pas rassuré. C’est la première fois qu’il fait du change pour une grosse somme. Il retire 14 millions d’anciens bolivars !
Il fait la queue et à son tour va au guichet, à côté de tout le monde. Pour notre part, nous restons en arrière assis. Le guichetier compte l’argent ; ça fait des liasses épaisses. Jean-Marc les prend et les met dans le sac à main de Danielle. Nous sortons de la banque et prenons un taxi à l’arrêt d’en face.
Tout va bien, rien d’anormal. Le taxi nous conduit chez le garagiste pour récupérer la voiture.
Nous continuons les courses et rentrons. Il est 19h30 lorsque nous arrivons à Medregal, fatigués par les courses et heureux d’avoir enfin l’argent qui nous permet de partir !
Au Venezuela, il est difficile de savoir ce qui est paranoïa et ce qui est réalité.Parfois tout peut arriver…

Le 30.09.2009
Je vais à terre donner mon linge à laver à la lavandière, Diana.
Je vais payer mes dettes à Michel, à Bernard et je demande l’adition à Jean-Marc.
Je fais mes adieux aux gens que je connais et avec qui j’ai eu plaisir à passer de bon moments.
C’est le moment de nostalgie avant le départ demain !

Le 01.10.2008
Je vais à terre payer ce que je dois à la marina. Je fais mes adieux à Jean-Marc et Yoleida.
Je retourne au bateau. Je mets en ordre pour naviguer. Je démarre le moteur et je vais à l’avant et actionne le guindeau pour relever l’ancre. Je remonte trente mètres ; la chaîne devient tendue, le guindeau ne peut plus la remonter. L’ancre ou la chaîne est prise dans quelque chose. Je tente au moteur de dégager la chaîne. Pas de chance, rien n’y fait. Il faut plonger pour voir ce qu’il en est. Je n’ai pas envie de plonger. J’attends en lisant. Thomas passe en annexe. Je lui demande s’il est fort en plongée. Il dit qu’il n’est pas en forme et s’esquive…
Je me dis que ce n’est pas le jour, comme à Zinguichor. Je plongerai demain et en attendant je lis « Le Nabab » d’Irène Frain.
Décidément Ziguinchor, Medregal, le résultat est le même, s’il y a quelque chose au fond, c’est pour moi ! Là il y a eu des corps morts d’installés qui n’ont jamais servi et qui peuvent retenir une chaîne…

Le 02.10.2008
À 8h, je mets l’annexe à l’eau et je plonge le long de la chaîne tendue. À deux mètres sous l’eau, la chaîne fait un tour autour de ferrailles. Je tente en vain de dénouer la situation. Je plonge et replonge. La chaîne est trop tendue pour pouvoir agir. Le vent et le courant tendent la chaîne. Je vais à terre. Je parle à un employé du chantier, il m’envoie vers son collègue qui plonge.
Je l’emmène dans l’annexe. Il se prépare et plonge. Il me demande un coupe-filin. Il replonge plusieurs fois et essaie. Je relâche de la chaîne pendant qu’il plonge pour que la chaîne soit molle et qu’il puisse la manipuler. Au bout d’une demi-heure, la chaîne est libre.
Je remercie l’employé et lui donne un billet. Je le raccompagne et reviens au bateau.
Je remonte l’annexe et mets le moteur. Je remonte l’ancre et le bateau quitte Medregal. Au passage, je salue Thomas sur son bateau.
J’avance au sud-Ouest vers Guacarapo. Le paysage est beau.
Je quitte MedregalArrivée sur Guacarapo

Je ne me sens pas bien. Je pense entendre des bruits anormaux au moteur. Je vérifie, rien d’anormal. Je ne me sens pas à l’aise après plus de trois mois sans naviguer. Je dois réapprendre le bateau. Et puis je suis seul et je n’aime pas être seul pour naviguer.
Peu à peu, sous la chaleur et le vent, je me sens plus à l’aise. La pointe approche et derrière se trouve Guacarapo. Des maisons de pêcheurs, avec des lanchas sur la plage ; des cocotiers et de la végétation dense. Je tourne la pointe et la baie est bordée par le village. Des maisons de pêcheurs, bleues, rouges, jaunes… Le village est joli et gai.
Le bateau Ukrénien PedromaGuacarapoGuacarapo
Je vois le voilier russe Pedroma qui est à l’ancre. Je jette l’ancre près de lui. Je vérifie que ça tient bien, je m’habille et je descends à terre. À ce moment, je vois le couple russe arriver à son annexe. Il me dit qu’ici c’est tranquille, pas de bandits. Peu de choses à acheter, bière et épicerie mais pas de fruits, légumes et viandes. Le matin, les pêcheurs vendent leur poisson. Je vais au bar épicerie en bord de plage. Je prends une bière glacée et j’en achète une caisse pour le bord.
Un pêcheur bois une bière à côté de moi. Sur le comptoir, il en a une ribambelle vide. Il en reprend une nouvelle. Comme la plupart des Vénézuéliens, il commence par en répandre un peu par terre pour la déesse-mère, pour les esprits, les ancêtres, et il boit le reste. L’offrande est faite aussi bien en bord de plage sur le sable, que dans la salle d’un bar, sur le carrelage…
L’après-midi, je retourne à terre faire un tour du village. Les gens me saluent ; je les salue aussi et parle avec certains. Les maisons sont colorées et simples.

Diam Rek au mouillageGuacarapoL’église Plus loin il y a l’église un peu en hauteur. Elle est verte et hexagonale. La porte est fermée. Je regarde par une fenêtre. Une femme vient ouvrir la porte. L’intérieur est simple. Derrière l’autel et de chaque côté, il y a un grand nombre de christ, de vierge, de saints, en bois, en porcelaine… La piété ici aime des supports colorés.

L’égliseL’égliseVue de la baie de Guacarapo

C’est joli et calme. Le long de la plage, deux pêcheurs à la ligne continuent pour attraper leur quatrième petit poisson coloré. Deux jolies jeunes filles se baignent puis prennent une douche en plein air.
Je continue ma promenade dans le village et rentre avant le coucher de soleil.
Je mange dans le cockpit. J’entends une voiture avec haut-parleur qui invite la population à une manifestation pour soutenir le pouvoir à Cumana et assurer le succès aux élections du 23 novembre. L’invitation se termine par le slogan de Chavez : Patria, Socialismo o la Muerte (Patrie, Socialisme ou la Mort). Au moins c’est clair. Ça convainc ou c’est la répulsion !
Mourir pour des idées, d’accord, mais de mort lente, disait Brassens…
Nouvelle position : - Guacarapo 10.29.722N 63.44.134W

Le 03.10.2008
Piotr m’a dit, Hier que les pêcheurs vendaient leurs poissons vers 7h. Alors je me réveille tôt, je prends l’annexe. En face, sur la plage, au bord de la rue, un pêcheur vend trois sorte de poissons. Je prends des anchoas. On me dit que c’est très bon grillé. On dirait des bars. Une autre sorte de poisson est colorée. Il y a aussi des poissons-chats. Des voitures s’arrêtent et les gens achètent. À côté un couple est assis sur le muret de bord de plage. Ils boivent des petits verres de rhum.

GuacarapoGuacarapoLes pêcheurs
Je vais plus loin le long de la plage. D’autres pêcheurs ont fini de vendre. Les filets sont déjà en tas et sèchent. Une famille, sur une lancha, tirent un filet et récupèrent les poissons. Les pélicans ne sont pas loin. Ils se précipitent sur les petits poissons que rejettent les pêcheurs. Chacun sa part !
Des pêcheurs d’occasion pêchent à la ligne. Certains attrapent quelques poissons qu’ils laissent agoniser à même le sol.

Guacarapo
Je rentre au bateau. Je nettoie les poissons et les mets au frigo. J’entends des chants. Une manifestation d’écoliers, tous en uniforme, brun pour les garçons et bleu pour les filles. Les premiers tiennent une banderole. Je ne connais pas le but de la manifestation. Je constate le niveau de mobilisation ou d’enrôlement des Vénézuéliens.
L’anchoa acheté ce matin, juste passé à la poêle est délicieux.
Pris par l’atmosphère envoûtante du « Nabab », je passe une partie de la journée à lire.
C’est le quatrième jour sans pluie. Serait-ce le début de la fin de la saison des pluies ? En tout cas il fait toujours aussi chaud. Le thermomètre du bateau indique toujours 35°.

Le 04.10.2008
De bonne heure je vais au marché avec Guina et Piotr. À 7h nous prenons une camioneta qui nous emmène directement pour 3 bolivars. Nous commençons par aller au cyber café. Je peux mettre du texte et quelques photos sur le site. Ce sera plus à Cumana car je prendrai le temps.
Le cyber est très moderne et le débit est élevé. Je peux télécharger des mises à jour de logiciels.
Vu la chaleur matinale, nous nous arrêtons pour boire un coup. Puis nous faisons un tour au marché. J’achète fruits et légumes, quelques conserves. Il me manque des œufs, mais la camioneta va partir. Je saute dedans. Nous sommes 14 dedans dont deux moitié en dehors sur la ridelle. En plus il y a quelques personnes opulentes… Je suis coincé entre Piotr et une dame. J’ai chaud. Je me tiens à chaque tournant pour ne pas envahir le peu d’espace des autres. Des personnes sont montées avec des bières. Lorsque leur bouteille est vide, ils la jettent sur le bas-côté ; une de plus. Guina me dit qu’en ce moment, ça ne se voit pas beaucoup car c’est la saison des pluies et la végétation est exubérante, mais en saison sèche, lorsque le soleil a cramé la végétation, on voit toutes les ordures partout… En ville c’est la même chose, Les trottoirs sont envahis de bouteilles vides, plastiques, papiers. Parfois un balayeur passe et ça recommence derrière lui… Il y aura pour des années à nettoyer le Venezuela lorsque écologie et services publiques arriveront…
Dans l’après-midi vu la chaleur, je plonge autour du bateau. L’eau est plus fraîche que l’air. Je nage un bon moment. Je manque de souffle, souvenir de mes 25 ans de fumeur… C’est agréable de prendre la fraîcheur de la mer. Une fois sur le bateau, je reprends mon « Nabab » dans le cockpit.
J’entends la musique des débits de boisson du bord de mer ; le soir, le volume monte. Diam Rek est à 150 mètres de la plage et j’entends la musique comme si elle était dans la pièce d’à côté ! C’est samedi, un samedi après les vacances.Dans la journée, il y avait bien moins de gens sur la plage que pendant les vacances. Mais quelques familles étaient venues, voiture garée près de la plage, radio allumée, glacière sortie. Père et mère boivent une bière dans la mer, de l’eau jusqu’au nombril.Les enfants jouent dans l’eau et plongent comme des poissons.
En bord de plage, il y a des vendeurs d’arepas et de boissons. Mer, bière et musique… la fête.
Moi je suis heureux d’être là ; il me manque Mimi à mes côtés.
À la nuit tombée, un grain éclate, après plusieurs jours sans pluie. L’orage gronde au loin sur les montagnes.

Le 05.10.2008
Les rares éclaircies de la matinée sont belles. C’est le moment d’aller me promener le long de la plage des pêcheurs.

La plage des pêcheurs

La plage est bordée de barques qui reposent sur le sable, au milieu de filets, de débarras.

Les maisons sont derrière, presque toutes les mêmes. La couleur vive diffère de l’une à l’autre. Le bric à brac qui les entoure aussi. Une multitude de vieux objets ménagers rouillés, de morceaux de bois, de caisses de bière vides… Il n’y a pas de ramassage d’ordures, alors, tout reste là. Poules, canards, cochons, chats, chiens se baladent au milieu de tout ça.
Un pêcheur lance un épervier d’un geste ample. Doucement il le ramène, vide. Il m’explique qu’il y a trop de lune. À la lune descendante ce sera meilleur… Des lanchas reposent sur le sable. Quelques-unes sont en réfection. D’autres ne servent plus depuis longtemps.

Plage de CarupanoLa barque qui prend l’eau

Une est dans la mer, presque immergée. C’est irréel et beau. La mer est d’un calme sans une ride.
La mer est toute transparente au bord. Des petits poissons longent le bord par bandes…

Les alentours de GuacarapoDiam Rek au mouillage devant Guacarapo
Je reviens au bateau car le ciel devient menaçant.Effectivement, peu après midi, l’orage éclate au loin, mais la pluie diluvienne est sur nous. Je ferme le bateau et j’attends.
Je vois des gens continuer à se baigner, j’entends la musique à fond. C’est dimanche qu’il pleuve ou non !
Deux heures plus tard, il ne pleut plus. Je vais à terre.Il y a pas mal de familles dans l’eau, leur bouteille de bière à la main. Des jeunes pêchent du bord d’une façon très particulière. Ils ont un hameçon trident assez gros et plombé au bout d’un fil d’une vingtaine de mètres. Ils font tournoyer l’hameçon et un mètre de fil. Ils le lâchent et l’hameçon tombe dans l’eau au loin. Aussi tôt ils tirent d’un coup sec le fil d’un geste large et ramènent le fil par brassées rapides. Ils attrapent une seule espèce, du mulet. Le mulet n’a pas mordu. Il est pris par le dos, ou le ventre, ou la queue, ou l’ouïe. Lorsque l’hameçon tombe au milieu d’une bande de mulets, le geste sec et rapide qui tire le fil fait que l’hameçon traverse la bande et en attrape un au hasard…Les mulets sont nombreux car les jeunes sont nombreux et en prennent plusieurs dizaines chacun….
C’est dimanche, les gens sortent.Alors les commerçants ouvrent des échoppes d’arepas, de sandwichs, de glaces, de poulets à la braise. Je me laisse tenter par un poulet à la braise avec une bière. Leur poulet est délicieux, moelleux, à point ! pour trois euros le quart de poulet.
Mon fils Maxime que j’avais vainement essayé de joindre m’appelle. Ça me fait plaisir d’avoir des nouvelles des enfants. Elles sont bonnes. Leurs affaires avancent et la santé est bonne ! J’appelle Mimi, elle est rentrée à Paris et ses affaires sont prêtes. Elle attend que j’aille voir à Cumana pour un billet d’avion.
Je ne vais donc ne pas tarder à aller à Cumana.

Le 06.10.2008
Il est 7h, je regarde le ciel. Soleil, pas le moindre vent, et au sud est des nuages. J’ai envie d’aller à Cumana, mais je n’aime pas les traversées au moteur. Et j’ai bien l’impression qu’il n’y aura pas de vent aujourd’hui…
8h15, je me décide. Je lève l’ancre, je pars au moteur de Guacarapo, ce village si tranquille et joyeux. Je constate que l’affichage de l’anémomètre ne fonctionne pas, pas plus que le loch. Le sondeur fonctionne, c’est toujours ça !

guacarapo-cumana-4.jpgGuacarapo CumanaLes montagnes rouges de Laguna Grande
Il fait un soleil de plomb et pas un souffle pour rafraîchir. Le golfe ressemble à un lac calme. Des pélicans sont posés çà et là sur l’eau. Parfois des mouettes. Soudain une bande de dauphins arrivent de chaque côté du bateau. Une bonne heure, ils l’escorteront. J’ai retrouvé mes copains les dauphins. Je leur siffle un air, je les applaudis, ça n’a pas l’air de changer leur conduite.
Tout le long de la rive sud, il y a des villages, parfois des petites usines. La rive nord est sauvage. Je passe devant Laguna Grande et ses montagnes rouges, ocres, jaunes. J’aimerais y aller avec Mimi. C’est calme et beau.
J’approche de la Marina Cumanagotto de Cumana. J’appelle à la VHF pour connaître la place que je pourrai prendre. Plusieurs appels et pas de réponse. Je rentre au pas dans le port. Je ne vois pas de place à tribord, ni en face. Je prends à bâbord. Pas de place le long de la digue. Je ne peux plus avancer car c’est le ponton des bateaux à moteur. Je bats arrière et recule vers les bateaux de la digue.Lorsque je veux passer la marche avant. Impossible. Je force en vain. J’attrape un objet qui me tombe sous la main pour taper sur le bouton d’inverseur.Je peux passer la marche avant juste à temps. Quelques manœuvres et je prends place au ponton 2. Deux jeunes français viennent me prendre les amarres avant. Je passe l’amarre arrière.
Voilà, je suis à Cumana. Je passe à la capitainerie pour les papiers. Un gars vient installer l’électricité et changer le robinet d’eau le plus proche pour que je puisse me brancher.
L’orage entendu au loin, se rapproche et il se met à pleuvoir copieusement.
J’appelle Mimi, elle pourra venir vers le 20. Demain j’irai voir une agence de voyage réputée pour ses billets à bon prix.
Je vais dans le centre commercial voisin et je vais sur internet. Le débit est rapide. Je peurs consulter mon compte en banque, mon compte des impôts…
Après une coupe de glace, je rentre au bateau.

Le 07.10.2008
Position actuelle: Marina de Cumanagotto à Cumana 10.28.660N 64.11.104W

Ce matin, je vais en ville, pour trouver l’agence de voyage dont on m’a parlé. Le taxi ne trouve pas et m’emmène dans une autre. Le billet est cher et l’agence ne fait pas de change intéressant.
Je vais au marché central. Il est immense et l’on y trouve tout. Si on est chargé, on peut prendre un porteur avec une brouette qui suit et vous accompagne au taxi.
Je revois des mangues, disparues depuis des mois. Ce sont les premières de la nouvelle récolte. La viande est toujours aussi mal préparée en général, coupée n’importe comment et trop fraîche.Des charcuteries vendent des côtelettes cuites appétissantes.
Je rentre au bateau en taxi, bien chargé.

Après déjeuner, je vais au cyber du centre commercial de la marina. Sur le chemin, je rencontre deux jeunes qui sont sur un thonier à côté de mon bateau. Ils me disent qu’un catamaran a été attaqué et volé près d’ici en mer. Pas de blessés, juste vol d’affaires et saccage d’électronique…
Pendant que je suis au cyber, arrivent Danielle et Christian.Danielle est toute retournée. Sur le parking du centre commercial deux personnes viennent de se faire descendre par des tireurs qui se sont enfuis. Ce sont des possesseurs de gros bateaux à moteur vénézuéliens. Un règlement de compte sûrement. Ça refroidit l’atmosphère. Après le départ des amis, je continue à mettre des photos sur le site. Puis la lassitude et l’effet de cette nouvelle font que je rentre au bateau ! À plus tard !

Cumana rouge

Le 08.10.2008
Les mauvaises nouvelles digérées, je m’attaque aux choses qui ne fonctionnent pas.
Depuis hier la pompe de puisard ne fonctionne plus. Je la sors, la démonte. Le support des charbons a fondu. Il faut la changer.
Je prends le taxi et je vais à CasaMar, une grande ferreteria pour les pêcheurs.Je trouve la même pompe, chère car elle vient des USA. Je rentre et la monte.
L’après-midi, je vais au cyber mettre des photos sur le site. C’est long, lorsque le retard est de centaines de photos et qu’il faut les rentrer une à une…
Je regarde sur internet les coordonnées de l’agence de voyage de Puerto la Cruz. Je lui téléphone. Je lui confirme par mail. Il va chercher et me contacte.
J’ouvre une adresse mail sur Gmail : labeschristian@gmail.com. En effet, “.mac” a évolué et je ne peux plus y accéder. Je trouve ce moyen complémentaire et efficace. Si vous voulez me joindre, c’est ma nouvelle adresse mail ! Essayez, vous verrez, je vous répondrai.

Le 09.10.2008
Les portes du frigo fermaient mal. Je me mets au boulot pour améliorer la situation. J’ai acheté des charnières en inox massif.Je râpe, ponce, bouche les emplacements des anciennes charnières avec une pâte qui doit polymériser. Elle est vielle… Nous verrons le résultat demain.
Je vais continuer à mettre des photos sur le site. C’est long lorsqu’il y a un grand retard à rattraper. Mais le résultat fait plaisir !

Affiche sur la vitrine du cyber en faveur des évangélistesLes gardes côtes sont souvent au port…

Le 10.10.2008
Je continue la réparation des portes du frigo. Ça ferme bien maintenant.
Je contacte de nouveau l’agence de voyage. José m’a envoyé une réservation de vol pour le 22. Mais il a oublié le prix. Il me rappelle : ce sera paris Cumana aller et retour pour 560 euros. C’est moins cher que ce que je trouvais moi-même sur le net.
Le soir le bateau voisin m’invite à prendre une bière. Lorsque j’arrive, il y a deux couples. Les propriétaires du bateau qui est en face le mien et un autre couple franco-allemand qui navigue depuis 20 ans. Les deux couples sont des navigateurs de longue date et ils reviennent au Venezuela depuis des années, parfois pour y laisser le bateau et aller en Amérique du sud en car. Soirée très sympa, passée à parler des pays, de la crise, des voyages.

Le 11.10.2008
Nous sommes samedi. Je vais tôt au cyber pour trouver le mail de l’agence. Elle a bien réservé les billets et me confirme le coût en me donnant ses coordonnées bancaires pour que je lui fasse un virement. Ce que je fais en espérant que ce sera rapide malgré le week-end…
Je continue à mettre des photos sur le site. Pour le Venezuela, j’ai fini. Il me reste à faire une partie du Sénégal et je serai à jour !
En fin d’après-midi un orage éclate et il pleut des heures, de quoi laver les bateaux ! Les hors-bord qui étaient sortis pour la journée avec les femmes en maillot de bain à l’avant rentrent les uns après les autres. Je ne vois pas les femmes qui doivent être à l’intérieur…

Un thonier, mon voisin de pontonUn horbord avec trois moteurs de 300 chevaux chacun

Le 12.10.2008
Ralph et son épouse naviguent depuis une vingtaine d’année et ils sont dans l’arc antillais depuis longtemps sur un sloop en acier du nom d’Eleusis. Ils viennent me dire au revoir car ils partent cette nuit pour Margarita De façon à remonter vers la Martinique avant que les alizés ne soient trop fortement établis et un peu contraires. Ils veulent aller en Martinique, au Marin pour y trouver du travail. Ils sont simples et très cools. J’aimerais bien les revoir plus tard…

Sur le flanc d’Eleusis
Nous sommes dimanche. Les Vénézuéliens sont en congé. Ceux qui ont des bateaux viennent à la marina. Ils bricolent leurs bateaux à moteur ; ils font ronfler leur moteur. La plupart ont deux moteurs de 150 à 300 chevaux. Il y en a même un avec trois moteurs de 300 chevaux. Au pays où l’essence ne coûte presque rien, on ne regarde pas à la consommation !
Au fond de la marina, plusieurs hommes bricolent sur un moteur. Ils ont mis la chaîne stéréo du bateau à fond. On se croirait dans une boîte !
J’essaie de me brancher sur le wifi de la marina. Son débit est si capricieux, que je mets plus d’une demi-heure à me connecter et à savoir que Mimi m’a envoyé un mail, sans pouvoir le télécharger et le lire… Je laisse tomber et je passe un bon moment sur le logiciel de photo pour traiter quelques photos, histoire d’en tirer une autre vision des choses. À vous de juger…

Diam RekDiam RekDiam RekDiam RekDiam RekCoupleCouple

Le 13.10.2008
Ce matin, je vais au cyber. Pas de chance, le fournisseur d’accès est en panne. L’homme qui tient le cyber me dit que depuis que la société a été nationalisée, ça fonctionne mal, bien moins bien qu’avant.
J’y retourne à 14h : toujours en panne.
Je vais sur la wifi de la marina. J’arrive à relever les mails et à y répondre, malgré plusieurs coupures. Il faut être patient ! Pauvres entreprises vénézuéliennes qui doivent travailler dans ces conditions !
Mimi m’envoie des photos d’elle à Paris avec un beau soleil !

Mimi à Paris

Le 14.10.2008
Autant il n’y avait pas d’air le matin, autant l’après-midi, le vent se lève, le grain se prépare, puis arrive. La houle rentre dans le port et les bateaux dansent. La pluie tombe drue pendant toute la demi-journée. Mes voisins me renseignent pour savoir où trouver des articles électriques à Cumana et où il y a un électronicien capable de me réparer une alimentation d’ordinateur. J’irai demain matin.

Le 15.10.2008
Je pars tôt en ville pour faire le tour des ferreteria pour trouver du matériel électrique : cosses, raccords sertissables, tube néon 12v… Je fais toutes les ferreteria de l’avenue Bermudes, et il y en a beaucoup. Je trouve tout sauf le tube néon. Je cherche de l’acide phosphorique et de l’époxy zinc et j’en trouve.
Je vais à l’adresse indiquée pour un atelier de réparation électronique. Je donne mon alimentation pour l’ordinateur Mac. Le gars travaille sur autre chose. Il me dit de repasser demain après-midi. Il aura fait le diagnostique et s’il peut réparer, il me donnera la liste des pièces à acheter et à lui apporter. Je lui présente le régulateur de tension des panneaux solaires qui a chauffé. Il ausculte et me montre deux composants qui ne se vendent pas dans la ville. Alors il ne peut réparer.
Je rentre à la marina. Je vois mon voisin de ponton et nous discutons bateau, puis assez vite tourisme. Avec son épouse, ils voyagent depuis 20 ans en bateau, jusqu’à un endroit où ils peuvent laisser le bateau, puis ils voyagent en car, sac au dos. Aussi ils sont au Venezuela comme base de départ pour l’Amérique du sud. Ils en ont visité une bonne partie et resteront jusqu’à avoir visité tous les pays. Ils prennent leur temps. Ils ne sont pas pressés. Ils ont coupé avec le rythme européen et vivent ainsi, heureux.
C’est une bonne philosophie à adapter selon ses moyens.
L’après-midi, en allant au cyber, je rencontre Thomas avec le skippeur du catamaran qu’il gardait à Medregal. Le cata a pris la foudre la semaine dernière. Toute l’électronique est morte. Le skippeur a demandé à Thomas de l’aider pour remonter jusqu’à Grenade, où il veut faire réparer. Sans pilote, ce sera plus facile à deux ! Nous prenons un café ensemble, puis je vais au cyber. Impossible de savoir si mon ordre de virement pour payer le billet de Mimi est effectué. Avec le décalage horaire, la banque en France est fermée…
Je vais au cyber : pas de trace de virement pour le billet d’avion !
Je vais dans un salon de coiffure mixte. Après une petite attente, une jeune fille s’occupe de moi. Elle est jolie avec une peau très cuivrée. Pendant qu’elle me coupe les cheveux, elle se met à chanter en accompagnant la chaîne intérieure. Une chanson, puis une autre. Elle semble les connaître toutes. Je lui dis qu’elle chante bien et je lui demande si elle connaît toutes les chansons. Elle me répond oui et elle continue la coupe en continuant à chanter des chansons d’amour passionné ! C’est charmant et sensuel. Avant de partir, je lui donne un pourboire en la remerciant pour les chansons. Elle me fait un large sourire.

Le 16.10.2008
Dès 8h, j’appelle ma banque. Je n’obtiens qu’un répondeur, plusieurs fois de suite. J’appelle Mimi qui essaie de France sans plus de résultat ! Pas la moindre nouvelle du virement que j’ai demandé ! Ce nouveau chargé de compte me fait vraiment regretter la précédente personne qui était toujours efficace et aimable !
Si je ne peux débloquer vite la situation, Mimi ne pourra venir le 22 ! À force d’appeler la banque j’ai une autre personne qui fait passer le message tant je fais du ramdam. Et je reçois un mail de mon chargé de compte travaillant pourtant à l’extérieur la journée comme quoi il a fait la demande de virement et que ça suit son cours. J’appelle l’agence, qui dit m’envoyer le billet. Ça devrait marcher !
Après déjeuner, je vais en ville, voir l’électronicien qui m’a donné rendez-vous à 16h. L’atelier est fermé, alors j’attends devant. Un couple attend aussi avec une télé sur un diable. Une voiture s’arrête et se renseigne si l’atelier va ouvrir. Tous repartent, moi j’attends une demi-heure, puis je pars aussi. J’y retournerai demain.
Je recherche un néon que je n’avais pas trouvé hier. Je fais un bon nombre de quincailleries électriques en vain. J’achète de la peinture pour remédier aux attaques de rouille et avoir un bateau nickel !
En rentrant, je discute avec les voisins de ponton. Ils me disent que l’un des navigateur qui allait chez le marchand de composants électroniques s’est fait voler sa sacoche avec papiers et argent par un jeune dans le magasin. Il a couru après le voleur, le vendeur et des passants aussi. Ils l’ont rejoint. Les passants l’ont tabassé et livré à la police. Le navigateur a récupéré ses affaires. Je suis allé dans ce magasin hier et je suis passé devant aujourd’hui sans encombre…

Le 17.10.2008
Je vais en ville, chez l’électronicien. C’est fermé. Je frappe à la porte en fer. La grand-mère de la fenêtre d’à côté me demande ce que je veux. Je lui explique. Elle me répond que son fils est à l’extérieur et qu’il sera là lundi matin. Bon, je n’ai plus qu’à attendre…
J’en profite pour trouver des filtres à huile et à gasoil. Avec la référence, l’employée cherche sur l’ordinateur la correspondance. Elle finit par trouver et me donne les filtres très peu chers, moins de 5 euros chacun !
J’achète dans la rue des fruits et des avocats et je rentre.
L’après-midi, je vais au cyber. Je constate que le virement est en cours ; j’en profite pour relancer l’agence qui me dit m’envoyer les billets.
Le soir avec le wifi de la marina, je finis par recevoir les billets. J’appelle Mimi et la rassure sur le suspens qui devrait bien se terminer par des retrouvailles proches !

Le 18.10.2008
Je fais le plein de gasoil avec des bidons que j’avais et que je vais remplir à la pompe dès qu’il y aura un peu moins de queue, il faut dire que c’est samedi et les plaisanciers à moteur vont sortir.
Je fais différents bricolages. Le néon de la cuisine fonctionne enfin. La pompe à eau électrique aussi. Je termine d’installer les rideaux dans les cabines dont je ne me sers pas.
Je prépare la venue de Mimi.

Le 19.10.2008
Journée de bricolage, d’entretien, de nettoyage. Journée de ciel gris et de vent d’ouest. Enfin de l’air, c’est bien agréable.
Lors de la traversée de l’Atlantique, n’ayant plus de réseau avec mon téléphone mobile, je l’avais rangé dans un équipet du carré. À l’arrivée, je l’ai cherché partout en vain. Plusieurs fois j’ai recherché dans le carré, dans la cabine : rien. Aujourd’hui, je range les équipets du carré et en bougeant et retournant un coquillage sur leque Mimi avait peint un paysage, je trouve dedans le téléphone mobile ! Avec les mouvements du bateau, il avait glissé jusque dedans le coquillage et à chaque fois j’avais bougé le coquillage sans le retourner…
Je le recharge et essaie de téléphoner avec ; Orange Sénégal n’a pas d’accord réseau au Venezuela…

Le 20.10.2008
Je vais en ville pour voir l’électronicien qui est ouvert, mais ne peut réparer mon alimentation d’ordinateur car les composants ne sont pas en vente ici… Zut alors !
Après quelques courses, je rentre au bateau. Je vais au cyber. J’appelle Mimi qui est prête pour le voyage et je lui explique comment changer d’aéroport à Cumana pour passer de l’international au national.
Je discute un moment avec Marion puis avec Christophe. Je lui propose de m’aider pour réparer les instruments. Il l’a déjà fait et m’explique la méthode. Il regarde les connexions aux cadrans. Il monte au mât voir la connexion de l’anémomètre. Elle est débranchée et la girouette s’est envolée. Il teste les connexions, mais la nuit arrive… Nous continuerons demain.

Le 21.10.2008
Journée de nettoyage, de lessive, de rangement et de pleins de gasoil. Je vais chercher le gasoil avec des bidons. Je prends une fois 50 litres pour 3 bolivars et une autre fois et une autre fois 60 litres de gasoil et 10 d’essence pour 5 bolivars soit 1 euro !!! 8litres d’huile pour moteur diesel, 80 bolivars soit 16 euros !!! On comprend pourquoi les Vénézuéliens ont surtout des bateaux à moteur puissant !
J’attends en vain Christophe qui s’occupe de chose et d’autre et passe bien du temps à boire et à fumer sans venir. Tant pis ! Dommage. Dans la matinée, je vois arriver deux voiliers. Papa Djo avec Hervé et Evelyn et un bateau bleu avec David et Stéphanie. Nous avons le temps de discuter un peu. Papa Djo va aller aux Roques et aux Aves, puis à Bonnaire et remonter sur Cuba direct. David et Stéphanie remontent vers la Martinique pour y trouver du travail pendant la saison de voile, la saison sans cyclone.
Quand Mimi sera là, nous discuterons pour aller vers l’ouest puis le nord pour Cuba ou aller vers l’est et longer l’arc antillais jusqu’à Cuba. Nous déciderons ensemble.

Le 22.10.2008
Pendant que Mimi est déjà dans l’avion, je vais au marché acheter du frais, fruits, légumes, viande, poisson.
Au marché, je rencontre Hervé et Evelyn.I ls veulent partir dès demain faire leur sortie à Puerto la Cruz puis partir vers les Roques, les Aves et traverser vers Cuba assez tôt avant que les alizés ne soient établis trop forts. De Cuba, ils veulent aller au Guatemala, puis laisser le bateau dans le rio Dulce pour rentrer quelques mois en France avant de se lancer dans le Pacifique. Nous en discuterons ce soir avec Mimi. C’est une des options. Et j’aimerais bien naviguer avec Papa Djo en leur agréable compagnie.

Le soir, je vais à l’aéroport. J’attends dans une salle d’attente réfrigérée ! Pas de panneau indicateur. Un avion arrive à l’heure prévue, les passagers descendent : pas de Mimi. Inquiet, je demande et l’on me dit que c’est le prochain vol. Cinq minutes après voilà Mimi toute souriante.

Mimi de retour!

Nous sommes heureux de nous retrouver. Un taxi nous emmène à la marina. Mimi retrouve le bateau. Elle a fait un long voyage et est réveillée depuis plus de 36h. Une rapide collation et au lit !

Le 23.10.2008
Dès me petit-déjeuner, nous parlons des possibilités de navigation. Vers l’ouest quelques îles puis Cuba directement, ou vers l’est et l’arc Antillais. Mimi écoute, pose des questions. Nous discuterons avec d’autres navigateurs qui connaissent la région, ça l’aidera à se faire une idée. Nous disons bonjour aux voisins et nous discutons avec Christophe et Marion, toujours accaparés par leurs jeunes minous.
Nous prenons notre temps et nous passons toute la journée sur le bateau et sur le thonier voisin à discuter. Mimi doit récupérer du décalage horaire.

Le thonier, notre voisin de ponton
C’est bien agréable de se retrouver enfin. C’est une journée sans histoire, heureuse.

Le 24.10.2008
Finalement nous sommes réveillés assez tôt. Petit-déjeuner dans le cockpit, avec vue sur le port, au soleil. Puis Christophe vient amener ses deux enfants aînés à garder, pendant qu’il va faire des approvisionnements au marché. Mimi les occupe puis leur propose de faire des gâteaux. Oh oui ! Et les voilà partis pour faire des brownies au chocolat…

TitouanLilouLes brownies!Marion et Manech Après la garderie du matin, nous allons l’après-midi en ville faire l’approvisionnement.
Nous rentrons au bateau bien chargés.
Nous discutons avec des navigateurs pour choisir une direction et on laisse mûrir.
Nous passons une bien agréable soirée ensemble dans le vent léger et la fraîcheur du soir !

Le 25.19.2008
Marion Christophe et les enfants viennent nous dire au revoir. Ils partent en bus pour Medregal dans le but de caréner leur bateau laissé là-bas et de revenir vite à Cumana pour aller en Martinique travailler.

La petite famille au gros bagages!La petite famille au gros bagages!

C’est un moment d‘émotion de se quitter, quand on a de bons rapports. J’espère qu’on se reverra en Martinique. Marion donne le conseil à Mimi de remonter l’arc antillais pour avoir de courtes étapes d’île en île avec des haltes dans de beaux mouillages et des villages pittoresques. Je remercie Marion. Les dés sont jetés, nous prendrons cette direction.
J’appelle un changeur, il me fera du change lundi matin. J’appelle Alexis, l’intermédiaire qui fait les entrées et sorties. Je le rencontre une demi-heure après. J’aurai les papiers de sortie lundi. Nous pourrons prendre la mer mardi ou mercredi pour aller dans le petit archipel vénézuélien des Testigos, puis à Grenade. Vu la direction plein Ouest, ce sera sûrement au moteur le vent en plein dans le nez… Nous verrons bien.

Le 26.10.2008
Journée relaxe dans le bateau. Mimi fait un super plat irakien de légumes avec du riz ! Que c’est bon ! L’après-midi, je lis un livre d’un écrivain cubain : « Le roi de la Havane » de Pedro Juan Gutierrez. C’est la vie d’un gamin des rues et de la misère à la Havane. C’est truculent, triste et plein de vie malgré la misère et tous les expédients pour survivre.
Nous discutons avec Mimi de navigations à venir. Je lui dis que j’en arrive à envisager de naviguer cette année, puis la suivante et rentrer en Europe. Soit pour naviguer en Méditerranée un certain temps, soit pour vendre le bateau et voyager chaque année plusieurs mois vers des pays lointains sac au dos. Mimi est d’accord. L’idée lui plait et la rassure.
Le soir nous regardons les cartes du Venezuela, des Antilles jusqu’à Cuba, puis jusqu’au Guatemala. Nous verrons de plus près au fur et à mesure. Là, ça donne à Mimi une idée d’ensemble des Antilles et du parcours.

Le 27.10.2008
En attendant qu’Alexis nous apporte les papiers de sortie et le changeur des bolivars, je change la sonde d’alarme de température d’eau du moteur. Mimi m’en a rapporté une neuve de France. En la mettant, je la visse trop ! Elle est tellement fine qu’elle casse ! Je vais voir notre voisin à la recherche d’un extracteur ; il n’en a pas. Je vais voir Christian. Il me conseille de recoller avec une résine époxy chargée de poudre d’aluminium. Il m’en passe un peu. Je colle à l’époxy en espérant que ça tienne. Christian n’a pas de doute, nous verrons bien.
Arrive Alexis avec passeports tamponnés et la Zarpe, document de sortie, destination Grenade avec tous les points intermédiaires. Nous pouvons donc aller dans les îles vénézuéliennes en étant en règle.
Alexis nous signale qu’il a vu des jolies filles qui se faisaient photographier et que ça fait du bien aux yeux. Elles arrivent sur le ponton. Le photographe me demande si elles peuvent ponter sur le bateau pour qu’il les prenne en photos. J’accepte et les trois miss montent à bord. Moi je reste sur le ponton pour photographier aussi. La plus jeune a 12 ans, les autres sont plus âgées. Minces et plates elles ne ressemblent en rien à la vénézuélienne moyenne de leur âge ! Elles s’en vont en remerciant et la séance continue sur un bateau à moteur…

Photo de MissLes miss à bordJeune qui veut être MissLa pose étudiée!Voilà les sirènes!

Le 28.10.2008
Nous allons au marché. Dans la rue il y a un vendeur de jus d’orange qu’il presse devant le client. Voilà des vitamines pour faire le marché. Dans le grand marché de Cumana on trouve tout, mais c’est vaste et il faut marcher ! Le plein de fruits et légumes et nous rentrons. Nous avons acheté un gros poisson rouge que Mimi fait au four. C’est délicieux !

Repas de navigateurs!


L’après-midi, je vais payer la marina.Sur le retour, je rencontre notre voisin de ponton. Je lui demande conseil sur la route vers les Testigos et nous parlons météo. Il me donne des indications et un logiciel pour recevoir des fax météo avec la BLU. Il me montre quelques sites intéressants pour la navigation dans les Caraïbes.
Nous allons au bodégon du coin pour faire le plein de boissons. Nous pouvons tenir un moment !
Un tour dans le centre commercial attenant à la marina permet à Mimi d’acheter des produits syriens et entre autres des fruits confits dont elle rêve toujours et qu’elle demande de lui rapporter aux amis qui vont au moyen-Orient. Et bien voilà, il suffit d’aller à Cumana en Amérique du sud !
Un tour au cyber me permet de voir la météo qui est bonne pour le départ fixé à après-demain.
En mer nous serons toujours joignables par mails courts sur FH2407@sailmail.com. Aux Testigos peut-être y aura-t-il une liaison pour le téléphone. À Grenade, ça devrait fonctionner sur mon mobil français et sur celui de Mimi…
Pour ce qui est du site, il faudra attendre que nous trouvions un cyber à Grenade…

Le 29.10.2008
Ce matin nous faisons les dernières courses. Mimi veut voir les perles qui se vendent ici. Finalement il n’y a rien qui la séduit car elle ne voit que des perles en plastique et en bois…
Dans la rue il fait chaud. Un marchand nous propose du Papelon, du jus de canne à sucre avec du citron. Un délice ! Mimi en reprend ! Plus loin, nous nous arrêtons devant un étalage dans la rue de copies de CD. Le vendeur les a disposés sur des panneaux de 2m sur 6m. Il y a le choix. Nous choisissons des CD et le vendeur nous les passe un par un sur sa chaîne qui fonctionne fort. On peut l’entendre à 100 mètres !Nous achetons 8 CD pour 2 euros le tout.
Nous avons pris de la salsa, du méringué, du raegueton et des crooners vénézuéliens. De quoi écouter pour se souvenir d’un pays beau et accueillant, même s’il est dangereux par endroits.
J’enregistre les CD sur l’ordinateur et sur le baladeur. Nous sommes parés pour naviguer en musique ! Après avoir été au cyber avec Mimi, nous rencontrons au bar, Henri et Charly, deux navigateurs célibataires qui ont leur bateau dans la marina en face de nous. Nous nous arrêtons pour boire un coup et discuter. Mimi raffole des batidos, des fruits mixés avec de la glace. Elle en commande un à la fraise. On lui sert une coupe d’un rouge intense et au parfum puissant. Bière ou coca pour les autres. Nous parlons de navigation puis de femmes et des femmes vénézuéliennes qui passent. Charly a demandé au serveur s’il ne pourrait pas avoir une belle fille. Pas trop large, lui dit-il en lui indiquant avec les deux mains écartées la mensuration idéale de popotin. Le garçon lui demande pour quand. Pour maintenant. Pas de problème, elle arrive dit-il. Sur ce, les premières gouttes d’un grain se font sentir. Charly rentre à son bateau pour fermer les panneaux. J’attends un peu, pensant que ce n’était que quelques gouttes. Erreur fatale, l’averse devient diluvienne. Je fonce au bateau, tout fermé. Je suis trempé. Je reviens au bar. Où sont restés Mimi et Henri. Et l’on voit passer la professionnelle, jeune, jolie et fine. C’est Henri qui la connaît qui nous la montre. Elle est venue avec une copine bien ronde. La professionnelle et sa copine vont au bateau de Charly. Ils discutent les conditions. Trop cher au goût de Charly pour la jeune et fine. Lui qui voulait une fine se contente de la ronde, moins chère.
Pendant ce temps, nous discutons navigation et sécurité. Henry nous dit qu’il vaut mieux passer au large de Margarita en direction des Testigos en naviguant à plusieurs bateaux. Nous qui devions partir le lendemain seuls voilà que j’ai le doute. Je veux prendre la sécurité maximum. Alors nous allons attendre que Christophe, Marion et leurs enfants reviennent dans quelques jours pour partir à deux bateaux.
Henry qui voyage seul depuis sa séparation d’avec son épouse ne trouve pas d’équipiers pour faire une virée dans les îles. Il reste donc à Cumana en attendant. Il nous invite à l’apéro demain midi. Nous nous quittons et chacun rejoint son bord.

Le 30.10.2008
Ce matin Mimi range et nettoie à la chasse des quelques cafards qui hantent le bateau. Pendant ce temps, je vais au marché acheter du poisson. J’achète un poisson blanc qui me tente et de la raie, chacun à deux euros le kilo.
À midi nous allons sur le bateau d’Henri. C’est un Pogo 8,5m, un bateau de course croisière. Plus course que croisière.

Henri sur son PogoLe Pogo

C’est bien aménagé, mais très simple et léger. Un vrai tambour qui secoue vibre et résonne dès que le bateau va vite. Mais il peut aller deux fois plus vite que le nôtre. Henri était loueur de bateau et il aime les bateaux différents, tout en reconnaissant que la navigation à bord est épuisante. Il nous a préparé un super punch et des crevettes à la poêle. Nous reparlons de Charly, qui devait prendre l’apéro avec nous, mais est un peu malade car il a bu avec sa copine de la nuit et il n’a pas l’habitude de boire. Ce matin nous avons vu la fille sortir du bateau. Puis dans la matinée deux autres filles sont arrivées à son bord. Il a la santé et un grand bateau de 50 pieds. Après le déjeuner, elles sont sorties et une autre a pris la relève ! Il était vraiment en manque !
Je m’aperçois qu’il s’en passe des choses dans le port que je n’avais pas remarquées lorsque j’étais seul. Je m’occupais de mes affaires, de mon bateau et je parlais avec mes voisins en couple, calmes…J’avais juste remarqué à trois bateaux de moi un homme, un peu plus âgé que moi, qui vit séparé de son épouse, qui est depuis dans le port, ne bouge plus, se suicide à l’alcool et a néanmoins une jeune vénézuélienne qui amène souvent toute sa famille à bord… Il va mourir là dans quelque temps. Ça me fait penser à Dakar où des navigateurs s’enlisaient avec les filles et l’alcool et parfois y mouraient…
Dans tous les pays où la pauvreté sévit, chacun va gagner sa vie comme il peut. Ici les filles sont souvent enceintes très jeunes et les garçons n’assument pas. La mère de la fille s’occupe alors de l’enfant, paie si besoin une paire de seins sur mesure à sa fille et lui demande d’aller chercher le gringo ou le gars riche pour se marier, ce qui arrive, mais rarement. En attendant elle gagne sa vie et celle de la famille en tapinant de droite et de gauche… La vie n’est pas rose partout et pour tout le monde…

Le 31.10.2008
Je vais voir Charly et Henri pour les inviter à dîner à bord ce soir. Je vais sur le bateau de Charly, un très beau Jeanneau de 52 pieds. Pour un homme seul, c’est vaste et super confortable !

Champagne, le Jeanneau de 52 pieds

Nous discutons. Il est toujours patraque depuis deux jours pour avoir un peu trop bu avec les minettes qu’il avait reçues. Il me raconte qu’il ne leur a rien fait à cause de ça ; elles lui tenaient juste compagnie, en profitant du bar du bateau, whisky, bière et coca. Elles l’aguichaient de temps en temps, en lui demandant de l’argent pour des études, des courses…
Charly leur disait ne pas avoir d’argent pour l’instant… L’une d’elles voulait bien aller naviguer jusqu’à Margarita et aller se balader sur l’île. La fille dit oui. Puis elle dit qu’elle viendra avec une cousine et son mari ! Ah ! Ce n’est plus la même chose… Charly ne dit ni oui ni non, et laisse venir… C’est difficile la vie de célibataire en goguette au Venezuela…
Henry arrive au bateau, je peux donc les inviter tous les deux ensemble pour ce soir !
Je rentre à bord de Diam Rek et pendant que j’écris, ça sent la bonne cuisine dans le carré. Mimi fait une soupe de poisson pour ce soir et un gâteau. Juste avant elle a fait du bon pain.

L’après-midi nous allons boire un batido au café. Paulo et Nicole passent par là, nous les invitons à boire un coup. Et nous voilà partis dans leurs voyages sac au dos dans les différents pays d’Amérique du Sud. Leurs descriptions du brésil, de la terre de feu donnent envie de voyager par là. Après le tour de la Caraïbe, nous verrons…
Le soir Charly et Henry viennent dîner. Nous passons une bonne soirée. Henri a invité deux Vénézuéliennes pour une virée en bateau. Il leur a proposé des sous pour qu’elles fassent l’approvisionnement, elles feraient cuisine et vaisselle et éventuellement l’amour. Elles ont demandé combien de fois. Pour l’amour, elles étaient d’accord, mais faire les courses, la cuisine et la vaisselle, non. L’une était d’accord si Henri engageait une femme de ménage…
Finalement Henri qui s’ennuie seul va partir avec nous aux Testigos.

Le 01.11.2008
Des voix me réveillent ; je sors. Une femme sur le ponton me signale que le bateau voisin qui est en train de sortir a débranché le fil électrique avec lequel j’ai l’électricité du port. Avec son ancre, il a tout arraché et mon fil traîne dans l’eau. Je le sors et bricole pour le rebrancher.
Là-dessus Voilà Marion et ses enfants. Leur bateau est arrivé ce matin, le carénage fait. Ils nous disent vouloir partir mardi avant l’aurore. Nous en discutons ensemble pour voir la route que Christophe envisage et celle à laquelle je pensais. C’est d’accord, nous ferons route ensemble mardi, et la nuit de mardi à mercredi pour arriver aux Testigos vers midi et en tout cas avant la nuit.
Henri passe à bord. Il a besoin que je l’assure pour grimper à son mât en fin d’après-midi. C’est OK.
On entend des pétards très puissants. Non finalement, ce sont des fusées de feu d’artifice. En pleine journée, on ne voit que la lueur de l’explosion et un nuage de fumée. Et ça dure. À croire qu’ils essaient chaque fusée pour voir si elle part bien !
Je vais d’abord voir Charly qui a un problème d’enrouleur. Je regarde et trouve la solution. Il est content, il va pouvoir endrailler son génois.
Je vais ensuite sur le Pogo d’Henri. Il met sa chaise de calfat et je le hisse en haut du mât au winch avec la drisse de grand voile. Là haut, il réinitialise sa girouette et son anémomètre wifi. Il est tout content, ça fonctionne. Je le redescends ; il essaie de nouveau : hélas, ça ne fonctionne plus. La panne doit être plus compliquée…
Après nous allons prendre l’apéro chez Charly. Il nous dit qu’il part demain matin pour Margarita ; de là il essaiera d’aller au Brésil. Pas facile contre vent et courant. Il va essayer et s’il voit que c’est trop difficile au bout de 4 jours, il fera demi-tour…
La nuit tombée, le feu d’artifice commence. Rien de comparable avec le feu que nous avions vu à Ténérife, mais un feu d’artifice sympa sans prétention. Il est tiré depuis le bord de plage, là où se tiennent une exposition et une manifestation pro Chavez. Dans trois semaines ce sont les élections pour les maires et les gouverneurs. Le gouvernement ne regarde pas à la dépense pour gagner des voix. Certains racontent que des camions circulent et offrent des frigos et des machines à laver aux personnes pour qu’elles votent bien ; que des naturalisations d’étrangers en masse se font pour gagner des voix… Qui sait ?

Le 02.11.2008
Mimi, réveillée tôt, voit Charly partir avec son grand bateau. Elle lui souhaite bon vent.
Pendant que Mimi reste au bateau, je vais faire le marché en compagnie d’Henri. Fruits, légumes, poisson et viande, pour être autonome un bout de temps. On rentre bien chargés.
Je retrouve Mimi avec Lilou la petite princesse blonde pendant que les parents de la petite font leur approvisionnement.

Mimi et LilouMa sirèneMimi et MoiSur le bateauA bord
À midi nous mangeons d’énormes crevettes succulentes !
Toute l’après-midi, les visites au bateau n’ont pas cessé. Après on décide de bouger un peu, d’aller boire un batido au café et de se promener dans le centre commercial attenant à la marina. Nous y avons rencontré les mêmes navigateurs en balade.
Aux Testigos, nous ne verrons plus grand monde ; seuls quelques pêcheurs y vivent, sans me moindre magasin. Ce sera les premières îles presque inhabitées sur lesquelles nous irons.

Le 03.11.2008
Ce matin Christophe vient m’emprunter l’annexe pour faire le plein de gasoil avec des bidons.
Impossible de démarrer le moteur de l’annexe. On passe la matinée à démonter le carburateur plusieurs fois, sans parvenir à le faire démarrer. Nous verrons aux Testigos.
Finalement Christophe et Marion ne seront pas prêts pour demain. Nous partirons avec Henri qui doit recevoir la pièce qu’il attend à 17h… Si ce n’est pas le cas nous partirons un jour plus tard.
Nous resterons quelques jours aux Testigos où il n’y a pas de cyber ni de téléphone, puis nous aurons une navigation de 36h pour rejoindre Grenade où il y a tout le modernisme….

Le 04.11.2008
Les Américains votent et nous nous partons vers les Testigos.
Lever 4h15, derniers préparatifs du bateau. Henri prépare aussi le sien. On débranche eau et électricité et le mets le moteur en route.
Lorsque je veux quitter le ponton, je ne peux battre arrière. L’inverseur ne passe pas.
Que faire ? Comme nous partons avec Henri, contre toute raison, je demande à Henri de me tirer pour que je me dégage du ponton, puis je passe la marche avant et nous voilà partis. Le jour se lève lorsque Mimi largue les amarres.

Mimi largue les amarresAdieu Cumana
Nous sortons dans le golfe de Cariaco, vers l’ouest, vers la sortie. On voit le port s’éloigner et les tours de Cumana au loin dans un ciel encore rose.
Le courant nous pousse un moment, puis nous sortons du golfe vers le nord, vers Margarita. Le vent Nord-Est fait que nous sommes au près, appuyés par le moteur. Après avoir longé la pointe de la péninsule d’Araya, on oblique au Nord-Est pour passer entre Cubagua et Coché vers Margarita. Le vent est en plein dans le nez. Henri, qui à un bateau de près, tire des bords et disparaît peu à peu.

Mimi heureuse de naviguerHenri bord à bordLe Pogo gîte
Il fait un beau soleil, peu de vent, autour de 10 nœuds, avec une houle de 60 centimètres, mais un courant d’environ deux nœuds contre nous. Nous avançons au moteur. L’approche des îles est superbe. On commence à voir les montagnes et les nuages, puis le paysage se précise.
On longe Margarita lorsque le soleil se couche avec un somptueux coucher de soleil.

Coucher de soleilCoucher de soleil
Vers 20h, le moteur s’arrête. Je tente de redémarrer en vain. Je descends avec les outils. Le filtre à gasoil est plein de saletés, alors qu’il était propre au départ et que j’avais filtré le gasoil pour faire le plein ! Je nettoie et donne un coup de démarreur. J’entends un bruit inquiétant. Je recommence et pareil, le bruit semble venir de l’inverseur (la boîte de vitesse). Ne voulant pas casser l’inverseur plus que ça, je parle avec Mimi. Elle est catastrophée, elle qui était contente de bouger, de voire les Antilles. Elle déverse ses lamentations. Nous décidons d’aller dans la marina de Margarita.
Avec le vent contre nous, nous tirons des bords pour approcher dans la nuit. Mais le vent tombe et malgré nos efforts, nous ne pouvons que dériver à plus d’un nœud. Derrière nous il y a Coché et plus au nord, le large.

Le 05.11.2008
Toute la nuit se passe à lutter contre la dérive trop importante de 1,7 nœuds.
On parle avec Mimi qui m’incite à vendre le bateau, voire à en acheter un autre…
Il est vrai que je n’ai pas de chance avec tous les travaux faits et le matériel neuf qui tombe en panne.
Au matin, le vent se lève et nous allons vers la marina. Dès l’ouverture, j’appelle au téléphone. Pas de place malgré mes explications de besoin de réparation. On me renvoie vers un chantier à Sec au sud de Margarita : Chacachacare. Après discutions avec Mimi, on élimine la solution d’aller directement vers la Martinique et l’on choisit de revenir à Cumana.
Demi-tour le vent dans le dos ! Mimi qui croyait avoir bu son dernier batido à la fraise à Cumana…
Le retour est sans problème avec le vent qui nous pousse et le courant qui nous aide !

Côte de MargaritaMargaritaMimi dans un moment de mieux
Nous arrivons ainsi jusqu’à la pointe de la péninsule d’Araya. On oblique vers le sud et l’on a le vent en plein travers. À avance vite et bien jusqu’au milieu de cette pointe de péninsule.
Jusqu’à ce que le vent tombe et que le courrant qui sort du golfe de Cariaco soit contre nous vers 18h.

Coucher de soleilBeaux nuagesLa féérie des nuagesFatigué mais déterminéLa nuit tombeA la manoeuvre
Alors nous mettons 6h pour tirer des bords pour faire les trois milles qui nous permettent de passer l’entrée du golfe et de mouiller. Parfois le courant est plus fort que le vent, alors nous reculons et le courant emporte le bateau au large sans tenir compte de la position du safran !
Parfois lorsque, je remonte à peu près, un chalutier qui rentre de pêche me coupe la route et je reperds du terrain… Pendant ce temps, je barre, car le pilote ne sait pas lutter contre le courant. Mimi, de son côté fait de grands signaux avec une lampe pour qu’un bateau de pêcheur s’arrête, et veuille bien nous remorquer jusqu’à la marina… Malgré tous ses efforts et le décolleté de son chemisier, aucun bateau ne s’arrête. Chacun a peur de la piraterie, alors chacun pour soi. J’appelle à la VHF, les navigateurs du port, la guardia national, mais personne ne répond.
Je continue à tirer des bords et je rentre enfin dans le golfe. Je sais que la côte nord est sablonneuse et qu’on peut mouiller. Dans la nuit, on voit de nombreuses lumières. Y a t il tant de maisons sur la côte ? Je manque de rentrer dans un bateau de pêche non éclairé que me cachait la trinquette. Heureusement Mimi l’a vu ! Je remonte plus loin vers la côte à un nœud contre le courant et le vent. La profondeur diminue. Je laisse la barre à Mimi qui doit me crier la profondeur. Je jette l’ancre à 7 mètres pour avoir de la marge si le vent pousse le bateau vers la côte. Mimi largue l’écoute de trinquette. L’ancre tient bien. Je rentre les voiles et largue un peu plus de chaîne. Il est minuit et demi.

Le 06.11.2008
Après vérification que le bateau ne bouge pas, au lit, car nous sommes bien fatigués !
Je me réveille dans la nuit pour vérifier la position du bateau. Lorsque je me réveille à 6h30, il fait jour. Je vérifie la position du bateau qui n’a pas bougé. Alors que la nuit, la côte était impressionnante, dominée par des hauteurs, le jour, c’est un coin de paradis avec des belles maisons entourées de jardins, de cocotiers et de quelques fleurs, avec escalier particulier pour accéder à la plage ! C’est très beau et très calme. Et dire que c’est réputé dangereux !

Vu du mouillageDiam Rek remorqué par un peniero
Après le petit-déjeuner, j’appelle à la VHF pour de l’aide, car il n’y a pas de vent et le courant est fort ; aucune chance de rejoindre le port à la voile. Christian d’Evangéline me répond. Il va voir si un peniero serait disponible pour me remorquer. Nous attendons…
Pendant ce temps, un peiniero, sorte de barque de pêche, passe pour aller en mer. Je lui fais de grands signes. Ils sont trois à bord, mais hésitent. Ils obliquent vers nous et viennent près. Je les remercie et leur demande s’ils peuvent nous remorquer puisque nous sommes en panne ?
Oui et ils demandent 800 bolivars. Je dis non, 400. Discussions entre eux puis avec moi et l’on en reste à 400. Ils vont mettre leur filet en mer, tout près, et ils reviennent une demi-heure après. J’ai préparé amarres et pare battage. On passe la remorque. Je lève l’ancre et Diam Rek part en remorque, une nouvelle fois ! Il y a près de 4 milles pour arriver à la marina.
A l’entrée, on raccourcit la remorque et l’on rentre lentement.On se dirige vers la place qu’on occupait avant. Elle est libre. Je vois Paulo, je l’appelle pour aider et pour les amarres.
Le peniero me pousse sur le côté et Daim Rek se range le long du ponton.
On met les amarres. J’empreinte des bolivars à Paulo pour payer les gens qui m’ont remorqué. Je les remercie et ils repartent. Mimi décompresse car les événements l’ont affectée.Elle ne se sent pas à l’aise et elle a peur. Moi, en ces circonstance, je suis attristé par cet ennui supplémentaire, découragé, mais je n’ai pas peur car le bateau marche bien sous voile et l’on peut toujours aller vers le large en attendant un bon vent…
Nicole et Paulo nous invitent à boire un café à bord. A fait chaud au cœur d’être bien reçus après l’épreuve. Nous discutons un moment puis après nous installons eau, électricité, taud et nous déjeunons.
Après une sieste, j’écris avant d’aller au cyber chercher les plans de l’inverseur sur le net… Sur le net, je ne trouve pas assez de renseignements, pas le manuel d’atelier…

Le 07.11.2008
Christian et Paulo viennent voir à bord et écouter le bruit au démarrage. Ils constatent un bruit, mais ne sont pas affirmatifs pour savoir s’il vient du moteur ou de l’inverseur. Seule solution, il faut désaccoupler les deux. Christian dit qu’il faut 10 minutes. Je commence à enlever des vis, mais je ne peux faire reculer l’arbre. Plutôt de faire une connerie, je demanderai demain conseil. Je fais attention à ne pas laisser traîner les outils pour que le bateau soit bien habitable pour Mimi. Pendant ce temps-là, elle vit sa vie et elle prend la chose du bon côté.

Le 08.11.2008
Je demande conseil à Paulo pour le désaccouplement. Il me dit ce qu’il faut faire, puis vient m’aider. Jean-Louis vient aussi et peu à peu l’inverseur est désaccouplé après bien des efforts et beaucoup de sueur ! Je fais tourner le moteur et il fonctionne sans bruit anormal. Ce serait donc l’inverseur qui serait en cause.
Christian vient et dit qu’il faudrait démonter l’inverseur pour voir. Lui sait le faire car il en a démonté au moins une vingtaine pour les réparer. Mais il dit qu’il a la flemme. Le soir, il nous invite à prendre un apéro sur son bateau moteur avec Paulo, Nicole et Jean-louis. Il nous montre des photos de ses passages dans différents lieux du Venezuela. C’est très beau.
Mimi s’échauffe lorsque Christian parle des femmes, à commencer par sa compagne.Mimi ne supporte pas le manque de considération pour les femmes et elle le dit.
Au sortir du bateau, nous allons faire un tour dans le centre commercial. Nous y rencontrons de jeunes Egyptiens avec lesquels Mimi lie conversation en arabe. Ils sont immigrés dans ce pays. Ils trouvent facilement du travail car une grande partie des commerces est tenue par des Syriens ou des Libanais.

Le 09.11.2008
Nous allons faire le marché.

C’est dimanche, il y a du monde. Je suis avec Nicole qui en connaît tous les recoins. Au retour, je prépare de grosses gambas.
Après-midi de farniente. En allant prendre un batido, Mimi se lâche et dit son amertume des pannes récurrentes du bateau. Ça me touche ; je suis déjà peiné par ces pannes et la difficulté de trouver la personne compétente pour bien réparer, les plaintes de Mimi me mettent le moral à zéro. Par moments je pense à revendre le bateau et à rentrer. Mais pour revendre un bateau il faut qu’il fonctionne bien et il faut être dans certains pays où il existe un marché pour cela. En plus avec la crise, ce sera plus dur…
Le soir nous recevons à bord Paulo et Nicole et Jean-Louis. Mimi a fait un poulet au citron excellent. Nous passons une très agréable soirée à discuter et à rigoler.
Jean-Louis navigue désormais en solitaire. Son épouse qui a navigué quatre ans avec lui a repris le travail. Jean-Louis qui est forain et qui a un manège ne travaille qu’en juillet et août.Il dit avec philosophie qu’avant ils travaillaient à deux et qu’après une année de travail, il ne leur restait rien et que maintenant en travaillant deux mois, au bout de l’année, il ne lui reste rien, mais qu’il a profité bien de son année, à se balader, à pêcher…

Le 10.11.2007
Je vais à la recherche de filtres gasoil dans Cumana. Je ne trouve pas le type dont j’ai besoin… L’après-midi, je vais voir le mécanicien qui est dans la marina en ce moment. Il me reconnaît, c’est celui que j’avais fait venir pour mon moteur et que je n’avais pas fait réparer faute d’une estimation de prix. Il viendra demain matin à bord.
Je vais chercher sur internet la réponse du fabricant de mon inverseur : il m’envoie une notice technique qui sera utile au mécanicien.
Le soir nous allons prendre l’apéro chez Jean-Louis, un tipunch corsé ! La soirée se passe à bavarder, à plaisanter.

Le 11.11.2008
Paulo et Jean-Louis vont faire remplir leur bouteille de gaz. Je leur donne une des miennes dont ils se chargent très aimablement. Je dois attendre le mécanicien.
En fait il arrive à 15h en s’excusant. Il vérifie certaines choses et constate que la marche arrière ne passe que de façon aléatoire. Il finit de déposer l’inverseur pour l’enporter à l’atelier et l’ouvrir. J’espère qu’il n’aura pas besoin de pièces introuvables sur place… Verdict demain après midi….
Pendant ce temps-là Mimi parle sur MSN avec ses enfants. Elle est tout heureuse de ce miracle de la technique devenu quotidien.
Le soir nous allons faire une promenade et Mimi rencontre une nouvelle copine antillaise qui vit sur un bateau qui ne quitte pas le port. Elle nous emmène sur un autre bateau qui sert de maison à une veuve vénézuélienne qui nous offre le café. Nous passons un agréable moment à parler français et Espagnol. Mimi suit tant bien que mal.

Le 12.11.2008
Mimi va en ville avec ses deux nouvelles copines. Elle veut du fil et un crochet pour s’occuper. Entre filles, elles vont se promener pendant que je nettoie la gâte moteur devenue accessible en l’absence de l’inverseur. Il y a plein de gasoil. Il faut que je trouve pourquoi le retour du gasoil vient dans la gâte et non dans le moteur !
Le soir le mécanicien ne passe pas.

Le 13.11.2008
Le mécanicien passe tôt. Il me montre des pièces endomagées. Il pense que ça peut être du à un manque d’huile, ou à un usage trop brusque du passage marche avant à marche arrière, ou à un défaut de fabrication… Paulo pense à un mauvais réglage d’origine qui a fait frotter le cone d’embrayage tout le temps. En attendant je contacte par téléphone le fabriquant qui me demande de lui envoyer la liste des pièces. Il me répondra demain sur le pris et la disponibilité… Il va falloir attendre. J’envoie aussi deux mails à des revendeurs pour comparer. Pendant ce temps, Mimi va voir une copine vénézuélienne faire du pain et discuter avec elle.
L’après-midi, je me remets à réparer le moteur hors-bord qui refuse de démarrer. Je redémonte le carburateur. Je nettoie les gicleurs, je remonte et ça ne démarre pas… Je recommencerai demain à la lumière.
Une pose batido, ça fait du bien. Mimi a lavé les coussins du cockpit, elle mérite bien une pause !

Mimi et son batidoC’est vraiment bon!Mimi et les coussins

Le 14.11.2008
Ce matin nous allons au marché avec les copines de Mimi, Emma et Zuli. Me voilà avec trois femmes qui papotent, regardent tout, achètent. Je vois tout le marché avec des pauses photos.

Le marchéDans le marchéLes beaux avocatscumana-marche-13.jpgle marchéMimi au marchéMimi en admiration devant un coq de combatDes crabes bleucomment s’assoirEmma Zuli et moiQuel chapeau!Les poupéesOn vend même des chiens
Au retour, je vais au cyber. J’ai des mails de copains, mais pas des fournisseurs de pièces. Déception ! Il va falloir attendre lundi… Le voyage est une école de patience… En fin d’après-midi, je retourne au cyber. Un mail du fabricant d’inverseur m’attend. Il m’indique le prix des pièces, les coordonnées bancaires pour le payer et son refus de prendre en charge les réparations au titre d’une garantie… Je vais faire faire le virement pour avoir les pièces vite…
Au retour, je trouve Mimi en train de discuter avec sa copine Danielle qui revient de France et qui s’en va demain à Puerto la Cruz, ville devant laquelle un bateau a été attaqué, il y a trois jours avec un mort et un blessé. Charmante ambiance ! Il faut dire que le bateau à été acosté par des lanchas de pirates et que l’américain a tiré le premier en blessant un des agresseurs; les autres ont tiré blessant l’américain qui est tombé à l’eau. Les pirates ont pris la fuite, tuant l’américain à l’eau en lui passant dessus avec l’hélice…

Le 15.11.2008
Des nuages cachent le ciel bleu et le soleil. Il fait gris avec un vent doux. Depuis hier il y a des nuages et un vent assez fort et soutenu. Je l’ai entendu souffler cette nuit. Depuis près de 15 jours, il ne pleut plus. La saison des pluies est finie. Le vent était intermittent. Maintenant les alizés vont s’établir d’ouest, avec un peu de nord. Lorsqu’il y a des nuages, ils passent, presque noirs, mais ils ne crèvent pas. Pas de pluie pendant les mois à venir.
J’en profite pour me remettre au moteur hors-bord. Je redémonte le carburateur. J’ai l’impression que tout est propre. Je demande conseil à Charly. Je remonte et ça ne démarre pas. Je redémonte et cette fois, c’est mon voisin de bâbord, Robert qui regarde le carbu. Il trouve une lumière de gicleur bouchée. Il la débouche. Je remonte et ça démarre au premier coup ! Soulagement !
Alors je m’attaque à une bouteille de gaz de 13 kgs qui est rangée sur le pont. Le bouchon s’est oxydé et je ne peux l’ouvrir. Aidé de Charly et de Robert, avec du dégrippant et de l’huile de coude, ça finit par se dévisser. J’ai donc trois bouteilles pleines, avec celle que je viens de faire remplir à Cumana pour deux euros !
Je fais un ordre de virement pour payer les pièces de l’inverseur en souhaitant ne pas les attendre trop longtemps !
Pendant ce temps Mimi va avec sa copine Emma, puis parle avec la femme de Robert. Sur un Jeanneau de 47 pieds, Octopus, ils viennent de Normandie. Ils sont dans l’arc antillais depuis un an et demi. Ils voulaient nous inviter à aller quelques jours à la Tortuga, une île à 60 milles de Cumana. Je préfère suivre l’envoi des pièces. Mimi ne veut pas y aller seule avec eux.
Finalement le grain donne des vents à 40 nœuds et une pluie abondante pendant une demie heure. Le soir nous sommes invités à prendre l’apéro sur Octopus. Beau bateau, bien aménagé avec beaucoup d’options. Robert et Viviane voyagent depuis quelques années tout en gérant leur affaire en Normandie. Mimi avait fait des accras et Viviane une tarte aux poireaux, le tout avec un ti’punch. C’est super. Viviane raconte sa vie, son amour pour Brassens et nous prête des disques pour enregistrer, dont un d’un Antillais, Sam Alpha, qui chante Brassens en créole. C’est un petit trésor ! Nous rentrons à notre bord vers 22h, après une très agréable soirée. Nos voisins sont très gentils, très agréables.

Le 16.11.2008
Mimi prépare un plat typiquement irakien, des légumes farcis. Pendant ce temps, j’enregistre les disques que nos voisins nous ont prêtés. L’informatique résiste, mais à force de persévérance, j’y parviens.
Ce matin, je m’aperçois que la pompe de puisard fonctionne par moments. Je regarde de plus près. Elle évacue du gasoil ! Je regarde de plus près. C’est le réservoir bâbord qui fuie. Je l’avais fait démonter et réparer à Dakar ! Le sens le découragement me gagner ! Les pannes sont un éternel recommencement quelques réparations que je fasse !
Au déjeuner, nous goûtons le plat de Mimi : C’est délicieux. Elle en donne à nos voisins qui se régalent.

Le plat de Mimi!Les huitres apportées par Jean-Louis

Jean-Louis qui était allé hier à la pêche aux coquillages nous apporte des huîtres. Avec un peu de vin blanc, elles sont excellentes. Il apporte d’autres coquilles pour Mimi qui veut faire des colliers. Nous discutons avec Jean-Louis qui est seul à bord. Après trois ans de navigation avec son épouse, cette dernière a préféré rentrer à terre, travailler et vivre dans un appartement. Jean-Louis ne se voit pas dans ce genre de vie. En même temps il aime sa femme et espère qu’elle reviendra. Situation qui se rencontre tellement souvent de vies qui divergent. Que faire ?

Le 17.11.2008
Nous sommes lundi. Mimi m’entraîne en ville faire des courses. Nous prenons le bus et descendons au centre, près d’un parc au bord de la rivière qui traverse Cumana. Le parc est ombragé par de vieux arbres magnifiques. Une classe est venue faire de la peinture dans le parc. Les élèves s’appliquent avec plus ou moins de bonheur !

Un bel arbre!Mimi prend la fraîcheurLa rivière qui borde le parcLes écoliers en bleu font leur devoir de peintureBientôt les élections!Maison du vieux centre ville


Nous allons jusqu’à la cathédrale. Elle a fière allure, blanche et bleue à l’extérieur et couverte de boiseries à l’intérieur. Il y fait frais, avec un courant d’air grâce aux vitraux ouvrants. Le cœur est chargé avec un magnifique retable peint avec de lourdes dorures. Un autel latéral est surmonté par une Vierge noire portant un petit Jésus blanc. Le Saint Esprit est-il blanc ?

La cathédraleL’intérieur de la cathédraleDans la cathédraleVierge noire, Enfant blancUne vision de l’enfer!
Nous retournons vers le parc et la rivière. Elle coule rapidement entraînant beaucoup de limon.

La rivière de CumanaLa presse à jus de canneUn boulot dans la rueMimi regarde une fabriquante de colliers de perle dans la rue


Nous rejoignons les rues commerçantes, toujours aussi animées. Un vendeur de jus de canne à sucre est installé sur le trottoir avec sa presse motorisée. Du jus pur avec un peu de citron et de la glace, c’est vraiment bon !Les rues sont bordées de magasins au rez-de-chaussée des bâtiments et d’étals sur le trottoir ou sur la rue qui proposent, habits, nourriture, quincaillerie, restauration… Le tout dans une ambiance musicale due aux nombreux vendeurs de CD copiés, installés sur le trottoir avec leur sono !
Après la sieste, je vais au cyber, espérant des nouvelles de mon virement et des pièces d’inverseur. Pas encore de nouvelles. J’ai un mail d’un revendeur dont le devis est trois fois plus cher que le fabriquant !
Le soir en mangeant, un inlay se décolle d’une dent ! Je le récupère et demain il va falloir que je trouve un dentiste. Décidément, ce n’est pas ma période de chance !

Le 18.11.2008
Je vais voir Paulo qui est à Cumana depuis longtemps pour savoir s’il connaît un dentiste.
Il n’a eu recours à aucun, mais il a gardé des guides locaux. Sur l’un je trouve un dentiste dans le centre commercial voisin de la marina. J’y vais et j’obtiens un rendez-vous en fin de matinée. Lorsque c’est mon tour, la dentistre me reçoit dans un cabinet moderne et tellement climatisé que j’ai froid. Elle regarde, fait une radio. C’est une carie qui s’est développée sous l’inlay et l’a fait tomber. Elle m’anesthésie, cure la carrée et met une résine pour tenir l’obturation. Le tout pour 25, et elle m’a gardé une heure. Dans la salle d’attente, il n’y avait que des jeunes femmes pour de l’orthodontie. Au Venezuela, l’apparence des femmes est très importante et elles soignent leurs dents ! En soirée, Viviane et Robert viennent à bord pour un apéro dînatoire.Mimi a préparé des mézzés et Viviane apporte une pizza. Avec un ti’punch et les histoires de Viviane sur son expérience des Antilles, la soirée passe vite d’une façon très agréable !

Le 19.11.2008
Ce matin, des militaires surveillent la marina, mitraillette en main. Est-ce un exercice ? Redoute-t-on des troubles avant les élections ? Une heure plus tard, ils s’en vont, sans s’être servi de leurs armes.
Je vais au marché pendant que Mimi reste au bateau sur internet. Le marché est plein de monde. Chacun fait ses courses avant les élections de dimanche, des fois que… Le PSUV, le parti du président ne ménage pas ses efforts pour gagner les élections. En ce moment, ils distribuent des enveloppes de 2400 bolivars, 2 à 3 mois de salaire pour qui veut bien voter pour les candidats du gouvernement et s’inscrivent sur une liste. Comme le vote est électronique, il laisse des traces qui sont vérifiées… Il faut donc tenir ses engagements…
Je trouve du sucre. Il n’y en avait plus en centre ville. Je prends fruits, légumes et poisson.
Viviane et Robert découvrent le marché.
Pour le retour, nous prenons le bus, il en passe beaucoup contrairement aux jours précédents.
Je retrouve Mimi faisant de la confiture de citrons verts.Ça sent bon et ça attire des abeilles. Mimi n’aime pas ça et elle est nerveuse, sur ses gardes. Une abeille vient se poser sur ma main, je la regarde et la laisse butiner, puis elle s’envole. Tant qu’elle ne se sent pas agressée, elle ne pique pas ; ça ne persuade pas Mimi ! En tout cas sa confiture est bien bonne !

Mimi et sa confiture de citrons!

Avant la nuit, des bateaux se préparent au départ. Octopus de Robert et Viviane part pour la Tortuga. Ils nous avaient très gentiment de venir avec eux sur leur bateau. Hélas, je voulais être joignable pour suivre le virement et le colis de pièces, alors je ne peux y aller. Mimi ne veut pas y aller seule. Dommage car je suis sûr que c’aurait été très sympa.
El Scorpion avec Guillaume et Cécile partent avec des passagers pour Sainte Lucie. Là-bas, ils comptent vendre leur bateau et rentrer en France. Bonne chance !

le Scorpion avec Guillaume et BrunoBateau canadien à Wishbone
Après leur départ, on se sent eu peu seul ! Octopus reviendra avant la fin du mois. À bientôt!

Le 20.11.2008
En déjeunant et en mangeant du poisson, l’inlay refixé hier se décolle !
Je repasse l’après-midi chez la dentiste ! Nouvelle anesthésie, nouveau travail et c’est refixé. Pourvu que ça tienne des années !
Pendant ce temps, il pleut abondamment. La saison des pluies n’était pas tout à fait finie. La météo sur internet montre des précipitations partout sur une ligne du Cap-Vert aux Antilles…
Sur internet je vois que le colis des pièces de l’inverseur est parti d’Italie ce jour par DHL. Super ! Pourvu que ça arrive vite, maintenant.

Le 21.11.2008
Je regarde sur le net le suivi de mon colis de pièces. Il est parti de Bologne hier pour aller à Liepsich, puis Londre, puis apparemment Bologne… Est ce le parcours le plus rapide ?
Un mail de l’ambassade de France met en garde les résidents français :
Les électeurs vénézuéliens voteront le dimanche 23 novembre 2008.
Comme toujours en période électorale, il est recommandé aux membres de la communauté française de se tenir éloignés des lieux de manifestations sur la voie publique au cours des prochains jours et d’éviter tout déplacement non strictement nécéssaire le jour même du scrutin.
Il est important de se tenir régulièrement informé de la situation générale en écoutant la radio et la télévision.
L’ambassade de France à Caracas.
Voilà l’ambiance alors que les cybers sont fermés par décision administrative et que la vente d’alcool est interdit depuis vendredi 14h à lundi 12h… Prudence, alors que tout semble calme… Dans la journée, je revois un navigateur allemand qui était arrivée la veille à Cumana avec son équipière. Dans la matinée, ils vont vers le marché à pied en longeant un barrio. L’Allemand se retrouve avec un jeune qui lui pointe un couteau sur le ventre en lui demandant son argent pendant que deux autres s’attaquent au sac à bandoulière que porte son équipière. Elle résiste et tombe à terre avec son sac. Des gens passent et viennent les secourir. Les agresseurs sont en fuite. Les deux navigateurs en sont pour leur peur !

Le 22.11.2008
Voilà déjà un mois que Mimi est revenue et que nous n’avons pas beaucoup bougé ! Le suivi électronique de mon colis est encalminé, rien de nouveau…
Après le petit-déjeuner, je m’aperçois que j’ai perdu l’inlay recollé pour la deuxième fois la veille par la dentiste ! Je suis furieux contre cette incapable ! En plus cette fois, je l’ai avalé sans m’en rendre compte. Il faut que je trouve un nouveau dentiste capable de faire du bon travail !
La journée passe doucement, sans le bruit et la musique habituels des week-ends, pour cause d’élections. Le soir nous voulons boire un peu de vin dans un café. Nous nous contentons d’un jus de fruit, puisque l’alcool est interdit à la vente jusqu’au lundi.

Trois ans déjà!Ça mérite bien une rose!

Après une petite balade, nous allons dans un restaurant japonais manger des sushis. Aujourd’hui, cela fait trois ans que Mimi et moi nous nous sommes rencontrés. Le temps passe vite ! Alors nous fêtons l’événement au restaurant, sans vin là encore. C’est une agréable soirée entre amoureux !

Le 23.11.2008
Dans la nuit, nous entendons des pétards et même un clairon qui joue un air militaire.
Toute la matinée, c’est le calme dans la marina. Peu de bateaux sortent. Les gens doivent voter et manger en famille…
Mimi se tricote au crochet un maillot de bain, elle a presque fini le bas. Moi je vais sur internet et le suivi informatique m’apprend que le colis est à Caracas en cours de dédouanement. Il est presque arrivé ! Nous pourrons bientôt bouger !
Mimi ponce des coquilles de coquillages pour les débarrasser du calcaire et ne gardes que la nacre. C’est joli. Elle veut en faire des colliers ou des mobiles…
La journée est très calme, sans sortie de bateaux vénézuéliens, sans musique forte venue de la marina ou de plus loin. Le soir nous regardons si les résultats sont sur internet. Nous suivons en français les commentaires sur radio Venezuela in vivo. Il n’y a que des commentaires en attendant que les derniers bureaux ferment. Ils auraient dû fermer à 16h, mais certains ont été maintenus ouverts par des chavistes sous prétexte qu’il y avait la queue pour voter ; et ça durait encore à 23h30 ! Nous sommes allé nous coucher.

Le 24.11.2008
Impossible de se connecter au wifi du port ce matin. Qui a gagné ? Dans la nuit, on a entendu des pétards, parfois de la musique forte, puis le calme.
Dans la matinée, le wifi revient. Chavez n’a pas perdu, mais n’a pas non plus écrasé l’opposition malgré tous les moyens déployés sans compter.
Le colis de pièces est parti de Caracas et du dédouanement. Il approche !

Il fait bon vivre à bord, à l’ombreGrandes discussions avec PauloPaulo et NicoleMimi pose!

En soirée nous allons prendre un batido au bar où nous retrouvons Paulo, Nicole et Louis. Ce qui nous mène dans de longues discutions sur les voyages et surtout au Brésil que Paulo a bien aimé en le parcourant pendant trois mois sac au dos.

Le 25.11.2008
Nous allons au marché, qui est animé après les élections.

Un jus d’oranges préssées devant soi à l’arrêt des busAu marchéAu marchéAu marchéDans la rueDans la rueDe retour du marché, Pitoune, le chien d’un navigateur de notre ponton, nous accueillePauvre porteur!

Un vendeur d’avocats nous demande comment nous avons trouvé les élections. « Très bien ! ». Il est heureux et il nous promet pour demain deux casquettes rouges du partit au pouvoir ! Ça fera un souvenir !
L’après-midi, je passe chez DHL : le colis est en douane à Puerto La Cruz et je dois payer 420 bolivars pour le dédouaner. Je paye à l’agence qui va le retirer demain. Emma et Charly passent au bateau. Emma a lu le livre de Mimi et elle vient lui dire toute son émotion. Elle a beaucoup aimé en le lisant d’une traite, entre rire et larmes. Elle n’en revenait pas d’une telle vie. Mimi l’a écoutée avec plaisir. Elle regrette d’autant plus le manque de promotion lors de la sortie du livre qui aurait pu toucher un public plus vaste…

Le 26.11.2008
Nous allons au marché.

Le vendeur d’avocats qui nous offre des casquettes du PSUVAu marché, sorte de pain sec qui se mange humidifiéJe choisis des CD copiés de salsaMimi et le jeune vendeur de CDEtal de coquillages au vinaigreArbre à painArbre à pomme canelleau marchéAu marchéAu marchécamion avec une presse pour le jus de canneUn vendeur qui voulait une photo avec MimiCamion de livraisonEn attendant le busVoilà le busUne toile d’arraignée devant la porte du bodegon!

Nous y retrouvons le vendeur d’avocats qui a pensé à nous apporter deux casquettes du parti de Chavez, rouge évidemment ! Il est heureux de nous les offrir, il est heureux que nous aimions Chavez et il est notre ami et nous embrasse. Il nous explique que l’une de ses filles a eu besoin de deux opérations dans une clinique privée et que les deux fois c’est le parti qui a payé les fortes sommes.
En rentrant, nous retrouvons Robert et Viviane. Ils sont revenu de la Tortuga hier soir. Ils ont eu du vent de plus de 30 nœuds et des creux de 4 mètres. Ils nous invitent à dîner ce soir avec une daurade coryphène qu’ils ont péchée au retour. Ils nous raconteront leur périple.
Je passe à DHL. Le colis est toujours à Puerto la cruz. Le payement des taxes a été fait en banque. Le colis sera là vendredi ; pas demain car demain c’est l’anniversaire de Cumana et ce sera férié… Chaque ville a un anniversaire férié, ici ! Alors encore un peu de patience… Mimi parle avec ses enfants sur MSN et moi j’appelle Sophie au téléphone. Ça fait plaisir d’être en contact avec les enfants restés au loin !
En soirée, nous allons à bord d’Octopus. Robert et Viviane ont pêché une dorade coryphène de belle taille. Viviane l’a cuisinée au four ; c’est un délice. Avant, Robert nous l’a montrée en photo avec sa robe argentée et dorée. C’est un poisson superbe dont les couleurs moirées passent très vite après la mort.
Viviane nous parle des îles des Antilles qu’elle a visitées et qu’elle à préférées, avec leurs particularités et des anecdotes locales. Ça avive notre envie de les découvrir vite et de flâner au gré des envies du moment.
En discutant, les verres défilent, si bien qu’après cette soirée très agréable, nous rentrons en faisant attention à ne pas rater le ponton et la panne !

Le 27.11.2008
Mimi passe la journée à cuisiner et à faire des confitures de goyaves tomates vertes. Le résultat est très bon !

Goyaves

Je bricole de l’informatique, je parle avec Paulo et Charly…
Le temps passe vite à ne rien faire de particulier dans la chaleur de la journée. Le soir, le vent se lève et il fait presque frais. Nous regardons un film.

Le 28.11.2008
Ce matin, c’est le ménage dans la cuisine. Pendant que Mimi nettoie, je fais une ratatouille.

Mimi fleurieIci le café est bonLa Vierge a une nouvelle robe!Avec Viviane et Robert


Puis nous allons au bar où Mimi a donné rendez-vous à Robert et Viviane. Ils arrivent après leurs courses et nous prenons un verre. Et puis comme nous discutons, nous prenons des empanadas pour déjeuner tranquillement. Dans l’après-midi, je passe à l’agence DHL. Le colis n’est pas là. L’employé téléphone : le colis est dans une camionnette qui va arriver. Je vais au cyber pour attendre et je repasse moins d’un e heure plus tard. Le colis est arrivé. Je suis heureux d’avoir enfin les pièces !
J’appelle le mécano qui me dit qu’il passera lundi matin. Super ! En fin de semaine prochaine, nous pourrons partir !
Le soir nous allons dîner à bord d’Octopus. Pendant l’apéro, Viviane prépare un poulet. Nous reparlons des Antilles de ces îles qui ont enchanté Robert et Viviane. Encore une soirée agréable avec des amis.

Le 29.11.2008
L’après-midi, nous allons nous promener le long des jetées de la marina. Pitoune, la petite chienne, nous suit. Sauter d’un bloc de pierre à l’autre fait faire un peu d’exercices. Depuis la jetée, on voit des bateaux coulés dans la marina. Ils sont à demi immergés et personne ne les sort. Ils sont la fin d’un rêve encore visible, à moitié remplis d’eau. L’un d’entre eux a coulé, il y a deux semaine, on ne sait pourquoi…
Nous passons près d’un arbre sous lequel des gens cherchent des fruits. Mimi s’approche et demande ce que c’est. Des raisins de plage lui répond une femme. Elle nous en donne. Ce sont des grains comme des olives avec un noyau à l’intérieur. C’est sucré. Nous entamons une discussion. Le mari vient. Vite il me propose un whisky, il est en train d’en boire un avec beaucoup de glaçons. Je refuse et nous discutons. Il est d’origine des Canaries, il s’appelle Antonio et son épouse, Lorna est mi-espagnole mi-libanaise. Ils ont trois enfants. Ils nous invitent chez eux. Pourquoi pas ! Ils laissent leur fils aîné nettoyer la lancha et nous montons dans un 4×4. Nous filons vers un quartier résidentiel. La grille de la maison s’ouvre, le 4×4 rentre et la grille se referme. Une jolie maison avec des fleurs, des roses et 6 voitures dans le garage. Nous entrons dans un superbe intérieur, décoré pour Noël avec sapin, guirlande des, personnages. Salon en cuir, superbe cuisine, pièce télé, et bar personnel avec des centaines de bouteilles de tous alcools, mais surtout whisky.

A la table d’AntonioBelle décoration de NoëlAntonio et LeonaAvec nos Hôtes
Loena prépare des amuse-gueules. Antonio sort du vin et du whisky. Puis il se met à cuisiner un plat canarien, du moro. C’est une sauce que l’on mange avec du pain. Il y a du pain grillé, des amandes, de l’ail, du piment ; le tout mixé. C’est succulent ! Il nous en donne deux pots pour emporter ! Nous discutons de la vie au Venezuela. Le couple très aisé avait une entreprise d’une trentaine de personnes de distributions de carburant. Il vient de vendre son entreprise, fatigué de la politique de Chavez.
Mimi pose beaucoup de question sur les femmes. Lorna lui répond en soulignant la différence entre la classe pauvre et la classe aisée.
Antonio a peur de prendre l’avion, si bien qu’ils ne voyagent pas à l’étranger, alors que Loena en a bien envie… Ils nous raccompagnent à la marina en passant par un bon boulanger pour acheter du bon pain. Antonio a pris son verre de whisky dans la voiture, puis dans la boulangerie. Il en propose même aux vendeuses qui rient et refusent.
Ils nous invitent pour le lendemain à la pêche. Nous leur disons que nous avons déjà prévu une sortie à Laguna Grande avec Robert et Viviane. Ce sera pour un autre jour. Lundi Mimi s’est mise d’accord avec Lorna pour lui apprendre à faire des confitures demande si Lorna connaît un bon dentiste ? Elle nous y conduira lundi après-midi !
Nous sommes heureux d’avoir connu cette famille si généreuse et accueillante !
Nous rentrons à la marina. Nous allons sur Octopus pour parler de la sortie de demain ensemble.

RobertViviane et Mimi


Soudain, j’entends quelqu’un qui appelle Christian. Je sors ; c’est Paulo qui est avec Charly en train de remorquer un hors-bord qui est en train de couler. Je vais avec Robert au bord de la cale où nous pourrons l’amarrer et l’empêcher de couler. Le bateau est remorqué puis amarré et nous tirons sur les amarrer pour le caler sur le fond en ciment.

Le hors-bord en difficulté

Le propriétaire prévenu, arrive et ne croit pas que son bateau prenait l’eau et que Paulo et un Canadien ont pompé plus d’un mètre cube. Il constate quant même que son bateau gîte anormalement. Il met un moteur en route, les pompes électriques aussi. Et il va remettre son bateau à sa place en disant à peine merci. Là, il s’aperçoit qu’il a un trou dans la coque, alors qu’il avait fait une petite sortie le matin même… Il s’occupe de trouver de pompes avec des amis…
Nous allons nous coucher.

Le 30.11.2008
Le départ est prévu pour 9h30. Nous nous préparons et allons à bord d’Octopus. Robert et Viviane sont prêts. Nous ne tardons pas à larguer les amarres. La mer est calme, peu de vent et un soleil entre des nuages. Nous y allons au moteur. Laguna Grande est à une dizaine de miles. La traversée se passe sans problème, bien installés dans le vaste cockpit du Sun Odyssée 45. Nous avons apporté une ratatouille et la sauce moro donnée hier par Antonio. Viviane a préparé une pizza.

Les sirènes à l’avantApproche de Laguna GrandeApproche de Laguna GrandeL’entrée est en vueNous sommes entrésDans Laguna GrandePalétuviers et terre rougeSoleil et ombre des nuagesDans Laguna GrandeDans Laguna GrandeLe reposoir des pélicansDans Laguna Grande


Nous approchons de Laguna Grande. Les montagnes sont de différentes couleurs, du blanc, à l’ocre rouge. Après la saison de pluies, certaines sont couvertes d’une végétation bien verte, quelques cactus cierges, des arbrisseaux et au raz de l’eau des palétuviers. En s’approchant de la côte, on voit une ouverture, assez large et derrière un vaste plan d’eau. Nous rentrons dans la passe. Les cartes CM93 indiquent 3 mètres de profondeur, alors que le sondeur indique 17 mètres et vite 25 mètres ! Il n’y a pas de problème.
Dans la lagune, l’eau est verte, peu transparente, sa température est de 26°. Les montagnes se jettent dans la mer de façon abrupte. Des palétuviers les bordent. À un endroit des pélicans se reposent sur les branches. Nous passons à quelques mètres sans les déranger. Certaines pentes sont ravinées par les pluies.

Dans Laguna GrandeDans Laguna GrandeLe skipper et son équipageDans Laguna GrandeDes pêcheursBelles couleurs!MimiLa plus courageuse inaugure le bainMimi se jette à l’eau prudemmentA mon tourLe soleil baisse, il faut rentrerLa montagne ravinée


Plus loin on aperçoit l’eau d’une couleur jaunâtre et une plage. Une lancha avec trois pêcheurs passe le long des palétuviers. Selon que le paysage est au soleil ou à l’ombre, les couleurs changent. Le panorama est magnifique. La lagune a plusieurs ramifications. Nous nous enfonçons vers le fond à droite. Nous jetons l’ancre par 5 mètres. Après un tel effort, nous prenons une boisson, à l’ombre du bimini.
Nous sommes heureux de profiter d’une telle journée qui nous sort de la marina avec des amis !

Le skipper en plein actionUn beau coupleUn autre beau coupleA tableBravo Viviane!
Nous déjeunons dans le cockpit, avec vin rouge et blanc ! La croisière de rêve !
Une petite sieste pour certains, puis un bain. Même mimi s’y met, mais sans lâcher l’échelle de bain, faute d’avoir pied.

Dans Laguna GrandeDans Laguna GrandeDans Laguna GrandeLe skipper, RobertMimi admire le paysageMimi traîne des pieds pour le retourLes femmes admirent les dauphinsLes dauphins autour de nous


Les nuages passent et le ciel est tout bleu. Les couleurs ressortent davantage, c’est magnifique. Il est l’heure de se remettre en route pour rentrer avant la nuit, car il y a deux heures de navigation. Nous sortons en passant plus près du pied des montagnes. Dans le ciel, des frégates planent avec leurs ailes anguleuses et leur longue queue fourchue. Ce sont des oiseaux superbes.
Au retour Robert tente de mettre génois et grand voile. Il renonce vite à la grand voile qui dévente le génois. De nombreux dauphins nous accompagnent. Mimi s’allonge sur la plage avant pour les voir et photographier de près. Nous voyons le soleil baisser en approchant de Cumana. Octopus retrouve sa place le long d’un quai.

L’Hay, le bateau de PauloEt voilà la nuit qui vient

Lorsque nous sommes rentrés, amarrés, nous voyons rentrer la lancha d’Antonio. Il n’a rien pêché, il nous montre la bouteille de whisky qui le console. Nous nous disons à demain.
Nous quittons Octopus. Robert et Viviane prennent l’avion dans deux jours pour un séjour en France de deux mois. Nous nous reverrons avant leur départ.
Nous rentrons au bateau.Mimi va dire au revoir à son amie Emma car elle part demain avec Charly pour un village de pêcheurs voisin, Tigrio.
Il est temps que nous mettions aussi les voiles !

Le 01.12.2008
On frappe à la coque de bonne heure. Je monte dans le cockpit et je vois le mécano. Je lui donne les pièces. Il a beaucoup de travail ces temps-ci et il ne pourra remonter l’inverseur qu’en fin de semaine, alors il viendra le remonter et l’accoupler. Ok, ce sera fait, j’espérais plus rapidement, mais s’il tient ses délais, ça ira.
Après le petit-déjeuner, c’est Charly qui vient à bord. Il rapporte le livre de Mimi. Il ne l’a pas lu pensant que c’est un livre de femme, et en plus il n’a jamais acheté un livre de sa vie, il en échange, mais n’achète pas… Emma vient aussi dire au revoir. Ils vont larguer les amarres vers midi pour aller à 15 miles à Tigrillo, où ils ont des amis pêcheurs.
Paulo vient les aider à larguer les amarres et le bateau, à l’allure très improbable, s’élance vers la sortie du port, vers la mer.

Charly et MimiEmma et Mimi rigolent de bon coeurLe départ de Charly aidé par PauloLe départ vers Tigrillo


Octopus vient prendre sa place au ponton, avant de rester seul deux mois pendant que Robert et Viviane seront en France. J’aide à l’amarrage. Puis je copie les photos de la veille sur une clef USB pour les donner à Robert. Le soir nous allons dîner ensemble au restaurant, histoire de passer une dernière soirée agréable. Il y a un peu de vent doux qui nous rafraîchit un peu. Quand je pense qu’en France, il fait froid en ce moment !

Au restaurantLes abords sont décorés pour Noël

Le 02.12.2008
Ce matin nous nous levons tôt pour aller chez le dentiste, moi pour mon inlay perdu et Mimi parce qu’elle s’est cassée un petit bout de dent en mangeant du pain à la croûte dure alors que d’habitude la croûte est toujours molle…
Nous voyons partir Robert et Viviane pour prendre leur avion.

Mimi


Nous attendons Lorna qui a dit venir nous conduire. En fait, c’est Antonio qui vient avec son gros 4×4. Il nous conduit chez le dentiste. Il y a la queue et la dentiste n’est pas arrivée. Antonio repart et nous attendons. Une secrétaire arrive et nous fait entrer dans la salle d’attente. Elle prend son registre et demande à chacun son nom et s’il a rendez-vous. Alors elle donne rendez-vous pour un autre jour à la plupart des personnes qui repartent. Nous restons à 6 personnes, ça fait du vide.
Nous passons en second car la dentiste est une amie de Lorna. Je passe le premier ; elle me fait une obturation qui devrait durer, une résine puisque j’ai perdu mon or… Puis c’est le tour de Mimi. Elle lui répare très bien sa dent, et la réparation ne se voit pas !
Antonio, revient nous chercher. Il nous arrête chez un marchand de fruits et légumes. Chacun fait ses courses. Puis Antonio nous emmène chez lui. Là il nous prépare un sandwich fromage jambon fumé pendant que Lorna nous prépare un jus de papaye! Nous sommes chouchoutés! Nous remontons en voiture et il nous emmène à l’est de la ville. Nous traversons des barrios, des quartiers résidentiels, puis des quartiers industriels. Il nous emmène dans son ancienne entreprise.

Maison de barrioMaison de barrioAncienne entreprise d’AntonioAncienne entreprise d’AntonioAvec Antonio

De grands hangars autour d’un vaste terrain. Il a vendu son entreprise, mais il a gardé les locaux qu’il loue. Dans un coin, il y a des cerfs du pays, des biches. Ils sont grands comme des daims européens. Ils vivent dans un enclos. IL leur a acheté de la nourriture.

Une biche me regardeLa hardeLa piqure de “vitamines”Ne sont ils pas beaux?

Plus loin il y a un élevage de porcs. Il y a des petits qui crient lorsqu’on les pique pour leur donner des vitamines. Ils sont roses et marron, mignons comme tout !
Antonio a eu jusqu’à 200 porcs du temps de son entreprise !
Il est fier de sa vie, de son travail et en même temps très simple. Il nous reconduit à la marina très gentiment. L’après-midi, Mimi a mal à la gorge. Elle se couvre et prend miel et citron. Je couve la malade qui reprend vie le soir.

Le 03.12.2008
Mimi a rendez-vous à 9h chez la dentiste. Antonio qui s’était proposé pour nous y conduire, doit aller à Puerto la Cruz. Il nous envoie son fils qui termine ses études d’ingénieur. Il nous y conduit et doit aller après à un cours. Or aujourd’hui, le président Chavez vient à Cumana. Alors il n’y a pas de bus tous réquisitionnés par le parti et les cours sont suspendus. Mais son prof n’aimant pas Chavez, fera sûrement cours…
Il nous dépose chez la dentiste. Dans la salle d’attente, les gens sont nombreux. La dentiste n’est pas arrivée. Il est presque 9h et nous avons rendez-vous à 9h. Nous attendons. L’assistante déplace des rendez-vous et des gens repartent. La dentiste arrive à 9h50. Elle s’assied dans la salle d’attente et raconte aux clients qu’elle a été retardée par les défilés de Chavez, qu’elle n’aime pas. Ses clients des beaux quartiers non plus et tous discutent 15 minutes, en toute décontraction et bonne humeur.
La dentiste entre enfin dans on cabinet et se prépare. Elle en sort 10 minutes plus tard avec sa blouse et la casquette rouge du PSUV, le partit de Chavez. Tout le monde rie et discute encore un peu. Elle prend son premier client à 10h20, mais ce n’est pas Mimi…
Le tour de Mimi vient à 11h20. La dentiste parle, raconte sa vie, montre la photo de ses enfants… Elle soigne Mimi à son rythme et avec soins. Pendant son assistante vaque à ses occupations de nettoyage, y compris de ses ongles au-dessus de la tablette des instruments.
A la fin des soins, Mimi propose une photo avec la dentiste qui veut bien. Nous échangeons nos adresses mail « pour une nouvelle amitié » dit la dentiste. Nous nous quittons en nous faisans des bises, il est plus de midi.

cumana-avec-antonio-2.jpg

Mon ami Jean-Louis, dentiste en région parisienne, ne travaille pas d’une façon aussi cool ; à chaque pays son rythme. Ici nul n’est pressé et les infarctus doivent être plus rares.

Le 04.12.2008
À 8h quelqu’un vient au bateau ; c’est Cesar, le mécanicien. Il a remonté l’inverseur et il vient le poser. Il Me dit que la cause de l’usure est due à un mauvais réglage après remontage. Car d’après lui l’inverseur a été déjà démonté, alors que je l’ai acheté neuf ! Que dire sur mes vendeurs et installateurs précédents et sur leur honnêteté !
Bref, Cesar passe la matinée la repose et à l’accouplement de l’inverseur. Monteur en marche, marche avant et marche arrière fonctionnent !
Demain, Cesar va à Puerto la Cruz et il achètera des filtres gasoil que je n’ai pas trouvés ici et une sonde d’alarme de température d’eau qu’il viendra apporter et poser samedi.
Le départ sera possible bientôt !

Le bassin à tortues du centre
Le soir, nous nous promenons dans le centre commercial et nous mangeons dans un fast-food syrien. Mimi peut entretenir une conversation en arabe. Le Syrien est né là car ses parents sont installés depuis 50 ans. Il a épousé une Vénézuélienne. Il dit qu’il n’y a pas de problème pour l’intégration. Sa vie est ici. Mimi est toujours heureuse de pouvoir parler arabe, comme elle ne parle pas l’Espagnol.

Le 05.12.2008
Cesar, le mécanicien ne devant passer que demain, nous allons faire des courses dans les rues principales. Mimi cherche des épices orientales. On nous indique des magasins syriens. Mimi trouve quelques épices, discute avec le patron. Nous allons dans un magasin de fringues. C’est encore un Syrien. Du coup Mimi discute les prix. Elle tenait à me faire acheter des shorts et des polos « beaux », autres que ceux que je mets pour naviguer ou bricoler. Je me laisse faire. Une jeune serveuse très jolie s’occupe de moi. Mimi veut bien des habits mais pas de la serveuse. Les centres d’intérêts divergent parfois…
Nous achetons un poulet rôti et nous rentrons au bateau.
À peine avons-nous fini de déjeuner, que Cesar arrive. Il a une idée pour la sonde d’alarme de température. Il vérifie sur le moteur si ça pourrait aller et il va chercher la pièce. Il repassera demain matin tôt… Je nettoie la gâte moteur avant son retour demain.
Le soir nous discutons avec Mimi d’un prochain départ. Lorsque je lui dis qu’Henri a envoyé un mail disant qu’un de ses amis a eu du mal à rejoindre Grenade avec 34 heures de moteur contre un courant de près de 3 nœuds par endroits, et de la houle, elle a peur du départ. Nous verrons comment faire au mieux pour rejoindre l’arc antillais et remonter d’île en île par petites navigations. J’espère que la houle ne nous gênera pas trop.

Le 06.12.2008
Cesar vient vers 9h30. Il pose la sonde d’alarme de température puis s’occupe de la fuite de gasoil à un injecteur. Il démonte l’injecteur. La fuite vient d’une rondelle spéciale, qu’il n’a pas. Il va devoir en acheter une en cuivre et la modifier. Ce sera lundi….
Après le déjeuner, nous voyons Antonio et Lorna rentrer sur leur lancha avec leurs enfants. Ils reviennent de la pêche. Ils nous disent de venir ave eux. Mimi est gênée de se faire encore inviter. J’y vais seul. Ils sont au fond de la marina avec leur éternel verre de whisky. Ils me font voir leur pêche. Une quarantaine de poissons, de quoi faire un plat pour une famille. Ils sont de deux espèces. Ils m’invitent à venir déjeuner chez eux.Je vais voir Mimi qui trouve une excuse. Je n’y vais pas, mais nous sommes invités pour demain midi, pour manger un gros poisson qu’un pêcheur vient de leur vendre.

Antonio avec le sierraLa famille amieLe vendeur vide le poissonLorna comme si elle l’avait pêché…Belle chair blancheLa famille amieEn route pour la maisonDépart avec les vendeurs dans la caisse pour payement à la maison

C’est un « sierra » de 20 kilos. Il est argenté. Antonio et Lorna le soulèvent et je les prends en photo. Ils sont adorables. Lorna est avec sa plus jeune sœur qui me demande si je peux lui trouver un fiancé en France… En soirée, nous allons nous promener. En chemin, nous rencontrons Paulo et Nicole, bien habillés pour la sortie. Nous allons prendre un pot ensemble dans un café chic qui a une terrasse couverte qui donne sur la marina. Paulo parle de la plaisance-plaisir et nous fait profiter de son expérience, pour que Mimi se sente en sécurité avec du plaisir. Mimi en sort intéressée et un peu ragaillardie. Paulo est très cool et très positif ; il prend toujours son temps, explique bien. Nicole est toujours plus tranchée, binaire comme dit Paulo. Ils sont vraiment très agréables !

Le 07.12.2008
Je vais au marché pendant que Mimi reste au bateau. J’aime me promener au milieu de tous ces étals chargés de fruits, de légumes, avec tant d’odeurs différentes. Il pleut un peu, le ciel est chargé et gris ; il fait chaud néanmoins. Les gens sont en tee-shirt et pantalon comme d’habitude. J’aime voir ces personnes avec des peaux couleur caramel, miel, chocolat. J’aime les femmes qui n’ont pas de complexe, qui portent toujours des habits collants, décolletés, avec beaucoup de couleurs !
Je retrouve le vendeur d’avocat qui nous avait donné des casquettes du partit Chaviste. Grandes embrassades avec tapes dans le dos. Il me demande où est Mimi, de ses nouvelles. J’achète des avocats superbes, près du Kilo chacun pour moins d’un euro. Nous discutons et il m’offre un verre de rhum. Il a toujours sa bouteille sur l’étal. Il est bon ! Je le lui dis et il me montre la bouteille avec tout ce qu’il a mis dedans pour arranger le rhum. Il me montre une partie en me disant « mille pattes ». En effet, je vois un mille pattes vert, au milieu des herbes et écorces. Il me dit que c’est bon pour les hommes en secouant les bras comme s’il avait une partenaire en face dont il s’occupait ardemment ! Nous verrons le résultat, en attendant le rhum est bon ! Par-dessus le marché il me donne une courge me disant que c’est bon cuisiné avec du beurre et du fromage !
Je sais que nous allons bientôt partir et j’ai déjà de la nostalgie pour le Venezuela, qui a beaucoup d’attraits et des gens charmants ! Dommage qu’un petit pourcentage de voyous pourrisse l’atmosphère !

Les beaux avocatsMimiUne courge
La journée se passe tranquillement et en fin d’après-midi Paulo passe à bord et nous discutons longuement de nos vies, de nos façons de voir la vie et de la vivre.
J’ai commencé, depuis quelques jours, un roman volumineux : L’art de la joie de Goliarda Sapienza. L’écrivaine Italienne du 20ème siècle a une très belle écriture, variée, vivante. Le roman raconte la vie d’une jeune fille qui grandit au fond de la Sicile, dans une famille pauvre, qui entre dans une famille noble, le tout sur fond de mutation sociale, de la grande guerre, de la montée du fascisme. C’est passionnant ! J’en suis à la moitié des 820 pages…

Le 08.12.2008
Cesar vient ce matin avec la rondelle qui manquait. L’injecteur ne fuit plus, mais il subsiste une petite fuite au niveau de la culasse ! Le mécano qui a refait le moteur, n’a pas assez resserré la culasse dit Cesar. J’appelle l’atelier qui a refait le moteur ; il fait l’andouille et dit de lui rapporter le moteur à Carupano, puis finit par donner le numéro de téléphone de la personne qui a travaillé. Cesar discute avec lui…
Pendant ce temps, j’ai l’impression de tomber toujours sur des personnes qui font mal leur travail et que tout est perpétuellement à refaire ! Le moral en prend un coup… L’après-midi, je demande conseil à Paulo. Il lit le manuel d’atelier du moteur et me confirme qu’il ne peut y avoir du gasoil qui sort de la culasse. Il me dit de refaire tourner le moteur et de bien voir s’il y a une fuite d’eau, d’huile ou de gasoil.

Le 09.12.2008
De bonne heure, je fais tourner le moteur après avoir bien nettoyé l’endroit de la fuite. Tout reste propre, il n’y a aucune fuite ! C’est bien mieux ainsi !
Nous allons en ville avec Mimi, à la recherche des choses qui coûteront moins cher ici qu’aux Antilles.
Nous rencontrons en ville Paulo et Nicole ; il faut dire que tous les magasins sont dans le même coin.

Le 10.12.2008
Cesar passe ce matin, et non hier comme prévu, pour m’apporter la facture de son travail. Il a discuté avec Francisco qui avait refait mon moteur. La culasse est à resserrer comme le prescrit le constructeur, après chaque remontage de la culasse. Il passera demain.
Nous discutons avec Mimi. Nous partirons bientôt, sans doute lundi ; nous irons peur être d’abord à Tigrillo où sont Charly et Emma ; puis direction de l’arc antillais ! Enfin ! En plus il est temps car j’ai fait notre sortie du Venezuela depuis plus d’un mois ! Il serait temps de le quitter vraiment… Dans la matinée, Louis, notre voisin du chalutier, va faire des vaccinations.Devant la marina, côté barrio, il marche sur le trottoir lorsqu’il est assailli par un jeune de 12 ans avec un couteau qui lui prend son sac et le passe à un autre qui part en vélo. Louis court après le vélo sans le rattraper. Une voiture de police voit la chose, poursuit le vélo. Mais celui-ci réussit à se perdre dans la circulation, Elle emmène Louis au commissariat pour dépôt de plainte.
Dans l’après-midi, Louis va dans le barrio avec un copain français établi ici. Un jeune lui dit « Tu t’est fait dévaliser et tu reviens ? » Louis propose 50 bolivars contre son passeport rapporté à la marina avant 20h. Il ne voit personne le lui rapporter avant l’heure dite… Épisode de la vie au Venezuela…

Le 11.12.2008
Nous sommes réveillés par le téléphone qui sonne. C’est Charly et Emma qui annoncent leur retour à la marina dans deux heures. Il est 7h. Bon alors, c’est l’occasion de se lever avant que Cesar n’arrive. En effet il arrive à 8h. Il ressert la culasse qui en avait besoin. Il règle les culbuteurs. Nous mettons en route le moteur. Il tourne mieux ainsi et monte instantanément en tours si besoin. Parfait. Nous n’avons jamais été aussi prêts pour le départ.
J’appelle au téléphone Olivier. Il est à Medregal, il prépare son bateau après trois mois d’absence. Après nous nous retrouverons dans les îles. Nous nous joindrons par mail. Je serai heureux de les retrouver !
Charly qui est revenu nous dit qu’il a pris des photos de Tigrillo, des pêcheurs qui font de bonnes pêches. Mimi est heureuse de retrouver sa copine Emma. Je vais au cyber. Je trouve un mail d’un ami pour lequel je me faisais du souci car il ne répondait plus à mes mails ni à mes appels téléphoniques depuis des mois.J’avais même demandé à une amie de Mimi, vivant en Normandie d’aller voir à la dernière adresse de mon ami, pour savoir ce qui lui était arrivé. Mon ami, Michel est donc vivant… Mais bien mal-en-point après une séparation d’avec son épouse, la perte de leur commerce commun et une dépression. Je suis heureux de le savoir vivant et malheureux de le savoir dans cette panade. Je ne peux aller le voir. Mais j’irai lors de notre passage en France en mars ! Accroches-toi Michel, remontes la pente !
En soirée nous passons à bord du bateau de Charly et Emma. Nous discutons en prenant un verre. Charly voudrait nous entraîner à Tigrillo. Nos papiers n’étant plus en règle, je n’ai pas envie. Nous verrons… Et puis Noël approche et je voudrais être dans les îles antillaises, à la Martinique peut-être.
Zuly vient nous rejoindre. Elle vient d’acheter une maison que le gouvernement donne gratuitement à ceux qui sont dans les barrios. Ils occupent un moment la maison, puis la vendent pour empocher l’argent et retourner dans leur barrio. Leur frère, cousin, père demande aussi une maison gratuite. Il faut s’inscrire et attendre. Après certains en font un commerce, une rente… Zuly, qui est veuve, qui vit sur un bateau qu’elle vient de vendre, aurait droit à une maison ; mais elle ne s’est pas inscrite. Alors elle paye 30.000 bolivars à quelqu’un qui lui revend…
Elle est timide, ne dérange personne. Elle avait été sur son bateau, jeter l’ancre dans le golfe de Cariaco, devant la maison d’une amie. Son amie, lui donnait ainsi l’eau et l’électricité et elle ne payait plus la marina, trop chère pour ses maigres économies. Tout allait bien, jusqu’au jour où un homme est monté de nuit à bord de son bateau pour la violer. Zuly s’est défendue si bien qu’elle a perdu ses dents de devant en pure perte, car l’homme était le plus fort et il a abusé d’elle ! Scène de la vie Vénézuélienne. Entendant ça, Mimi est prise d’une envie de quitter le Venezuela vite. Je la comprends.

Le 12.12.2008
Nous allons en ville avec Emma. Mimi cherche des affaires souvenir pour ses petits-enfants.

Panneau de l’arrêt de bus devant la marinaMimi et EmmaHa! les fruits de la passion!Départ de Loïc sur son Amel


J’ouvre bien les yeux pour avoir les derniers souvenirs du pays. Dans la rue principal, la Bermudes, il y a des stands du parti du président, avec le slogan que Chavez restera ! Ils soutiennent le président qui veut changer la constitution pour avoir le droit d’être de nouveau candidat à la présidence.Des voitures passent avec des inscriptions sur les vitres au blanc d’Espagne : « Chavez reste ! ». Les élections viennent de se dérouler, que le président repart en campagne ! Les gens parlent, pour ou contre ; les discussions sont animées. Certains ont peur de la dictature et de la guerre civile, d’autres veulent le socialisme « Socialisme ou la mort, nous vaincrons »…
En fin de matinée, notre voisin arrivé il y a quelques jours, Loïc, largue les amarres pour aller à Laguna Grande. Il y séjournera, seul, pendant une semaine. Nous irons sans doute le rejoindre lundi pour essayer le bateau avant de prendre vraiment la mer. Loïc est un homme charmant, ancien équipier de Tabarly, ayant fait deux tours du monde avec femme et enfants. Il y a trois ans, son épouse a choisi la terre et les petits-enfants. Loïc ne se voyait pas vieillir entre quatre murs. Il a continué seul en déprimant pendant deux ans. Maintenant, ça va mieux, mais il parle toujours de sa femme qu’il aime, qui est loin et qu’il ne voit plus que de temps en temps…

Le 13.12.2006
Nous faisons un tour au marché. C’est samedi, il y a plus de monde qu’en semaine. Il fait particulièrement chaud.
À l’arrêt du bus, une vendeuse d’empanadas, arrive à peine à fabriquer ses empanadas qu’une commère vend aussi tôt. Le vendeur de jus d’orange d’à côté, travaille bien aussi. Les gens aiment bien manger à toute heure dans la rue.

La vendeuse d’empanadasLe coup de main pour les empanadasLes légumes pour la soupeLe marché municipal


Les gens sont habillés de toutes les couleurs. Les étals regorgent de produits colorés. Sur un étal de banane, un bébé dort à même un carton. Mimi prend une photo. Une copine de la jeune mère prend la fillette, l’assoit sur le carton, met à côté d’elle sa sœur et met des bananes sur chacune. Nouvelle photo. Mimi la fait voir. Les femmes s’esclaffent, rient de bon cœur.

Des poissons de toutes les couleursLe coin des bananesLa fillette dort sur un carton sur l’étalla pose pour la photo


Un tour au marché aux poissons. Il y a toutes sortes de poissons, gros, petits, colorés. Ils sont frais et si bons ! Le marché aux bananes est très étendu, avec des tonnes de bananes de diverses espèces, à cuire ou à manger en fruit.

Vendeur de CD avec meuble baffles à roulettesLe copain vendeur d’avocats!


Nous passons chez notre copain vendeur d’avocats. Mimi lui demande de lui préparer un rhum arrangé avec gingembre et mille pattes pour le mari d’une de ses filles. Pas de problème ! D’abord il lui fait goûter, puis il lui dit qu’il lui apportera demain matin au marché.
Charly vient nous voir car il veut savoir si nous irons ensemble à Tigrillo. Nous lui disons que nous irons lundi à Laguna Grande puis que de là nous irons dans l’arc antillais avec un vent prévu nord qui nous permettrai d’avancer à la voile vent de travers. Il est déçu, il aurait aimé notre compagnie… Mais il faut bien partir un jour, sinon nous ne verrons jamais les Antilles !                                                                                                      Nous passons la soirée à bord du bateau de Zuly. Mimi a préparé une tarte au citron. Emma des falafels avec une recette de Mimi et Zuly des pizzas. Autant dire qu’après un Cuba libre, nous avons eu de quoi dîner ! Charly et Mimi n’arrêtaient pas de se chamailler à leur habitude. Zuly était un peu perdue entre quatre français qui parfois ne parlaient que français. Elle est très douce et gentille. Elle a adopté une jeune chienne qui avait été abandonnée dans la marina. C’est un croisement de lévrier avec je ne sais quelle espèce. Elle me faisait penser au couple de whippets que j’avais eu. La chienne était aussi craintive, puis aussi douce une fois connaissance faite. Elle venait se coucher en rond près de l’une des personnes, en posant délicatement sa tête sur la cuisse de la personne et en la regardant parfois très attentivement lorsqu’elle parlait, comme si elle comprenait. Que de bons souvenirs avec nos chiens ! J’étais sous le charme !
Charly nous a montré des photos de Tigrillo, où il espérait nous entraîner. Il est vrai que l’endroit est très beau, avec juste un abris pour les pêcheurs qui passent là 9 mois par an, à travailler entre hommes, avec une cuisinière. L’eau est si limpide qu’on voit les fonds par 10 mètres. Mais Noël approche et nous allons remonter dans les Antilles !

Le 14.12.2008
Je vais au marché pendant que Mimi fait des confitures de fruits de la passion. Je vois le copain marchand d’avocats, Alexis. Il nous a préparé une bouteille de rhum arrangé et un sachet d’herbes et de racines pour une autre bouteille ! Super ! Je le remercie vivement. Nous échangeons nos coordonnées.                                                                                                                  Il me demande de lui téléphoner pour la nouvelle année !
Lorsque je rentre, Mimi est encore dans ses confitures. Je les goûte : succulent et très joli, d’un jaune doré avec des pépins craquants bien noirs !
Nous passons du temps à ranger peu à peu, à trouver une place pour les affaires qui traînent et qui pourraient bouger en mer. Je vérifie différents points du bateau.
Nous partirons demain vers 10h pour Laguna Grande à une dizaine de miles. Nous y resterons la journée et la nuit et nous partirons tôt le lendemain en direction des Testigos et après de Grenade. Le vent prévu est Nord de 15 nœuds qui devrait nous faire avancer au près pendant deux fois 24 heures. Peut-être plus si le vent est plus faible que prévu. Nous redonnerons signe de vie sur le site sûrement pas avant une semaine, lorsque nous aurons trouvé une cyber dans un nouveau lieu…

Vénézuéla

Posted on août 11th, 2008 by Christian

Le 12.06.2008
Le Vénézuéla c’est le premier pays d’Amérique du sud que je vais découvrir !
À 11H on est en vue de Cumana. La côte vénézuélienne est montagneuse. Dans les vallées en bord de mer, il y a beaucoup d’urbanisations illuminées, comme aux Canaries. Cumana semble une ville importante, avec de hauts immeubles et beaucoup de lumières. Plus loin on voit Puerto La Cruz encore plus importante et plus illuminée.
Olivier me dit que son générateur électrique peine et donne des signes de faiblesse. Je tente en vain de démarrer le moteur. Pourvu que le générateur d’Olivier tienne jusqu’au port.
Plus que 2 miles, on approche !

Nous arrivons en vue de Cumana
À 12h on jette l’ancre simultanément les deux bateaux côte à côte.
En attendant l’ouverture des bureaux de la marina, Olivier gonfle l’annexe et nous allons au quai de la marina. De là, nous allons dans le centre commercial qui jouxte la marina. Nous nous attablons dans un café pour un petit-déjeuner. Une galette de farine de maïs avec du poisson pour moi, avec de la viande pour Olivier. Être assis à terre donne une sensation irréelle. Une serveuse métisse indienne nous sert. Le dépaysement est là, pas dans les décors assez proche de ceux de chez nous, mais avec les gens au type indien marqué.
Vers 12h30 nous allons à la capitainerie qui nous met en rapport avec un marin ayant un bateau avec un moteur de 40 chevaux.
On se met d’accord sur le prix et il nous emmène jusqu’aux bateaux. Je lui passe une amarre ; Je lève l’ancre. Il me remorque jusque dans le port. Il largue l’amarre et je rentre sur mon élan dans la place indiquée à un ponton. Deux employés de la marina m’attendent et passent les amarres. Je suis arrivé ! Je paye le remorqueur qui a travaillé quelques minutes et gagné sa journée.
Avec l’annexe nous allons sur le bateau d’Olivier et nous le menons au port. Les employés nous attendent et passent les amarres.
Iron et Diam Rek sont côte à côte à un ponton avec eau et électricité ! Le rêve !
À 13h la position est : 10.20.652N et 64.11.186W. J’ai parcouru 87 miles dans les 27 heures, dont une partie en remorque d’Olivier.

Arc en ciel sur la marina de CumanaCoucher de soleil à Cumana
Sans lui je n’aurai pas pu arriver jusqu’au port car le vent était dans le nez… Je dois une fière chandelle à Olivier. Un grand merci à toi Ironman !

Iron et Diam Rek côte à côte!Marina de CumanagottoMarina de CumanagottoMirador de la marina

Pour nous remettre de nos émotions nous allons boire une bière dans le centre commercial voisin. En chemin, on rencontre Alexis.

Olivier et Alexis, l’agentLa marina et protégée par des miradors et par la Vierge

Il sert d’intermédiaire entre les autorités et les navigateurs pour faire les démarches administratives et avoir les papiers en règle.Olivier lui a donné ses papiers et il lui redonne dûment visés. Je lui donne les miens. Il m’en coûtera 150 dollars dont une centaine sont les taxes d’entrée, le reste le service d’Alexis.
On s’attable dans un bar en plein air. Une serveuse typée vient nous demander ce que nous voulons.Je comprends assez bien ce que l’on me dit. L’accent n’est pas le même qu’en Espagne. L’accent est un peu celui d’Andalousie avec la suppression des S terminaux, et l’accentuation tonique est différente.
La bière est légère, servie très froide. Ça me change de la bière chambrée à b ord sans frigo pour cause d’économie d’énergie !
Nous passons un bon moment à parler de notre traversée évidemment. Olivier a pris son pied et aurait bien continué encore. Moi j’ai peiné à partir du moment où j’ai dû barrer.En prenant plus Nord, Olivier a eu plus de vent sur la fin. Nous avons pêché tous les deux.

Ce qui frappe d’abord, c’est la chaleur. On la sent monter du sol, puissamment. On a beau être en bord de mer, on sent plus la chaleur que le vent. Alors qu’en navigation, l sentait toujours le vent d’abord qui tempérait la température. Dans le port il y a des embarcations à moteur qui ressemblent à celles d’Europe. Et puis il y a des barques de pêche avec une proue très relevée et tulipée qui protège des embruns lorsque les gros moteurs poussent fort. Car au prix de l’essence ici les gens mettent le moteur à fond souvent, quelle que soit la consommation. Le Vénézuéla est un gros producteur de pétrole
Les couleurs attirent l’œil partout ; sur les barques, les bâtiments, les bancs publics, les bordures de parterre… La couleur des gens qui va du blanc au presque noir en passant par le doré pain d’épice des Indiens. La majorité est métissée. Quelles jolies couleurs. Les gens sont habillés à l’Européenne, en tenue d’été. Les femmes sont coquettes avec des tenues assez provocantes. Les décolletés sont profonds. Les femmes sont souvent rondes comme aux Canaries
J’ai une impression de dépaysement sans que ce soit le choc comme la première visite en Afrique noire. Il y a de nombreuses choses comme en Europe.
Nous verrons dans les jours à venir. Pour l’instant c’est la fatigue qui l’emporte.Nous rentrons nous reposer à bord !
Je m’endors sans demander mon reste !

Le 13.06.2008
Je me réveille assez tôt comme si j’étais en navigation. Je ne parviens pas à me rendormir. Le port est calme. Des embarcations à moteur viennent faire le plein à la pompe qui ne chôme pas. Les jetées qui ferment le port sont couvertes de pélicans dont les fientes ont blanchi les pierres. Les pélicans prennent leur vol au-dessus du port et plongent pour happer un poisson. Certains plongent à quelques centimètres du bateau. Ils réapparaissent avec une prise à chaque fois. L’eau du port frémit tellement il y a des poissons. De gros poissons passent en sortant leur nageoire dorsale. On dirait un vivier ! je n’ai jamais vu ça encore !
Le port contient une majorité de bateaux à moteur et des voiliers dont quelques Français.
Les quais et les pontons sont rustiques et pas très propres. Il y a des bornes électriques avec des prises et des dominos, il faut se débrouiller. Les robinets d’eau laissent couler de l’eau sans pression.
Quel confort d’avoir de nouveau de l’électricité ! Les batteries se rechargent lentement malgré le travail du chargeur qui ronronne bien.
Dans la matinée, Alexis passe à bord pour m’apporter les papiers en règle. C’est vraiment pratique ! Sur les autorisations sont collés une série de timbres qui font une épaisseur ! L’administration a de quoi faire ! L’ennui c’est que ces autorisations sont valables pour l’état et le Vénézuéla compte 22 états. Il faut refaire les démarches pour un autre état… Nous verrons en temps utile…
Je prends mon temps pour ranger après la traversée. Olivier en fait autant. Le ménage à bord a été sommaire pendant les jours précédents…La pile de linge sale est importante, il va falloir voir pour trouver où le laver.
Je range les guides d’Afrique et du Brésil et ne garde à portée que ceux du Vénézuéla, mon domaine pour un moment. Les guides sont élogieux sur le pays qui recèle de nombreux paysages de rêve, des îles aménagées et d’autres sauvages et peu fréquentées. Seul point noir, quelques actes de piraterie chaque année. Pourtant les mesures de sécurité sont impressionnantes. Il y a beaucoup de gardes avec d’impressionnantes armes, dans le port, dans le centre commercial, près des banques….
Nous allons voir en ville à pied. Les gens que nous croisons sont aimables si nous demandons quelques renseignements. Ce qui frappe le plus est le mélange dans les rues de bâtiments industriels, d’habitations belles, de maisons pauvres entassées le long de ruelles, de magasins, de garages et d’atelier. Richesse et pauvreté se côtoient, mais la richesse est entourée de grilles et de barbelés. La pauvreté n’a pas besoin de ces protections. Les gens vivent dehors, assis sur des chaises, des bancs, à même la rue.

La rivière qui traverse CumanaUn joli toutou
Les maisons même les plus pauvres avec leur toit de tôle ont des murs peints de couleurs vives. Une touche de vie, de gaîté! Nous rentrons assez tôt pour nous reposer encore de la traversée et des nuits de veille.

Le 14.06.2008
La matinée passe à se reposer, à discuter et à prendre un café.
Puis nous décidons d’aller en ville repérer les magasins pour faire des courses. Un garde du port nous parle du marché et du bus qu’il faut prendre. Effectivement un bus nous prend. Les gens nous expliquent là où il faut descendre. Nous descendons dans une rue animée.Il y a toujours un mélange de magasins, d’ateliers, de maisons et des petits commerces sur les trottoirs comme au Sénégal. Des vendeurs de CD copiés avec leur chaîne à fond ; on ne peut les manquer ! Des vendeurs de fruits, de quincaillerie, de vêtements…. Et puis il y a les petites gargottes où l’on mange des grillades, des omelettes, des beignets. On peu boire des sodas ou de jus de fruits pressés. Nous nous attablons dans l’une d’elles. Je prends un beignet au jambon et au fromage et un autre au fromage avec une orange pressée. Olivier reste au coca. C’est bon. Des gens mangent à côté de nous en famille. Les pris sont plus chers que ce que les guides laissent entendre. Les prix ont augmenté récemment, pas de chance ! Ils restent raisonnables, à peu près comparables aux prix sénégalais pour la nourriture. Les prix paraissent élevés car bien que le bolivar fort soit en service depuis février 2008, les gens parlent encore en anciens bolivars, qui valent 1000 fois moins. Les deux sortes de billets coexistent. Il faut être vigilant. Le kilo de tomates vaut 4 bolivars forts ou 4000 bolivars anciens…
Les rues qui ont des trottoirs et des égouts sont pleines de voitures. Les carrefours sont souvent embouteillés. Les conducteurs s’en donne à cœur joie avec leur avertisseur ! Les voitures sont neuves pour partie, des japonaises. Les autres sont vielles, des grosses voitures américaines, retapées de partout, souvent des pick-ups.
Nous rentrons avec quelques provisions.
La fatigue se fait sentir encore. Aussi le temps file sans que nous ne fassions grand chose. C’est une occasion de parler, de mieux se connaître. Voilà comment les amitiés se font…

Le 15.06.2008
Olivier nettoie son générateur qui tournait en peinant. Finalement c’est le gasoil acheté au Sénégal qui s’avère mauvais.Sa couleur est différente et il ne doit pas être aussi raffinée. En plus il contient des impuretés… Il est bon à jeter si on ne veut pas d’ennuis moteur. Est ce qu’on s’est fait rouler par ceux qui nous l’ont vendu ou bien est ce que tout le gasoil des pompes est de cette qualité ? Mystère…
Fort de cette conclusion, Olivier vient sur mon bateau pour voir mon moteur. Avec un bidon de gasoil propre des Canaries, en purgeant le circuit, le moteur ne tousse même pas !
Il vérifie la pompe d’injection, démonte et nettoie les injecteurs. Nouvel essai sans plus de résultat. De la fumée ressort par l’admission, mauvais signe.
Il enlève le cache culbuteurs. Les culbuteurs sont pleins de dépôt noir. Il y a eu de l’eau…
Olivier pense que le moteur a chauffé, bien que la jauge n’ait rien indiqué, que l’alarme n’ait jamais retenti. Il pense qu’il faut démonter le moteur et le refaire ! La nouvelle m’abat car le coût va être important et il faut que les pièces soient disponibles !
Je regarde mes papiers Nanni. Il y a un concessionnaire Nanni non loin à Puerto la Cruz.
Demain je pourrai aller à la capitainerie qui m’avait dit qu’il y avait un mécano ici et téléphoner au concessionnaire Nanni. Olivier téléphone à son ami qui a un chantier à Medregal, au fond du golf de Cariaco. Nous sommes invités à dîner chez lui à Cunama demain soir. Lui saura nous dire les ressources de son chantier…
Je me couche assez abattu. Est ce que j’ai fait une faute d’entretien et que ce qui arrive est de ma faute ou pas ? Je ne sais. Il y a de l’eau dans le circuit. Est ce assez ?

Le 16.06.2008
Le matin, je vais à la capitainerie qui appelle le mécanicien. Il viendra dans une heure à bord. Effectivement il vient. Il refait des essais et un diagnostique identique à celui d’Olivier. Il faut sortir le moteur et le démonter pour voir et refaire ce qui a souffert. Il peut le faire sur place à quai ou au chantier à sec voisin, Navire. Il lui faut une semaine. Il va se renseigner sur la disponibilité des pièces possiblement nécessaires. Il va me faire un devis.Je dois le rappeler le lendemain matin.
J’essaie d’appeler le concessionnaire, mais le numéro a changé. Je lui envoie un mail.
Je n’ai plus qu’à attendre les réponses pour savoir à quelle sauce je serai mangé !!!
Avec Olivier, nous partons faire des courses au marché. Nous prenons un taxi. Les taxis sont nombreux et souvent occupés. La zone du marché est énorme. Il y a déjà moins de monde. Des marchands remballent. Il y a de tout, Des vendeurs de poisson dans des brouettes avec de la glace. Des étals de fruits et légumes, qui ne sont pas de première qualité. Des épiceries.Des charcuteries et boucheries. La viande préparée ne donne pas très envie. Une partie est salée…
J’achète fruits et légumes. Puis nous achetons de la viande. Nous verrons bien si elle est à la hauteur de la viande d’Amérique du sud.
Nous rentrons dans un vieux taxi américain. Le tableau de bord est décoré d’un oratoire avec une statuette en plastique de Jésus et de Marie. Nous sommes en sécurité ! En descendant du taxi, on s’aperçoit que nous avons du cambouis qui était sur la banquette arrière…
Je passe l’après-midi à écrire sur la traversée.
En fin d’après-midi, nous allons au centre commercial bire un coup. Après je vais dans un cyber mettre à jour le site. Je mets le texte. Je relève les mails et avant de mettre des photos, le patron ferme le cyber à 21h alors que l’heure de fermeture affichée est 23h. Peut-être a-t-il un rendez-vous galant ?

Le 17.06.2008
J’écris et prépare les photos à mettre sur le site. Je vois Olivier qui bricole sur son bateau. Je dois téléphoner au mécanicien. Je crains le devis !

Au moment où j’allais lui téléphoner, le mécanicien passe. Il n’a pas pu avoir les renseignements sur les pièces, mais un de ses amis va à Puerto la Cruz et va se renseigner et lui-même ira demain matin et me dira le résultat l’après-midi… Suspens !
La journée passe vite à ne rien faire, à discuter, à aller sur internet. Je réussis à recevoir des mails, mais pas à leur répondre ! C’est nouveau… Je peux mettre des textes sur le site, mais pas y intercaler des photos ! C’est pénible !
Je rejoins Olivier au café pour attendre son ami Frédérique qui nous invite pour la soirée.
Olivier et Frédérique se retrouvent avec joie. Fred nous propose de nous faire voir la ville en voiture. Nous traversons le quartier que nous connaissons. Par endroits Fred nous indique des Barrios où il ne faut pas mettre les pieds si l’on ne veut pas se faire dépouiller ou prendre un coup de couteau ou une balle ! La drogue et la pauvreté règnent là…
Plus loin la ville s’étend, toujours aussi disparate avec en plus la campagne dans les collines. Des gens ont construit des habitations de planches, de briques, de tôles sur des terrains squattés ; ils détournent l’électricité et vivent là, isolés, puis rejoints par d’autres squatters…
Fred nous emmène dans la ville historique. Là ça ressemble à une ville européenne avec des maisons les unes contre les autres le long des rues. Belle architecture hispanisante coloniale.
Fred nous arrête devant une maison dont la façade est belle mais pas particulière. Il l’a rénové. Il appelle le gardien qui nous ouvre et nous visitons. Une maison de 1000 m2 habitables entièrement rénovés dans le style original, avec un patio avec de belles plantes et plus loin une piscine, puis les garages. Une propriété de rêve, magnifique. Les gens riches peuvent avoir des maisons ainsi dans un pays où riches et pauvres ont des revenus tellement éloignés.
Fred nous emmène chez lui dans un quartier résidentiel. Tous les pavillons sont enclos de grilles. Fenêtres et portes sont grillagées. L’intérieur ressemble à ce que nous connaissons en Europe. Comme le pays est chaud, il y a climatisation et patio où l’on peut manger. Mais au-dessus du patio il y a des poutrelles métalliques pour éviter les effractions. La porte est métallique. La sécurité est partout une préoccupation. Mais Fred nous dit que ce n’est ainsi qu’en bord de mer dans les grandes villes, pas à l’intérieur du pays. Au contraires, les gens sont accueillants et ouverts.
Nous passons la soirée et dînons chez Fred qui est un entrepreneur suisse venu s’installer et se marier au Vénézuéla. Il est plein de vie, d’envie de construire. C’est un navigateur qui a un jour jeté l’ancre là. Avant il était en Suisse près de chez Olivier. Nous parlons du Vénézuéla, pays de liberté pour les entrepreneurs, pays qui va se développer très vite. Nous parlons aussi du régime politique qui est en train de » tourner à la dictature…
Fred vient d’ouvrir une marina à sec à Medregal, au fond du golf de Cariaco. Il dit que la réparation est possible là-bas dans de bonnes conditions et dans un environnement très agréable et pratique. Alors pourquoi ne pas aller là-bas.
Nous rentrons tard et réjouis par la soirée très chaleureuse.

Le 18.06.2008
La matinée passe à trier les photos que je compte mettre sur le site dès que j’aurai récupéré la maîtrise technique nécessaire. Hier je n’avais pas réussi pour une raison que je ne comprends pas. C’est à voir.
Je discute avec Olivier et lui dis mon envie d’aller à Medregal réparer le moteur selon les propositions de Fred. Dans ce cas Olivier va se préparer et nous partirons un matin dès que la météo Caracas. J’irai la chercher là-bas. L’après-midi, je vais sur internet mettre à jour le site et commencer à mettre des photos. Je suis soulagé, ça passe ! La connexion internet est rapide, sans rapport avec les connexions sénégalaises. Le cyber qui est dans un centre commercial est tenu par un jeune homme. La clientèle est essentiellement jeune. Aujourd’hui il y a des jeunes filles qui s’amusent en silence et des garçons qui jouent à un jeu sur plusieurs postes avec des exclamations bruyantes de temps en temps. Je ne sais s’ils marquent des buts ou autre chose dans ce genre, mais ils exultent sans retenue ! Ça réchauffe l’atmosphère qui est gelée tellement la climatisation fonctionne à fond !

Le 19.06.2008
La journée passe sans que je m’en rende compte, doucement.
Je veux copier sur mon ordinateur des disques achetés au Sénégal. Or je peux les lires, mais pas les copier ! C’est d’autant plus surprenant que ce sont eux-mêmes des copies illicites ! Les pirates ne voudraient-ils ne pas être piratés ?
Je discute avec Olivier après avoir essayé de l’aider à dévisser un bouchon de nable…
Là dessus Stéphane et ses deux fils viennent ! Ils arrivent à Cumana avant d’aller à Margarita laisser leur bateau à sec pour quelques mois d’escapades en France. Je revois Stéphane avec plaisir. Il a lu le site et connaît ma traversée et mes ennuis de moteur. Lui aussi a des ennuis de moteur qui chauffe toujours malgré je ne sais combien d’interventions, de démontages…
Parfois la mécanique, c’est mystérieux et résistant et surtout bien ennuyeux et contrariant.
Nous nous verrons demain, après qu’ils se soient un peu installés.
En fin d’après-midi, nous revoyons Fred qui passe à la marina. Nous parlons de notre venue dans son port à sec, de ses projets de développement, des questions de change. Il va nous faire du change au tarif clandestin, plus avantageux que le change officiel. La différence est due au contrôle des changes qui limite l’exportation de devises même pour les entreprises. Alors il y a marché noir…
Le soir, je relève les mails sur la Blu et j’y réponds avec plaisir. Mimi compte revenir début juillet. Pour mon anniversaire ?

Le 20.06.2008
Réveil à 8h par le mécanicien qui est passé à Puerto la Cruz et n’a pas trouvé le représentant Nanni qui ne semble pas avoir pignon sur rue… Les pièces, il faut les faire venir de France.
Je téléphone à Nanni France qui me renvoie vers ses agents Vénézuéla, puis Paris lorsque je lui dis que mon épouse achètera les pièces en France avant de venir. J’appelle le représentant parisien qui va m’envoyer un mail avec le prix des pièces et les délais….
J’appelle Mimi qui n’a pas encore pris de billet.
Je vois Sylvie et Stéphan qui m’indiquent une compagnie charter, Condor, filiale de Lufthansa qui fait des billets pas chers. Je vais aller voir au cyber.
Je range dans le bateau pour être prêt pour le départ demain pour Medregal. Je vais au cyber pour regarder les billets d’avion Paris Caracas ou Margarita. Les vols aller simple sont plus chers que l’aller et retour ! De peu, mai plus cher ! C’est du vol puir et simple ; c’est la loi du plus fort. Toutes les compagnies s’entendent sur ce principe cependant nous allons être obligés d’en passer par là !
Lorsque je reviens au bateau, il pleut bien. Olivier qui était sur son bateau a pensé à fermer mes panneaux de pont que j’avais laissés ouverts! Quelle gentillesse !
Après la pluie, nous allons payer la marina. Un peu plus de 10 euros par jour pour le peu de confort de la marina, c’est très cher. Tout ça parce que de nombreux vénézuéliens ne payent pas car ils sont fils de ou cousins de et que la direction a décidé de se rattraper sur les bateaux étrangers en triplant les pris il y a une année !
Nous prenons un taxi pour aller faire quelques courses dans un supermarché à l’européenne de la chaîne Cada. Hommes et femmes font leurs courses. Il y a tout ce que nouos trouvons en Europe, souvent des mêmes parques, plus des produits locaux. Les ménagères sont bien rondes dès la jeunesse souvent. Les fruits et légumes sont d’une fraîcheur relative. La viande n’est pas très appétissante. On paye à la caisse et la facture est vérifiée et tamponnée en sortant !
Nous rentrons en taxi sous la pluie. Le taxi ralentie souvent devant d’énormes flaques d’eau qui barrent la route. Le taxi nous parle de la coupe d’Europe de football que nous ne suivons ni l’un, ni l’autre…
Ce soir nous allons prendre l’apéro sur Café Liégeois. Sylvie, Stéphan, Arthur et Charles sont à bord. C’est un plaisir de se retrouver dans leur carré accueillant. Nous prenons un apéritif en se donnant des nouvelles des autres bateaux que nous avons rencontrés. Certains ne me disent rien, je n’étais pas dans tel port en même temps. C’est vraiment sympa d’avoir des nouvelles ainsi des uns et des autres, qui naviguent en ce moment dans un autre pays ou pas loin et que nous rencontrerons probablement bientôt…
Nous passons la soirée à parler navigation et à parler de nos ennuis techniques. Stéphan a toujours un moteur qui chauffe, bien qu’il l’ai démonté et ai nettoyé le circuit de refroidissement…
Sylvie a eu la gentillesse de préparer un repas que nous partageons tout en discutant.
Sylvie et Stéphan laissent leur bateau à Margarita et rentre en France pour quelques temps.
J’espère que nous nous reverrons plus tard dans une île ou une marina….
Nous rentrons assez tard bien que nous partions le lendemain matin pas tard.

Le 21.06.2008
Je me réveille à l’aube à cause du départ. J’anticipe un peu trop. Je tente de me rendormir, je traîne au lit. Un peu avant 8h, je monte dans le cockpit. Olivier aussi vient de se lever. Nous avons le temps de prendre le petit-déjeuner. Puis de préparer le bateau.
Il fait un temps très calme avec seulement 4 nœuds de vent de sud est.
Nous amarrons les deux bateaux ensemble, puis nous larguons les amarres qui nous relient aux pontons. Olivier met un peu de moteur et les deux bateaux à couple quittent les pontons en marche arrière. Toute la manœuvre se fait au ralenti, en silence avec le moteur électrique du bateau d’Olivier.

Adieu Cumana
Marche avant et nous sortons du port. Stéphan nous fait signe de la main et nous lui répondons. Nous sortons du port. Plus loin nous séparons les deux bateaux. Chacun met les voiles. Mais il faut se rendre à l’évidence, Nos bateaux lourds n’avancent pas. Olivier me passe une remorque et son bateau remorque le mien. Nous allons vers le fond du golfe de Cariaco. Il est entouré de montagnes, hautes de quelques centaines de mètres, souvent arides et très escarpées. Dans les endroits où la montagne laisse la place, il y a des villages. Nous avançons avec le vent presque de face, car il est d’est maintenant.

Diam Rek remorqué par IronL’averse sur les vagues
Des dauphins nous escortent de chaque côté.
Le fond du golfe est très couvert de nuages bien sombres. Effectivement ils se rapprochent et nous voilà dans un grain. Le vent monte à 32 nœuds pendant un quart d’heure. Il pleut fort, mais la pluie est chaude. Les gouttes rebondissent suer les vagues avec des cloques blanches d’écume. C’est splendide. Le calme revient. Puis un second grain moins violent.Puis un troisième.
Lorsque ça s’arrête et que la visibilité revient nus approchons de Medregal. Nous voyons des mâts au loin. Sur terre et sur mer. Effectivement, en approchant il y a une douzaine de bateaux à l’ancre et plus de trente dans le port à sec. Je détache la remorque et jette l’ancre pas 5,5 mètres de fond. Olivier fait un tour et revient mouiller non loin de moi.
Sans Olivier et son remorquage, je n’étais pas prêt d’arriver avec le peu de vent de la matinée puis le vent dans le nez ! Je lui dois encore une fière chandelle !
Nous sommes devant le port à sec et le village hôtel. Le coin est beau. On voit des flamboyants fleuris.

Flamboyants fleuris
Olivier met son annexe à l’eau et nous allons à terre. Nous débarquons à l’endroit où le port remonte les bateaux. Nous visitons le port à sec qui commence à se remplir. Olivier retrouve un bateau qu’il a vu à Cumana, avec un père et sa jeune fille qui naviguent depuis 13 ans. Nous discutons un moment puis nous allons vers l’hôtel prendre une bière. À cette heure, 17h, il n’y a personne. Le bar est en plein air avec la musique qui fonctionne. Au bar, chacun peut se servir et marquer ce qu’il a pris avec le nom du bateau. Nous prenons une bière près de la piscine sous une terrasse couverte. Dans une nature arborée et fleurie, il y a des bâtiments avec chambres, bar, restaurant, toilettes, bibliothèque. C’est bien pensé et joliment fait. La nuit tombe à 18h30. Nous discutons un moment avec le patron, puis nous allons au restaurant pour essayer. Ce soir il y a : salade et rillettes, sanglier et pomme de terre en sauce et tarte Tatin. Le restaurant est surmonté d’un vaste toit en feuilles de palmier. Le travail est superbe.
Nous rentrons nous reposer. Olivier me ramène au bateau.

Le 22.06.2008
La nuit a été calme ; pas de grain, pas de vent, pas de houle ! Super. Lorsque je me réveille le soleil brille, le paysage est neuf ! On voit bien les montagnes, l’hôtel et le port à sec avec les mâts des bateaux. Des pêcheurs passent avec leur barque à moteur. Ils vont toujours vite. Ils n’économisent pas l’essence au prix où elle est. Des pélicans les suivent, toujours prêts à récupérer un poisson.
Je mets le taud de grand voile, pour la protéger des UV. Car le soleil tape fort.
Olivier vient en annexe et nous allons à l’hôtel. En passant, nous faisons un tour du port à sec pour regarder les bateaux. La longueur moyenne est importante. Il y a beaucoup de 14, 15 mètres. Il y a de belles unités ! Ils vont dormir là en attendant leur propriétaire pour naviguer de nouveau…
Après avoir fait un tour, nus rentrons à nos bords. L’après-midi nous y retournons. Nous voyons Fred et Jean-Marc, le propriétaire de l’hôtel et l’associé pour la marina. Nous faisons les papiers d’arrivée, avec devis. À l’examen du devis, je remarque que le prix qui est le plus bas de la région est malgré tout assez élevé. On peut trouver moins cher en France dans quelques endroits. On peut payer bien plus cher aussi ailleurs, c’est vrai. Mais le cadre est agréable avec beaucoup de services possibles, dans un lieu sans risque. Les deux bateaux devraient être sortis demain matin, après réparation d’un pneu crevé sur le travel lift. Après nous serons au sec et pourrons sortir le moteur pour le faire réparer.
Nous rentrons avec la nuit au bateau, vers 17h.
Le soir, je regarde un film de David Lynch que j’aime comme metteur en scène. Déception, Blue Velvet, ne me passionne pas.
Je commence un nouveau livre après avoir terminé « Une chronique de l’Estaque », livre sympa, sans plus.
Je commence « Mon enfant, ma mère » de Nine Moati.

Le 23.06.2007
Ce matin nous devrions sortir de l’eau si le pneu du travel lift est réparé. Prévision vers 10h.
J’ai le temps de me réveiller et de lire dans le cockpit. Le travel lift n’avance pas d’ans l’eau pour nous prendre. Nous allons donc voir à terre. Le pneu à réparer n’est pas revenu. Il faut attendre. Mais pas trop car il arrive. Le temps de le monter sur la machine et nous allons sur Iron pour la manœuvre. Le travel lift s’avance dans la mer sur sa rampe de béton. Les amarres sont placées à l’avant. Olivier manœuvre avec un peu de vent, mais pas trop. Le bateau présente son avant dans la machine. C’est presque dans l’axe. Une amarre puis l’autre. Les gras calent le bateau méthodiquement mais avec lenteur.

Mise au secMise au secmise au sec
Puis il faut le sortir de l’eau. Le travel lift a du mal à remonter la pente, il faut lui mettre des planches sous les roues pour lui faire passer les inégalités de la piste en blocs de béton. C’est toujours un moment émouvant de voire un bateau avec ses formes entières. Iron a de jolies formes et de belles jonctions de tôles.

Sortie d’IronSortie d’IronSortie d’IronSortie d’IronLe travel lift de Medregal
Le travel lift évolue à sec. Cherche un endroit pour placer le bateau. L’endroit prévu a un sol trop détrempé par la pluie de la veille. Iron trouve une place près de l’entrée, la proue au vent dominant. Encore faut-il le caler. Comme c’est un dériveur, il faut beaucoup de madriers pour le surélever, puis des pieds pour le stabiliser. L’opération commencée à 11h se termine passée 16h… Ce fut laborieux. C’est encore le rodage du matériel et du personnel.
Mais le bateau est bien calé, bien mis à sec.
Il n’est plus l’heure de mettre le mien au sec. Ce sera demain vers 8h30.
Il ne nous reste plus qu’à aller boire un coup car toute l’opération s’est faite au soleil !
Après je rentre à bord avec l’annexe d’Iron. Dernier jour à l’eau avant la fin de la réparation et du carénage. Espérons que ce ne sera pas trop long !
C’est le solstice d’été. Il fait nuit vers 18h40. Sous les tropiques, ça ne change pas beaucoup pendant l’année. Pourquoi n’ont-ils pas d’heure d’été ?
Ce soir, je regarde un film pour passer la soirée. Je revois Annie Hall de Woody Allen, avec grand plaisir.

Le 24.06.2008
Il pleut et le ciel est tout gris uniformément.

Pluie sur Medregal

La mise à sec de Diam Rek est prévue pour ce matin, 8h30. Mais il pleut de plus en plus. Alors j’ai le temps de finir le livre de Nine Moati. Elle est d’une sensibilité très fine, exacerbée. Le livre est très touchant. C’est un beau livre sur la relation mère-fille.
J’ai le temps de faire la cuisine avec les légumes qui commencent à s’abîmer. Il est près de midi et il pleut moins. Des fois qu’ils viennent bientôt, je déjeune. Je fais bien, car un des employés qui font le levage arrive en annexe avec Olivier à bord.
Olivier monte sur son annexe. Je passe des amarres pour les deux annexe qui se mettent à coupe. Je lève l’ancre. Je me mets à la barre et le remorquage commence, lentement. Le travel lift est dans l’eau. J’approche. Les annexes se poussent. Je passe les amarres aux employés qui font rentrer le bateau en tirant sur les amarres.
Ils mettent du temps pour le caler pour qu’il soit centré. Puis ils mettent les sangles. Ils en mettent trois par sécurité. L’ensemble pourrait porter 30 tonnes. Le bateau chargé doit peser 15 à 16 tonnes. J’avais annoncé un tirant d’eau de 1,80m, or ma quille bute sur la base du travel lift. Ils le montent à 2,10 pour que je passe !!! Le bateau est bien chargé !
Le travel lift commence à lever Diam Rek. Lorsqu’il est levé, l’engin se met à rouler sur sa piste de béton ; il sort peu à peu de l’eau, le bateau aussi. Moi je suis sur le pont, je vois les choses de haut.
Le travel lift s’arrête au-dessus de la fosse de décantation pour le lavage. Les gars font une pause pour déjeuner. Après ils passent le Karcher et nettoient le peu d’algues et de coquillages qui sont accrochés.
Je peux voir la coque, les œuvres mortes. L’antifooling que nous avions mis avec Jean-Michel, il y a un an, est toujours là un peu érodé par le jet sous pression. La coque est bien protégée partout. Nous avons fait du bon travail ensemble, mon Cher !
Je regarde la quille. Sur sa base et sur 20 centimètres de haut, il y a des griffures des rochers de Warang. Les couches d’antifooling sont parties.L’acier est un tout petit peu enfoncé de quelques millimètres à deux endroits. La quille est solide et il n’y a pas de problème. J’avais raison d’avoir confiance !
Je vais prendre une bière au bar avec Olivier avec les ordinateurs. Nous tentons de nous connecter à internet, sans succès… J’essaie de nouveau plus tard sans plus de résultat…
Il faudra essayer plus tard.
Je retourne au bateau et je fignole avec une spatule le grattage de la coque.
Des navigateurs passent et discutent. Un Norvégien qui est arrivé jusqu’ici et laisse son bateau pour rentrer au pays travailler un an, le temps de regagner de quoi naviguer l’année suivante…
Puis une navigatrice, qui navigue seule depuis 7 ans après une rupture avec son compagnon, la vente de leur bateau et l’achat pour elle d’un nouveau bateau.Maintenant elle navigue moins et elle a acheté une maison de l’autre côté du golfe. Une belle maison les pieds dans l’eau pour 30.000 dollars ! Nous parlons un moment et le la complimente de naviguer seule, ce qui est rare pour une femme. Elle me dit qu’elle en a rencontré plusieurs au cours de ses voyages. Elle a dans les 60 ans et elle continue sur un bateau de 40 pieds en alu. Chapeau !
Je fais connaissance avec un Français qui s’ests installé ici comme peintre. Il se plait ici et il a du boulot.
Je vais prendre une douche dans le port à sec pour effacer la poussière d’antifooling ! Ça fait du bien. Comme au Sénégal, l’eau est à température ambiante. C’est agréable pour se rafraîchir !
Je retourne au bateau avec la nuit. J’écris en prenant un apéritif pour fêter la mise au sec qui va permettre de sortir le moteur. Pour cela il faut que l’on mette mon bateau à une place, ce qui n’a pu être fait aujourd’hui pour cause de terrain détrempé par ma pluie. Ça devrait être fait demain…

Le 25.06.2008
Ce matin le ciel est couvert et il tombe même quelques gouttes par moments.
Je vais au bar pour me connecter à Internet. Je relève les mails. La connexion fonctionne. Les mails arrivent. Dans le nombre, il y en a un qui m’attriste car il m’annonce la mort de ma tante Mireille que j’aimais bien et que j’avais toujours plaisir à voir.
Partir en voyage expose à ce risque de revenir avec des personnes aimées qui ne seront plus là. Apprendre un décès ainsi laisse désarmé. Il n’y a pas la chaleur familiale pour encaisser la perte d’un être cher. Le jour de l’enterrement, je penserai bien à la famille toute réunie pour l’occasion.
Sur internet, je tente de mettre à jour le site. Je mets le texte. Puis je mets une première photo lorsqu’il survient une panne de courant. Au bar il y a deux autres internautes qui attendent comme moi…. Olivier vient et nous discutons pendant l’attente. Soudain, l’électricité revient. Les pays en voie de développement sont à cheval entre modernité et tiers monde…. Mais la liaison internet est tellement lente que je n’arrive pas à faire passer texte et photo… Pourvu que je n’aie pas perdu le contenu avec la panne ! Mais si… Heureusement j’avais enregistré le texte, mais les photos ont disparu…. Ce sera à refaire dès que la liaison sera meilleure ! En attendant je vais faire passer le texte et je vais déjeuner ! Après déjeuner, j’appelle Mimi. Elle m’annonce qu’elle a pris un billet pour le 11 juillet et qu’elle arrivera à Caracas. Super, nous allons nous retrouver enfin !
Je passe l’après-midi à bricoler. Je m’occupe de l’enrouleur de génois. Je donne quelques tours de plus à la drosse pour pouvoir enrouler le génois complètement même serré. Je remets une manille pour remplacer celle perdue pendant la traversée. J’en mets une avec un manillon qui me permet de mettre un collier nylon qui l’empêchera de se dévisser à l’avenir.
Comme il a plu, Diam Rek n’a pu être mis à sa place sur le terrain détrempé.

Le 26.06.2008
Dés 8h le moteur du travel lift démarre. Les trois employés sont là et se préparent à me déplacer. En route.Tant que l’engin roule sur la partie empierrée, pas de problème. Puis il tourne pour me déposer à l’emplacement prévu. Les roues avant s’enfoncent un peu de trop. Alors il faut apporter des pierres et des planches pour pouvoir avancer. Ça prend du temps, mais c’est efficace.
Voilà Diam Rek en place. Je branche l’électricité. Je dois changer la prise normalisée européenne pour une prise ordinaire. Les prises vénézuéliennes sont comme aux USA avec deux lamelles plates.
Fred passe. Nous discutons de son port à sec et des défauts de jeunesse que nous avons remarqués. Puis il me donne ses coordonnées bancaires pour que je lui fasse un virement afin de faire du change à un taux avantageux, supérieur au taux officiel. J’envoie un mail à ma chargée de compte.
Puis je discute avec Olivier pour le démontage du moteur. Ce sera fait ce week-end. Je commence à démonter tout ce qui est raccordé au moteur. Ça je sais faire. Olivier viendra demain et nous désaccouplerons et sortirons le moteur.
On me dit que Bernard, le peintre va lundi à Carupano là où il y a l’atelier de mécanique que l’on me recommande. Je vais le voir. Il part lundi matin à 7h et l’on pourrait charger le moteur sur son pick-up dimanche après-midi. Il reviendrait de Carupano le lundi soir. Nous aurons toute la journée pour visiter la ville.C’est super.
J’espère que le moteur sera ouvert vite pour que je sache quelles sont les pièces nécessaires et que Mimi puisse les acheter à Paris et les apporter avec elle le 11 juillet.
Le soir, je regarde un film : 101 Reykjavík. C’est un beau portrait de la société islandaise, aigu et un peu cynique. Super !

Le 27.06.2008
La matinée passe sans faire grand chose. Discuter, prendre une bière. J’essaie d’envoyer un mail pour connaître le prix des pièces moteur en France. Impossible. Pas d’internet, ce matin. Ça semble venir du fournisseur d’accès… Pour un pays qui se dit émergeant et moderne, ça fait piètre impression ! Bon, je verrai plus tard.
Je prépare l’ouverture du cockpit. Les nuages gris font que je laisse le couvercle métallique jusqu’au dernier moment car la pluie ne semble pas loin. Quelques gouttes seulement…
Olivier me dit qu’il viendra après déjeuner.
En effet, je déjeune et il arrive après. Il enlève une partie de l’accouplement moteur-inverseur. Nous enlevons les attaches des silentblocs.
Maintenant on ouvre le couvercle du cockpit. Olivier va chercher une pompe à gasoil pour vider le réservoir journalier dans un réservoir des fonds. Vu le temps nécessaire, je surveille la pompe en lisant. Je finis « Citadelles interdites » d’Henri Emmanuelli. C’est un beau roman de réflexion sur la solitude et les rapports société-individu. L’auteur est un homme politique qui écrit bien. Le roman date de 2000, je ne sais l’il en a écrit d’autres ?
Je vais envoyer mon mail. Cette fois il y a internet. Très lent, mais ça marche. Je reçois des mails, mais ne peux envoyer le mien ! J’essaie de nouveau de multiples fois sans succès !
En plus ma banquière me répond à ma demande de virement à Fred que pour un virement international elle a besoin de ma signature sur les formulaires qu’elle m’avait donnés. Il faut que je lui scanne ou lui faxe… Je vais voir ce qui est possible…
Demain nous commencerons la journée par le marché à Cariaco de 8 à 12h.

Le 28.06.2008
Départ à 8h avec un taxi pick-up. Un vieux Ford avec le Pick-up couvert avec de la tôle et des bancs sur les deux côtés et au fond. Ce n’est pas loin des petits cars africains. Question confort, c’est pareil. Question folklore, ici ce n’est pas Peugeot ou Mercedes, Mais Ford ou GM, parfois Toyota.
Bon, tout le monde est monté, une douzaine de personnes, alors on démarre. Nous prenons d’abord une route en terre. Fred nous a dit que la route a été faite, il y a un an et qu’elle devait être goudronnée. Le budget était voté, mais l’argent à disparu. Alors la route n’a pas été goudronnée et la saison des pluies aidant, elle a été ravinée et elle sera entièrement à refaire lorsqu’il y aura de nouveau un budget…
De part et d’autre la végétation est épaisse ; un mélange de cactus très hauts, de figuiers de barbarie, d’acacias et d’herbes et de lianes. Par endroits, Il y a de pauvres maisons avec un champ de bananiers. Les maisons sont couvertes de tôles. Elles ont été peintes de couleur vive. Elles sont éclairées par des ampoules qui fonctionnent tout le temps, puisque l’électricité est détournée depuis les lignes qui passent près de la route. Alors pourquoi faire des économies d’énergie ?
Le taxi traverse plusieurs villages qui semblent pauvres. Puis la route devient goudronnée, mais pleine de trous. Le taxi avec ses vieilles suspensions secoue ses passagers, mais ça va.
Il nous dépose à Cariaco, dans la rue qui borde le marché.

La camionetaBoutique ambulantedans le marché couvertEglise de CariacoBranchement électrique pirateImmeubles sinistrés par un tremblement de terreUn beau magasinLe marchéLe marché couvert
C’est un marché couvert qui s’est agrandi d’une partie non couverte. Il y a des petites boutiques d’épicerie, de bazar, d’habits, de CD piratés. Et puis il y a les étals de fruits et légumes. Les fruits sont nombreux, mais la qualité est très disparate. Les dernières clémentines que j’avais achetées ne valaient rien, mais quelques-unes étaient excellentes, vraiment parfumées… Les légumes viennent de la terre et ça se voit ; ils n’ont pas été lavés.
Plus loin il y a les étals de boucherie. La viande n’est pas appétissante et est découpée n’importe comment. Les étals de poissons sont plus beaux, avec des poissons que l’on ne voit pas en Europe.
Je fais mes achats de fruits et légumes. J’achète une empanada avec une bière. Elle est au poulet et est bonne et bien grasse. Partout il y a des étals d’empanadas et de boissons. Les gens mangent en plein air. Ils mangent très gras et sont obèses très jeunes.Il y a toutes les couleurs de peau, du blanc rare au noir en passant par toutes les teintes de cuivré.
Les gens sont aimables. Devant un étal, il faut demander à être servi, sinon tous les autochtones passent devant.
Nous remontons dans le taxi à 11h. Le taxi s’arrête devant une boutique de tabac et alcools. Certains s’approvisionnent. Puis nouvel arrêt devant une pharmacie et enfin devant une boulangerie et un marchand de chocolats. Les boulangeries présentent peu de choix. Il y a surtout de petits pains à la croûte blanche et à la mie inconsistante. Il y en a de plus gros, mais avec les mêmes caractéristiques. Il y a aussi du pain de mie tranché.Pas de pain à la française.
Ici le pain est cher et les gens font chez eux des crêpes de farine de maïs fourrées et frites dans l’huile…
Nous rentrons à Medregal. Je mange un steak mal coupé qui est dur. La viande est parfaite pour un ragoût.
Alors que nous voulons sortir le moteur, les nuages s’amoncellent et il pleut un vrai déluge…
Et ça dure toute l’après-midi et la soirée ! Je lis et regarde un film sans intétêt.

Le 29.06.2008
Ce matin, je commence à 7h30 à ouvrir le dessus du cockpit et à démonter le réservoir journalier qui gêne pour enlever le moteur. Olivier me rejoint vers 8h. On attache bien le moteur avec manilles et bouts et nous le hissons avec le palan du rail d’écoute de grand voile. Olivier le hisse avec le winch et moi je le guide pour qu’il passe dans la cage. Il est presque sorti. Le palan est à bout de course.Il faut lever la bôme au winch et le moteur sort et passe au-dessus des hiloires et des filières. Il n’y a plus qu’à le faire descendre à terre en attendant de le charger dans l’après-midi sur le pick-up de Bernard. Nous serons prêts pour demain matin.
Nous buvons une bière en discutant. Je remercie Olivier pour son aide éclairée.
Puis je vais sur internet. Ce n’est pas rapide, mais ça fonctionne. Je mets à jour les textes du site. Toujours pas moyen de passer les photos, c’est trop lent…
Pendant ce temps, des Vénézuéliens boivent au bar en écoutant de la musique locale. J’en profite pour en registrer des CD qui me plaisent. Ici la discothèque est très fournie. Il n’y a que l’embarras du choix.
En fin d’après-midi, Olivier passe. Nous discutons avec Hervé, un Breton qui est arrivé il y a quelques jours, qui navigue avec son épouse depuis une quinzaine d’année et qui vient du Brésil. Nous discutons du Brésil qui l’a enchanté et qui est moins cher qu’ici. Il aime aussi beaucoup de Vénézuéla et la richesse de ses mouillages tranquilles.
Bernard passe et nous chargeons le moteur sur son pick-up. Nous le soulevons avec le palan d’écoute de grand voile fixé sur la bôme.Nous le fixons solidement sur des cales, avec une sangle prise dans des crochets d’attache sur la plate-forme.

Le 30.06.2008
Je me réveille tôt afin être prêt pour aller à Carupano. À 7h précises, Bernard passe avec son Pick-up Toyota. Le moteur étant chargé depuis la veille, il n’y a qu’à monter dans la voiture.
Nous prenons la route en terre, puis la route goudronnée avec les nids-de-poule. Bernard avance doucement pour ne pas abîmer la voiture et ne pas détacher le moteur…
Comme il a plus les jours précédents, le paysage est tout vert. La végétation s’est développée. Bernard dit que dans quelque temps, la route sera couverte par les branches des arbres et les plantes grimpantes. La route passera sous un tunnel de végétation. J’ai déjà vu ça en Casamance et en Thaïlande en saison des pluies. C’est beau et oppressant, tant on ressent la force de la nature envahissante.
Nous passons Cariaco. Là, nous prenons Marianne, une Française qui a navigué avec son compagnon puis seule et qui a acheté des maisons au bord du golfe. Elle va chez le dentiste à Carupano qui est notre destination.
La route traverse des villages. Dans l’un d’eux, tous les habitants sont noirs, descendants d’esclaves, qui restent entre eux et ne se métissent pas !
Après Cariaco, la route est bonne. Les trous se font rares. Il faut pourtant ralentir souvent car les ralentisseurs sont fréquents et très raides ! Ils sont dans les villages, mais aussi en pleine campagne non loin d’une maison là où quelqu’un s’est fait écraser, pour que les gens ralentissent. Par endroits il y a des oratoires en souvenirs d’un piéton écrasé…
La drogue et l’alcool font des ravages ici et particulièrement avec la circulation….
Le long de la route, il y a des fils électriques portés par des poteaux tous identiques. Puis devant les maisons il y a des branches qui servent de perches à des fils pirates pour chaque maison dont toutes les ampoules restent allumées jour et nuit…
Sur de nombreux fils il y a de la végétation qui se développe, des orchidées qui développent leurs racines dans l’air et leurs feuilles. Elles ne sont pas encore fleuries.
Le long de la route, de gros pipelines non enterrés enlaidissent le paysage. Ceux-là apportent de l’eau pour l’île de Margarita. Plus loin, d’autres apportent du pétrole vers Cumana.
Toute la région est montagneuse. La route serpente entre les petites montagnes toutes vertes. De petites pleines accueillent maisons et champs de bananes. Les habitations sont ainsi souvent disséminées en pleine campagne. Murs de couleur et toit en tôle ; barbelés autour du terrain. Souvent une épave de grosse voiture américaine pourrit depuis on ne sait combien de temps, ou attend une éventuelle pièce pour repartir, même dans son piètre état…
Nous passons quelques villages et arrivons près de Carupano qui est en bord de mer. Avant la ville, il y a des sortes de lacs d’eau saumâtre.À la surface se reposent et pêchent des milliers de flamants roses de Cuba qui sont rouges bien plus foncés que les flamants européens et africains. C’est magnifique ! Plus loin il y a un second lac avec aussi des flamants. Sur les flancs des collines, des maisons sont perchées. On voit que le terrain est instable, qu’il y a des éboulements par endroits, mais les gens pauvres squattent ces terrains et y construisent des baraques, de petites maisons, au risque de leur vie.
La ville commence, avec beaucoup de circulation. Les voitures américaines sont les plus nombreuses, suivies par les japonaises, chinoises, coréennes et quelques européennes….

Approche de CarupanoApproche de CarupanoPlace de l’églisemagasin de bondieuseries
Les américaines sont antiques ; elles ont souvent plus de 25 ans.
La ville ressemble à une ville comme nous l’entendons en Europe. Les rues sont bordées de maisons d’habitation et de commerce. Beaucoup de trottoirs sont occupés par des étals volants d’une multitude de commerce d’habillement, de nourriture, de quincaillerie et bazar…
Les gens sont très nombreux ; ils se promènent, discutent, mangent…
Nous allons à l’atelier de mécanique. Nous déposons le moteur. J’explique la survenue de la panne, qu’il n’a plus de compression, qu’il faut l’ouvrir vite et faire la liste des pièces nécessaires que mon épouse achètera en France et rapportera le 11 juillet. Ils vont faire vite et téléphoneront le diagnostic et la liste des pièces. Je laisse le manuel d’atelier pour les aider.
Olivier rencontre un employé espagnol qui a travaillé dans une entreprise en face de son atelier de mécanique près de Lausanne. Le monde est petit !
Bernard nous dépose et nous donne rendez-vous à 11h30 près du super marché Cada. Nous nous promenons dans les rues commerçantes. Nous voyons une ferreteria (une quincaillerie) qui fait ship aussi.Effectivement il a pas mal de choses pour les bateaux, des manilles à l’électronique. On y trouve beaucoup de choses. Nous ne sommes qu’en repérage pour si nous avions besoin de quelque chose pour nos travaux d’entretien.
Puis nous prenons une rue vers le centre. Les magasins sont nombreux et bien fournis. Beaucoup d’habillement pour les femmes, des chaussures…
Au centre, il y a une grande place avec des bancs, des parterres de fleurs et au fond une grande église de style hispanisant. Les restaurants sont nombreux, mais pas les bars où l’on peut s’asseoir…
Nous passons la matinée à déambuler, à regarder les gens. Un vendeur m’aborde et lorsque je dis que je suis européen, il me demande si je suis d’accord avec les lois européennes sur la restriction de l’immigration. Je lui dis que non, il dit que lui non plus et que ce n’est pas bien ! On m’avait déjà fait la même réflexion au Sénégal. Le tiers-monde n’apprécie pas le protectionnisme européen.
0 11h30 nous retrouvons Bernard et Marianne qui ont fait des courses. Nous allons déjeuner dans une pizzeria. La pizza est bonne et si grosse que nous n’arrivons pas à les finir….
Avant d’aller chez le dentiste, Bernard passe dans la maison de son amie pour se laver les dents. La maison est magnifique, joliment meublée avec un petit patio intérieur. Très agréable maison !

Patio de la maisonOlivier dans le patioLes fils électriques des rues!Maions de centre villeMaions de centre villeun carrefour à l’entrée de CumanaVielle américainerue de Carupanorue de Carupanorue de Carupanorue de Carupanorue de Carupano
Après Bernard et Marianne vont chez le même dentiste. Olivier et moi retournons dans les rues. Carupano donne l’impression d’une ville active, avec commerces et ateliers qui regorgent d’objets et d’activité. Les gens sont aimables. La politique est omniprésente. En novembre il y aura les élections pour les maires et gouverneurs. Les murs sont déjà couverts de publicité pour les candidats. Les radios regorgent de spots. Les places publiques ont des stands pour s’inscrire sur les listes. Les inscrits peuvent obtenir des aides alimentaires ou autres… On voit peu de police. On voit des militaires en uniforme qui s’occupent de la propagande d’état, de l’inscription sur les listes…
Nous attendons que la dentiste ait fini son travail. Bernard en sont en maugréant contre l’anesthésie. Nous allons acheter lu matériel qui manquait pour filtrer l’eau de la piscine de Medregal. Puis nous récupérons Marianne et reprenons la route.
En arrivant à Cariaco Marianne demande de la déposer disant qu’elle trouvera une camionetta ou un taxi. Bernard soutient qu’il n’y en a plus à cette heure et ne veut pas la laisser seule. On fait le tour de la ville sans trouver de transport. Alors Bernard décide de raccompagner Marianne de l’autre côté du golfe. Dans le village où habite Marianne, la voiture chère. Nous nous arrêtons. Les trois hommes se mettent à changer la roue.Marianne part à pied jusqu’à sa maison, un peu plus loin, pour préparer quelque chose à manger.
La roue réparée, nous garons la voiture devant un mur. La grille du garage est ouverte. Nous arrivons sur une terrasse en bord de mer. On passe devant la première maison de Marianne. Elle est dans la seconde. La table est mise sur la terrasse en face de la mer. Un ponton permet de garer les annexes. Un corps mort est là pour le bateau. Marianne s’active dans un e cuisine moderne. La maison est joliment meublée. Avec les deux maisons, elle a de quoi coucher 10 personnes ! Elle dit qu’elle a souvent organisé des fêtes avec 50 personnes…
Nous prenons un punch avec des arepitas (petites galettes frites de farine de maïs dans lesquelles on met une garniture. Du thon en l’occurrence) La soirée est agréable dans ce cadre idyllique. Je demande à Marianne si elle loue sa maison. Elle dit que non car elle a essayé et que c’était trop de travail pour aller chercher les gens, s’occuper d’eux… Alors elle ne loue plus, elle prête aux amis qui se débrouillent et rendent la maison aussi propre qu’ils l’ont trouvée. Je pense à Mimi et j’aimerais être là avec elle quelques jours. Marianne part en France pour trois mois dans une semaine.
Il se fait tard. Nous laissons Marianne et son si gentil accueil et nous rentrons. Pendant le retour, nous discutons avec Bernard qui était fils de famille nombreuse et pauvre. Il a commencé à voyager à 14 ans. Il a fait une formation en peinture. Il a voyagé en Afrique pendant des années en vendant des voitures françaises d’occasion. Puis il a été tenté par la voile. Il a navigué des années et est venu au Vénézeuéla où il s’est fixé. Il vit avec une Vénézuélienne indépendante. Chacun son travail et sa maison et ils sont heureux ainsi.
Bernard peste souvent contre la politique de Chavez, la corruption, la désorganisation de l’économie, mais il trouve le pays super et attachant. Il est là depuis plus de 7 ans et veut rester ici. Il a acheté une maison les pieds dans l’eau à Mémorables.
Nous arrivons au port à sec ? nous déchargeons le matériel pour la piscine et chacun rentre se coucher. Il est 10h30.

Le 01.07.2008
Ce matin, je prévois d’aller sur internet voir si j’ai une réponse d’un concessionnaire Nanni sur le prix et la disponibilité des pièces pour le moteur.Je prévois de nettoyer les fonds de la gâte moteur l’après-midi… Je vais donc relever mes mails. Pas de réponse de Nanni, ni de la BNP ni de Mimi. J’appelle Mimi qui n’a pas reçu mon mail. Je renvoie dons les mails qui n’ont pas dû arriver.
Puis je vais sur internet pour me renseigner sur le Vénézuéla. Je lis des choses contrastées sur la politique du pays pendant ces vingt dernières années. Je lis des éléments sur la sécurité. Il y a bien eu des attaques de voyageurs, mais peu en plusieurs années. Il faudra être prudent mais pas parano.
Je rentre au bateau et je ne trouve pas le courage de nettoyer la gâte moteur. Je lis le bouquin de Yasmina Khadra « A quoi rêvent les loups ». Ça parle de la montée de l’intégrisme en Algérie avec le FIS. C’est d’une tristesse de voir monter la bêtise et la violence dans un climat de désespoir et de corruption ! C’est d’autant plus triste que l’Algérie n’est toujours pas sortie du désespoir…

Le 02.07.2008
Aujourd’hui c’est mon anniversaire. J’ai 63 ans. C’est un bel âge lorsque l’on est en forme. J’espère que ça continuera ainsi de longues et bonnes années. Je voulais partir naviguer en étant en forme. J’ai eu de la chance, j’ai pu le faire. J’ai fait tout pour que la chance se produise aussi. Je ne sais combien de temps je naviguerai encore et j’espère que Mimi sera à mes côtés. Ensuite nous reviendrons sur la terre ferme, je ne sais où encore. J’ai l’âme voyageuse…
Je vais au bar pour relever mes mails. Ma chargée de compte s’occupe du virement pour Fred pour un change avantageux. Le concessionnaire Nanni m’envoie les prix des pièces. Pistons, segments, coussinets, joints coûtent 2000€HT… On ne mange pas d’argent chez Nanni !!!
J’appelle le garage qui a mon moteur. Mon moteur ne semble pas encore ouvert !
Je cherche Jean-Marc. Il est justement parti pour Carupano. Je trouve sa femme Yoleda et lui demande de téléphoner à son mari. Elle me le passe. Il comptait passer voir le garage. Je lui demande de les presser. J’espère que ça pourra avoir un résultat ! Le malheur est que je ne suis pas sur place pour les harceler et les faire avancer… Il faut que Mimi puisse rapporter les pièces de France avec elle dans l’avion ! Pour ça j’ai besoin de savoir vite lesquelles acheter…
Je discute avec Armand qui est depuis trois ans dans les eaux vénézuéliennes et qui me vante les mérites de Puerto la Cruz, où tout est à portée, dans la marina ou aux abords. Je ne connaissais pas avant. C’aurait été plus pratique ainsi.
Aujourd’hui je en ne trouve pas le courage de me mettre sérieusement au travail. Je glande et du coup je me mets à lire. Mais le bouquin de Khadra est si noir, si désespérant sur l’âme humaine que je laisse le bouquin et vais sur internet.
Je choisis dans la discothèque du bar et j’enregistre de la musique antillaise et vénézuélienne.
Jean-Marc revient de Carupano. Je vais vers lui aussitôt. Il a vu le moteur ouvert. Il est rouillé par de l’eau de mer qu’il a avalée. Par Où ? Pour quelle raison ? Ce sera important de savoir les raisons pour que ça ne recommence pas. Pour ce qui est des pièces il y en a sur place car la base Kubota du moteur est très courante ici pour des machines de chantier. Ce ne sera pas cher. J’espère que le mécanicien ne s’avance pas trop et qu’il aura bien les pièces ! avant que Mimi ne revienne !
Je vais voir olivier et lui explique la situation. Il tente de comprendre et viendra demain voir le circuit d’eau de mer pour voir s’il n’y a pas un défaut….
Je rentre au bateau songeur…
Je passe la soirée à penser aux enfants, à leur mère avec qui j’ai vécu tant d’années et avec qui je serai encore si elle avait vécu. À Françoise avec qui j’ai vécu moins longtemps, mais qui m’a beaucoup appris et pour qui j’ai toujours considération, tendresse et amitié. À Mimi, qui partage ma vie désormais et que j’ai hâte de retrouver. À ses enfants devenus chers, qui prennent leur envol avec la nouvelle vie de leur mère. À mes amis loin en France, en Afrique, sur mer. Je pense à toutes ces personnes que j’aime et qui voyagent avec moi par la pensée, dans mon cœur.

Le 03.07.2008

Ce matin, je commence à nettoyer la gâte moteur. J’en profite pour réparer la pompe de cale qui ne fonctionne que par intermittente. Effectivement je trouve une connexion douteuse. Je la refais correctement et ça fonctionne de nouveau.
J’ai mis du temps et je suis plein d’huile et de gasoil. Je me nettoie et vais relever les mails.
Après déjeuner, je continue le nettoyage de la gâte moteur avec de l’acétone. Soudain il pleut fort. Je referme le couvercle de cockpit et arrête avec l’acétone puisque je ne puis plus aérer.
Je bouquine et le grain passe mais derrière une pluie fine subsiste… Je continuerai demain.

Le 04.07.2008
Je suis réveillé tôt. Il fait du soleil. Je commence par l’extérieur puisqu’il ne pleut pas et que le soleil n’est pas trop fort encore. Je passe le papier de verre sur la partie immergée de la coque, sur l’antifooling. Ça dégage une poussière noire qui s’envole au vent. 9a enlève les dernières traces de mousse et de coquillages. À quelques en droits de la peinture cloque. J’enlève ces cloques. Dessous il y a d’autres couches de peinture. C’est bon. Il y a juste au bas de la quille où il n’y a plus de peinture par endroits. À cause des rochers rencontrés et du sable qui a poncé l’avant de la quille à sa base. Je ponce et je mets une première couche de Rustol antirouille. J’en mettrai une seconde couche demain, puis un primer et enfin deux couches d’antifooling acheté aux Canaries et partagé avec Julien.
Ensuite je suis noir comme un ramoneur ! Je vais prendre une douche et je ressors enfin propre !
Je m’occupe de dégraisser à l’acétone la gâte moteur.Demain je passerai du Rustol puis une peinture époxy.
Je vais voir Olivier qui n’a pas le moral. Il est désorganisé dans ses bricolages car, depuis une demi-journée, il n’y a plus de courant. Or il a besoin de machines pour bricoler…
Alors on va boire une bière et l’on prend en photo ses papiers d’identité pour envoyer à Paty en Suisse. Mais impossible d’envoyer les mails tant l’internet est lent aujourd’hui ! Je réessaie plusieurs fois en vain.
J’essaierai demain en espérant un jour meilleur… Travailler au Vénézuéla, lorsque l’on a connu les moyens européens, ça doit être difficile et ça doit être énervant souvent !
En fin d’après-midi, l’électricité revient ! On a de la chance !

Le 05.07.2008
Il fait beau et chaud dès le matin. Je passe du Rustol antirouille sur les parties immergées où la peinture est partie. J’en passe aussi dans la gâte moteur. Puis j’inspecte les anodes. Encore une fois les plus rongées sont celles situées sur le support du safran. Je vais voir dans mes réserves. J’en ai une paire de neuves, aussi petites et peu épaisses et j’en ai de plus grosses à deux trous pour les fixations, les mêmes que sur la quille. Cette paire a déjà servi ; elle est un peu usée mais bien plus épaisse que la nouvelle paire. Je vais mettre les plus grosses pour protéger mieux le bateau sur le safran près des remous de l’hélice.
L’après-midi, je passe au bar pour envoyer les mails qui ne voulaient pas partir hier. Aujourd’hui c’est lent, mais ça finit par partir. Arriveront-ils, mystère ?
D’autres navigateurs parlent entre eux : cette nuit des voleurs ont pris une annexe et deux moteurs. Dans l’annexe, il y avait des fusées de détresse. Ils ont voulu jouer avec et ils ont mis le feu à leur bateau. Les policiers les ont pris au village d’à côté…. Les moteurs sont récupérés, mais il manque l’annexe. Les policiers en avaient-ils besoin ?
Voilà les derniers potins d’un coin paisible du Vénézuéla.
Je retourne au bateau et je me plonge dans un bouquin que j’ai du mal à quitter : « Chicago » de l’écrivain égyptien Alaa El Aswany. Il décrit la vie d’immigrés égyptiens à Chicago. Il décrit la vie américaine et la vie égyptienne avec précision et ironie. C’est très plaisant. Le même auteur avait écrit « L’immeuble Yacoubian » dont un super film a été tiré. À voir !
Mimi me fait découvrir des trésors du monde arabe et je lui présente des trésors africains ou sud-américain ! C’est super comme ça.

Le 06.07.2008
Je veux peindre la gâte moteur. Je sors mes réserves de peinture. J’ai des peintures époxy récupérées qui n’ont pas d’indications sur l’étiquette, ni de fiche technique. Alors je me rabats sur de l’International que j’avais achetée à la Rochelle avant de partir. Je passe une couche de peinture époxy. Ça sent fort pendant l’emploi, mais c’est du résistant !
Pour laisser passer l’odeur, je vais au bar pour envoyer mes mails. Pas de chance ça ne passe pas…
Je discute avec Armand et son épouse. Ils sont au Vénez depuis trois ans et ils s’y plaisent. Ils tournent entre Margarita, los Roques, la Blanquilla et la Tortuga. Ils ne tarissent pas d’éloge sur la Tortuga qui est une île avec seulement une posada et quelques maisons de pêcheurs. L’eau y est bleue et verte ; il y a une immense plage de sable fin. Les pêcheurs vendent langoustes et poissons pas chers. Une cure de tranquillité au mouillage. Vivement que le moteur remarche !
J’appelle Mimi à Paris. Plus que 5 jours et elle prend l’avion. Elle arrive vendredi ! Nous sommes heureux à la perspective de nous retrouver et de renaviguer ensemble !
L’après-midi, je discute de mon parc-batterie avec Olivier. Il me prête un testeur pour mesurer la capacité de résistance à la décharge. Je débranche toutes les batteries qui sont à 14,1 volt. Après une heure de repos, elles sont toutes autour de 13,2 volts. Si elles sont au-dessus de 12,8 elles sont bonnes. C’est donc super ! Je regarde le régulateur de tension des panneaux solaires : il est cramé comme je le pensais. Il faut que j’en trouve un pour le changer.
Je vais voir Jean-Marc, le patron de l’hôtel et de la marina, car il m’avait dit aller à Carupano lundi. Hélas, il n’y va plus. Mais il me dit qu’on va leur téléphoner demain à 10h pour savoir où en est le moteur. C’est mieux que rien…

Le 07.07.2008
Nous sommes lundi. J’attends des nouvelles du garage et du moteur. En attendant je repasse une couche de peinture dans la gâte moteur.
Je suis impatient, j’en ai assez d’attendre. Je vais voir Jean-Marc. Il appelle le garage et a Pedro, le mécanicien.
Mauvaise nouvelle. Il n’a pas trouvé de pièces ! Les concessionnaires locaux n’ont pas de pièces d’avance. Il faut les commander. Pourtant ce moteur équipe les élévateurs Clarck du pays ! Et c’est maintenant qu’il dit ça ! Alors que Mimi va prendre l’avion vendredi !
Je demande la liste des pièces. Ils envoient un mail à Jean-Marc. Je n’ai plus qu’à prendre mon mal en patience, le temps que le mail arrive.
Je tourne en rond l’après-midi. Je retourne voir Jean-Marc qui soude des supports pour les bateaux. Je lui demande de retéléphoner. On va au bureau ; il appelle. Le mail est parti à une mauvaise adresse. Pourtant il avait plusieurs fois épelé l’adresse ! Ils sont bouchés !
Le mécanicien n’est pas là ; le patron va rappeler. Un peu plus tard je fais rappeler. Je passe plus d’une heure à attendre dans le bureau. Le patron ne rappelle pas. Jean-Marc me dit qu’il me préviendra au bateau. Je retourne au bateau. Je rappelle Mimi pour lui expliquer la situation et lui dire que je lui ai envoyé un mail avec les coordonnées du concessionnaire de Paris et du moteur. Elle ne l’a pas reçu ! J’envoie des mails de Medregal et peu arrivent. Quelle liaison internet ! C’est pénible car je ne sais si ma chargée de compte a reçu mon mail pour faire un virement à Mimi pour payer les pièces. En tout cas Mimi n’a rien reçu sur son compte. Et ça fait trois fois que je réexpédie ce mail !!!
Jean-Marc ne passe pas au bateau alors qu’il m’avait dit qu’il passerait me prévenir que le mail soit arrivé ou non !
Après dîner, je copie les mails que j’ai envoyés dernièrement et je les mets sur le PC de navigation. Je mets la BLU en marche et je cherche une station pour l’envoi. Finalement c’est la Belgique avec qui je suis connecté. Ça commence à passer, puis ça coupe. Il est encore trop tôt. Je persévère. Ça recommence à passer et à couper une dizaine de fois. Enfin les premiers mails passent, mais il en reste. Je relance la machine. Ça passe lentement ! Lentement ! Sur l’adresse mail FH2407@sailmail.com, il faut m’écrire des mails courts. Sinon le remps pour relever les mails est bien trop long…Ce n’est pas le jour…
Je finis de lire « Chicago » : un vrai délice plein d’ironie, un regard sans concession sur la société égyptienne par un égyptien qui vit sur place. Vraiment un régal !

Le 08.07.2008
Je suis réveillé tôt. Une bonne douche me fait du bien. Maintenant nous allons voir ce que nous pourrons faire pour avoir ces pièces…
Je vais voir Jean-Marc. Je ne le trouve pas, mais je vois Yoleda son épouse. Jean-Marc est parti faire des courses et le mécanicien doit passer avec la liste des pièces ! En attendant par téléphone, je l’aurai eue 100 fois ! On dirait une histoire de fou. Je discute avec Yoleda du Vénézuéla et elle me dit comme l’éloignement pose ici un problème pour beaucoup de choses.
Jean-Marc appelle son épouse. La route est bloquée par un village qui manifeste pour obtenir enfin que la piste soit goudronnée. Il revient et le mécanicien ne pourra pas apporter la liste !
Une heure passe et Jean-Marc revient. Il regarde sur internet ; hourrah, la liste est arrivée ! Je prends un dictionnaire et je cherche les mots techniques que je ne connais pas. Je traduis. Jean-Marc fait un mail qu’il envoie à Mimi.
J’appelle Mimi. Elle a reçu le mail. Elle va appeler le fournisseur pour voir disponibilité et payement…Je lui demande d’appeler la compagnie qui lui a vendu son billet d’avion, pour demander les conditions de report de date de vol.
Je rappelle une heure plus tard. Pour changer de date de vol, il en coûte 250€ sur le remboursement du billet et il faut acheter un autre billet au prix du jour. Nous verrons si besoin.
Pour les pièces, le concessionnaire n’a pas toutes les pièces et il saura demain matin quand il pourra avoir ce qui lui manque… Je devrai rappeler Mimi demain pour savoir. Autant dire que sa venue, le 11 est très compromise. Mais il vaut mieux retarder sa venue et qu’elle vienne avec les pièces, sinon ça peut prendre des mois avec blocage à la douane…
Pour tromper l’attente, je commence un livre que j’avais commencé et pas fini pour cause de départ : « Traité d’athéologie » de Michel Onfray. Le style, souvent redondant, ne m’est pas agréable, mais c’est un régal d’érudition et d’intelligence. Ça manque de nuance, parfois ; c’est un manifeste, un livre de combat. Pour une fois que je trouve dans un livre ce que je pense sur les mythologies religieuses de tous les pays et de tous les temps, je me régale. Je suis bien conscient qu’il n’en sera pas de même pour tous. C’est la liberté de pensée de chacun ; c’est une conquête récente toujours menacée.
Il suffit d’entendre la propagande sur les radios Vénézuéliennes avec le slogan chaviste : « Patrie, socialisme ou la mort ». Il suffit d’entendre parler de la manipulation des gens, de la surveillance de chacun, des arrestations, de la torture et des disparitions d’opposants ou supposés tels. Ici comme presque partout, la liberté de pensée est un combat d’actualité.

coucher de soleil à MedregalCoucher de soleil sur Medregal
Comme souvent le soir, je passe un moment dans le cockpit. Je regarde le ciel étoile avec une demi-lune et quelques nuages pommelés. Je vois des lumières qui scintillent tout le long de la rive sud du golfe de Cariaco. La vue est splendide. Il vient s’y ajouter l’odeur d’herbe coupée ces derniers jours dans le port à sec. Le foin répand son odeur avec la fraîcheur du soir. Il y a en plus une odeur sucrée de fleurs, des lauriers roses et des flamboyants. Quel plaisir de finir la journée ainsi !

Le 09.07.2008
Je me réveille avant l’aube, à 4h, pour téléphoner à Mimi, à 10h de Paris.
Elle m’apprend que le concessionnaire Nanni n’a pas toutes les pièces, que le délai est une semaine et qu’il en coûtera 2.500€.
Mimi a donc annulé son billet de retour et en a pris un autre pour le 25 juillet. Elle a préféré prendre une marge d’une semaine pour être sûre de revenir avec les pièces, si le vendeur avait un peu de retard.
Elle s’est bien débrouillée. Mais nous devrons attendre le plaisir de nous revoir une quinzaine de plus…
Je me recouche et dors jusque vers 8h. Pas moyen de me mettre à l’entretien du bateau. Je lis, puis je vais au bar, lieu de rendez vous. Je relève les mails et en envoie. Je tente en vain de mettre à jour le site. Trop lent, ça ne passe pas…
Je discute avec des navigateurs qui sont au Vénézuéla depuis des années. Ils apprécient la vie pas chère, même avec l’inflation des dernières années, le climat, la nature. Un couple de retraités sont là depuis trois ans et tournent d’île en port. Un célibataire d’à peine 40 ans vit là de peu de moyens. Il pêche pour se nourrir poissons et coquillages. Il cherche une maison dans le coin. Il est en discussion pour une sur un terrain de 3 hectares en bord de mer pour 20.000. Qui dit mieux. En France, il n’avait jamais pensé être propriétaire tant les prix étaient hors de proportion de ses moyens. Ici il, va s’enraciner et travailler sur les bateaux de passage… Il y a pas mal de Français de par le monde qui s’enracinent ici ou là en fonction des voyages, des rencontres, des opportunités… Il m’arrive d’être tenté par ce genre de rêve, de projet.Peut-être un jour, ici ou là pour vivre une partie de l’année et une autre partie en France…
Je vais voir Bernard, le peintre pour bateau. Il travaille sur un 12 mètres qu’il a à repeindre. Il nous invite, Olivier et moi, à boire un coup chez lui à 17h. À la fin de son travail, il passe nous prendre avec son pick-up et il nous emmène chez lui quelques maisons plus loin. Il a acheté une maison, il y a 7 ans, qu’il a retapée, puis son voisin lui a vendu le terrain adjacent sur lequel il a construit une autre maison qu’il loue parfois.
Le terrain est clos comme partout. Il est arboré avec cocotiers, tamariniers, fleurs. La maison est ouverte sur la nature. Elle est traversée par un couloir sans porte qui débouche sur une terrasse non-fermée. Les murs sont décorés de tableaux ; il y a une sculpture originale en verre. Les œuvres sont d’artistes locaux. C’est beau.
Vu la chaleur, toutes les maisons sont ouvertes sur la nature et l’air. Juste en face de la terrasse, la mer et plus loin la rive opposée du golfe. Bernard nous fait faire le tour de propriétaire. La deuxième maison est encore plus ouverte sur la nature. Elle a une mezzanine qui abrite une grande chambre. C’est simple et joliment décoré. Bernard était antiquaire en France avant de partir en voilier puis de se fixer au Vénézuéla. Nous buvons une bière en discutant sur la terrasse. Le coin est beau et calme, sans un bruit. Un perroquet sur son perchoir, bouge et mange. Il n’est pas attaché, mais il reste là.
Vers 19h, Bernard nous raccompagne au bateau.Lui rentre se reposer pour bosser demain. Il se plait ici, il a du travail, une copine qui a son travail. Il est heureux ici, loin de Strasbourg et du froid !
Le 10.07.2008
Dès le matin, il pleut, un violent grain qui commence par un vent de plus de 40 nœuds pendant peu de temps. Puis le vent baisse d’intensité, la pluie aussi. Succède un grand calme et une pluie fine. Sur les montagnes, au sud, des franges de nuages blancs passent. On dirait une peinture chinoise ou japonaise. Le paysage est superbe. La sensation de calme m’envahit.

Grain à MedregalGrain à MedregalPluie sur Medregal
Je lis à l’intérieur du bateau.
L’après-midi, je vais relever les mails. Il y a celui du concessionnaire Nanni avec un devis et son RIB pour le payement. Je fais un virement pour Mimi qui a payé le nouveau billet d’avion et ne sera remboursé du billet annulé que dans 60 jours ! Les compagnies aériennes sont en position de force !
Je cherche le meilleur fournisseur d’unités pour Iridium.Ma recherche n’aboutit pas à quelque chose de définitif. Les prix sont les mêmes en Europe en Euro et aux USA en dollars, alors que l’Euro vaut 1,6 dollar ! Les vendeurs européens sont des escrocs !
Je finis « le Traité d’athéologie » qui m’a bien plu, malgré un manque de nuances et des longueurs. C’est un livre utile pour clarifier les idées sur philosophie et religions.

Le 11.07.2008
C’est aujourd’hui que Mimi aurait dû arriver si les pièces avaient été disponibles… Il nous faut attendre deux semaines de plus pour nous retrouver…
Je passe bien du temps pour réparer une prise allume cigare dont le fond s’est détaché. Il faut dévisser le tableau électrique et après avoir enlevé la facade, aller à la pêche au fil manquant. Et puis il faut réparer. Une demi-journée pour un truc mal conçu par le fabriquant et qui tiendra le temps que ça voudra bien. C’est déjà la seconde fois que je répare ça…
Je commence un livre nouveau : “Au-delà du Noir et du Blanc » de Gaston Kelman, un manifeste pour une citoyenneté humaniste qui dépasse ces apparences.
Mimi est allée à Vichy voir une amie quelques jours, à défaut de pouvoir venir. Elle passe agréablement son temps.
Je prends une bière avec Olivier. Paty a envoyé à plusieurs personnes tu texte d’Olivier sur sa traversée de l’Atlantique. Nous en avions discuté ensemble. C’est plein d’humour. Jugez en.

Traversée de l’Atlantique…. Par Olivier

Pratiquement, une fois passés les 2,3 premiers jours, tu es dans le rythme, tu vis ta vie, tu attends, tu tues le temps, tu règles, tu surveilles, tu bidouilles, tu merdouilles et tu finis par arriver. De toute façon tu finis par arriver, du fait du courant porteur à cette latitude, bon d’accord, ça peut prendre un peu de temps…

Côté esprit, là c’est plus compliqué…….!!!!! MITIGE… sentiment mitigé comme la douche… Mitigé parce qu’à écouter tous ces marins, ces récits de ponton : “L’Atlantique ce n’est pas une mince affaire!” fatigant – dur – humide – sale - long - et peut être dangereux, un gros morceau dans une navigation hauturière… alors… mitigé, car pour moi c’était plutôt simple, pas pire que de la côtière… à mes yeux de la plaisance !!! Certes, en solitaire, mais ne manquant pas d’énergie, j’étais en permanence sous veille radar, c’est comme un équipier en permanence sur le pont. Cela n’empêche pas que de temps en temps tu sois obligé de sauter sur le pont parce que le pilote a cédé, que le vent a tourné ou forci, que tu es en vrac, les voiles à contre, t’es à la cape… enfin… normal quoi…. Mais tout ceci, cela pour moi et pour cette fois… !!!!…..

Mais aussi mitigé parce que j’aurai bien aimé que ça dure 20 jours de plus et même plus, tellement plus que j’ai hésité à revenir sur l’Europe par les Açores sans même m’arrêter, rester plus longtemps, faire durer le plaisir… Mitigé parce que j’aurais aimé voir les îlots de St Pierre et Paul… Tu imagines, deux cailloux plantés au milieu de l’Atlantique proches de l’équateur qui dépassent à peine de l’eau, généralement submergés par la houle, mais avec un peu de chance, si la mer est calme, tu peux les voir, les approcher et peut-être même y mettre un pied … .EXEPCIONNEL !!!

Et puis, j’aurais aimé rester encalminé 2 ou 3 jours dans le poteau noir ou le pot au noir … et puis déjà, il est ou ce poteau noir … sur quoi il est planté et c’est quoi marqué dessus ??… par ici, par là, par à pluie, par où !!… et puis, il est vraiment noir……….???…..!!!… Dommage que c’était trop tard dans la saison ……

Un seul mot… FABULEUX FA BU LEUX …. fabuleux la liberté de vivre sans horaire, de manger un poisson à peine pêché au milieu de la nuit, de te laisser traîner derrière le bateau… attaché… ça va de soit …, à cinq noeud, tu flottes comme un drapeau et si tu n’es pas à poil tu y laisses ton calbute … le seul risque, à par celui de voir le bateau se tirer sans toi, si tu n’es pas bien attaché, c’est de te faire tailler les ongles des pieds par un requin ….FABULEUX …….et pour les plus jeune…pire bien!!!!

MAIS…. si, pour moi, et pour cette fois, c’était facile, il suffit d’un rien, une panne, un manque d’énergie, une météo capricieuse, ou pire… une blessure…. et là, tout devient galère….

Pour prendre la mer, il est impératif de se souvenir de deux réflexions de grand navigateur !!!…. :

UN - que le bateau est le moyen le plus lent, le plus inconfortable et le plus cher pour aller à un endroit où tu ne voulais surtout pas aller….

Et DEUX - que l’état de panne sur un bateau est un état naturel et qu’exceptionnellement ça marche… si tu as compris ça…. tu peux partir ….

Coin Coin sur la grande marre

Le 12.07.2008
Jour de soleil sans vent. La mer est calme, lisse comme un lac.
Je bricole des parties du plancher du cockpit, pour que tout soit bien de niveau.
Olivier m’a apporté de l’acide borique car je me plaignais des cafards que je voyais dans le cockpit. Je mélange l’acide en poudre à du lait concentré sucré de façon à en faire une pâte qui ressemble à de la pâte d’amandes. Les cafards sont attirés par le lait sucré ; ils y goûtent et meurent. Leurs congénères les dévorent et meurent… C’est le principe et il paraît que c’est très efficace. Je l’espère pour me débarrasser de ces bestioles bien importunes !
Je passe en revue mon carnet d’adresse et j’envoie des mails à des amis dont je n’ai pas de nouvelles depuis un bout de temps. Même loin, je garde en tête tous ces amis ; j’aime avoir de leurs nouvelles. J’en attends de mes enfants…..

Le 13.07.2008
Ce matin, j’ai le courage de m’y mettre tôt. Je commence par l’éclairage de la gâte moteur que je rends démontable avec des cosses à emboîtement. Puis je passe dans la baille à mouillage. J’enlève la manille qui retient la chaîne à la baille. Je la remplace par un bout que je pourrai couper rapidement si je dois quitter un mouillage en catastrophe et rechercher plus tard le mouillage. Il faut que j’achète du bout en polyester pour avoir un mouillage mixte plus long et plus élastique en cas de besoin.

Je démonte le pot. Il doit trouver sa place dans la gâte moteur pas plus haut que le collecteur d’échappement. J’emprunte à Olivier une disqueuse pour tronçonner des montants en fer qui tenaient le moteur électrique que je n’ai plus. La disqueuse fait des jeysers d’escarbilles incandescentes. Ça me brûle les mains et les jambes. Je me protège tant bien que mal. Je transpire tant et plus. Je parviens à dégager une partie de la ferraille inutile. Mais pas assez pour que le pot entre dans le coin arrière tribord.
Je nettoie toutes les escarbilles avant qu’elles ne rouillent. J’en ai assez. Je vais relever les mails et boire une bière. Olivier ne vient pas ; il est occupé à démonter les réservoirs d’eau pour les nettoyer.

Marina de Medregalune lancha passe
La journée passe vite et la nuit est noire à 18H30. Après, je n’ai plus le courage. Je lis ou regarde un film sur l’ordinateur…

Le 14.07.2008
C’est le 14 juillet, jour de fête en France. Ici c’est un jour comme un autre. Ce matin, je me suis rendormi plusieurs fois et c’est le moteur du travel lift qui m’a réveillé. Un bateau va sortir de l’eau. Les gars travaillent. La mécanique d’hier, la chaleur, la transpiration m’ont fatigué. Il est presque 9h.
Aujourd’hui je n’ai pas de courage. Je lis. Je commence « Le bréviaire arabe de l’amour », un classique de l’érotique arabe du 16ème siècle. Il est toujours bon de s’instruire, de pénétrer plus finement une autre culture, de fantasmer.
Je me couche tôt pour téléphoner dès le matin au fournisseur de pièces, donc à 4h d’ici.

Le 15.07.2008
Je me réveille plusieurs fois de moi-même. En effet je n’ai plus téléphone portable ni réveil. Ces deux objets étaient encore dans le bateau en quittant la Casamance. Depuis je les ai cherchés maintes fois, dans tous les coins possibles, sans jamais les trouver ! Un vrai mystère.
0 4h j’appelle le concessionnaire Nanni. Il va avoir les pièces à temps, il m’a envoyé un mail de devis que j’ai. Je rectifie deux choses dans la commande. Il y en a pour 2.500€HT. C’est cher la connerie de l’entreprise qui a monté moteur et échappement !
Je vais faire le virement. Pour cela je prépare un mail de confirmation pour le concessionnaire et un pour le virement à la banque. Je les fais partir sur le wifi du bar.
Au bar, je discute avec Jean-Claude, un navigateur qui tourne au Vénézuéla depuis plusieurs années. Avant il a déjà bouclé un premier tour du monde. Il a pris de nombreux équipiers et équipières, dont une trois ans. Il a passé l’Océan Indien avec de la grosse mer et a démâté près du cap de Bonne-Espérance. Je pose plein de questions.
Fred arrive et veut me voir. Il a réussi à venir.Les habitants de Campoma qui bloquaient la route depuis plusieurs jours et qui avaient fermé le pipeline d’eau pour Margarita pour obtenir que la route soit goudronnée, semblent avoir obtenu enfin gain de cause.Camions et engins sont arrivés et se préparent au travail. Peut-être que cette quatrième fois, l’entreprise ne partira pas avec l’argent sans faire les travaux…
Fred me change 2.000€ à 4,5 bolivars pour 1 euro.Le cours officiel est à 3 pour 1. 9a fait un gros paquet de billets de 20 bolivars et quelques-uns de 50. Je paye le premier moi de port à sec, dont une partie d’avance. Je paye aussi le transport pour aller chercher Mimi à Caracas le 25. Je pose la question à Fred pour voyager à l’intérieur du pays, est ce prudent d’emporter du liquide. Il me recommande d’ouvrir un compte avec carte et chéquier pour être tranquille. Il va le faire pour moi. Je lui donne une photocopie de mon passeport.
Après je vais au bodegon avec jean-Claude. C’est la petite épicerie du coin. Derrière une fenêtre grillagée qui fait comptoir, on voit les marchandises. Quelques produits d’épicerie, quelques légumes, selon l’arrivage, du pain, des cigarettes et des boissons… Pain, pomme de terre et oignons, ça ira pour aujourd’hui. Il y aura des fruits demain…
Je rentre déjeuner et toute l’après-midi, la pluie tombe, plus ou moins forte selon les moments… J’écoute de la musique de tous les genres. J’ai beaucoup de choix à bord.

Le 16.07.2008

Je me réveille de bonne heure pour téléphoner à ma banque. Un nouveau chargé de compte a pris ses fonctions depuis hier. Je veux vérifier s’il a bien reçu mes mails pour faire un virement de payement pour les pièces du moteur. Non, il n’a rien reçu. Il me redonne son adresse mail. C’est bien celle que j’ai utilisée. Il regarde de nouveau. « Autant pour moi, je l’ai trouvé, je vais faire le virement ». Je lui redis que c’est pressé. Il le fera cette après-midi. Heureusement que j’ai appelé, sinon il ne trouvait peut-être pas le mail…
Je vais prendre une douche et en revenant je rencontre Jean-Claude qui regarde les bateaux. Nous discutons. Il me raconte des anecdotes de son tour du monde et son démâtage, puis ses démêlés avec l’assurance pour essayer de se faire rembourser une partie des frais. Nous parlons de compagnes qui ne suivent plus, qui ont du mal avec la mer, qui veulent voir enfants et petits-enfants. Je l’invite à boire une bière. Au bar, on rencontre Hervé et Loïc.
Eux aussi sont sans compagnes. Celle d’Hervé est allée voir enfants et petits-enfants et revient dans quelques semaines. Hervé a 70 ans et les porte bien. Il veut traverser le Pacifique. Son épouse vent pouvoir rentrer souvent… Question de moyens. Loïc, ancien équipier de Tabarly, ancien coureur, a fait trois tour du monde et maintenant veut le temps de vivre dans le coin. Son épouse est partie pour voir les enfants et petits-enfants. Ils se sont séparés. Femmes et hommes n’ont pas toujours le même tempo, les mêmes désirs, les mêmes choix par rapport aux enfants…
Hervé qui était allé voir les pêcheurs était revenu avec des sardines gentiment données par les pêcheurs. Il nous invite et nous allons déjeuner tous les quatre en célibataires. C’était très agréable et sympa. Demain matin, il est prévu une pêche aux coquillages. Je vais apprendre. Je rentre juste avant un gros grain qui tombe dru ! Le soir il y a un ciel étrange. C’est la pleine lune, parfaitement visible, avec autour un halo très net à deux mains bras tendu. Près de la lune brille la seule étoile visible, puis un grand vide et ce halo surprenant. Je n’en avais encore jamais vu un comme ça. C’est très beau.

Le 17.07.2008
Un peu avant 8h, je suis à l’extrémité du ponton. Il fait un peu plus frais que la journée. Le ciel est gris. Des nuages flottent sur les montagnes. J’attends Hervé et Jean-Claude pour aller à la pêche aux coquillages. J’ai pris des chaussures pour marcher dans l’eau et un sac en plastique pour mettre les prises.
Ils arrivent. Je monte dans l’annexe, assis sur un boudin. Jean-Claude a un moteur puissant et il met les gaz. L’annexe déjauge et nous avançons vite le long de la côte pendant quelques minutes. Nous jetons le grappin au-dessus d’un herbier. Il y a 40 centimètres d’eau. On voit les herbes et des coquillages entre. Certains sont vides. Mais beaucoup sont pleins. Il y a des moules, des praires, des huîtres, des escargots, et d’autres coquillages dont j’ignore le nom. En fait il suffit de laisser la main explorer entre les herbes, à la base et l’on sent les coquillages. On sent aussi souvent les oursins. Heureusement ce sont des petits et leurs piquants ne sont pas trop rigides et piquants. Nous pêchons pendant une demi-heure ; nous en avons assez pour deux repas. Nous rentrons sur le bateau d’Hervé.Là, nous nettoyons les coquillages Puis Hervé les fait cuire sans eau dans la cocotte. Lorsqu’ils sont ouverts, nous enlevons les coquilles. Hervé prépare du riz et y rajoute les coquillages. Voilà de quoi manger de façon économique et gourmande, avec un petit vin espagnol.
Nous parlons de navigations. Hervé navigue depuis longtemps. Jean-Claude aussi et a déjà fait un tour du monde. Moi je débute. Chacun raconte des histoires. On parle des vols et des attaques qui ont défrayé les chroniques, des histoires de drogue aussi qui sont fréquentes ici !
On n’a pas le temps de s’ennuyer au Vénézuéla. Dans certaines histoires, les flics sont et flics et truands… C’est un monde où les frontières ne sont pas nettes !
Après le café, nous nous séparons. Je veux aller voir mes mails et mon compte sur internet. Ouf ! le virement pour les pièces détachées pour le moteur a été fait. Ça devrait arriver sur le compte du concessionnaire début de semaine prochaine au plus tard. Ce sera bon !
Pendant que je regarde sur internet au bar, le ciel se déverse en trombes !
Bernard passe en voiture, s’arrête pour aller au bureau et revient. Je lui demande s’il va bientôt à Carupano. Il y va demain.Je lui demande s’il peut m’amener pour aller voir l’atelier de mécanique, pour leur confirmer que j’apporterai les pièces après le 25. Pour acheter aussi du tuyau spécifique échappement pour refaire l’échappement du bateau. Le départ est prévu demain vers 7h.
Ce soir, après la pluie, j’entends dehors un vrai concert qui vient de la plage et des champs derrière la marina. Grenouilles et crapauds chantent à tue tête. Ça me rappelle la musique des crapauds buffle dans les rizières asiatiques. C’est lancinant. Ils n’arrêtent pas tant qu’ils n’ont pas trouvé un partenaire…

Le 18.07.2008
Je me réveille tôt. Une douche, un petit-déjeuner et je m’habille pour la ville. Je mets polo, pantalon et mocassins avec chaussettes. Je vais en ville et en plus avec Bernard. Effectivement lorsqu’il arrive à 7h, il est en pantalon et belle chemise.
La route en terre est de pire en pire avec des flaques boueuses qui remplissent et au-delà les nids-de-poule… La végétation gagne et commence à faire tunnel au-dessus de la route. Les deux côtés vont bientôt se rejoindre.
La route n’est plus bloquée à Campoma, pourtant les machines ont juste nivelé la terre, mais n’ont pas goudronné de nouveau… Nous arrivons à Carupano. Nous passons là où j’ai déposé mon moteur. Il n’est pas visible car il est chez le mécanicien, faute de place ici… Je préviens que j’apporterai les pièces après le 25.
Bernard me dépose au centre ville pour que je fasse mes courses. Il m’indique son dentiste et me donne rendez- vous à côté à 11h30.Je vais de magasin en magasin pour trouver du répulsif anti-moustique, des seringues anti-cafards. Je trouve le répulsif mais pas les seringues. J’avise un magasin de portable et j’achete un portable pas cher pour avoir un numéro vénézuélien avec une carte prépayée. Pour 50 euros j’ai le mobile et de quoi téléphoner un bon bout de temps au Vénézuéla. Mon numéro est : 00 58 416 8848 506.
J’achète fruits et légumes sur des étals dans la rue. Bernard vient à l’heure dite. Nous chargeons mes paquets dans sa voiture. Je suis dans le quartier du dentiste. Alors j’y reste pendant que Bernard va vaquer à ses occupations. Je vais déjeuner dans un restaurant chinois.
La cuisine n’est pas mauvaise, mais le goût est très adapté au Vénézuéla. Pendant que je mange, la salle se remplit, de couples, parents avec enfants, femmes seules.
Ensuite je cherche le cabinet dentaire pour une vérification et un détartrage. Je pense le trouver. Je rentre et trouve la secrétaire. Lorsque je lui dis le nom de la dentiste que je cherche, elle m’envoie plus loin dans un autre cabinet. Il n’y a pas de rendez vous, m’a prévenu Bernard. On passe dans l’ordre d’arrivée. J’arrive à 1h30. La secrétaire qui doit arriver à 14h, arrive à presque 15h. La dentiste arrive à 15h15. Heureusement que je suis le premier car j’ai rendez-vous avec Bernard à 16h, en bas. Je l’explique à la dentiste qui se met au travail. Elle met un masque mais pas de gants. Un vieux scialytique éclaire un peu. Elle prend une turbine avec jet d’eau. L’eau arrose la bouche, ce doit souhaiter la dentiste, mais aussi la poitrine et bientôt le coup… Puis l’eau s’arrête. La dentiste va changer le flacon car ce n’est pas de l’eau courante. Elle fait le détartrage, constate que tout est en ordre, me recommande des points de céramique sur des dents déchaussées… Je paye près de 15 euros. Bernard m’avait dit le prix et que se refaire faire des dents en céramique était une vraie bonne affaire ici.
Je retrouve Bernard. Il me conduit chez la ferreteria où je peux trouver les pièces pour faire un col-de-cygne pour l’échappement. Pendant ce temps , il va continuer ses courses car les magasins ferment à 17h. Je trouve le tuyau résistant à la chaleur en bouts de 1 mètre. Je ne trouve pas l’u pour le col-de-cygne. On va me le fabriquer en soudant des tuyaux inox pour demain. Je dis que je repasserai dans une semaine, ce sera prêt. Je trouve les gougeons et les colliers que je cherchais… Je ressors. Bernard est déjà là. Je monte et nous rentrons. En route un grain éclate. Il est de courte durée.À Medregal, il ne pleut pas. Super ! Je dépose mes affaires au bateau et je vais voir Olivier. Il bricole encore. Il me dit qu’il part demain matin avec Fred et prendra le bateau pour Margarita lundi patin pour prendre l’avion là-bas le soir…
Il n’a pas fini ce qu’il voulait faire dans le bateau, faute de temps, de courage aussi…
Nous discutons un moment. Je l’aide à rentrer son annexe. Nous nous verrons demain. Je suis triste à la pensée de son départ. Nous nous reverrons lorsqu’il sera rentré fin septembre…

19.07.2008
Bernard frappe à ma coque à 7h : j’avais oublié dans sa voiture des avocats achetés à Carupano.
Je me lève et fais le tour de ce qui est à Olivier sur le bateau pour lui rendre avant son départ : Quelques outils. Je vais lui apporter. Il termine de ranger. Je l’attends au bar. Il vient. Nous discutons un moment avec déjà la nostalgie due au départ. Fred arrive avec son épouse Mariela. Ils discutent avec Jean-Marc. Puis Fred vient. Je prends son numéro de portable pour si-besoin vendredi pour aller chercher Mimi.
Olivier s’en va. Nous nous sommes dit que nous reverrons fin septembre à son retour.
Hervé et Jean-Claude reviennent du marché de Cariaco. Nous discutons un moment. Jean-Marc nous relance pour son repas du samedi soir. C’est d’accord, nous irons tous les trois.
Je rentre au bateau. Il y fait chaud. Je trie des documents sur mon ordinateur et en jette quelques-uns à la corbeille, pour gagner de la place.
À 19h30, je vais au bar. Hervé et Jean-Claude ne tardent pas à arriver. C’est l’heure du repas, le cuisinier nous invite à passer à table. Le maître d’hôtel est en chemise blanche avec nœud papillon noir et veste noire. Le style ! Salade, steak au poivre frites et glace. C’est agréable, ça change et ça permet de dîner avec des copains. Nous discutons de navigation dans le coin. Jean-Claude qui est là depuis trois ans a installé des barreaux à ses panneaux de pont pour être protégé des voleurs, lorsqu’il est au mouillage et qu’il dort. C’est sûrement une bonne idée. Je regarderai dans mon bateau comment adapter l’idée. Aux mouillages, il reste s’il y a au moins deux bateaux, sinon il va plus loin.
Dieu sait comment, nous en arrivons à parler de la guerre d’Algérie. Hervé qui est plus âgé est le seul à l’avoir faite. Je dis qu’à l’époque, j’étais opposé à cette guerre et que j’avais prévu d’être déserteur et d’aller en Suède si besoin était. Hervé trouve ne trouve pas ma position défendable ; il pense que lorsque le pays est en guerre il faut participer. Je comprends sa position qui pourrait être la mienne pour une guerre juste, pas pour une guerre injuste…

Le 20.07.2008
Ce matin, je cherche de la documentation sur l’échappement moteur. Je trouve une vielle documentation Vétus. Le pot est différent, mais le principe est le même. Après une lecture attentive, je prends des mesures et en déduit la ligne de flottaison à l’intérieur du bateau. J’en conclus qu’il faut que je remonte le col-de-cygne de 50 centimètres, et que tout le montage existant était mal fait. J’ai des hauteurs de tuyaux à vérifier et à maintenir pour un bon écoulement.
Je fixe les gougeons pour préparer l’accouplement moteur-tourteau. Pour éviter qu’ils ne se dévissent, je les colle au Locktit.
Après déjeuner, je passe une couche de primer sur la partie de la coque ou peinture et antifooling étaient partis.
Ensuite je m’occupe de la seconde ancre et de sa chaîne pour parer au besoin d’empenneler en cas de vent très fort au mouillage. Je scie 5 mètres de chaîne et je trie des manilles adaptées. En cas de besoin, je pourrai attacher la seconde ancre et la chaîne à la chaîne de 60 mètres, juste derrière l’ancre principale. Une fois le matériel préparé, je le mets dans le coffre avant, prêt à l’emploi. J’aimerais ne pas avoir à m’en servir, mais il faut être prévoyant…

Le 21.07.2008
Je fais le tour du bateau et je vois un bon nombre de cadavres de cafards. L’acide borique commence à faire son effet. En plus le soir, je tue un certain nombre d’aventureux qui se baladent à ma vue.Je lis un moment, puis je vais faire les courses au bodegon d’à côté. J’achète de pain, du beurre, du coca en pensant à Mimi et des bières. La femme m’emballe les bières et comme j’avais les mains prises par les sacs, le mari me les porte, torse nu et le cigare aux lèvres. Nous longeons la plage, jusqu’à la marina.
Après la sieste, je vais sur internet. Je mets les textes du site à jour. Je ne peux m’empêcher de regarder les nouvelles sur google. Les articles sur Sarkozy sont nombreux. Il a fait ceci ou cela, il a fait voter les nouvelles dispositions constitutionnelles… C‘est toujours un hyper actif !Bon, ça me fatigue, je cherche dans la collection de CD du bar ceux qui m’intéressent pour les copier. Pendant ce temps, arrivent de nouveau navigateurs. Il y a du renouvellement, ces jours-ci. Certains sont partis, d’autres arrivent. Parmi les nouveaux arrivants, une famille française avec des post adolescents. Une jeune fille métisse est habillée d’un filet à large mailles. L’eau de la piscine est, avec dessous un léger maillot de bain string. Elle se met au baby-foot. Je la vois de dos, au travers de son filet ; c’est érotique.
Vu la chaleur, je vais me baigner. L’eau de la piscine est tiède, c’est super. Je nage, je fais fonctionner mes articulations, je me décontracte.
Je me sèche un moment après la douche et je retourne enregistrer de la musique.
Le soir, j’écoute les nouveaux morceaux. Il y en a de vraiment bien, surtout des brésiliens.

Le 22.07.2008
Mimi arrive bientôt. Je veux ranger le bateau, faire une lessive… je n’y arrive pas. Je lis « Le livre de saphir », un pavé qui me captive.
L’après-midi, je vais au bar et j’enregistre des CD de musique que je n’avais pas et qui me plaisent. Pendant ce temps, je discute avec deux jeunes français qui sont arrivés depuis peu. Ils m’empruntent une perceuse sans fil et je leur emprunte une disqueuse pour tronçonner du métal dans la gâte moteur en vue de faire la place pour le pot d’échappement.

Medregal villageMedregal villagePiscine de MedregalVotre serviteur à MedregalPiscine de Medregal

Puis je termine dans la piscine pour fuir les nonos, ces minuscules insectes qui mordent et laissent des démangeaisons durables. L’eau est agréable. Je nage quelques longueurs. Je passe la soirée à écouter la nouvelle musique.

Le 23.07.2008
Comme hier, j’ai du mal à m’y mettre. Je me prépare pour utiliser la disqueuse. En plusieurs fois j’arrive à enlever les pièces de métal que je voulais. Je dois laisser refroidir la disqueuse qui est brulante. C’est fait, mais le pot rentre à peine et touche l’accouplement. Je ne pense pas que ça aille….
J’appelle Mimi. Sa valise est prête, elle a hâte de venir. Demain elle déjeune avec tous les enfants. Je serai le seul absent, mais je penserai à eux ! Elle a les pièces de rechange pour le moteur.
Je range et vais faire une lessive avec les machines. La sécheuse ne donne pas un super résultat, mais c’est peut-être que je ne sais pas m’en servir…
Je finis de faire sécher le linge sur les filières du bateau. Je range en écoutant la musique et en faisant des pauses pour lire….

Le 24.07.2008
Aujourd’hui c’est jour de rangement. Tous les outils, les pots de peinture…
Ça suffit à m’occuper, avec des pauses pour terminer « Le livre de saphir ».
J’appelle Mimi pour lui souhaiter un bon voyage. Elle est avec les enfants, les siens, les miens, les nôtres. Elle me passe Sophie et Maxime un moment. Ça me fait plaisir de les entendre, car ça fait plusieurs mois que je ne les entendus.Mimi est prête pour demain matin. Moi aussi pour aller à Caracas.
En fin d’après-midi, je vais au bar, relever les mails et copier quelques CD. Je vois Hervé et Jean-claude qui va payer car demain il partira pour Puerto La Cruz. J’espère que je le reverrai plus loin, car il est vraiment sympa.Hervé reste encore une semaine avant de naviguer vers la Tortuga probablement.
Jean-Marc me dit que demain il me conduit à Cariaco en partant à 7h et que Fred me prendra là-bas et que nous irons ensemble chercher Mimi à l’Aéroport. Il y a environ 500 kilomètres sur des routes dont nous verrons l’état. Je vais voir des paysages nouveaux !

Le 25.07.2008
Réveil à 6h, douche et petit-déjeuner, je m’habille bien pour aller à la capitale retrouver Mimi.
Jean-Marc, m’emmène jusqu’à Cariaco, nous partons à 7h30. Là nous attendons Fred qui ne tarde pas. En route pour 550 kilomètres. Nous passons par Cumana, où habite Fred. Il doit passer par un garage pour une autre voiture. Nous repartons à midi. Nous longeons la côte. Nous voyons le golfe de Mochima, parsemé d’îles. C’est magnifique. La sécurité y est aléatoire. Il est recommandé de mouiller devant le village, pas ailleurs.
Nous passons dans Porto la Cruz, puis Barcelona, situées en bord de mer. Ce sont de grandes villes et il y a des bouchons qui nous prennent une heure. Il y avait un bout d’autoroute, au revêtement assez inégal. Puis la route à deux voies serpente dans la montagne. On ne peut aller vite à cause des camions lents. Il faut être prudent, à causse de la mauvaise qualité de la route, et surtout à cause de la conduite des Vénézuéliens. Lignes jaunes et feux rouges ne sont considérés que comme des indications, facilement transgressables. Les voitures doublent aussi bien sur la droite que sur la gauche. Non sans klaxonner ! Le klaxon n’a pas le temps de rouiller ici, il sert ! Il y a peu de police, je n’en ai pas vu. Il y a beaucoup de ralen tisseurs, très raides et non signalés. Il faut bien observer la route ! Il y a un bon nombre de barrages de la garde nationale. Les gardes sont lourdement armés et ils arrêtent parfois et laissent passer le plus souvent. Fred arrive à un barrage à vive allure. Un garde lui fait signe de s’arrêter. Ilpile. Le garde lui demande de l’argent pour acheter quelque chose à manger car son frigo est vide. Fred lui répond que ça tombe mal car son porte-monaie est aussi vide que son frigo. Le garde rie et le laisse partir… La corruption ne marche pas à tous les coups….
Nous approchons de Caracas, très grande ville de 7 millions d’habitants coincée dans trois vallées. Sur les flans des collines, grimpent les bidon-villes.

Petare, bidonville de CaracasPetare, bidonville de Caracascollines de CaracasCaracas

L’un qui s’appelle Petare compte environ 2 millions d’habitants. Les barraques entassées les unes sur les autres, ne laissent aucun espace libre. Il ne ferait pas bon s’y avanturer. La drogue et le crime y sont répandus.
Nous prenons le périphérique bien plein. Caracas est à 900 mètres d’altitude. Nous redescendons vers la mer. L’aéroport est à 30 kms, en bord de mer. Nous arrivons un peu avant 18h. L’avion de Mimi est arrivé avec 15 minutes d’avance ! Juste le temps de manger un poulet frite dans un Mac Do…
J’attends Mimi. D’autres passagers passent, pas Mimi. Puis je l’apperçois au contrôle. Elle est retenue pour une fouille des valises. Zut ! Pourvu qu’on ne lui demande pas de payer des taxes de 100% sur les pièces pour le moteur… Le douanier ouvre la valise. Mimi a mis sur le dessus des livres et des fromages français. Les fromages sentent fort. Si fort que le douanier demande ce que c’est. Il est découragé d’aller plus loin, il referme la valise et Mimi passe ! Ouf ! La voilà avec son chariot.

Mimi de retour!

Nous tombons dans les bras l’un de l’autre, heureux de nous retrouver.
Nous reprenons la voiture. Le soir il y a encore beaucoup de voitures sur le périphérique. Plus tard les voitures se font moins nombreuses et la nuit la route est à nous ! Fred roule vite. Il fatigue et nous nous arrêtons à Cumana pour dormir chez lui à 1h du matin. Sa maison est dans un quartier chic, fermé par une barrière avec gardien ! Toutes les maisons ont des grilles d’entrée et des grilles aux portes et fenêtres…
Nous nous couchons avec plaisir. Fatigués et heureux de nous retrouver !

Le 26.07.2008
Nous nous réveillons avant 8h. Fred en est au café. Nous prenons un café aussi. Mariela, son épouse, nous prépare des arépas au fromage et au jambon, avec un ananas mixé avec des glaçons ! C’est super, très bon ! Une bise à Mariela et nous partons pour Medregal. Une heure et demie de route et nous arrivons à la marina.
Mimi découvre. Nous portons les affaires au bateau. Mimi doit retrouver ses marques.
Je prépare à manger. Puis nous allons faire une sieste réparatrice. Histoire aussi de nous retrouver chez nous dans notre cabine !
Nous revenons vers la piscine. Aujourd’hui il y a des Vénézuéliens à l’hôtel. Ils sont au bord de la piscine. Ils sont presque tous et toutes obèses, avec sodas et mille choses à grignoter…
Jean-Marc avait fiat un devis pour une famille qui voulait louer l’établissement pour faire une fête. Mais la proposition ne s’est pas concrétisée. Les familles font une grande fête pour les 15 ans de leur fille. Elle est nubile, alors la fête est somptueuse. Souvent la famille offre à la fille une opération chirurgicale : une augmentation de la poitrine. Déjà à 13 ans, les filles se font offrir une autre opération, un modelage des sourcils… Ici la chirurgie esthétique est très répandue et pas onéreuse….
Le soir nous dînons au restaurant de l’hôtel, avec Hervé, Vanessa et David, des navigateurs.
Nous passons une soirée bien agréable. Mimi est à côté de Vanessa et parle souvent de choses de femmes. Vanessa et David sont partis, il y a deux ans. Ils font du charter dans les Antilles pour remplir la caisse de bord. Il rentre en France mardi, pour deux mois pour revoir famille et amis.Ils ont trente ans et sont très sympas.
En voyage, il est facile de nouer des relations avec des gens d’âges très divers est très agréable.
Le couple me fait penser à nos enfants. Ils sont plus aventureux. Ils sont partis avant 30 ans pour un temps indéterminé. Ils sont capables de naviguer et de gagner leur vie en cours de route.

Le 27.07.2008
La journée passe calmement. Mimi range ses affaires. Elle fait du ménage pour mettre à niveau ce que je n’avais pas fait assez. Elle se met en chasse des cafards. Elle fait le tri dans les équipets de nourriture. Des paquets de pâtes sont infestés de jeunes insectes et d’œufs. Mimi jette, trie, nettoie, ce que je n’avais pas vu…
Nous passons de bons moments à parler. Elle me donne des nouvelles de nos enfants, comment va chacun, ce qu’il fait… Je suis heureux d’avoir de leurs nouvelles.
Elle me raconte ses trois mois en France, les amis qu’elle a vus, la famille, ses sorties…
Elle a bien profité de son séjour, de Paris, de Marseille, de Vichy. C’est super !
Voilà comment le temps passe agréablement.

Le 28.07.2008
Mimi va sur internet avec son ordinateur et s’installe sur Skype. Elle entre en contact avec l’une de ses filles qui vient d’arriver à Dubaï, où elle travaille déjà. Avec la caméra, on se voit. C’est super d’abolir ainsi les distances !
Après déjeuner, je fais la sieste. Mimi n’arrive pas à dormir. Il lui faut s’habituer à la chaleur. Elle prend douche sur douche. Elle est aussi la cible des petits nonos qui la bouffent près du bar. Heureusement sur le bateau, il n’y en a pas. Il n’y a que des mouches, mais elles sont bien collantes !
Fred passe et nous apporte du pain, meilleur que celui que l’on trouve au bodegon. Il est meilleur mais tout mou.
Je vois Jean-Marc. On convient d’un départ à 7h pour Carupano. Hélas il n’a plus d’autre place dans la voiture. Moi qui voulais y aller avec Mimi… Je ferai les courses seul pendant qu’elle restera à la marina.
Nous nous rattraperons bientôt, après que le moteur sera réparé. Nous irons en excursion en car dans le pays, probablement vers la Guyane vénézuélienne…

Le 29.07.2008
Je me réveille tôt pour aller à Carupano. Mimi se réveille aussi. Je regrette qu’il n’y ait pas de place pour qu’elle vienne avec moi. Je la laisse et je pars. La route se passe bien, malgré les ornières et les nids-de-poule. La voiture chinoise de Jean-Marc a une suspension ferme qui nous propulse vers le plafond à chaque inégalité importante que le chauffeur n’a pu éviter.
Arrivé en ville, nous passons au garage. Avec le mécanicien, nous pointons la liste des pièces de rechange. La liste est complète. Le mécanicien me dit que le moteur sera prêt dans une semaine. Super !
Puis Jean-Marc se gare en centre ville dans un parking gardé. Il laisse ouvert le coffre pour que je puisse rapporter les courses si j’ai besoin. Lui et son épouse vont leurs courses.
Je vais acheter des fruits sur des étals dans la rue. Par endroits il y en a qui se touchent. Chaque vendeur a quelques fruits, le voisin, d’autres. Les papayes sont très grosses. Les mangues aussi, comme les avocats. Les fruits de la passion embaument. Il y a des grappes de petits fruits qui ont une peau verte et lisse. À l’intérieur, il y a une pulpe blanche et un noyau noir comme les litchis. Il y a quelques fruits que je ne connais pas. Je reviens chargé à la voiture. Je retourne acheter des légumes au hasard des rues. Je retrouve Jean-Marc. Nous allons à la ferreteria pour prendre les pièces que j’avais commandé pour refaire un échappement avec un bon col-de-cygne. À peine entré, le vendeur me reconnaît et me salue joyeusement. Il va me chercher ma commande. Je paye et je mets les affaires dans la voiture. Je vais non loin pour du matériel électrique. Je veux des ampoules, des fusibles, des cosses.Les ressources sont limitées. Je trouve une partie de ce que je veux. Le reste, ce sera pour ailleurs…
Puis je vais manger au resto chinois, Mais pas dans le même que Jean-Marc ; je n’ai pas bien suivi ses indications. La salle se remplit et à côté de moi il y a 4 couples amis à une table. Ils ont fini le repas et discutent. Ios ont devant eux 40 bouteilles de bière vides ! Il fait chaud, mais quand même !
Après le repas, je vais dans un supermarché. J’achète du produit anti-cafard en seringue et de la viande.
Je rentre au parking avant l’heure du rendez-vous de 3h. Jean-Marc revient et nous partons. Il s’arrête encore pour quelques courses. Il va voir le mécanicien chez lequel il a laissé le moteur du travel lift. Le mécanicien fait une liste impressionnante de pièces à acheter pour refaire à neuf le moteur. Une fois les pièces trouvées, il demande une semaine de délais…
Les bateaux qui veulent sortir ou être à terre auront encore à attendre…
Pendant le retour, la fillette de Jean-Marc, Januaria, Qui à 6 ans, me raconte plein de choses en français. Tout ce qu’elle aime manger y passe. Elle révise son français et moi mon espagnol. Elle est vive, intelligente et malicieuse. Je ne vois pas le temps passer, je suis sous le charme. Ah, j’aimais bien lorsque mes enfants étaient petits et que nous nous racontions mille choses !
Je rentre et retrouve Mimi qui a fait du ménage dans le bateau ; elle est vannée ! Chaleur et activité ! Elle a bien transpiré et elle à pris plusieurs douches dans la journée.
Hervé est passé et lui a donné des sardines que des pêcheurs lui ont donné.
Mimi prépare les sardines, fourrées avec des aromates. Moi je les fais cuire. Hervé passe pour me demander des renseignements. Il reste dîner. Il nous parle du site que tient son épouse et qui relate leur voyage : « Les aventures de Papa dJo » Le site est vivant, avec de belles photos et même des recettes de cuisine essayées par Evelyne. C’est un site à voir !
Nous passons une soirée agréable, jusqu’à temps que Mimi tombe de sommeil. Hervé rentre et nous allons dans les bras de Morphée.

Le 30.07.2008
Pour le petit Mimi fait des arépas. Nous sommes dans la couleur locale, au moins. Et en plus c’est bon, bien chaud ! Nous discutons de voyage en bateau. Mimi est revenue pour moi, dans l’intention de voyager un an avant de revoir la France et ses enfants. Ensuite, elle aimerait voir le Brésil, ce sera une autre année… Nous discutons une bonne partie de la matinée. Nous avons été trois mois sans discuter, alors nous nous rattrapons… L’après-midi, les nonos passent à l’attaque et nous croquent à belle dents. Nous nous réfugions sur le bateau. Même en hauteur il y en a encore. Je fais une lessive. Dans la buanderie, ils sont là aussi en embuscade !
Le soir apporte le calme ; il était temps ! Mimi est exaspérée. Un superbe coucher de soleil illumine le ciel. Ensuite c’est le grand calme de la nuit. On n’entend que le chant de quelques grillons sous les étoiles.

Le 31.07.2008

C’est l’anniversaire de Mimi, aujourd’hui ! Elle est coquette et ne veut pas dire son âge. Pourtant elle ne le paraît pas ! J’espère qu’il y en aura plein d’autres que nous passerons ensemble !
Ce matin, je bricole de l’électricité à la table à carte et Mimi fait de la cuisine.
L’après-midi se passe autour de la piscine en alternance avec internet. Mimi arrive à converser avec ses filles sur skype. Elles lui souhaite bon anniversaire.
A cette occasion, elle me fait remarquer que je ne lui ai pas souhaité. Moi je souhaite les anniversaires le soir, elle le fait le matin. J’ai tout faux…
Le soir nous faisons un dîner à deux avec bougies, foie gras et champagne espagnol.

Le 01.08.200
Hervé nous avait proposé la veille d’aller à la pêche aux coquillages, avec lui, à 8h. Mais nous sortons du lit plus tard. Après sa pêche, Hervé vient avec un sceau rempli plus qu’à moitié de moules, coques, praires, huîtres et escargots. Il nous en donne une bonne moitié. Je les lave et les fais cuire.
Alors qu’il faisait beau ce matin, l’après-midi, un déluge s’abat sur Medregal. Une vraie pluie tropicale, avec de grosses gouttes. Mimi est au bateau et moi je suis sous une paillote près de la piscine. Je me trouve coincé là, mais en agréable compagnie. Je suis avec Marion, qui voyage avec son mari, Christophe, et ses trois jeunes enfants. La famille très sympa voyage depuis quelques années en travaillant dès qu’ils peuvent pour remplir la caisse de bord. Aux Antilles ils ont bien travaillé. Maintenant ils comptent aller visiter l’intérieur du pays en car et en logeant chez l’habitant. Les enfants sont une bonne carte de visite pour voyager et se faire héberger.À chaque fois que je rencontre un jeune couple en voyage, je repense au temps où j’avais 35 ans et où je voulais partir avec femme et enfants. Je n’ai jamais réussi à convaincre la mère de mes enfants. Peut-être pour cela que mes enfants ne bougent pas beaucoup, ne sont pas très aventureux…

Marion et ChristopheMarion et Manech
Je finis la lecture du bouquin de Khadra qui raconte son enfance et la vocation d’écrivain. Ses descriptions de l’Algérie, des rapports familiaux, des rapports dans l’armée, sont terribles. Que de dureté de la part de gens qui en appellent toujours à des valeurs qu’ils ne respectent pas eux-mêmes.

Le 02.08.2008
Aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Zahra, l’une des filles de Mimi. Bon et joyeux anniversaire ma chérie ! Profite bien de ta jeunesse !
Nous partons à 8h pour le marché de Cariaco. Nous sommes une douzaine à l’arrière de la camioneta, sur les banquettes de bois. Les cahots de la piste nous font sauter et retomber sur les plates de bois.

Vendeuse d’arepasDans la camionetaFruits achetés au marchéRue de CariacoRue de CariacoRue de CariacoRue de CariacoRue de CariacoVoiture hors d’âge
Le marché est animé, avec beaucoup d’étals et de petites gargotes ambulantes qui proposent des empanadas, des arepas et des beignets. Nous achetons des fruits, orange, fruits de la passion, bananes, de petits fruits verts qui ont une pulpe autour d’un noyau,. Le marchand nous fait goûter. C’est sucré et acidulé.La chair est moins ferme que les litchis, mais ça ressemble un peu.
Nous prenons des légumes ainsi que des racines, du manioc et une autre racine blanche à l’intérieur. Nous goûterons. Plus loin nous nous laissons tenter par des poissons. La poissonnière nous les prépare en les débitant en tranches obliques à frire.
Au retour nous dégustons un avocat fondant dont chaque moitié est plus grosse qu’un avocat entier que l’on achète couramment en France. Nous mangeons les coquillages cuits hier en salade. Que c’est bon !
Après le repas, nous discutons et Mimi me reproche de ne pas faire assez de ménage dans le bateau. Je sens que ça la travaille, alors que moi, je n’ai pas le même seuil de tolérance.
Elle évoque une possibilité qu’un jour elle en aie assez et qu’elle s’en aille. J’espère bien que non. Mais c’est vrai que c’est une appréciation des choses très différente. Lire un bon livre ou me promener passe avant le ménage sans que le bateau soit un capharnaüm pour autant. Il est vrai que je tolère les cafards, pas Mimi…
Il se remet à pleuvoir, avec un vent plus soutenu que la veille. Les nuages noirs ont obscurci le ciel. Ici le temps change très vite, en quelques minutes, plusieurs fois par jour….
C’est samedi et il fait très chaud. Mimi et moi allons autour de la piscine. Elle va sur internet. Moi j’ai envie de profiter de l’eau. Elle me rejoint. Nous nageons. Elle a peur de nager où elle n’a pas pied. Je la rassure et je lui dis que je vais nager à côté d’elle. C’est d’accord. Elle nage entre le bord de la piscine et moi. Elle est tout étonnée d’atteindre l’extrémité sans paniquer !
Nous refaisons une longueur et elle est apaisée, elle n’a plus peur. Voilà une bonne chose de faite !
Je reste dans la piscine et je discute avec trois Vénézuéliens. Ils se présentent : Jesus, fils d’émigré espagnol et d’une vénézuélienne, Hicham, fils d’un Libanais et d’une vénézuélienne et Samir, fils d’un Syrien et d’une vénézuélienne. Ce dernier ne parle qu’espagnol. Hicham parle pas mal l’Arabe en plus de l’Espagnol. J’appelle Mimi et ils parlent en arabe, très contents d’échanger dans leur langue.

Jesus, HichamLes motards en tenue

Jésus est commerçant, président d’un club de motards. Il prépare des randonnées pour les week-ends et ils partent en groupe de copains. Ils ont tous trois de belles motos, avec chromes et accessoires en cuirs. Deux sont divorcés et tous trois se consacrent à leur hobby. Nous discutons dans l’eau tiède de la piscine. Ils m’offrent un verre de whisky avec des glaçons que nous buvons dans l’eau, non sans avoir échangé des « Salud » en cognant nos verres. Ils sont intrigués par le monde de la voile et posent plein de questions. Ils s’étonnent que l’on puisse vivre à bord. Ils demandent si le soir je jetais l’ancre pour dormir en traversant l’atlantique, si je faisais la cuisine… Jesus connaît plus le monde de la voile car il s’est fait un ami canadien qui navigue et lui a expliqué ce monde différent. Ils sont en admiration tous les trois. Ils habitent Porto La Cruz et nous donnent leurs coordonnées. Ils nous invitent lorsque nous passerons par là. Hicham est boulanger, il fait tout sorte de pain dont du pain français ! Jésus a un magasin d’électricité et il m’indique quelqu’un qui pourrait réparer mon régulateur de tension pour panneaux solaires.
Nous passons l’après-midi dans la piscine à discuter très agréablement.
Vers 20h, nous passons à table au restaurant. Nous nous installons sur une grande table avec nos copains vénézuéliens et les navigateurs français. Les discutions vont bon train. Je fais des progrès pour bien comprendre l’espagnol, malgré l’accent vénézuélien. Pour le parler, c’est encore lent, je manque de vocabulaire et de grammaire. Ça revient peu à peu…
Nous rentrons à bord vers 11h.

Le 03.08.2008
Pendant que Mimi reste au bateau, profitant de la fraîcheur, je vais voir mes copains vénézuéliens qui doivent partir ce matin. Nous parlons moto pendant leur petit-déjeuner.
Ils m’expliquent que le permis est nécessaire pour conduire, mais qu’il n’est pas nécessaire de passer l’examen, qu’il suffit de payer la taxe. Sur la route, il y a peu de contrôle. Si une autorité vous arrête en état d’ivresse, il vous fait la morale, parfois vous demande un peu d’argent et vous laisse repartir… À chacun ses coutumes…
Voilà, c’est l’heure de remettre les tenues de motard et de partir. Nous faisons les dernières photos après avoir échangé nos adresses mail. Les moteurs démarrent en faisant un bruit sourd et fort car les pots sont trafiqués. Malgré cela Jesus met sa musique de bord fort et ils sont partis. Nous nous reverrons à Porto La Cruz ! Bon voyage !
Je reste discuter au bar avec Hervé et Thomas.

Hervé et Thomas

Marion vient sur internet. Le courant étant coupé, je lui propose de recharger sa batterie à bord. Elle va voir Mimi qui souffre de la chaleur. Son corps peine à s’adapter à la chaleur ambiante qui est toujours autour de 30° à l’ombre.
Christophe se joint à nous, avec les enfants en garde. Les deux plus grands vont dans la piscine. L’un y trouve un verre cassé. J’y vais pour ramasser tous les bouts de verre qui pourraient blesser les pieds. Après j’en profite pour nager et les enfants jouent avec moi. Ils veulent monter sur mon dos et me faire couler. Lorsque j’ai la tête sous l’eau et que je relâche de l’air, ça les fait bien rire. Je repense au temps où je jouais avec mes enfants petits.
Christophe et Marion s’occupent très bien de leurs enfants qui sont ouverts et éveillés. Ils forment une bien belle famille !
Pour eux aussi c’est l’heure du départ ; ils vont un peu plus loin dans le golfe avant d’aller faire le plein à Cumana puis d’aller dans les îles des Roques pour trois semaines.
Nous passons l’après-midi à bord à bouquiner.
Hervé passe à bord. Il cherche un renseignement en électricité, mais ce n’est pas un domaine où je brille par mes connaissances. Il nous propose d’aller visiter des grottes assez proches. Nous tombons d’accord pour mardi. Nous irons avec son voilier jusqu’à un village, après il y aura deux bus à prendre…

Le 04.08.2008
Mimi est réveillée tôt. Moi je ne parviens pas à émerger avant 7h30. Je prends une douche et Mimi va se baigner à la piscine. Maintenant qu’elle n’a plus peur pour nager, on ne la retient plus ! La matinée passe vite en farniente. Finalement l’après-midi aussi, Carupano. Il ira demain et passera voir mon moteur qui devrait être prêt cette semaine.

Le 05.08.2008
Mimi me dit que les fruits attirent des moucherons dans le carré. Je fais un nouveau filet pour l’accrocher sous les panneaux solaires, à l’ombre et à l’air. Nous verrons bien si le résultat est meilleur pour la conservation et le confort.
Hervé est allé à Carupano avec Jean-Marc dans le but de faire tourner une bague pour une pièce de sa barre à roue. Jean-Marc doit regarder pour mon moteur.
Le soir à son retour, j’apprends que mon moteur est prêt et qu’il tourne bien. Le mécanicien a eu du travail car l’intérieur était bien rouillé par l’eau de mer. Il a pris des photos. Hervé me dit qu’à son avis, l’eau est entrée par la pompe à eau car il faut un col-de-cygne sur le tuyau pour que l’eau ne puisse pas rentrer dans le moteur une fois le moteur arrêté. Il a cassé trois fois son moteur avant qu’un mécanicien tunisien ne lui dise et ne lui installe un col-de-cygne qui résolve le problème définitivement…
Le soir nous confirmons notre intention d’aller le lendemain avec Hervé visiter les grottes de Caripe. Départ à 7h30.

Le 06.08.2008
Mimi est réveillée avant le lever du jour et ne parvient pas à se rendormir. Nous sommes prêts avant 7h30. Nous retrouvons Hervé sur le ponton. Il vient nous chercher en annexe. Nous montons à son bord. Nous levons l’ancre. Hervé s’occupe de l’ancre et Mimi est à la barre et aux commandes moteur.

Mouillage à MedregalMimi à la barre de Papa Djo

L’ancre relevée, nous allons le long des côtes vers le fond du golfe de Cariaco. La côte est parsemée de maisons et de temps en temps de villages. Nous passons au large de Guacarapo. Trois bateaux sont à l’ancre devant le village. Là c’est réputé sans risque. Nous traversons pour l’autre rive. Nous approchons de Muelle. Deux bateaux sont à l’ancre. Nous nous approchons de celui d’Eve et de Michel. Ils nous disent l’endroit où ils ont laissé leur annexe sans risque. Finalement Hervé décide de la laisser dans un autre endroit où il l’avait mise un autre jour. C’est au pied de la maison d’un pêcheur qui nous accueille et va chercher un piquet pour attacher le bout. Il va nous la garder et nous assure qu’il n’y a pas de risque. Nous lui disons que nous allons voir les grottes. Il nous fait traverser sa maison pour atteindre la rue et nous dit de repasser par là au retour, qu’il a confiance !
Nous partons à pied dans le village. Il fait chaud à 9h30. Les gens sont en short et tee-shirt. Ils nous regardent passer et nous disent bonjour. C’est un village tranquille de pêcheurs. Les maisons sont petites et peintes de couleurs vives. Certaines ont des décorations sur les murs ; d’autres des slogans politiques pour Chavez. Nous remontons jusqu’à une pompe à essence. Là il y a un embranchement où nous devrions trouver une camioneta. Effectivement on nous indique celle qui va à un premier village où nous devrons changer de camioneta pour Caripe.
Mais un autre conducteur de camioneta vient nous voir et nous propose de nous y emmener directement. Bien sûr que nous sautons sur l’occasion, sans penser à demander le prix.
Nous faisons les 70 kilomètres de route, assez bonne. Elle passe d’une montagne à l’autre avec de chaque côté une végétation exubérante. Il y a des arbres colonisés par des fougères, des orchidées, toutes sortes de plantes saprophytes. Des mousses pendent des branches. Des fruits aussi car il y a des manguiers, des bananiers, des avocatiers, perdus dans les autres arbres. Plus loin nous arrivons à une plaine avec des exploitations agricoles et un village. Puis ce sont encore les montagnes avec des arbres plus hauts, très majestueux.

Une camionetaVégétation luxuriante
La camioneta s’arrête sur le parking des grottes. Le chauffeur nous attends pour le retour. Nous allons prendre un ticket, quelque ravitaillement et nous louons des bottes qui sont recommandées. Nous sommes prêts. Pendant que le guide attend qu’un groupe suffisant se constitue nous allons voir les étals artisanaux.nous goûtons une pâte de mangues délicieuse. Plus loin ce sont des boules ce cacao très pur. Que c’est bon ! Nous voilà avec quelques provisions en plus !
Mimi regarde des petits bijoux. Elle prend un collier de perles et de coton et une croix en corne de vache avec des incrustations de métal.
Le guide nous réclame. Nous entrons dans la grotte par une ouverture monumentale haute de plus de 20 mètres, entourée de végétation. Il fait une obscurité totale. Le guide a une lampe à gaz. Dans la grotte règne un boucan d’enfer. Des oiseaux crient. Je pense à des chauves-souris. Les bottes sont utiles parce que le sol est humide et parsemé de crottes d’oiseaux.
L’odeur est forte. À un endroit, on voit un jeune oiseau au sol. Il est sorti du nid et ne sait pas voler. Plus loin on en vit un autre à demi mangé par les rats. Effectivement plus loin on voit des rats qui se sauvent devant le groupe.
Les oiseaux sont des guacharos. Ils sont marron et ressemblent à des engoulevents. Ils sont nocturnes. Ils sortent la nuit et vont manger des fruits de palmiers. Ils rejettent les graines qui graines qui germent dans le guano humide qui recouvre le sol. Les graines poussent et atteignent une trentaine de centimètres. Comme elles manquent de lumière, les pousses sont blanches. Puis elles meurent et d’autres germent… Le sol est jonché de graines orange et rouge que les oiseaux laissent tomber.
Nous avançons dans l’obscurité. La première salle a une voûte à plus de 30 mètres. Il y a d’énormes stalactites. Les cris des oiseaux résonnent. Mimi a peur. Je lui prends la main. Nous avançons. Il y a des marches pour passer un couloir plus étroit. Mimi a peur et ne veut plus avancer. Le guide lui prend la main et elle suit. Nous voyons des draperies de calcaire magnifiques. Par endroits stalagmites et stalactites se sont rejointes et forment des piliers. Nous prenons des photos. Nous poursuivons jusqu’à une salle que les oiseaux n’ont pas colonisée. Mimi préfère le silence aux cris d’oiseaux. La partie visitable se déroule sur 1,250 kilomètre. Nous avons mis une heure et quart pour l’aller. Le retour ne prendra que 25 minutes . La grotte vaut vraiment la visite ; pour les oiseaux et pour la beauté des concrétions. En ressortant on est aveuglé par la lumière. La végétation est superbe. Il y a des fleurs en forme de grandes trompettes. Nous rendons les bottes après les avoir nettoyées dans un cours d’eau.

Mimi et la concressionGrotteMimi et le guideUne belle concressionLa sortie en vueEnorme fleurLa colo!

Il y a une colonie de vacances qui est là avec les enfants en tee-shirt jaune et les moniteurs en bleu. Il y a bien une centaine d’enfants. Les moniteurs les font jouer des instruments de musique et chanter. C’est joli à entendre.
Nous remontons dans la camioneta.Nous refaisons la route avec deus jeunes suisses qui voyagent sac à dos pour visiter le Vénézuéla en 5 semaines. Ils nous font voir des photos de l’Orénoque et des Indiens. C’est très beau dans une nature sauvage, avec serpents et moustiques. J’ai envie d’y aller. Mimi a peur….
Arrivés à Muelle, le chauffeur nous demande 50 bolivars (10 euros) par personne. C’est plus cher que ce qu’un guide annonçait. Je cherche de l’argent et je m’aperçois que j’ai presque tout dépensé et que je n’ai pas assez. J’ai des euros et des dollars. Le chauffeur n’en veut pas. Je vais voir dans un magasin qui ne veut pas faire le change. Le chauffeur se contente de ce que nous avons, déjà ravi de ce qu’il a.
Nous retournons par la maison du pêcheur qui nous retient pour manger une soupe au poisson. Nous discutons. Il s’appelle Jesus. Sa femme et ses 5 enfants sont en vacances dans de la famille. Lui est avec des amis. Ils boivent du rhum. Ils ont une bouteille vide et en entame une pleine. Ils nous en offrent et nous y goûtons. Il set bon, mais pas très parfumé.

Jesus nous acceuille à MuelleLa maison de JesusLes enfants viennent tenter des affaires…Le retour

Nous sommes touchés par cette gentillesse simple, mais nous devons rentrer pour naviguer de jour le plus possible. Nous remontons sur le bateau et rentrons. La nuit vient vite. Nous continuons de nuit et arrivons dans le noir à Medregal. Les bateaux à l’ancre n’ont aucune lumière.Nous les apercevons en étant tout près. Nous jetons l’ancre. Nous n’avons mis qu’une heure et demie pour revenir, car le courant était avec nous. Hervé nous raccompagne au ponton. Nous sommes ravis de la journée.
Nous nous endormons vite, bien fatigués.

Le 07.08.2008
Mimi s’est encore réveillée avant le jour et ne s’est pas rendormie.
Je vais voir Bernard pour voir quand il ira à Carupano et pour savoir s’il pourra m’emmener et rapporter le moteur. Ça tombe bien il y va demain, mais il ne revient que samedi midi. Je partirai avec lui demain et il chargera le moteur et le rapportera samedi. Moi je vais voir Roland qui doit lui aussi aller à Carupano. Il pourra me ramener c’est parfait.
Il fait chaud ! Mimi fait la sieste dans le cockpit pour récupérer de son réveil matinal.

Le 08.08.2008
Pendant que les jeux olympiques débutent, je vais à Carupano, de bonne heure, avec Bernard.
Les bords de route sont de plus en plus envahis par la végétation. Nous allons chez le mécanicien. Le moteur est là, prêt. Le mécanicien le met en route et le fait tourner à différents régimes. Il fait un beau bruit régulier. Il me montre des photos des pièces démontées avant et après le travail. Avant, les pièces sont rouillées sous l’action de l’eau de mer. Après, les pièces brillent. Je demande la facture. 3.000 Bolivars forts. C’est peu cher pour ce travail.
Bernard passera le charger samedi matin, pour ne pas risquer de se le faire voler durant la nuit, sur un parking. Bernard continue ses courses. Je discute avec le mécanicien, d’origine espagnole, galicienne. Il m’emmène en voiture au centre ville. Il a un pick-up Ford des années 70. Un 8 cylindres qui tourne au ralenti, avec un tapis en peluche sur le tableau de bord. Tout l’intérieur est bleu, très kitch ! Il me dépose au centre. Je vais faire quelques courses, fruits et légumes. Je vais à Cada, le supermarché de la ville. J’appelle Roland qui est aussi à Carupano et qui a proposé de me ramener. Justement sa compagne, Claire est dans le magasin. Je la retrouve à la sortie. Je dépose mes sacs dans leur voiture. Pendant qu’elle fait quelques courses, je regarde un homme qui harangue les passants. Il est très mobile, très engagé dans son discours. Il parle de Jésus qui est revenu pour nous… Un vrai acteur passionné. Quelques personnes l’écoutent, les autres passent et font leurs courses.
Au Vénézuéla, les tags et panneaux publicitaires sont rarement dédiés aux produits de consommation. Ils vantent les mérites des candidats aux élections lointaines, les bienfaits des actions du gouvernement, les consolations de la foi, de Jésus ! En somme, tous les espoirs possibles pour sortir de la pauvreté et des difficultés de la vie. Le rhum est une autre voie très pratiquée…
Après les courses, je vais au restaurant chinois avec Roland et Claire. Puis nous rentrons.
Je dépose les affaires au bateau. Je retrouve Mimi au bar, sur internet. Elle a fait connaissance d’une navigatrice française, Danielle. Elle a pu parler avec une femme, en français ! Elle ne rate pas une occasion, car elle se sent isolée par la langue, puisqu’elle ne sait pas l’espagnol.
Elles ont mangé ensemble au restaurant. Comme ça, elles ont passé un bon moment.
Nous discutons et Danielle et Hervé viennent se joindre aux discussions.Danielle qui a navigué neuf ans, appuie Mimi dans ses plaintes sur le bateau et la navigation. Ah, les femmes et la mer ! Ce n’est pas une histoire d’amour évidente, ou pas durable…
Les moustiques nous font nous replier au bateau. En hauteur, il y a plus de vent et peu de moustiques.

Le 09.08.2008

Je me réveille tôt. Pendant que Mimi écrit son journal, j’attends le moteur.
Mimi, depuis son retour, écrit son journal sur un joli carnet. Elle y fait des dessins. Pour l’instant elle ne reprend pas une écriture sur ordinateur. J’espère que ça viendra ; ou que je pourrais mettre sur le site des photos de son journal…
Hervé passe au bateau ; il apporte des sardines qui frétillent encore dans son sceau. Il en a demandé aux pécheurs qui lui en ont donné un sceau. Lui a donné deux paquets de cigarettes. Alors il fait la distribution. Il a même apporté une recette de sardine à l’huile que lui a donnée quelqu’un dans un port breton.
Mimi se met à faire la cuisine. Elle me fait une surprise : un tiebboudiène sénégalais en Amérique du sud !
Nous déjeunons vers midi, avant que n’arrive le moteur. C’est délicieux !
Effectivement, Bernard arrive vers 13h. Il m’aide à décharger le moteur.
Je vois que la sonde de température d’eau est cassée au ras du bloc-moteur. Il va falloir en trouver une autre. Elle a dû heurter le bord du pick-up ou la planche qui calait le moteur…
Roland vient à l’aide aussi avec un palan huit brins bien efficace, fixé sur la baume. Le moteur s’élève, monte sur le bateau. Je découvre le cockpit. Avec Roland, nous descendons le moteur dans la gâte, jusqu’à une vingtaine de centimètres de son emplacement. Alors nous mettons un bon moment pour refixer la cloche du volant moteur et l’inverseur. Et pour cause une vis mise par le mécanicien pour tenir le démarreur nous empêchait de visser l’ensemble. On redémonte, on enlève la vis et l’on remonte. Ça va bien. Maintenant, il faut faire l’accouplement avec le tourteau de l’arbre de transmission. Il y a quatre gougeons sur lesquels il faut faire entrer le bloc-moteur et l’inverseur. Il nous faut du temps et des efforts pour y parvenir. En vissant un écrou, puis un second, tout se met en place. Je serre fort pour que ça ne se dévisse pas de sitôt. Roland me laisse continuer. Je fixe les silentblocs. J’en ai fixé deux lorsqu’il se met à pleuvoir. Je referme le dessus de cockpit.
Mimi rentre et va préparer sur la plage les sardines pour lever les filets. Lorsqu’elle revient, elle sent la poissonnière. Elle va prendre une douche. Moi aussi après avoir transpiré sur la mécanique !
Ce soir, samedi, nous dînons au restaurant. Il y a du poisson. Il est très bon, c’est du thazar.
Nous dînons avec Danielle et Hervé et la soirée est agréable.

Le 10.08.2008
Ce matin, je me continue la fixation du moteur et le raccordement de l’électricité et du circuit d’eau. Je relève le col-de-cygne qui est sur l’admission d’eau à l’échappement pour qu’il soit plus de 40 centimètres au-dessus du niveau de flottaison.
J’attends Mimi pour déjeuner. Je l’appelle au téléphone. Elle ne répond pas. Elle est partie avec Danielle et je pense qu’elle est avec une copine et qu’elle passe un bon moment. Je déjeune et me remets au travail.
Avant de reprendre, j’appelle mon fils, Maxime. Il décroche. Il m’apprend que Sophie et lui vont enfin commencer leur entreprise début août, qu’ils ont obtenu un prêt d’une banque.. J’espère qu’ils vont y mettre toute leur énergie pour que l’entreprise décolle vite.
Mimi revient et s’étonne que je n’aie pas fini de bricoler. Elle m’annonce qu’elle n’est pas bien et qu’elle a décidé de rentrer à Paris, loin du bateau sur lequel elle ne se sent pas bien, qu’elle n’aime pas. Elle ne s’adapte pas. Elle a essayé quelques semaines et elle vient de prendre sa décision. Je suis abattu. Je sentais qu’elle avait du mal à s’habituer. Elle me redisait qu’elle n’aimait pas le bateau. Elle écoutait les histoires d’insécurité et elle avait envie de stabilité dans une maison.

Mimi fait la sieste sous la churataMimi à MedregalMimi près de la piscine
Elle me propose de m’attendre un an ou deux ans…Je ne sais que dire, je suis pris de cours, submergé par la peine. Mes espoirs s’écroulent.
Elle avait dit revenir pour une année, pour essayer et quinze jours plus tard, c’est fini…
Pour l’instant, je ne pense pas, je suis abattu, c’est tout… Il faut laisser le temps passer et voir ce que je ressens, ce que je veux, de que je peux faire. Continuer et combien de temps ? Vendre le bateau et revenir à la maison, arrêter le voyage ?
Pour l’instant, j’aime Mimi et le voyage et il semble que ce soit incompatible…
Je ne suis pas le seul dans ce cas parmi les navigateurs. J’espérais seulement que ce ne serait pas mon cas, que je n’aurai pas à choisir… Nous sommes au pied du mur, face à nos choix, face à ce qui nous fait vivre, à ce qui nous motive, ce qui nous rend heureux…
Triste soirée…

Le 11.08.2008
Je dors mal. J’avais lu avant de m’endormir, histoire de ne plus penser en rond. Je me suis endormi assez vite. Mais avant 3h, le bateau tremble assez fort comme s’il y avait un vent très fort latéral. Pourtant je n’entends pas de vcnt.
Mimi se réveille et me demande si j’ai senti les secousses, les vibrations. Je lui dis oui et puisque rien ne bouge plus, je me recouche. Je me réveille un peu avant le jour, avant 5h.
Je ne parviens pas à me rendormir. Je lis pendant que Mimi dort. Elle se réveille alors que j’arrêtais de lire pour essayer de me rendormir. Je vais prendre une douche et je rencontre José, le chef employé de la marina. Il me demande si j’ai senti le tremblement de terre. Voilà l’explication des secousses. Il me dit qu’à Cumana il y a eu quelques dégâts. Ici il n’y a rien.
Je reviens au bateau. Mimi a préparé le petit-déjeuner.
Après elle va sur internet, pendant que je range tous les outils. J’arrête les travaux jusqu’à son départ, puisqu’elle ne supporte pas le désordre et qu’elle ne sait ou se mettre pendant le bricolage.
J’aurai tout mon temps après… Je suis triste et résigné. Si Mimi n’est pas heureuse à bord autant qu’elle rentre chez elle, près de ses enfants et petits-enfants, où elle se sentira dans son élément, dans la stabilité. Divorces, guerres, émigration font qu’elle a un besoin irrépressible de stabilité.
Pour l’instant je n’arrive pas à envisager l’avenir. Je n’ai pas vocation à naviguer seul. Je le fais en cas de besoin, mais c’est toujours une source de risques accrus. Je n’ai pas envie de prendre des équipiers qui se révèlent souvent peu efficaces et plus encombrants qu’utiles.
Je ne me vois pas dans un appartement ou une maison loin de la nature, des rencontres du voyage.
Mimi et moi, nous nous aimons. Là est la complication… Sinon il y aurait séparation pure et simple et chacun irait vers son destin, vers ses choix.Mimi me dit qu’elle m’attendra. Je lui ai dit la même chose. La vie dira la suite. En attendant je suis triste et inquiet… Le soir, nous discutons comment passer au mieux les jours qui nous restent ensemble.Nous choisissons d’aller dans les Andes vénézuéliennes, A Mérida il y a un téléphérique qui part de 1600 mètres et en 5 stations, peut nous emmener à plus de 4700 mètres. Dans les vallées il y a des villages indiens qui vivent hors du temps d’agriculture et d’artisanat. Nous pouvons passer de la saison des pluies tropicales au climat de montagne !

Le 12.08.2008
Nous nous réveillons tôt. Pendant que Mimi cuisine ce qui pourrait se perdre pendant notre absence, je vais voir Jean-Marc. Il nous appellera un taxi vers 17h pour aller à Cariaco à 30 kms. Là nous prendrons un bus de nuit pour Valencia où nous changerons de bus pour Merida.Le voyage dure près de 24h dans des bus confortables, tellement climatisés qu’il faut se couvrir. Les bus s’arrêtent pour se dégourdir les jambes et pour manger…
Nous sommes heureux d’aller visiter le pays, de connaître d’autres lieux que les ports, de rencontrer les Indiens.
Nous y resterons une dizaine de jours pendant lesquels nous voyagerons sans ordinateur. Nous vous raconterons notre périple à notre retour. Un peu de patience donc !

Traversée Casamance (Salvador de Bahia, Brésil), non… Venezuela

Posted on juin 18th, 2008 by Jean-Michel

Le 18.05.2008 vers 12h
Coup de téléphone de Christian qui me donne sa position 12°21′00 N -18°27′00 W. Il a fait 110 milles hier , il navigue de conserve avec “Iron” mais ne peux pas utiliser la BLU car il a un problème d’alimentation en gazole donc le moteur, indispensable pour avoir assez d’électricité, ne peux pas tourner. Il envisage d’aller plutôt au Venezuela pour faire une route plus directe.
Je vous tiens au courrant dès que j’ai des nouvelles.
Jean-Michel

Le 23.05.2008 à 23h30
Après trois jours sans connection internet voilà les nouvelles et surtout les points que m’a fait passer Christian qui va bien.
le 19/05 vers 20h25 : 12°33′603 N 21°18′438 W Il y a de la houle et du vent.
le 20/05 : 12°21′ N 23°12′ W Cap au 280°
le 21/05 : 12°27′75 N 24°27′350 W 106 milles depuis la veille Cap au 277 8 à 3 noeuds de vent seulement
le 22/05 vers 9h30 : 12°17′280N 25°59′231 W 91 milles seulement mais la mer est plus calme et le vent a forci un peu donc espoir de faire un peu plus de route
Je n’ai pas eu de coup de téléphone aujourd’hui. A bientôt
Jean-Michel

Reçu le 24.05.2008 matin

Daté 3ème jour

Bonjour à Tous
essai de mail à tous pour économie d’énergie.
Tout va bien à bord. Bon moral. Le corps est fatigué par la gite et la houle au près.Tout esdt humide à bord.
Beau temps stable.
Position à 9H30 12.29.469N 20.30.175W Parcouru 121 miles en 24h Baro 1018 Vent 15 à 20 noeuds Nord. Cap 270 plein ouest. Vitesse 5,5 à 6 noeuds.
Je n’ai pas tenté de réparer de nouveau la panne d’alimentation gasoil à cause de la gite importante.
Je décide de ne pas aller au cap vert et de continuer soit vers le Vénézuéla dans la baie de Cumana où Olivier a un ami qui a un chantier où je pourrai réparer, soit vers Salvador si je peux réparer avant pour bifurquer sud ouest… Nous verrons plus tard. Daniel indique moi la longitude à laquelle je devrai bifurquer si je vais à Salvador.
Olivier sur Iron est parfois devant si le vent baisse, parfois derrière si le vent monte. Nous communiquons à la VHF régulièrement.
Je pense à vous. Je n’ai pas encore la forme d’après le mal de mer, j’espère que ça va venir vite.
Je pense à vous. Grosses bises
Christian de Diam Rek

Daté du 23.05.2008 23 heures :
Enfin le moteur marche … pourvu que ça dure

Bonjour à Tous,
Juste un mot pour dire que tout va bien à bord de Diam Rek et de Iron. Nous sommes côte à côte. Tout va bien à bord, le moral est super.
Depuis la sortie de Casamance je n’ai plus de moteur à cause d’une panne d’alimentation gasoil. J’ai tenté de nombreuses fois de réparer. Aujourd’hui j’y suis parvenu avec les conseils éclairés d’Olivier en démontant la pompe à gasoil…
Pourvu que ça mar che longtemps. Pour l’instant je recharge les batteries moteur et servitudes.
Notre position est à 21H45 le 23.05: 12.29.930N 28.57.837W Baro 1020 Vent ENE 12 nds; 15 à 20 nds attendu ce soir ou cettde nuit dit Daniel, que je remercie de sa gentillesse.
Pour Patty, Olivier va super bien et va au Vénézuéla en baie de Cariacou.
Pour ma part, maintenant, pour des raisons de sécurité, j’ai le projet d’aller avec Olivier dans le chantier qu’il connait au Vénézuéla, dans la baie de Cariacou à Medegral près de Camana. Le moteur démarre mais péniblement, donc je vais là où il y a moins à s’en servir, pas dans le pot au noir…
Je pense à vous et vous embrasse très fort
Christian de Diam Rek

Reçu le 25.05.2008 8 heures

Salut les Amis,
Position le 24.05 à 9h30: 12.34.418N 29.38.633W distance parcourue en 24h: 98 mn avec un vent faible de 7 à 10 nds ENE Position le 25.05 0 01h: 12.40.083N 30.49.258W avec vent 10 à 13 nds ENE, vitesse 5 à 6 nds. Baro stable 1020 Encore environ 1900 mn pour Cariacu au Vénéz, donc environ 19 jours. Dans quelques mêtre carrés, ça donne envie de marcher… La mer est immense, sans bateaux. Juste Iron avec Olivier, devant par petit temps et derrière si le vent se lève.
Aujourd’hui j’ai eu plus de chance que lui, j’ai pêché une bonite à ventre rayé de près de 10 kg. j’ai levé les filets. J’ai mangé un steak, préparé un autre morceau avec oignons et tomates pour deamin et salé le reste en tranches dans le garde mangé spécial sous le portique!
Aujourdhui, grand sentiment de solitude à un moment gris, sans soleil, au millieu de nulle part. Et puis c’est passé. Je ne suis pas aussi solitaire que je ne pensais, ou c’est juste un moment de doute… Mais Mimi me manque, c’est sur!
Tout va bien à bord. Le moral est bon. Pourvu que le moteur fonctionne chaque fois que j’en aurai basoin, jusqu’à l’arrivée!
Grosses bises à tous.
Christian de Diam Rek (et Olivier d’Iron par procuration pour Patricia)

Le 26.05.2008 18h50

Nouveau coup de téléphone :
“Ca roule beaucoup car je suis vent arrière mais il fait beau et le moral est bon.J’avance à environ 5 noeuds. Mais le moteur est de nouveau out ! Alors il faut sans arrêt contrôler l’énergie.
La position est : 12°52′ N 34°31′ W
Hier 139 milles et avant hier 119.”
Il a perdu de vue OLivier qui doit être estime-t-il devant.
Sans doute encore 2 bonnes semaines.
Jean-Michel

Le 27.05.2008 vers 18 h 30

Par téléphone :
Position : 12° 51′ N 36° 36′ W Vent 10 à 15 noeuds maxi
Le moral est bon mais le temps bien gris même s’il ne pleut pas vraiment.
Le moteur ne veux décidement pas redémarrer alors le manque de soleil, le vent assez faible et l’allure vent arrière rendent
l’économie d’énergie PRIORITAIRE. Christian craint de ne pas être en mesure de réparer le moteur avant l’arrivée puisque ça ne semble plus être une panne d’alimentation. Plus de contact avec Olivier depuis 3 jours; il doit être devant.
Christian vous embrasse tous.
Jean-Michel

Le 28.05.2008 vers 18 h 30

Par téléphone :
Ca y est il est a mi-chemin : 1400 milles de fait et 1400 à faire.
Le moral est bon, la mer belle et ……
Le soleil est revenu donc enfin le panneau solaire va apporter sa contribution à remonter l’énergie, le vent est toujours a environ 10 noeuds alors l’éolienne n’a pas grande efficacité. Christian a donc décidé de prendre la barre la moitié du temps pour économiser l’électricité ( 11.7 dans les servitudes pour ceux qui connaissent).
Voilà les dernières nouvelles.
Jean-Michel

Le 29-05-2008 vers 19h

Par téléphone :
Position : 12°26′ N 40° 38′ W Vent 12à 15 noeuds 114 milles les dernières 24 h
Beau temps le panneau solaire donne (je n’ai pas compris à combien est remonté la batterie)
Christian a barré 13 heures ; il a essayé d’amarrer la barre mais le résultat n’a pas été à la hauteur .
Le moral est bon.
A demain
Jean-Michel

Le 30-05-2008

Téléphone vers 19h :
Position : 12°15′ N 42°53′ W Vent 12 à 15 noeuds
Le temps est revenu au beau. 10 heures de barre. 134 milles en 24 heures. La batterie oscille de 12.è en fin de journée à 11.4 le matin.
Christian vient de croiser 2 bateaux de pêche tout proche allant plutôt vers l’Europe dont il n’a pas vu la nationalité. Le moral est toujours bon.
Jean-Michel

Le 31 mai 2008

Téléphone vers 18h 30
Position à 10h 30 :12°16′ N 44°22′W
Position à 16h30 : 12°10′N 44°56′ W Vent 12 à 15 noeuds Temps gris Toujours sous génois seul.
Christian me dit qu’alors qu’il était à la barre ; il barre environ 10 heures par jour il a cru voir un radeau de sauvetage
en approchant il a constaté que c’était un fût rouge mais personne à bord !!! Bonne nouvelle, la moins bonne c’est qu’il est toujours seul à la barre !
Less batteries ne semblent pas vouloir se recharcher, Christian à supprimé le régulateur des panneaux pour enlever un risque de panne mais apparement pas d’effet; l’éolienne donne un peu mais la batterie est à 11,75 au multimètre.
Le moral est bon.
Jean-Michel

Le 1 juin 2008 par téléphone

Position vers 16h 30 : 11°57′ N 47°01′ W Ciel nuageux Vent toujours 10 à 15 noeuds
Toujours seul, pas de voisins !
Une inquiétude cette nuit lors d’un des 3 ou 4 réveils la batterie était descendue à 11.1 mais elle est remontée vers 11.6 donc Christian espère que ça tiendra jusqu’au bout. Si elle devait chuter plus, il se mettrait à la cape pour la nuit afin d’éviter de la décharger complètement.
Voila, à par cela le moral est bon; Christian m’a donné des coordonnées de la destination mais je n’ai pas du bien entendre puisque ça ne correspond à rien sur Google. Je lui redemanderais demain
Jean-Michel

Le 2 juin 2008 , message téléphonique à 18h26

Il fait beau pas beaucoup de vent mais ça avance tout de même un peu.
Position à 16 h : 11°44′ N 48°47′ W 117 milles les dernières 24 heures.
Aujourd’hui un grande manoeuvre : changement de bord pour faire cap au 11°, cela devrait amener l’équipage entre Trinidad et le Venezuela.
Tout va bien.
Demain j’essayerais d’avoir Christian en direct.
Jean-Michel

Le 3 juin 2008 par téléphone

Vent de 10 à 15 noeuds sauf un grain d’1 heure avec pas mal de pluie à 20-25 noeuds.. Ca a nettoyé Diam Rek.
Position : 11°04′ N 50°06′ W
Christian fait bien route plein W (270°) en restant sur le 11ème parallèle Nord.
L’électricité continue a être le seul soucis perte d’un dixième par jour. Espérons que le soleil va revenir.
Amitiés
Jean-Michel

Le 4 juin 2008 par téléphone

Environ 15 nd de vent Mer un peu creuse, Le moral est bon mais sur les dernières 24 heures seulement 109 milles!
Position à 16h 30 10°59′N 52°07′W
L’energie tient toujours mais est préoccupante : 11°4 et ce matin même un peu moins que 11 !

Le 5 juin Message 18h46
Il fait beau et la mer est belle.
Position à 16h30 : 11°04′N 54°14′W 137 milles dans les dernières 24 h. soit plus de 2300 milles depuis le départ il doit rester env 500 milles c’est à dire 5 jours environ qui vont finalement passer vite. Aujourd’hui Christian n’a pas barré en pleine chaleur trop fatigué et trop chaud il reprend en fin d’après midi.
A partir de maintenant il va falloir faire plus attention à d’éventuels bateaux et à la terre . Christian me dit qu’il a préparé à toute fin utile un pistolet d’alarme avec fusée. Les pirates n’ont qu’a bien se tenir !! ( just a joke)
A demain
Jean-Michel

Le 6 juin 2008 par téléphone

Christian me dit que c’est grains sur grains de pluie à 25 à 30 noeuds alors on réduit le génois puis on met la trinquette et puis il faut remettre le génois et …toc c’est l’épaule qui trinque. Bref un peu galère mais bon,
la Position 11°01′N 55°57′ W laisse entrevoir la destination sous 4-5 jours alors …ça va.
La batterie n’est qu’à 11.2 mais le vent permets à l’éolienne de faire sa part de boulot.
A demain
Jean-Michel

Le 7 juin 2008 vers 18h30 par téléphone

Le temps est gris. La nuit a été a peu près calme, mais l’épaule fait toujours mal. C’est TRES long de rester tout le temps à la barre. Christian me dit qu’il reste souvent debout pour ne pas s’endormir.
La position : 10°51′N 57°34′W 101 milles depuis hier et 2522 depuis le départ
La batterie est un peu remonté 11.3
J’encourage Christian pourv ces derniers 4 jours
A demain
Jean-Michel

Le 8 juin 2008 par téléphone vers 18h30

J’étais en mer quand Christian m’a appellé c’est pour ça que la mise à jour du site est tardive!
La position est :11°22′N 59°30′W131 milles depuis hier mais maintenant pétole !
Christian a bien reçu mon SMS lui donnant la position d’Olivier (d’IRON). Merci Patricia de l’avoir transmis.
Pour sa part Christian devrait être demain proche de Tobago qu’il passera au nord en direction de Margarita.
Espère arriver en baie de Cariaco vers le 11 .
A demain
Jean-Michel

Le 9 juin 2008 Message car j’ai encore loupé l’appel de Christian

La nuit a été dure car après la pétole ça c’est un peu levé à partir de 20h et il a donc fallu faire des manoeuvres et changement de cap. Christian a maintenant passé la pointe nord de Tobago et longe d’assez loin la côte vénézuellienne et ce jusqu’à l’ile de Margarita avant d’atteindre la baie de Cariaco, toujours prévue le 11. Il reste 220 milles!
La position est : 11°10′N 61°03′W
J’ai eu un message de Patricia la femme d’Olivier d’IRONavec qui Christian avait commencé la traversée. Olivier qui doit avoir quelques milles d’avance propose un coup de main pour l’atterissage. Patricia et moi essayons qu’ils puissent se joindre.
A demain
Jean-Michel

Le 10 juin 2008 par téléphone puis messagerie

12h45 heure française soit 6h45 local Christian me dit qu’il est crevé parce que l’alarme batterie s’est déclanchée et qu’il doit donc barrer sans arrêt. La position est alors : 10°54′N 62°05′W Il me demande si je peut essayer de joindre Patricia pour joindre Olivier. Patricia me dit qu’Olivier a fait 160 milles (grace à +de 2noeuds de courrant) la nuit dernière et est donc près d’arriver à Cumana. Je lui donne le N° de l’Iridium de Christian. Je dis par SMS à Christian qu’Olivier ferra une veille à toute les heures paires sur le canal 72.
J’espère avoir Christian à “la vacation de 18h30″ mais il m’appelle à 18h pendant que je fais des courses et ne l’entends pas.
Sa nouvelle position est : 10°59N 62°21W Il est très très fatigué mais il a eu Olivier qui vient d’arriver et lui organise de l’aide pour l’arrivée. Son inqiètude le manque de vent qui l’empêche d’avancer à plus d’1 ou deux nds. Il a encore 120 milles à faire.
Bon courage Christian
A demain
Jean-Michel
PS Je viens d’avoir un message de Pati qui me dit qu’Olivier a reussi à organiser l’arrivée de Christian Super Merci les amis.

Le 11 juin 2008 Téléphone 18h40
Christian après avoir tenté en vain de joindre soit le port soit des bateau français à Margarita viens de prendre la décision de continuer vers Cumana. Je l’en félicite. Seulement 80 milles dans les dernières 24 heures. Pas de vent et difficulté de rester 15 heures à la barre plus une heure à la cape. Sa position :10°55N63°43w
Encore une longue nuit pour faire ces 60 milles.
Comme il n’arrive pas à joindre Olivier je lui propose de rappeller Patricia pour vérifier le N° de téléphone. Elle me confirme le numéro et propose de demander à Olivier de veiller à la VHF sur le canal 72 toute les heures paires. Je rappelle Christian sur son Iridium pour lui confirmer. Voilà normalement demain devrait être ma dernière intervention sur le site puisque Christian aura touché Terre. Amicalement à tous
Jean-Michel

Le 12 juin 2008 par Patricia et par SMS

22h (française et suisse) Olivier a reussi à joindre Christian il y a 1 heure environ; il est encore loin. Lui aussi l’a trouvé bien fatigué. Il réfléchit à une solution.
23h ( 17h Venezuela) Olivier vient de repartir à la rencontre de Christian; lui était arrivé avant hier à Cumana. Mais il ne pense pas être de retour avant la nuit vénézuelienne ! Courageux de repartir aussi vite après une telle traversée. Merci.
6h30 (Fr) Olivier a rejoint Christian, il lui a fallu 8 h. Ils se sont mis à couple et Olivier a passé sont générateur à DiamRek.
Le moteur n’a pas redémmaré mais Olivier a du quitter DiamRek car la houle rendait l’opération périlleuse.Ils ont fait route ensemble sous voile et pilote mais le vent est tombé à presque rien et est dans le nez. Depuis 5 heures maintenant IRON remorque DiamRek mais ils ne sont toujours pas arrivé: ça traine et en plus maintenant le moteur d’Olivier peine aussi…… Quelle histoire ! Pourvu que ça devienne vite un bon souvenir !
A tout à l’heure
Patricia et Jean-Michel

Le 12 juin suite: téléphone Christian

_______________C A ______Y______E S T
_______________”"”"”"”"”"”"”"”"”"”"”"”"”"”"”"”
Après 2930 milles, 26 jours et pleins pleins de ……Christian vous racontera quand il aura dormi et trouvé un cyber café.
Position pour quelques jours : 10°28N 64°11W
A Cumana il y a 6h30 de moins sur les horloges par rapport à Paris
Voilà comme j’ai dit à Christian je rends mon tablier pardon mon clavier jusqu’au …… Pacifique
Amitiés à tous et encore merci aux I R O N ‘ S.
Jean-Michel
La Traversée

Le 15.05.2008
Je me réveille à l’aube en pensant au départ.
Je prends mon petit-déjeuner. Puis je range sur le pont tout ce qui en a besoin et je remonte l’annexe sous le portique. Je t’attache.
J’ouvre l’accès moteur et je démonte le filtre à gasoil pour le nettoyer avant le départ. Il y en a besoin. Il y a de fines particules de gelée et des poussières.
Je suis prêt. J’attends Olivier. Rien ne bouge sur son bateau. Je prends mon livre « Terre des oublis » et me voilà au Viêt-Nam. Je lève la tête par moments pour voir si Olivier bouge. À 9h30, je suis impatient, je mets le moteur en marche. Il peine à démarrer car la batterie est basse.
À 10h je largue l’amarre reliée au corps mort.

Départ de Ziguinchor devant le Kadian Doumagne

Olivier relève l’ancre. Carte Blanche et le bateau de Voiles sans frontière en font autant. Quatre bateaux partent en même temps. J’ai fait un tour pour laisser les autres partir. Je ferme la marche.
J’avance au moteur à 1800 tours. Nous sommes deux heures avant l’étale de haute mer. Le courant monte encore et nus l’avons dans le nez. Nous avançons à 3 nœuds.
Nous descendons le fleuve, dans ce paysage éternel et magnifique. Le fleuve est large, bordé de mangrove.
Carte Blanche et l’autre bateau obliquent et prennent à tribord le bolon de Djilapao. Je quitte Carte Blanche. Je suis triste. J’ai aimé connaître Jean-Pierre et Lise. Ils sont tout le temps agréables, gentils. Je pense à eux en continuant…
Le fleuve s’élargit. Il est bien balisé. La profondeur dans le chenal varie entre 8 et 20 mètres.
Le courant s’inverse et j’avance à 5 nœuds. Il fait très chaud. Je bois sans cesse de l’eau.
Pendant plusieurs heures de descente du fleuve en suivant Olivier, j’écoute sur la chaîne de la musique. Barbara et son monde nostalgique, puis Brassens et sa sagesse polissonne, puis Brel toujours aussi lyrique et âpre. Je me régale.
Je prends mon livre et je lis au fil de l’eau, dans le cockpit.
Je tends la ligne qui traîne pour voir si un poisson a mordu. Mais non, le fil est souple et léger. Je remonte la ligne de peur de la perdre lorsque je vois de plus en plus de pêcheurs en travers du fleuve avec leurs filets.
Olivier a pris de l’avance. Il a mis les voiles. Je continue au moteur car le vent est trop de face et je préfère lire tranquille.
Aussi j’arrive après lui en vue de Karabane et de Djogué. Je prends les jumelles. J’observe Karabane qui est à bâbord. Je vois deux voiliers. Celui d’Olivier et Chamicha de Jean-Claude et Chantal.

Bateaux à l’ancre à KarabaneAlors j’oblique vers eux. Je jette l’ancre non loin d’Iron par 6 mètres de fond. Je vais mettre l’annexe à l’eau et j’entends des Hou Hou ». Je vois des bras qui s’agitent à la terrasse d’un bar en bord de plage. Je les rejoins dans la nuit tombante.
Chantal m’aide à hisser l’annexe sur la plage. Quel plaisir de les revoir !

Chantal et Jean Claude de CHAMICHAOlivierCoucher de soleil à KarabaneCoucher de soleil
Nous prenons un pot ensemble en bord de plage à la fraîcheur du vent… Nous discutons un bon moment puis nous cherchons un restaurant pour dîner ensemble. Un peu plus loin, toujours en bord de plage, il y a le restaurant d’un campement. On peu manger. Il y a du vermicelle aux crevettes. On s’attable en discutant des navigations respectives. Le soir passe vite et nous rentrons à nos bords vers 11h30. Je ne tarde pas à dormir, pour être prêt demain.

Le 16.05.2008
Ce matin, je me réveille vers 8h. Je monte dans le cockpit. C’est l’étale de haute mer. Je regarde l’indication des marées. La mer sera basse vers 11h. Nous pourrions partir vers 10h ou demain comme nous l’avions évoqué hier soir. Karabane est si joli. C’est un monde ancien qui persiste… En bord de plage, on voit des cocotiers, des filaos et des hauts fromagers. On voit aussi des campements, des cases et des ruines de constructions anciennes.

Karabane campementsPointe de Karabane
Je prends l’annexe et je vais voir Olivier puisqu’il ne répondait pas à la VHF. Il vient de se réveiller. Il m’invite à prendre un café. Je vois son bateau qu’il a construit de ses mains ! Il est beau et bien fait, pratique, bien pensé. Nous parlons navigation et Sénégal. Finalement nous partirons demain, le temps pour Olivier de ranger, et pour moi de visiter Karabane.
Je descends à terre. Je vois Jean-Claude qui fait de l’eau avec des bidons à un puit. Je le suis dans une enceinte de maison coloniale en ruine. Une femme fait une lessive avec des enfants autour. Nous les saluons et essayons de discuter avec les enfants, mais ils sont timides…
Je vais à la boutique acheter du pain. Il n’y a que des petits pains. Je vais à une seconde boutique, puis à une troisième. J’achète des pains et des œufs pour le voyage. Je discute avec des pêcheurs. L’un m’emmène chez lui et me fait goûter un poisson fumé.Les poissons sont en train de fumer, doucement, sous des cartons qui arrêtent la fumée. Le poisson est très bon. Il est entier, ouvert en deux, avec peau et arrête. Une fois fumés ils le vendent au marché voisin. Maliens et Guinéens viennent l’acheter et l’exportent. Il y en a jusqu’en France pour les restaurants africains.

Fumerie de poissonsLe pêcheur prépare un envoi de poissons fumés
Je rencontre un autre pêcheur qui répare ses filets. Nous parlons de pêche. Il me demande si j’aime les grosses crevettes. Il m’en vendra demain à 8h sur la plage. Je lui en commande 3 kilos à 1500 FCFA le kilo. J’aurai de quoi me régaler en mer, et de quoi pêcher avec ces appâts.
Je rentre au bateau déjeuner et faire une sieste. Je lis quelques pages de « Terre des oublis ». C’est terriblement prenant. L’écriture est très fine et délicate, un vrai plaisir. Tout est en finesse. C’est en opposition à la force du monde africain. En navigation, j’aurai le temps de lire et je me régalerai !
L’après-midi, je retourne à terre voir le village. Je suis intrigué par des constructions anciennes en pierre et en briques rouges avec des tuiles pour les parties ayant encore un toit.

RuinesMurs pris dans des racines
Les murs sont hauts, avec des ouvertures avec barreaux placées très haut. On dirait des entrepôts ou des bâtiments pénitentiaires. Je rencontre un habitant qui m’invite chez lui. Nous discutons devant la case. La case est en branchages, avec un toit de paille. Ses armatures sont des troncs peints. Il me dit d’entrer et de visiter. La case est d’un seul tenant. L’espace est divisé en espaces par des tentures. L’air passe et ventile l’intérieur. Il fait bon alors qu’il fait très chaud dehors.
Nous discutons de Karabane et j’apprends que ce fut un haut lieu de l’esclavage, comme Gorée. Les esclaves étaient parqués à Karabane dans les bâtiments à demi écroulés que j’ai vus. Puis les esclaves partaient en bateau depuis cette porte de l’Atlantique. À l’époque Karabane était occupé par les Portugais qui l’ont cédé plus tard aux Français qui ont continué la traite…
Les habitants d’aujourd’hui vivent au milieu de ces bâtiments en ruine, au milieu de ces souvenirs obsédants et non exploités en lieu de souvenir. Ils ont construit leurs cases autour, à côté et ils vivent là hors du temps.

Village de KarabaneCasesPirogues traditionnellesPlagePas tout à fait car Karabane est un lieu de tourisme de vacances. Il y a quelques campements et buvettes restaurants qui accueillent parfois des touristes dans un calme unique.
Je m’arrête devant une boutique qui présente des tableaux en couture fait sur place par une femme assise à l’ombre avec ses enfants qui jouent autour. Je regarde et discute avec elle.

Boutique de souvenirsPanneau pour une autre boutique
Je suis intéressé par une noix de coco sculptée et par un tableau. Je lui demande un prix. Il est élevé pour moi. Je propose mon prix. « C’est petit, trop petit, augmente ! » J’augmente un peu, elle diminue un peu, mais nous ne tombons pas d’accord. Je reste discuter avec elle pendant qu’elle donne le sein à son dernier garçon. Son mari revient des champs. Nous discutons, d’où je viens, de la France, de Karabane et de la vie ici. Il finit par dire à sa femme de me faire le prix que je proposais. Je donne l’argent et il dit à sa femme donne lui un autre tableau en cadeau ! Voilà la générosité locale !
Je rentre vers la plage et je trouve Olivier attablé avec Jean-Claude et Chantal. Je prends une bière avec eux. Nous discutons du calme de Karabane. Eux vont rester dans le coin quelques jours puis ils iront dans un autre village. Olivier et moi nous allons traverser dès demain.
Chantal nous invite à dîner à leur bord. Nous passons une soirée bien agréable en compagnie des chats du bord, Leur bateau est décoré de bibelots fixés solidement pour qu’ils tiennent en navigation. C’est un Chatham très bien conservé et joliment aménagé.
Il se fait tard, près de minuit et nous nous quittons pour être en forme demain pour la traversée.

Mouillage à Karabane

Le 17.05.2008 Sortie de Casamance et début de traversée.

Je me réveille vers 7h. Je range les derniers objets qui pourraient bouger en mer.
Je prends l’annexe et je vais chercher les crevettes commandées la veille. Le pêcheur m’attend sur la plage. Ses crevettes ne sont pas très grosses. C’est la prise de la nuit. Je le paie et retourne à bord. Je dégonfle l’annexe et la range. Je suis prêt.
Il est 9h30 lorsque Olivier et moi relevons les ancres.
Voilà, c’est parti ! Nous descendons la Casamance, très large à ce niveau. Il faut trouver les bouées du chenal. C’est compliqué. Elles ne sont pas évidentes à trouver. Nous slalomons d’une bouée à l’autre. De part et d’autre il y a des vagues qui déferlent sur les hauts fonds. Ce n’est pas vraiment un lieu sur et accueillent. Nous avançons à 3,6 nœuds dans le chenal.

Berges de la CasamanceDescente de la CasamanceCases le long des bergesHauts fonds de sablePêcheurs en pirogueBouée sur la CasamanceCase de Pêcheur
Nous passons les dernières bouées. 12h30, c’est maintenant l’océan, avec une houle de 2,5 mètres.
Je réduis la vitesse moteur pour envoyer la grand voile pendant que le bateau grimpe sur chaque vague et retombe dans le creux suivant. Le régime baisse et le moteur cale. J’essaie de le faire redémarrer sans succès. Comme je suis nez au vent, j’envoie la grand voile avec deux ris. Je déroule la trinquette. Le vent est de 18 nœuds, le baromètre indique 1020, parfait ! Je prends le cap plein ouest, avec un vent nord-ouest. Je fais donc du prés serré. Le bateau grimpe sur chaque vague et tombe dans le creux suivant.
Bon, ce n’est pas le moment de regarder trop la mer. Je descends dans le carré, j’ouvre les accès moteur et je purge le circuit gasoil. Il semble que l’alimentation ne se fasse que de façon aléatoire. Je bricole comme d’autres fois, mais cette fois ci, le moteur reste froid à mes sollicitations !
Je communique avec Olivier par la VHF. Il me donne des conseils en tant que mécanicien de métier. J’applique, mais le résultat n’est pas au rendez-vous.
C’en est assez pour aujourd’hui après plus de trois heures de mécanique.
En plus la reprise de la mer me travaille. J’ai la nausée et ne peux rien avaler. Dans la journée, je rends trois fois le peu que j’ingurgite aux poissons…
La navigation se passe bien. Il y a moins de bateaux que je ne prévoyais ; peu de pêcheurs sont dehors. Il y a quelques flotteurs qui indiquent des casiers ou des filets tombants. Pas de danger particulier. Le temps est beau et un peu couvert. L’après-midi, je bricole jusque vers 18H, sans plus de succès. Je suis épuisé.

Le soir tombe

Le soir, je me couche sur la banquette bâbord et je dors sous la garde de l’AIS en marche. Le pilote automatique assure le cap. Je dors jusqu’au matin ! Je me suis réveillé de temps en temps, j’ai vérifié les instruments et me suis rendormi.

Le 18.05.2008 Que faire sans moteur ?
Au matin j’ai pêché un poisson ! Que je ne connais pas. Je lève les filets.

Première prise
Le vent est constant, entre 15 et 20 nœuds toujours nord est. La vitesse est de 4,4 nœuds au près. A 9h30 ma position est : 12.21.196N et 18.26.892.W J’ai fait 118 miles en 24h.
Olivier aussi car il est tout près devant. Nous communiquons par VHF. Ça fait plaisir de voir l’autre bateau et de se parler.

Iron naviguant près de Diam RekLe 19.05.2008 Seul au milieu de nulle part.
Le vent se maintien entre 15 et 20 nœuds de nord. Le baro ne bouge pas. J’avance à 5,5 à 6 nœuds.
Je constate que le voltage de l’énergie à bord baisse. À surveiller ! Car c’est mon autonomie et sans moteur, je ne peux compter que sur les panneaux solaires s’il y a du soleil et sur l’éolienne s’il y a du vent…
À 9H30, ma position est : 12.29.469N et 20.30.175W. J’ai avancé de 112 miles en 24h.
Le vent baisse avec le jour entre 12 à 17 nœuds et ma vitesse baisse à 4,2 nœuds. La houle est toujours Nord de deux mètres environ. Elle est très désagréable et fait beaucoup bouger le bateau qui part de l’arrière, puis se remet en ligne et repart…
Je passe le temps à regarder la mer et surtout à lire.
Je commence à m’installer dans la traversée et à manger sans rendre. Je me sens mieux, malgré le tangage, la gîte et tous ces mouvements du bateau qui rendent tout déplacement difficile.

Un peu de gîte…
À 22h le vent tourne et un empannage se produit. Je manœuvre et remet le bateau sur le bon cap, plein ouest, 270°.
La nuit est nuageuse, c’est la pleine lune. Du coup on voit peu les étoiles. Le bateau avance à 6,5 nœuds. Dans la nuit c’est impressionnant. ON entend le bruit de l’eau sur la coque et celui des vagues qui frappent de côté.
Olivier est devant. Il a mis plus de toile que moi et il est passé devant, je ne le vois plus.

Le 20.05.2008 Quelques bateaux
À 9h30 ma position est : 12.20.767N et 22.39.040W. J’ai avancé de 130 miles en 24h.
J’avance à 4,7 nœuds avec un vent de 10 à 15 nœuds qui est désormais de Nord Nord Est. Je règle les voiles en conséquence.
J’appelle Olivier. Il est plus au nord et est passé derrière. Je prends le cap 275 pour me rapprocher de lui. Nous sommes en contact tout en ne nous voyant pas. Tout en étant en panne de moteur, je ne me sens pas seul. Pour autant nous ne communiquons pas trop pour que chacun puisse vivre sa propre expérience de traversée.
J’appelle le routeur qui promet un peu plus de vent pour la nuit. Nous avancerons plus !
Vers 19 heures, je vois un gros porte containeur. Plus tard vers 23 heures, j’aperçois un navire au loin. L’océan est vaste, mais les bateaux passent près les uns des autres.

Le 21.05.2008 Bain de soleil et bricolage
À 7 heures il y a 13 nœuds de vent de Nord qui fait avancer le bateau à 5 nœuds. Je vois un navire au loin.
Je constate que l’énergie électrique baisse et ça m’inquiète. 12,5 c’est peu et ça ne remonte pas plus.
À 9h30 ma position est : 12.27.075N et 24.27.375W. J’ai avancé de 106 miles en 24h.
Il y a toujours une houle de 2,5 mètres de Nord. Le temps est très nuageux ce qui ne va pas recharger les batteries !
À 13h, le soleil est enfin chaud. Je suis nu dans le cockpit et je bronze ! C’est bon, je me sens bien, je suis dans mon élément.

Ombre du mat sur la voile
Mais la baisse d’énergie me conduit à me remettre à ma mécanique. Je fais une tentative : je mets hors service le réservoir journalier et je mets une nourrice en direct. Le moteur tousse, mais ne démarre pas…
Je laisse tomber et me remets à la lecture de ce roman vietnamien qui me prend tant !
Toute la soirée et la nuit le vent est faible, 7 à 12 nœuds. J’avance lentement…

Le 22.05.2007 Presque une semaine !
À 9h30 ma position est : 12.17.280N et 25.59.931W ; J ‘ai parcouru 91 miles dans les 24h. Ce n’est pas brillant, mais le vent était faible. Il est actuellement de 12 nœuds de nord-est. Le bateau avance à 4,4 nœuds. L’énergie est à 12,5 volts.
En fin de matinée, je termine « Terre des oublis ». C’est un bouquin sublime, très prenant et très parlant sur le Viet Nam d’après guerre.
Je reviens à la navigation. J’appelle Daniel pour savoir si le vent va daigner revenir. Patience et ça va venir me dit il.
J’appelle Olivier qui est devant. Il a toujours plus de toile. Moi comme j’ai une panne motrice, j’évite toute manœuvre qui pourrait abîmer une voile. Je reste grandvoile à deux ris et génois.

Coucher de soleil
La nuit est calme et le vent est calamiteux, de 7 à 12 nœuds. Les voiles battent et j’avance à 3 nœuds ! Le matin, l’énergie n’est plus qu’à 12,2 volts ! Ça a encore baissé. Avec ce peu de vent ce n’est pas l’éolienne qui va rattraper la situation !

Le 23.05.2008 Le moteur remarche !
Après cette nuit de calme, j’appelle Daniel. Il prévoit du vent 15 à 22 nœuds pour la nuit ou demain au plus tard… En attendant le ciel est nuageux.
À 9h30 ma position est : 12.21.717N et 27.56.139W. j’ai parcouru 115 miles en 24h.
Je me remets à la mécanique avec les conseils d’Olivier. Je démonte la pompe à Gasoil qui semble fonctionner. Je nettoie, remonte. À 11h, le moteur redémarre ! Je suis heureux, soulagé. Je le laisse tourner pour recharger les batteries. J’en profite pour regarder la carte sur l’ordinateur. Je vois enfin la position du bateau sur la carte. Les autres jours, je regarde la carte papier de l’atlantique nord.
Je laisse le moteur en marche jusqu’à 17h. J’enlève un peu d’huile moteur car le niveau est un peu au-dessus des marques de niveau conseillé. Je constate une fuite d’eau du refroidissement moteur.
À 18h30 je prends la décision de ne pas obliquer vers le sud pour le Brésil, mais d’aller au Vénézuéla pour bien réparer avant d’aller plus loin. Le Brésil ce sera pour plus tard.
À 20h je pèche une carangue. Elle est sitôt cuite et mangée. C’est délicieux !
Le soir, je mets le moteur, et la BLU. Je reçois les mails en instance et en envoie pour donner ma position et des nouvelles. Un vrai plaisir quand on a de l’énergie !
Le bateau avance à 5,6 nœuds, c’est bon.

Le 24.05.2008 Bonne pêche !
À 9h30 ma position est : 12.34.418N et 29.38.633W ; J’ai avancé de 98 nœuds en 24 heures.
Le vent est Est nord-est de 7 à 10 nœuds et la vitesse de Diam Rek n’est que de 3,5 nœuds.
Vers 13h je communique avec Olivier. Tout va bien à son bord et lui va bien et s’éclate avec cette traversée. Il a peu de vent comme moi mais ça va, on fait avec.
Aujourd’hui le ciel est gris, sans soleil. J’ai une impression de grande solitude, au milieu de cet océan gris ! Je mets la chaîne et écoute Brel. Au milieu de l’océan, ça prend une autre résonance. Ça me rappelle mon adolescence, lorsque je l’écoutais avec des amis. Ça sonne toujours aussi juste ; toujours aussi pathétique et humain.
Je finis un livre de Paulo Coélho que je n’ai pas apprécié, tellement il défonce des portes ouvertes et tellement il est prêcheur pour le christianisme. Je prends un livre d’astronomie pour changer. Je lis toute la partie scientifique sur la cosmologie. Je regarde les cartes du ciel. IL faudra que je regarde la nuit pour identifier les groupes d’étoiles.
Vers 18 heures, le moulinet de la canne à pêche se déroule. Je vais voir : un poisson a mordu et a essayé de sonder. Je veux reprendre du fil. Je n’arrive pas à mouliner tant le fil est tendu. Je le pince et il vibre comme une corde de guitare. Je mets 20 minutes à ramener le poisson au bord du bateau. Je prends un crochet pour le hisser à bord. Il pèse environ 10 kilos. C’est un thon au ventre blanc argenté avec des raies noires. Sur un livre de pêche, je vois que c’est une bonite à ventre rayé. Je prends le couteau de pêche et je lève les filets. Il y en a au moins 5 kilos ; une viande bien rouge. Crue elle est très bonne.

Bonite à ventre rayé

J’en prends une partie pour la passer à la poile. Je sale le reste et dispose les lanières de viande dans le séchoir en nylon que j’ai acheté à Dakar. J’ai de quoi manger pour un moment !
Le soir, je mange un steak d’au moins 300 grammes !
Le vent forcit un peu de 10 à 13 nœuds et Diam Rek avance à 5 nœuds.

Le 25.05.2008 Du vent, ça avance !
Vers une heure, je mets en route le moteur pour remonter le niveau de l’énergie électrique et j’en profite pour recevoir et envoyer des mails. Recevoir des mails la nuit au milieu de nulle part dans la houle, c’est magnifique !
Le vent de 14 à 16 nœuds nous fait avancer à 6,5 nœuds.
À 9h30 ma position est : 12.42.686N et 31.40.127W. J’ai avancé de 119 miles en 24h. Le vent de Nord nord-est est de constant de 12 à 15 nœuds. C’est bon. Le baro ne bouge pas ; tant mieux. Le ciel est dégagé, je regarde la mer et je vois de nombreux poissons volants. Ils décollent par groupe de 10,20,50, dans la même direction. Certains volent plus loin que d’autres.Ils piquent dans une vague et parfois redécollent vite car un prédateur est toujours à leur trousse. Ils brillent au soleil, avec leur ventre argenté. Le matin, j’en trouve sur le pont. Ils ont atterri là et sont morts. Ils ont une coupe triangulaire, une vrai coupe de pirogue qui doit les aider à décoller et à amerrir. Leurs nageoires latérales sont longues jusqu’à la queue. Pas étonnant qu’ils puissent voler !

Poisson volant tombé sur le pont
En fin de matinée, je parle avec Olivier à la VHF. Il me conseille de faire la vidange de l’huile moteur, ce que je fais non sans mal tant le bateau bouge.
La houle devient Est nord-est et le vent est plein arrière. Le bateau roule et avance vite : pour un vent de 15 nœuds, j’avance à 6 nœuds.
Je m’aperçois qu’une goupille du chariot d’écoute de grand voile est partie. Je cherche de quoi la remplacer. Un trombone fait l’affaire.
Vers 20h30 le vent monte à 15 à 20 nœuds et le pilote décroche. Je roule un ris du génois et la vitesse reste de 6,5 nœuds. J’aime entendre le bruit de l’eau sur la coque à cette vitesse. Au bruit de l’écoulement, je peux reconnaître la vitesse du bateau. La nuit, c’est plus excitant, dans le noir, sous les étoiles, seul. J’aime bien quand le bateau marche bien. Par contre je ne suis pas un régateur obsédé par les réglages d’écoutes.

Le 26.05.2008 C’est la panne !
Vers 0h30 je démarre le moteur qui tourne 5 minutes puis cale ! Un tour de clef puis plusieurs ne le referont pas tourner… Pas de mails, pas de recharge d’énergie ! Je tente un nettoyage du circuit gasoil, mais la machine ne veut rien savoir… C’est la panne. Je verrai ça au jour.
Le vent a forci, le pilote ne tient plus au réglage de gain de barre 1 qui économise l’énergie.
Je mets le gilet de sauvetage pour la première fois et je m’attache au balcon de pied de mât.
J’affale la grand voile et la ferle pour qu’elle ne bouge plus. Je laisse le génois seul en pensant aux conseils de Jacques. Ainsi le pilote tient et le vent plein arrière ne fait plus faseyer la voile.
À 9h30 ma position est : 12.51.146N et 33.59.445W. J’ai avancé de 139 miles en 24h. Le vent d’Est de 10 à 15 nœuds lève une houle de 3 mètres et fait avancer Diam Rek à 5,5 nœuds. Tout va bien !
Après déjeuner, je me remets à la mécanique, je repurge le circuit, mais le moteur ne tousse même pas. J’appelle Olivier à la VHF. e répond pas, il doit être trop loin, plus loin que la portée de la radio…Je me sens seul avec ma panne qui me semble définitive jusqu’à l’arrivée. Alors l’océan me paraît encore bien grand !
Le vent baisse entre 8 et 15 nœuds, mais j’avance encore à 5 nœuds. Je vois de très nombreux poissons volants et des oiseaux du genre pétrel qui planent à l’infini au-dessus des vagues.
Le soir tombe et j’ai le blues, un grand sentiment de solitude avec mon problème de moteur ! Mais après tout j’ai un voilier, et les voiles fonctionnent bien, alors ça devrait aller.

Le 27.05.2008 Bonne pêche !
À 9h30 ma position est : 12.55.714N et 35.59.053W j’ai fait 118 miles en 24h. Le baro ne bouge pas à 1022 ; le vent Est nord-est est de 10 à 15 nœuds et j’avance à 5,2 nœuds. Seul point noir, l’énergie est à 12,1 volts.
À 12h30 je pêche une nouvelle bonite à ventre rayé d’environ 8 kilos.

Bonite luttant pour s’échapper

Je lève les filets. J’en cuis une partie en sauté à la cocote et je fais deux bocaux de dés marinés dans de l’huile, du jus de citron et du vinaigre. Frais c’est vraiment délicieux. Attention de ne pas trop cuire cas la chaire devient sèche alors.
Dans l’après-midi, je refais une tentative d’intervention sur le moteur. Sans succès hélas !
Vers 17h je mange un pamplemousse chaque jour. 9a fait une pause délicieuse. J’appelle avec l’Iridium, Mimi et Jean-Michel pour lui donner la position qu’il affiche sur le site. C’est un moment super au milieu de l’océan. La communication est généralement assez bonne. Parfois ça laisse à désirer, ou ça coupe…. Rien n’est parfait.
À 18h, je mesure l’énergie : 12,17 volts. C’est bien peu et ça ne remonte pas faute de soleil car le ciel est souvent nuageux, et faute de vent suffisant…
Au dîner, je termine par du bleu acheté à Ziguinchor et gardé sans frigo que j’ai éteint trois jours après le départ pour économie d’énergie. Un délice ! En plein milieu de l’océan, ça prend une proportion extraordinaire !
Je vais me coucher épuisé par ce problème de panne.

Le 28.05.2008 Début de la barre !
À 8h, le ciel est dégagé et le vent d’Est nord-est est de 10 à 13 nœuds. Diam Rek avance à 5,5 nœuds. L’énergie est de 11,9 Volts. Alors je prends la barre pour économiser l’énergie consommée par le pilote de façon à remonter les batteries.
Moi qui n’aime pas particulièrement la barre, j’y suis pour un moment car je suis au milieu de parcours. J’ai déjà fait 1400 miles, il en reste environ 1500…
À 9h30 ma position est : 12.50.180N et 38.07.520W. J’ai parcouru 127 miles en 24h.
La barre, c’est vite fastidieux si l’on n’est pas en course, avec des concurrents. Je me souviens des lectures de navigateurs solitaires qui attachaient la barre. Je prends un tendeur, je l’attache à la barre et le relie aux winchs bâbord et tribord. Je fais des réglages qui me mènent trop d’un bord ou de l’autre. Ça ne marche pas. Ça reste au bon cap un moment puis ça prend un écart qui ne cesse de grandir. Il manque un rappel. J’installe un second tendeur sur un rayon bas de la barre. L’ensemble fait un losange dont les deux extrémités sont sur les winchs. Après une heure de réglage, ça ne fonctionne pas ; le résultat est le même. En fait je pense que ça fonctionne pour la barre, mais il manque la contre barre. Et là je n’ai pas de solution…
J’enlève dons mes tendeurs, tout dépité. C’est bien moi qui devrai tenir la barre.Le bateau sous génois seul ne tient pas un cap par seul réglage d’écoute…
À midi je remets le pilote pour déjeuner. Je regarde la carte et constate qu’il reste bien 1500 miles au moins….
Je passe l’après-midi à barrer et à regarder la mer. Autant avant j’ai lu, autant maintenant c’est la mer qui a toute mon attention. Ses vagues, la direction de la houle, les poissons… Je vois deux balises météo qui dérivent.
Je tiens la barre jusqu’à 22h30 ! Que c’est long une journée de 11 heures de barre. L’énergie est remontée à 12,1 Volts.
Je vais me coucher en ayant mis le pilote et en espérant que ça tiendra la nuit.
Durant la nuit, je me réveille plusieurs fois pour regarder les instruments, l’énergie, le cap, le vent. Je fais un tour dans le cockpit et je me recouche.
Je me réveille vers 2h du matin. Je vérifie les instruments. J’ai oublié de fermer les coupes circuits moteur après l’essai moteur. Les fuites électriques ont fait que les batteries n’ont pas rechargé au soleil !

Le 29.05.2008 Temps gris
Je prends la barre à 8h. L’énergie est à 11,7…
À 9h30 ma position est : 12.37.652N et 40.00.496W. J’ai parcouru 114 miles dans les 24h.
Le vent souffle entre 8 et 12 nœuds et Diam Rek avance à 4,7 nœuds sous un ciel chargé de nuages. Ciel et mer sont gris. Tous les gris, clairs au gris presque noir. Une mer de Bretagne, pas des tropiques ! C’est moins gai qu’avec le soleil, ça ne charge pas bien les batteries, mais je me ne crame pas sous le cagnard en tenant la barre.
Quel sentiment de liberté au milieu de cet océan, sans personne, avançant avec les voiles et le vent ! J’ai le temps de penser à toute ma vie, aux événements bons et aux moins bons, aux gens que j’aime, à mes enfants, aux femmes qui m’ont aidé à construire ma vie. La barre laisse le temps de penser, de rêver. La voile faseye, me rappelle à la réalité, je reprends le cap et je repars dans mes pensées, bercé par les lames de houle….
À 22h30 je laisse la barre, épuisé.
Je me couche et vers 4h, la pluie me mouille les pieds dans le carré. Je ferme le capot de descente et me recouche.

Le 30.05.2008 Pas seul sur l’océan
À 8h je prends la barre. Certains vont au bureau. Moi je prends la barre pour un parcours que je veux faire. Alors je ne me plains pas. J’ai tout mon temps pour regarder la mer. Et c’es un spectacle sublime, toujours pareil et toujours renouvelé.

Arc en ciel en plein océan
Vers 8h30 un bateau de pêche me croise dans mon nord à demi-mile ! Je ne suis plus seul et je n’en suis pas plus satisfait que ça !
À 9h30 ma position est : 12.12.243N et 42.12.737W. ‘J’ai parcouru 134 miles dans les 24h. Le vent est de 10 à 15 nœuds d’Est et Daim Rek avance à 5,6 nœuds.
Vers 10h45 dans la mer formée je vois de temps en temps à 11h, quelque chose de rouge orangé. On dirait un radeau de sauvetage. J’ai peur, qui vais-je trouver, vivant ou mort ?
Ça se rapproche. Lorsque l’esquif monte sur une vague, je l’aperçois, mais le plus souvent il est dans les creux de plus de 2 mètres. Lorsque je m’approche, je vois un gros fût métallique peint en rouge orangé. Il dérive. Jusqu’où ira-t-il ? Vers les Antilles, c’est sûr !
À 11h15 une pluie fine commence. Je laisse la barre et rentre au sec.
Entre 12 et 15 heures, je vois des flotteurs qui dérivent. Je pense à des balises météo avec leurs antennes. J’en vois 7 en quelques heures. Autant de traces humaines. Je ne suis pas seul aujourd’hui dans mon jardin !
À 16h30 un gros bateau de pêche passe à 300 mètres sur bâbord. Décidément !
À 22h30 je laisse la barre, j’en ai marre.

Le 31.05.2008 Mes copines les mouettes
À 8h l’énergie est basse : 11,7 ; il n’y a pas assez de vent pour que l’éolienne fournisse beaucoup. Je prends la barre à 8h30.
À 9h30 ma position est : 12.15.884 N et 44.22.531W. J’ai parcouru 128 miles en 24h. Il y a 8 à 12 nœuds de vent Est Nord-Est, un baromètre stable à 1022 et un beau soleil.
À 14h l’énergie est à 11,75 Volts. Ça se maintient tant bien que mal… Pourvu que ça dure !
L’après-midi, je vérifie le circuit électrique de l’éolienne et des panneaux solaires pour vérifier que ces instruments chargent bien. Le régulateur de panneaux solaire a l’air fatigué. Je le supprime pour emmagasiner le maximum de courant dans les batteries.
À 17 h, je vois un paille-en-queue, un magnifique oiseau blanc avec un bec jaune et deux longues plumes centrales à la queue. Un oiseau des Antilles ! Je vois aussi des oiseaux d’une grosseur entre la mouette et le goéland. Ils ont le dessus de la tête, du coup, du dos, et de la queue, marron. Le reste est blanc étincelant. Ils planent au raz des vagues. Parfois ils se posent sur l’océan les pattes en avant ; ils mettent la tête sous l’eau et cherchent leur nourriture. Ils tournent autour du bateau. Je leur siffle un cris d’oiseau. Je ne sais si c’est le leur car je ne les entends jamais. Ils se posent autour du bateau, ne me répondent pas et font comme si je n’étais pas là. Mais c’est une compagnie agréable. Ce sont mes seules copines au milieu de l’océan. Les sirènes, croyez moi, je ne les ai pas entendues, pas vues. Où j’ai pris la mauvaise direction ou ce n’est qu’une légende!
Depuis peu le ciel s’est couvert et à 22h15 il pleut. Je laisse la barre un peu plus tôt que d’habitude. Chaque jour je tiens la barre environ 10h30 À 11H.
À 1h30 le pilote fait sonner son alarme et rend son tablier. Le bateau part au nord avec 20 nœuds de vents. Je règle le génois et remets le bon cap et le pilote. Je retourne me coucher.

Le 01.06.2008 Dernière tomate, dernière mangue sénégalaises.
Je prends la barre.L’énergie est à 11,6 Volts.
À 9H30, ma position est : 12.02.108N et 46.24.621W. J’ai parcouru 123 miles en 24h. Le vent Est Nord-Est est entre 14 à 17 nœuds.
Je vois de plus en plus d’oiseaux sur cet océan. C’est fascinant de les voir aussi habiles à jouer avec les vagues et les airs !
À 12h30 l’énergie est remontée à 11,9 avec le soleil et le vent constant à 15 nœuds.
Pour dîner, je mange les dernières tomates sénégalaises et la dernière mangue.
Avant la traversée, j’ai acheté fruits et légumes. Se sont bien gardés : pomme de terre, choux, tomates, oignons, mandarines, pamplemousse, mangues. Se sont mal gardées : les carottes, les aubergines, les bananes et quelques mangues. Le pire, ça a été les bananes, toutes mûres en même temps au bout de peu de jours. Elles ont terminé à la mer pour la plupart.

Le capitaine, autoportraitCoucher de soleil
Je laisse la barre à 22h30.Je n’aime pas barrer la nuit, lorsque je n’y vois rien, sans lune et avec des nuages…

Le 02.06.2008 Pêche imprévue !
Je prends la barre à 7h45 dans une demi-obscurité. Les étoiles disparaissent et l’aube pointe à l’arrière du bateau. Depuis le départ, je n’ai jamais vu un beau lever de soleil, pas plus qu’un beau coucher. Il y a tout le temps un mur de nuages qui encercle l’horizon, haut de deux doigts. Le soleil lorsqu’il est derrière fait rougir un peu les nuages qui sont plus hauts, mais ne crée pas une féerie comme j’ai déjà vu ailleurs… Mais ça viendra plus loin peut-être.

Lever de soleil
À 9h30 ma position est : 11.57.074N et 48.22.618W. Ce qui fait que j’ai parcouru 117 miles en 24 heures… Ce matin il y a un vent d’Est de 10 nœuds qui fait avancer le bateau à 4,8 nœuds. Le vent m’oblige à changer le génois de bord. Je le passe à Tribord et je fais un cap de 260 Pour rejoindre la latitude d’arrivée et me caler dessus.
Après déjeuner, je regarde la carte papier pour voir ma position et penser au meilleur parcours pour l’atterrissage. Il me reste environ 1000 miles à parcourir, mais je pense à l’arrivée. Particulièrement depuis que je barre. Sans cela, je ne suis pas pressé. La traversée, sans esprit de compétition, est une sortie du temps et de l’espace. Ça pourrait durer plus, ça donnerait du temps pour faire tout ce que j’ai rêvé de faire pendant une traversée de ce genre.
Par exemple, j’avais pensé faire mon pain. Et puis je n’en ai pas fait au début puisque j’avais du pain de mie longue conservation, et puis après j’ai dû tenir la barre 11h par jour…
Tout l’après midi, j’ai vu beaucoup de poissons volants et de prédateurs, surtout des bonites qui les poursuivaient même hors de l’eau. Les bonites arrivent à sauter un bon mètre au-dessus des vagues et retombent lourdement avec un grand plouf. Mais ils sont capables de faire, à peine rentrés dans l’eau, un crochet pour attraper une proie. J’ai vu un poisson volant hors de l’eau, en plein vol, faire un crochet alors qu’une bonite hors de l’eau, elle aussi avait sa gueule ouverte tout près du poisson volant.
Depuis plusieurs jours, j’ai mis une ligne de traîne avec un gros rapalla avec lequel je n’ai jamais rien attrapé. Ça continue, rien ne mord, malgré toutes les bonites qui sautent alentours. Soudain le crin bouge. Je me retourne pour regarder. Derrière le bateau, il y a un groupe de mouettes posées sur l’eau. L’une d’elles a une attitude bizarre. En fait elle s’est prise à l’hameçon. Je tire la ligne et monte la mouette sur le pont. Elle est prise à une patte. Je la saisis pour retirer l’hameçon. Elle se laisse faire en essayant de s’échapper lorsque je lui fais mal. L’hameçon tient bien. J’arrive enfin à l’enlever de la partie palmée de la patte. Je lâche la mouette qui s’envole et va se poser plus loin pour se remettre de ses émotions. Ma pêche miraculeuse ne va pas beaucoup me nourrir. Mais j’ai encore du thon séché et du thon en bocal. J’ai des réserves !
Je laisse la barre à 22h30, fatigué !

Le 03.06.2008 La fatigue s‘installe…
À 7h30, un grain violent me réveille. Le vent est à plus de 20 nœuds et le bateau avance à 6,5 nœuds. Trois quarts d’heure plus tard, le grain cesse et le vent tombe à 6 nœuds ; le bateau n’avance plus qu’à 2,3 nœuds ; pas terrible ! L’énergie est à 11,4 Volts ; pas terrible non plus !
À 9h30 ma position est : 11.10.530N et 49.40.318W. J’ai avancé de 93 miles en 24h. Pas terrible non plus ! Le vent d’Est remonte à 12 nœuds et j’avance à 4,2 nœuds, c’est mieux…
Pour déjeuner, je décide de cuisiner la bonite salée et séchée.

Le saloir

Je la fais dessaler une heure et je la cuisine en ragoût avec des pommes de terre que je ne sale pas. Le tout sera assez salé, mais la bonite ne retrouvera pas son élasticité de fraîcheur car elle n’a pas trempé assez longtemps.
Je le saurai pour la prochaine fois !
Pour déjeuner, je prends du vin blanc en apéro avec des tranches de jambon des Canaries qui s’est conservé très bien depuis janvier. C’est divin !
Le vent changeant un peu, je dois changer le génois d’amure. Je vais bientôt me croire en régate !
L’après-midi, le soleil tape fort, je suis cuit ; je suis épuisé par ces séjours à la barre sous le soleil à son zénith !
En fin d’après-midi, je vois deux paille-en-queues et un fou de passant. Le fou a un vol lourd à côté du vol gracieux du paille-en-queue.
Un cargo rouge passe à un mille dans mon nord. Ces quelques bateaux qui passent me dérangent ! Je me suis fait à ma solitude.Dans mon espace marin, je suis chez moi, en sécurité.Les intrus sont source d’insécurité…
Un peu après 22h, il fait nuit et les premières étoiles apparaissent. C’est un beau spectacle !
Mais la fatigue est là. Je laisse la barre à 22h30.

Le 04.06.2008 J’ai perdu la manille de génois !
À 7h, je prends la barre. Il fait nuit ; on voit les étoiles et la voie lactée ? C’est magnifique. Sans la lune, je ne vois pas la mer. Je barre comme sur une machine d’entraînement en salle. La sensation est curieuse. Mais le soleil vient vite.
À 9h30 ma position est : 11.00.101N et 51.26.041W. J’ai parcouru 109 miles en 24h. Le vent d’est est de 7 à 10 nœuds ce qui fait files Diam Rek à 4,3 nœuds, un train pépère.
L’énergie est à 11,3 volts. Ça baisse de jour en jour et soleil et vent n’arrivent pas à remonter le niveau suffisamment. Ça va bientôt poser problème. Si je n’ai plus assez d’énergie pour le pilote, je ne pourrai pas barrer 24h sur 24. Je devrai mettre à la cape quelques heures par jour, pendant les que le bateau ne fera que dériver, vers l’ouest avec la houle.
Vers 14h, je regarde vers la proue et je vois le point d’amure du génois qui flotte au vent ! Ce n’est pas normal. Je vais à l’avant. La manille qui relie l’enrouleur au génois a disparu. Elle s’est dévissée à cause des vibrations ! Je vais chercher un petit bout et je le mets en guise de manille. Ça tient sans problème !
Vers 17h j’appelle Mimi comme chaque jour. Je suis heureux d’entendre sa voix, ses mots tendres, ses encouragements. Quelques nouvelles rapides car les communications Iridium sont chères. Quelques instants nous sommes réunis, je ne suis plus seul au milieu de l’océan, puis je retourne à mon aventure dans ce coin de mer tranquille. Pour traverser vers les Antilles le mois de mai est la limite pour éviter les orages tropicaux et pour avoir des alizés établis. Comme nous sommes en fin de saison, les alizés sont plus inconstants, plus faibles. Mais je n’ai pas été perturbé par un orage tropical. Tout va bien et la navigation est agréable si ne n’est la barre à haute dose…
À 22h30 je laisse la barre lorsque les premières étoiles apparaissent avec un très fin quartier de lune.
Pendant toute la traversée, j’ai gardé le temps universel, comme au Sénégal. En progressant vers l’ouest, j’ai gagné des fuseaux horaires. Si la nuit se couche si tard en Temps Universel, en heure locale elle se couche vers 19h. j’ai gagné trois fuseaux horaires et demi.

Le 05.06.2008 Je suis complètement fatigué…
À 6h, le vent est de 18 nœuds et le bateau avance à 7 nœuds !
À 8h45 seulement, je prends la barre. Je n’arrive plus à me lever. La fatigue s’est accumulée, je n’y arrive plus. Tout est plus dur, demande des efforts de plus en plus grands.L’énergie est à 11,3, c’est critique !
À 9h30 ma position est : 11.09.190N et 53.43.233W. J’ai fait 137 miles dans les 24h.
Dans la matinée, je change le génois d’amure pour tenir le cap 255°.
Je n’ai plus l’impression d’être dans mon jardin, mais dans la salle à manger des prédateurs des poissons volants, tellement il en saute tout autour du bateau ! On dirait un vivier dans lequel les gros se servent !
Je suis sans énergie, fatigué. Il faut que je tienne encore 5 ou 6 jours et ce sera bon, j’arriverai au Vénézuéla. Il faut encore que je tienne. Mais aujourd’hui que c’est dur !
Le soir, je rechange le génois d’amure. Comme le vent est plein arrière, il suffit qu’il tourne un peu et une amure est meilleure que l’autre. Sinon le génois faseye et tente de se mettre à contre.
À 22h30 je mets le pilote malgré que l’énergie ne soit qu’à 11,5 volts.

Le 06.06.2008 Manœuvres sous la pluie…
À 3H30, à 6h, à 8h15 des grains passent et lavent ben le bateau. Le temps est gris, très nuageux. Les grains se succèdent. Et durent une demi-heure à chaque fois. Je prends la barre à 9h seulement. Tout le cockpit est mouillé, mais il ne pleut plus. L’énergie était à 11,3 volts.

Sillage
À 9h30 ma position est : 10.54.668N et 55.25.364W. J’ai parcouru 106 miles en 24h. Le vent est d’Est à 12 nœuds. Le bateau avance à 4,5 nœuds. Je vois un orage au nord-ouest, loin.
Vers 10h, un nouveau grain passe avec un vent de 25 nœuds.
Toute la matinée, le vent est de 15 0 20 nœuds avec une houle aux lames très rapprochées, très désagréables.
À 13 heures, nouveau grain. Le pilote ne veut plus tenir la barre. Je prends la barre sous la pluie. Le vent monte à 30 nœuds. Je rentre avec peine le génois et je veux dérouler la trinquette. Mais elle commence à se gonfler dans la partie haute et ne veut pas se dérouler car elle a été roulée trop lâche. Je déroule de nouveau le génois avec un ris. Les efforts sur la barre les derniers jours avaient entraîné une tendinite à l’épaule droite. Maintenant les efforts violents pour établir les voiles font que je n’arrive plus à bouger l’épaule qu’au prix de grandes douleurs. Le bateau roule beaucoup, le vent et les lames sont arrière….
Dans l’après-midi, un pétrolier passe dans mon Nord-Est. Le vent retombe à 15 nœuds. Je laisse le ris dans le génois car mon épaule ne veut plus fonctionner, plus de manœuvres….
Vers 19h le vent remonte à 20 nœuds. Je remplace le génois par la trinquette à tribord.
À 22h je mets le pilote et vais me reposer. Hélas mon épaule me lance sans cesse. Lorsque je dors, ça me réveille sans arrêt. J’ai beau changer de position, le résultat est le même.
En mer, il suffit que tout n’aille pas bien pour se sentir handicapé, pour devoir renoncer aux manœuvres qui peuvent attendre…

Le 07.06.2008 Approche de Tobago
À 5 h, un grain assez fort passe. Je prends la barre à 8h45. Le temps est couvert, le vent est de 15 nœuds. La trinquette fait avancer à 4 nœuds. J’ai peur de mettre le génois qui irait mieux, dans l’état où est mon épaule….
À 9h30 ma position est : 10.30.556N et 56.57.972W. J’ai parcouru 101 miles en 24h.
Un quart d’heure plus tard, je me décide à rouler la trinquette et à établir le génois à bâbord. Diam Rek avance à 6 nœuds avec un vent de 15 à 20 nœuds.
Vers 16h, je vois à tribord un immeuble, une sorte d’île haute. En fait c’est un porte conteneur avec une hauteur de conteneurs homogène et très importante. Mieux vaut ne pas le rencontrer de près, celui-là !!!
À 22h je mets le pilote, l’épaule en marmelade. L’énergie est à 11,5 volts.

Le 08.06.2008 Bientôt Tobago
À 5h, je vois les lumières d’un bateau et un halo plus important. Je me demande si c’est Tobago et ses lumières ? En fait avec le temps, je vois que ce n’est qu’un bateau, mais très éclairé.
Je prends la barre à 9h.
A 9h30 ma position est : 11.11.702N et 60.39.903W. j’ai parcouru 131 miles en 24h. Le vent est de 12 à 15 nœuds et j’avance à 6 nœuds. Mais l’énergie n’est qu’à 11,2 volts…
Je regarde la carte et choisis de passer au nord de Tobago où il n’y a pas de problèmes de navigation, ce qui n’est pas le cas au sud mal pavé. Je prends le cap 282°.
À 16h, c’est la pétole avec un vent de 7 nœuds et une vitesse de 2,8 nœuds ! Mais vers 18h le vent se lève un peu à 12 nœuds et j’avance à 5,3 nœuds.
À 23h30 je change de bord, génois à bâbord. Je vérifie la carte.Je serai au nord-ouest de Tobago dans 4 ou 5 heures.

Le 09.06.2008 Terre en vue !
À 4h, je regarde la carte, je suis sur le bon cap.
À 6h30 je suis au waypoint que je m’étais donné pour enrouler la pointe nord-Ouest de Tobago. Je rechange de bord, génois à tribord. Le vent est de 12 nœuds et j’avance à 4,2 nœuds.
À 9h30, ma position est : 11.22.243N et 60.39.903W. J’ai parcouru 105 miles en 24h.
Je cherche Tobago et ne la vois pas. Il y a des nuages, là où je devrai la voir, comme partout ailleurs sur l’horizon. À force de regarder, je vois au-dessus d’un nuage une forme noire, une montagne.Peu à peu le nuage se lève et je vois le dessous de la montagne, le rivage de l’île avec des rochers peu engageants.

Côte de Tobago

Je suis à plusieurs miles de la côte. L’île est longue, alors que sur la carte routière elle semble un petit point.
De beaux oiseaux de mer et des dauphins escortent le bateau, que c’est beau.
À 16h15, je laisse la barre, tant je suis fatigué. Je n’y arrive plus. Mon épaule me lance. Je m’allonge sans arriver à dormir à cause de la douleur et de la proximité de la terre. Je lis.
Vers 21h je vois un cargo dans mon ouest. IL passe.
À 22h30, je me sens mieux, un peu reposé. N’ayant barré que 4 heures aujourd’hui, j’espère que l’énergie suffira pour rejoindre demain. Les batteries sont à 11,36 volts…

Le 10.06.2008 Alarme batteries !
À 5h45 l’alarme batteries retentit et me réveille aussitôt. L’énergie n’est plus qu’à 10,3 volts.
Je prends la barre et y reste jusqu’à 17h15 sans interruption. Sous le soleil, ça devient un supplice.
À 9h30 ma position est : 10.54.517N et 62.05.622W. ‘J’ai parcouru 99 miles en 24h. Le vent est faible et je me traîne. Lorsqu’il n’y a pas de vent, tenir la barre est plus difficile, plus pénible. Avec une barre à roue bien démultipliée, il y a peu de sensations…
À 11h je reçois un SMS me disant qu’Olivier vient d’arriver à Cumana, notre destination, qu’il est passé plus au nord au large de la Barbade. Super, lui est arrivé ! Il a gagné, mais je serai second !
Vers 17h15, je roule le génois pour me reposer en dérivant en attendant que le vent se lève. Je m’étends, épuisé.
À 18h40 je déroule le génois après avoir dormi et dîné tout en dérivant à 0,2 nœuds.
À 19h, des bateaux me barrent la route. L’un vient tout près de moi et me parle à la radio. Je dois aller plus au sud car ils font des essais sismiques dans la zone…Je me rapproche donc de la côte que je voulais longer de moins près pendant la nuit. La terre représente toujours un danger potentiel pour un bateau…
À 21h, je remets le pilote après avoir barré toute la journée. Je suis vidé et heureux car j’i pu le faire.

Le 11.06.2008 Bientôt le but
À 1h, des bateaux couverts de lumières sont devant moi. L’un vient sur mon arrière tous feux clignotants avec des phares tournants. Est-ce un bateau de pêche ? Pourquoi ne passe-t-il pas d’un côté ou de l’autre ? Il s’approche encore comme s’il voulait me passer dessus. J’éclaire mes voiles pour me signaler. Il s’approche et me dit que j’ai un gros problème pour avancer. Je lui réponds que je n’ai aucun problème. On ne se comprend pas. Le second bateau, resté plus loin, m’appelle à la radio et me dit en français et en espagnol que ne dois redescendre au sud, plus près de la côte car ils installent 5 kilomètres de câbles… Je dois encore me rapprocher de la côte, moi qui veux l’éviter, je n’ai pas de chance !
4h : je regarde la carte.Pour l’île de Santa Margatita, il reste une dizaine d’heure, je pourrai arriver de jour. Je suis tellement fatigué que je rêve de m’arrêter là…
À 7h, alarme batteries. Je reprends la barre. Un maigre vent de 5 nœuds fait avancer à 3,2 nœuds. Il doit y avoir un fort courant qui me pousse dans la bonne direction. C’est toujours ça de gagné !
À 9h30 ma position est : 10.48N et 63.21W. J’ai avancé de 80 miles en 24 heures, une misère.
J’attache la barre et vais me reposer.
De 12h30 à 13h30 je dors pour récupérer.
À 14 h, je gonfle les pares battage, histoire de préparer l’arrivée.
À 16h, je suis en vue de Margarita. La fatigue m’incite à m’arrêter. J’appelle à la VHF, le port, la marina, les autres bateaux français. Aucune réponse. Je réitère plusieurs fois en vain.
Alors je change de cap, laisse Margarita sur mon tribord et destination Cumana, à encore 60 miles avec des hauts fonds à éviter. Je dois rester éveillé et vigilant !
À 18h j’appelle Olivier avec l’Iridium. Il est à la marina de Cumana. Il me propose de venir et me dit de le rappeler dans deux heures.
Je le rappelle à 20h30 : il est en route, à ma rencontre. Quelle gentillesse, quelle générosité !
À 21h30 je change le génois d’amure pour avancer à 4 nœuds avec un vent de 11 nœuds.
23h30 : je dors une heure en ayant mis le pilote. Je ne dors pas plus à cause de la proximité de la terre.

Le 12.06.2008 Et voilà Olivier dans la nuit !
Après minuit, je passe un endroit où la carte indique des hauts fonds. Un rocher émerge un peu, trois autres sont un peu sous l’eau, sans balise ! Je passe au large par sécurité. Avec ce foutu vent de terre, je fais du près et je n’avance pas bien vite !
À 3h, Olivier vient tout près et m’appelle. Je suis allongé dans le cockpit, sans dormir tant je suis fatigué et tendu par l’approche du but. Entendre la voix d’Olivier dans la nuit a quelque chose d’irréel, de super, de touchant. Il est là pour m’aider au lieu de dormir tranquille dans la marina !
Il met son bateau à couple du mien. Des pare battages, des amarres et nous sommes l’un à côté de l’autre. Un moment de discussion puis il m’apporte un groupe électrogène pour tenter de redémarrer le moteur et pour avoir l’autonomie pour le pilote. On met un bidon de gasoil propre en direct sur le moteur qui ne veut rien savoir et refuse obstinément de démarrer.
À 5h, on sépare les bateaux car le vent monte et la houle menace de faire des dégâts sur les bateaux. Olivier me remorque avec une amarre. Nous avançons à près de 4 nœuds. Ses moteurs électriques sont performants !

Iron me remorqueDiam Rek remorqué
À 11H on est en vue de Cumana. La côte vénézuélienne est montagneuse. Dans les vallées en bord de mer, il y a beaucoup d’urbanisations illuminées, comme aux Canaries. Cumana semble une ville importante, avec de hauts immeubles et beaucoup de lumières. Plus loin on voit Puerto La Cruz encore plus importante et plus illuminée.
Olivier me dit que son générateur électrique peine et donne des signes de faiblesse. Je tente en vain de démarrer le moteur. Pourvu que le générateur d’Olivier tienne jusqu’au port.
Plus que 2 miles, on approche !

Remorquage gagnant!
À 12h on jette l’ancre simultanément les deux bateaux côte à côte.
En attendant l’ouverture des bureaux de la marina, Olivier gonfle l’annexe et nous allons au quai de la marina.De là, nous allons dans le centre commercial qui jouxte la marina. Nous nous attablons dans un café pour un petit-déjeuner. Une galette de farine de maïs avec du poisson pour moi, avec de la viande pour Olivier. Être assis à terre donne une sensation irréelle. Une serveuse métisse indienne nous sert. Le dépaysement est là, pas dans les décors assez proche de ceux de chez nous, mais avec les gens au type indien marqué.
Vers 12h30 nous allons à la capitainerie qui nous met en rapport avec un marin ayant un bateau avec un moteur de 40 chevaux.
On se met d’accord sur le prix et il nous emmène jusqu’aux bateaux. Je lui passe une amarre ; Je lève l’ancre. Il me remorque jusque dans le port.Il largue l’amarre et je rentre sur mon élan dans la place indiquée à un ponton. Deux employés de la marina m’attendent et passent les amarres. Je suis arrivé ! Je paye le remorqueur qui a travaillé quelques minutes et gagné sa journée.
Avec l’annexe nous allons sur le bateau d’Olivier et nous le menons au port. Les employés nous attendent et passent les amarres.
Iron et Diam Rtek sont côte à côte à un ponton avec eau et électricité ! Le rêve !
À 13h la position est : 10.20.652N et 64.11.186W. J’ai parcouru 87 miles dans les 27 heures, dont une partie en remorque d’Olivier.
Sans lui je n’aurai pas pu arriver jusqu’au port car le vent était dans le nez… Je dois une fière chandelle à Olivier. Un grand merci à toi Ironman !

Sénégal : Warang, le Saloum… la Casamance

Posted on mai 15th, 2008 by Christian

Le 03.04.2008

Hier la météo prévoyait un vent de 10 noeuds du nord-ouest. Ce matin, très peu de vent et il est de sud! Nous allons partir quand même! Avec Mimi, nous relevons l’ancre. Elle est colonisée par les algues et les animacules! Je prends la brosse et je nettoie avant de la rentrer dans la baille à mouillage. Il y en a pour un moment tellement elle est sale. Un morceau de filet est entouré avec un gros coquillage dedans. Je l’enlève au couteau.
L’ancre est relevée. Marche avant au moteur. Le bateau avance sur la baie calme, plate. Nous passons près du bateau coulé au milieu de la baie. Les mats et haubans servent de perchoir à une colonie d’oiseaux: cormorans, mouettes, sternes. Le spectacle est irréel! Notre bateau navigue heureusement! Nous sortons de la baie. Une brume de chaleur nous empêche de voir la côte. Nous passons près de Gorée une dernière fois. Dernier au revoir à cette île si touchante! Des cargos sont à l’ancre, attendant leur tour au port pour décharger ou un affrètement. Nous passons devant un pétrolier qui suinte la rouille. Texas est son nom à peine lisible. Il doit être là depuis longtemps, pas entretenu. Pourtant en approchant on voit des hommes marcher sur le pont. Quelle vie d’attente, isolés ainsi en mer!
Nous continuons au moteur sur la mer plate avec le peu de vent qui est dans le nez.
Je tente de pêcher, mais je ne prends rien. Mimi a préparé une moussaka succulente!
En avançant très au large des côtes nous évitons les pirogues et les filets. En approchant de M’Bour, nous resserrons la côte et nous nous trouvons au milieu des pirogues. Des hommes pêchent, avec des cirés malgré la chaleur. Certaines pirogues ont deux pêcheurs, certaines avec de plus grands filets, jusqu’à 25 personnes! Devant nous il y a beaucoup de flotteurs. Certains ont des drapeaux, d’autres non. Est ce que ce sont des casiers, des filets ? Où devons-nous passer. On dirait des casiers. Je passe sans entraîner derrière moi un filet.
La navigation se poursuit au milieu des pêcheurs jusque vers Warang.
Là j’avais loué plusieurs années de suite une maison pour passer un mois de vacances. J’y avais connu Malick, le gardien de la première maison louée avec qui j’avais lié amitié. Et puis j’y ai connu plusieurs familles du village où je suis bien reçu à chaque fois.
Avec Mimi, nous y sommes venus en avion en 2005. J’avais dit alors que nous reviendrions en bateau et que nous jetterions l’ancre devant la maison. Nous y voilà. Depuis la mer, j’ai du mal à reconnaître l’endroit exact. J’appelle Malick au téléphone. Il me guide. Nous voyons la maison. Aux jumelles nous voyons Malick et Koumba, notre cuisinière qui font des signes avec les bras.
J’avance en surveillant le sondeur et en regardant la carte. La carte indique des Hauts fonds. Je sais qu’il y a des rochers.
Le sondeur marque 3 mètres, Puis 2,4 mètres. Puis plus rien et je sens un choc. Nous touchons les rochers. Je veux reculer. Impossible. Pas possible aussi d’avancer. Je suis coincé entre des rochers. À chaque vague, la semelle de la quille tape. La situation est inconfortable. Heureusement la mer monte. Mais en attendant j’appelle Malick qui va chercher une pirogue.
Le temps paraît long. Mimi a peur. Nous ne pouvons qu’attendre. La pirogue arrive avec deux piroguiers et un moteur de 15 chevaux. Je leur lance une amarre. Ils tirent en avant sans résultat. Sur tribord sans plus de résultat. Au bout d’un moment, nous avançons en raclant les rochers. Les piroguiers vont vers le large, mais la zone de rochers est vaste. Nous voilà de nouveau bloqués.
Je leur donne l’ancre à bord pour aller la jeter au loin et tirer le bateau au guindeau. Soudain; le bateau semble bouger. Une vague nous a soulevé à la faveur de la marée montante. Je reprends l’ancre et la pirogue nous guide vers une zone de sable. Nous avançons assez au large pour être à l’abri des surprises et je jette l’ancre par 4,7 mètres de fond, dans du sable.
Ouf! Enfin tirés d’affaire. Pour une arrivée remarquable, elle est remarquée ! Malick et les deux piroguiers, Djibi et Zal, montent à bord boire un jus de fruit. Je dégouline de sueur. Mimi est sous le coup de la peur. Je donne 10.000 FCFA à chaque piroguier. Ils sont heureux et moi aussi.
Je suis très heureux de revoir Malick qui les a accompagné pour me venir en aide !
Ils rentrent et nous allons au lit sans dîner. L’émotion nous a suffi. Nous dormons et la nuit, je me réveille pour surveiller la position, des fois que l’ancre dérape. Il y a de la houle.

Le 04.04.2008

Au réveil, la mer est calme, pas de vent, plus de houle. Après le petit-déjeuner, nous prenons l’annexe pour rejoindre la maison et Malick. Nous sommes ancrés à plus d’un kilomètre de la côte. L’annexe glisse sur l’eau calme. Malick nous attend sur la plage et nous aide à monter l’annexe sur le sable ; nous la mettons devant une boutique de souvenir. Le boutiquier va avoir l’oeil dessus toute la journée.
Malick est accompagnée d’une toubab ; elle s’appelle Nicole. Elle loue la maison dont Malick est le gardien. Elle a trouvé un poste de directrice d’une école française à Saly, à quelques kilomètres de là. Elle a 80 élèves français et autant sur liste d’attente. Elle anime le Sénégal et nous accueille dans le jardin où elle jouait au scrabble avec Malick. Nous revoyons Koumba, la jeune cuisinière et son bébé Petit Malick qui à 4 ans maintenant. Avec ses grands yeux, il est adorable. Il vient me faire des câlins.
Nous visitons la maison que nous avions occupée. Il y a eu quelques travaux. J’avais envisagé d’acheter cette maison, la première fois. Mais la propriétaire belge ne veut pas vendre maintenant…
C’est émouvant de retrouver un lieu où l’on a été heureux en vacances. Cette maison en bord de plage, Malick qui est un ami adorable, Koumba qui nous faisait une si bonne cuisine, ce village calme où je connais plusieurs familles. Nous sommes là de passage, en bateau. Mimi dit qu’elle rêvait d’acheter cette maison. Elle aussi s’y sent bien. Pour l’instant elle est occupée. Malick a eu la chance d’avoir une locataire avec qui il s’entend bien.
Nous discutons pendant que le repas se prépare. Nous déjeunons à 15 heures. Un plat de poulet avec pommes de terre et petits pois avec une sauce aux oignons. C’est très bon. Nous mangeons à la main dans un grand plat. J’aime la cuisine sénégalaise, mais je n’aime pas tellement manger avec la main. Je fais comme les autres. Koumba et Malick qui m’entourent disposent devant moi des morceaux de poulet. Ils sont aux petits soins !
Pendant ce temps c’est la fête de l’indépendance du Sénégal. La télévision passe la revue des troupes par le président Wade et ses discours en français et en wolof. Mimi regarde attentivement. Puis elle se repose.
Pendant ce temps, je vais avec Malick au village saluer mes connaissances.
Je rentre chez Henriette que je vois allaitant un cinquième bébé ! Elle ne travaille plus, son mari pas beaucoup non plus, mais les bébés s’enchaînent, d’année en année… Nous échangeons des nouvelles et je vais saluer son mari.
Puis je vais chez la marraine de Malick. Je salue toute la famille, composée surtout de femmes. C’est Amy qui me reconnaît en premier avec un grand sourire. Elle aussi allaite un nouveau bébé, alors qu’elle n’a toujours pas de mari…
Je passe chez Anna. Elle se fait faire des tresses par une jeune femme. Elle est surprise de me voir. Elle vient de se marier avec un toubab d’une quarantaine d’année qui l’emmènera en France avec ses deux enfants. Il paye déjà leurs études. Il a aussi payé une maison qu’Anna pourra louer pendant son absence et un cyber déjà revendu parce que non rentable… Les Sénégalaises sont de redoutables pompes à fric pour leur famille !
Nous rentrons à la maison pour rentrer au bateau avant la nuit. Le vent s’est levé et la houle aussi. Malick m’aide à mettre l’annexe à l’eau. Mimi monte dedans, moi aussi. La vague nous ramène à terre. Nous repartons en prenant de l’eau dans l’annexe. Le bateau est loin. En cours de route des lames apportent des paquets d’eau et mouillent nos affaires.
Nous arrivons au bateau. J’attache l’annexe et je monte sur la plate-forme arrière à la faveur d’une lame qui hausse l’annexe. Puis Mimi me tend les affaires et elle grimpe. Elle s’agrippe au balcon et se hisse. Arrivée sur le bateau, elle dit qu’elle a eu peur car le bateau était loin. La houle fait rouler le bateau. Elle pleure tant l’épreuve la change de son appartement. Je ne suis plus assez jeune pour ça. Je ne veux plus aller où il y a des vagues. J’ai peur de me noyer…..
Je tente de la consoler. Elle veut partir demain, aller dans le Saloum.
À regret, j’accepte. Nous partirons demain vers 8 heures pour entrer dans le Saloum de jour!
Elle ne mange presque rien et nous nous couchons tôt, secoués par la houle.
Je dors sans problème. Lorsque je me réveille, dans la nuit, je vérifie la position du bateau: l’ancre tient bien.

Le 05.04.2008
Réveillés vers 7 heures, nous n’avons pas beaucoup de courage pour nous lever. Moi j’ai peine à me réveiller et à laisser mes amis à peine entrevus. Mimi est fatiguée par la houle de la nuit.
Nous levons l’ancre vers 9 heures.Je téléphone à Malick pour l’avertir de notre départ, pour lui souhaiter que tout aille bien pour lui jusqu’à ce que nous revenions en avion une prochaine fois !
Nous longeons la côte d’assez loin à cause des hauts fonds de sable à cause du banc de M’Bour.
La profondeur ne dépasse pas 13 mètres à plus de 10 miles de la côte. L’endroit est sillonné de pirogues en pêche. Elles jettent des filets ou les relèvent. Il y a partout des flotteurs. Certains ont des fanions, d’autres pas. Je ne sais où passer pour ne pas me prendre dans un filet. Je vais vers une pirogue et je pose la question. Un pêcheur m’explique que les filets sont tombants et que ça ne risque pas.
Nous continuons ce gymkhana entre les flotteurs, jusque plus bas que Joal. La mer est calme et nous avançons avec le génois seul à près de 6 nœuds. Dans ce calme c’est super.
A midi nous mangeons des poissons achetés aux pêcheurs, tous frais. Dorades roses et un poisson local succulent.
Nous nous rapprochons de la côte. Nous voyons Djfère et l’entrée du Saloum. La carte indique de passer très au large. Nous téléphonons à Alain qui nous confirme être passé sans problème. L’ouverture est large. Derrière on voit des îles basses. Nous entrons avec 4 mètres de profondeur et tout de suite dans le Saloum il y a 13 mètres. Nous remontons de l’autre côté de Djifère. Plus loin on aperçoit des mats. Six bateaux sont au mouillage. Nous reconnaissons, Daam Dour, Lambaréna, Freya. Nous jetons l’ancre près de Fréya. C’est finalement trop près. Je remonte et jette l’ancre plus loin en laissant aller 55 mètres de chaîne, car le vent s’est levé. Par contre il n’y a pas de houle, c’est super.
Nous échangeons quelques souhaits avec les autres navigateurs sur la VHF. Ça fait plaisir de se retrouver !
Le soir nous nous couchons tôt après un repas frugal.

Le 06.04.2008
Ce matin c’est jour de grasse matinée. D’autant plus que la veille Mimi a protesté qu’elle ne pouvait jamais s’arrêter, se reposer, dormir…. Alors on se lève tard.
Petit-déjeuner, puis on traîne. Mimi fait un ragoût avec les légumes qui menaçaient de s’abîmer. J’installe un taud au-dessus du cockpit pour avoir une ombre bienfaisante. Nous déjeunons dans le cockpit, avec un vent frais, en regardant le ballet incessant des pirogues. Elles sont de couleurs vives, très bariolées.Elles arborent des pavillons sénégalais, mais aussi français, américain, selon le bon plaisir du piroguier !
Après une sieste à l’ombre, dans le cockpit, nous lisons l’après-midi. Mimi tente de nager près du bateau, mais remonte. Elle a peur, n’ayant pas pied.
En fin d’après-midi nous prenons chacun notre ordinateur.
Voilà une journée de repos à bord dans un paysage très apaisant de delta, avec un rivage avec baobabs, quelques campements, et le village que nous irons voir bientôt. En fin d’après-midi le vent se lève. Nous enlevons le taud pour ne pas le déchirer. L’éolienne tourne bien et débite !
Alain et Ute me demande si je peux les conduire en annexe sur la rive car ils partent deux jours à M’Bour puis à la réserve animalière de Bandia. Il faudrait que j’aille chercher le soir un gardien pour l’amener au bateau qu’il gardera et le ramener à terre le lendemain matin. Dominique et Jacques ne font pas garder leur bateau. Je suis d’accord.

Le 07.04.2008

Je me réveille tôt. Alain vient en annexe me chercher. Nous allons à terre et je ramène l’annexe que j’attache à Diam Rek. La journée se passe à bord à bouquiner, discuter, se reposer.Je voudrais aller visité Djebilet. Mimi n’est pas intéressée par un village de pêcheurs et ne veut pas aller au soleil. Alors qu’en Afrique il fait partout du soleil et qu’en bord de mer il y a partout des villages de pêcheurs… Les envies ne se coordonnent pas.
J’ai le temps de terminer le livre de Maryse Condé « Célanire coup coupé. C’est un superbe bouquin qui tourne autour de la question de l’identité des noirs ou métis d’Amérique, des Caraïbes. Ce que dit Maryse Condé sur la culture issue du Congo et du golfe de Guinée fait froid dans le dos lorsqu’il est question de sacrifices humains.
L’après-midi, Mimi veut se baigner. Nous allons à terre en annexe. La plage est bordée de palétuviers. Ce sont des plantes à l’aspect bizarre. Les racines sortent de l’eau et l’on dirait des araignées aux longues pattes surmontées de feuilles vernissées bien vertes. Le palétuvier boit l’eau salée et les feuilles rejettent le sel par leurs pores.
Finalement nous nous promenons sur la plage en compagnie d’un chien qui nous a pris en amitié, mais de loin car il est craintif. Il est beige roux comme tous les chiens sénégalais.
Un homme vient sur le rivage. Mimi me dit que c’est le père de Christophe, le président du CVD. Nous le saluons et il nous invite à voir sa maison et à boire un coup. Il a fait construire une maison sur un terrain assez vaste qui contenait deux beaux baobabs. Il a planté d’autres espèces. L’endroit est idéal entre mer et delta du Saloum. La tranquillité assurée, avec verdure et air qui tempère la chaleur !
La maison est avec un toit traditionnel en paille. L’intérieur est moderne mais sans charme. Il vend car, après deux ans, ils repartent en France. Ils vendent cher. La spéculation marche encore au Sénégal, bien que les prix commencent à baisser dans certains endroits, alors que la hausse continue ailleurs. Nous buvons un verre d’eau fraîche en discutant.
Nous repartons. Mimi me dit ne pas aimer cette maison, ni l’endroit trop calme. Un tel endroit ferait mon bonheur !
À 19 heures, je vais chercher Bernard qui vient garder le bateau d’Alain au bord duquel je le dépose. Alain a prévu coussins, duvet, nourriture et eau, mais a fermé le bateau. Le gardien devra passer la nuit dans le cockpit alors qu’il fait un vent très humide et frais. Je suis mal à l’aise, j’ai honte. Je trouve que c’est une pratique néocoloniale. Même un chien on lui donne le couvert avec une niche !
Je rentre et j’en parle à Mimi qui pense comme moi.
Nous regardons un film sur l’ordinateur.
Mimi qui n’est pas bien depuis plusieurs jours peine et se renfrogne. Elle pense à ses enfants qui lui manquent…

Le 08.04.2008

Le matin, je vais récupérer Bernard sur le bateau d’Alain et je le ramène à terre. Je lui donne les 2500 FCFA qu’Alain m’a donnés pour lui. Je suis gêné…
La journée se passe à bord. Nous ne sortons pas.
Un pêcheur aborde et nous vend un magnifique poisson rouge dont je ne sais le nom.Une fois cuit au four, il s’avère farineux et immangeable…
Un autre bateau nous appelle à la VHF. Yves et Julie veulent nous voir. Ils étaient au CVD en même temps que nous. Ils viennent. Nous prenons un apéro et déjeunons ensemble avec des seiches préparées par Mimi et achetées à un pêcheur de passage. Yves est guide de haute montagne à Chamonix et Julie orthophoniste. Ils sont sympas et nous passons une partie de la journée à discuter dans le cockpit dans les alizés qui apportent un peu de fraîcheur.
Le soir, je vais récupérer Dominique et Marylène, Jacques et Adrienne, Alain et Ute qui reviennent de M’Bour, chargés de provisions et de souvenirs. Ils ont des girafes et des hippopotames en tôle martelée. Les animaux sont superbes ! Mais dans un bateau, c’est lourd et encombrant ! Ils me ramènent à bord et vont sur leur bateau. , satisfaits de leur escapade de deux jours.
Mimi est toujours d’humeur sombre. Elle parle de rentrer en France… Je suis triste et agacé par autant de négativité sur le voyage.

Le 09.04.2008
Nous avons décidé de partir aujourd’hui pour N’Dangane sur le Sine, une rivière qui se jette dans le Saloum. Salifou qui a pu se dégager de ses obligations, qui a fini d’emménager dans sa nouvelle chambre, vient. Il m’appelle et je vais le chercher en annexe sur la plage.
Nous revenons au bateau. Il perd l’équilibre en montant à bord et tombe à l’eau. Il fait une arrivée humide sur le Diam Reik !
Je suis heureux de le voir enfin sur le bateau ? Nous allons enfin naviguer ensemble !
Pour aller à N’Dangane il y en a pour trois heures de navigation. Mais il y a des bancs de sable. Je n’ai pas une carte détaillée avec indication de sondes. Salifou me dit connaître.
Alain et Dominique viennent en annexe pour nous inviter à l’apéro du soir.Nous leur disons que nous partons et je leur demande des renseignements puisqu’Alain est allé à N’Dangane. Il est passé juste à marée montante, mais il cale 60 centimètres de plus que moi.
Il me met en garde contre les bancs en face de Mar Lothie.
Nous partons avant la marée montante pour arriver de jour. Le courant est contre nous. Dans le Saloum, nous devons éviter les filets d’une pirogue qui nous fait signe. Nous les contournons.
A l’entrée du Sine il y a un banc de sable à gauche et à droite. Nous devons passer au centre. De loin on voit l’eau friser. De près on dirait qu’elle bout. La profondeur passe de 13 mètres à 3,70 mètres. Nous passons.Nous remontons le Sine. La couleur de l’eau indique les bancs de sable. L’eau devient jaunâtre. Parfois la profondeur n’est plus que de trois mètres, puis 2,5 mètres.
On voit Mar Lothie en face. On voit aussi un large banc à tribord, un autre à bâbord. À un moment on touche. Le sable freine le bateau qui s’immobilise. Je bats arrière ; un peu plus de profondeur, on repart. Salifou prend la barre. Il veut aller plus à bâbord. Un banc nous arrête. Nous sommes prisonniers. Il n’y a plus qu’à attendre que la marée monte, soulève le bateau et nous libère. Le soir tombe. La marée monte et nous libère.
Mais un peu plus loin nous voilà de nouveau échoués. Pas moyen de s’en sortir ni en avant ni en arrière. Je mets le génois. Il y a un peu de vent, mais le bateau ne gîte pas assez.
Nous jetons l’ancre.
Mimi prépare des pâtes que nous mangeons ensemble. Puis elle se retire dans la cabine se reposer, réfléchir.
Nous allons dormir.

Le 10.04.2008
La nuit, la marée baisse et le bateau trouve son équilibre entre sable et courant. Il gîte sur bâbord d’environ 20 degrés. Mimi se réveille affolée en pensant que le bateau va se renverser… Je tente de la rassurer, mais elle ne me croit pas. Elle se retire dans une cabine et ne ferme pas l’œil de la nuit, pendant que Salifou et moi dormons.
Le matin nous attendons la marée haute.
Une pirogue passe et prend notre amarre. Mais son moteur de 15 chevaux ne suffit pas malgré l’aide de mes 50 chevaux. La pirogue nous laisse à notre attente.
Salifou téléphone à Ablaye, un neveux qui a une pirogue avec un moteur de 40 chevaux. Il arrive bientôt. Il essaie avec une amarre. Les deux moteurs à fond, le bateau ne bouge pas. La quille est trop ensablée. Alors nous essayons une autre méthode. La pirogue prend ma drisse de grand voile, y rajoute un bout et tire. Diam Rek gîte un peu, puis jusqu’au franc bord. Je mets mon moteur à fond et le bateau avance gîté. À un moment, nous avons trois mètres de fond. La pirogue nous rend la drisse et s’en va. Nous pouvons naviguer. Il reste les derniers méandres du fleuve jusqu’à N’Dangane. Salifou, de jour, s’en sort bien. Parfois nous avons 6 mètres.
Nous arrivons et jetons l’ancre devant le village de pêcheurs, pas loin de la maison familiale de Salifou. J’avais dit que je jetterai l’ancre là, je suis arrivé. Je suis heureux.
Manifestement Mimi ne l’est pas, elle est grave. Elle a eu peur. Elle me dit que nous devons discuter.
En attendant nous allons à terre saluer la famille de Salifou, chez qui je viens régulièrement depuis treize ans ! Je suis heureux de les retrouver tous, Manafy en tête, la mère de famille.
On nous prépare à déjeuner. Nous discutons avec les membres de la famille.
L’après-midi Mimi veut retourner à bord. Elle n’est pas bien. Nous discutons. Elle m’annonce qu’elle rentre en France. Elle ne conçoit pas le voyage comme ça. L’aventure ne lui plait pas, elle à souvent peur, elle veut voir ses enfants.
Je suis déçu et très triste. Je m’y attendais. Ça vaut mieux car tant de négativité gâche le plaisir du voyage. Je continuerai seul et elle reviendra lorsqu’elle sera ressourcée… Je l’avertis que le voyage sera toujours aventureux et que c’est ce qui participe à son charme…
Nous retournons à terre dans la famille.
Salifou nous emmène au Campement où nous allons voir Hadji et Théophile qui ont eu une petite fille, il y a quelques semaines. Nous discutons et discutons mariage mixte, puisque Hadji est Musulmane et Théophile est Catholique. Ici ça ne pose pas de problème pour l’imam qui a une interprétation ouverte du Coran. Je parle à Mimi pour qui un mariage religieux est important pour sa croyance et pour sa famille. Pour moi il est important que je n’ai pas à me renier, à me convertir. Nous en reparlerons
Nous dînons et la soirée se passe dehors à la fraîcheur, car les maisons avec leur toit de tôle sont de véritables fours.
Nous rentrons nous reposer au bateau.

Le 11.04.2008
Nous allons à terre. La sœur aînée de Manafy est décédée à Mar Lothie. Une partie de la famille se prépare pour la cérémonie le jour même et va à Mar. Nous restons et déjeunons là.
Mimi téléphone à ses filles et annonce son retour. Elle demande à Amel de lui chercher un billet d’avion. Amel cherche et lui propose un billet Pas trop cher pour le 21 avril.
L’après-midi, Mimi veut aller à bord trouver de la fraîcheur et se reposer. Je la conduis et reviens. Je passe l’après-midi à prendre les trois thés traditionnels et à discuter avec Sélé. Il a travaillé plus de 40 ans en France comme maçon. Il a six enfants là-bas et une femme sénégalaise. Il voulait prendre sa retraite au village, Son épouse ne voulant pas. Il a pris pour seconde épouse une fille de la Famille de Salifou et a construit une maison ici. Alors il partage son temps entre la France et le Sénégal, entre une épouse et une autre, entre des enfants grands et un enfant jeune…
La vie d’un immigré traditionnel, comme bien d’autre. Il raconte l’importance du travail, la dureté du travail en France, l’autonomie que ça donne aussi….
Le soir, j’emmène Sélé à bord pour lui montrer le bateau. Il est enchanté. Nous rentrons avec Mimi. Avec Khadi, la jeune sœur, Mimi parle de mariage mixte ici. Moi je discute avec Manafy. On m’appelle. Mimi veut me faire participer à sa discussion avec Khadi. Elle peut organiser ce mariage à la mosquée et une fête si nous le voulons. Je lui demande comment ça se passera à la mosquée. Je peux y aller ou non, Mimi ne peut y aller. On peut être représenté pendant la cérémonie. Je voudrais bien assister, mais comme je ne veux pas me prosterner, soit je reste derrière, soit je me fais représenter. Nous pouvons faire une fête en famille ou une fête avec une partie du village et des griots… Nous allons réfléchir et étudier un budget…
Nous retournons au bateau.
Mimi est sereine et heureuse. Elle va revoir ses enfants et nous allons nous marier à la mosquée !

Le 12.04.2008
Grâce matinée pour commencer sur une mer lisse sans le moindre souffle ! Petit-déjeuner et écriture pour moi. Bricolage pour un chapeau pour Mimi….
Puis journée en famille, dans le calme et dans l’échange avec les différentes personnes que je revois chaque année. On fait le point des vies de chacun, Lorsque l’on revoit des gens que l’on n’a pas vus depuis longtemps, le temps est aboli. On se retrouve avec plaisir, on parle de soi, des autres. On est bien ensemble et c’est bon.
En fin d’après-midi, nous allons assister au tournoi de lute sénégalaise organisé à N’Dangane.
Une enceinte close avec des portes bien gardées car chacun doit payer. On entre. L’arène est en sable entourée de filets. De l’autre côté des filets, il y a des bancs pour les spectateurs. Les bancs sont déjà bien chargés. On trouve une place. Les lutteurs s’échauffent en marchant avec des pas de danse sur la musique lancinante des chanteuses et des djembés. Les lutteurs sont en culotte comme les sumos. Ils sont couverts de grigris pour impressionner l’adversaire et se rassurer. Ils parcourent l’arène et font des incantations mystiques. Ils inscrivent des signes cabalistiques sur le sable. Ils s’aspergent d’eau dans laquelle des versets du coran ont été dissouts…
Toute cette partie folklorique est plus importante que la lutte.
Puis viennent les combats. Pendant que les autres lutteurs s’échauffent, les deux premiers se rencontrent. On dirait du judo ou du sumo. Ils se défient en se touchant les mains, en touchant le sable ; ils s’attrapent les bras et essaient de se déséquilibrer. L’un fait chuter l’autre et gagne. Les combats sont souvent courts. Parfois il y a deux ou trois combats en même temps dans l’arène.
Les lutteurs sont des hommes jeunes, très musclés, à la stature impressionnante. Ils sont très beaux !
Le soir nous parlons avec Mimi et Salifou de la façon de trouver un billet d’avion. Il n’y a plus de cyber à N’Dangane. Il faut aller à Diofior. Pour cela il faut trouver une voiture qui nous y emmène. À ce moment, il faudra trouver comment payer le billet électronique, puis imprimer la feuille avec les références du billet.
Salifou va s’en occuper. En plus là-bas nous pourrons trouver un magasin pour faire réparer mon téléphone portable qui a pris un bain de mer et ne fonctionne plus.

Le 13.04.2008
Nous allons à terre pour 10 heures. Salifou nous attend. Il a trouvé une voiture pour trois heures.
Nous allons à Diofior ; c’est à une vingtaine de kilomètres en brousse.
Revoir le paysage de brousse est un enchantement. En cette saison, il est sec. Il y a peu de végétation dans les champs. Les seules verdures sont les arbres, palmiers, acacias, eucalyptus. Les baobabs n’ont pas encore leurs feuilles.
Par endroits il y a des troupeaux de zébus ou de moutons. Les zébus affectionnent les routes. Ils restent au milieu et n’ont pas peur des voitures. Il faut les laisser passer. Il y a des cases traditionnelles de loin en loin, avec leur toit de paille et leurs murs en torchis.
Le long de la rue principale des villages, il y a des vendeuses avec leurs étals de fruits et de légumes, d’habits…
À Diofior, il y a deux cybers. Nous prenons une connexion avec mon mac. Je vérifie le vol trouvé par Amel et j’achète le billet électronique. Par retour, je reçois le mail de confirmation avec la référence du billet. Le cyber n’a pas d’imprimante. Le second non plus.
Le cyber fait aussi vente de téléphones portables. J’achète une copie de Nokia pas chère.
Nous rentrons en nous arrêtant pour faire des achats de fruits et légumes.
Voilà, Mimi rentrera le 21 avril de Dakar. Après je serai seul. Pour l’instant, je n’y pense pas trop. Après il sera temps… Ce sera le vide….
Nous rentrons déjeuner en famille, un excellent yassa poisson nous attend.
L’après-midi se passe en discussions. Le temps passe sans que l’on ne s’en aperçoive au milieu de tous ces gens amis qui ne travaillent pas. Une femme fait la cuisine pour tout le monde. Quelque unes vendent quelques articles à l’occasion. Tous discutent, assis ou allongés. Il fait chaud dehors et plus encore dans les maisons sous la tôle ondulée. Le temps est éternel ici. Pourtant je revois des membres de la famille que j’ai connu jeunes, il y a plus d’une décennie et qui ont grandi, se sont mariés, ont des enfants… Une génération chasse l’autre. C’est l’ordre des choses. Mais le groupe reste le même ; c’est ce qui compte ici.
En fin d’après-midi, nous allons avec Mimi voir le tournoi de lutte. D’autant plus qu’aujourd’hui Ablaye, un fils de la maison combat. C’est un jeune de 23 ans et 120 kilos qui promet et gagne déjà des tournois. L’arène est pleine. Des femmes avec de très beaux boubous, crient lorsque leur favori gagne ou perd ; c’est l’hystérie. Les lutteurs s’échauffent tout le temps entre deux combats. Certains ont un air sauvage, proche de l’animal de la brousse. Ils tentent d’atteindre psychiquement l’adversaire dès avant le combat. Les combats se déroulent dans le désordre le plus complet, au milieu des échauffements, avec un éclairage insuffisant. Mais la foule est là, et elle manifeste sa joie !
Nous partons avant la fin pour cause de vent frais et parce que ça dure !

Le 14.04.2008
Journée chaude, avec peu de vent pour se rafraîchir…
Mimi reste au bateau pour se faire un chapeau pour le mariage. Moi je vais à terre. Avant le départ de Sana pour Ziguinchor, j’en profite pour parler avec lui. Je parle des choses mystiques lues dans les Mémoires d’un Porc-épic. Bien sûr il y croit. Idem pour la sorcellerie qui expliquerait sa maladie aux hanches, provoquée par un sort… Je ne rencontre jamais un Sénégalais sceptique. Je suis d’un autre monde et je le sens, je suis matérialiste et athée, ce qui laisse rêveur tout interlocuteur ici…
La journée se passe à ne rien faire, dans une chaleur moite.
Mimi cherche la fraîcheur au bateau.
Le soir, il fait plus frais et c’est bon !
J’appelle Maxime pour lui souhaiter sa fête. Il va bien et est très occupé avec Sophie pour trouver les financements pour la création de leur entreprise de vente sur internet de bijoux et fringues gothiques. Ça semble avancer enfin ! Tout va bien à la maison. Je suis heureux de l’avoir entendu. Je lui annonce le retour de Mimi et notre mariage à la mosquée. Il ne commente pas.

Le 15.04.2008
Journée très chaude sans vent. Les gens défilent chez Manafy. Ils viennent saluer la famille à l’occasion d’un deuil dans la famille qui vit à côté. Le défilé de femmes aux beaux boubous et d’hommes de tous âges se poursuit. Chacun discute, mange, se rafraîchit avec un verre d’eau glacée.
Je rentre au bateau et retrouve Mimi qui a fini son chapeau de mariage. Il est beau et sophistiqué. Elle s’est inspirée d’une revue de mode africaine. Le résultat est beau.
Nous retournons à terre pour saluer Sana qui part demain à l’aube pour Ziguinchor. J’ai plaisir à discuter avec Sana. Je lui donne ma participation pour le baptême du fils qu’il vient d’avoir avec son épouse Oumi. Je lui dis que je passerai le voir bientôt en bateau.
Je fais peu à peu ce que je rêvais de faire au Sénégal depuis des années.

Le 16.04.2008
Le matin, je vais dans la famille pendant que Mimi fait sa valise ! Je n’ose penser au moment où je vais me retrouver seul. Elle a besoin de calme, alors je vais dans la famille discuter avec les uns et les autres. N’Deye fait la cuisine aujourd’hui car Thiabou fait la lessive. Les autres discutent et se reposent. Les écoliers n’ont pas d’école pour cause de grève…
Je déjeune en famille puis fais une sieste dans la chambre de Khadi car elle est toujours propre, ce qui est rarement le cas des chambres de garçons. Deux filles viennent faire leurs prières et dormir aussi. Alors je vais au bateau.
Mimi a fait ses bagages et rangé la cabine qui lui sert de dressing et de cabinet de toilette.
Nous faisons une petite sieste.
J’appelle Hadji qui me dit que nous pouvons venir. Nous allons à terre et prenons un clando, taxi clandestin, pour aller au campement. Là Théophile, le mari de Hadji, vient nous chercher en voiture et nous emmène dans son verger.
Un verger de trois hectares, planté d’anacardiers, de manguiers et d’agrumes.
C’est la saison des fruits de l’anacardier : la pomme cajou et la noix cajou. Les pommes sont jaunes ou rouges. Sous la pomme pend la noix cajou. La pomme est gorgée de jus sucré. La fibre est un peu acre. La noix doit être grillée puis fendue pour en extraire la noix de cajou qu’il faut griller. L’anacardier a un port majestueux et peut devenir très volumineux. S’il n’est pas taillé les branches peuvent plier, rejoindre le sol et prendre racines…
Plus loin il y a des centaines de manguiers assez jeunes. Ils sont de variétés différentes. Certains portent des mangues déjà mûres, d’autres des mangues plus tardives. Il y en a de grosses et colorées et d’autres vertes.
Il y a des agrumes : différentes espèces d’oranges, mûres et sucrées à l’écorce vert foncé. Il y a des citrons verts ou jaunes et des pamplemousses. Nous y goûtons et nous tachons nos polos comme des enfants ! Qu’ils sont bons, sucrés et parfumés ces fruits mûris sur l’arbre !
Théophile nous commente les espèces, le rendement. Il a des ruches qui donnent du miel d’anacardier. Il nous en fait goûter, c’est délicieux et très parfumé.
Après avoir visité le verger, nous visitons celui du voisin qui a un élevage de poules. Il en avait 600 et il vient d’en perdre 500 pour cause d’épidémie ! C’est dur l’élevage ! Il nous donne un plateau de 60 œufs !
Théophile nous emmène à quelques centaines de mètres voir un autre verger qu’il a donné à ses deux filles faites avec Hadji. Là encore il y a anacardiers, manguiers et agrumes. Sur chaque exploitation, il y a un fermier à demeure, des puits pour l’irrigation.
Dans la région, les vergers donnent bien à condition de les entretenir, de les arroser.
Théophile nous raccompagne chez lui. Mimi discute avec Hadji pendant que je prends l’apéro avec Théophile. Il m’emmène voir son élevage de poules. Pour l’instant il a des poussins de quelques jours, qu’il vendra dans deux mois pour la chair. Il a aussi des moutons, des lapins et quelques canards. Tout ça rapporte, mais fait du travail.
Théophile nous raccompagne au village. Nous sommes chargés de cajous, de mangues et d’agrumes ! J’en ai pour un moment, puisque je serai bientôt seul !
Nous rentrons dîner au bateau. Je me couche car je suis vanné ! Mimi lit un peu.

Le 17.04.2008
Levés tôt nous allons à terre. Khadi nous attend. Elle a retenu une voiture avec chauffeur pour aller faire les courses à M’Bour pour la fête de notre mariage.
Nous partons. De part et d’autre de la route, c’est la brousse. Tous les quelques kilomètres il y a un village. Les cases sont soit traditionnelles soit plus modernes, selon les moyens des gens. Le long de la route, les écoliers marchent pour rejoindre leur école. Ils en font des kilomètres sous le soleil pour étudier.
Nous arrivons à M’Bour. La ville est une des grandes villes du Sénégal. Elle s’agrandit sans cesse. Les rues regorgent d’activités artisanales, de boutiques, d’étals. Il y a de nouvelles banques, de nouvelles stations services. Nous laissons la voiture et allons au marché. Les rues sont étroites, encombrées d’échoppes, d’étals, de légumes, d’habits… Des vendeurs de sacs en plastique, des porteurs, se proposent. Khadi achète pour la fête la nourriture nécessaire. Pour la viande, nous la prendrons au village.
Puis nous allons au marché aux tissus pour trouver de oui faire une robe pour Mimi. Elle regarde dans bien des boutiques, tourne et retourne. Finalement elle opte pour un tissu blanc brodé. Il est cher et magnifique. Elle le prend. Puis elle cherche des pagnes qu’elle pourra revendre au Brésil.
Marchandage et choix prennent du temps.
Enfin nous allons déjeuner dans un restaurant du coin. Je veux aller aux toilettes, mais là vraiment, je renonce vu l’état des lieux ! Le tiebboudiène est bon, c’est le principal.
Nous retournons vers les boutiques pour les boissons, les oignons et des chaussures !
Lorsque c’est fait, je vais dans une boutique de copies de CD. Je choisis de la musique africaine. J’aurai de quoi écouter pendant un moment ! C’est 1000 FCFA le CD…
Nous rentrons à la maison. Je laisse Mimi et Khadi chez le tailleur. Elles reviennent plus tard avec le tissu. Le tailleur a un deuil et n’aura pas le temps. Elles ont vu un autre tailleur qui hésitait vu le prix du tissu. Alors Mimi garde le tissu pour se faire une robe à Paris et pour le mariage ici elle mettre un boubou prêté par les filles de la maison. Rendez-vous est pris pour le lendemain pour essayer le contenu de leurs armoires !
Nous rentrons au bateau nous reposer ! Je suis vanné par les courses et par l’émotion. Mimi est heureuse. Ça fait plaisir. Ce sera la première fois qu’elle aura une fête pour son mariage. Les deux autres fois, ça n’avait pu se faire. Alors cette fois-ci il ne faut pas rater l’occasion. Et puis nous ferons la fête en France avec enfants et amis pour le mariage civil, plus tard!

Le 18.04.2008

Journée de notre mariage religieux. Tout est organisé pour la mosquée par Sélé.
Je suis impatient que Salifou rentre de Dakar puisqu’il doit me représenter à la mosquée.
Le matin, je vais à terre. Je salue tout le monde. Je suis un peu anxieux car je voudrais que tout se déroule bien et je ne maîtrise rien. Les autres s’occupent de tout.
Je déjeune dans la famille puis je fais une sieste.
Mimi est au bateau depuis ce matin pour être tranquille, se reposer et ranger ses affaires avant le départ. Je la rejoins. Nous passons un moment ensemble. Je prépare un beau boubou pour la cérémonie, avec des mocassins. Il faut y aller parce que Mimi doit trouver un boubou dans la garde-robe de Thiabou ou Khadi. Je laisse Mimi chercher pendant que je m’habille. Lorsque je ressors, j’ai des félicitations pour le boubou. C’est le boubou que Mimi m’avait offert pour la Saint Valentin lorsque nous étions au Sénégal, il y a deux ans.
Mimi sort de la chambre revêtue d’un boubou vert et marron et la coiffe. Elle est couleur locale et ça lui va bien ! Les compliments fusent et les femmes esquissent des pas de danse. L’ambiance est joyeuse.
Mimi discute avec Sélé ; elle préférerait que la cérémonie ne se passe pas à la mosquée sans nous, mais à la maison avec nous et l’Imam. Pas de Problème dit Sélé qui fait prévenir l’Imam.
Nous attendons dans la cour. Le vent soulève du sable et les yeux piquent. Bon, changement de tactique, les chaises sont déplacées sous la véranda pour éviter le sable.
L’imam arrive avec plusieurs hommes assez âgés. Ils saluent et s’assoient. Le chef du village nous place à côté de Sélé. L’imam est face à nous avec le chef et d’autres personnes. Il nous demande nos noms et prénoms et les note en arabe sur un coin d’enveloppe.
Sélé présente les obligations traditionnelles : 18.000 FCFA pour la dot, 2000 pour que Mimi s’achète des sucreries, 2.000 pour une natte pour la mosquée, 1500 pour les frais et deux kilos de noix de cola. Ça discute en Sérère et finalement je dois rajouter 5000. Tout ça est disposé sur la natte au sol.
Puis l’Imam récite des sourates et prononce le mariage. Il prend les frais, donne la dot à Mimi et l’on distribue les noix de cola à tous les participants.
Mimi et moi remercions tout le monde. Djérédjef ! Sélé traduit. Khadi apporte des verres et des sodas. Chacun boit une boisson sucrée comme la vie qui nous attend dans le mariage.
Le photographe du village que j’avais commandité prend des photos. Babacar filme avec ma caméra. Nous aurons des souvenirs pour montrer en France…
Les participants s’en vont et nous nous retrouvons en famille avec les félicitations et de nouvelles photos.
Nous prenons une douche à la maison et après les aux revoirs, nous rentrons au bateau.
Nous regardons les photos et dînons heureux !
Voilà la meilleure façon de conclure deux ans et demi d’une relation heureuse !
Je suis heureux, serein et empreint de sérieux devant les obligations et l’avenir. Mimi est heureuse et sereine maintenant par rapport à sa religion et à sa famille.
Quant à la nuit de noces, elle est privée et ne se raconte pas….

Le 19.04.2007
Nous nous levons tranquillement. La fête aura lieu vers 17h.
Mimi et moi traînons au bateau, en profitant de notre intimité sur le Sine très calme, sans vent.
En fin de matinée, je vais à terre dans la famille pour régler les derniers détails pour la fête. Les filles se sont occupées de tout et ont acheté la viande. Des femmes venues du village, avec une grande marmite, préparent le repas du soir. J’en vois sept qui épluchent les oignons et les coupent en tout petits morceaux. Elles font ça tout en discutant, assises sur de petits bancs, dans la cour, à l’ombre de l’arbre. Une autre s’active autour de la marmite pour entretenir le feu de bois qui cuit la viande. Ça sent bon. La cuisinière transpire à grosses gouttes au soleil et à la chaleur du feu. La marmite en aluminium est noire de suie. Je prends quelques photos.
Je vais discuter avec les unes et les autres. Bientôt arrive l’heure du déjeuner préparé par une fille de la famille. Un tiebboudiène traditionnel. C’est délicieux. Je mange avec Sélé, Hadji et Salifou.
Mimi est restée au bateau pour se reposer et manger léger.
Je rentre au bateau pour faire une petite sieste en compagnie de Mimi. Lorsque j’arrive, elle se fait bronzer au soleil sur le pont.
Nous retournons à terre vers 16h. Je m’habille d’un boubou marron et bleu avec des mocassins. Mimi va dans la chambre de Khadi et se prépare. Khadi lui a prêté un beau boubou marron avec de belles broderies. Une femme la maquille et lui fait sa coiffe. Lorsque je rentre dans la chambre, c’est le choc. Elle est superbe en grande dame sénégalaise.
Je retourne dans la cour. Les cuisinières font cuire au-dessus de la marmite de viande à la sauce aux oignons du vermicelle à la vapeur. La quantité est impressionnante. Elles le touillent avec un grand écumoire. Bientôt tout est cuit et elles dégagent la cour.
Les filles de la famille préparent des bancs autour de la cour. Les musiciens arrivent avec leurs djembés. Ils s’installent sur des chaises et commencent à s’accorder. Alors les gens arrivent. Des femmes et des enfants qui s’assoient sur les bancs. Ou plutôt les plus âgés sur les bancs et les enfants sur le sable de la cour.
Quelques femmes commencent à chantonner et à danser. Des enfants se risquent à danser un peu. Leurs amis rient et s’amusent de l’exhibition de chacun. Des femmes viennent danser. Une autre vient les défier et tente de danser mieux !. Elles martèlent le sable de leurs pieds en lançant en l’air la main droite, la gauche tenant leur haut de boubou.
C’est Amy qui danse le mieux. Elle vient devant moi et me fait une danse gracieuse et endiablée en me fixant dans les yeux en souriant.
Lorsqu’il y a assez de monde, Mimi arrive sous les hourras. Elle fait le tour de l’assistance en saluant chacun. Il y a maintenant plus de 100 femmes et autant d’enfants. Les hommes n’assistent pas à ces fêtes de femmes. Seuls les hommes de la famille sont là. Ils restent assis pour garder leur dignité. Je ne danse pas non plus. Mimi entre parfois dans le cercle et danse à la sérère ! Cela fait rire et applaudir les femmes ! Les femmes qui ont peiné à préparer la fêtesont maintenant en beau boubou et dansent à qui mieux mieux !
La fête se poursuit au rythme des djembés. Les danseuses sont belles à voir. Mimi est radieuse. Je ris souvent des exhibitions des unes ou des autres ou des enfants. Babacar nous filme avec ma caméra pour que nous ayons un souvenir. Le photographe du village nous photographie et nous fait poser à l’ancienne….
Vers 19h, la musique s’arrête et le repas va commencer. Je vais à la cuisine et vois partout sur les étagères, sur le sol, de grands plateaux de vermicelle à la sauce oignons et viande. La quantité est impressionnante. Les filles apportent les plateaux, les bols sous les vérandas et des cercles se forment et chacun mange à la main. Mimi et moi dînons avec Théophile et Hadji et Salifou, dans la chambre de Khadi avec des fourchettes. C’est un plat de fête et c’est délicieux ! Pour boisson, il y a des sodas, du coca et de la limonade bien sucrés !
Lorsque les gens ont mangé, ils rentre chez eux. Certaines femmes restent et participent pour tout ranger.N’Deye gère les restes et continue à préparer des bols que les enfants apportent cher le chef du village, chez l’imam, chez des amis qui n’ont pu venir….
Le calme s’abat sur la cour, avec la fraîcheur du soir. Chacun dit son contentement que la fête se soit bien passée, qu’il y ait eu beaucoup de monde, que chacun aie bien mangé et bu et que les participants aient exprimé leur contentement. Le prestige de la famille en sort grandi, une fois de plus.
Mimi et moi remercions les femmes de la famille, Sélé et Théophile pour leur aide et leur présence.
Pour une fête, c’est une fête qui restera dans nos souvenirs ! Mimi est belle et rayonnante.
Nous rentrons au bateau nous reposer, heureux et détendus.

Le 20.04.2008
Ce matin nous traînons au bateau. Je copie les photos et tente de mettre sur DVD le film de la veille. La caméra n’est pas reconnue par l’ordinateur, je ne sais pourquoi. Malgré mes tentatives, je n’y parviens pas. Mimi emportera la caméra et ses filles essaieront en prenant leur temps.
Nous allons à terre voir la famille. Elle se remet des efforts de la veille. Manafy demande à Mimi de l’argent et Mimi le prend mal. Elle me le dit et je lui dis de ne pas donner. La coutume ne l’y contraint pas et nous avons payé la fête. Cette demande choque Mimi et l’attriste…
Nous déjeunons et une femme demande la dépense pour le repas du soir. Je réponds que s’il en est ainsi nous mangerons au bateau ! Un peu ça va, trop ça ne passe pas !
Nous rentrons au bateau faire la sieste. Ce soir nous rentrerons à terre pour dormir chez la famille de façon à être prêts à partir pour Dakar vers trois heures du matin. Mimi doit embarquer vers 7h à l’aéroport pour décoller vers 9h. Moi je rentrerai à N’Dangane seul. J’ai du mal à y penser. Je blague avec Mimi en lui disant que je vais prendre une seconde épouse sénégalaise pour s’occuper de moi en son absence….
Finalement nous avons une explication avec Khady et Manafy. L’argent que j’avais donné pour la fête a été dépensé pour la fête. La famille a même dépensé 5000 FCFA de plus sans me les demander, puisque j’avais fixé un plafond. La viande préparée ce soir a été achetée pour ce soir, elle ne reste pas de la fête. Nous dînons donc avec des pâtes à la viande. Puis nous rentrons l’annexe dans la cour de la maison et nous allons dormir dans la chambre occupée avant par Sana.
Toute la soirée, on entant la musique de la boutique d’à côté, les discussions des gens dans la rue. Impossible de fermer l’œil. En plus dans la chambre, il fait chaud et les moustiques sont d’attaque ! De quoi nous faire regretter le bateau. Mais prendre l’annexe à 2h30 du matin ne nous a pas tenté.
Mimi sort prendre l’air pendant que je dors par courts instants. Elle pense qu’elle a oublié son ordinateur à bord. Elle demande à Babacar de l’emmener à bord avec l’annexe. Ce qu’il fait sans rechigner ! Mimi tente de dormir dans le petit salon affublée d’un tee-shirt sur le visage pour déjouer les moustiques. Hélas pour elle ils sont plus malins…

Le 21.04.2008
Courte nuit et réveil à 2H30. Nous nous préparons et attendons devant la maison la voiture qui doit nous prendre à 3H. Devant la maison, la plage est calme sous la pleine lune.Un vol de corbeaux pie vient se poser sur les arbres environnant en jacassant. Pas une ride sur le large bras du Sine. La voiture arrive à 3H. Nous chargeons les bagages de Mimi et nous voilà partis. La route traverse la brousse de nuit. La lune éclaire les baobabs et les acacias. Le paysage est majestueux. C’est superbe. Mimi s’installe la tête sur mes genoux pour dormir. Je suis étonné par le nombre de personnes qui marchent le long des routes ou attendent des bus, des cars, ou font du stop. Il y a bien des travailleurs matinaux au Sénégal.
Mimi qui voulait de la marge est satisfaite, nous arrivons à 5H30 ! Nous nous présentons à l’entrée du nouveau terminal de départ. Seul le voyageur muni de billet peut entrer. Mimi peut entrer pas moi !
Alors nous allons prendre un petit-déjeuner au terminal d’arrivée où tout un chacun peut entrer.
Après quoi nous retournons au terminal de départ. Nous convenons que j’attends que Mimi fasse son enregistrement avant de partir. Elle ressortira et nous nous dirons adieu.
Elle entre et j’attends. Elle revient dix minutes plus tard : La réservation électronique n’a pas été validée et il faut aller voir le chef d’escale pour qu’il téléphone à l’agence qui a vendu le billet.
J’y vais. L’homme est aimable. Il appelle l’agence qui finit par répondre. Elle a envoyé un mail demandant des pièces complémentaires de paiement alors que nous étions déjà partis là où il n’y avait plus intermet… Donc pas de billet !!!
Je vais voir Mimi. Nous décidons d’aller voir les compagnies et agences dans l’aéroport. Une première agence à des billets pour ce soir. Air Afrique International a un billet pour ce soir, pas plus cher que le billet électronique. Sur notre insistance, la femme, très aimable téléphone pour savoir s’il ne resterait pas une place dans le vol de 9h que devait prendre Mimi. En principe non. Mais la femme établit un billet et Mimi va à l’enregistrement pour partir si au dernier moment, il reste une place. Sinon le billet sera pour ce soir…
Du bureau de la femme, je vois le hall de départ et Mimi assise près de l’enregistrement. Une demi-heure avant le départ et il y a encore des gens avant elle. Puis elle est seule, mais on la fait attendre… Un quart d’heure avant l’envol, je la vois poser sa valise sur le tapis roulant d’enregistrement, mais ça s’arrête là. Puis on lui donne le billet validé et je la vois venir vers la sortie. La femme me dit qu’on l’a mise en classe affaire ! Je la remercie et cours vers l’entrée. Mimi a juste le temps de me confirmer qu’elle part, de m’embrasser et elle court vers le départ.
Je n’ai plus qu’à rejoindre la voiture qui m’attend au parking.
Nous refaisons les 220 Kilomètres en sens inverse pour arriver à 12h30 à N’Dangane, dans la famille. Je suis fatigué. Je dis bonjour et vais dormir en attendant de manger. Je me réveille à 14h et je déjeune avec Sélé. Puis je ne fais rien de l’après-midi, désorienté d’être seul et en attendant d’aller voir le père de Sana qui vient d’aller à l’hôpital du campement pour une crise de palu grave à plus de 80 ans. Nous y allons en fin d’après-midi. Le petit hôpital a été construit par une ONG « World Vision ». C’est simple et propre. Le malade paye la journée d’hospitalisation, les médicaments et les examens. S’il n’a pas d’argent, il n’est pas admis. Dans la chambre il y a un autre lit pour l’accompagnateur, épouse ou membre de la famille qui reste avec le malade. La nourriture est apportée par la famille pour chaque repas.
Birham est accompagné de son épouse. Ses enfants ou apparentés font et apportent les repas. Il va mieux après antibiotiques, antipaludéens et perfusions. Il est tiré d’affaire. Je donne quelques sous pour aider à payer les frais. Il me remercie et me dit qu’il prie pour moi pour que la mer soit clémente et que j’arrive à bon port !
Je rentre dans la famille, salue et rentre au bateau.
Je suis seul. Je mange des fruits dans la chaleur du soir. Pas de vent, pas d’air.
J’écris avant de me coucher. Nous verrons demain. Je bricolerai sur le bateau pour préparer le départ.
J’échange des SMS avec Mimi. Elle est bien arrivée. Ses filles sont venues la chercher. Je lui manque déjà… Moi aussi elle me manque. Je verrai comment faire avec dans les jours qui viennent. Ce soir, je suis triste et ai envie de dormir…

Le 22.04.2008

Journée terne ; il faut que je retrouve des repères maintenant que Mimi est partie. Je bricole à bord, puis je vais dans la famille. Je me sens seul. Les personnes parlent souvent en sérère, ce qui ne me gêne pas d’habitude. Là je me sens seul et je sens une difficulté de communication. Même avec Salifou, que je vais bientôt quitter. Lorsqu’il était loin je pensais souvent à lui, à ses difficultés et projets économiques. Maintenant que le départ approche, je sens une distance entre nos deux vies. Faute de visa possible, je ne peux l’emmener avec moi comme il me l’avait demandé. D’autres aussi me l’ont demandé. Ce rêve est partagé ! Et moi je vais repartir et il me suffit d’un passeport européen et l’on me donne un visa en arrivant, alors que pour un Sénégalais, il faut des garanties de ressources, un billet retour, des assurances… Deux poids, deux mesures….
L’après-midi, je rentre au bateau vers 17h et j’enregistre sur disque dur les CD de musique sénégalaise que j’ai achetés à M’Bour. Les deux que je préfère ce sont Ismaël Lo et Oumar Pene qui sont superbes. Je décide de partir après-demain le 24.
Pour ça il faut que je prépare les routes. Le plus risqué sera N’Dangane, Mar Lothie et ses bancs de sables qui nous ont retenu à l’aller. J’ai le téléphone d’Ablaye et Babacar pour qu’ils viennent avec leur pirogue au cas où…
Puis, en mer je devrais veiller pour éviter les pêcheurs. Comme il y a peu de fond, je pourrai jeter l’ancre en cas de besoin avant d’arriver en Casamance. D’autant plus qu’en ce moment il y a peu de vent et que jusqu’à l’embouchure de la Casamance il y a 100 miles.

Le 23.04.2008

Ce matin, je me réveille tôt, seul sur ma grande couchette. Je déjeune et fais la route sur ordinateur. Devant la carte, je pense aux difficultés de naviguer seul en navigation côtière, avec tous les obstacles et l’envie de dormir, la fatigue.
Je bricole le taud décousu, car il pourra me servir vu la chaleur qui ne cesse d’augmenter.
Je vide le puisard dans lequel il y a encore du gasoil. Je vérifie les jauges qui ne semblent pas varier. Le réservoir journalier ne semble pas fuir. Je ne vois pas de fuite aux deux autres réservoirs… Mystère. En attendant ce problème n’est pas encore résolu…
Je vais à terre dans la famille. Je commence mes adieux, annonçant mon départ pour demain matin. Salifou est à Mar chez sa femme et doit revenir ce soir pour que nous allions ensemble jusqu’à Djifère.
Je passe la journée ainsi entre nostalgie de Mimi et imminence du départ de cette famille à laquelle je suis attaché, que j’aime.
J’envoie un SMS aux enfants leur annonçant mon départ. Sophie m’appelle. Elle n’avait pas compris que Mimi était déjà à Paris. Elle dit qu’elle aurait pu partir après avoir été avec moi jusqu’au Brésil. Elle à un peu peur de me savoir seul pour la traversée. Je la rassure.
Mimi m’appelle. Elle est avec ses filles qui vont bien et sont heureuses de la voir.
Dans une quincaillerie du coin, je renouvelle mes seaux qui sont fendus, pour des seaux qui paraissent très résistants. J’achète 20 mètres de bout de 8 millimètres, pas cher.
Je suis prêt pour le départ. Demain j’aurai à plonger pour donner un coup de brosse sur la coque et sur le loch afin qu’il indique la vitesse. Ce sera une première en solitaire. Salifou m’accompagnera jusqu’à Djifère, puis je serai seul.
J’écris au son du muezzin qui récite le coran pendant des dizaines de minutes. Pour l’instant je ne suis pas abattu, ni trop seul. Je retrouve un rêve de navigateur solitaire que j’avais abandonné il y a long temps… Je rajeunis en quelque sorte !

Le 24.04.2008

C’est le jour du départ. Je suis réveillé tôt. Je vérifie les niveaux, ferme les panneaux de pont. Je range les drisses. Je cale tout ce qui peut bouger en navigation…
Je plonge pour laver la coque. Le courant est trop fort pour plonger seul, sans l’aide d’une personne et d’une corde. Je remonte.
Puis, je vais à terre, dans la famille. Je fais mes adieux. Comme à chaque fois c’est dur. Je me sens bien ici et je n’ai jamais envie de partir et en même temps il faut bien partir, pour aller plus loin. Je dis au revoir aux filles, puis à Manafy qui pleure comme la dernière fois.Elle pense qu’elle est vielle et qu’on ne se reverra pas.
Je vais au bateau avec Salifou qui va me conduire jusqu’à Djifère de façon à avoir le maximum de chances de ne pas s’ensabler à Mar ou ailleurs.
À 12h30, je lève l’ancre. Salifou se met à la barre.Nous passons doucement le long de la plage de N’Dangane et je vois la maison de Manafy avec Sélé qui fait signe, N’Deye aussi et les enfants. Plus loin sous l’embarcadère, il y a Toco Sékou qui fait signe avec quelques vieux que je connais. Le village s’éloigne, on voit la lagune puis les palétuviers.
On navigue sur le Sine qui est large mais peu profond. Nous arrivons devant Mar Lothie. Nous voyons l’endroit où nus nous sommes ensablés à l’aller. De loin on voit le banc de sable d’une couleur jaune sale sous l’eau.
Nous passons totalement à bâbord à l’opposé de la fois précédente et ça passe. Il n’y a pas moins de 4 mètres d’eau.Nous arrivons sans histoire à Djifère. Là, je vois au mouillage un bateau qui ressemble à Carte Blanche, mais je ne vois pas le portique blanc. Je passe. Soudain je vois une annexe qui fonce sur moi. Jean Pierre de Carte Blanche a reconnu Diam Rek et il vient aux nouvelles. Je jette l’ancre. Il m’invite à l’apéro. Je lui dis que je ne m’arrête pas, que je dépose seulement Salifou. Il se propose de l’amener à terre. Nous discutons un moment avec plaisir et Salifou monte dans son annexe qui s’en va à terre. Jean-Pierre revient vers moi et me souhaite bonne chance seul en me disant de faire attention à moi !
Je continue vers la sortie du Saloum. Je passe au moteur les lames de l’entrée. Je mets le génois et le vent tournant et une lame me mettent à contre. Le moteur ne peut me faire tourner. Le génois ne veut pas rentrer. Je force un peu et la barre de flèche découd une laize. Je ne peux plus me servir du génois ! Je mets la trinquette et finis par passer la lame avec très peu de profondeur.
Je gagne la plus haute mer qui est toujours très peu profonde, moins de 10 mètres. Je mets la trinquette seule et avance à 3 nœuds. Mais le vent tombe vite et je me traîne à 1,5 nœuds. Je ne peux mettre seul la grand voile à cause des ris à tirer avant de l’établir. Il faut être un au pied de mat et un autre en bout de baume. Il va falloir que je trouve un système débrouille pour être autonome…

Le 25.04.2008

J’avance toute la nuit au pas. Au matin il finit par ne plus y avoir de vent du tout. Je me résous à mettre le moteur. Ça va durer toute la journée, puis le soir et le début de nuit.
Comble de chance une brume épaisse me cache la vue. De toute façon il n’y a personne. En tout je verrai un chalutier en face de la Gambie, et une pirogue de pêche vers l’entrée de la Casamance. Pas de filets ni de casiers non plus…
Au large de la Casamance la ligne de traîne indique une touche. Je remonte un barracuda d’un Kilo. Assez vite un autre de même taille. Je les prépare et range la ligne. Le barracuda est un poisson fin excellent ! Un pour ce soir et un pour demain !
J’arrive devant l’entrée de la Casamance à 2h du matin, à l’heure de la marée presque haute, mais la nuit. Il y a une demi-lune qui éclaire malgré les restes de brumes…
Mouiller dehors, en mer avec près de 10 mètres de profondeur et des vagues ce n’est pas tentant. Entrer avec les passes mal indiquées, qui peuvent bouger selon les bancs et avec un peu de mer…
Finalement j’opte pour entrer en faisant confiance aux cartes et au guide déjà vieux de 20 ans. Je me fie à la carte et choisis la passe médiane en sachant qu’il y a un seuil à trois mètres….
Je me dirige vers la bouée Casamance que je ne vois pas… Je vais vers la seconde bouée à quelques miles sans plus la voir. Mais les profondeurs correspondent à ma position indiquée par le GPS sur la carte. Je continue vers la passe d’environ 3 mètres. Là, je vois enfin une bouée qui figure sur la carte. Je passe, 4 mètres, trois, puis moins avec des indications intermittentes. Soudain je suis environné de vagues qui me font surfer, hautes de plus d’un mètre et qui déferlent sur les hauts fonds. Ou ça passe ou je me plante. Le suspens est très désagréable, mais court, quelques secondes. Puis je suis à 6 mètres puis plus. Je suis passé. Après un passage facile, il y a un deuxième haut-fond à passer. Moins de 3 mètres, pendant quelques minutes puis ça passe !!! Ouf ! Bon je n’ai plus qu’à suivre la carte jusqu’à Djogué à l’entrée de la Casamance. Je vois enfin la rive et l’endroit indiqué pour le mouillage. LA profondeur est de 10 mètres près de la plage. J’approche jusqu’à 5 mètres en étant à moins de 20 mètres de la plage. Je jette l’ancre. C’est la première fois que je suis seul, de nuit et dans un lieu inconnu avec le courant de la rivière. Ça se passe bien. Le bateau s’immobilise et tire sur l’ancre. Il est 4 heures du matin. Je distingue des silhouettes de cases et de pirogues. Je vais vite me coucher. Je suis mort de fatigue mais heureux d’être arrivé sans encombre.

Le 26.04.2008

Je suis réveillé à 7h30. J’entends le clapot des vagues sur la plage.Je vois le soleil par la descente. Je vais voir comment est le bateau. Il est en sens opposé à hier soir. La marée monte et il fait face à la marée. Alors je peux partir avec la marée !
Petit-déjeuner rapide, vaisselle, toilette, préparatifs divers et je lève l’ancre à 10heures.
La carte est précise et il ne semble pas y avoir de difficultés ; Il faut bien suivre les profondeurs, bien balisées par des bouées. La Casamance est immense, 2 ou 3 kilomètres de large. Il y a des pirogues qui passent déjà. J’avance au moteur avec le courant de marée qui me pousse. Je vais à 6 nœuds à 1600 tours. J’avance vite.
Je déjeune avec le barracuda de la veille et du riz aux oignons. Je me régale !
La rivière est belle. Par endroits il y a des cases dans une trouée des arbres, juste en bordure de rivière. C’est pour moi l’image d’un paradis terrestre possible au contact de la nature… À condition d’aimer la solitude évidemment !
J’arrive à 16h devant Ziguinchor. Je vois des bateaux mouillés. Je fais le tour et arrive par derrière. Je vois Daam Dour, Lambaréna et 5 autres bateaux à l’ancre. Je choisis une place. Dominique me fait signe de passer devant. J’y vais doucement. Je mets le moteur pour équilibrer le bateau avec le pilote automatique le temps que j’aille à l’avant et laisse descendre l’ancre par 9 mètres de fond !. Je mets un orin car le lieu a la réputation d’avoir des épaves où les ancres peuvent se prendre.Une fois à l’ancre, je me trouve un peu plus près d’un bateau que prévu, mais ça devrait aller.Je range et bois un grand coup d’eau fraîche ! Je suis heureux d’être arrivé et d’avoir pu me débrouiller seul. C’est un apprentissage, imprévu, mais utile.
Mimi m’appelle, elle est inquiète de n’avoir pas de nouvelles. Ça ne passait pas en mer…
Je suis heureux de retrouver les amis navigateurs. Sana m’appelle et je lui confirme que je suis dans sa ville et que nous nous verrons demain.
Je me mets à l’ordinateur pour écrire. Je veux rester à bord pour voir la renverse et le comportement du bateau et des bateaux environnants. J’espère que tout se passera bien. Et puis je n’ai pas le courage de bouger, je suis fatigué.
Ici il va falloir que je trouve quelqu’un pour coudre ma voile, et pour me faire un taud correct pour la traversée. Que je trouve du câble électrique et des cosses de bonne section pour résoudre le problème de démarrage du moteur pour lequel il faut une tension bien supérieure à avant pour démarrer.
Après quoi je pourrai visiter la Casamance.
Toute la journée, la chaleur a été intense. Ce soir le vent se lève un peu frais. Il fait danser le bateau. La marée montante se termine. La marée descendante n’est pas commencée. Alors le bateau amorce un quart de tour, poussé par le vent et plus poussé par la marée montante. Il fera son second quart de tour avec la marée descendante. Le mouvement dure une bonne heure. Les bateaux vont à leur rythme en fonction de leur poids, de leur fardage, de leur quille…
C’est curieux à voir. Il faut faire attention de ne pas être trop près d’un voisin…
Je reçois un SMS de Mimi qui pense à moi. Je lui réponds. Nous sommes séparés pour un ou deux mois, juste après le mariage, c’est dur !

Le 27.04.2008

En début de nuit, j’entends un léger choc. Je monte sur le pont. Je touche un bateau. Le propriétaire monte sur le pont et repousse son bateau. Les bateaux errent sur le fleuve et réagissent différemment selon leur poids, leur structure et leur fardage. Le propriétaire râle et me demande d’aller mouiller plus loin. Le temps que je m’habille, trouve mes lunettes et démarre le moteur, c’est lui qui va mouiller plus loin. Un autre propriétaire de bateau proche vient me voir en annexe. Il m’avait prévenu que j’étais trop près. Je ne l’ai pas touché, mais il veut aller plus loin. C’est lui qui bouge car ils sont deux et je suis seul. Il va plus loin. Je reste un moment sur le pont pour voir les mouvements des bateaux. Tout semble aller bien. Je retourne me coucher.
Je me réveille vers 8 heures. Je mets la radio et entends RFI.
Surprise : des coupeurs de route ont attaqué un car au Sénégal entre Kaolack et Ziguinchor. Ils ont dévalisé les voyageurs et fait deux blessés. Dans un pays si calme, des restes de guerre existent… En plus la hausse des prix alimentaires poussent des gens à agir pour survivre.
J’écoute une discussion sur Aimé Césaire. Il se réclamait nègre, apportant la connaissance fondée sur l’intuition comme héritage de l’humanité. L’intuition qui fait que les Africains ont une avance dans les arts en opposition aux occidentaux qui ont une connaissance basée sur la raison qui leur donne une avance scientifique et technique. La discussion est passionnante. Pourtant lorsque j’ai essayé de lire la poésie de Césaire je n’y suis jamais parvenu tant elle me semble compliquée et intellectuelle…
J’appelle Sana qui m’attend chez lui à Ziguinchor dans sa nouvelle maison. Je prends un taxi pour 400 FCFA. Il m’amène sur la route de Ousouille en limite de Ziguinchor.C’est Goumel, un quartier neuf qui sort de terre en limite de champs et de forêt. Des parcelles sont construites d’autres sont encore vierges ou en chantier. Les maisons sont grandes et belles. La maison de Sana est reconnaissable à la voiture R11 qui est garée devant. Une antiquité entièrement refaite et qui sert à Sana pour aller au travail chaque jour. Les enfants m’accueillent. Je n’en reconnais aucun tellement ils ont grandi. Ils ont entre 21 ans et 15 jours pour Birham qui vient d’arriver.
Je revois Oumi la maîtresse de maison. Sana est assis dans le salon cloué là par des problèmes de hanches. Je suis heureux de le voir et de découvrir sa nouvelle maison pour laquelle il s’est endetté. Elle est belle, toujours brute de béton, mais habitable. Il est enfin chez lui et aura payé dans quelques années. Sana est ingénieur agronome, professeur et sous directeur d’une école d’agriculture. Sérère du Saloum, il vit en Casamance depuis des années.
Nous discutons de la famille, de Ziguinchor, du Sénégal et d’agriculture. Auprès de lui je me sens bien, en toute amitié. Nous partageons une partie de la culture occidentale et une partie de la culture sénégalaise.
Voir un ami toutes les quelques années fait des raccourcis dans les trajectoires de vie. L’impression est d’assister à des destins avec les résultats espérés, voulus et ceux effectivement arrivés. J’ai un sentiment d’acceptation de la vie telle que nous la vivons de part et d’autre de la Méditerranée. Je ne sais comment dire cette affinité sereine avec nos différences.
Dans l’après-midi, nous regardons une rencontre de lutte sénégalaise à Ziguinchor. Tout le folklore mystique entourant ce sport est impressionnant. Chacun y croît plus ou moins, mais plutôt plus que moins. La lutte sénégalaise est le sport le plus populaire, avant même le football !
Les grandes marques ont investi dans ce sport. Orange sponsorise nombre de lutteurs qui portent des tee-shirts Orange !
Je dis à Sana que je cherche un électricien diéséliste et un voilier. Il appelle un ami qui le met en relation avec un mécanicien qui m’appellera demain pour changer mes fils électriques trop faibles qui m’empêchent de démarrer le moteur si le voltage n’est pas suffisant.
Le soir nous dînons d’un plat traditionnel, le lakh. C’est un couscous de mil sucré et chaud couvert de lait caillé froid ! C’est très bon, consistant et très sucré !
Le soir, il est temps que je rentre au bateau. Sana me raccompagne en R11 après un démarrage délicat en poussant la voiture.
Je rentre au bateau en allant doucement avec l’annexe à cause des vagues sur le fleuve. Je ne veux pas me retourner, je suis prudent.
Je me couche vite dans la nuit chaude.

Le 28.04.2008

Le mécanicien de Sana m’appelle. Il m’attend à l’embarcadère. Je vais le chercher en annexe. Au bateau, il regarde et prend des mesures pour acheter fil et cosses. Il me rappellera vite dés qu’il aura le matériel. Je le raccompagne et vais en ville à pied faire des courses. Je vais au marché couvert. Un beau marché en béton avec des étals de fruits et légumes et une autre partie pour le poisson. Il y a du choix et les prix sont raisonnables. J’achète des légumes et du poisson. De la lotte que le vendeur me prépare en un tour de main.
Je rentre à l’hôtel et y trouve Jacques et Adrienne. Nous discutons un moment. Ils sont enthousiastes sur la gentillesse des Sénégalais et supportent mal l’attitude raciste de certains plaisanciers. Nous parlons de nos rencontres au Sénégal, de livres lus…
Adrienne avait essayé une liaison wifi sans grand résultat ce jour…
Je rentre au bateau et déjeune de salade de tomates avec concombre et oignons avec des filets de lotte ! Avec un pastis quoi de mieux par une telle chaleur !
L’après-midi, je vais à l’hôtel Kadian Doumagne. J’aborde au ponton où l’on peut laisser en toute sécurité son annexe, juste attachée. On débarque alors sur la terrasse du bar en bordure de fleuve. Il y a la piscine à l’eau bleu transparente avec des transats autour ! Des jardins avec des arbres et des fleurs. Il y a des hibiscus, des bougainvillées de plusieurs couleurs, des frangipaniers qui sentent si bon. Un vrai petit coin de paradis au bord du large fleuve aux eaux peu claires et souvent agitées par la marée. Je m’installe à une table et branche mon ordinateur. Personne ne me demande rien. Le wifi fonctionne très bien mais avec un débit très lent. Je peux enfin récupérer mes mails, faire un tri et répondre aux amis qui commencent à s’inquiéter de mon silence…
Je veux aller sur le site Diamrek et je me fais jeter. Alors je tente de télécharger les mises à jour des logiciels. C’est si long que je dois abandonner au bout d’une heure… J’envoie un mail à Jean-Michel avec du texte en pièce jointe pour qu’il le publie sur le site s’il y parvient….
Lorsque j’ai reformaté le disque dur de mon Mac, j’ai remis des logiciels plus anciens et il doit manquer une application compatible avec le serveur qui héberge le site….
Le soir, je rentre au bateau. Je fais avancer l’annexe très prudemment sur l’eau agitée du fleuve. La marée monte et lutte contre le courant du fleuve. Les vagues sont courtes et rapprochées. Je ne m’assieds pas sur le boudin de l’annexe mais sur le fond, bien au milieu. Il fait une chaleur étouffante. Je transpire sans rien faire. Je reste dans le cockpit et j’entends le chant de l’eau qui glisse contre la coque et des vagues qui viennent se briser. La vie de cette eau est impressionnante d’énergie. Un peu plus loin il y a un pont qui relie les deux rives ; il mesure 720 mètres ! La Seine est bien petite à côté !
Je me sens seul. La journée, je ne m’en aperçois pas, mais le soir, ça me pèse. Mimi est loin, elle me manque.
Je lis un moment et me couche tôt.

Le 29.04.2008

Le téléphone sonne et me réveille. C’est Mimi qui me dit bonjour en oubliant qu’à Paris il est deux heures plus tard. Ici il est 7h30. Mais bon, ça fait plaisir d’entendre sa voix. Elle va bien et profite de la présence de ses filles.
Je me lève et appelle le mécanicien. Il n’a pas trouvé de fil électrique de 50 mm2 à Ziguinchor ! Alors il continue à chercher et réfléchit à une autre solution. Lorsqu’il aura trouvé, il m’appellera….
Je vais revoir mon contact pour la couture de la voile et d’un taud pour avancer et je dois appeler Daniel pour avoir son avis pour la traversée et un feu vert météo.
Le mécanicien me téléphone et vient. Il a trouvé deux câbles de 70mm2. Nous allons à bord et il remplace les câbles trop fins et raccourcit les ponts entre les coupe-circuits. Je démarre le moteur ; ça marche. Espérons que ça marchera avec un niveau d’énergie plus bas dans les batteries moteur.
Après déjeuner, je vais au bar de l’hôtel pour tenter de télécharger les mises à jour de logiciels en espérant que je pourrai ainsi aller sur le site de Diamrek sans me faire jeter…
Hélas la liaison internet est si faible que je ne peux rien télécharger, pas même recevoir les mails…
Je vais alors me promener en ville. Zinguinchor est adossée au fleuve, mais pas axée dessus. Les rues sont larges, bordées de vielles maisons, de cases aux toits de tôle rouillée. Tout semble inchangé depuis un siècle. Il reste de vieux bâtiments français, pas entretenus depuis longtemps, qui se fondent dans le décor.Il y a des arbres un peu partout, même quelques flamboyants en fleurs ; une splendeur !
Les magasins ont l’air aussi vétustes que le reste. Néanmoins ils regorgent de marchandises.
Des gens m’accostent pour me vendre des souvenirs. Ils sont aimables et n’insistent pas. Une vendeuse de colliers à qui je refuse d’acheter sa marchandise et à qui je dis que je cherche à faire un double de clef, se renseigne et m’accompagne en taxi jusqu’au marché Boucotte. Là dans une rue aux multiples étals et ateliers en plein air, il y a une échoppe clefs-minute. Le monsieur cherche et se met au travail. En quelques minutes, j’ai ma clef. Nous reprenons le taxi et je raccompagne la vendeuse. Plus loin un marchand de masques me hèle. Je lui dis que je ne suis pas intéressé par les masques modernes mais par des anciens. Il me dit qu’il peut aller en chercher. Il revient une demi-heure plus tard avec un sac de riz de 50 kilos plein de masques et statuettes Diolas de Casamance. Il y a de belles pièces. J’en retiens trois et discute. Les prix proposés sont élevés. J’explique que je n’ai pas les moyens. La discussion commence et une heure plus tard j’achète un masque avec un visage et un crocodile que le sorcier mettait pour attirer les crocodiles que les chasseurs étaient prêts à tuer pour qu’ils ne terrorisent plus la population.
Je ne sais s’il est si ancien, mais la facture est très belle, les formes aussi.
Je rentre au bateau car il se fait tard. Après le repas, je lis un peu et m’endors au chant du courant du fleuve.

Le 30.04.2008

Aujourd’hui je dois avancer pour la réparation de ma voile, pour le plein d’eau et de gasoil et pour l’avitaillement. Je n’aurai plus qu’à attrendre le feu vert de Daniel le routeur. Je suis au pied du mur, devant la traversée. Je n’ai pas encore d’impressions fortes. Comme d’habitude je me jette dans l’action en l’ayant préparée et ensuite je ressens les difficultés et j’y fais face autant que possible…
Je vais à l’hôtel et vois Dominique qui doit me mettre en contact avec un tailleur. Il m’indique un tapissier qui a déjà travaillé pour des voiliers. Je lui téléphone et il vient pour voir le taud et prendre des mesures… Il monte dans l’annexe et perd l’équilibre. Il tombe à l’eau et crie au secours. C’est un monsieur de 130 kilos et il est pris entre les bouts de différentes annexes et le ponton. Je ne parviens pas à le hisser d’autant plus qu’il est paniqué. J’appelle au secours et Dominique vient. À deux, nous y arrivons. Le pauvre Monsieur Tall est tout mouillé et ses affaires aussi. Nous l’emmenons à la douche de la piscine. Il prend une douche tout habillé pour se laver de l’eau sale. Je démonte son téléphone portable pour le sécher… Pourvu qu’il fonctionne encore !
Je le laisse avec Dominique et vais au bateau pour affaler le génois. Le génois reste coincé après 50 centimètres. J’ai beau tirer sur la toile, rien ne vient. Je monte au mât pensant que la drisse est coincée dans la poulie. Je suis seul et je n’ai pas le droit à l’erreur car je ne suis pas attaché. Je monte sous un soleil très fort. Arrivé en haut, je constate que tout est en ordre. C’est la pièce qui coulisse sur le profil qui est coincé. Je redescends pour prendre une pince multiprise. Je remonte après avoir bu un grand verre d’eau. Il faut faire vite car le génois est déroulé et si le vent se lève ce sera encore plus difficile ! Je remonte. Là haut je tente de dévisser le manillon pour libérer le génois. Vu la position très précaire, je n’y parviens pas. Au bout de quelques minutes, je redescends. Je prends un démanilleur et je remonte. J’ai les jambes fatiguées qui flageolent. Je tente de réussir avec le démanilleur. Je n’y arrive pas plus… Je redescends pour prendre un cutter afin de couper la sangle qui retient la voile. Je rebois un verre d’eau. Je transpire comme une fontaine. Je remonte une quatrième fois. Le mât fait 15 mètres, l’équivalent de 5 étages ! J’arrive en haut vidé. Je mets plusieurs minutes à couper la sangle. Le génois tombe alors en partie sur le pont. Je redescends. Sur le pont je reprends ma respiration. Le vent s’est levé avec la renverse et le génois commence à partir à l’eau. Je le tire sur le pont et l’affale complètement. Je suis vidé.
Je cherche un sac à voile. Seul je ne parviens à rentrer le génois qu’à moitié. Je pousse le tout sur la poupe. Je démonte le taud. Je pousse le tout dans l’annexe sans que ça tombe à l’eau.
L’annexe est pleine. Je me mets sur la voile et je vais au ponton.
Là Monsieur Tall et Dominique m’aident. Nous faisons une halte et buvons un coup pour reprendre des forces. Monsieur Tall est sec et a repris ses esprits.Très religieux il dit que ça devait arriver.
J’appelle Daniel, le routeur. Il est absent, je lui laisse un message. J’essaie plus tard en vain.
Soudain j’entends une corne de brume. Un bateau voisin avertit qu’une pirogue avec son balancier et son filet à crevettes a rompu ses amarres et dérive vers le bateau. Elle passe près de Diam Rek mail l’évite. Par contre elle va s’arrêter sur le mouillage du bateau voisin. Je prends l’annexe, vais chercher le skipper voisin et vais au bateau entravé. Nous arrivons lorsqu’un autre voisin a réussi à libérer le mouillage de la pirogue. Nous rentrons au bateau. Quelle journée !
Mimi m’appelle. Je suis heureux de l’entendre. Elle est inquiète à l’approche de mon départ et me parle de revenir ! Ça n’a pas de sens. Elle doit faire des choix clairs et les assumer. Je la rassure et lui dis que je serai prudent.Je lui dis de rester avec les filles ; elle me rejoindra à Salvador de Bahia…
Après cette conversation, j’ai mal au ventre. Je ne comprends pas l’attitude de Mimi. Je comprends son inquiétude, mais elle ne peut être à la fois à Paris et à mes côtés…
Je me couche vidé !

Le 01.05.2008

Je me réveille tôt, mais je me sens fatigué. Je vais à l’Hôtel puis en ville pour retirer de l’argent au distributeur afin de payer Monsieur Tall qui doit passer vers 10h. Je vais au distributeur. Il y a la queue car un distributeur voisin est en panne. Les gens parlent d’un petit défilé du 1er mai. UN homme auprès de qui des talibés viennent faire la quête leur dit d’aller à l’école et dit à ses voisins que ça ne devrait pas durer, que les enfants devraient aller à l’école pour avoir un travail plus tard, que ces écoles coraniques n’ont pas grand rapport avec le coran ! Un Sénégalais dit tout fort ce que je pense depuis longtemps !
Monsieur Tall me rejoint à l’hôtel. Il a le sourire. Il reparle de sa chute d’hier. Il a eu mal au coup cette nuit. Maintenant, ça va. Il me parle du travail à faire. Il me parle de mardi. Je lui demande si c’est possible avant. Oui pour dimanche ! Super.
Je passe l’après-midi près de la piscine. Des enfants jouent dans l’eau avec de grands rires. Un léger vent souffle, c’est un aspect du paradis sur terre.
Je discute avec Jacques et Adrienne que j’aime vraiment bien. Jean-Pierre et Lise de Carte Blanche arrivent et nous discutons ensemble. Ils se sont arrêtés en Casamance à Djogué et à Karabane et les voilà, heureux de leur voyage. Ils ont talonné sur le sable à un moment, mais pas d’histoire pour le reste. Ils ont acheté des langoustes à des pêcheurs. Chacun parle de façon élogieuse de la gentillesse des sénégalais.
Cette après-midi, les tam tams jouent. Il doit y avoir une fête à côté… Je vais voir, c’est juste derrière l’hôtel. La rue est pleine de gens. Une bâche est tendue au-dessus pour protéger du soleil ; des centaines de femmes avec de superbes boubous sont assises sur des chaises à même la rue. Un groupe de djembés au centre rythme la fête. Des voitures arrivent et déposent de nouvelles participantes, toutes aussi richement habillées, parées, souvent avec sac et chaussures de la même couleur, doré, bleu, violet…. Et les djembés redoublent d’ardeur. Quelques femmes esquissent des pas de danse. Des toubabs s’arrêtent et regardent. Je m’assois sur un banc un peu à l’écart et je regarde cette féerie de couleurs et de sons ! Il s’agit d’un baptême. La famille n’a pas lésiné sur la dépense !
J’achète du pain et retourne à l’hôtel puis au bateau. J’ai toujours mal au ventre. Je mange et lis allongé sur la couchette. Je termine « Les bous de bois de Dieu » d’Ousmane Sambène. C’est l’histoire d’une grève de six mois que font les employés noirs du train Dakar Niger. C’est très bien raconté, au travers des divers participants. Ça me rappelle « La condition humaine » de Malraux. Il y a un souffle épique dans les deux romans. Je me souviens de ce que j’ai vécu en 68 en tant qu’étudiant à Nanterre et en tant qu’employé gréviste aux PTT. Les conflits internes sont bien mis en évidence. C’est un beau roman qui parle d’un événement vrai d’après guerre, du temps des colonies et de l’esprit colonial. Quelle dureté dans les rapporte entre blancs et noirs, il y a seulement un demi-siècle ! Je me souviens du temps de la guerre d’Algérie et du langage employé par les médias de l’époque ! Heureusement qu’il y a eu une petite évolution. Mais quel progrès reste à faire !
Ici au Sénégal les gens sont très agréables. Certains sont crispés dans leur recherche d’identité et développent un racisme anti-blanc. Mais c’est une minorité. Une minorité qui gagne en importance au fur et à mesure des actions américaines impérialistes dans les différentes régions du monde…

Le 02.05.2008

Ce matin, je me réveille tôt et j’ai mal au ventre. Je prends les guides sur la traversée et sur le brésil. Ça y est, je suis au pied du mur et j’ai le trac !Ça me rappelle le temps où je travaillais sur commande pour la publicité et où le trac me prenait lorsque je faisais une chose pour la première fois et que je savais que je ne pouvais me permettre de rater. Et puis à un moment tout se dénouait et je pouvais avancer et réussir.
Je vais à terre et je vois Jacques et Adrienne. Jacques me demande comment ça va. Je lui dis mon trac. Et nous discutons traversée. Pas de problème, cette traversée est plus facile qu’une navigation côtière. Il a déjà traversé 22 fois. Il lui est arrivé de ne pas toucher au réglage des voiles pendant toute une traversée ! La traversée de la zone intertropicale de convergence est sans problème.Parfois il faut entre un et trois jours de moteur, on traverse et l’on retrouve le vent plus loin au sud.
Je lui dis que j’ai encore une fuite de gasoil, que j’en ai marre. Il me dit que j’ai bien assez de gasoil avec les deux autres réservoirs. Il est très rassurant. Il me vante les charmes de Salvador et de sa région, des gens très agréables, de l’ambiance très cool….
Adrienne est sur internet. Alors je vais essayer de passer mes mails…
Je m’installe avec mon Mac et je ne peux recevoir internet bien que je sois connecté ! Pas d’internet et pas de mails ! J’enrage ! Je n’ai pas de chance ou quoi ! Mon matériel fonctionnait bien ces derniers temps. Alors quoi ?
À force de toucher aux réglages, j’ai enfin une liaison et des mails arrivent. Je peux aller sur internet. Pourvu que ça dure !
Je peux envoyer des mails à Mimi, à Daniel le routeur et à Jean-Michel qui met le site à jour pour les textes en attendant que je sois en mesure de le faire moi-même de nouveau…
Je rencontre Dominique et le Diola qui lui a fait les pleins et qui doit l’emmener à Djilapao où il veut caréner. J’en profite pour lui demander s’il peut me faire les pleins. Il accepte et commence par l’eau. J’ai besoin de 300 litres. Il les apportera en pirogue en empruntant les bidons chez Jacques. Je rentre au bateau en attendant la livraison. Il fait une chaleur plus que tropicale ! J’ai du mal à garder le pied sur le bois du cockpit.
J’appelle Daniel. Il est en déplacement. Il me dit qu’il sera de retour demain et regardera la météo pour ma route. Il m’enverra un mail. Ça me rassure d’avoir un suivi météo d’un bout à l’autre !
Je lis en attendant « Les hirondelles de Kaboul » de Jasmina Khadra.C’est âpre et triste comme le sujet le laissait entendre…
Soudain j’entends une pirogue. Je vois un rameur et un accompagnateur dans une pirogue taillée dans un tronc. Elle est de la largeur d’un bidon de 20 litres et son franc-bord dépasse à peine de l’eau… Le rameur tente de s’approcher malgré le courant assez fort. Il s’approche et rate l’approche du bon côté. Il veut faire une manœuvre et se fait emporter par le courant, il est à nouveau 50 mètres derrière Diam Rek. Je prends l’annexe et rejoins la pirogue. L’aide me tend un bout court. Je le prends et met le moteur ; je ne réussis qu’à tourner en rond ; je ne peux aller droit et remonter le courant. Je lui passe un bout plus long et remets les gaz. Mes 3,5 chevaux n’arrivent pas à remonter le courant et la pirogue penche, manquant de prendre l’eau. Il lâche le bout. Je rentre au bateau et les vois dériver loin en arrière….
Plus d’une heure plus tard le piroguier vient avec un autre piroguier guinéen qui rame plus efficacement. Je leur tends un bout et ils arriment la pirogue au flanc du bateau. Ils me passent bidons après bidons. Puis ils m’aident à les vider dans les réservoirs. Les 200 premiers litres ne remplissent pas le premier réservoir. Ils repartent pour 120 litres supplémentaires. Ils reviennent plus tard et nous remplissons les réservoirs.
Maintenant nous parlons gasoil. Ils vont acheter des bidons de 20 litres à 500FCFA l’un et acheter du gasoil. Vers 19 heures, le piroguier revient avec une facture de gasoil. Il mangue des sous car si le gasoil était à 565 à Dakar il est ici et maintenant à 687… Je redonne de l’argent et je dis au piroguier de venir plutôt demain matin pour ne pas risquer de chavirer avec le courant et la nuit.
En effet depuis une heure c’est l’étale et le début de la renverse. Les bateaux bougent en tout sens. À un moment, j’ai le sentiment que mon voisin part. Non, il bouge comme moi et dans un autre sens. En ce moment nous sommes 10 bateaux et il y en a dans tous les sens ! Ils se rapprochent et s’éloignent. Lorsqu’ils sont travers à la lame, ça roule quelque peu. Le phénomène dure plus d’une heure. Le vent est plus fort aujourd’hui et ne faiblit pas !
Je prends un pastis avec du jambon des Canaries qui s’est bonifié depuis son achat !
Mimi m’appelle. Elle va bien et s’inquiète pour moi. Je la rassure. Je suis tendu vers le départ, mais pas inquiet. Ça va aller. Ça me fait plaisir d’entendre sa voix. Elle veut réunir les enfants, mais les miens ne répondent pas au téléphone, comme d’habitude, hélas !
Je dîne et me couche avec mon livre !

Le 03.05.2008

J’ai mis le réveil à 2h30 et je me réveille à 2H tout seul. Je mets le moteur en route et l’ordinateur.
Je mets la BLU en marche et j’établis une liaison avec une station belge puis une canadienne. La vitesse de liaison est rapide. Elle est souvent de 200, cette nuit, elle monte à 2800. Les 9 messages en souffrance s’affichent très vite.Je fais une demande de fichier grib météo. Le fichier arrive quelques minutes plus tard. Vu sa taille, heureusement que le débit est élevé. Je regarde le fichier. En ce moment et pour 48 heures, il y a 20 nœuds de vents dans la région, mais il est nord-ouest. C’est-à-dire juste dans le nez si je veux aller vers le sud du Cap-Vert pour avoir un vent plus régulier. Plus au sud il y a du vent pour l’instant, mais je ne sais pas ou se situe actuellement la Zone Intertropicale de Convergence et ses grands calmes. Daniel me le dira et en tiendra compte pour m’indiquer une route préférable.
Je retourne au lit, heureux car la BLU fonctionne bien et les fichiers grib aussi…
Ce matin, j’attends la livraison des 200 litres de gasoil en 10 bidons. J’attends jusque vers 11h puis je vais à l’hôtel. Peu de temps après je vois Une pirogue avec des bidons ; le piroguier me fait signe, c’est Ouzin qui vient me livrer… Je reprends l’annexe et vais vers la pirogue. Je propose aux deux rameurs de les remorquer. Je leur passe une amarre et je mets les gaz… Impossible d’avancer. Nous reculons. Je dois les laisser en leur ayant fait perdre du terrain.
Je les attends au bateau. Ils arrivent un peu plus tard et me passent les 10 bidons d’huile pleins de gasoil. Je les range sur le pont.
Je retourne à l’hôtel et je vais faire un tour en ville pour aller au distributeur de billet puis aller au marché.
En route je rencontre le jeune qui m’a vendu le masque crocodile. Il a avec lui le petit masque porte bonheur que j’avais regardé avec envie pour son esthétique. Il me le propose moins cher que la fois précédente. Je lui dis que je n’ai plous d’argent pour ça, que je dois payer gasoil et nourriture avant de partir… Il m’accompagne au marché. Je retrouve la vendeuse de fruit et légumes à qui j’avais acheté la dernière fois. Je lui demande des prix et lui passe commande de mon avitaillement pour la traversée. Elle me le livrera lundi matin.
Sur le chemin du retour, mon antiquaire me suit et baisse son prix, jusqu’à je me laisse tenter. Il est heureux, moi aussi. Me voilà avec un masque supplémentaire. Celui-ci est très stylisé, très géométrique.C’est une pièce qui me fait penser aux pièces acquises par Picasso et d’autres artistes qui ont créé l’art moderne dans la première moitié du 20ème siècle.
Devant l’hôtel, la marchande de colliers qui m’avait accompagné jusqu’à un clef-minute vient me voir et veut me vendre des colliers. Elle s’y prend si bien que je finis par lui acheter quelques colliers et bracelets que Mimi pourra vendre au Brésil…
À l’hôtel, je tente de télécharger les mises à jour de programme. Avant que ce soit fini Monsieur Tall arrive avec la voile et le taud. Près du ponton, il me montre son travail. La toile de bâche qu’il a employée est d’un vert tendre qui ne passera pas inaperçu !Je l’essaierai pour voir son efficacité. En tout cas il est fait pour qu’il soit solide. Idem pour la voile. Tout va bien.
Reste le téléphone portable qui avait pris l’eau. Monsieur Tall me le montre. Il est capable de recevoir des appels mais ne peut en envoyer. Je paye le prix d’un portable de base. Monsieur Tall est content et s’en va.
Je porte la voile au bateau. La voile dans son sac est si lourde que je mets un bon moment à la hisser sur la plate-forme arrière sans la faire tomber à l’eau !
Je retourne à l’hôtel. Je veux faire le point financier avec Ouzin. Je trouve Dominique qui l’attend aussi et a rendez-vous avec lui à l’embarcadère des passagers. Nous y allons et attendons plus d’une heure. Yves et Julie passent. Ils reviennent de Djilapao et parlent, comme d’autres, de petit paradis avec des habitants adorables. Des navigateurs laissent leur bateau pour l’hivernage. Les gens du village les surveillent collectivement. Tout se passe bien depuis des années. Ils y sont restés une semaine et vont aller ailleurs.
Ils prennent leur temps et profitent des lieux, sans peur des embûches de navigation dans les bolons et en prenant contact avec les habitants.
Moi qui me presse de traverser, j’ai l’impression de passer à côté de cette partie d’Afrique…
Le soir au bateau, Mimi m’appelle. Elle me propose de revenir pour la traversée, très vite. Je ne sais que lui dire. Je vais réfléchir et nous en reparlerons demain…
Je termine « Les hirondelles de Kaboul » Je suis déçu car le livre ne m’apporte rien de nouveau sur l’Afghanistan, les guerres successives et la vie des habitants sous le régime des mollahs.
Néanmoins, je commence du même auteur « L’attentat ». C’est l’histoire d’un Arabe israélien bien intégré dont l’épouse devient kamikaze dans un attentat. Le sujet est complexe. La psychologie est bien étudiée.La lecture me prend ; l’intérêt est là.

Le 04.05.2008

Ce matin, je dois m’occuper du bateau. J’ai un peu de mal à m’y mettre seul. Je commence par l’annexe que je veux nettoyer. L’eau et les débris qui se sont accumulés dedans commencent à sentir la vase. Je remonte à bord avirons et moteur. Puis j’attache les palans des bossoirs de chaque côté et je remonte un peu l’avant de l’annexe après avoir ouvert l’évacuation arrière. Il me faut lutter contre le courant pour redresser l’annexe de façon à vider l’eau. J’envoie plusieurs sceaux d’eau de mer pour laver et enlever le sable puis je redresse de nouveau l’annexe pour la vider. Faire ça seul, c’est du sport avec le courant du fleuve.
J’hésite à monter en tête de mât pour décoincer l’attache du génois. Je trouve qu’il y a trop de vent et je remets au lendemain.
Je prépare un ragoût de mouton pour plusieurs repas.
J’appelle Sana. Il est en train de se promener à pied pour faire fonctionner ses hanches défaillantes. C’est convenu, je passerai le voir cette après-midi. Ce sera avec plaisir, avant de quitter le Sénégal et de traverser.
Mimi m’appelle. Nous évoquons son retour. Finalement elle a encore des choses à faire à Paris et il semble qu’elle a moins peur de me savoir traverser seul. Nous verrons dans les quelques jours suivants…
Je mets le taud nouveau. Je m’aperçois qu’il manque une attache centrale. Je prends une aiguille et de la sangle pour coudre une attache et je l’installe. Il est mieux que le précédent. Il aurait pu être mieux si un voilier m’avait proposé ses idées et avait fait une réalisation sur mesure.
Je vais à terre pour aller chez Sana. Je croise Ouzin qui me dit qu’il est disponible pour les 100 litres supplémentaires de gasoil que je voulais>. Je lui dis que je n’ai pas beaucoup de temps, mais qu’il peut livres les bidons sur le bateau. Je lui donne d’argent. Il prend des bidons et vient en taxi jusqu’à la station. Je le laisse là et je continue chez Sana.
Je vois les enfants. Les enfants de Sana sont vraiment beaux. Ils m’accueillent avec de grands sourires. J’arrive, entre dans la maison qui est chaude sous le soleil. Oumi est allongée avec une cousine et discute. Je les salue et laisse les femmes avec les femmes et vais dans le salon où sont les hommes. Je les salue. Sana regarde le sport à la télévision. Nous discutons comme à chaque fois que nous nous rencontrons. Toutes les nouvelles de la famille y passent, celles de Françoise qui lui a téléphoné, il y a peu. Les nouvelles du Sénégal aussi, de la Casamance.
Nous parlons de lutte puisqu’Ablaye, le jeune espoir de la famille vient d’arriver ici pour s’entraîner dans une écurie professionnelle. S’il s’entraîne vraiment il semble avoir une belle carrière derrière lui.
Nous parlons des fêtes et particulièrement de l’initiation. Les Sérères et les Bassaris sont les ethnies qui ont le mieux gardé leurs coutumes.Les autres ethnies ont presque tout perdu sous l’influence des Imams et des curés qui voyaient d’un mauvais œil la partie mystique de l’initiation.
Dans le Sine, l’initiation durait trois mois dans la première moitié du 20ème siècle. Après la guerre, elle a été réduite à 3 semaines. Désormais elle de dure plus qu’une semaine. Ont été presque supprimées les parties technologiques. Que peuvent retenir les enfants d’un tel condensé d’initiation ? On parle des chefferies de villages. Certaines sont familiales et ne sortent jamais de la même famille, d’autres sont électives. Ces chefs de villages sont reconnus par l’administration comme maires de leur village. La tradition est partout mélangée avec de nouvelles influences. Sana le regrette, mais ne voit pas comment faire autrement. Jusqu’à maintenant, tout dans la famille passe par lui. Ainsi lorsque nous discutons, un enfant vient demander un peu d’argent pour telle chose, un autre pour autre chose, un autre pour une aide pour des devoirs, son épouse pour un problème de téléphone… Un vrai patriarche !
Les gens défilent pour saluer, pour un service. Un voisin vient pour une fuite à son radiateur de voiture. Sana regarde et donne son avis…
Le temps coule doucement. Nous sommes dehors, dans la rue en quelque sorte, un chemin en terre à vrai dire.D’autres voisins sont aussi dehors pour prendre la fraîcheur du vent qui vient du fleuve à partir de 17 heures. C’est agréable ! La vie se passe dehors. Alors des voisins viennent, ils ont une voiture à vendre, achetée en Gambie…
Nos discussions sont hachées par la vie des autres. J’ai toujours le même plaisir à me retrouver avec Sana. Nous évoquons des souvenirs communs, ses projets de venue en France pour des examens médicaux. Il me demande des précisions sur la navigation en bateau, sur la traversée pour le Brésil.
Le soir nous dînons avec Oumi, à trois. Puis je leur montre les photos du mariage à N’Dangane et ils sont heureux de reconnaître la famille et de voir Mimi. Oumi dit « Elle est belle » ! Oumi veut voir le bateau, mais elle a peur de l’eau. Je lui fais voir des photos car je ne veux pas l’emmener en annexe. J’ai trop peur depuis la chute de Monsieur Tall.
Il se fait tard. Je salue chacun et Sana me raccompagne dans sa R 11. Il me tend une manivelle pour que je remonte la vitre, mais elle ne fonctionne pas sur cette portière…
Nous arrivons devant l’hôtel. Il me dépose et nous échangeons les derniers adieux.
Je rentre au bateau et trouve les 100 litres de gasoil en bidons sur le pont. Ouzin a bien travaillé !

Le 05.05.2008

Je me réveille dans un grand silence. Pas de vent, pas de bruit d’eau sur la coque : le grand calme.
Je vais à terre relever mes mails.
Daniel me demande une date de départ pour étudier plus finement la météo.
Mimi m’envoie un mail chaleureux avant le départ.
Il y a un mail de Sailmail qui me réclame la cotisation annuelle. Je vais sur leur site et paye par carte. Hélas ils demandent une semaine pour confirmer le payement… S’il y avait un problème administratif, je serais sans possibilité d’envoyer et de recevoir des mails à bord !
Par prudence, il va falloir peut être que j’attende… Nous allons voir. Je ne veux pas laisser les gens qui me connaissent sans nouvelles pendant trois ou quatre semaines de traversées. Certains seraient morts d’inquiétude. Pourtant avant c’était le lot des familles de marins qui partaient au loin… Maintenant les mentalités ont changé en même temps que les techniques et l’on ne supporte plus l’absence.
J’attends la vendeuse de fruits et légumes qui doit me livrer. Ne la voyant pas, je vais au marché. Ses voisines d’étal me disent qu’elle est partie à l’hôtel. J’y retourne. Elle est là avec un porteur et une charrette. Nous portons les achats au ponton. Nous faisons l’appel des paquets et les comptes. Je paye et la vendeuse me fait un grand sourire.Elle a oublié les aubergines. Je passerai les chercher plus tard.
Je charge l’annexe. Pendant le transbordement le sac plastique de pommes de terre, craque.Je peux dire preuve à l’appui que la pomme de terre, ça ne flotte pas ! Je décharge le reste sur le bateau sous une chaleur de feu.
Après déjeuner, je vais en ville, au super marché. Sur la route, je m’arrête pour discuter avec un antiquaire. Au bout d’un moment il me montre une sculpture d’un vieux marabout. Je lui dis que je ne suis pas intéressé. Il m’apporte un awélé. Je lui dis que j’ai su jouer, mais que je ne me rappelle plus. Alors il prépare le jeu en répartissant les graines dans les creux. Il m’explique la règle et nous jouons une partie qu’il me laisse gagner. Si bien que je lui achète son jeu et pensant jouer plus tard avec Mimi…
Le supermarché est fermé, il n’ouvre qu’à 15h30. À côté il y a un grossiste en boissons. J’achète pastis, vin et bière, de quoi tenir pendant la traversée. Mes achats me seront livrés à l’hôtel.
Lorsque le supermarché ouvre, j’entre. Il y a des chariots et des rayons garnis, avec beaucoup de produits européens. Je prends de l’épicerie, du fromage et de la charcuterie. Mes achats seront livrés sans frais supplémentaires.
Je rentre à l’hôtel. Je trouve Jacques, Dominique et Jean-Pierre attablés près de la piscine. Nous buvons pour nous rafraîchir. C’est agréable de se retrouver et de discuter de choses et d’autres en toute amitié. Le soir tombe, la lumière est dorée ; le calme impressionnant.
Daam Dour et Lambaréna partent demain pour Djilapao. Ils en parlent avec envie. Si j’avais le temps pour traverser, j’aurais aimé y aller.
Je vais porter à l’annexe les produits livrés, puis au bateau. L’annexe est pleine. Je range dans le bateau. Je trouve toujours de la place.
J’appelle Daniel, le routeur. IL me dit que je peux encore attendre une semaine pour partir si je veux. Je devrai faire de l’ouest 200 mille avant de trouver du vent stable.
Mimi m’appelle et c’est agréable d’entendre sa voix !
Je me couche fourbu dans une chaleur qui me fait fondre.

Le 06.05.2008

Ce matin Jacques doit passer pour me donner des conseils pour les manoeuvres de grand voile solitaire. Son expérience me sera précieuse. J’attends en rangeant l’avitaillement. Tout trouve sa place. Même si je suis pris dans les calmes longtemps, j’ai de quoi tenir !
Vers les 10 heures, je vois Daam Dour lever l’ancre et passer doucement près de Diam Rek. Nous échangeons quelques propos et nous nous souhaitons bons vents.
Je vois Lambaréna qui ne tarde pas à passer. Jacques me dit que je peux passer à Djilapao pour qu’il me donne des conseils sur les ris en solitaire… Tant pis je demanderai à un autre navigateur, même s’il a moins d’expérience.Jacques n’a pas trouvé le temps et je ne lui en veux pas.
J’ai le cœur gros en voyant partir ces deux bateaux et leurs marins que j’aime ! Je me sens seul. Sur le départ comment peut-il en être autrement. Mimi est loin, les mais aussi et je vais seul vers l’inconnu… C’est le sort du navigateur qui quitte toujours ce qu’il connaît pour aller plus loin, découvrir ce qu’il ne connaît pas encore…
Je vais à terre relever les mails et tenter de télécharger des mises à jour de logiciels qui me permettent enfin de reprendre la main sur le site de Diam Rek. En attendant heureusement qu’il y a la gentillesse de Jean-Michel à qui j’envoie des textes qu’il met en ligne. Les photos viendront plus tard, dès que je pourrai. Un grand merci à toi Jean-Michel !

Le 08.05.2008

Je me réveille tôt. Le vent s’est calmé.Je prépare le bateau pour aller à l’endroit indiqué par Talla, vers les troncs de rôniers. Je prépare les amarres. J’en mets des deux côtés, pour parer à toutes éventualités, d’autant plus que je serai seul pour faire la manœuvre et qu’il y a du courant.
Je veux lever l’ancre et le guindeau ne répond plus. Encore un fil d’oxydé, je suppose. Je regarde et ne vois rien au premier abord. Je vais en annexe à terre et je vais voir Talla pour lui dire de reporter à cette après-midi une fois que j’aurai réparé le guindeau.
Talla fait la gueule et ne me dit rien en français. Je parle à l’intermédiaire qui me l’avait présenté. Il me dit qu’il ne veut plus faire le carénage parce que j’avais parlé avec Ousmane qui lui avait dit que j’étais d’accord avec lui. J’ai beau lui dire qu’il n’en est rien, il ne veut pas faire le travail.
L’intermédiaire me présente quelqu’un d’autre, mais nous ne tombons pas d’accord sur le prix.
J’en profite pour passer au port pour faire ma sortie à la police. On me renvoie de bureau en bureau. Je vais à la capitainerie qui tamponnait avant le passeport, mais désormais c’est la police. Les policiers passent au port cette après-midi.
Je rentre donc au bateau en passant par le marché pour acheter des lottes. Je fais une ratatouille avec de la lotte ; c’est bon !
J’entends à la VHF, Jean-Pierre qui parle avec Freya qui arrive. Effectivement je vois deux voiliers : Freya et Timshel. Timshel vient jeter l’ancre un peu près à mon goût. Je le lui dis, mais il reste là ; nous verrons bien. À surveiller à la renverse !
Je vais réparer le guindeau. Un fil qui va à la commande est oxydé et carrément coupé. Je mets un embout serti et ça remarche !
L’après-midi, je vais au port. La police n’est pas passée.On me renvoie de bureaux en bureaux. Bora me propose de m’emmener avec sa vieille mobylette à la police. Je monte sur la selle arrière et la mobylette nous porte non sans peine. La police est fermée. Elle n’ouvre qu’à 4h. Je propose à Bora d’aller boire un coup.Il me conduit dans un bar et nous prenons deux bières. Nous parlons de choses et d’autres et de vin de palme. Moi je l’apprécie peu. Je lui parle de soum soum, l’alcool local. Il sait où en acheter. Nous passons d’abord à la police. Ils ne tamponnent plus les passeports. Il faut aller à l’aéroport aux heures où il y a un avion.
Bora va m’acheter du soum. 1500 FCFA le litre. Ça sent l’alcool de fruit. C’est bon, mais c’est fort.
Je rentre à l’hôtel. Je trouve Jean-Pierre et Lise avec Patricia et Olivier. Je me joins à eux.
Katerine et Nicolas passent. Je vais les saluer. Je suis heureux de les revoir. Katerine me demande des nouvelles de Mimi. Eux reviennent de Gambie qu’ils ont remonté sur 160 miles au milieu des crocodiles, hippopotames, singes et forêt luxuriante. Sans oublier les moustiques et une chaleur jamais sous 40°. Je suis heureux de les revoir. Katerine me quitte car elle doit préparer l’anniversaire de Nicolas qui a 5 ans aujourd’hui. Il va se déguiser en pirate des Caraïbes !
Je me baigne dans la piscine pour me rafraîchir un peu, puis je vais sur internet.
Francis et Katerine sont à côté de moi sur internet. Je discute avec Francis qui me demande pourquoi je ne reste pas quelques mois de plus pour voir Gambie, Bijagos et Cap-Vert ? Je lui explique que j’ai envie de voir l’Amérique du Sud et l’Amérique centrale en priorité. Puis que selon notre adaptation avec Mimi au voyage nous traverserons pour le Pacifique ou nous nous contenterons d’un tour de l’Atlantique… Francis a beaucoup aimé le Cap-Vert.

Le 09.05.2008
Je me réveille de bonne heure. Je prends un taxi pour l’aéroport. Nous traversons la ville qui semble encore endormie. Je n’ai jamais vu d’embouteillage à Ziguinchor ! Les rues sont larges et de chaque côté il y a des maisons au toit de tôles rouillées, au crépi évanoui depuis des lustres. Les gens marchent souvent à pied.
L’aéroport est tout petit. Il y a des toubabs et des Sénégalais. Je demande la police et l’on m’indique la personne qui contrôle le portail de sécurité des bagages. Il me dit bonjour. Je lui dis que j’ai mon temps et qu’il peut continuer son travail. Il me dit qu’il va s’occuper de moi. Je sors les papiers du bateau et le passeport. Il met un tampon sur le passeport et voilà la sortie est faite…
Je vais rentrer et j’aperçois Cheick le portier de l’hôtel. Il me raccompagne en voiture. Je lui parle de la personne qu’il connaît pour le carénage. Il me conduit chez lui. Il est sorti. Il laisse la commission. Nous rentrons à l’hôtel.
Je vois Sandrine, une femme de service qui fait la lessive pour les navigateurs. Je vais au bateau et lui rapporte le linge sale. Je l’aurai demain, tout propre pour 3000 FCFA.
Je vais sur internet relever mes mails. Je veux déclarer mes revenus, mais Sophie ne m’a pas encore envoyé les chiffres des banques…
Je passe encore du temps pour télécharger des mises à jour de logiciels. En cours de route, je me fais jeter et je dois recommencer….
Je tente de recharger mon compte mobicarte pour mon numéro de mobile français. Avec le téléphone sénégalais, je n’y parviens pas… Peut-être Mimi pourra-t-elle le faire depuis Paris ?
Je vais acheter du pain et en sortant de l’hôtel, je vois Shérif qui m’appelle. Il est venu avec Aimé au ponton et ne m’a pas vu. Je lui dis que j’étais au bar sur internet comme je le lui avais dit.
Il m’emmène en voiture chez Aimé. Mais il n’est pas là. Il me raccompagne et viendra demain avec Aimé à 9h et nous parlerons de carénage.
Je rentre et écoute RFI. Depuis une dizaine de jours que je suis en Casamance, un gendarme a été tué sur une mine, 4 voyageurs ont sauté en car sur une mine et maintenant ce sont 17 cueilleurs de cajous qui ont eu l’oreille gauche coupée pour les punir de cueillir sur des parcelles fiefs de bandes armées ! Aucun risque pour les touristes qui ne vont pas sur les routes, mais les suites de la guerre sont à l’œuvre pour longtemps encore. Des démineurs marocains sont venus, il y a quelques années et sont repartis lorsque plusieurs ont été tués par des guérilléros ou des bandits…

Le 10.05.2008
Je me réveille tôt. Je dois gonfler l’annexe dont un boudin est dégonflé depuis hier après-midi. J’espère que le boudin n’est pas crevé. Je le gonfle et ça tient ; super !
Je vais à terre pour attendre Shérif et Aimé au ponton. J’attends, j’attends, c’est un rendez-vous sénégalais. Ils arrivent à 11h10. Mieux vaut tard que jamais ! Entre temps Sandrine m’a rapporté le linge lavé, séché et plié.
J’emmène Aimé en annexe pour voir la coque. Nous faisons le tour. Elle n’est pas très sale, mais il y a des algues et de petits coquillages. Nous discutons le prix. Je demande aussi à Aimé de m’aider à verser les bidons de gasoil dans les réservoirs et à m’aider à décoincer le support du génois et à endrailler le génois. Il me fait un prix pour 25000 FCFA après discussion.
J’en profite pour lui demander de faire recharger une bouteille de gaz. Nous la chargeons dans l’annexe. Nous retrouvons Chérif qui nous emmène en voiture dans une station Total qui vend des bouteilles pleines. Certes elles ne sont pas neuves, mais elles sont pleines.
Je reviens au bateau avec le gaz. Une bouteille dure trois mois. Je suis tranquille pour la traversée. Rendez-vous est pris pour 8h30 demain matin pour le carénage et le reste.
Tout sera prêt pour le départ le 13.
Comme j’ai fait l’avitaillement, il y a une semaine, je devrai refaire les courses pour des fruits et quelques légumes.
L’après-midi, je vais à la piscine. Je me baigne dans une eau verte d’algues parce que le système d’épuration n’arrive plus à faire face. Aujourd’hui la piscine est pleine de jolies jeunes filles. Ce soir il y a l’élection de Miss Ziguinchor à l’hôtel.
Je finis de lire « Les agneaux du Seigneur » de Yasmina Khadra. C’est l’histoire de la montée de l’intégrisme dans un village algérien, puis de la guerre civile avec toutes ses atrocités. C’est terrible et terriblement humain, avec les appétits de pouvoir, les lâchetés, les niaiseries de croyances, les jalousies et la barbarie…
Olivier vient au bord de la piscine. Il bricole son pilote et pense être prêt mardi ou mercredi.
Pour descendre de Ziguinchor à l’embouchure de la Casamance il faut souvent deux jours. En effet la marée montante dure 8 heures et l’on peut monter en une fois. Mais la marée descendante dure moins de 4 heures lorsque l’on descend et il y a 35 miles à faire. J’ai envie de descendre seul et attendre à Djogué en rangeant l’annexe et tout ce qui pourra bouger en mer.

Le 11.05.2008
J’ai rendez-vous avec Aimé pour le carénage à 8h30. Je vais près de la piscine dans le calme du matin. J’attends. À 10h30 personne. Je vais chercher le pain. Je rencontre Ouzin qui est prêt pour vider les bidons de gasoil dans les réservoirs.
Alors on y va. A deux, on vide les bidons de gasoil en en mettant dans le cockpit aussi et d’autant plus que ça refoule parfois. Les jauges indiquant n’importe quoi, j’ai 115 litres de trop. Ouzin nettoie le cockpit.
J’entends siffler. C’est Aimé qui est au ponton. Je vais le chercher. Sur le bateau, il se prépare et plonge sans masque, sans palmes, avec un grattoir en plastique ou une brosse selon le moment. Le courant est encore fort ; il s’aide d’un bout tendu entre la proue et la poupe. Il fait jusqu’au premier bouchain, puis le second et la quille. En un mois, depuis Hann, les algues qui ont repoussé mesurent un peu moins de 10 centimètres. Il y a quelques coquillages.
Puis c’est l’étale et il n’y a plus de courant, c’est plus facile pour plonger. Aimé fait des poses de temps en temps. Pourtant il est bâti comme un Hercule !
Je prépare des spaghettis bolognaise avec du thon. On prend un pastis en apéro. Il fait une chaleur torride.
Aimé termine le carénage, puis il est prêt à monter au mât pour descendre le support de génois le long du profile. Je lui passe le baudrier et l’assure avec la drisse de grand voile. Il monte. Il attache le support de génois et me lance le bout. Je peux tirer dessus et descendre un peu le support qui reste coincé un peu plus bas.
En regardant le profil, je vois que les vis à clef Allen qui tiennent les jonctions de profils sont desserrées et dépassent, bloquant ainsi le support qui ne peut coulisser librement.Nous démontons alors le ridoir de l’étai de génois de façon à mettre le profil le long du mât.
Aimé peut alors monter au mât et resserre toutes les vis desserrées. L’attache de génois coulisse alors sans problème. Il n’y a plus qu’à refixer l’étai de génois et de serrer le ridoir suffisamment.
Nous pouvons alors endrailler la ralingue dans la gorge du profil. Le vent s’étant levé, nous ne sommes pas trop de trois pour faire l’opération et vite rouler le génois.
Je suis heureux. C’est prêt pour la traversée. J’ai réfléchi à un truc pour pouvoir hisser seul la grand voile avec ou sans ris. Avec un bout fin, je peux maintenir décoincés les bloqueurs des ris.Une fois la voile hissée, je libère les bloqueurs et donne un tour de winch et le tour est joué !
Je peux manœuvrer seul !
Nous revenons au bar boire une bière après ce bon travail. Mes deux aides musulmans boivent sans problème. Aimé a un père catholique et une mère musulmane. Il a fait le catéchisme, l’école coranique et l’initiation animiste. Il vit heureux avec ce mélange.
Je vais un peu sur internet. Hier soir, j’ai téléchargé un nouveau navigateur et je peux désormais aller sur le site de Diamrek ! Super ! Je vais pouvoir laisser Jean-Michel vaquer à ses occupations !Mais pas encore tout à fait car pendant la traversée, c’est lui qui indiquera mes points de passages que je lui aurai communiqués !
Voilà vous savez tout ! Le départ est toujours prévu mardi ou mercredi matin. Olivier a réparé son pilote… Tout semble bon !

En buvant un pot, Francis se joint à nous. En discutant, il manque de gasoil. Je lui propose celui que j’ai en rab en bidons. Il est d’accord. Il passera demain matin pour le prendre. Super !

Le 12.05.2008
Ce matin, je pense au départ.
Ce que j’attends de cette traversée : les joies d’une première pour moi, une longue navigation, un temps et des vents stables et agréables pour la route, une fiabilité du bateau et des communications, des prises régulières de poissons.
Ce que je redoute : Un accident physique en cas ou je tomberai ou me cognerai, un problème de voiles ou de moteur, du gros temps et une houle très désagréable, la fatigue qui s’accumule particulièrement près des côtes, une voie d’eau, de grands calmes dans le pot au noir.
C’est mon état d’esprit avant ce départ.
J’attends Francis.J’attends en lisant « Terre des oublis » de Doung Thu Huong, un écrivain Vietnamien. Un roman de 700 pages qui commence par le retour d’un militaire porté disparu et porté mort, chez son épouse remariée deux ans après la déclaration de son veuvage… L’auteur fait de longues descriptions savoureuses de la société vietnamienne. Elle avance par touches fines et délicates ? C’est un régal dès le début !
Finalement c’est Alain qui vient me dire que Francis va l’aider à bricoler sur son génois en profitant de la pétole et qu’il viendra ensuite pour le gasoil.
Je continue à lire. Alain et Francis viennent lorsqu’il est près de midi. Ils visitent le bateau, discutent et partent avec le gasoil dans l’annexe.
Je déjeune et fais une sieste dans la chaleur sans vent.
Je vais à l’hôtel. Moi qui pensais me baigner, la piscine est toute verte. L’eau n’est pas tentante. Les pompes sont en panne et ne parviennent pas à filtrer l’eau efficacement…
Je vais sur internet pour ma déclaration de revenus… Même au loin, il y a des réalités incontournables.En cas d’oublis, ces réalités me rejoindront, avec un bonus…
Je sors et vois Ouzin. Il a vendu les 15 litres de gasoil qui me restait en bidon. Je lui demande de me les payer. Il est étonné. En plus il l’a vendu au prix du marché noir soit 500 FCFA le litre au lieu de 687 à la pompe. OK pour ce prix… Comme je discutais avec une autre personne Ouzin s’éclipse. Je ne suis pas payé. Il trouve ça normal, alors que je l’ai payé pour travailler sur le bateau et qu’il m’avait dit être content et qu’en plus je lui avais donné les 10 bidons vides qu’il m’avait vendu 600 chacun ! Là je ne suis pas content. Si je le revois, je vais lui dire et lui redemander le prix du gasoil. Cette mentalité d’attendre toujours des cadeaux empêche réellement le Sénégal de se développer… Et ça, ça n’évolue pas…
J’appelle Sana et je vais chez lui. C’est un jour férié, il ne travaille pas. Oumi s’occupe du petit Birham qui a quatre semaines. Il tète puis il dort. Il est très calme, emmitouflé dans des couvertures malgré la chaleur. Oumi semble comblée. Sana et Oumi semblent heureux avec leur grande famille de sept enfants.
Je discute avec Sana. J’ai toujours autant de plaisir à discuter avec lui. Il me donne ses interprétations sur la société sénégalaise. Nous discutons dans la rue devant la maison, pour profiter du vent qui se lève dans l’après-midi.
N’Deye, la fille aînée prépare le repas. Pour nous elle a fait un ragoût viande pommes de terre. C’est très bon.
Nous discutons assez tard. Puis Sana me raccompagne. Nous nous quittons devant l’hôtel. Les aux revoirs sont nostalgiques. Nous ne nous reverrons pas avant des années sans doute…
Je rentre au bateau dans le noir, guidé par les feux de mât du bateau.

Le 13.05.2008
Dernière journée avant le départ. Je vais faire les dernières courses.
Les fruits que j’avais achetés, il y a une semaine, mûrissent de façon inégale. Bananes et mangues mûrissent trop vite. Pamplemousse et clémentines se gardent bien.
Je fais une salade de fruits avec les fruits les plus mûrs. Je fais une ratatouille avec les légumes qui peinent. Après le repas et la sieste, je vais sur internet et je parviens enfin à faire la déclaration de revenus 2007. Il faut vraiment être persévérent !
Voilà, je suis prêt pour le départ demain matin. Je ne sais si Olivier sera prêt. De tpute façon il me dit à chaque fois de partir lorsque je serai prêt. C’est donc qu’il préférerait naviguer seul, plutôt quà deux bateaux…

En début de soirée, Je discute avec Olivier. Il partira jeudi matin. Je lui dis que je partirai demain matin jusqu’à Jogué. Je l’attendrai là. Je mettrai la VHF et nous nous appellerons. Nous parlons de la traversée, de navigation, de la peur de nos femmes en mer…
Je rentre au bateau pour me coucher pas tard.

Le 14.05.2008
Je dors mal. Je me réveille en pensant à lever l’ancre seul, à l’orin….
Je me réveille à l’aube. Je range dans le bateau tout ce qui peut bouger. Je love les amarres qui ont servi au carénage. Je veux démarrer. Impossible. Le démarreur fonctionne, mais le moteur ne tousse pas… Enfin ça démarre. Je mets le guindeau en marche. Je remonte la chaîne, jusqu’à 35 mètres. Le guindeau ne peut plus remonter. La poupe du bateau se soulève.
Le skippeur du bateau voisin, voyant mes manœuvres infructueuses, prend son annexe et vient à bord. Nous essayons au moteur de faire avancer le bateau en tirant sur la chaîne dans un sens, dans l’autre… Rien à faire ! Il faut se rendre à l’évidence, je suis bien accroché avec la chaîne à quelque chose de bien résistant. Je vais voir un bateau voisin dont le skipper a vu l’intervention des pompiers pour un autre bateau. Il me conseille d’aller voir les pompiers.
Je prends un taxi à 9 heures. J’arrive à la caserne à la limite de la ville. Un planton m’amène chez le capitaine. Il est occupé au téléphone. Il me reçoit, mais n’arrive pas à joindre le chef plongeur.
J’attends alors que la renverse va se produire pendant laquelle le bateau ne tirera plus sur la chaîne. Faute du chef plongeur, le capitaine organise les choses avec les autres plongeurs ; Ils font les préparatifs doucement. Ils préparent tenue de plongées, annexe attelée au camion.
Le capitaine me dit de monter après avoir discuté les conditions. 10 litres d’essence et 60000 FCFA. Je suis d’accord. Il me dit qu’il aime réussir les missions. Je souhaite que ça réussisse.
Nous allons doucement dans les rues pleines de nids de poules, de charrettes, de piétons et de quelques voitures. Arrêt à la station essence. Puis nous allons au débarcadère. Moi je passe par le distributeur de billet pour faire face à cette dépense non programmée.
Je vais à mon annexe et je rencontre le skippeur qui m’a aidé ce matin. Je lui demande s’il veut bien m’aider et il vient.
Les plongeurs sont déjà contre Diam Rek. Nous montons à bord, prêts à faire les manœuvres demandées par les plongeurs. Ils mettent leur tenue de plongée et plongent à deux. Ils restent un moment sous l’eau.i la chaîne. Ils remontent et disent que la visibilité est nul à 9,5 mètre et qu’au toucher, ils ont suivi la chaîne qui est entourée autour d’une épave. Ils replongent et tentent de dégager la chaîne. Ils n’y parviennent pas tant le courant et le vent tirent sur la chaîne.
Ils repèrent l’ancre, mais ne peuvent la tirer. Je leur dis qu’il y a un orin avec lequel nous pourrions remonter l’ancre. Ils replongent avec des bouts et remontent avec un bout que nous pouvons tirer. Nous essayons de remonter l’ancre. Le skippeur qui m’a aidé se prend un doit dans le bout autour du guindeau et saigne. Non seulement il m’aide, mais il se fait mal !
Nous remontons l’ancre. Les pompiers essaient de démonter l’attache qui résiste.Ils me demandent une scie à métaux et scient un maillon. L’ancre est libérée.
Les plongeurs plongent de nouveau pour libérer la chaîne. Je les aide avec le moteur en faisant un peu avancer le bateau. Enfin le guindeau peut remonter toute la chaîne. Mon aide va aux commandes pendant que je fixe l’ancre à la chaîne et que le mets le tout sur le davier.
Partant demain matin, je ne remouille pas, je vais me mettre sur le corps mort d’un bateau résidant est parti. Je remercie vivement les pompiers qui ont travaillé deux heures de demi.Je ramène mon aide au ponton de l’hôtel où il a son annexe et le remercie vivement pour son extrême gentillesse.
Je reviens à bord ranger et déjeuner rapidement.
Pendant ce temps, Myriam a essayé de m’appeler plusieurs fois, sans que je puisse répondre. Elle doit s’inquiéter…
Je partirai donc demain matin en fin de marée montante du matin, vers 9h.

Sénégal, pays de la téranga

Posted on mars 31st, 2008 by Christian

Le 06.02.2008
Nous voilà au Sénégal. Pays de la térenga: du bon accueil!
En se rapprochant de Dakar, je prends mon téléphone portable. Il reçoit le réseau Alizé. J’appelle Salifou que je serai tellement heureux de revoir. Il me dit qu’il viendra nous voir au CVD (Cercle de Voile de Dakar). Nous allons enfin nous revoir. Les mails c’est super, mais ça ne remplace pas la rencontre. Et ça fait deux ans déjà que nous ne nous sommes pas vu. Salifou a fait une demande de visa pour venir en France, mais le visa lui a été refusé…
Les pirogues sont nombreuses au large de Dakar. Comme il y a un peu de creux, parfois on n’aperçoit que les têtes des pêcheurs, puis quelques secondes après une vague soulève la pirogue et on la voit tout entière. Ces pirogues très colorées sont belles. Elles sont aussi petites et peu adaptées à la mer agitée. Ils sont bien courageux ces pêcheurs qui sortent sans grand équipement.
Au large de Gorée il y a des bateaux à l’ancre qui attendent une place au port pour décharger leurs marchandises. Je vois deux gros porte conteneurs, un cargo et des vraquiers. Les bateaux attendent, les marins aussi …
Lorsque nous sommes à l’ancre dans l’anse de Hann, le soleil est chaud, il y a un peu de vent et nous sommes gagnés par une impression de grand calme. D’abord nous sommes arrivés après sept jours de mer. Le repos est bien mérité. Et puis le Sénégal est une escale très attendue. Pour les amis que nous allons y retrouver, pour les gens souriants, nonchalants et aimables, pour le pays lui-même.
Mimi s’assoit dans le cockpit, se détend et s’imprègne de ce grand calme. Je range un peu et je suis prêt pour aller à terre voir le CVD. Un coup de corne de brume et le passeur vient avec son canot pour nous emmener au ponton. El Hadji, le passeur, nous conduit avec le sourire jusqu’au ponton en tronc de palmier rônier et de planches disparates.
Le passseurPlage de HannPirogue de hann
Il mène jusqu’à la plage encombrée d’algues à l’odeur forte. En face il y a le CVD.
Le CVD est une sorte de campement avec bar, zone wifi, sanitaires, atelier de mécanique, voilerie, lavandières, repas venant des restaurants d’en face….
Mimi se relaxe!
Il y règne une ambiance décontractée avec des navigateurs qui font escales et d’autres qui y prennent racine. Ils prennent souvent alors une compagne locale…
Je vais au bureau. On me donne un imprimé m’indiquant les formalités d’entrée. Je les ferai demain.
Salifou arrive et ce sont les embrassades dans la joie de se revoir ! Il n’a pas changé, toujours jovial, avec un large sourire. On s’embrasse et il vient voir le bateau. Il visite et s’exclame « Comme il est beau le Diam Rek ! » On se raconte des choses de la vie de tous les jours, des deux ans passés sans se voir… Voilà la jovialité des Sénégalais avec en même temps les soucis de la précarité, de la recherche des moyens de survie au jour le jour….
SalifouOn met les tauds sur les voiles
La première journée, nous sommes heureux et submergés par les impressions et le dépaysement.
Nous allons au restaurant indiqué par des gens. C’est le seul ouvert le soir. C’est un restaurant chic tenu par des toubabs pour des toubabs. Ce n’est pas ce que je cherchais, mais faute de mieux, nous dînons là. La patronne qui est là depuis huit ans explique qu’elle a envie de partir car la vie est devenue bien plus dure qu’avant, avec une insécurité croissante…
Le soir nous nous couchons tôt pour récupérer des jours de navigation.

Le 07.02.2008
Je me lève pas trop tard pour avoir le temps de faire la tournée des administrations pour notre entrée au Sénégal, sachant que les bureaux ferment à midi.
Avec les papiers fournis par le CVD j’ai l’adresse du bureau de police au port de Dakar. Un couple de navigateurs me propose de partager un taxi avec eux. Ils ont déjà fait leur entrée et me conseillent de faire des photocopies des papiers pour n’avoir pas à laisser les papiers du bateau au poste de police. Le taxi tombe vite dans les embouleillages monstrueux de Dakar.
Chaque carrefour est difficile à franchir. Des policiers font ce qu’ils peuvent pour faire passer les files venant des diverses directions… Le chauffeur qui avait donné un prix pour le cas où il n’y aurait pas d’embouteillages et un pris avec nous dit que ce sera le prix avec soit 500 CFA de plus.
Hamac sous camion en panne!
Il arrête le moteur souvent pour économiser le gasoil dont le prix est exorbitant par rapport au revenu des Sénégalais, presque un euro le litre.
Nous arrivons au port môle 2. Près du poste de police il y a une échoppe où l’on fait des photocopies. Après je vais au poste de police. Un planton me dit que le bureau est au premier étage et qu’il faut voir monsieur Diouf. Au premier, des policiers discutent. L’un est monsieur Diouf. Il me conduit dans son bureau. Il est très aimable et souriant. Nous parlons du pays, de là où je veux aller, des démarches qu’il me faudra faire, demander une prolongation d’admission de six mois… Il me fait remplir des papiers pendant que lui remplit des fiches en vérifiant passeports et papiers du bateau. Puis il me dit qu’il garde les papiers du bateau et qu’il me les redonnera lors des formalités de départ. Je lui dis que je lui ai apporté des photocopies et que ça peut suffire. Il me répond « C’est moi qui juge s’il est important de garder les papiers ». Je lui dis poliment que j’avais fait les photocopies pour le cas où ce ne serait pas indispensable de laisser les papiers… Il ne répond pas puis me rend les papiers..
Ouf, je ne serai pas obligé de revenir de Casamance à Dakar, contre le vent, pour rechercher mes papiers… Néanmoins il m’explique qu’après avoir fait les formalités de sortie à Ziguinchor je devrai récupérer mes documents auprès de lui. Je pense qu’il pourra bien garder mes photocopies….
Avec l’attestation qu’il m’a remise et les passeports tamponnés, je fais de nouvelles photocopies et je vais au môle 10 à la douane. Là dans un vieux bâtiment, on m’indique le premier étage. Je monte un escalier à la mosaïque décollée par plaques. Les bureaux sont fermés sauf un dont la porte est entrouverte. Un douanier dort sur son siège la tête rejetée en arrière. Je n’ose pas le réveiller, je vais plus loin, reviens et croise une personne qui me confirme que c’est bien dans le bureau du dormeur.
Je frappe et dis bonjour au douanier qui sort de son sommeil. Il me fait asseoir ; je lui explique pourquoi je suis là. Il regarde mes papiers, je lui donne les photocopies. Il observe bien sans rien dire, puis sort un grand registre des passe avant. Il remplit à la main une page avec une écriture impeccablement lisible. Il prend une règle et déchire une partie de la feuille qu’il me remet avec le reçu de s 5000 FCFA que je dois verser. Je le salue et ressorts en règle avec l’administration. Je peux rester 15 jours au Sénégal.A moi de faire une demande pour 6 mois et de la déposer au CVD qui s’occupe des démarches suite aux plaintes de navigateurs que des fonctionnaires avaient voulu raquéter.
Je reviens au CVD. Mimi est dans le coin wifi du bar. Elle cherche des infos sur la cuisine orientale. Elle commande un tiebboudiene et un peu plus tard on nous apporte deux assiettes. Le riz est rouge et le poisson grillé ; il y a quelques légumes, carottes, choux, manioc…
Que c’est bon de retrouver la cuisine sénégalaise !
Des navigateurs mangent des plats apportés depuis les restaurants voisins. Personne ne pousse à la consommation. Certains restent des heures sur internet. Les navigateurs discutent par affinité. Certains sont là depuis longtemps, d’autres ne font que passer…
Nous passons l’après-midi sur internet.
Le soir nous rentrons sur le bateau, dans la baie avec la vedette du passeur. Le bateau est bercé mollement par une petite houle. Nous avons l’électricité que nous fournissent l’éolienne et le panneau solaire. Pour l’instant c’est bon nous sommes autonomes pour l’éclairage et le frigo. Tout va bien ; nous verrons avec moins de vent…

Le 08.02.2008
Journée calme. Je vais voir l’atelier de mécanique. Il est tenu par deux Sénégalais qui s’appellent Arona tous les deux. Ils viendront voir sur le bateau en fin d’après-midi.
En attendant je vois Julien et Agnès. Quel plaisir de se revoir. Ils sont là depuis près de deux semaines. Ils nous racontent leur séjour au Cap-Vert avec un vent continuellement assez fort. Ils ont aimé ces îles où ils ont été bien reçus partout. Ils nous invitent à dîner le soir.
Les mécaniciens passent à bord. Ils regardent avec soin le circuit gasoil, les réservoirs et disent pouvoir faire le travail. Je leur demande un échéancier et un devis. Ils me les donneront demain matin.
J’essaie d’écrire pour le site dans la salle du bar, mais il y a toujours quelqu’un pour discuter et je ne peux trouver la concentration nécessaire….
Le soir mimi a fait un cake pour Julien et Agnès. Elle apporte aussi un exemplaire de son livre pour Agnès. Les affaires marchent ! Julien et Agnès nous montrent leur carré avec les nouvelles housses qu’ils ont fait faire avec un super tissu rouge à motif. C’ests beau et plein de vie. Agnès nous a mijoté un bon plat. Pendant ce temps-là leur petite chatte récupérée au Cap-Vert vient jouer infatigablement. Mimi est tentée par l’adoption d’un chaton du CVD tigré roux… La soirée est très agréable. Julien me montre des trucs sur informatique. Nous échangeons des conseils sur le mouillage qui est mon point faible.
Coucher de soleil sur le mouillage de Hann

Le 09.02.2008
Ce matin, Arona vient vers 9h. Il est ponctuel ! Il vient avec un aide Pape. Ils se mettent à travailler au démontage des réservoirs. Je les aide et les conseille sur ce que je sais du bateau.
Peu à peu ils arrivent à démonter tout ce qui est branché sur le réservoir tribord. Enfin le réservoir peut sortir. Il passe par l’ouverture du cockpit, c’est gagné pour le premier. Au tour du second. A tribord il faut enlever la table puis le plancher. C’est long, mais ça se fait.
Le réservoir ne contient plus que quelques dizaines de litres de gasoil. Tout le reste est parti dans les fonds puis à la mer !!! Le réservoir bâbord est sorti de son logement et du bateau !
Maintenant on voit les fonds. Depuis la construction ils n’ont pas dû être sortis et les fonds repeints. Le fond est plein de dépôts de gasoil. Il va falloir nettoyer et en profiter pour repeindre. Arona n’a pas le temps, mais Pape est disponible pour 5000FCFA par jour. OK pour demain matin.
Sur les réservoirs on voit des endroits où les soudures ont été attaquées par l’eau de condensation et ça fuit…. Il va y avoir du boulot de soudure…
Pendant ce temps, la Mandragore de Julien et Agnès lève l’ancre pour aller dans le Saloum. Nous les y rejoindrons plus tard…
depart-la-mandragore.jpg
Je passe l’après-midi à vouloir écrire sans y parvenir tant les gens passent et discutent.
Mimi est toujours sur son projet de livre de cuisine. Elle avait essayé d’aller voir la confection d’un tiebboudiène dans un restaurant, mais les femmes ne se sont pas comprises et la cuisine était déjà faite lorsque Mimi est venue…
Salifou passe après avoir été malade d’un rhume.
Salifou
Nous parlons immigration. Il me raconte l’histoire de tous les jeunes du village qui sont partis en pirogue après avoir payé 500000 FCFA. Une pirogue a navigué et tous les passagers sont mort. Il manque de nombreux jeunes au village maintenant. D’autres sont passés en Espagne et envoient de l’argent aux familles…
Maintenant la police espagnole surveille les côtes, mais des pirogues réussissent. Salifou dit que les pirogues vont repartir à la saison des pluies lorsque les alizés seront faibles….
La soirée nous sommes fatiguée et nous couchons tôt.

Le 10.02.2008
J’attends enfin Pape pour le nettoyage des fonds. Lorsque je pense qu’il ne viendra plus, je vais au café wifi avec Mimi.
Salifou et Daouda arrivent. Je suis heureux de voir Daouda qui n’a pas changé et est en pleine forme. On échange des nouvelles. Et l’on va au bateau. Daouda est curieux de voir où nous couchons, comment on vit à bord. Il est impressionné en voyant une vraie maison flottante. Il viendra naviguer un week-end puisqu’il enseigne les autres jours.
Réunion amicaleDoaouda
Au retour nous déjeunons ensemble et Mimi pendant ce temps copie des films pour faire une provision pour les temps à venir. Elle fait ça avec Gérard qui a un disque dur externe bien fourni. Gérard est vraiment gentil. Il est handicapé des jambes par un accident. Il naviguait depuis longtemps. Il a voulu partir pour un tour du monde. Sa femme n’a pas voulu suivre. Alors il est parti seul sur son bateau, jusqu’au Sénégal. Là il s’est plu et il est tombé amoureux d’une jeune et belle sénégalaise, N’Deye. Il l’a épousée avec un mariage à la mosquée et un mariage traditionnel sérère, avec une grande fête. Bientôt ils partiront ensemble. Pour l’instant il a entraîné une équipe féminine de voile qui a fait une course Sénégal France et est arrivée troisième ! Nous discutons un moment ensemble. Il nous raconte les démarches pour se marier au consulat de France. Ils ont été interrogés séparément avec des questions intimes déplacées. Ils ont abandonné les démarches. Le gouvernement actuel fait tout pour éviter de naturaliser de donner des droits à des personnes d’origine africaine…
Pendant ce temps j’alimente le site.
Du bout du monde ! Du bout du monde ! La baie de Hann est un bout du monde ! Ici on a vraiment cette impression ! On est bien loin de l’Europe. Madère et Canaries, bien que proches des côtes africaines, sont des morceaux d’Europe, ici tout est plus aléatoire, plus improbable, fait plus appel à la débrouillardise. Bien des choses marchent par miracle, tant bien que mal. De fois en fois je vois le Sénégal se moderniser. Les tacots ont fait place à des voitures récentes. L’informatique s’est introduit partout…
Mimi est toujours sur son livre de recette. Elle s’y met avec beaucoup de continuité et de méthode !

Le 11.02.2008
Nous nous levons assez tard puisque Pape ne doit venir qu’à 10h.
El Hadji le passeur
Effectivement il vient à 10h20. Il a apporté un sceau, un racloir, une éponge de la lessive et un dégraissant. On enlève les planchers et Pape s’y met avec le grattoir. La peinture est décollée. Les fonds sont couverts de dépôts de gasoil, de poussière… Lorsqu’il a enlevé le plus gros on voit la tôle qui est saine, pas rouillée. Le gasoil l’a graissée et protégée. Puis il nettoie avec la lessive. Après plusieurs sceaux d’eau l’eau reste de plus en plus claire. Il débouche des conduits sous les lisses qui permettent à un éventuel liquide de ne pas stagner contre les lisses mais d’aller jusqu’au puisard et d’être ainsi évacuée par la pompe électrique automatique.
Les fonds nettoyés avant dégraissage
Pendant la pose déjeuner, je rejoins Mimi au bar. Elle revient du marché Sandaga où elle est partie avec N’Deye pour flâner entre femmes et acheter du tissu. Elle a trouvé un tissu vert pour se faire tailler un boubou. Elle a pris aussi des légumes. Et des fruits. Elle est ravie d’avoir trouvé une ambiance de marché proche de celle des marchés irakiens. Comme elle était avec N’Deye elle n’a pas été trop importunée par les rabatteurs, les « mouches » comme on dit ici. Et elle a laissé N’Deye négocier au juste prix !
Les serveuses d’un restaurant nous apportent un plat de seiches en sauce avec du riz. C’est bien bon.
Je retourne au bateau avec Pape et il continue de nettoyer et de dégraisser tout l’après-midi.
La tôle est propre. Il continuera demain avec de l’acétone. Puis nous mettrons une couche de Rustol et de l’époxy brai. Je me suis renseigné et je sais où aller en acheter. C’est un e protection époxy très résistante, efficace qui dure des décennies.
Je retourne voir Mimi qui est toujours sur son ordinateur ! Et les vacances alors ! Quand on a l’inspiration il faut en profiter…
Nous rentrons au bateau et elle prépare une tarte aux oignons !
J’ai installé sur mon téléphone portable une puce sénégalaise Orange pour téléphoner bien moins cher à l’intérieur du Sénégal. Mon nouveau numéro est : (00 221) 77 73 70 354

Le 12.02.2008
Pape arrive passé 10h. Nous allons ensemble en taxi dans une entreprise qui vend de l’acétone.
Taxi de DakarDans le taxiPetit car
Il nous faut une demi-heure pour être servi et encore nous avons apporté le contenant…. Nous reprenons le taxi pour aller plus loin chez le marchand de peinture.
Il s’appelle Ségnerie ; c’est une grande entreprise. Une personne compétente me reçoit et me montre des fiches techniques. Elle parle un français superbe, qui se perd en France ! Mais après il me faut trois quart d’heure pour récupérer la marchandise…
Nous rentrons au bateau déposer la peinture et il est déjà l’heure de déjeuner. Salifou est venu. Il en profite pour aller sur internet sans débourser.
Nous prenons un bon tiebboudiène. Je me régale autant à chaque fois !
Nous retournons au bateau avec Pape. Je lui demande où il a mis les chiffons pour nettoyer à l’acétone. Il a oublié ; il retourne avec le passeur et revient une demi-heure plus tard.
Le nettoyage à l’acétone empeste tout le bateau, malgré les panneaux ouverts….
Une fois les fonds bien dégraissés, Pape met une couche de primer d’accrochage. La couleur n’est pas terrible, un vert olive. Mais ça accroche bien et demain on mettra l’époxy brai.
Je raccompagne Salifou qui rentre chez lui et je vais voir le soudeur qui travaille sur mes réservoirs. Il a fait de nombreuses soudures et travaille en ce moment sur les couvercles des trappes de visite dignes de ce nom. Ça prend bonne tournure !
Je rejoins Mimi qui passe ses journées sur internet lorsqu’elle peut se connecter car il y a beaucoup d’amateurs et le réseau ne supporte pas tous les demandeurs…
Wifi au CVD
En rentrant vers le ponton, un pêcheur m’arrête ; il veut me vendre des poissons qu’il vient de pêcher près de Gorée. Ce sont des Tiofs, que les Sénégalais apprécient particulièrement. Un court marchandage et j’en achète un 1500FCFA pour ce soir.
Rentré au bateau, je le prépare au four et quand Mimi rentre nous nous régalons ! Il était tout frais !
La nuit une pluie battante mous réveille. Je ferme le panneau de pont entrouvert. Ça va dessaler le bateau !
14.42.681N 17.25.553W Sénégal baie de Hann

Le 13.03.2008
J’attends Pape pour la première couche d’epoxy brai dans les fonds.. Il arrive vers 10h30 et se met au travail. La base et le catalyseur se mélangent 50/50%. L’époxy brai est noir. Dommage, parce que c’est plus difficile de voir l’état des fonds avec du noir qu’avec une couleur claire…
Salifou est venu et il m’apporte une lampe solaire que je lui achète pour éclairer le cockpit aux mouillages.
Après je vais à la menuiserie pour refaire faire un panneau de descente. L’actuel a vécu et il n’est pas étanche. J’en veux un doublé d’inox. Il faut donc que le menuisier travaille avec le soudeur et que chacun fasse son prix… Je saurai demain…
Je vais avec Salifou voir à L’ADP, l’association voisine, un certain Mar qui fait des régulateurs d’allure. Nous le voyons. Il nous dit qu’il peut en faire de différents types. Il viendra voir au bateau.
Nous allons ensuite près du CVD dans un magasin d’articles de pêche. La jeune femme qui le tient avec son père a travaillé des années au Japon et elle importe presque tous les articles du Japon. Je lui achète des cuillères et quelques leurs dans l’espoir de pêcher de plus gros poissons. J’espère attraper des daurades coryphènes sans casser cette fois….
Je rentre au café wifi et je trouve Mimi qui revient d’une consultation à l’hôpital pour une légère infection. Elle a été accompagnée gentiment par deux sénégalaises amies. Elle a vu un hôpital moderne et un médecin bien au courant des traitements. Elle doit retourner en ville demain pour analyses et nouvelle visite. Elle n’a pas payé la consultation.
Mar vient me voir, il a un moment et il peut aller au bateau. Nous prenons la barque du passeur et il regarde la configuration du Diam Rek. OK, c’est possible, me dit-il. Je peux en faire un comme j’ai fait sur un bateau qui est mouillé non loin. Nous pourrons aller le voir ensemble. Demain il me dira ce qu’il peut faire, à quelles conditions et dans quels délais…
Plage de HannPlage de Hann
Alors à demain !
Je retourne à l’espace wifi et retrouve Mimi qui se renseigne sur le Brésil.
Demain j’irai à l’ambassade du Brésil pour avoir un visa et nous renseigner sur les conditions d’admission pour Salifou….

Le 14.02.2008
Aujourd’hui c’est la Saint Valentin. Je suis heureux d’être avec Mimi, de l’aimer et d’en être aimé ! Si nous pouvions aller en boîte aller danser, ce serait super !
En attendant la matinée commence avec Pape et la seconde couche dans les fonds. Puis il emporte de l’acétone et de l’époxy brai pour dégraisser les deux réservoirs et passer de l’époxy sur le fond et les bords pour assurer une étanchéité parfaite.
Mimi est partie seule en taxi dans Dakar à l’institut pasteur pour faire des analyses. Elle appréhendait un peu d’y aller seule, mais elle est partie courageusement.
Hôpital militaireMimi et les sages femmes
Salifou arrive. J’appelle l’ambassade du Brésil. Nous pouvons y aller avant 13h.
Nous prenons un taxi et tombons dans les éternels embouteillages de Dakar.
Une rue du quartier de Bel AirPlace de l’indépendanceLes nouveaux bus indiens Tata
Le taxi nous dépose, mais il s’est trompé. Nous demandons à des passants et marchons un moment avant de trouver. Dans un immeuble moderne, c’est au 4ème étage après avoir laissé les pièces d’identité au gardien. Une personne sénégalaise nous reçoit. Pour moi pas besoin de visa me dit-elle aimablement. Pour Salifou ? Que va-t-il faire au Brésil ? Du tourisme ? demande-t-elle peu aimable et dubitative. Il lui faudrait alors une garantie de ressources… Il vient comme équipier avec moi et ma compagne ! Elle me regarde toujours dubitative et me dit qu’il doit remplir le dossier complet et qu’on verra alors… Le Brésil ne veut pas d’immigrés des pays pauvres !
Nous allons ensuite dans un magasin qui fait les tampons pour faire faire un tampon pour le bateau. C’est parfois utile pour les autorités. Muni d’un tampon il est possible d’avoir du gasoil hors taxe au port, comme les navires de commerce. Comme je dois faire le plein, ça m’intéresse. Ce sera prêt à trois heures. Nous repasserons.
Marchand sur le trotoirEntrée du marché KermelLe marché KermelLa rue près du marché
Je cherche une alimentation stabilisée pour l’ordinateur portable du bord et celui de Mimi. Nous allons dans un magasin d’informatique qui ne vend que le matériel. Il nous renvoie ailleurs, en vain. Nous nous arrêtons pour déjeuner et je prends une pizza pour changer. Salifou prend un chawarma. Nous faisons dans l’international !
Le tampon est prêt. Après nous cherchons l’alimentation. De boutique en boutique nous demandons. Un vendeur finit par me montrer quelque chose qui fonctionne sur 220 volts. Moi je veux partir du 12 volts. Il comprend enfin et va me chercher dans un autre magasin l’alimentation. On vérifie sur un portable Sony. Il n’y a pas la prise adéquate. Il en prend une dans une alimentation 220 volts et ainsi ça va. Nous négocions le prix. Salifou défend mes intérêts et le ton monte avec le marchand intermédiaire. Nous partons. Il nous poursuit dans la rue et négocie. Nous tombons d’accord sur un prix et revenons au magasin.
Après ces courses nous reprenons un taxi pour rentrer.
Nous allons directement à l’ADP pour voir Mar à propos du régulateur d’allure. Pas de chance, il est parti convoyer un voilier à Sally sur la petite côte. Il faudra repasser demain…
Salifou repart sur son fier engin auquel il a donné le nom du cheval du plus célèbre résistant à la colonisation française!
Salifou et Malaw son fier coursier
Je rentre au CVD. Mimi arrive ; elle aussi a eu une journée bien pleine dans Dakar. Elle est allée au laboratoire pour son analyse ; elle aura les résultats lundi… Ensuite elle est allée acheter du tissu teinté à l’indigo. Elle a durement négocié. Puis elle a trouvé un tailleur pour faire un boubou. Nouvelle négociation. C’est difficile de trouver une base pour négocier et obtenir un prix juste….
Ce soir je pensais aller en boîte pour écouter de la musique et danser à l’occasion de la Saint Valentin. Mais Mimi est fatiguée… Nous rentrons donc dîner et nous reposer au bateau…

Le 15.02.2008
Ce matin Pape passe la dernière couche d’époxy brai dans les fonds et dans les réservoirs.
Pape a 29 ans ; il a fait 6 ans dans l’armée.Son père était militaire 20 ans, il a fait l’Indochine dans l’armée française. Alors il a voulu que son fils soit militaire.Pape me dit que vous les Français vous n’imposez rien aux enfants mais qu’au Sénégal lorsque les enfants parlent du droit des enfants aux pères ils ne comprennent pas ! Il a fait 6 ans la guerre en Casamance puis en Guinée. IL a quitté l’armée pour ne plus se battre pour des gens qui veulent rester chef, pour ne plus tuer des frères. Maintenant il veut se battre pour sa vie !
Le menuisier vient essayer la fermeture de la descente qu’il a préparée. C’est un jeune de 28 ans qui est menuisier depuis des années. Il me dit qu’il travaille doucement pour travailler avec sa tête, sinon ça ne va pas. Il parle assez peu le français, juste de quoi se débrouiller.
Mimi est partie au bar wifi. Elle est contrainte de quitter le bateau pour laisser place aux travaux. Ce n’est pas très reposant pour elle, elle est tributaire des horaires des autres…
Je vois le soudeur ; il n’a pas trouvé de tôle d’inox pour ma descente, mais il a trouvé une tôle d’alu. OK ça pourra aller aussi bien.
Je déjeune avec Mimi qui quitte un instant ses recherches sur internet sur les épices dans la cuisine de différents pays et de différentes époques. Quelle chercheuse, ma compagne !
Mimi donne le linge sale à Fatou qui lave toute la journée dans ses bassines le dos plié!
Lavandière au CVD
L’après-midi je vais à l’ADP (Amicale Des Plaisanciers) un peu plus loin sur la plage.
Mar est là. Nous discutons de régulateur d’allure. Il me montre des plans d’un régulateur proche du Cap Horn. Il me dit qu’il peut le fabriquer et le monter sur mon bateau. Il peut m’en montrer un sur un bateau. Nous allons y aller. Il veut téléphoner au propriétaire pour lui demander de monter à bord, mais il ne trouve pas le numéro… Il cherche un bon moment et finit par trouver. Reste à trouver le passeur de l’ADP, ce qui prend encore un bon moment. Nous allons à bord d’un bateau acier, C’est celui de Jean-René qui navigue seul à 65 ans. Nous rentrons dans son bateau qui est aménagé de bric et de broc. Un vrai capharnaüm ! Il vit sur son bateau depuis 19 ans. Il me dit tout le bien qu’il pense de ce type de régulateur. Puis nous allons voir le sien et il me montre comment il est fait et comment les différentes pièces bougent en fonction du vent et de la mer. Le safran est pendulaire ce qui lui donne une pleine puissance même à la gîte.
Régulateur d’allure
C’est simple et robuste. Il n’y a pratiquement pas de pièce fragile qui peut s’user comme sur d’autres types de régulateur. Ce type de régulateur m’intéresserait. Nous rentrons à l’atelier. Mar est abordé par d’autres clients qui lui demandent quand il s’occupera d’eux !
Enfin seuls nous parlons de choses précises : les délais environ dix jours et le prix. J’ai vu le prix du fabricant canadien 2500 euros plus le port et l’installation. Mar me demande 850 euros tout installé. Je propose 600 ; il descend à 750.
Je lui demande de réfléchir et lui dis que nous nous reverrons le lendemain… Je pars hésitant car quelle sera la qualité de l’engin et la fiabilité des pièces ? Quel recours ais-je au cas où ça marche mal ?
Je rentre au CVD et voit Mimi discutant avec Agnès et Sonia, deux jeunes filles sympa qui cherchent un embarquement pour le Saloum ou la Casamance. Elles attendent en vivant au CVD au milieu des navigateurs.
Je vais sur internet chercher davantage de documentation sur les régulateurs.
En début de soirée, vers 19h, un groupe gabonais s’installe et joue des airs entêtants. Peu à peu les gens dansent. Mimi n’est pas la dernière. Je m’y mets aussi. Nous passons la soirée à danser. Les filles sont endiablées.
Mimi danse!Bar du CVDLe groupe Gabonais
Les hommes mettent plus de temps à s’y mettre. Mais tout le monde danse jusque passé 22h.
Je danse aussi!DanseusesMimi et les musiciensSoirée dansante
Pendant les poses je discute avec Katherine (que nous avions rencontré à Cascaïs au Portugal sur le bateau Timshel) Elle revient du Saloum où elle avait une mission de voile sans frontière. C’est la première fois qu’elle vient au Sénégal. Elle me dit que Dakar, c’est le choc, lorsqu’on arrive ! Elle ne connaissait de l’Afrique que la danse qu’elle pratique en France depuis des années.
L’un des musicien donne son collier à Mimi qui le porte fièrement. Il demande à Mimi s’ils peuvent revenir jouer, croyant qu’elle est la responsable. Mimi va voir les serveuses du bar et apprend que le CVD les a payés pour cette soirée mais n’a pas les moyens de les payer pour une autre soirée. Mimi propose que chacun verse 1000 ou 1500 FCFA pour payer une nouvelle soirée. Elle fait un tour de l’assistance pour proposer sa solution. Elle reçoit un accord général et une autre soirée est programmée pour vendredi prochain !
Voilà le dynamisme de Mimi qui donne des résultats sympas !
Je vais prendre une douche fraîche et nous rentrons au bateau pour un bon repos !

Le 16. 02. 2008
Je me réveille avant 9h pensant que Dialo viendra poser les réservoirs. Nous prenons le petit-déjeuner tranquillement. Mimi veut aller au marché pour la fripe dont elle a entendu parler. Elle prend le passeur et me laisse au bateau.
Je peux écrire dans le calme.
Le menuisier vient essayer le panneau de descente avec sa plaque de contreplaqué et ses deux plaques d’aluminium. Ça ne rentre pas dans la gorge, il va devoir raboter… Il repart avec la prochaine navette.
Dialo arrive avec un mètre, mais sans les réservoirs. Il vient mesurer le tuyau d’arrivée de gasoil que je lui ai dit de changer. Il lui faut 1,5 m. Il va aller l’acheter en ville et il viendra après déjeuner installer les réservoirs…
Je peux donc aller au café wifi…
J’y déjeune pendant que Mimi se balade seule dans Dakar. Elle n’était pas trop rassurée d’aller seule en ville au début ; maintenant elle ose et se débrouille bien pour négocier les prix, pour demander des renseignements…
A 14h, Dialo et Pape arrivent avec les réservoirs sur une brouette. On les charge sur la barque du passeur et en route pour le bateau avec Salifou. On les débarque sur Diam Rek. Maintenant il faut les faire passer dans la descente ; ça passe juste. Pour positionner le premier, pas de problème. Pour le second il faut pousser la table et les plaques du plancher qui la retiennent…
Les deux réservoirs sont en place. Dialo et Pape fixent tous les branchements de gasoil. Ça ne devrait plus fuir. On remet les planchers, la table et la descente et le bateau reprend un aspect vivable.
Nous retournons à terre et je trouve Mimi qui m’avait déjà fait passer le message par le passeur de ne pas m’inquiéter, qu’elle était bien rentrée. Je la retrouve dans un hamac, se balançant doucement. Elle me raconte sa balade jusqu’au marché de la fripe. Elle n’a pas trouvé tout de suite ; elle a demandé plusieurs fois. Dans le marché elle a été suivie par un homme, sans doute un voleur qui la frôlait plusieurs fois. Excédée, Mimi a fait face après avoir essayé de le semer plusieurs fois en vain. Elle lui dit que s’il est un homme qu’il vienne lui dire ce qu’il veut et pourquoi il n’arrête pas de la suivre et de l’embêter. L’homme ne sait plus quoi faire ; des femmes prennent le parti de Mimi et disent que c’est un voleur. Il détale et disparaît Mimi a trouvé des habits qui lui ont plu dans le marché à fripe pour moins d’un demi euro pièce…. Elle revient triomphante !
Un petit tour sur internet. Je vais sur MSN et trouve mes enfants en ligne. Je dialogue avec Jonathan, le compagnon de Sophie. Il a envie de dialoguer, alors que Sophie est indisponible, hélas. Un court échange avec Maxime qui est surbooké avec ses affaires de guitares de collection. Enfin je suis heureux de les avoir eu un moment, depuis le temps que je n’ai pas de leurs nouvelles ! Ils vont bien, c’est déjà pas mal…

Le 17.02.2008
C’est dimanche, pas de travaux aujourd’hui et Mimi veut aller au marché aux poissons de Hann. Après avoir paressé au lit, nous y allons en prenant la route ensablée qui longe la plage derrière une rangée de villas les pieds dans l’eau.
Quelques centaines de mètres après le CVD commence un endroit moins résidentiel, avec boutiques et gargotes. Un embouteillage de camion bouche la rue. Un policier essaie sans résultat de faire circuler. La rue est parsemée de mares boueuses. Il y a l’usine à glace pour réfrigérer les poissons. Les camions viennent s’approvisionner et jettent la vielle glace pilée… On enjambe ou contourne les mares. Là les gens sont nombreux à travailler, à venir acheter. On se fraie un chemin. On arrive au marché aux poissons. Il faut comprendre ce qui se passe, comment tout ce fouillis est organisé. Ce n’est pas simple.
En bord de mer on voit de grandes pirogues avec de nombreux marins qui déchargent le poisson dans des bassines.
Pirogues
Des hommes marchent dans la mer en ayant de l’eau plus haut que la taille et viennent chercher les bassines lourdement remplies de poissons. Des mareyeurs achètent en gros. Des revendeurs viennent acheter aux mareyeurs de petites quantités de poissons. Ils font des tas dans des bassines ou sur le sable et vendent aux clients qui déambulent entre les tas et les vendeurs.
Un jeune Sénégalais sympathique et pas collant vient se proposer pour nous accompagner. Il s’appelle Daouda. Il nous escorte et nus aide à discuter les prix. Mimi choisit des rougets barbets, puis des tiofs et des daurades rouges et enfin des crevettes.
Il faut alors trouver une femme qui va les vider, les écailler, les laver. Les écailleuses sont assises derrière leur billot de bois dur avec une serpette et leur brosse à clous. Et elles préparent les poissons tout en papotant. Elles travaillent au soleil, avec leurs boubous de toutes les couleurs. On discute les prix avec une puis une autre et l’on tombe d’accord pour 700 FCFA.
les écailleuses
Alors commence l’attente à l’ombre sur des bancs en béton prévus pour les clients. A côté de nous un riche bourgeois attend. Nous n’arrivons pas à entamer une discussion. Nous lui offrons de la noix de coco qu’il refuse. Daouda et un enfant ne refusent pas. Un mendiant passe l’homme riche donne l’aumône sans un mot, sans un sourire. Un vendeur de sacs plastique passe, l’homme achète un paquet de sacs sans mot dire…
Nos poissons sont prêts. Nous partons par la plage. Les piroguiers continuent à vider leur pirogue. Les débardeurs triment dur. Les bassines passent de la tête de l’un aux bras d’un mareyeur.
Retour de pêche
Des tas de poissons se font sur la plage. Il y a aussi des tas de poissons invendus et qui ont souffert de la chaleur. Ça sent fort. Plus loin il y a une benne qui attend au soleil, pleinne et odorante. Elle est destinée à une usine qui fait des aliments pour animaux… Pauvres animaux !
Poissons pour chatsPoissons dans la bennePoissons pour les enfants de la plage
Plus loin il faut faire un détour car un égout de Hann se jette directement dans la mer. Après un canal ouvert, il serpente sur la plage. Là, ça sent vraiment la merde !
Egout directement dans la mer
Plus loin nous passons près de chiens qui dorment sur la plage, sur le sable ou sur le matelas d’algues fraîches…
Pirogues de HannMimi et la pirogue de pêcheSéchage du poisson sur la plage
Nous rentrons au CVD et Mimi se débrouille pour cuire les crevettes que nous mangeons telles quelles sur une table dans la cour. Hugo et Aurélie viennent et en mangent aussi tout en discutant. Ils partent tout à l’heure pour La Casamance en camion avec un gars d’une association. Ils attendaient un bateau ; faute de bateau ils prennent un camion. Ils sont jeunes et prennent une année sabbatique. Agnès et Sonia aussi partent avec le camion. Elles aussi attendaient un bateau… Ces jeunes qui vivent l’aventure sont sympathiques. Ils apprennent la vie ainsi en bougeant. C’est riche et joyeux.
L’après-midi nous allons chez le petit tailleur auquel Mimi a laissé du tissu pour faire un Boubou. Même le dimanche, il est là. Il discute avec un ami et prenant le thé. Il nous fait place et nus offre le thé.
Rue de Hann
Il s’appelle Abou et a la quarantaine. Il revient de Côte d’Ivoire où il a travaillé 16 ans. Il nous raconte les débuts de la guerre civile, toutes les exactions des militaires du gouvernement qui tuaient les opposants, les étrangers. Il a assisté à des exécutions collectives. Il a pu échapper à un triste sort. Une fois il a été pris avec d’autres étrangers. Les militaires voulaient de l’argent. Ils les ont fait marcher à quatre pattes sur une longue distance en les « chicotant ». Finalement après leur avoir tout pris ils les ont laissés. Ouf ils ont eu la vie sauve ! Alors Abou a trouvé un moyen de quitter le pays en frôlant la mort, mais il a réussi.
Aujourd’hui il est dans son pays, il gagne moins mais il est heureux en sécurité. Néanmoins lorsqu’il voit des militaires il revoit les scènes passées et il a peur. Il reste marqué.
Travail sous l’oeil du PrésidentAbou, le petit tailleurDepuis l’atelier d’Abou
Il est marié depuis plus de dix ans avec une femme que sa famille lui a choisie. Il est Peul et c’est ainsi dans son ethnie. Hélas il n’a pas pu avoir d’enfant, mais il espère et garde son épouse.
Un ami malien vient le voir et nous prenons le second thé ensemble il fait Bamako, Dakar et retour en camion, comme chauffeur. Il gagne 50000 FCFA plus 25000 FCFA d’indemnité de voyage… Ce n’est pas lourd, mais il a un boulot… La vie est dure en Afrique…
Des enfants viennent et Mimi donne une pièce. Ils vont acheter une dose de lait en poudre qu’ils sucent comme un bonbon. Un garçonnet tire un camion en carton, une boîte de biscuit.
Enfant au camion
Des fillettes viennent et font du thé lorsque nous avons pris le troisième. Elles le préparent et nous offrent un quatrième thé, tout aussi bon. Je les photographie. Alors tous les enfants de la rue rappliquent et veulent se faire photographier. Je prends la photo puis leur montre sur l’écran. Grands éclats de rire ou d’admiration !
Enfants de HannDrôle de coopération versocoopération’>Drôle de coopération
Nous rentrons au CVD puis au bateau.
Dépôt de painMimi et les fleurs
Avec le reste de crevettes cuites Mimi prépare des nems. Au moins une quinzaine… Nous avons de la sauce soja et de la sauce pimentée à bord. C’est un délice ! Au bout d’un moment il n’en reste plus !
Alors il fait bon se coucher, bercés par la mer et le bruit du vent…. Un peu de lecture, un câlin et un sommeil bien mérité.

Le 18.02.2008
Pas de vent cette nuit, la mer est toute plate ce matin. Des milliers de sardines flottent sur l’eau. Des chalutiers chinois sont passés hier au soir. Ils ont dû trier leur prise et rejeter ce qui ne les intéressait pas. Même les aigrettes et les hérons ne les mangent pas, Ils veulent du poisson vivant…
Mimi part au Wifi et moi j’attends Pape qui vient démonter une pompe manuelle dont la membrane a lâché. Il la démonte et nous allons tous deux à terre.
Mimi commande à Fatou des salades et des poissons grillés en lui donnant les poissons…
Après le repas, je vais avec Salifou à l’ADP pour voir Mar à propos du régulateur d’allure.
Nous passons par la plage. On sent la chaleur monter du sable. Le soleil tape dur aujourd’hui, et on le sent d’autant plus qu’il n’y a pas de vent.
Mar n’est pas là, mais il va venir. Nous attendons dans l’atelier en plein air et dans les odeurs d’égout nauséabondes. Pauvres travailleurs des ateliers de l’ADP lorsqu’il n’y a pas de vent pour emporter les odeurs ailleurs….
Sur place je rencontre Jean-René et son ami Michel. Michel est ingénieur électricien. Nous discutons de mes problèmes de tension électrique basse qui ne remonte plus comme avant.
Il veut bien venir voir en se faisant payer. De toute façon j’en ai besoin.
Je laisse Salifou attendre Mar et discuter le prix avec lui et je vais au bateau avec Michel. Pape aussi nous suit avec la pompe de cale réparée avec de nouvelles membranes.
A bord, Pape remonte la pompe et Michel mesure le courant venant du panneau solaire. Rien ou presque, un seul volt ; il y a coupure du circuit du panneau, il faut vérifier le circuit.
Effectivement nous trouvons vite : les fils électriques sont corrodés par l’eau de mer à l’endroit où ils sortent du tube inox du portique. L’installation a été mal faite, le passage du fil n’est pas protégé par un caoutchouc et l’inox a coupé la gaine protectrice du fil. L’eau de mer a fait le reste. Le fil est réduit à une poudre verte d’oxyde de cuivre…
Idem pour le fil de l’antenne GPS. Heureusement il y a du rab de fil. Nous réparons avec Salifou. Demain nous irons acheter du fil résistant à l’eau de mer en ville.
Le passeur me fait passer un billet avec un numéro de téléphone à appeler avant 18h. C’est le douanier qui s’occupe de ma demande de prolongation de séjour de six mois. Je pourrai avoir le papier demain. Je passerai donc en allant en ville.
Nous retournons au CVD. Salifou rentre chez lui et je vais prendre une douche.
Un court passage sur le net, pendant que Mimi est sur MSN avec Manal. J’en profite pour lui passer quelques phrases. Ça fait plaisir de s’écrire même rapidement…
Nous rentrons dîner sur le bateau.

Le 19.02.2008
Pendant la nuit j’ai eu une insomnie. J’ai pensé au régulateur d’allure et au dernier prix de Mar. Je ne le ferai pas faire. Peut-être ais-je trot, mai j’en ai assez des dépenses et de l’approximation car je ne sais toujours pas comment le régulateur serait installé, où passeraient les renvois… Et puis j’ai envie de quitter Dakar. Je veux avancer, voir d’autres gens que les toubabs enlisés là.
Nous allons réfléchir avec Mimi à ce que nous voulons visiter dans le coin pour le faire et partir après les derniers entretiens…
Mimi part pour l’institut pasteur pour un examen et après pour l’hôpital pour une visite.
Salifou et moi partons pour le quartier du port pour trouver du fil électrique et des cosses.
Au moment de partir le chef douanier arrive en 607 pour m’apporter la demande de prolongation de six mois avec le tampon des douanes. Muni de ce papier je peux rester tout en étant en règle…
Je le remercie vivement et il repart avec le sourire en parlant de N’Dangane où je vais passer et qu’il connaît.
Nous prenons un taxi jusqu’à un quartier près du môle 10. L’autoroute qui arrive à Dakar débouche là, au cœur de la ville. Il y a beaucoup de voitures. Nous nous faufilons sur les trottoirs entre les vendeurs d’objets les plus variés et les charrettes à bras, les voitures garées n’importe comment. Salifou va dans une quincaillerie qui a du fil électrique de la bonne section. Il n’a pas plus gros pour l’éolienne. Il n’a pas de cosses. Alors commence le tour des boutiques à l’allure improbable qui ont tous des cosses de la même taille, mais pas de celle que je cherche…. Entre temps on passe devant un centre commercial tout neuf à demi ouvert. Nous y allons car il y a une banque avec distributeur de billets. A l’intérieur c’est superbe, quelques boutiques sont déjà ouvertes. Seuls les bourgeois de la ville peuvent venir là, car tout y sera cher… Et en plus tous les alentours puent car il y a des égouts à ciel ouvert et la chaleur est forte !
Nous reprenons le taxi pour rentrer. Salifou doit repartir travailler. Moi je vais voir le menuisier pour le presser, pour qu’il finisse le panneau de descente.
Puis je vais au bateau pour changer les fils du panneau solaire.
Je commence par déjeuner à bord. Puis, en plein soleil, je suis en short torse nu et je transpire ! Je change les fils non sans mal car je ne parviens pas à les faire passer dans les tubes du portique. Je les fais passer à l’extérieur. Et ça finit par marcher. Ça va recharger un peu car pour ce qui est de l’éolienne elle ne tourne pas tant le vent est faible !
Le bateau a changé de position, il est tourné vers l’Ouest, vers le large, sur une mer à peine ridée. Je reprends la navette pour finir au frais au CVD.
Mimi est là et elle n’arrive pas à se connecter. Elle est écrasée par la chaleur. Elle a déjà pris deux douches ! Je vais dans la salle bien qu’il y fasse plus chaud, car il n’y a pas d’ordinateur connecté. Je suis seul et je me connecte sans mal. J’actualise le site avec des photos. Ça passe sans problème.
Nous prenons un e douche fraîche et nous rentrons au bateau. Toute la baie, en l’absence de vent, est plate. Revers de la médaille, elle pue l’égout. L’eau est constellée d’algues, de débris indéfinissables. Ça me rappelle Tanger, mais avec une eau plus transparente car la baie est plus grande que le port.
Sur le bateau nous dînons dans le cockpit à la lueur d’une lampe solaire. Le calme est impressionnant. La nuit est éclairée par la lune presque pleine et par les lumières du rivage. On entend dans le lointain les klaxons des voitures, un djembé, des prières d’une lointaine mosquée…
Mimi me dit son spleen, son manque des filles. Je l’écoute, ça me fend le cœur. Que puis-je faire ? Si elle rentre tous les quelques mois chaque retour sera pire… Comment cela peut-il s’arranger…
L’énergie à bord étant basse, je mets une demi-heure le moteur et pendant ce temps le frigo.

Le 20.02.2008
En écrivant la date je mets 1998… Il faut que j’actualise. Le temps passe vite. D’ailleurs voilà deux semaines que nous sommes à Dakar. Il ne faut pas que ça dure. Je vais finir de m’occuper de l’évacuation de l’évier qui pose problème, d’une dent qui me pose problème et nous irons visiter ce que Mimi voudra voir, et nous descendrons jusqu’à Warang.
Ici des toubabs s’enlisent ; certains sont là depuis 4 ou 5 ans. Ils sont mariés en France et ont une femme Sénégalaise ici. Mimi parle avec certaines Sénégalaises qui vivent au CVD. Elles vivent avec un toubab et se plaignent de ce qu’il ne leur donne pas d’argent pour la famille et de ce qu’il ne les marie pas…. Les rapports toubabs Sénégalaises sont pour le moins ambigus. Il y a de la tendresse, parfois de l’amour, de l’intérêt, de l’espoir d’une condition meilleure, de papiers français et souvent un petit ami clandestin. La famille est souvent au courant de la situation et ferme les yeux bien que ce genre de tradition soit contraire à la morale et plus encore à la tradition… Il faut bien vivre et la vie est dure au Sénégal…
Ce matin je m’occupe de l’évacuation de l’évier qui fuit. J’ai peur de démonter et de devoir chercher une pièce de plomberie dans Dakar, comme une aiguille dans une botte de foin…
Finalement à l’heure du déjeuner, j’ai repéré les fuites ; j’y ai remédié en partie, mais il me manque des réducteurs.
Entre temps, j’entends la navette et des appels. Je remonte et vois la sûreté nationale. Parmi les policiers je reconnais Monsieur Diouf qui m’a mis les tampons sur les passeport à mon arrivée. Je le salue ; il monte à bord, un adjoint aussi. Il veut vérifier les papiers des personnes car début mars il y aura à Dakar la réunion des chefs d’états de l’OCI (l’Organisation de la Conférence Islamique). Alors police, sûreté, douanes vérifient plein de choses et de gens dans Dakar. Tous les étrangers font l’objet de vérifications…. Les tenanciers de boites, cafés, magasins sont vérifiés…
Monsieur Diouf regarde les passeports puis le passe-avant. Il s’aperçoit qu’il a fait une erreur de mois sur le tampon d’entrée… Il me dit qu’il faudra passer pour corriger ! Son adjoint note le nom du bateau, des gens…
Ils saluent et reprennent la navette. D’autres policiers sont sur un autre bateau…
Je me remets à la plomberie. Puis je vais au CVD. Je demande à Dialo de me trouver les réducteurs et tuyaux souples manquants. IL va y aller pendant le déjeuner…
Je vais sur internet et reçois un mail pour Mimi d’Agnès qui a lu son livre avec grand plaisir. Hier c’était Marie-Thérèse. Ça fait plaisir à Mimi et à moi !
Nous dînons à la fraîche dans le cockpit avec juste un peu de vent frais qui fait du bien. Le bateau a tourné plusieurs fois de direction dans la journée. Là il est plein ouest, vers l’océan, vers l’Amérique. Une invitation au départ !

Le 21.02.2008
Ce matin il fait déjà chaud. Pas de vent, pas une ride sur la mer ; la pétole complète…
Je vais avec Salifou qui est arrivé tôt voir Bernard qui m’explique la démarche à suivre pour obtenir du gasoil détaxé au port…. Alors nous allons au port. Nous allons dans l’un des môles. Pour entrer il faut un laisser passer. Salifou donne un billet de 1000 FCFA au gardien pour qu’il s’achète une boisson et il nous dit de passer. Nous allons au bout de la route. De chaque côte il y a des usines délabrées, fermées. Une grande usine de congélation de poisson est fermée. Les ouvriers sont resté travailler sans être payés 52 mois, puis ça a fermé. Le gouvernement a vendu les droits de pêche aux chinois qui congèlent eux-mêmes en mer… Le port a l’air à l’abandon.
Finalement on nous dit que c’est à un autre môle. Nous rebroussons chemin. Je repassant devant le gardien je dis à Salifou de redemander au gardien le petit billet puisque nous nous sommes trompés. Salifou rit et me dit que nous sommes entrés quand même…
Nous allons à l’autre môle indiqué. Là un autre gardien nous barre la route et v eut un billet. Salifou dit qu’il a déjà donné à l’autre et que nous nous sommes trompés de môle. Le gardien finit par nous laisser passer, car d’autres attendent pour passer moyennant un billet….
Nous prenons une route qui n’en finit pas entre des tas de souffre et des containeurs, des piles de containeurs. Des camionneurs dorment dans les camions ou à l’ombre des camions.
Un grand sac de produit blanc est au milieu de la route éventré par la chute. Personne ne s’en soucie. On passe à côté. Salifou me dit que si c’était du riz, les gens se seraient empressés de le ramasser !
On arrive chez le pétrolier Oryx, bureau des carburants. Un homme nous reçoit. Il va remplir son livre, mais il a un doute sur la quantité minimum pour l’exonération de taxes. Il téléphone à la personne compétente qui lui dit 2000 litres. J’insiste car un autre voilier a fait le plein de quelques centaines de litres. Il me passe la demoiselle en question. Je tente de négocier. Elle est aimable, mais ferme : pas en dessous de 2000 litres.
Nous rebroussons donc chemin sous un soleil de plomb. Nous prenons un taxi pour le retour jusqu’au CVD et je vois Dialo qui a trouvé les cosses de la taille que je ne trouvais pas et des pièces de plomberie qui devraient aller. Je retourne au bateau avec Salifou et je me mets à la plomberie. Je peux raccorder le lavabo tribord puis l’évier. Je sers fort les serflex et ça marche, ça ne fuit plus. Salifou m’aide.
Mimi a passé la matinée à bord pour se reposer, pour lire tranquille un livre de Mimi Moati. Elle a préparé un ragoût de pomme de terres. Salifou mange avec nous. Mimi est contente de déjeuner au bateau et que Salifou déjeune avec nous. Dans l’après-midi nous allons au CVD.
Avec Salifou nous buvons un coup, puis il rentre à Grand Dakar.
Je fais des courses, pain et légumes et rentre au bateau. Mimi n’est plus là. Je constate que l’énergie est toujours basse. Je fais tourner le moteur trois quarts d’heure et ça remonte au-dessus de 12,2 volts.
J’attends Mimi en lisant. Elle est allée à terre sur internet. Lorsqu’elle rentre, la nuit tombe et je suis dans le cockpit à la fraîcheur. Je regarde ce paysage irréel. On ne distingue plus l’horizon vers le large. Le gris règne et englobe tout.
PétoleGrand calmeCalme du soirCoucher de soleil calme
Les lumières des villas et de quelques bateaux brillent et se reflètent d’ans la mer calme. On entend au loin les chants de prière des Bail Fall, cette sorte de musulmans du Sénégal qui suivent les préceptes de Lamp Fall, leur marabout fondateur. Ils chantent le soir des heures face à la mer, infatigablement. Ils ne prient pas le reste de la journée. Ils essaient de convertir et de réunir de l’argent pour leur mosquée.
Ce genre d’Islam déconcerte Mimi habituée à celui de l’Algérie et de l’Irak. Ici c’est différent.
Mimi dans le frais du soir

Le 22.02.2008
Ce matin j’ai rendez-vous chez le dentiste pour fixer de nouveau un inlay fait en décembre seulement à L’Hay les roses. Il s’est descellé sans même que je ne mange…
J’arrive un peu en avance. Une belle secrétaire me fait attendre dans la salle d’attente secrétariat. Il y a le Figaro Madame et autres revues françaises et africaines. Mais je n’attends pas longtemps. Le dentiste me fait entrer. Il regarde et me dit qu’il va s’en occuper. Il enlève l’ancienne résine sur l’inlay, essaie en bouche, prépare sa résine et remet en place l’inlay.
Il travaille avec douceur, dans un cabinet équipé d’un fauteuil des années 60, mais très bien conservé.
L’opération finie, sans l’aide de son assistant, il va au bureau auquel travaille sa comptable. IL me fait une facture manuscrite de 12000 FCFA. Je paye et me voilà reparti dans l’espoir que ça tienne mieux que la fois précédente. Je pense à mon ami Jean-Louis et à son cabinet de Neuilly… Deux façon d’exercer le même métier!
Je rentre au CVD et trouve Mimi qui va en ville au marché Sandaga. Elle veut voir des merceries, puis de fruits et légumes.
D’abord nous passons chez le fabriquant de sandales à qui Mimi a commandé les sandales sur mesure de son choix. Il a beaucoup de travail. Il vend jusqu’en France. Il nous montre le book avec ses réalisations. De bien jolie choses avec des cuirs de qualité de France…
Le chausseurLes apprentis chausseursChaussures
Nous prenons un de ces nouveaux bus Tata. Ils sont bleus et longs. Les gens s’entassent dedans, assis et debout dans les allées. Nous entrons de justesse en nous tassant. Oui il va à Sandaga. C’est bon, nous ne nous sommes pas trompés, c’est bien le 16. C’est 300 FCFA pour deux. J’ai un billet de 1000. Je le fais passer. Il passe de main en main jusqu’au receveur qui est au milieu du bus dans une cage grillagée. Il rend ma monnaie qui circule de main en main jusqu’à moi avec les billets. Plus tard ce sera moi qui passerai la monnaie des autres, à mon voisin qui la passera à quelqu’un d’autre. La monnaie ne se perd jamais.
Banlieue de Dakar
Mimi m’entraîne dans une mercerie, puis une seconde. Elles sont vastes, avec des milliers d’articles. Mimi cherche des cotons pour faire de petits bracelets…. Des Libanais tiennent ces magasins et les magasins de tissus des alentours.
Mimi et les tissus
Nous allons dans une troisième. Pendant que Mimi cherche, je discute avec le patron dont la famille, partie pour le Brésil en 1930, s’est arrêtée à Dakar et s’y est fixée. Ils n’ont pas de problèmes avec les Sénégalais, si ce n’est avec des fonctionnaires corrompus qui les raquettent périodiquement. Avec la population, pas de problème. Mais il a peur car il pense que ça peut exploser à tout moment tant les inégalités sont grandes et tant une grande partie de la population est pauvre et a parfois faim…. Il encourage ses enfants à faire des études et à aller travailler dans les pays développés….
Ensuite nous circulons dans ce quartier moderne dont les trottoirs sont colonisés par des échoppes, des étals en plein air. La circulation y est difficile. Piétons, charrettes, voitures se disputent la chaussée. Attention aux voleurs nous disent certaines personnes spontanément. Tenez bien vos sacs !
Nous rentrons dans le marché Sandaga, un vieux bâtiment datant de la colonisation qui n’a pas changé et qui bruisse d’activité dans l’ombre.
Le marché Sandaga
Nous passons devant « la Galette », une super boulangerie pâtisserie à la française. Mimi veut regarder. Je lui offre une glace. Elles sont très bonnes. Elle achète une brioche. Nus allons au marché Sandaga. Un vieux bâtiment d’avant l’indépendance qui n’a pas été rénové depuis. Les étals sont les uns contre les autres. Les poulets sont couverts de mouches, mais tout frais. Fruits et légumes sont nombreux, mais chers. Les Sénégalais ne mangent pas beaucoup de légumes, ni de fruits trop chers dans un pays sec. La Casamance regorge pourtant de fruits et de légumes mais c’est loin et il faut traverser la Gambie qui prélève des taxes…
Nous déjeunons dans un restaurant libanais. Les gens qui y déjeunent ont des boubous très colorés, superbes. Dans la rue les femmes sont très élégantes et ces couleurs vives leur vont bien ! Les hommes ne sont pas en reste avec de superbes boubous.
Nous rentrons au CVD épuisés. Mimi va prendre une douche et je vais au bateau. J’écris et plus tard je reviens au CVD, sur internet.
Je relève mes mails. Merci à mon ami Jean-Michel qui me signale que l’on ne pouvait plus accéder aux articles sur l’Espagne et au Portugal. Vérification faite dans la gestion du site, une erreur de date faisait que l’on aurait vu les articles en août 2008! L’erreur est réparée. Ce genre d’aide m’est précieuse; elle permet d’optimiser le site pour une meilleure lecture, pour la satisfaction des chers lecteurs. Je suis très attentif à vos remarques et je vous en remercie par avance.
Mimi est sur internet ; moi, je n’arrive pas à me connecter. Lorsque nous sommes nombreux, certains ne peuvent y accéder…
J’y parviens enfin et j’actualise le site.
Je vais discuter avec Bernard, éternel discutailleur qui a toujours quelque chose à raconter, sa vie ou des potins. J’échange avec lui des idées sur l’énergie à bord. Il me dit qu’Arona a récupéré un régulateur d’allure Atom, une bonne marque. A voir… Il peut me tréter un groupe électrogène pour charger mes batteries. Si non il me faut mettre le moteur 3 ou 4 heures, pour les charger vraiment.
Le groupe de musiciens arrive et joue un moment. Comme il y a peu de monde disposé à participer pour les payer, ils ne jouent pas longtemps et s’